BUCK
153i, 11 eut à Cassel, avec Mélanchthon, une entrevue dans laquelle il déclara que lui et ses amis de la Haute Allemagne enseignaient la doctrine de la confession d'Augsbourg sur la cène : « Le corps de Christ est dans le pain avec le sacrement comme le Saint-Esprit était ■dans le soufde de Jésus, quand il dit à ses disciples : Kecevez le Saint-Esprit. » En 1536, un autre accord fut conclu à Wiltemberg entre Luther, les députés de Souabe etBucer, député de Strasbourg. Celui-ci, voulant toujours tenir une position moyenne entre la doctrine de Luther et celle de Zwingle, soutint d'abord que si la présence de Christ dans la cène ne dépend ni de la foi ni de l'incrédulité des hommes, cependant « un impie, un turc, un juif, ou une souris qui mangeraient l'hostie, ne mangeraient que du pain, sans recevoir le sacrement ». Il finit toutefois par accepter les termes de Luther lui-même ; « Le vrai corps de Christ est reçu avec la bouche et dans le cœur, non seulement par les justes et pour leur salut, mais encore par les indignes, bien que pour leur condamnation. » Mélanchthon rédigea une formule signée de tous les chefs de partis : « Le corps et le sang de Christ sont ofl'erts et reçus avec le pain et le vin ; il y a union sacramentelle, mais non hors de l'usage et de la communion; l'efficacité du sacrement ne dépend point de la dignité ou de l'indignité du ministre qui le confère, pas plus que de la dignité ou de l'indignité de celui qui le reçoit. s> Pour marquer la sincérité de cette réconciliation, la cène fut célébrée en commun. Telle fut la concorde de Wittemberg, conclue le 22 mai 1536.
Prévoyant le mécontentement des Suisses, qu'il n'avait pu amener à Wittemberg, et voulant concilier le nouveau dogme avec la doctrine de Zwingle et d'Œcolampadc, Bucer en rédigea une interprétation subtile, qui ne contenait pas un seul mot contraire à leur croyance. Les Suisses en envoyèrent à Luther un exemplaire signé de Bucer et lui firent demander s'il reconnaissait comme orthodoxe cette nouvelle formule; ils n'admettaient qu'une réception toute spirituelle du corps du Christ, car on ne peut manger réellement ce corps qui est au ciel. Bucer alla porter celte lettre avec sa déclaration aux États de Smalkalde, au mois de février 1537, et Luther l'approuva.
Le landgrave de Hesse résolut en 1539 de prendre une seconde femme. Bucer qui était son ami, se chargea d'obtenir l'assentiment de Luther, et comme le landgrave menaçait, si on ne favorisait pas son projet, d'abandonner le parti luthérien, Bucer décida Luther et Mélanchthon à rédiger une sorte de consultation exhortant Philippe à renoncer à ce mariage, mais concluant par un assentiment embarrassé. Bucer et Mélanchthon assistèrent à la célébration de cette union le 13 mars 1540 à Rothenbourg. On accusa même Bucer d'avoir rédigé le dialogue, signé Néobulus, où cette bigamie était justifiée.
L'esprit conciliateur de Bucer se déploya encore, sans succès d'ailleurs, dans les dernières tentatives de concorde entre catholiques et protestants, au colloque de Haguenau en 1540, à la diète de Ratisbonne en 1541. Les définitions équivoques qu'il y proposa sur la transsubstantiation le firent traiter par Luther de a faux frère, pareil à Judas, et plus dangereux que les pires ennemis » ! Il échoua encore à Cologne où il s'était rendu en 1542 avec Mélanchthon, appelé par l'arche- 'véque Hermann, comte de Wied, pour imposer une constitution luthérienne à son diocèse ; l'opposition des <:hanoines et la déposition de l'archevêque apostat en 1544 anéantirent ses projets.
Malgré ses tendances aiîectées à la tolérance, il refusa •de souscrire à l'accommodement conclu en 154S entre catholiques et réformés et désigné sous le nom d'Intérim d'Augsbourg; il retourna à Strasbourg. Mais en 1549, il fut mandé en Angleterre par l'archevêque de Cantorbéry, «Cranmer. A Cambridge, il enseigna la doctrine des sa-
DICT. DE THÉOL. CATHOL
ippres Strasnle ans.
Ige, ses réédifia
cramentaires, vers laquelle il avait toujours penché, et à laquelle il avait définitivement adhéré après la mort de Luther en 1546. Calvin l'accuse d'avoir introduit en Angleterre un nouveau papisme, parce qu'il approuva la hiérarchie de l'Église anfflicane. Bien qu'il fù clé et aimé de ses élr:.'-, il i-firi iiiii Intiiniit" bourg. Il mourut le i^ i i i ' > 1 >- Ensevelis dans l'égli- imh ipil -l
restes furent brûlés Sou \1 IimI r I
son tombeau.
Ainsi toute sa vie, Bucer fut en suspens entre le dogme des luthériens et celui des z\\'ingliens, et parce que, dans son enseignement, il chercha toujours, au moyen d'un langage obscur et ambigu, à concilier des croyances si différentes, Bossuet l'a appelé « le grand architecte des subtilités ». Le légat Contarini le regardait comme le plus redoutable des controversistes hérétiques.
Au fond, Bucer crut d'abord apercevoir, dans la doctrine luthérienne sur la cène, une tendance .i un matérialisme grossier; il y entrevit plus tard un i-ii.ri opirihiel que les zwingliens ne voulaient pas cou il' I i h min' part, quoique la théorie zwinglienne lui I I ,11.
à l'Écriture, il lui souiljlail iiiiuslt.' cI^k 1 n 1 I :ii >-,
de réduire le ^.irrr'in- ni .1 mh' |ihM' --..tn II. I itl-N (!.■
Jésus, puiS(|ll M- i.li. M I'- •■■|., IN -I m- .il. 1"! I.i
définir netli'iiii''i' mi' pi ■ n. .• iln Min 1 iLn |. ii.mi, présence m5.^Ui'nu.,i il diil. icut.' ilr li pi ■ n. ■ ilr Dieu dans le monde entier. Pour concih' \ • ■ - .i| iniuis
contraires, il imagina une formule e\|Mt \., m ni.'
contenue dans chacune d'elles : « Le ^ i-n i.i 1 nnivéritablement dans le sacrement son mi 1 i i ni m
ger et son vrai sang à boirecomme nom I II 1
pour la vie éternelle. » Con/'essio (e</n/' u
Ses œuvres principales sont : Enarrain.n,::, /,, j ji'Uuc in s. quatuor Evangelia, in-8'', Strasbourg, 1527, Enarraliones in Psalmos, in-4», Strasbourg, 1529, publiés sous le nom d'Aretius Felinus, traduction latine, qu'il essaya de faire passer pour orthodoxe. Un premier volume de ses œuvres, connu sous le nom de Tonius aiiglicanus, a paru, Scripta anglicana fere oninia, in-fol., Bàle, 1577. Sa correspondance avec Philippe de liesse a été publiée par Lenz : Briefwechsel des Landgrafen Pliilipp mit Butter {Publication aus dem preuss Staalsarchiv, 1880, t. i).
Bossuet, Histoire des variations; Bayle, Dictionnaire cri" tique; Moreri, Dictionnaire historique; Baum, Cupito iiml Butzer, Strasburgs Reformatoren, Elberfeld, 1860; F. Mentz et A. Erichson,Z«r iOO jtihrigen Geburtsfeier Martin Biitzers, Strasboui-g, 1891; Erichson, Martin Butzer, 1891; Janssen, L'Allemagne et la Réforme, U-ad. Paris, Paris, ISSn, t. u, passim; 1892, t. ni, passim ; 1899, t. v, passim; Bussière, Histoire du développement du protestantisme à Strasbourg : hélix Kutin, Luther, sa vie, son œuvre, 3 in-S", Paris, 1883 ; Kirchenlexikon, t. Il, col. 1627-1631 ; Realencyclopàdie, t. m, p. 603-