‹ Dictionnaire de théologie catholique (volume 5)Chapitre 495 sur 741 · CAMALDULES · texte numérisé non relu

CAMALDULES

Monte Corona eut vingt-huit monastères ou ermitages : Massiaco, Gubbio, Monte Coneco près d'Ancone, Monte Giovre di Fano, Saint-Benoit de Bologne et Frascati, dans les anciens États pontificaux; Rua près de Padone, Vicenze, Saint-Bernard de Brescia, Saint-Clément de Venise; Saint-George de Vérone et l'Assomption de Conigliano, dans l'État de Venise ; l'Incoronata, Saint-Sauveur délia Vedula, Noie, délia Torre di Greco, Vico Equeuse, Saint-Avocate, dans l'ancien royaume de Naples. Cette congrégation se répandit en Autriche, oi'i elle eut une maison à Vienne ; elle en eut deux en Allemagne et six en Pologne. Le supérieur général et les visiteurs résidaient à Monte Corona. Elle subsiste encore, malgré les pertes que lui ont fait subir les guerres et les persécutions. L'ermitage de Frascati est le plus connu d'Italie. La Pologne a pu conserver les deux maisons de Biélany {nions argent'mus), au diocèse de Cracovie, et un autre Biélany {mons regiits), dans la Pologne russe. Pendant les années qui précédèrent et suivirent le commencement du xvii» siècle les camaldules se développèrent beaucoup en Italie et par delà les Alpes. Un ermite de Camaldoli, qui mourut comme un saint en 1612, travailla de toutes ses forces à la dillusion de l'ordre. Avec la protection de Charles- Emmanuel de Savoie et le concours de l'archevêque de Turin, il fonda près de cette ville un monastère (1601). Cette fondation fut suivie de plusieurs autres. Elles formèrent, sous le vocable du Saint-Sauveur, une congrégation distincte, que l'on essaya vainement d'unir à celle de Monte Corona. Un essai de fondation en Espagne ne put aboutir. L'ordre fut plus heureux en France.

Le Père Boniface Antoine de Lyon, qui appartenait à la congrégation de Turin, fonda l'eruiitage de Notre- Dame de Sapet, au diocèse de Vienne, et de Xotre-Damede-Consolation à Bothéon, diocèse de Lyon. Ces fondations ne purent se maintenir fanlf .le ivssniirccs. Celle de Notre-Dame des Anges en l'rnN.nn' .ni li- même sort. L'ermitage du Val-Jésus, fonde i ii H'.:;:', .I.ms le Forez, fut suflisamment doté et se iiininliiiK l,r monastère de Gros-Bois, diocèse de Paris, fut établi en 1042, par le prince Charles de Valois. Catherine le Voyer fonda celui de la Flotte (1644) dans le Vendomois; quinze ans plus tard (1659), il se lit dans la même région, à la Gavolerie, une autre fondation. Celle de RolmI, m ((niil.' il.' Rieux, en Bretagne, fut faite en 1074. L.iMi.iw dr I llc- Chauvet, au diocèse deLuçon, fut (Innmi m, . jin.Uiliili ■;. cette même année. Ces quelqm- niii. n ji i . 1 1 ni .i^^.v, inaperçues. Louis XllI, qui ;n. Il' i Mi-rmi ni

de l'ordre dans son royaume I II' -i n'.ii ihnn \lll

que leurs ermitages formassciil mi' r.ni.^r ' ^nlnm distincte, sous le vocable de Notre-Danie-de-Consolation; elle se gouvernait conformément aux constitutions de la congrégation de Monte Corona. Les camaldules français tombèrent dans le jansénisme.

UL Règle et constitutions. — Les camaldules suivent la règle de saint Benoit. Les prescriptions, ajoutées par saint Romuald pour augmenter l'austérité de ses pratiques et pour l'adapter aux besoins de la \ie des anachorètes, ne furent point écrites. Les monastères 011 les religieux menaient la vie cénobitique ne s'éloignaient du type bénédictin que par des usages et des règlements accidentels, tels que la couleur blanche du costume. Les observances et l'organisation des monastères en congrégation rappellent ce qui se passait dans les monastères fervents. Les ermitages offraient un aspect spécial, tout différent de la chartreuse. Chaque religieux avait une cellule isolée, sans cloître pour faciliter les communications. Une église occupait le centre de la solitude; les ermites s'y rendaient de jour et de nuit pour léchant de l'office. Le terrain occupé par les cellules et les jardins était soumis à une clôture rigoureuse. Certains ermites s'interdisaient de sortir de leur cellule pendant un temps plus ou moins long. C'étaient les reclus. Il y avait à proximité du désert un hospice ou

monastère, où l'on menait la vie cénobitique. Le service matériel des maisons et des déserts était confié à des oblats ou convers. Les camaldules pratiquaient une sévère abstinence. Leur régime était en somme fort austère. Ils pouvaient, même les ermites, se livrer à l'étude et exercer un ministère actif, on le verra bientôt. L'ordre était gouverné par un majeur ou supérieur général perpétuel assisté de visiteurs. Les chapitres généraux se réunissaient tantôt dans un monastère tantôt dans un autre. Leurs décisions avaient force de loi. Les congrégations réformées abolirent la perpétuité des charges. Le B. Rodolphe, quatrième prieur de Camaldoli (1082- 1106), fut le premier qui fixa par écrit les observances traditionnelles. Mittarelli les a publiées sous ce titre : B. Rodulphi prions IV camaldulensis conslitutiones, dans les Annales caiualdulenses,i. m, p. 512-551. Elles se composent de 5i chapitres et présentent un mélange curieux de règlements précis et de considérations pieuses. La rigueur primitive y est tempérée par des adoucissements. Elles furent promulguées en 1102. Rodolphe introduisit encore de nouveaux adoucissements avant de mourir. Ses successeurs crurent nécessaire de tempérer par une discrétion de plus en plus condescendante les pratiques trop austères des disciples immédiats de saint Romuald. On le voit en lisant les Conslitutions, promulguées par le prieur Placide en 1188, ibid., t. iv, p. 127-129, celles du B. Martin III (1219), qui ont pour titre : Consuetudo eremitarum S. Mat/iiie de Muriano. Ibid., t. iv, p. 377- 384. Ce dernier texte n'était qu'un essai. Le prieur Martin le compléta et lui donna une forme définitive en 1253. Les Conslitutiones calmadiilcnsis ordinis de mon'ftus traitent en trois livres des obligations des religieux, de l'organisation des monastères et du fonctionnement de la congrégation. Elles figurent en tête du Codex camaldulensis, inséré par Mittarelli au t. vi de ses Annales. On y trouve à la suite le Vehis ordo divinorum officiomm du même Martin III, rédigé la même année (1253), t. VI, appendix, p. 66-203, qui donne un exposé complet de la liturgie camaldule; Constitutio Domini Octaviani canlinalis, promulguée au chapitre général d'Arezzo de 1271, ibid., p. 202-218; Conslitutiones Gcrardi prioris camaldulensis de 1278, p. 212-240; Cnnsi ihi I i.nics camaldulenses anni 1279 seu liber guarlus <ir nffrihiis,p. 240-255; les Constitutions du monasliin ili' (.:(.)iione en 1307 et de plusieurs autres maisons, p. ■256--272; les Constilulions du prieur Bonaventure (1328), formant le V* livre des Conslitutions de nioribus, p. 272-287 ; toute une série de décisions des chapitres généraux de l'ordre, p. 287-335. Ce sont les monuments de la discipline religieuse observée dans les monastères de l'ordre, avant la forma.tion des congrégations.

Les congrégations eurent leurs constitutions spéciales, qui déterminaient leur organisation et l'observance monastique. Celles de la congrégation du Saint-Hermitage furent approuvées par Clément X en 1670 et publiées sous ce titre : Conslilutioni del Sacro-Heremo di Camaldoli (1671). Celles de la congrégation de Saint- Michel de Muriano furent imprimées aussitôt après leur approbation par le pape Léon X : Reformalio camaldulensis ordinis cum gratiis et privilegiis a Leone X P. M. nuperrime concessis, s. 1. n. d. [1513J. Celles de Monte Corona parurent à Florence : Regola délia vila eremetica data dal B. Ronnialdi, 1575, et celles de la congrégation française de Notre-Dame-de-Consolation à Paris : Forma vivendi xremilorwm ordinis camaldulensis, Paris, 1674.

IV. Saints et écrivains. — Les camaldules ont fourni à l'Église un grand nombre de pieux personnages et d'écrivains. — 1» Saints. — Ils comptent comme l'un des leurs saint Bruno, l'apôtre de la Prusse, disciple de saint Romuald, bien qu'il soit mort avant la fondation de l'ermitage de Camaldoli. Ce saint, à qui l'on doit une vie de saint Adalbert de Prague, souffrit le martyre en

CAMALDULi<:S

1U08 avec plusieurs compagnons. Nommons seulement saint .lean de Lodi, prieur de Fonte Avellanc et évéque do Gubio, mort le 7 septembre 1106, AcCa sanctormu, septembris t. m, p. -161-175; Pierre, archevêque de l'ise, qui dirigea en personne une expédition contre les musulmans des îles Baléares (fllSO); Jean, prieur de Camaldoli et cardinal évéque d'Ostie, qui soutint avec Mathieu d'Albano le pape Innocent II ronln^ l.»^ -«Iii-matiques (t |-13t); sainte Lucie, abbessc il.' >,iimI. Clm line de Bologne (f vers 1156); saint .Umm, niiiiir ...mil dule, devenu abbé de Saint-Ktifiiiio dr (.rnr, <; IHiii:, le B. Bogomile ou Tln'iiiiliil.-, <|iii .ilr;iiidonn;i l'arcbe-

vèché de Gnesen en l'ol.i nr. | i m. nerla vie érémi-

tique à Camaldoli (f IISJ., li/,r i.m.iorum, junii t. ii, p. 354-357 ; la lî. Marie de l 'isr ...pu .s I-iUU) ; le B. Léonard, reclus à Camaldoli (tl'22tJ); le 11. Barthélémy de Pise (tl224); saint Raynald, évéque de Nocera (f 12'25); le B. .iourdain, prieur de Saint-Benoit de Padoue (f 1248); le B. Martin III, prieur de Camaldoli (f 1258); le B. Compagni, prieur de Sainle-Marie de Padoue (f 1265) ; le B. Antoine le Pèlerin, de Padoue (f 12(>7), Acta sancloi^m , februarii t. i, p. 26'i-265; saint Parisio, mort à Trévise la même année, ibitL, junii t. ii, p. 478-480; le B. Novolon (tl280); Philippe, évéque de Nocera (f 1285); le B. Pérégrin (f 1291); le B. .lacques de Certaldo et le B. Simon, reclus (tl292); le B. Albertin (tl294); le B. Ange (tl300); le B. Mathieu (tl320); le B. Tomassi (ti337); le B. Silvestre, au monastère de Notre-Dame des Anges de Florence (tl348); le B. Albert, à Sainte-Croix de Sassoferrato (-1-1350); saint Gérard, mort dans le même monastère (-|-1366); sainte Paule, abbesse de Sainte- Marguerite de Florence {fl368); Pierre, moine de Notre-Dame-des Anges à Florence, miniaturiste de talent qui forma des disciples ("l- 1396) ; le 13. Pierre de Mes. salenis, originaire de Sardaigne, mort à Venise (f 1453); le B. Daniel de Ungrispacb, honoré comme un martyr par les moines de Saint-Mathias de Muriano (f 1411); le cardinal Ange de Anna (f 1428); le B. Ange le Teutonique, mort à Notre-Dame des Anges de Florence (1440); Antoine Piccolomini, nommé évéque de Sienne en 1458; le B. Ange de Mussiaccio, mis à mort par les fraticelles (vers 1458); Mafl'ei Gherard, abbé de Saint-Michel de Muriano, élu patriarche de Venise en 1466, créé cardinal en 1489, mort en 1492; la B. Elisabeth Salviati (tl520); le B. Michel de Florence (f 1522), ermite de Camaldoli, auteur d'une manière nouvelle de réciter le Bosaire, connue sous le nom de Corona dominica ou Camalchile et approuvée par les souverains pontifes; le B. Jean- Baptiste de Lucques (tl5i2), ermite à Camaldoli; Basile Nardi, abbé de Saint-Félix de Florence, qui ne craignit pas de prendre la tête des Florentins, réclamant la liberté les armes à la main (7 1542) ; Justinien de Bergarne, ermite de Monte Corona, mort en odeur de sainteté (-fl563); Ambroise Moncata, ermite de Camaldoli, nommé sur les instances de Philippe II par Grégoire XIII à l'évêché d'I.'rgel (f 1588) ; son compatriote et compagnon de solitude, Péregrin Palais, mort à Camaldoli (1620), après quarante années de réclusion; Grégoire Vilali (f 1627), abbé de Fonte Avellane qui, par sa science, son inépuisable charité et son iniluence, servit très efficacement sa famille religieuse; Louis Madei et Jules Thaddée Guasco, reclus à Camaldoli, qui se firent remarquer par une vie sainte et pénitente; J.-B. Costa, originaire de Chambéry, de la congrégation de Turin, mort en odeur de sainteté (1674) ; Maur Cursio, abbé de Notre-Dame des Anges de Florence, évéque de San-Miniato (fieSO). Jusqu'à la fin il y eut dans les déserts des camaldules des religieux d'une très grande vertu. On n'en trouve pas cependant qui aient mérité par des actions extraordinaires l'attention de leurs contem-

Ambroise le camaldul

de Prague, voir ce nom, et 3ir t. I, col. 953-954, furent

au XV siècle les meilleures illustrations de leur ordre On voit, à partir de cette époque, un grand nombre d'écrivains dans ses monastères et jusque dans ses ermitages. Quelques-uns peuvent supporter la comparaison avec ceux que produisit la congrégation bénédictine de Mont-Cassin.

Voici les plus connus ; Gaspard de Pérouse, abbé de Siint-li'iii ilii Désert, puis évéque de Foligno (f 1455),

Il I Ji-iingué, qui assista en qualité de légat aux

I II il. il. I instance et de Bâle. Il composa un traité /(. ,,<,•,,, r/K./ii/M/s bene/icioruni, inséré au t. xv des TnicUiliis iUuslrium jurisconstiUonim, Venise, 1584. — Maur, convers de Saint-Michel de Muriano, auteur de cartes géographiques très estimées de ses contemporains (f 1457). — Pierre Delphin, originaire de Venise, moine de Saint Michel de Muriano, et enfin général de son ordre, versé dans la connaissance des langues latine et grecque, très estimé de Léon X et des humanistes ses contemporains. Ses nombreuses lettres, conservées aux archives de Saint-Michel de Muriano et de Fonte Buono, ont été d'un grand secours à Miltarelli pour la rédaction de ses Annales. Jacques de Brescia, prieur d'Oderza, en publia un certain nombre en 1524, in-fol., Venise. Elles étaient introuvables au xviii" siècle. Mabillon copia, durant son voyage en Italie, 242 lettres inédites, que Marténe et Durand ont insérées, avec une Oratio ad Leonem X ponlificem maximum, dans Veley^iim scviplorum et monumentonim collecUo, Paris, 1724, t. m, p. 913- 1232. - Nicolas Malermi, né à Venise (1422), moine de Saint-Michel de Muriano, mort à la fin du xv« siècle après avoir rempli plusieurs fois la charge abbatiale, publia la première traduction italienne de la Bible : Biblia volgare liistoriala, 2 in-fol., Venise, 1471, précédée d'une lettre où il expose longuement les motifs qui l'ont déterminé à entreprendre cette version. Son œuvre fut rééditée au moins seize fois avant le terme du XVI» siècle. Il donna en 1479 un volume in-fol. contenant en italien les vies des saints, plusieurs fois réédité dans la suite. — Maur Lapi, né à Florence, camaldule après plusieurs années passées chez les carmes, mort à Saint-Mathias de Muriano en 1478, auteur d'un Voyage en Terve-Hainle et d'un grand nombre de traductions d'ouvrages ascétiques et mystiques. Il fut en relation avec plusieurs personnages éminents. Mittarelli trouvait le recueil de ses lettres très intéressant, t. vu, p. 299-302 ; cf. Agostini, Notizie istorico entiche intorno la vita e le opère degli scrittori vcneziani, t. i, p. 435. — Bernardin Gadolo de Brescia, moine de Saint-Michel de Muriano (f 1499), auteur d'ouvrages ascétiques : De fugiendo sxculo et aniplexanda religions; Contra superbiani et ambitionem ; etc., du Kalendarium camaldulense reformatum, approuvé plus tard par saint Pie V et Grégoire XIII; on conservait ses sermons et le recueil de ses lettres; il avait réuni les matériaux nécessaires à une édition de saint Jérôme. On lui doit un commentaire des Livres saints et un traité De lib>-is Biblise canonicis et non caiionicis et de translationibus Biblix, inséré dans Liber vitx, id est Biblia cum glossis ordinariis et interlinearibus. — Pierre Candide, très versé dans la connaissance de la littérature grecque. — Paul Justiniani, d'une noble famille vénitienne, entra à Camaldoli en 1510, mena une vie très sainte, propagea parmi les camaldules l'amour de la vie érémitique et fonda la congrégation de Monte Corona (f 1528). Il adressa (1513) à Léon X, pour le déterminer à entreprendre la réforme de l'Église, un traité De officia pastoris. On lui doit la Begula vilse eremiticss, éditée en 1520, la Scala obedientise (1575) et une lettre De vera felicitate. On conservait manuscrits dans les monastères un grand nombre d'opuscules ascétiques et exégétiques et une volumineuse correspondance. Il prit une part active

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