V. EllMONI
6. CALIXTE DE NAPLES, religieux franciscain de l'observance, ne nous est connu que par un ouvrage intitulé : De triplici statu animx humanx juxia theologorum ac philosophorum principia, in-12, Rome, 1586. Ce volume comprend les 1. I et 11 de la \" partie. Le reste a-t-il été publié'? U résulte de son ouvrage qu'il était lecteur au couvent de Sainte-Marie-la-Neuve à Naples, et qu'il avait suivi les leçons du célèbre François Panigarole.
Sbaralea, Supptementum et castigatio ad scriptures ordinis minorum, Rome, 1806; Toppi, Biblioteca Napolitana, Naples, 1678; Tafuri, Istoria degli scrittori nati net regno di iVapoli, Naples, 1754, t. ni c, p. 212.
P. ÉDOUARU d'Alençon.
1. CALIXTINS. Ce nom, emprunté au mot latin calix, sert à désigner, parmi les partisans de Jean Huss, ceux qui au xv« siècle, réduisant le minimum de leurs pi-étentions à quatre articles, revendiquèrent plus particulièrement l'emploi du calice ou la communion sous les deux espèces en faveur des laïques. La communion sub utraque n'était pas chose inconnue dans la pratique chrétienne, voir Communion sous i.iîs deux.espkcks, mais l'Église l'avait interdite depuis longtemps à cause de ses inconvénients. Jean Huss lui-même, du moins à ses débuts, n'avait pas songé à reprendre cet usage sans le consentement exprés de l'Église. Mais quelquesuns de ses partisans, sous l'inspiration de Jacobel, revendiquèrent le droit de la pratiquer. Or le concile de Constance, fidèle aux sages prescriptions du passé et soupçonnant d'ailleurs, non sans raison, que cette innovation masquait quelque erreur dogmatique sur la présence réelle, le condamna dans sa XIII' session générale, le 15 juin 1415. Mansi, t. xxvii, p. 726-728; Hardouin, t. VIII, p. 380-382; Hefele, Histoire des conciles, trad. franc., Paris, 1876, t. x, p. 477-478. Mais ni l'archevêque de Prague ni le roi de Bohème Wenceslas ne purent faire observer le décret du concile. Jacobel composa une violente diatribe contre les Pères de Constance qu'il appelait « les docteurs de l'usage ». Et Huss, changeant d'attitude bien que prisonnier, s'empressa d'écrire à son disciple Haulick, qui l'avait remplacé dans la chaire de Bethléhem, de ne pas s'opposer à l'emploi du calice, de ne pas combattre Jacobel, et à son ami Christian d'adjurer la noblesse de Bohême d'avoir à défendre un usage que le concile venait d'interdire contrairement à l'enseignement de l'Évangile et à la tradition primitive. L'exécution de Huss, survenue le 6 juillet suivant, souleva l'indignation des partisans du calice et excita une révolte sanglante en Bohême. Malgré l'intervention de l'évèque de Leitomysl, qui fut impuissant à conjurer l'orage, la noblesse envoya une protestation au concile, notifiant son refus d'obéissance. L'usage du calice fut maintenu et généralisé ; il devint un signe de ralliement, le symbole des calixtins.
Dès 1418 le concile met en demeure le roi Wenceslas de protéger la foi catholique, de purger l'université de Prague et de traduire devant la cour romaine les principaux fauteurs de l'hérésie. Il décide que les laïques qui avaient communié sous les deux espèces devaient abjurer leur erreur et que les écrits de Jacobel devaient être livrés et détruits. Le pape Martin V, dans sa bulle Inter cunctas, du mois de février 1418, ratifie ces décisions et exige que les hérétiques soient interrogés sur la question de savoir s'ils admettent la présence réelle sous chaque espèce et s'ils consentent à ne plus communier que sous une seule. Hefele, op. cit., t. xi, p. 69- 79. Ni Jean Dominici, ni Beauforl, évêque de Winchester, ni Julien Césarini, envoyés successivement comme cardinaux légats pour pacifier la Bohême, ne
réussissent; tous leurs efforts sont inutiles. Leshussites s'entêtent; de plus, profitant de la faiblesse royale, ils s'organisent militairement, ne mettent plus de bornes à leur audace et préludent à une longue et sanglante tragédie. En 1419, ils refusent de reconnaître pour roi l'empereur Sigismond. Le borgne Jean Ziska prend la tête de ce mouvement révolutionnaire et hérétique; il se construit une forteresse, à 25 lieues de Prague, sur le mont Hardistin, qu'il fit appeler Tabor. A sa mort, en 14-24, des divisions éclatent, quatre partis se forment : celui des tabontes, minorité turbulente [et sans scrupule, avec Procope le Grand: celui des arphaniens, orphanites ou orphelins, beaucoup plus nombreux, avec Procope le Petit; celui des orébites, sans nuance de doctrine mais d'exaltation égale; et enfin celui des modérés, gens de Prague ou calixtins proprement dits avec le Bohémien Rokytsana, curé de Prague, et l'Anglais wiclefiste Pierre Peyne.
Julien Césarini, chargé en 1431 par Martin V d'ouvrir et de présider le concile de Bâle et confirmé dans ces fonctions par Eugène IV, s'empresse d'entrer en relations avec les tchèques modérés ou calixtins, dans l'espoir de les ramener. Il reçoit d'eux un mémoire et les invite à comparaître. L'affaire étant ainsi entamée, il répond au décret de dissolution du concile porté par le pape qu'on doit la terminer, sous peine de voir un schisme éclater à Bàle et de donner lieu aux tclièques de prétendre qu'on a peur d'eux. \.>- ,.ili tm^. dociles à l'appel de .lulien, envoient de^ 1 - - ■. autres Rokytsana, Peyne. .lean de Kruiui \ . i li. unirent à Egra avec les envoyés du coikiIl ,6 iii.a 1132), demandent qu'on admette avec eux des repré.sentants des taborites et des autres partis, tombent d'accord sur leur réception à Bàle et conviennent qu'on discutera librement leurs quatre articles, relatifs à la communion sous les deux espèces, à la répression des péchés, à la liberté de la prédication et aux biens ecclésiastiques. Conformément à celte convention, les tchèques arrivent à Bàle au commencement de 1433; tous les partis hussites sont représentés. Seuls parmi eux, les calixtins célébraient la messe comme les romains, sauf qu'ils donnaient aux laïques la communion sous les deux espèces. La discussion sur les quatre articles s'engage aussitôt. Le calixtin Rokytsana plaide en faveur de la communion sous les deux espèces; l'évèque taborite Biskupec de Pilgram, pour le droit et l'obligation de punir les péchés; le prêtre orphanien Ulrich de Tznaim, pour la liberté de la prédication ; et Pierre Peyne, contre les biens temporels du clergé. Les conclusions sont déposées par écrit. Avant de donner la parole aux orateurs désignés par le concile pour réfuter les arguments mis en valeur, Julien Césarini essaie par une série de 28 questions de bien déterminer la croyance des hussites ; car, en dehors de ces 4' articles, ils professaient d'autres doctrines étrangères à la foi; et il n'entendait procéder à une réconciliation que sur des bases solides et sans la moindre équivoque: il n'obtint pas de réponse. Les orateurs du concile prennent alors la parole : le Slave Jean de Raguse contre Rokytsana ; le Français Gilles Charlier ou Carlier, doyen de Cambrai, contre Biskupec; le professeur de Cologne Henri Kalteisen contre Ulrich; et l'Espagnol Jean de Palomar, de Barcelone, contre Peyne. La discussion dura plusieurs jours sans qu'on parvint à s'entendre. Les tchèques, pressés de rentrer dans leur patrie, obtiennent l'envoi d'une députation du concile en Bohême pour traiter directement avec le peuple assemblé. Nicolas de Cusa leur demanda si, dans le cas où on leur accorderait la faculté de donner la communion suh utraqiie, ils se montreraient plus accommodants sur les autres points; ils ne répondirent pas. Le concile se résigna donc à envoyer des délégués en Bohême (avril 1433). Ceux-ci, après deux mois passés à Prague,
déléguèrent trois d'entre eux pour aller renseigner leconcile. Palomar avait pu se convaincre que la désunion la plus complète régnait parmi les hussites, qu'ils ne s'entendaient que sur l'emploi du calice pour la communion des laïques, sans qu'ils fussent tous d'accord pour déclarer s'ils le jugeaient nécessaire ou non au salut; c'est ce qu'il notifia aux Pères de Bàle. Le concile, après une vive discussion, consentit à concéderl'usage de la communion sub utraque, mais chargea ses délégués : 1° de faire observer que la coutume de ne communier que sous l'espèce du pain avait été introduite par l'Église pour des motifs d'ordre dogmatique et d'ordre pratique, contre ceux qui pourraient croire qu'on ne reçoit pas Noire-Seigneur tout entier sous une seule espèce et contre les inconvénients qu'offre la communion sous l'espèce du vin ; 2" d'exiger que les prêtrescalixtins ou utraquistes avertiraient préalablement leurs fidèles que Jésus-Christ est tout entier souschaque espèce. Ce fut la base de l'accord stipulé à Prague, le 30 novembre 1433, sous le nom de compactata. Restait à le faire souscrire par le concile. Mais déjà des réclamations s'étaient fait entendre de la part des hussites exagérés, qui avaient repris leur campagnede déprédations. Le cardinal Julien Césarini déclara quele concile ne pouvait aller au delà (février 1434).
Les hussites, loin de s'entendre, en vinrent aux mains; d'un côté les modérés ou calixtins et la noblesse, de l'autre les taborites et les démocrates; on livra bataille à Lipan; les calixtins l'emportèrent. Rokytsana, leur chef, voulut avoir le pas sur les catholiques et accentua ses revendications. Sous son inspiration, le landtag d'octobre 1434 décida entre autres choses que tout catholique de Bohême devait renoncer à la communionsous une seule espèce pour adopter Tutraquisme et^ qu'on devait donner même aux enfants la communion sub utraque. Le landtag de 1435 exigea de l'empereur Sigismond que, s'il voulait être reconnu roi de Bohême, il devait s'engager à la communion, lui et sa cour, subutraqne pendant son séjour en Bohême, à ne prendrede conseillers que parmi les calixtins, à imposer l'utraquisme à tout le royaume. On tendait ainsi à faire d'un. usage religieux, non encore ratifié par l'autorité compétente et fort suspect d'iiérésie, une loi de l'État et la marque distinctive de l'Église de Bohême. L'empereur fut appelé à se prononcer à Briinn, mais il esquiva la réponse. Les délégués du concile protestaient que les. tchèques devaient s'en tenir exclusivement aux compaclata, abstraction faite des décisions du landtag d'octobre 1434, parce que celles-ci étaient, en partie, en^ contradiction avec les compactata. Sigismond, tenant à. se concilier les tchèques, leur promit de veiller pré Gisement à l'exécution de ces décisions; et, d'autre part,, il demanda aux délégués du concile d'ajouter aux compactata ces mots : salvis libertatiMis et privilegiis regni- Boheniise; ceux-ci refusèrent. Aussi, tandis que le landtag suivant, tenu à Prague, prit acte des promesses del'empereur 'et désigna Rokytsana pour l'archevêché de- Prague, le concile de Bàle fit d'expresses réserves. Mansi, t. xxx, p. 412; Hardouin, t. viii, p. 1468. Enfin,, après de nouvelles et laborieuses négociations, la diète d'Iglau proclama [les compactata loi de l'État, le 5 juillet 1436. Sigismond signa, et les délégués de Bàle promirent l'assentiment du concile. Le concile, en effet, quoique désavoué depuis longtemps par Eugène IV, termina celle affaire de Bohème en publiant, le 15 janvier 1437, une bulle qui ratifiait les compactata et autorisait la communion sub utraqne.
Désormais, semble-t-il, la paix politique et religieuse aurait dû régner; c'était compter sans l'hypocrisie et l'ambition des chefs calixtins. Rokytsana conservait encore les dehors de l'orthodoxie pour obtenir l'agrément du pape à sa nomination à l'archevêché de Prague;, mais il dépassait la limite des concessions obtenues, sa-
CALIXTINS — CALLY
louait lie l'autorilé du concile et laissait percer le vieil esprit tinssite. Podiébrad, en aspirant clairement à la ronronne de Bohème, ménageait sans doute les catholii|iir<. mais ne rêvait au fond que d'aider Rokytsana (I clr |irrler à l'erreur le concours de l'autorité royale. Tniis iliiix furent exilés. Revenus au bout de dix ans, ils reprirent leurs intrigues. Tenus en suspicion par les catholiques, regardés comme des traîtres par les taborites, ils soutinrent la cause des calixlins, l'un par ses mandements, l'autre par sa victoire d'Hardistin sur les taborites (1453) : ni mandements ni victoires n'assurèrent leur triomphe définitif. Le règne du jeune roi Ladislas paraissait devoir ajourner indéfiniment leurs espérances; mais il fut très court. A la mort prématurée de ce prince, Podiébrad, aidé de Rokytsana, réussit à tromper les catholiques, s'assura leur concours et se fit enfin élire roi de Bohème (1458). Il tente une première fois de se faire reconnaître par le pape et demande au saint-siège la confirmation officielle du privilège du calice. Pie II se borne à promettre qu'il enverra en Bohême des hommes surs pour expliquer le sens et les limites de la concession accordée par le concile de Bàle. Podiébrad insiste ; Pie II reçoit son ambassade, accepte le serment de fidélité qu'elle prèle en son nom, mais refuse de ratifier l'usage du calice. Son nonce Fantini se rend en Bohême pour notifier ce refus catégorique. Podiébrad jette alors le masque, incarcère le nonce, essaie par tous les moyens d'attirer à sa défection les nobles et le clergé catholiques. Plus de doute : c'est le schisme qui révèle l'hérésie depuis si longtemps latente. Paul 11 dut déclarer, en 1471, le roi de Bohème convaincu de parjure, de blasphème et d'hérésie, et l'excommunia. Peu après, la même année, à quinze jours d'intervalle, la mort emportait Rokytsana et Podiébrad, le pseudo-archevêque et le roi déchu, deux complices. Les calixtins n'ont plus de chef; leur rôle peut être considéré comme fini. Quelques-uns se convertissent ; les autres passent aux frères bohèmes. Il n'y a plus place, en Bohême, que pour l'orthodoxie par la soumission à l'Église romaine ou pour la révolte par l'union avec les partis intransicpants. Désormais l'utraquisme se perd d;iii~ l'I i-i-ii.' ^I..- lull, - , ixil.~ ,1 ivlij.u-.s du XVF siiTl. \ ,,ii |: , . /', , , ri 'I ;ii ;i', I
Leiifant, // , -
' "' ' ' I i^M : Huiler, Geschichtschrciber ticr
!■ / /w/ieii, Vienne, 1855-1866; Denier,
" ('S. Paris, 1878; Hefele, Histoire
<' I - 1S7G. — Pour ce qui regai'de la
11 ' ^lunumetjta conciliorum
.' ' ' i- ls7;(, t. I, où se trouvent
I '1' de Jean Stoikowic ou
■I i; .', . /(/,( ,i:,, - ,,. 'li l'ierre de Saaz; le Liber
lie legiiiiuinbux dp Gillps Cli.irlier: le Diarium de Tliomas Ebendorfer d'Haselbach; le Begistrmn de Jean de Tours. Voir aussi ^iieas Sylvius Piccolomini (Pie H), Historia Bohemorum, Bile, 1571 ; Comment, de rébus Basiless gestis, Bàle, 1577. — Pour la suite, voir la bibliographie de l'article Bohè,mes (Frères), col. 940-941.
G. Bareille.