‹ Dictionnaire de théologie catholique (volume 5)Chapitre 481 sur 741 · CALIXTE II — CALIXTE III · texte numérisé non relu

CALIXTE II — CALIXTE III

de ses légats reçu avec honneur, mais placé dans l'impossibilité de remplir effectivement sa charge. Dans l'interminable rivalité des sièges de Cantorbéry et d'York, il soutint Thurston, élu archevêque d'York, dans son refus de reconnaître la primauté du siège de Cantorbéry. Il canonisa saint Conrad, évêque de Constance.

Jaffé, Begesta pontificum, t. i, p. 780; Duchesne, Liber pontiflcalis, 1892, t. Il, p. 322, 376; U. Robert, Bullaire du pape Calivte II, 2 in 8% 1891 • les lettres et les opuscula supposita dans P L,t CLXIII, col 1093 Wattencb Romanorum pontiflcum vitœ 1862 t II, p 115 Hi lel C i,l, } j -, hichle, 2 édit pai KnopHer, 1886 t %,p 3ji liichte dei Sladt

Rom on Mtttelaltei, 4» <J Giesebrecht

Geschichte det deulscl I t 1869 t m

p 907 L Rl.it Hi-,1 II 1891 Mauiei

Pap'-t t ; I ri Rome et l es]n iC

de tel H8-149, Hauck

hirci t III, p 909-<)16

Stepl I" nquest to

the u I 1 1 I 136-

140 I ' idats,

Guttin Monu-

tuiiii ti ),ischicMe

des P t Im ^ lennenses

ddn-~ V 2 t III, p 84

Cf Oui \ l s und ^ lenne

Hanovie 1^ » ti i h i i i\e quelque compléments d articles païus dautï le Aeue& Aicliiv, t \iv, vv), Duchesne, Fastes epxscopowc de l ancienne Gaule, Paris, 1894, t i p 162-166

H. Hemmer 3. CALIXTE III, pape (1455-1458). A la suite de sa biographie, nous commenterons le décret qu'il a porté sur le cens.

I. CALIXTE III. Biographie. — Le 8 avril 1455, le cardinal Alphonse Borgia succédait à Nicolas V sous le nom de Calixte III. Le conclave n'avait duré que quatre jours. Les deux factions des Orsini et des Colonna étant à peu près d'égale force avaient fait un compromis el élu par accession un vieillard de 77 ans; peu s'en était fallu i|iir r,Mi'Miil iir se fit sur le nom du cardinal BessaiiMii, -,,ii i,ii m,> grecque détourna de lui les suffrai;r- ,|r - ,,,,,iin,ni\ italiens. Voir col. 802. — I. Avant son ponliUc.il. 11. l'ciidant son pontificat.

I. A\AXT SUN PONiii-iCAT. — Le nouveau pape était un savant légiste. Né à Xaliva, près de Valence, le 31 décembre 1378, de l'antique famille des Borgia originaire de Catalogne, il fut d'alnn,] ,iii(li;i

Lérida, puis, son docte droit, obtint une cliain deLuneliiiconféi-a une.

surtout \l|iiH.n~.' \ i-.i

liversité de |ui- -il l'un et l'autre ■ni' université. Pierre il:iiis l'église de Lérida; 1 et de Naples, devinant

ses gi' 1' 'iiiili - ilij'i. 'in. ilii|iies, se l'attacha comme

secrél.ui' !■ uii' I '1 i.ui-ciller intime. En cette qualité il parvint a olilenir la renonciation de l'antipape Clément VIII (Gilles Munoz). Martin V reconnaissant le nomma en 1429 au siège épiscopal de Valence. Raynaldi, an. 1429, n. 3, 5.

Évêque. Alphonse Borgia continua d'assister son prince dans les affaires les plus épineuses : réconciliation des rois de Castille et d'Aragon, réorganisation du royaume de Naplr^. ri.iiinn du tribunal de Santa Chiara. Il savait n -i-i' t mx ili>sirs illégitimes de son mailre, et refusa ii"Mri,i' ni ,1.. le représenter en qualité d'ambassadeur an|ii'~ iln rcncile de Bàle ; il mit au contraire toute son industrie à rapprocher le roi Alphonse du pape Eugène IV. Celui-ci le récompensa par le titre de cardinal des Qualre-Sainls couronnés, le 12 juillet 1444. Raynaldi, an. 1444, n. 21. Devenu, en cette qualité, membre de la curie romaine, il s'y fit vite apprécier pour l'austérité de ses mœurs, son énergie au ' " "' bonté, sagesse, droiture et impartialité

travail ,

S. Antonin de Florence, cité par Pastor, Hisl. des papes,

p. 306. Son élévation sur la chaire pontificale ne le surprit pas; bien des années auparavant saint Vincent Ferrier lui avait prédit cet honneur à Valence, et l'un de ses premiers actes fut la canonisation du célèbre dominicain (29 juin 1455).

II. Pendant son pontificat. — 1« Altitude à l'égai-d des humanistes. — Dès les premiers jours, le pontificat de Calixte III offrit un contraste frappant avec celui de son prédécesseur. Nicolas V s'était montré le protecteur magnifique des humanistes et des artistes dont la reconnaissance a immortalisé sa mémoire. Son successeur montra une indifférence presque complète pour les choses de l'esprit. Simple dans ses goûts, détestant la pompe et la représentation, o ce calme et froid jurisconsulte suivait le mouvement de la Renaissance non pas d'un œil hostile, mais d'un œil indifférent. Son pontificat marque une pause dans la marche triomphante des idées nouvelles. » Pastor, op. cit., p. 308. Il est faux cependant qu'il ait dispersé, par des ventes et des cadeaux inconsidérés, la magnifique bibliothèque amassée par Nicolas V, comme plusieurs humanistes mécontents le lui ont reproché ; il augmenta peu les trésors laissés par son" prédécesseur, mais il sut les conserver. Ibid., p. 310 sq. On peut voir dans les deux ouvrages de Munlz, Les arts à la coitr des papes, p. 320; Nouvelles reclicrches, p. 73, la liste des quelques œuvres d'art qui enrichirent sous son pontificat les collections du Vatican.

2» La croisade contre les Turcs. — Ce qui rendait Calixte III si froid à l'égard de l'humanisme, c'était avant tout sa conviction profonde des dangers que l'invasion toujours grandissante des Turcs de Mahomet II faisait courir à la chrétienté ; les soins et les ressources de l'Église lui semblaient exclusivement réclamés par l'œuvre de défense à laquelle ce débile vieillard se consacra pendant les trois années de son pontificat avec une admirable énergie. En véritable Espagnol du XV» siècle il avait voué aux musulmans une haine ardente, et s'il avait été secondé par les princes chrétiens, la redoutable puissance de Mahomet II eût été brisée par la croisade.

Réunir toutes les forces de l'Occident chrétien contre le Croissant, secourir la Hongrie contre laquelle se portaient les principaux efforts de l'envahisseur, créer une flotte de guerre pontificale, telle fut la triple tâche qui l'occupa jusqu'au bout. Dès les premiers jours de son pontificat, une bulle de croisade était lancée (en partie dans Raynaldi, an. 1455, n. 18). De nombreuses grâces spirituelles et indulgences étaient accordées aux chrétiens qui prendraient la croix; et le pape fixait leur départ au l" mars de l'année suivante. Des légats apostoliques, chargés de presser et de surveiller la perception des dîmes imposées pour la guerre sainte, et de lui recruter des soldats, furent envoyés dans tous les pays chrétiens. Les plus grandes précautions furent prises par le pape pour empêcher le retour des abus qui avaient autrefois compromis de semblables prédications ; en particulier des instructions détaillées réglaient 1;> manière de lever et de conserver les dîmes; elles ne suffirent pas à réprimer toujours l'avidité des collecteurs qui s'appropriaient l'argent de la croisade, et plus d'une fois Calixte III dut sévir contre eux.

Le pape donnait l'exemple de tous les sacrifices ; on le vit mettre en vente son argenterie et ses joyaux, aliéner maintes fois des biens d'Église, pour subvenir à la construction et à l'équipement de la flotte qui se préparait sous ses yeux; tous les autres travaux étaient délaissés à Rome, même ceux qui avaient pour but l'édification ou l'ornement des églises ; seuls les ouvrages de fortification commencés par Nicolas V trouvèrent grâce.

Le malheureux pape s'aperçut vite que le temps des croisades était passé. Les premières troupes réunies par

lui au prix de tant de sacrifices durent s'employer à combattre le bandit Piccinino, qui avait envahi le territoire de Sienne. Burciihardt, t. i, p. 31. Piccinino fut liatlu prés du lac de Trasiméne, mais le roi de Naples lui oH'rit un asile et le sauva ; il fallut acheter bien cher l.i tranqnilliti' momentanée (lu liaudit. En septembre 1455, 1rs l^vll]i.■l^ \,iis<i';in\ .■||iM|i/- p.ii li- ..nlivs du pape

riv;iirni ,■!,■ ^ ii\,.\c'^ |i.ir lui ,Hi I .h^ de la mer

Kgrr. .|iir !(- ii.iii.'s .iIImiimih i ■ il. Les trois

coii]iii,iiiil;irils (ir 1,1 |.fiii.' rvcniiv [ iih.ilr manquèrent lionteusemunl à leurs instructions et se mirent au service du roi de Naples qui les employa à donner la chasse aux vaisseaux génois et vénitiens, et à ravager les côtes génoises. Le pape dut casser l'archevêque de Tarragone, commandant en chef de sa flotte, et le remplacer par le cardinal Scarampo. Raynaldi, an. 1456, n. 13 sq. Le légat partit pour Naples avec sa flotte composée de 25 bâtiments ; il devait rallier les galères promises par le roi de Naples ; mais celui-ci, qui avait d4pensé en fêtes et en guerres contre les Génois l'argent extorqué aux églises de ses États en vertu des bulles de croisade, refusa, sous divers prétextes, de tenir ses promesses. Le pape lui reprocha son indigne conduite. Raynaldi, an. 1'm6, n. -12. Cette lettre n'ayant produit aucun efl'et, Scarampo reçut l'ordre de prendre la mer malgré la faiblesse de sa petite escadre. Le cardinal obéit et, après avoir rais en état de défense les îles grecques, s'établit à Rhodes, où il avait un bon arsenal, pour attendre les secours envoyés par les princes chré-

Ces secours, hélas ! ne vinrent pas. L'empereur Frédéric III, pacifique et sans autorité, ne pouvait réagir contre l'influence du clergé allemand, presque tout entier opposé à la croisade. Charles VII, prétextant l'état déplorable oi'i se trouvait la France au sortir de sa longue guerre avec l'Angleterre, défendit d'abord la publication des bulles de la croisade ; et l'université de Paris eut la lâcheté d'interjeter appel de ces bulles au futur concile. Du Boulay, t. v, p. 609. Le duc de Bourgogne, manquant à toutes ses promesses, n'envoya pas plus de secours que les rois de Danemark et de Portugal. Les États italiens eu.x-mèmes, plus rapprochés du pape, et sans cesse harcelés par ses messagers, n'étaient occupés que de leurs mesquines rivalités. La plupart des princes ne laissaient même pas passer à Rome l'argent des dîmes récolté dans leurs États, et le confisquaient sous prétexte de pourvoir à leurs armements pour la croisade. Calixte III, ne pouvant rien obtenir des hommes, se tourna vers le ciel et ordonna par une bulle touchante du 28 juin 1456, Raynaldi, an. 1456, n. 19 sq., des prières spéciales dans tout le monde catholique. C'est dans cette bulle, ibid., n. 22, que le pape accordait cent jours d'indulgence à tous les chrétiens qui réciteraient « entre none et vêpres, au son de la cloche, comme on le fait déjà pour la salutation angélique du soir, trois Pater et trois Ave ». Cette récitation, jointe à celle déjà en usage dans l'Église des Ave Maria du matin et du soir également annoncés par les cloches, a beaucoup contribué à établir dans le monde chrétien la touchante pratique de l'Angelus. Voir Angélus, t. i, col. 1278-1280.

L'héroïque confiance du pape fut presque aussitôt récompensée. Quelques jours après la publication de cette bulle, le héros hongrois Jean Hunyade attaquait l'armée de Mahomet II qui assiégeait Belgrade. Le 14 juillet Hunyade parvint à s'introduire dans Belgrade après avoir traversé la flotte turque qui barrait le Danube; le 21, il repoussait victorieusement un assaut de Mahomet II qui, blessé d'une flèche, dut donner le signal de la retraite, abandonnant son camp et une partie de son artillerie. Raynaldi, an. 1456, n. 35.

La joie du vieux pape fut immense. Des fêtes et des prières publiques comme Rome n'en avait pas vu de-

puis son avènement, célébrèrent cette victoire. Surtout il fit part des événements de Belgrade à tous les princes chrétiens, leur montrant l'occasion propice pour ruiner la puissance des Turcs, et reprendre Constantinople et Jérusalem. Il ne put vaincre leur égoïsme. Charles VII de France permit bien de recueillir la dîme dans ses États, mais non pas d'y lever des soldats; les sommes destinées à la croisade furent employées par lui à armer des vaisseaux qu'il garda pour ses entreprises contre l'Angleterre et contre Naples. En vain le pape rappelait-il au roi l'exemple de ses aïeux, et particulièrement de saint Louis. Raynaldi, an. 1456, n. 3. L'université et le parlement de Paris s'unissaient pour entraverla perception des dîmes par de nouveaux appels au concile; et plusieurs évèques interdirent les collectes dans leurs diocèses. Raynaldi, an. 1456, n. 4; du Boulay, t. v, p. 617,

En Allemagne la résistance fut pire encore. Pour échapper aux demandes des collecteurs pontificaux, les prélats allemands, sous la conduite de l'archevêque de Mayence, tinrent un conciliabule à Francfort-sur-le- Main, et prétextant les abus de la cour romaine, refusèrent tout secours financier au légat Carvajal. En même temps ils élaboraient un projet d'union entre les diverses églises d'Allemagne contre Rome; c'étaient les pires prétentions du concile de Bàle qui relevaient la tête. Hebhardt, Die Grnvamivn, p. 17 sq. Elles échouèrent Li'-ir, ;i l',-prit rhn'li.'ii Ao l'rinp-ivMir rr.^fl.'rlr 111, qui .-. In-,, ;,,iii ,,|.;m,, ,, ,■, - ,, ,Ji, . J, - 1 •.,, - ,1,1 papr -:,..,,Ml,-.',,'nl I. I.m'Im'I,. J, . |H. I,,'- ,,11 ,,,ii,i,N.

Rayn,.l,h, ,,,, I l.M;, ,, i In, m,.. I-M,.. ,„.,,l,^„l,. ,1,.

Martin .Mayr, K- eliancelier de .Majcncc, ayant porté à Rome les griefs de la nation allemande contre la curie, -Eneas Sylvius, qui venait d'être nommé cardinal, se chargea de répondre par deux des plus éloquents mémoires qu'il ait écrits. Epist., cccxxxviii, cccLxix.

De semblables échecs répondirent aux efforts du pape et de ses légats en Angleterre, à Naples, à Venise, en Portugal. Les croisés hongrois eurent la douleur de perdre à quelques semaines de distance Hunyade et Capistran emportés par la peste (11 août et 23 octobre 1456); le roi Ladislas de Hongrie, qui s'était décidé à entrer en campagne pour poursuivre Mahomet II, vit la discorde se mettre dans son armée et dut la licencier sans avoir pu s'en servir.

Désespérant des princes de l'Occident, Calixte III se tourna vers les princes chrétiens de Bosnie, de Macédoine et même d'Ethiopie, vers les chrétiens de Syrie, de Géorgie et de Perse; il s'adressa même au prince mahométan Usumcassan, roi de Perse et d'Arménie, Raynaldi, an. 1456, n. 45; 1457, n. 39, les suppliant de s'unir contre l'ennemi commun. L'inertie des monarques de l'Occident rendit ces efforts impuissants, et tous les fruits de la victoire de Belgrade furent perdus. Le pape voulut du moins que la reconnaissance du peuple chrétien célébrât chaque année ce beau triomphe; la fête de la Transfiguration de Jésus-Christ, fu.ee au 6 août, devait le rappeler. Raynaldi, an. 1457, n. 73 sq.

La dernière année du vaillant pape fut réjouie par quelques nouveaux succès des armes chrétiennes. Georges Castriot, prince d'Albanie, plus connu sous le nom de Scanderberg, avait reçu de lui quelques secours en 1456; il battit à la Tomornitza (juillet 1457) une armée de Mahomet II; quelques semaines plus tard la flotte du cardinal Scarampo remportait à Mételin une brillante victoire sur les Turcs.dont vingt-cinq vaisseaux furent capturés. Suce- ,.iiilii- -l-iiles eux aussi par l'apathie des grands 1 1 ,: i ,,;i ,i

Jusqu'au bout la lui I i I i i I, 1,» tint la première

place dans les préocoup ,t: .,1- ,1 i „,li\te III. On le voit favoriser les princes en qui il espère trouver les chefs de cette guerre sainte; c'est ainsi que le roi de Hongrie étant mort le 29 novembre 1457, le pape favorise de tout

son pouvoir l'élection de Matliias Hun jade Corvin encore enfant; c'est ainsi qu'il use de son influence pour faire arriver au trône de Bohême Georges Podiébrad, hérétique utraquiste, n'exigeant de lui qu'un serment de fidélité et une abjuration secrète de son hérésie (6 mai 1458). Pour vaincre la mollesse des princes chrétiens il convoque à Rome, à l'automne de 1457, un congrès d'ambassadeurs; la plupart des États n'y envoyèrent pas de représentants, et les diplomates présents ne surent prendre aucune résolution énergique. Enfin lorsqu'en juillet 1458 les forces du pape, épuisées par tant de travaux et d'angoisses, vinrent à décliner, il voulut consigner dans son testament la marque de ses préoccupations guerrières en léguant une forte somme pour la guerre contre les Turcs. Il mourut le 6 août 14^.

3» Népotisme. — Pourquoi faut-il qu'à côté de tant de courage et d'austères vertus on trouve chez CalixtelII une faiblesse funeste à tant de papes, le népotisme'? Jamais peut-être ce vice ne fut poussé aussi loin que sous lui ; jamais il n'eut pour l'Église d'aussi funestes conséquences. Calixle III avait plusieurs neveux, les Mila et les Lançol, fils de ses sœurs. Il voulut transmettre à ces derniers son nom de famille. A peine élevé sur le trône pontifical, il commença leur fortune. Le 20 février 1456, Rodrigue Lançol Borgia, le futur Alexandre VI, est fait cardinal en compagnie de son cousin Luis Jean Mila. Les honteuses débauches de Rodrigue étaient-elles déjà connues, aucun document ne le prouve; mais il semble bien difficile qu'il n'ait pas dès cette époque donné du scandale ; car quelques mois après la mort de Calixte III, Pie II le réprimandera sévèrement pour les désordres qu'il affichait (11 juin 1460). Raynaldi. an. 1460, n. »1. Voir t. i. col. 72i.

Chaque année du court pontificat de Calixte III apporta de nouveaux honneurs à ses indignes neveux. En 1457, Rodrigue devenait vice-chancelier de l'Église romaine et généralissime des troupes pontificales. Un autre Borgia, non entré dans les ordres, Pedro Luis, frère de Rodrigue, était également comblé de charges et d'honneurs. Le cardinal Capranica ayant courageusement protesté contre ces faveurs scandaleuses ne put rien obtenir; du moins le pape se refusa-t-il à satisfaire la vengeance des Borgia qui auraient voulu faire jeter en prison leur adversaire. Autour des Borgia étaient accourus, pour profiter de leur rapide fortune, une foule de collatéraux et de gens sans aveu venus de tous les points de l'Espagne; le peuple italien les nommait « les Catalans » ; assez vite ils occupèrent bon nombre d'emplois de la cour pontificale. Hais du peuple de Rome qu'ils opprimaient durement, ils usaient sans pudeur de leur pouvoir; meurtres et querelles troublaient sans cesse la ville sans que le pape vieilli et absorbé par ses projets de croisade en sût rien.

Le 27 juin 1458, Alphonse, roi de Naples et d'Aragon, étant mort, son fils naturel don Ferrant fut proclamé roi de Naples en vertu des droits qu'Eugène IV lui avait reconnus; les adversaires de la maison d'Aragon offrirent la couronne à René d'Anjou, comte de Provence. Aussitôt la mort du roi de Naples connue, Calixte III commença par distribuer les bénéfices du royaume d'Aragon, dont la disposition avait été une cause de litige entre lui et son ancien protecteur; tout passa aux Borgia et à leurs clients. De plus, le 14 juillet 1458, une bulle interdit de prêter serment à aucun des deux prétendants au royaume de Naples jusqu'à ce qu'ils fussent venus en personne faire juger leurs prétentions à Rome par le pape leur suzerain. Ferrant se révolta contre cet arrêt, et conclut un accord contre le pape avec François Sforza, duc de Milan, et Cosme de Médicis. Pedro Luis Borgia reçut de son oncle la mission de lever des troupes et de diriger une expédition contre Naples ; le bruit courait que Calixte III lui destinait cette couronne. La mort du pape arrêta cette sfuerre.

4" Ordonnances diverses. — Il nous reste à signaler quelques ordonnances intéressantes du pape, auquel ses pensées de croisade ne faisaient pas oublier le gouvernement intérieur de l'Église. En mai 1455 on le voit protester contre l'usage qui s'était introduit à Salzbourg de traduire les clercs devant les tribunaux civils. Baynaldi, an. 1455, n. 37. Le 29 juin 1455, il canonisa saint Vincent Ferrier. La bulle, préparée par lui, ne fut cependant publiée que par Pie II le 1'' octobre 1458. Biillarium, t. I, p. 365 sq. En 1456, Calixte III dut intervenir dans un différent assez grave, qui s'éleva entre les ordres mendiants et l'université de Paris. Les mendiants avaient obtenu du pape Nicolas V une bulle qui dérogeait au canon du concile de Latran, touchant la confession à son propre prêtre, et à la clémentine Dudum. Elle renouvelait au contraire la décrétale de Boniface VIII au sujet des prédications, confessions et sépultures. Les mendiants, pensant que la production de cette bulle leur attirerait bien des difficultés, n'osèrent en faire usage pendant plus d'un an. Au mois de mai 1456 seulement, ils la présentèrent à l'official de Paris; l'université -protesta contre cette bulle, et déclara (22 mai 1456) que les mendiants seraient retranchés deson corps, et privés de tous les droits académiques s'ils ne s'engageaient à renoncer à ces privilèges et à obtenir une bulle qui les révoquât. Du Boulay, t. v, p. 601. Le 3 février 1457, fut lue dans une assemblée de l'université la copie dune bulle de Calixte III, qui révoquait celle de Nicolas V en faveur des mendiants- Apaisée par cette révocation, l'université consentit, à la demande du connétable de Richemont, à réintégrer les mendiants (18 février 1457). Mais cette bulle de Calixte III était fausse. Dès que le pape eut connaissance de sa production à l'université, il la démentit, renouvela au contraire les actes de Nicolas V en faveur des mendiants, les confirma par une bulle nouvelle donnée en son nom, et écrivit à Charles VII pour se plaindre de ce qufr quelques particuliers de l'université de Paris, par une présomption criminelle, s'élevaient contre le saintsiège, et pour le prier d'employer son autorité à réprimer leur audace. Du Boulay, t. v, p. 617. Ces actes ne servirent de rien aux mendiants; l'université déclara qu'ils s'étaient retranchés eux-mêmes de son corps en résiliant la transaction conclue le 18 février. Il fallut céder, et le 8 août 1458, les dominicains, qui avaient résisté les derniers, se soumirent, et acceptèrent les conditions de l'accord du 18 février précédent. Du Boulay, t. V, p. 621,630.

En juin 1456, une bulle défend aux chrétiens les rapports avec les Juifs et les Sarrasins. On ne doit pas les inviter aux festins • et aux fêtes de famille; on ne peut les prendre comme médecins ni leur conférer des magistratures ou des charges ; leurs blasphèmes seront sévèrement punis « par une amende ou quelque autre peine plus grave qui paraîtra juste »; l'ancien usage est rerais en vigueur de leur faire porter des vêtements ou des signes distinctifs. Raynaldi,an. 1456, n. 67. La même année (1=^ octobre 1456) une bulle interdit aux chrétiens latins de vpxpv leur* coreligionnaires orientaux vivant parmi les i,in-iilhi..ii-^. Haynaldi, an. 1456, n. 65. Une autre biill'. ilii I |,mi\ icr 1457, canonisa saint Osmond, évêque dr S;ilislMii\. l;,iynaldi,an. 1457, n. 81. Diverses mesures furent prises contre les hérétiques, qui reparaissaient en Lombardie, et contre Reginald Pekop, qui renouvelait en Angleterre les erreurs de Wicliff. Raynaldi, an. 1457, n. 90 sq. Les excommunications portées par Eugène IV et Nicolas V contre ceux qui déroberaient aux basiliques de Rome des marbres ou des objets précieux furent renouvelées. lbid.,n. 93. L'archevêque de Braga en Portugal fut soutenu contre le duc de Bragance, qui avait envahi les biens de son église (le' janvier 1458). Raynaldi, an. 1458, n. 36. L'archevêque de Lyon prétendant à la primatie sur Rouen et la Nor-

mandie, Calixle 111, quelques jours avant sa mort, lui donna tort^ et déclara que l'archevêque de Rouen et ses nulTragants étaient immédiatement soumis à l'Église romaine. Raynaldi, an. 1458, n. 38.

Le 10 juin 1455, Calixte III avait .iccueilli la supplique

que lui envoj A'Xrc, et Its d.

Romée, mère de .leanne Pucelle, Jean et Pierre, on vue d'olil' nii li iv\i^imii du procès de Rouen. Le p.ipe conlla c. iir i^m-imh i 1 archevêque de Reims, Jean Juvénal des Iimh-, aux . iijques de Paris et de Bayeux. Ayroles, La PiicctU', p. (J03. C'est en vertu de ce rescrit que, le 7 juillet 1 I5t), les trois évêques « dirent, prononcèrent et jugèrent, que lesdits procès et sentences, entachés de dol, de calomnie, d'iniquité... ont été, doivent être regardés et sont nuls et nulles, sans valeur, sans force et non avenus ». Ibid., p. 646.

I. Soi i;( I - I,. - archives de Calixte III sont décrites par P;i-.t. 1, //. 1 '■-''■ ii.ite 1. Raynaldi cite bon nombre de ses

p.35sq.; VI Ciignoni à ci

Bullaire, t. i, p. Si

s les suppléments

2 sq., parmi les

de Cugnoni. La

iiMuve dans les

i Piccolomini

\ . VI, Lvni,

■ nohemira.

IV aq. ; BuUarium rutnuHUii ; Cugnoni, ^ness Sylvii Pic WHS. p. 156, 130; Hardouii

Diarium 7-oii

col. 1136 sq.;

Page 1