II, c. m, p. r.!-:-:.--. m !;..■ m .i
catholique,! \v\ \' ■ '■-■--]•'■, • i~- !■ . f,,
p. 294-300; t. ii >1-" /' .,.;-,;. i , v
Procédure, p. Vi^-'h> i \\ .!'n], /;,;/•' .■ .
lions au xix' siiu-l,'. p. 5'21-KÔ: (.■«««.■s y. , ■ :1 .
t. V (1902), Causes en suspens, p. 512-522; ' il
nisations formelles et équipoUentes, p. y:-.-, / • . / ries couses, p. 502-006; t. vu (1904), Camo.i-; /' . i ,,,',,,,,fions faites par Léon XIII, p. 97. loi sci.
T. Ortolan.
II. CANONISATION DANS L'ÉGLISE RUSSE. — I. Histoire. II. Bases de canonisation. III. A qui appartient le droit de canoniser. IV. Enquête préparatoire à la canonisation. V. Rites actuels de canonisation.
Fondée par des missionnaires venus de Constantinople, l'Église russe emprunta à l'Église grecque, avec son credo, ses sacrements et sa hiérarchie, son calendrier ou ménologe. Mais le germe de vie chrétienne déposé en elle ne pouvait manquer, en se développant, d'aboutir à une lloraison nouvelle de saints nationaux, dont les noms, introduits progressivement dans le ménologe primitif, devaient peu à peu en transformer le caractère et en modifier l'aspect. Ce phénomène d'évolution se manifeste de bonne heure, dès le xi' siècle; les premiers noms russes introduits dans le calendrier sont ceu.\ des saints Boris et Glèbe, patrons de la terre russe.
I. Histoire. — Le principal et le plus récent historien de la canonisation des saints dans l'Église russe, Goloubinski, Istoi'ia canonisatsii sviatijkh ve rousskoï tserkvij'i' édit., Moscou, 1903, partage cette histoire en trois périodes dill'érentes. La première va des débuts aux conciles tenus en 15i7 et 1549 sous la présidence du métropolite Macaire; la deuxième est comprise entre 1549 et 1721, date de l'institution du saint-synode russe; la troisième, qui est la période actuelle, commence avec l'établissement même du saint-synode. L'auteur de celte division reconnaît d'ailleurs qu'elle ne repose pas sur des différences bien nettement caractérisées, soit au point de vue des principes, soit au point de vue des procédés et des rites de canonisation. Il suffit pour s'en convaincre de comparer les détails que nous ont laissés les vieux chroniqueurs russes sur la première canonisation faile par l'Église russe avec les récits des feuilles religieuses russes de 1903 sur la canonisation de saint Séraphin de Sarov, la dernière en date. On ne constate pas, sur cette période de dix siècles, de différences essentielles de procédés et de rites.
L'Église russe partage les personnages auxquels elle rend un culte en trois groupes bien distincts ; le groupe des saints dont le culte est étendu par l'autorité ecclésiastique suprême à toute l'Église russe ; celui des saints dont le culte est approuvé pour une partie déterminée de l'Église, province, éparchie, ville, monastère, église locale: celui des personnages morts en odeur de sainteté, dont la piété populaire, tolérée, quelquefois même encouragée par l'autorité ecclésiastique, honore les restes et célèbre la mémoire, en attendant qu'elle puisse leur rendre un culte proprement dit et leur décerner le titre de saints. Il y a dans ce partage, réserve faite de différences très réelles, quelque analogie avec la distinction que l'Église latine établit actuellement entre le groupe des vénérables, celui des bienheureux et celui des saints.
1" Le nombre des saints proprement dits, de ceux dont le culte est universel, est resté relativement restreint. Pendant les trois premiers siècles de l'histoire de l'Église russe, sous la période qui précéda celle où Moscou, en devenant la capitale du Grand-Kniase, devint par le fait même la métropole de la Russie du Nord et la rivale religieuse de Kiev, on ne connaît guère que trois saints dont le culte ait revêtu ce caractère d'universalité. Ce sont Boris, Glèbe et Théodore Pétcherski. Encore, pour ce dernier, sa fête n'était-elle célébrée qu'à Kiev. Maisl'higoumène du monastère de Pétcherski obtint, en 1108, du prince Sviatopolk qu'il demandât à tous les évêques de sa principauté l'inscription du nom de Théodore au canon de la messe. Goloubinski, op. cit., p. r>l. A Moscou, avant le concile de 1547, il est intéressant de signaler la canonisation du métropolite Pierre par son successeur Théognoste, en 1339. Elle ne suit que de 13 années la mort du personnage, et, de plus, avant de l'entreprendre, Théognoste sollicite l'avis du patriarche de Constantinople, Calécas. Miklosich et Muller, Acta patriarcatus ConstantinopoUlani, t. i, p. 191. Le métropolite Jonas canonisa au.ssi, en 1448, l'un de ses prédéces.seurs, Alexis, mort en 1378. Goloubinski, op. cit., p. 74. Il y eut encore dans cette période deux autres saints, Serge de Radonetz et Cyrille de Biélozer, dont le culte, d'abord local, se répandit peu à peu dans toute la Russie, sans que l'on puisse rapporter à une date précise ou attribuer à un acte officiel connu la transformation de ce culte local en culte universel. Enfin, Goloubinski, op. cit., p. 89-91, suppose que, peu de temps avant le concile de 1547, il parut un document officiel confirmant le culte, déjà universalisé par la dévotion populaire, de quinze nouveaux saints. Ils se trouvent en eflet mentionnés comme lois dans une vie du métropolite Jonas écriti.> mi \.u,\'- .1 Macaire. Klioutchevski, flret'jîécoMSsftiu /i' ' il istoril-
clieskii istotc/tnik, Moscou, ii<~ \ -- ■ -i' l'i-. Leur canonisation n'étant pas le fait il - r,.ii, il, ,i,- \:>ll et 1549 doit leur être antérieure.
Les conciles de 1547 et 1549 constituent une date importante dans l'histoire de la canonisation des saints dans l'Église russe. La liste des saints honorés d'un culte universel s'y trouve grossie, par une canonisation en bloc, de trente noms nouveaux. Une bonne partie de ces nouveaux saints, une vingtaine sur trente, avaient déjà un culte restreint ou local, que le concile se borna à étendre à toute la Russie. Ces mêmes conciles approuvèrent le culte local de neuf nouveaux saints, ce qui porte à 39 le chiffre total des canonisations opérées dans l'espace de quatre années. Goloubinski, o^j. cit., p. 97-108. Les motifs d'une pareille manifestation méritent d'être signalés. Constantinople, tombée au pouvoir des Turcs, venait de perdre aux yeux des orthodoxes, avec son indépendance politique, une partie de son prestige religieux. Les regards se tournaient maintenant vers Moscou, en qui les Russes voyaient le nouveau centre politique et religieux de l'orthodoxie. C'est à cette époque et sous l'influence de ces idées qu'Ivan IV se fit sacrer tsar (1547). De son côté, l'Église russe, désireuse de justifier la mission qu'elle s'attribuait, travaillait à se réformer et préparait son grand concile de 1551, connu sous le nom de concile du Stoglaf. C'est pour avancer cette œuvre de réforme et pour ajouter à son lustre l'éclat de la sainteté qu'elle réalisa, en 1547 et 1549, sous la présidence de Macaire, ces canonisations en masse.
Entre 1547 etl721, date de l'institution du saint-synode, sur une moyenne de 150 nouveaux saints, il n'y en a guère qu'une quinzaine dont le culte se soit étendu à toute la Russie.
La période synodale n'offre qu'un nombre assez restreint de canonisations nouvelles : six canonisations d'un caractère universel et une quinzaine de canonisa-
CANOiNISATlON DANS LEGLISE RUSSE
lions locales. Goloubinski, op. cit., p. 170-198. La dernière en date est celle de saint Séraphin de Sarov, sur laquelle nous reviendrons plus loin.
Aux chilTres cités plus haut, il faut ajouter, pour être complet, le groupe des 141 saints que l'Église de Kiev a introduits dans son calendrier, durant la longue période de 227 années, où elle est restée séparée de l'Église de Moscou (1458-1685). Ce n'est qu'en 1762 que le saintsynode en a reconnu officiellement le culte et a autorisé l'introduction de leurs noms dans les calendriers imprimés à Moscou, et dans les menées. Goloubinski, op. cit., p. 202-223.
2» En dehors des saints dont le culte est universel, l'Église russe pn~-. ,1c d.s ^.mits à culte local ou restreint. Les chiffres ;i]i|i.iii. ^ ilu- li:int montrent assez que ces derniers foiiip ni I i mi-i principale des saints du calendrier ru.^.^L. 11 lu p.aait pas d'ailleurs que, sauf l'étendue locale du culte, il y ait de différence entre le culte rendu aux uns et aux autres. Sous ce rapport, la législation canonique de l'Eglise russe ignore les proscriptions rigoureuses et absolues qui inlrrcli^int (l:iiis l'Église latine d'étendre, au delà de liimi, ^ i iiiidl, s ri
locales bien déterminées, le culte irsin ml :ii is.'
pour un bienheureux. Les éléments du cuIIl nui leur est rendu sont identiques et comportent pour les uns et pour les autres une fête avec office propre et vie, ainsi que la vénération des reliques et des images ou icônes.
3» Les personnages morts en odeur de sainteté, et dont les fidèles honorent la mémoire, constituent dans l'Église russe une classe spéciale, intermédiaire entre celle des simples défunts et celle des saints universels ou locaux. On peut voir dans les honneurs qui sont rendus à leurs restes ou à leurs images un commencement de culte, toléré et parfois même formellement approuvé par l'autorité ecclésiastique. Tout d'abord, leur souvenir est consacré par les prières et les cérémonies faites sur leur tombeau au jour anniversaire de leur mort, ou en toute autre circonstance déterminée par la dévotion des croyants qui ont l'oi en leur intercession. Ces prières consistent en absoutes, en services funèbres commémoratifs, ou dans la simple mention du nom de ces personnages au mémento des morts; elles n'excluent pas la confiance en la puissance d'intervention du serviteur de Dieu et ont même pour but de la provoquer, Le tombeau de ces personnages est l'objet d'une vénération toute particulière. S'ils sont enterrés dans une église, on élève à l'endroit où reposent leurs restes un sarcophage, que l'on recouvre d'un voile et près duquel l'on dresse un chandelier. S'ils ont été déposés dans un endroit découvert, on y bâtit un petit oratoire destiné à protéger le sarcophage et ses accessoires. Au lieu d'un simple voile, on plaçait quelquefois au-dessus du sarcophage un portrait en pied du personnage; il était aussi d'usage de suspendre aux murs de l'église ou de l'oratoire, près du tombeau, son portrait en buste. Goloubinski, op. cit., p. 271-277. Ce dernier point serait aujourd'hui tombé en désuétude, ou même formellement interdit. Ibid., p. 278.
Les documents relatifs à l'existence de ce culte rendu aux serviteurs de Dieu non canoni.sés abondent dans la littérature hagiographique russe. Le chroniqueur russe Jacob, dans son récit de l'institution de la fête des saints Boris et Glèbe, raconte que, bien avant l'institution de cette fête, qui équivalait à la canonisation officielle, les restes des deux princes fui-ent retirés de l'endroit où iN :iv.ii.-iil r\r pi imilivement déposés et solennelleiiii m h iii-|,,.r ir ^ ,l;in- nu oratoire où les pèlerins et les i\r\..\. .ililuriviil. e.ih ils avaient afflué à
leur tombeau priuiilil. Guiuul.in-ki. np. rit., p. 45-46. Et le chroniqueur Nestor, fais;iiii ,iMM>inn à cette translation des restes des deux s. i •, iiiin-v .le jiieu, semble laisser entendre que l'on espOrail ainsi ol. tenir de Dieu
la réalisation de prodiges assez éclatants pour attester leur sainteté et leur crédit auprès de lui. Ibid., p. 47. Vers 1544, à Boroviich, village de la province de Novgorod, le peuple entourait de sa vénération les restes d'un saint personnage, du nom de Jacob. Pressé d'établir une fête en son honneur, l'évêque, après en avoir référé au métropolite Macaire, décida, d'accord avec lui, que l'on ferait une translation solennelle de ses restes, qu'on les déposerait dans un nouveau tombeau, au-dessus duquel on élèverait un monument en forme de sarcophage, et que, chaque année, on célébrerait, au jour anniversaire de cette translation, un service funèbre commémoratif. Goloubinski, op. cit., p. 87-88. L'higoumène de Troïtsa, Arsène, établit également, vers 1525, en l'honneur d'Etienne, fondateur du monastère de Makhrichtch, un service funèbre perpétuel, après avoir fait élever sur son tombeau un sarcophage recouvert d'un voile et y avoir fait dresser un chandelier. Ihid., p. 113.
En 1592, Hermogène, métropolite de Kasan, pour perpétuer la mémoire des trois martyrs Jean, Etienne et Pierre, institue en leur honneur une absoute et un service funèbre annuels, et ordonne d'inscrire leurs noms au synodik et d'en faire mention perpétuelle au mémento des morts. Ibid., p. 272.
Il arriva que l'on ne se contenta pas toujours de ces prières et de ces services commémoratifs, et que, en certains cas, la dévotion du peuple et même des moines préjugea des décisions de l'autorité religieuse [pour rendre à des serviteurs de Dieu non canonisés un véritable culte. C'est ainsi qu'un moine compose en l'honneur de son maître, Joseph, un office qu'il soumet d'ailleurs au métropolite Macaire, et dont celui-ci autorise la récitation, en particulier. Ibid., p. 290. Il n'est même pas exagéré d'affirmer que la canonisation universelle, ouj restreinte, d'un bon nombre de saints russes fut pré-| cédée d'un culte populaire de ce genre, dont les ritesl plus ou moins précis furent généralement tolérés,! quelquefois même déterminés par l'autorité ecclésias-l tique. Ce dernier point ressort avec évidence des faits] suivants. Le patriarche Job (1589-1605) fait composer! en l'honneur du prince moscovite Daniel Alexandrovitch,) mort en 1303, des sfichaires et un canon; la translation des restes du prince n'eut lieu cependant qu'en 1652, et j sa canonisation, vers la fin du xviiie siècle. Goloubinski, op. cit., p. 190. Alexandre, évêque de Viat (1657-1674),j compose lui-même l'office de Longin de Koriajem. Vii" rioujski, Istoritcheskia skasania o jisni svialhykh vizavcliikhsia ve vologodskoî éparkhii, Vologda, p. 521 sq. Saint Dimitri, métropolite de Rostov (f 1709)j écrit un tropaire et un kondak en l'honneur du moin^ Corneille de Péréïaslavl, mort en 1693. KlioutchevskiJ op. cit., p. 349. Ces compositions liturgiques paraissen quelquefois très peu de temps après la mort du person-l nage qui en est l'objet. Un office est ainsi composé l'honneur du métropolite Jonas, mort en 1461, l'année même de sa mort, ou tout au plus l'année suivant! et cela, avec ' l'autorisation de l'évêque de Novgorod| Goloubinski, op. cit., p. 290, note 1.
II. B.1SES DE c.\NONiSATiON. — 1" A Considérer la ques tion au point de vue purement historique, on peut dir^ que, dans l'Église russe, la base ordinaire canonisation est le miracle. Sauf de rares exceptions, le documents relatifs aux canonisations, même les plu anciennes, mentionnent toujours, au point de départ de démarches faites par un prince, un higoumène monastère, ou les représentants d'une Église quelconque en vue d'obtenir de l'autorité ecclésiastique l'inscriptio d'un nom nouveau au catalogue des saints, la constatatio de prodiges, accomplis au tombeau du personnage question, ou par son intercession. Les faits ainsi co^ statés provoquent habituellement une enquête dont l'u des éléments presque constants est l'examen des resf'
CANONISATION DANS L'EGLISE RUSSE
du défunt. L'état de conservation plus ou moins parfaite de ces restes est interprété comme un signe favorable, qui justiliê la poursuite de l'enquête sur les miracles, souvent même autorise à la clore et à procéder sans plus tarder à la canonisation. En d'autres cas, l'enquête sera provisoirement close par une translation plus ou moins solennelle des restes du défunt, et la .canonisation n'aura lieu que lorsque de nouveaux prodiges seront venus confirmer les précédents et transformer en certitude la présomption de sainteté. D'autres fois, c'est la découverte même, intentionnelle ou fortuite, de restes offrant quelque apparence de conservation, ou exhalant quelque odeur de parfum, qui provoque l'enquête et détermine l'inscription au calendrier. 11 n'est guère possible, sur ce point, de formuler de règle précise et de déterminer des procédés de canonisation constants et uniformes, .lusqu'à la lin du xvii« siècle, cette partie de l'activité canonique et disciplinaire de la hiérarchie ecclésiastique russe semble échapper à toute règle fixe. Quant aux canonisations postérieures à l'institution du saint-synode, elles se font d'après des principes plus précis et des procédés plus uniformes.
Voici quelques faits à l'appui des remarques précédentes. Au dire des chroniqueurs Nestor et .lacob, ce sont les prodiges accomplis auprès du tombeau des princes Boris et Glèbe, à Vychegrad, qui attirent sur leurs restes l'attention de laroslav et du métropolite ,lean. L'église de Saint-Basile où ils reposaient ayant été détruite par un incendie, on les déposa provisoirement dans un petit oratoire construit tout exprès. Celle translation avait permis de constater leur merveilleux état de conservation. De nouveaux miracles se produisirent bientôt, qui déterminèrent le métropolite à procéder à une seconde et plus solennelle translation de leurs restes dans la nouvelle église dédiée à leur souvenir, translation qui marqua l'institution de leur fête, au 24 juillet. Goloubinski, op. cit., p. 46. Au contraire, le culte de saint Théodore Petchersky, le second fondateur des célèbres laures de Kiev, s'établit presque immédiatement après sa mort (1076). La translation de ses reliques dans l'église du monastère, commencée par lui et terminée seulement en 1089, ne se fait qu'en l'année 1091. Cette translation donne lieu à une grande solennité et popularise le culte du serviteur de Dieu. Enfin, en 1108, Théoctiste, higoumène de Petchersky, obtint par l'entremise du prince Sviatopolk, l'inscription de son nom dans le synodik, pour être mentionné au canon de la messe. Chronique dite de Nestor, traduite par Louis Léger, Paris, 1884, p. 176, 223. L'institution d'une fête en l'honneur de saint Vladimir, le baptiseiir de la Russie (972-1054), parait au contraire avoir été indépendante de toute constatation de miracles attribués à son intercession et de toute relation avec le culte de ses reliques. Cette fête n'est établie que postérieurement, à la suite de la victoire remportée en 1240, au jour anniversaire de sa mort, par le prince Alexandre Nevski, sur les Suédois. Ni l'histoire, ni la légende n'attribuaient à ses restes de ces prodiges qui illustrent le tombeau des serviteurs de Dieu. Un écrivain inconnu du xii« siècle, auteur d'une chronique relative à ce prince, en fait naïvement la remarque, et reproche presque à ses compatriotes de n'avoir pas encore su obtenir de Dieu le don et la gloire des miracles pour les restes d'un prince qui a converti et baptisé la Russie. Goloubinski. op. cit., p. 63. D'ailleurs, au moment où Novgorod canonise Vladimir Monomaque, Kiev a déjà été prise et ravagée par les Tatars et l'église de la Dîme, où se trouvent ses restes, est ensevelie sous ses décombres. Il semble donc bien qu'en cette circonstance ce soit uniquement le rôle joué par Vladimir dans l'histoire de la conversion de la Russie et ses titres de baptiseur et d'apostolos qui lui aient valu l'honneur de monter sur les.autels.
Les conciles de 1547 et de 1549 prennent pour base principale des canonisations effectuées par eux le miracle, autant du moins qu'on le peut conjecturer par les maigres renseignements que l'on possède sur la procé'dure qui y fut suivie. Les nouveaux saints n'y sont désignés que sous le nom de thaumaturges, et, pour préparer les canonisations de 1549, les Pères du concile de 1547 ordonnent aux évèques de mener des enquêtes sur les prodiges et les miracles attribués à l'intercession des serviteurs de Dieu, dans les limites de leurs éparchies. Goloubinski, op. cit., p. 94-96. En 1.589, il est question d'étendre à toute la Russie le culte de saint Joseph de Volokolam, fondateur du monastère de l'Assomption. Un synode, présidé par le métropolil'> lob (1589), subordonne l'extension de ce culte à l;i ,. n^l:i talion de nouveaux miracles. L'enquête faite .i r. ii,occasion ne donne pas de résultat satisfaisant, el l:i fiic n'est universalisée que deux ans plus tard, en 1591. Klioutchevski, op. cit., p. 312.
En -1690, les moines d'un monastère de Solovel/. demandent à Athanasr. lA.'.pir .Ir [OHilnidvnr, l'autorisation d'établir, dans i int m Jn nini i i' ic, une fêle
en l'honneur de GeriM:iin. Imiil' ■ i.rnlih^nrs. L'évéque ne s'y oppose ik>-, rii:ii. il iiii.rll.' (ju'il faut d'abord le consentement du tsar et celui du patriarche, ainsi qu'une enquête sérieuse sur la vie, les vertus et les miracles du personnage. Goloubinski, op. cit., p. 428-429.
2" En dehors du titre de thaumaturge, l'Église russe donne aussi à quelques-uns des saints qu'elle honore le titre de hiéromartyrs. Le nombre de ces derniers est, il est vrai, assez restreint; l'existence de ce titre n'en soulève pas moins la question de savoir si l'Église russe considère le martyre comme une preuve solide de sainteté et une base suffisante de canonisation. Goloubinski, op. cit., p. 269, prétend qu'elle se sépare sur ce point de l'Église latine, et que le martyre sans le miracle ne suffit pas chez elle à autoriser l'inscription au catalogue des saints. Il apporte en preuve ce fait que, vers 1592, le métropolite de Kazan, Hermogène, s'adressant au patriarche Job pour le prier d'autoriser le culte de trois personnages martyrisés par les Tatars, demande simplement pour eux les honneurs que l'on rend aux défunts morts en odeur de sainteté, et non le culte réservé aux saints. Il en conclut que si l'évêque borne sa requête à une simple comménioraison, sans fête proprement dite, c'est que le titre de martyr allégué était insuffisant à légitimer cette dernière, et que, dans la circonstance, on n'avait pas pu l'appuyer du titre de thaumaturge.
Il faut remarquer d'ailleurs que ce titre de martyr a été attribué dans l'Église russe à des saints dont le genre de mort ne justifie guère cette appellation. Les saints Boris et Glèbe, qui, les premiers, le portèrent, pour être tombés sous les coups de leur parent Sviatopolk, furent de simples victimes d'une politique ambitieuse et cruelle. Ce titre fut accordé aussi à saint Léonce, évêque de Rostov, dont la mort (1077) fut très paisible, mais dont la vie avait été consacrée tout entière à un long et pénible apostolat au milieu de ses diocésains. Martinov,ilnn»s ecclesiasticusgrxco-stavicus, Bva^elles, 1863, p. 138. L'Église russe n'en possède pas moins de vrais martyrs; mais l'existence du culte qui leur est rendu ne suffit pas à résoudre la question soulevée plus haut, car l'on ignore l'origine première et les motifs véritables du culte dont ils sont actuellement l'objet. Il en est ainsi pour les saints varègues, Théodore et Jean, martyrisés, vers 983, par leurs compatriotes païens, Martinov, op. cit., p. 176, et pour les trois martyrs lithuaniens, Jean, Antoine et Eustathe, mis à mort sur les ordres du prince païen Olgerde, en 1342, et canonisés probablement en 1347 par le métropolitain de Kiev, Alexis. Martinov, op. cit., p. 109; Goloubinski, op. cit., p. 68.
CANONISATION DANS L'ÉGLISE RUSSE
3" Une dernière question reste à examiner, relativement aux motifs et aux bases de canonisation admis dans l'Église russe; celle de l'importance attachée par elle à l'examen des restes des personnages dont elle préparc la canonisation, et de la valeur attribuée, comme signe et preuve de sainteté, à l'état de conservation plus ou moins parfaite dans lequel on les retrouve. Que l'examen attentif et minutieux de ces restes constitue, aujourd'hui comme par le passé, l'un des éléments principaux de l'enquête préparatoire à la canonisation, c'est là un point que l'on ne saurait mettre en doute. Bien souvent même, la cérémonie de canonisation se confond avec celle de l'invention ou de la .translation des reliques. Il en fut ainsi pour lioris et Glèbe et Théodore Petchersky, les trois premiers saints canonisés par l'Église russe. Il en est encore ainsi dans toutes les canonisations solennelles faites par le saint-synode. Cf. Goloubinski, op. cit., p. 169 sq., et en appendice, p. 438-515, les pièces officielles. Mais il ne semble pas que l'Église russe ait jamais considéré l'incorruptibilité du corps comme une condition indispensable ou comme une base suffisante de canonisation. Parmi les saints canonisés par elle, il en est un certain nombre dont la canonisation a devancé l'enquête relative à leurs restes mortels, ou pour lesquels cette enquête n'a jamais eu lieu. Apportons à l'appui de cette remarque une déclaration assez intéressante du concile de 1667, qui défend absolument de s'autoriser du fait de l'incorruptibilité du corps pour considérer et honorer comme saints ceux dont les restes auraient pu être ainsi conservés. Car, est-il ajouté, cette conservation du corps peut avoir toute autre cause que la sainteté du défunt, et être attribuée, en particulier, à l'excouiuiunication, ou à l'état de péché dans lequel la mort l'a surpris; il faut avant de rendre un culte ou d'établir une fête nouvelle, une enquête préalable et l'approbation de l'autorité ecclésiastique, représentée par le synode épiscopal. Goloubinski. cj). fil., p. ^2X>.
Une drl.n.,' ,..l--i Inn auxquels ;i\:m1 |hi -■ In-laire, mi'Jii' de sii|„ , ^uii.
à y mettre un terme. Dans Goloubinski, op. cit., p passage du Règlement ei tion des reliques d'une ; Affaires spéciah'S. s I :;.
cette question, di i' h un
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nos jours et le mouJll^ xviiie siècle, considère l'ii un signe indispensable de
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es. L'émotion provoquée répandue à la suite de ps du saint n'était pas -kolniks en profitèrent , tt le métropolite de sident du saint-synode
rruptibilité du corps comme linteté. La dernière canonisation, celle de saint Séraphin de Sarov, en 1903, a permis de constater combien cette croyance était encore vivace dans les masses popul dans le peuple à la nouvell l'enquête officiellr. '(nf ]■•■• intact, fut consid< i ; : I pour attaquer 11 J— < i Saint-Pétersbou! :: , \ 1 1 1 ■ 1 1 1 1 i ,
et le personnage le plus en vue de la hiérarchie ecclésiastique russe, jugea opportun de relever ces attaques et de dissiper les préjugés populaires. 11 le fit dans une lettre publiée dans le n. du 21 juin 1903 du Novoïé Vrémia, et reproduite dans le n. du 28 juin, p. 983, des Tserkovnya Viédomosti, journal officiel du saint-synode. Il y rappelle que la véritable base de toute canonisation, ce sont les miracles accomplis par les restes, ou grâce à l'intercession du saint, et que l'incorruptibilité du corps n'est qu'un miracle accessoire, d'une valeur réelle, s'il est appuyé sur d'autres, mais insuffisant à lui seul, et dont la réalisation n'est pas une condition indispensable à la validité de la canonisation. La doctrine officielle de l'Église russe s'écarte donc, sur ce point, de
la doctrine de l'Église grecque, telle au moins que l'exposait, à la fin du xvii« siècle. Nectaire, patriarche de Jérusalem, dans son ïlepi tî; àpx^iÇ toO Ttàvcx àvTcppT-.aïc, Jassy, 1682, où il admet comme preuve indispensable et suffisante de sainteté, en dehors d'une parfaite orthodoxie et de la pratique constante des vertus chrétiennes, le prodige de l'incorruptibilité du corps et des exhalations ou des sécrétions balsamiques. Cf. Goloubinski, op. cit., p. 406-iO7.