‹ Dictionnaire de théologie catholique (volume 5)Chapitre 480 sur 741 · P. ETIENNE · texte numérisé non relu

P. ETIENNE

CALDERON Antoine, né à liaeça (diocèse de Tolède)

et mort en Hi.'.i, in -: m rsi' dans les lettres profanes et sacrées, eus, 1^11,1 1,1 iilnlosophie dans sa patrie, puis à Salaiii.iiiiiii. iiiii- Il lli Mlle, il fut d'abord attaché au I mIIi Li il' I .11 jii ilrM nii chanoine théologal, il inter- |ii II I 1 I I lllll I iiiil.i ,iii\ chaires de Scol et de saint

I I NI I- < I -I I 11' il .1 la cathédrale. Ayant passé' à

1.1 iMllinli.ilc Je lulidu, il y continua le même enseigiRiiient. 11 fut chargé aussi de l'éducation des infants d'Kspa^ne; il était nommé par Philippe IV à l'arche-

avait déj;i pnlili'' 'ii liil.^ ,1 I;, 111,1 un "|iM-'uli: en espagnol sur 11 liii' -lljil, - /''■ ''l^■ r.rrrlriilnis del glo-

rioso aposlrl ^niiinnjr iiiiii.i, 1/ s 1 inj 11 !,' r jialron de Espana entre los dénias apostoles, in-lbl,, .Madrid, 1657, ouvrage posthume.

N. Antonio, Bibliotheca Hispana nova, t. i, p. 106-10"; Hurler, Nomenclator, t. I, p. 38-2-383.

E. Mancenot.

CALÉCAS manuel. Issu d'une des plus illustres familles de Constantinople, de laquelle était déj.i sorti le patriarche Jean ('il'i i , K'.ili-I'ViT. Miiin.I l'unil avoir embrassé la vil' 1 ni,; 'im i,i n '. i ilrs dominicains à Péra : ii . ' i ■ Mr.i n i hln index CLIX (fonds gri'CI il'- l.i Mu iiuk 'l- \ 'Itl-'- l 1 l.r.rnt

divi Marci bibliotheca codicuin ina/iiiscriploruiu, Venise, 1740, p. 90. C'est à peu près tout ce que l'on connaît de son existence. Manuel est, avec André Colossensis, le dernier théologien oriental qui ait lutté avec succès contre Palamas et ses théories liésychastes. Son livre ; IlEpi o-Juiaç xai èvspfeiaî, dirigé surtout contre cette hérésie, ne fait guère que reproduire les arguments des théologiens, ses prédécesseurs, imitation qui va le plus souvent jusqu'au servilisme dans les diverses citations des Pères. Au sujet de la vieille controverse, débattue entre les deux Églises, sur la procession du Saint-Esprit, Calécas se range parmi les Latins; il exposa ses vues dans un grand ouvrage, dont les quatre livres tendent à démontrer que les principaux théologiens du iv* et du v« siècle, tant de l'Orient que de l'Occident, étaient pleinement d'accord sur ce point de doctrine. Mais il faut avouer, que par suite sans doute de sa formation théologique, le religieux dominicain connaît beaucoup mieux les écrits des Pères latins que ceux de ses anciens coreligionnaires. Petau, De dogmaliais disciplinis, 1. VIII, c. i. Dans le 1. IV, il réfute les autres erreurs que les Grecs reprochent aux Latins. Un troisième ouvrage, assez considérable, de Calécas est une Dogmatique byzantine en trois livres, dans laquelle est exposée la doctrine sur Dieu, la Trinité, l'Incarnation, les sacrements et les fins dernières. Il s'y distingue par assez d'originalité, évitant de grouper d'une manière purement mécanique les citations de ses

prédécesseurs, comme le faisaient la plupart de ses compatriotes, bien qu'il sacrifie encore à la tendance générale de la théologie byzantine, qui est de placer les Pères au premier plan et de ne présenter presque jamais ses propres spéculations. Calécas s'en explique, du reste, fort naïvement, en avouant qu'il n'avance rien qui ne soit tiré de l'Écriture sainte ou des Pères. En dehors de ces trois ouvrages, on lui attribue encore plusieurs autres écrits, qui sont conservés dans les manuscrits, comme le Ilep'i xriç écYi'aç TpiàSo;, des Aô^oi ÔEoXoyixoi, deux homélies sur la circoncision et sur saint Etienne le proto-martyr, avec de nombreuses lettres.

CALÉCAS — CALIXTE I" (SAINT)

Les trois ouvrages de Calécas qui sont édités reproduits dans Migne, P. G., t. CLii, col. -13-662. Les quatre livres contre les Grecs n'y sont donnés que dans la traduction latine, faite par Ambroise Traversari, le supérieui* général des camaldules, lors des négociations du concile de Florence et publiée par Stevart, Ingolstadt, 1616, mais le texte grec est conservé dans plusieurs manuscrits. Locb en a inséré un long fragment dans son livre : Bas Dogma der griechischen Kirche vom Purgatorhim, Ratisbonne, 1842, p. 34-43. Le texte grec avec traduction latine des deux autres ouvrages fut d'abord édité par Combefls, Aiictarium novissimiim Bibliolh. Patrum. Paris, 1677, t. II. Voir rabricius, BibHotheca grieca, t. xi. p. .453 sq. ; L. Mlaims, De Ecclesiœ occldentalis atquc orieiiialis perpétua consensione, Cologne, 1695. p. 184 sq. ; Quétif et Echard, Scriptores ordinis pr^ihrnini-ii i„. t- 1. p. 718-720; Werner, Geschichte dcr apoloijetisihru ii^ni y:.i. un-.rUt:n Litteralur der chrisîlichen TheoluiiK'. ^ ■ il I--i.i. t. m, p. 54; A. Ehrbard,

dans la Gfsc/ii. /.'. <rli,'n Litteralur ie Mrtmiba.-

cher, 2- édit., Mniii.l,. Is iT, j... 110 sq. ; Hurter, Nomenclator, t. IV, col. 614.

S. Vailué.

CALICI Jean-Baptiste, théologien italien de Florence, a publié : Discorso apologetico, ovvfro riposta ad un consulta d'un avvocato che ha preleso di provare cite sia invalida il battesimo data contra la volontà de' genitori infedeli ai bambini niancanti delV usa di ragione, in-4°, Lucques, 1697.

Hœfer, Nouvelle biograpltie yétièraie, t. viii, p. 186.

E. Mangenot.

1. CALIXTE ou CALLISTE I" (Saint), pape. - I. Vie. II. Accusations des Philosophumena. III. Théologie. IV. Gouvernement. V. Conclusion.

I. Vie. — D'après le Liber pontifical'is, édit. Duchesne, Paris, 1886, t. i, p. 141-142, Calliste, fils de Domitius, né à Rome de regione nrbe ravennatis, a régné 6 ans, 2 mois, 10 jours. Il a institué un jeûne le samedi ter in annuni, frumenti, vini et olei ; il a été chargé de l'administration du cimetière ; il a fondé une basilique au Transtévère; il est mort martyr et a été enterré dans le cimetière de Saiiit-Calépode. Tous ces renseignements mérit. m A . i,. ni, uns, sauf explication, rectification et addith I ! , \ lî Mil les indications fournies par les

Pliilu!.i'i , Il prut dire que Calliste est né esclave,

vers Im. ,iu ii.msli.ure, dans la région que nous savons avoir été la xiv«, et qui était désignée par ces mots de urbe Ravennatis, parce que là se trouvaient les castra Ravemiatium ou le dépôt de la légion des soldats qui faisaient partie de la Hotte adriatique de Ravenne. Cf. Suétone, Aug., 49. Baptisé et devenu l'homme de confiance de son maître Carpophore, il fut condamné aux mines par le préfet Tuscianus à la suite d'événements dont il sera question plus loin, entre 186 et 189. Gracié entre 190 et 19i. il fut envoyé par le pape Victor à Antium, où il séjourna jusqu'à l'élection de Zéphyrin, vers 200. Rappelé alors à Rome, il fut chargé par le pape de la direction du clergé et de l'administration du cimetière jusqu'au moment de son élévation au souverain pontificat, en 218. Le cimetière, dont il est ici question, le premier officiellement administré par l'Église, n'est autre que celui de la fia Appia, dont Varea appartenait à la gens Csecilia, et qui, de temps immémorial, d'après les martjrologes et les itinéraires, porta le nom de son

administrateur. Peut-être même Calliste y eut-il son portrait dans ce qu'on appelle la cliatnbre des sacrements; cf. Allard, Rome souterraine, p. 398-399; la Bibliothèque nationale possède une coupe au fond de laquelle se trouve un portrait qu'on suppose être le sien. Allard, op. cit., p. 409; De Rossi, Rullett., 1886, p. 33. Élu pape en 218, il gouverna l'Église pendant 5 ans, 2 mois, 10 jours, selon Eusèbe, H. E., vi, 21, P. G., t. XX, col. ,574, le catalogue libérien, P. L., t. xiii, col. 447, ft l'inscription de Saint-Paul-hors-les-raurs, P. L., t. cxxvii, col. 28-2, sous le règne d'Élagabale jusqu'au commencement <le celui d'Alexandre Sévère. Il fit construire un oratoire au Transtévère, désigné par ces mots, dans le catalogue libérien, regione décima quarta juxta Callistum, transformé en basilique par Jules (337- 352), et appelé dès lors, dans le Liber ponlificalis, titulus Juin et Callisti; c'est sur son emplacement que s'élève aujourd'hui la basilique Santa Maria in Trastevere. Le jeune du samedi fixé à l'époque de la moisson, des vendanges et de la récolte des olives, ajouté à celui du carême, constituerait, sinon la création du jeilne des quatre-temps, du moins l'extension de sa pratique dans l'Église. Cela cadre, d'une part, avec les renseignements d'Anaslase le Bibliothécaire, 'Vitx, 17, P. L., t. cxxvii, col. 1318, et explique, d'autre part, le titre de l'une des deux fausses Décrétales attribuées à Calliste : De jejuniis quatuor lemporum. Hardouin, Act. concil., t. I, p. 109-114; Mansi, t. i, col. 737; P. G., t. x, col. 121-132; Hinschius, Décrétâtes pseudo-isidorianse, Leipzig, 1863, p. 131-156. On prête, en effet, à Calliste, deux Décrétales : la première sur le jeune des quatretemps, et ut criminationem adversus doctoreni nemo suscipiat, Epist., I, ad Benedictum ;\'a\itre, Epist., il, ad omnes Galliarum episcopos, traite : 1° de iis qui conspirant adversus episcopos vel qui eis consentiunt ; 2° de iis qui excommunicatis communicant vel infidelibus; 3» ut nulXus episcopus de allerius parochia aliquid prsesumat et de mutationibus episcoporum; 4° de conjunctionibusconsanguineorum...;5'quinondebeant admitti ad accusationem vel testimonium ; 6" si possit sacerdos post lapsitm mini.'ilrare. A défaut de ces deux fausses Décrétales, l'œuvre lliiùloijique et disciplinaire de Calliste est assez importimte et ressort, comme nous allons le voir, soit des P/iilosnpIiiiinena, soit du De pudicilia de Tertullien. Voir, sur les décrets perdus de Calliste, Harnack, Gesch. der altchristl. Litteralur, Leipzig, 1893-1897, t. I, p. 603-605; surtout Roiffs, Dos Indulgeni-Edict des rômisclien Bischofs Kallist, Leipzig, 1893. Calliste, semble-t-il, a trouvé la mort dans un soulèvement populaire,- et, bien que les Actes de son martyre soient sans autorité, P. G., t. x, col. 113-120, la circonstance qu'il fut précipité du haut d'une fenêtre dans un puits et lapidé au Transtévère peut être vraie; cf. Tillemont, Mémoires, Paris, 1701-1709, t. m, p. 252; De Rossi. BuUett., 1886, p. 93; cela explique pourquoi il fut enterré au cimetière de Saint-Calépode, au 3« mille de la Voie Aurélieune; c'était le plus rapproché. En tout cas la qualité de martyr lui est reconnue par les calendriers, les martyrologes et les livres liturgiques de Rome depuis la première moitié du iv« siècle. Son nom figure, non pas dans les Depositiones ei^iscoporum , mais dans les Depositiones martyrum; et c'est le seul prédécesseur de Pontien (230-23.5) qui eut alors une fête, fixée au 14 octobre. Cf. Duchesne, Liber pontif., t. i, p. xcil, 142, note 6. Il laissa l'Église romaine en pleine prospérité, organisée corporativement, possédant des lieux de sépulture avec la qualité de personne civile, représentée par des docteurs et des théologiens, que les Philosophumena appellent l'école de Calliste.

II. Accusations DES P//;iosop;/i;j/£iV.i.— La découverte des Philosophumena, en 1850, devint l'occasion d'une attaque violente et passionnée contre la mémoire du pape Calliste. Cet ouvrage renferme, en effet, les impu-

CALIXTE I" (SAINT

talions les plus graves : il représente ce pape comme un isclave infidèle, un banqueroutier, un homme possédé de la manie du suicide, un intrigant, un courtisan, un llatleur malhonnête, un hérétique. C'est un libelle, un réquisitoire, que s'empressèrent d'exploiter Bunsen, Hippolylus and his âge, Londres, 1852; Wordsworth, Hippolyttts and tlie Ùhurch nf Jiome, Londres, 1853; A'olkmar, Hippolytus und die rômisclie Zeiigenossen, urich, 1856; de Pressensé, Lu Ite entre Hippohjte et ■Calliste, Pari^, 1856; de Rémusat, Mi-vue des Deux Mondes, iô juin 1863; AI. Réville, Revue des Deux Mondes, 15 juin 1865. 11 convient de remarquer que >nous n'avons là que le récit d'un adversaire doctrinal, Philos., IX, II, 11, 12, édit. Cruice, Paris, 1860, p. 426, 435, 436, peut-être même d'un concurrent malheureu.v au siège de Rome, ibid., IX, ii, 12, p. 441; il est donc suspect de partialité et de parti pris. Les faits rapportés ■n'ont rien d'invraisemblable, mais ils sont dénaturés et prennent un sens et une portée qu'ils n'avaient pas. Soumis à une critique impartiale, contrôlés par le conitexte, rapprochés de ce que nous savons par ailleurs, ils permettent de voir que Calliste est loin de mériter le titre de désorganisateur de la discipline et la note

■ d'hérétique. Par là ce libelle diffamatoire, ce réquisitoire passionné, sert à défendre la mémoire du pape et

■se change en une apologie, d'où Calliste sort grandi.

■Calliste apparaît comme un pape qui, au milieu de circonstances difficiles, non seulement fut irréprochable

■dans ses mœurs, mais encore prudent et sage tant dans ses décisions doctrinales que dans ses mesures disciplinaires. Et c'est ce qu'ont très justement fait ressortir Dôllinger, Hippolytus und Kallistus, Ratisbonne, 1853; Cruice, Études sur de noiiveaua; documents historiques

■ empruntés à l'ouvrage récemment découvert des aPhi- ■losQphumena », Paris, 1853; Armellini, De prisca refu- .tatione hsereseon... Philosophumenon titulo recens vul-

gata commentarius, Rome, 1862; De Rossi, BuUettino ■di archeologia, Rome, 1866; Hagemann, Die Rômische Kirche, Fribourg-en-Brisgau, 1862; Le Hir, Études bihliques, Paris, 1869, t. ii, p. 325-387; Freppel, Origéne, 'S' édit., Paris, 1888, t. i, p. 151-174; de Smedt, Disserlationes, Paris, 1876, p. 190-218; Duchesne, Les origines chrétiennes, 2« édit. (lith.), Paris, 1886, p. 275-304. II importe de résumer brièvement ce débat pour dégager la vérité et venger la mémoire de Calliste contre les calomnies des Philosophumena, en parcourant ce qui a trait à la vie de ce pape soit avant sa nomination à la charge d'archidiacre, soit pendant sa collaboration avec le pape Zéphyrin, soit pendant son propre pontificat.

1' Vie de Calliste avant sa nomination à la charge it'ai-c/udiacre. — 1. D'après les Philosophumena, Cal- Usle, né esclave, devenu chrétien, appartient au chrétien Carpophore, de la maison de César. Chargé des intérêts de son maître dans une banque, il les compromet, prend la fuite vers le port d'Ostie et s'embarque sur un vaisseau en partance. Dès qu'il voit apparaître son maître accouru pour l'arrêter, il se jette à l'eau, mais il est saisi ,par les matelots de l'équipage. Phil., IX, ii, 12, p. 437. Il s'agit là d'une catastrophe financière; mais elle n'est pas mise sur le compte de la malhonnêteté; elle est la suite de mauvaises opérations. L'esclave banquier a été victime, et, très vraisemblablement, des juifs, puisque les Philosophumena\onl nous dire que c'est à eux qu'il court réclamer le paiement de créances. Ibid., p. 438. S'il fuit, s'il se jette à la mer, c'est qu'il redoute son maître qui n'est pas tendre et qui va le condamner à tourner la meule. Voilà une tentative de suicide pour qui veut solliciter le texte.

2. Calliste, rendu à son propriétaire, est condamné au supplice de la meule; puis, à la prière de ses frères, il est gracié; car il dit avoir des créances à recouvrer. Les PAîiosop/mmena prétendent qu'il cherclie le martjre. Donc, un jour de sabbat, il se rend à la synagogue, fait

du tapage, est roué de coups et livré au préfet Tuscianus pour avoir troublé une réunion juive et parce qu'il se dit chrétien. Carpophore accourt pour le saaver, prétend qu'il n'est pas chrétien, qu'il ne faut pas l'en croire, mais qu'il cherche la mort. Les juifs répliquent par des cris. Le préfet, après avoir fait frapper de verges le délinquant, le condamne aux mines de Sardaigne. Phil.- IX, II, 12, p. 439. Ce récit prouve que Calliste a essayé de recouvrer certaines de ses créances, mais sans y réussir Les juifs, mis en demeure de payer leurs dettes, répondent par des coups et une accusation et réussissent, malgré l'intervention de Carpophore, à se débarrasser de leur créancier. Si, en réalité, Calliste eût voulu disparaître par la mort ou par le martyre, il avait un moyen plus expéditif et plus sur, celui, par exemple, de courir à un temple païen et d'y briser les idoles.

3. Marcia, concubine de Commode, dans le but ■de faire une bonne œuvre, demande au pape Victor la liste des chrétiens condamnés qu'il désire voir rendre à la liberté; elle la confie à l'eunuque Hyacinthe qui se rend en Sardaigne. Or, sur la liste, le nom de Calliste est, dit-on, omis à dessein par le pape; mais Calliste n'en est pas moins libéré. Victor apprend la nouvelle avec peine; il exile Calliste à Antium et l'y aide à vivre par des subsides mensuels. P/(i?., IX, ii, 12, p. 439-441. L'omission du nom de Calliste peut avoir été fortuite; quant au mécontentement du pape, il ne concorde guère avec le f;ùt des mensualités accordées. Plus vraisemblablement l'auteur a voulu enlever à Calliste le titre de confesseur qui, selon l'usage de l'époque, lui donnait droit d'entrer dans le clergé. Par suite l'exil à Antium est plutôt une mission ecclésiastique, directement rétribuée par la caisse pontificale, pendant laquelle Calliste put franchir les degrés de la hiérarchie, puisque, à l'avènement de Zéphyrin, il est nommé par le nouveau pape archidiacre de l'Église romaine et administrateur du cimetière. Phil., IX, li, 12, p. 441. Un tel choix, consigné par l'auteur, réduit à néant ses insinuations malveillantes. La vérité est que Calliste était regardé, malgré un insuccès passager, comme très entendu en atl'aires et comme un clerc digne des plus hauts emplois.

2» Vie de Calliste sous le pontificat de Zéphyrin (200- 218). —1. D'après les P/(iJosoj3/i!/mena, Zéphyrin, esprit faible, sans portée, sans instruction, sans clairvoyance et avide d'argent, est circonvenu par la ruse adulatrice et les présents intéressés de Calliste. Phil., IX, ii, 12, p. 441. N'est-ce pas plutôt que le pape aurait eu tort de préférer les conseils et le concours de Calliste à ceux de l'auteur des Philosophumena, et que Calliste, chargé de l'entretien du clergé et des veuves, de l'administration du cimetière auquel il fit faire de grands travaux, et de la réparation des maux occasionnés par la persécution de Septime-Sévère, en 202, dut chercher des ressources et réussit à s'en procurer?

2. Quoi qu'il en soit, Calliste est accusé en outre d'avoir inspiré à Zéphyrin, sur la question trinitaire, deux professions de foi erronées, l'une par laquelle il déclarait ne reconnaître qu'un seul Dieu, .lésus-Christ, et en dehors de lui aucun autre qui ait été engendré et qui ait souffert, Phil., IX, ii, 11, p. 435; l'autre par laquelle il affirmait que ce n'est pas le Père qui est mort mais le Fils. Ibid., p. 436. Or ces deux professions de foi, rapprochées et complétées l'une par l'autre, sont orthodoxes, la première, en proclamant la divinité de .lésus-Christ et sa consubstantialité contre les théodotiens et les artémonites, la seconde, en distinguant le Père du Fils et en condamnant les patripassiens, les sabelliens unitaires et modalistes. La vérité c'est que l'auteur des Philosophumena n'envisageait pas la question au même point de vue et la tranchait dans un sens différent. Il subordonnait tellement le Fils au Père que la distinction des personnes devenait une séparation et introduisait la dualité dans l'unité de la nature divine : d'où le re-

CALIXTE I- (SAINT

proche mérité que lui fait le pape, et dont il se plaint.

30 Pontifical de CaVisle. — Remarquons d'abord que l'élection de ,Calliste est une garantie contre les accusations des Philosopliumena. Un homme, en effet, qui était resté si longtemps au pouvoir, qui avait eu l'oreille du pape pendant 18 ans, avait ou bien indisposé contre lui la communauté chrétienne ou bien mérité son estime et sa confiance. Dans le premier cas, on ne s'expliquerait pas comment le clergé et le peuple l'auraient appelé à remplacer Zéphyrin. Remarquons ensuite la vénération dont il fut l'objet après sa mort. Télesphore avait été martjT; Anicet, Éleuthère et Victor furent de grands évêques; Lin et Clet étaient inscrits au canon de la messe; seul, Calliste, entre Clément et Pontien, eut un anniversaire. Que penser dés lors des accusations portées contre la doctrine et les mesures disciplinaires de Calliste? Faut-il y voir une hérésie et une révolution? Nous allons V répondre en résumant De Rossi, i}i(//eU., 1886, p. 23-3i5, 65-67, et Duchesne, Les origines, p. 285-304.

III. Théologie. — La doctrine Ihéologique prêtée à Calliste par l'auteur des Philosopliumena, IX, 11, 12, p. 442-i43, peut se ramener à ces trois points ; 1» en dehors de l'incarnation, la dilTérence entre le Père et le Fils est purement nominale; 2" l'incarnation est la raison de leur distinction réelle; en Jésus-Christ, l'élément visible et humain, c'est le Fils; l'élément invisible et divin, c'est le Père; 3° l'union de ces deux éléments est assez intime pour affirmer qu'ils ne forment qu'un seul être, pas assez pour affirmer que le Père a souffert; le Père n'a fait que compatir.

Tel qu'il est formulé, ce système n'est pas orthodoxe. Sans doute quelques théologiens ont essayé de le ramener à l'orthodoxie : les uns, comme Franzelin, en recourant à une exégèse un peu forcée. De Deo trino, Rome, 1869, p. 149; les autres, comme Le Hir, en retouchant le texte. Éludes bibliques, Paris, 1869, t. 11, p. 38J. Mais il est difficile d'en méconnaître l'hétérodoxie, sans qu'il soit nécessaire de mettre en doute l'exarlilude du narrateur, ainsi que l'ont fait DoUingei rt Ir !' ,1, Sm.dt. Tel quel, comme l'a très bien indiqua' h- l;(,--i. r .st exactement le même système que celui qui' Jerinllien combat dans son traité Adversus Praxeatn, 27, 29, P. L., t. II, col. 191, 194. Il n'y a pas lieu de distinguer entre un fond orthodoxe et des additions ou modifications faites par l'auteur des Philosopliumena. La doctrine est d'un seul jet ; c'est un patripassianisme, non pas mitigé, mais déguisé. Reste à savoir si Calliste l'a réellement enseigné. Or on peut répondre sans crainte par la négative el f.iire >ciiiiiilH|nc ni la critique du témoignage

unique ilr^ VhiLir^fipInniii'jin .

1» lie I :i\eii (les l'hilas,>i,l,,n-)iena, Callistea condamné Sabellius. VhiL, IX, 11, 1-2, p. 4i2, et Sabellius reproche à Calliste d'avoir abandonné sa première foi. Comment donc Calliste peut-il enseigner une doctrine que Sabellius lui reproche d'avoir abandonnée, et que l'auteur des Philosopliumena nous apprend qu'il condamne comme hérétique? Il y a là tout au moins une contradiction.

2» Calliste n'a pas enseigné cette doctrine. TertuUien, en effet, a été l'adversaire de Praxéas et des patripassiens, des chefs de l'Église de Rome et de Calliste, à cause de la condamnation du montanisme. Or, dans son Adversus Praxeam, il attaque la doctrine en question, mais il n'y compromet ni Zéphyrin ni Calliste; il n'y combat que des hérétiques notoires, déjà condamnés parle pape. Dans son traité De pudiritia, il met en scène un pape, qui n'est auhv .pe Calli.ie, et il se permet contre lui les plus violeiii. - iii.,.i,i.-. S'il avait pu formuler quelque accùsatien ,!,„ ii ,i,.,l, . il n'eut certes pas manqué de le faire. Et lorsqu il relute le système, qui est précisément attribué à Calliste par l'auteur des Pliilosoplinmena, sans le mettre sur le compte du pape, c'est pape ne l'a pas enseigné.

que,

réalité.

3" Du reste, l'auteur des PAi/osop/iuwiena prétend que la doctrine de Calliste continue à être enseignée dans son école. Or il écrit au plus tôt sous Urbain (222-230), ou au plus tard sous Pontien (230-235). Quand donc une variation aussi importante que l'abandon du patripassianisme pour la consubslantialité se serait-elle produite? Nous n'avons, il est vrai, aucun document officiel sur ce point sous les successeurs immédiats de Calliste. Mais, d'une part, Novatien, prêtre de Rome, qui écrit avant la persécution de Dèce, repousse le sabellianisme comme une doctrine notoirement condamnée. Et d'autre part, déjà de 235 à 240, celui qui doit occuper le siège de Rome de 259 à 268 est au courant de l'enseignement de l'Église; c'est un homme instruit. Or, vers 260, saint lienys a la même attitude que Calliste dans la question trinilaire. Sa lettre à son homonyme d'Alexandrie, dans S. Athanase, De decrelis nie. sijn., 26, P. G., t. xxv, col. 461, est un document de la foi romaine consubstanlialiste et nullement sabellienne, également éloigné de l'erreur qui prétend que le Fils est le même que le Père et de celle i|iil (Hm^.- I.i monade divine en trois substances séparées, en tmi- iliMnilés. Comme Calliste, Denys condamne S.ilielliii-. euhime Calliste, Denys accuse de dithéisme ou de trithéisme les adversaires exagérés de Saliellius. De part et d'autre, même langage théologique montrant que les deux papes, à un demi-siècle de distance, ont sur la légitimité de certaines formules et sur le sens de certains textes scripturaires les mêmes idées contraires à celles des docteurs anti-sabelliens. Ils sont pour la monarchie, comme on disait alors, et pour l'identité substantielle du Père et du Fils, en même temps que pour la trinité et pour la distinction personnelle des liypostases divines. Saint Denys est sur la même ligne doctrinale que saint Calliste. Saint Calliste, qui n'hésita pas à condamner le sabellianisme, se montra plus réservé contre les trinitaires exagérés. Sans les condamner formellement, il se contenta de les traiter de dithéistes : àiOzoï iuH. Phil., IX, 11, 12, p. 442.

Ainsi donc Calliste est loin d'avoir mérité le reproche d'erreur que lui font les Philosophvmena ; sa théologie est orthodoxe.

IV. Gouvernement. — 1" Discipline pénitenlielle. — Calliste est accusé par les Philosopliumena de remettre les péchés à tout le monde et de recevoir sans pénitence les hérétiques ou les schismatiques. A la fin du if siècle, les scandales donnés par les sectes gnostiques d'une part et, d'autre part, les tendances d'ascétisme exagéré ou d'encratisme avaient rendu plus sévère la discipline pénitentielle. Sans doute la meilleure réponse à l'immoralité des uns et à l'idéal des autres eût été la sainteté parfaite après le baptême ; mais la faiblesse humaine entraînait les fidèles au péché. Du temps d'Hermas, le pécheur avait au moins une fois la possibilité de recouvrer le salut perdu, à la condition d'avoir un repentir sincère et de se soumettre à une purification laborieuse : c'était le ilioil in [i-ndon, et le pardon était le fruit de la péniienie l'ii -iiiie aucun péché n'était exclu du bénéliee .In |i,ii(l.in Cinquante ans plus tard, vers 20i, ïerlullieii n eiiseii,nait pas autre chose dans son De pœnilenlia. Il nous dit le nom grec de celte pénitence laborieuse, éÇoiioVvdYnoi;, qui était temporaire ou perpétuelle selon les cas. Il affirme son efficacité même vis-àvis des fautes commises contre Dieu. Or, au début du IIF siècle, certains péchés, l'idolâtrie, le meurtre et la fornication, bien que soumis à la pénitence, n'étaient pas, en fait, officiellement remis par l'Église, qui en avait fait des cas réservés, dont elle laissait le pardon à Dieu seul. TertuUien, passé au montanisme, appelait ces péchés irri'missibilia, De pudicit., 2, P. L., t. Il, col. 985, les disait frappés d'une pénitence perpétuelle sans espoir de rémission de la part de l'Église, pro guibus nec orari permiltitur. De pudicit., 19, P. L., t. Il, col. 1020. TertuUien refusait à l'Église le pouvoir de les.

CALIXTE P' (SAINT

pardonner, alors que l'Eglise se bornait simplement, par mesure disciplinaire, à ne pas user de son pouvoir, à leur refuser l'absolution et à les réserver à Dieu.

Or, que fait Calliste"? Soit parce que le nombre des pécheurs augmentait avec les progrès accentués du christianisme et que la plupart se soustrayaient aux rigueurs d'une pénitence perpétuelle non couronnée d'un pardon officiel, soit parce que les rigueurs de cette pénitence amenaient les catéchumènes à retarder le plus longtemps possible la réception du baptême, Calliste prend le parti de faire une brèche à la discipline en vigueur. 11 déclare, non pas qu'il pardonne tous les péchés sans distinction, comme semble le lui reprocher l'auteur des Philosoplnimena, mais, ainsi que le précise Tertullien. qu'il supprime la réserve relative au péché de fornication ou d'adultère, tout en la maintenant encore pour l'apostasie et l'homicide. Nous ne possédons pas, il est vrai, le document authentique où se trouve consignée et motivée une décision aussi importante; mais la réfutation qu'en fit Tertullien dans son De p^idicitia, entre 218 et 222, permet d'en connaître l'économie et la liaute portée théologique.

Calliste connaît l'objection qui court : « A quoi bon la pénitence si elle n'obtient pas le pardon? >> De piidicit., 3, P. L., t. II. col. 985. 11 aurait pu répondre : l'Église s'en remet à Dieu du soin de la récompenser. Jlais non, Calliste prétend donner lui-même une sanction à la pénitence, en pardonnant, dès ici-bas, le fornicateur ou l'adultère pénitent et en lui rendant la paix ou la communion ecclésiastique, l'n tel acte d'autorité n'est pas, comme le prétend T- iiiill: n mii usurpation du droit divin; c'est l'exerci. i n droit reçu

de Dieu. Et c'est pourquoi ' ■ ' . mprunte les

preuves à l'Écriture. Il coinin rn . ,1 il il |Mr montrer que Dieu bon et miséricordieux met la miséricorde audessus de la justice, préfère le repentir à la mort du pécheur et il veut le salut de tous, surtout celui des fidèles. De purfieit., 2, P. L., t. Ii, col. 983; il rappelle les paraboles de la brebis égarée, de la drachme perdue, ^ibid., 7, col. 993, de l'enfant prodigue. Ibid., 8, col. 994. Il y joint les exemples de la pécheresse repentie et pardonnée, de la Samaritaine, ibid., 11, col. 1001, de l'incestueux de Corinthe, ibid., 13, col. 1003, de Jézabel avertie par l'Esprit-Saint qu'un temps lui est accordé pour se repentir de sa fornication et faire pénitence. Ibid., 19, col. 1017. Puis, se basant sur les paroles de Jésus-Christ à saint Pierre : Tibi dabo claves regni cseleslis; quxcunque alligaveris vel solveris i» terra, erunt allirjala vel soluta in cœlis, ibid., 21, col. 1025, il revendique le droit pour l'Église de remettre les péchés, ibid., 21, col. 1024, droit qui n'est pas seulement personnel et exclusif à saint Pierre, mais qui passe à ses successeurs, qui appartient aux évêques, numei-us episcoporum, ainsi qu'à toute l'Église unie à celle de Pierre, ad omnem ecciesiam Pelri prnpinqiiam, ibid., 21, | col. 1025; et par là il légitime son décret, dont la formule est ainsi donnée par Tertullien : Ego et mœchiœ et fornicationis delicta pxniteniiœ funclis dimitto. De prtdicit., 1, P. L., t. Il, col. 981. A celte preuve d'Écriture, Calliste ajoute la preuve de tradition. Il invoque l'autorité du Pasteur et de la coutume ancienne; car Tertullien ne manque pas d'écarter le témoignage d'Hermas, comme trop favorable aux fornicateurs, ibid., 10, col. 1000. et écrit : Hodie conceditur niœchix venia quia et aliquatido coticessa eut, ibid., 6, col. 990, concession qu'il trouve abusive, en raison de ses sentiments montanistes.

La thèse de Calliste, bien qu'uniquement appliquée au cas de fornication ou d'adultère, a une portée plus générale. Tertullien le remarque et s'indigne d'une telle exception qu'il déclare injustifiée. De pudicit., 9, P. L., t. H, col. 999; car ce qui milite en faveur de l'un des trois cas réservés, milite également, et pour les mêmes

faveur des deux autres, ce qui est juste : quxcunque auctoritas, quxcunque ratio mœcho et fornicalori pacem ecclesiasticam reddit, eadeni debebit et liornicidx et idololatrx pxtiitentibus subvenire. De pudicit., 22, P. L., t. II, col. 1028. Très certainement Calliste n'aurait pas désavoué un tel raisonnement. Du reste la pratique ultérieure de l'Église donnera raison à l'observation de Tertullien; elle finira par englober le cas d'idolâtrie ou d'apostasie et celui d'homicide dans la même indulgence pénitentielle.

Mais, d'après Tertullien, il y a autre chose encore dans le décret de Calliste, c'est l'attribution aux martyrs du pouvoir pénitentiel qui appartient aux évêques. De pudicit., 22, P. L., t. Ii, col. 1026. Christus in martyre est ut mœchos et foi-nicatores martyr absolvat. Ibid., col. 102T. Tertullien ne veut pas en entendre parler ; Sufficiat martyri propria delicta purgasse. Mais la question est de savoir si Calliste attribuait aux martyrs plus qu'une simple intervention déprécative, et rien ne l'indique; il est marqué, au contraire, que Calliste estimait efficace auprès de Dieu l'intervention des martyrs en faveur des fornicateurs et des adultères : njoeckis et fornicatoribus a martyre e.rspostulas veniani. De pudicit., 22, P. L., t. II, col. 1028. De Rossi avait supposé que, du temps de Calliste. les martyrs délivraient à ces pécheurs des billets de réconciliation, qu'ils devaient soumettre à l'évêque, Homa sotter., t. ii, p. 202: et Rolll's suppose que ce pouvoir des martyrs était subordonné, dans la pensée du pape, à celui de l'évêque. Das Indulgenz-Edict, Leip/ig. 1893, p. 23 sq. Le texte de Tertullien n'autorise pas ces hypothèses. Quoi qu'il en soit de ce point particulier de discipline pénitentielle. il est certain qu'à partir de la persécution de Déce l'intervention des martyrs n'est plus tolérée soit à Carthage, soit à Rome. Cf. Batiffol, Études d'histoire, Paris, 1902, p. 100-102, 126-129.

L'autre reproche fait à Calliste par les Philosophumena, en matière de discipline pénitentielle, celui d'admettre sans pénitence les hérétiques et les schismatiques, n'a pas de raison d'être. Car il y a lieu de distinguer entre ceux qui de l'orthodoxie sont passés au schisme ou à l'hérésie et ceux qui sont nés dans le schisme ou dans l'hérésie ou qui n'y sont venus qu'en sortant du paganisme. Les premiers, l'Église les traitera comme des déserteurs; elle continuera d'exiger d'eux qu'ils fassent pénitence, car ils ont trahi leur foi. Quant aux derniers, Calliste a raison de les traiter avec bienveillance : la facilité de leur admission est un acte de justice et un moyen, ainsi que le constatent les Philosoplnimena, de désagréger les sectes en ce moment en décadence et d'augmenter à leurs dépens le vrai troupeau de Jésus-Christ.

2"' Discipline ecclésiastique. — 1. Les Philosophumena accusent d'abord Calliste de ne pas déposer tout évêque prévaricateur, coupable d'une faute mortelle, -pô; OivaTov. Phil., IX, II, 12, p. 444. D'après la discipline en vigueur au commencement du in« siècle, les trois péchés réservés, une fois avoués ou prouvés, entraînaient la pénitence publique pour les laïques, la déposition pour les clercs, l'irrégularité pour les uns et les autres. Par suite Calliste aurait innové sur l'un des points les plus importants de la discipline canonique. Mais nous n'avons ici que le témoignage isolé d'un esprit prévenu et suspect. Rien ne prouve, d'autre part, qu'on puis.se voir là un acte d'autorité pour mettre les évêques à l'abri de toute accusation imprudente et légère ou d'une cabale et pour empêcher de recevoir la déposition d'ennemis ou de témoins disqualifiés, ainsi que le suggérerait la fausse décrétale attribuée à Calliste. Ex libris decreli Bouizonis episcopi excerpta, dans Mai, Nova biblioth., t. vu, p. 35; P. G., t. x, col. 122. Beaucoup plus vraisemblable serait l'hypothèse de De Rossi, d'après laquelle le pape aurait porté une véritable déci-

CALIXTE I" (SAINT

sion dogmatique, £&oyiJ.iTi<j£v, condamnant l'erreur des précurseurs de Novatien et de Donat, qui voulait qu'un évéque, par le seul fait de sa chute dans une faute grave, ne pouvait plus conférer validement les sacrements. Mais ce n'est qu'une hvpothèse. Si elle était fondée, on s'expliquerait mal comment, dans la controverse novatiennc et surtout dans la controverse donatiste, aucun évéque. pas même les évêques de Rome, n'a jamais fait allusion à ce décret qui condamnait d'avance Novatien et Donat. 2. Toujours d'après les Philosophtiniena, Calliste est accusé d'avoir laissé admettre à l'épiscopat, à la prêtrise et au diaconat, des bigames et même des trigames; ensuite d'avoir toléré le mariage des clercs, en les maintenant dans leur ordre. P/i!7., IX, ii, 12, p. 444. Or, il est à remarquer qu'il n'est pas question ici d'innovation, mais d'abus survenus pendant le pontificat de Calliste, et dont on le rend responsable.

La bigamie, au commencement du IIF siècle, était un empêchement canonique ; ce n'est que plus tard que se posa la question de savoir si le ou les mariages contractés avant la réception du baptême devaient entrer en ligne de compte pour constituer cette irrégularité. Cf. Const. aposlol., 1. VI. c. xvii, P. G., t. i, col. 957; Mansi, t. I, col. 51; Ilardouin, t. i, col. 13; S. Jérôme, Epist., Lix, P. L.. f. XXII. col. 65i; Apol. ronl. Rufin., I, 32, P. L., t. XXIII, col. 424. Si Calliste avait réellement toléré cet abus, il est à croire que TerluUien, si au courant des choses de Rome, n'aurait pas manqué l'occasion de l'en blâmer dans le De motioganiia ou le De pudicitia. Or, il n'en est rien, Tertullien se contente de constater l'usage de déposer les bigames. De exhorl. cast., 7, P. L.,t. II, col. 923, et de reprocher aux catholiques d'Uthine d'avoir des bigames pour présidents. De monog., 12, P. L., t. ii, col. 947. Pas la moindre allusion à la connivence du pape. Le témoignage des Philosophiimena reste isolé.

Relativement au maria'-;e des clercs, les Philosophumena témoignent en funii' .1. Ij Ini ecclésiastique romaine surle célib.it. M:ii- lU n. -pi , ifu-nt pas s'ils'agit ici, comme dans le ca< pr.c ilriii. ik-s clercs supérieurs; de plus l'expression \i.i-/=:-/ h tw 7.).r,po) peut vouloir dire, non que les clercs en question peuvent continuer leurs fonctions, mais qu'ils n'étaient ni dégradés, ni déposés, ni surtout qu'ils sont regardés comme désormais déchus de leur pouvoir d'ordre. Comme le remarque Mar Duchesne, la tolérance de quelques cas particuliers, ou quelque déclaration officielle sur la régularité à observer dans la déposition d'un évéque prévaricateur et sur la validité de ses actes, c'est autant qu'il en faut pour expliquer le langage des Pliilosophumena. Les origines, 2= édit.. Paris, 1886, p. 300. S" Discipline matrimoniale. — Les Plnlosophumena reprochent à Calliste d'avoir permis à de nobles dames romaines de contracter mariage avec des hommes d'une condition inférieure à la leur. Les femmes de rang sénatorial ne pouvaient pas toujours trouver à épouser un clarissime. Elles n'avaient dès lors le choix, au regard de la loi civile, qu'entre la dérogation ou le concubinage secret. Calliste estime qu'elles pouvaient épouser un homme de condition inférieure, et tient leur mariage pour valide, contrairement à la jurisprudence civile. Car, devant JDieu, il n'y :i ni libre ni esclave. C'était affirmer le droit de l'I'Vli-. .le l. liI- ii i- en matière matrimoniale et le déclarii' imli p. iulml du droit de l'État. Mais les P/iilosophii)ni'na irml.nt ].• pape responsable des conséquences malheureuses, en particulier du fait d'avorteiiients, qui furent la suite de quelques-uns de ces mariages. Phil., IX, ii, 12, p. 445. C'est une accusation injuste. L'avortement et l'infanticide continuèrent à être sévèrement condamnés par les lois canoniques. 4» Discipline baptismale. — L'auteur des P/iilosophuniena prétend enfin que c'est sous Calliste que s'in- "abus de rebaptiser. Phil., IX, ii, 12, p. 440.

■trodu

En tout cas il ne saurait être ici question de l'Église romaine; car, trente ans plus tard, elle pouvait déclarer solennellement que telle n'avait jamais été sa pratique. Du reste ni saint Cyprien de Cartilage, ni saint Firmilien de Césarée ne l'ont jamais comptée au nombre des Églises qui pratiquaient la réitération du baptême. Il s'agit de faits qui se passèrent ailleurs qu'à Rome, par exemple en Afrique, ou en Cappadoce, ou ailleurs. Plus vraisemblablement encore il s'agit d'un abus introduit à Rome par les elchasaïtes, dont Calliste est rendu personnellement responsable. Car, immédiatement après la série de ces accusations, les Philosopliamena parlent de ces elchasaïtes et s'attachent à montrer que leur hérésie part d'un même relâchement de principes que les mesures du pape défunt, et que, si Alcibiade d'Apamée a réussi à faire des victimes, c'est parmi les brebis déjà égarées par Calliste. Phil., IX, m. 13, p. 448 sq.

V. Conclusion. — En résumé, les Philosophumena constituent l'une des sources de renseignements les plus précieuses pour l'histoire du dogme et de la discipline au commencement du iii« siècle. En ce qui regarde Calliste, loin de nuire à sa mémoire par leurs insinuations malveillantes ou leurs calomnieuses accusations, ils servent plutôt à la gran4ir. Tout en la critiquant, l'auteur montre quelle fut l'activité de ce pape. Ainsi ce prétendu hérétique estun parfait orthodoxe : il proclame bien avant Nicée la consubstantialité tout en maintenant la distinction des personnes divines dans un sens moins outré que celui des dithéistes. Ce prétendu laxiste se recommande par des mesures de sagesse, de prudence, de modération, très heureusement appropriées aux circonstances. On sollicite ses décisions contre les hérétiques, et ces décisions, au dire des Philosophumena, se répandent partout en peu de temps; c'est donc constater l'efficacité de son intervention. On lui impute les abus qui se glissent dans l'Église; c'est donc reconnaître implicitement le droit et le devoir qu'il a de veiller à la discipline de l'Église universelle. On lui reproche telle ou telle décision, non point parce qu'il ne peut pas la prendre, mais uniquement parce» qu'on l'estime ou dangereuse ou contraire à la discipline en vigueur; c'est donc qu'on ne lui dénie pas le pouvoir de légiférer. De telle sorte, comme nous l'avons déjà dit, que l'attaque diffamatoire des Philosophumena constitue une défense et se tourne finalement en véritable apologie du pape incriminé.

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t I p , I :. .ii^rhcn

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C Bareille.

2. CALIXTE II, pape, élu le 2 février 1119, à Vienne le 9 du même mois, mort le 13 ou le U ■décembre 1124.

Le titre de gloire de ce pontife est d'avoir terminé la querelle des investitures en Allemagne par le concordat de Worms, conclu avec l'empereur Henri V en 1122. Diverses circonstances lui facilitèrent la tâche; d'abord son origine et ses relations de famille. Guy de Bourgogne était le cinquième fils de Guillaume, comte de Bourgogne ; il avait des liens de parenté avec les rois d'Angleterre et d'Allemagne et avec la maison rojale de France. Urbain II l'avait nommé archevêque de Vienne (1088) et Pascal II l'avait créé son légat en France. Lorsque Henri V, par ruse et par force, eut arraché à Pascal la concession des investitures, Guy vint assister au concile de Latran (mars 1 112) qui déclara nul le privilège extorqué. Lui-même présida bientôt un concile à Vienne qui se montra plus sévère et dans la condamnation de l'investiture laïque, qualifiée d'hérésie, et dans la mesure (le l'excommunication décrétée contre l'empereur (septembre 1M2). La menace de se retirer de l'obéissance de Pascal, s'il ne ratifiait l'excommunication, était de pure forme. Le pape loua le zèle du prélat et approuva en gros, sans prononcer lui-même d'excommunication. Pascal mourut en 1118. Gélase II ne fit que passer sur le trône et vint s'éteindre à Cluny (29 janvier 1119) où les ■cardinaux, quatre jours après sa mort, lui donnèrent pour successeur Guy de Bourgogne (2 février 1119). Il prit le nom de Calixle II et se fit couronner à Vienne le 9 février. II voulut cependant recevoir des Romains, ■cardinaux, clergé et peuple, une solennelle ratification de son élection.

La raideur de son attitude envers Henri V après l'attentat commis sur Pascal II n'empêcha point Calixte II d'entrer en rapport avec l'empereur qui tenait une diète d'évêques et de princes à Tibur et que l'empressement soumis de ses évêques envers Calixte persuadait de l'opportunité d'un arrangement. Guillaume de Champeaux, évêque de Chàlons-sur-Marne, et Ponce, abbé de Cluny, l'exhortaient à titre de négociateurs officieux. Henri annonça qu'il irait en personne au concile de Reims que Calixte II venait de convoquer pour la fin d'octobre. Le concile s'ouvrit le 20 octobre. Suivant le traité conclu ■dans l'intervalle avec Henri, le pape alla au-devant de l'empereur à Mouzon, mais l'escorte de trente mille hommes qui accompagnait l'empereur lui fit craindre à bon droit de tomber dans une souricière; d'ailleurs l'entente n'avait pu se faire à la dernière heure entre les intéressés sur l'interprétation du traité convenu; le pape revint donc à Reims où il interdit de nouveau les investitures et excommunia l'empereur ainsi que l'antipape Grégoire VIII (29 et 30 octobre 1119).

Les pérégrinations de Calixte II en France, son entrevue à Gisors avec le roi d'Angleterre, son action politique ■dans les afl'airesanglo-françaises, avaient affermi le pouvoir ■et accru le prestige de Calixte, qui regagna l'Italie (1120). 11 fut accueilli en triomphe à Rome, Jaffé, 6852, et en Italie. Jaifé, 6877, 6892. Les habitants de Sutri livrèrent Bourdin, l'antipape Grégoire VIII, qui fut soumis à d'humiliants outrages à Rome et finalement enfermé dans un monastère.

L'intervention des princes et notamment du duc Henri ■de Bavière finit par amener la paix en Allemagne; ils ■n'acceptèrent point les pures doctrines grégoriennes telles que les représentait l'intransigeant Adalbert de M:i\('nri', iii;ii- ils n'avaient point l'obstination et l'ori-iiril il. Il- nn V. Un terrain de conciliation fut trouvé. Uiir ['!■■ niu ir issemblée de princes à Wurzbourg .(auloiniie IIJI; drcida que l'empereur devait reconnaître Calixte et les autres évêques en communion avec lui. Le pape finit par se prêter aux ouvertures. Niliil, Henrice, écrivait-il, de tuo jure vindicare sibi quxrit Ecclesia. Jaffé, 6950; mais il usait encore de menaces pour obtenir

une soumission. Les airdinaux Lambert d'Ostie, Saxo, comte d'Anagni, et Grégoire firent le voyage d'Allemagne. Après une nouvelle assemblée de princes à 'Wurzbourg (juin 1122), le synode de Worms s'ouvrit enfin au mois de septembre et aboutit à une entente improprement appelée « pacte calixtin » ou « concordat de Worms ». L'entente reçoit son expression dans deux déclarations consécutives, qui ne se réfèrent point officiellement l'une à l'autre. Henri V déclare qu'il laissera libres l'élection et la consécration des prélats; mais Calixte II admet que l'élection des évêques et des abbés dans l'Allemagne proprement dite aura lieu en la présence du roi. Henri V renonce à l'investiture par la crosse et l'anneau, mais Calixte II admet que le roi donnera l'investiture du temporel par le sceptre, ce qui entraînait pouy l'élu l'obligation de l'hommage féodal. En Italie et en Bourgogne la consécration de l'élu devait précéder l'investiture féodale; mais en Allemagne l'investiture temporelle précéderait la consécration. Comme tous les concordats, celui de Worms consacrait une transaction. Les empereurs n'avaient plus, comme Henri III, le droit de désigner les évêques; l'élection reprenait vigueur; mais ils conservaient une influence considérable sur les nominations ecclésiastiques. En cas de doute .sur une élection, l'empereur devait donner son assentiment à la partie la plus estimable (sanior pars) des électeurs, en se conduisant par l'avis du métropolitain et des évêques de la province. Comme Henri V est seul nommé par Calixte, sans allusion aux successeurs de l'empereur, l'on peut soutenir que les concessions faites par le pape ne regardaient que Henri, à titre de privilèges personnels. .lalTé, 6986.

Le concile de Latran, IX" concile œcuménique, qui s'ouvrit à Rome le 18 mars 1123, réunit environ 300 évêques et 600 abbés. Le pape y promulgua le concordat de Worms, renouvela d'anciens canons et en promulgua de nouveaux concernant la simonie, le mariage des prêtres, les élections des prélats, l'envahissement des biens d'Église par les laïques, la trêve de Dieu. L'empereur fut solennellement réconcilié avec l'Église. Une croisade fut résolue, mais le pape mourut au milieu des préparatifs.

Des canons de même nature, relatifs à la discipline de l'Église, avaient fait l'objet des soins de Calixte II au synode de Toulouse, où il avait également pris des mesures contre les pétrobrusiens (8 juillet 1119), et au concile de Reims de 1119.

Sa correspondance abonde en pièces réglant des litiges entre monastères ou églises. Il favorisa notamment les antonins dans le Dauphiné. Calixte II s'occupa beaucoup des circonscriptions ecclésiastiques. Comme archevêque de Vienne, il avait soutenu les prétentions de son église contre celle de Grenoble au sujet du 2^(igus Salmoracensis; il fut soupçonné d'avoir fait ou laissé constituer un dossier de pièces dépourvues d'authenticité pour battre en brèche la rivale de Vienne, la cité d'Arles ; mais on a la preuve que nombre de ces pièces échelonnées par les faussaires depuis le ii« siècle jusqu'au pontificat de Pascal II, ont été employées et fabriquées pour la plupart avant son avènement au siège de Vienne. Seulement, devenu pape, Calixte II authentiqua tout le dossier avec ses pièces les plus récentes. Les bulles originales authentiquant la collection ont été retrouvées par Ulysse Robert, Bullaire du pape Calixte II, n. 25,

En Espagne, il transféra les droits métropolitains d'Emerita 'ou Merida) au siège |de Saint-Jacques de Compostelle. Une extension des droits de primatie du siège de Lyon sur le siège de Sens rencontra de l'opposition chez le roi Louis VI. En Italie, Calixte réunit le diocèse de Sainte-Rufine {Silva Candida) à celui de Porto, réduisant ainsi à six le nombre des diocèses suburbicaires. En Angleterre, il eut le dépit de voir un

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