‹ Dictionnaire de théologie catholique (volume 5)Chapitre 597 sur 741 · CASSIEN Jean. - I. Vie. II. Ouvrages. III. Doctrine · texte numérisé non relu

CASSIEN Jean. - I. Vie. II. Ouvrages. III. Doctrine

I. Vie. — Jean Cassien, le législateur et le peintre de la vie monastique dans le sud de la Gaule, naquit, probablement vers l'an 360, d'une famille pieuse et riche; sa patrie est incertaine et controversée; on le fait naître ordinairement, soit en Scythie, Gennade, De scriplo-

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ée et qu'il se classique; il L., t. xi.ix,

l's, parmi les

ribus eccl., c. LXi, P. L., t. lviii. col. 1094-1095; Tillemont, Mém. pour sen'ir à l'hist. eccl. des six premiers siècles, Paris, 1709, t. xiv, p. 740; soit dans la Gaule méridionale, Noris, Historia pelagiana, 1. II, .c. i, Florence, 1673, p. 81 ; "Wiggers, Augustinismus und Pelagianismus, Hambourg, 1833, t. 11, p. 10; Paucker, Die Laliniliit des Joli. Cass., dans Romanische Forschungen, Erlangen, 1886, t. 11, p. 391 ; Petschenig, Corpus script, eccl. Lat., Vienne, 1888, t. xvii, prolegomena, p. 11 sq. ; Bardenhewer, Les Pères de l'Eglise, trad. franc., Paris, 1899, t. 11, p. 465; Grùlzmacher, dans Realencyclopàdie , 3" édit., Leipzig, 1807, t. m, p. 746; et, d'une façon pin- pi/i i ; , ,\\ rn.vmce, sur les côtes de la Méditerraiii ' i m , Il I i.nin^, l'nvf. ad régulas monachoruni, ,. im \ni|i>i , Ih^i huéraire de la France, 2= édit., l'u 1-, IsiiT, 1. 1, p. 1-JJ. De nos jours, A. Iloch, Jlieol. Quarlalsc/irifl, 1900, p. 43-69, et S. Merkle, ibid., 190O, p. 419-441, ont placé le berceau de Jean Cassien, celui-là en Syrie, celui-ci en Bulgarie, dans les plainr= ,].-■ In |)ri|,roiiNTlika, Bardenhewer, op. cit., 2' idii I, Mh,, r.iii-, l'.wii, t. Il, p. 465, se rallie à cette di 1 m 1 i pas au juste où Cassien ( , m - '

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mélodies des Psaumes, qinnnl il m ni . Ie\ri' ^.ln àme à Dieu dans la prière, le^ lu-iniir- ,1, - :iiiri, n, Ihtos et les récits des poètes lui ie\ ii iiiiciii en ne niuire et hantent son imagination.

Il se voua, jeune encore, à l'état monastique dans un cloître de Bethléhem. avec un certain Germain, son ami et son aîné de quelques luim-e-; A'ei-^ -Asr,. le désir d'avancer dans l,i -rem. il li |. ii.'nn .1 dans la

vertu les entrain. 1 Inii ;i Lmli'', ■ - nul liasile

avant eux, dans le, d. -.■il-- de rii^iplr, v. iiinll. patrie du cénobitisme chrétien. Au moment du dc'part, leurs frères de Bethléhem, craignant pour les deux pèlerins les séductions de la Théba'ide, leur firent jurer solennellement de revenir en Palestine le plus vite possible. Coll., XVII, 2, P. L., t. XLix, col. 1047. Cassien et Germain ne laissèrent pas de s'enfoncer, sept années durant, de déserts en déserts, toujours accueillis avec cordialité par les solitaires, toujours attirés plus avant par la renommée de quelque saint personnage, de quelque couvent célèbre. Puis, après être allés à Bethléhem solliciter la prorogation de leur congé, ils s'empressèrent de retourner en Egypte, et y passèrent environ trois ans. Peut-être en furent-ils chassés par l'explosion de la querelle du patriarche d'Alexandrie, Théophile, et des moines anthropomorphites du désert de Scété. Coll., x, 2, P. L., t. XLix, col. 821-823. Au commencement du v siècle, en3401, on trouve les deux amis à Constantinople, où Ca.ssien se fait l'élève et s'imprègne de l'esprit de saint Chrysostome, qui l'ordonne diacre. En 405, après le second bannissement de son maître, Cassien ira, au nom du clergé fidèle de Constantinople, à Rome, pour appeler la protection du pape saint Innocent I" sur l'archevêque proscrit. C'est à Rome, ce semble, qu'il fut ordonné prêtre.

Cassien, sa mission remplie, continua-t-il d'y résider, ou voulut-il revoir encore l'Orient'? Impossible de le savoir. Quelles raisons, d'ordre politique ou d'ordre personnel, l'ont ensuite décidé à se fixer dans la Provence? Autre mystère. Toujours est-il que, vers 415, le nom de Germain disparaît et que Cassien arrive à Marseille, pour n'en plus sortir. Il y ouvrit deux monastères, l'un d'hommes, l'autre de femmes, qui furent tous les deux, au milieu des dévastations des Barbares, des asiles de paix et des foyers de vie intellectuelle. Par ces deux fondations, qui n'ont pourtant pas été les premières en Occident, comme par les

CASSIEN

ouvrages dont je vais parler, Cassien contribua puissamment à la diflfusion de l'institut monastique en Gaule et en Espagne. Il mourut vers 435. Saint Grégoire le Grand, dans sa lettre à l'abbesse Respecta de Marseille, P. L., t. Lxxii, col. 866, et, au xiv siècle, le pape Urbain V, dans une bulle, Gallia christ., t. i, p. 118, donnent à Cassien le nom de saint. Selon le cardinal Noris, Hist. pelag., t. ii, p. 12, Urbain V fit aussi graver sur le vase d'argent qui contenait la tète du pieux et docte moine ; Saint Cassietï. De temps immémorial, nombre d'Églises ont honoré Cassien d'un culte. A Marseille notamment on célèbre sa fêle le 23 juillet, avec octave. L'Église grecque, de son côté, fait mémoire de Cassien le 28 ou le 29 février.

II. Ouvrages. — Les deux principaux ouvrages de Cassien, composés tous les deux à la prière de saint Castor, évéque d'Api, Apla Julia, pour l'instruction et l'édification du monastère que ce prélat venait de fonder, se rattachent étroitement l'un à l'autre; en retrafant tour à tour les règles de la vie extérieure du moine et celles de sa vie intérieure, de la vie contemplative qui est la plus sublime de toutes, ils forment ce qu'on peut nommer un code complet du monachisme primitif.

De ces deux ouvrat^cs ].■ iiriiiiiir. l'crit entre 419 et 420, a pour titre : De ms/iiiii.s , <ri,nhiori(in et de octo principalium vitioni,,, rr„,,'<li,^ libri XII, P. L., t. XLix, col. 53-476. Lf< Instiiiiiiuns se composent de deux parties : l'une, en quatre livres, contient les préceptes de la vie monastique, appuyés, en général, d'exemples que Cassien emprunte aux souvenirs de ses voyages et aux an)i:il. s d.- cuiini iils de la Palestine et de l'Egypte; l'aulrr. t..iii< im.ijI, . m Ijuit livres, traite des huit péclu- . ipii m., .liin Ir^ moines ont à se garder, savoir, 1. V, l.i luhi muiili^f. 1 VI. l'impureté, 1. VII, l'avarice, 1. VIII, la colère, 1. IX, la tristesse, 1. X, l'ennui, acedia, 1. XI^ la fausse gloire, cenodoxia, 1. XII, l'orgueil. Voir Capit.\l (Péché), col. 1689-1690.

Le second ouvrage, CoUationes xxiv, P. L., t. xi.ix, col. 477-1328, est une suite et un supplément du premier; passant du dehors de la vie monastique à l'intime du dedans, il nous redit les entreliens de l'auteur et de son ami Germain avec les solitaires d'Egypte. Il fut écrit et publié en trois livraisons successives, ayant chacune sa préface particulière, et qui parurent, l:i prfiniiM'c Ci'lf . i y, nprès |n mort de saint

Caslnr. ~iirv-i l-'.'^i.! 'h'i '<!'< Arl.i sancl., i. \l

sepliiiil'i I-. p, l'i'.* . \ > . . iil ' , \i-\vii. en 426 ou peuainv<; 1,1 iiMi-iriM. , I Ji . wiii-wiv. proljablement après 429. .Mais, dans la première livraison, l'auteur consigna les CoUationes om CoH/ej-ences les plus récentes, c'est-à-dire ses impressions les plus fraîches. De sorte que, selon l'ordre chronologique, les entretiens rapportés dans les Conférences i-x sont postérieurs à ceux des Conférences xi-xxiv.

Grande a été de très bonne heure l'autorité de ces écrits de Cassien. Pour les Institutions, l'auleur avait eu des devanciers, saint Basile, saint Jérôme, etc. Instit., prœf., P. L., t. XLix, col. 56-57. Mais les Conférences, qui demeurent son chef-d'œuvre, n'avaient pas de modèle dans la littérature chrétienne. Plus encore que les Instittilions, elles ont excité l'admiration des contemporains et exercé une puissante influence. Saint Benoît, Régula monastica, c. Lxxiil, P. L., t. Lxvi, col. 930, prescrit dans les monastères la lecture des Conférences, et Cassiodore, tout attaché qu'il est dans la matière de la grâce à la doctrine de saint Augustin, recommande à ses moines de consulter les Institutions, De instit. divin, litt., c. xxix, P. L., t. Lxx, col. 1144, sauf, il est vrai, ce qui concerne le libre arbitre. Saint Eucher, un ami de Cassien, a fait des Institutions un abrégé qui nous est resté. P. L., t. L, col. 867 sq. Un travail analogue de Victor Maltarinus, évèque d'Afrique au v« siècle, a disparu. Photius,

qui n'avait sous les yeux qu'une méchante traduction des Institutions et d'une petite partie des Conférences, ne laisse pas d'y trouver quelque chose de divin, Oeïov. Cod., 197, P. G., t. cm, col. 661-664. Saint Thomas d'Aquin, au xin* siècle, et l'hypercritique Scaliger, au XVI», se délasseront de leurs travaux dans la lecture des Conférences. Les nombreux manuscrits de ces deux ouvrages de Cassien et les vingt-neuf éditions successives qu'ils ont eues de 1485 à 1667, témoignent assez du cas que l'on en faisait. Voir Schœnemann, Bibliolheca historico-litteraria Pair. Lat., t. Il, p. 676-693, P. L., t. XLIX, col. 11-26. La littérature et l'art au moyen âge en ont gardé une forte empreinte. Ampère, op. cit., t. I, p. 433 sq. Toutefois le livre des Conférences, à cause des erreurs qu'il contient, a été déclaré « apocryphe », c'est-à-dire suspect au point de vue de la foi, dans le décret De recipiendis et non recipiendis libris, attribué à saint Gélase et composé à Rome dans la première moitié du vF siècle.

Cassien prit une troisième fois la plume en 430 ou 431, à la prière de l'archidiacre romain Léon, le futur saint Léon le Grand, pour combattre l'hérésie nestorienne. De là les sept livres De incarnatione Domini contra Nestoriuni, P. L., t. L, col. 9-272. L'auteur y dénonce le pélagianisme comme la source de l'hérésie de Nestorius, appuie sur l'Écriture le titre de la très sainte Vierge au nom de Mère de Dieu, ÔEotoxôç, et fait voir que le nestorianisme va droit au renversement du dogme de la Trinité, ou plutôt de toute la religion. Dans une péroraison chaleureuse, où Cassien épanche sa reconnaissance et sa vénération pour saint Chrysostome, il adjure les habitants de Constantinople de ne pas trahir leur foi. Les hollandisles inclinent à croire que ces sept livres furent écrits d'abord en grec.

L'Epistola S. Castoris ad Cassianuni, P. L., t. XLix. col. 53-5i, est regardée aujourd'hui comme apocrypheq M. Petschenig, op. cit., p. c.vi sq.

III. Doctrine. — Cassien, le pieux ascète, le grand théoricien de la vie monastique dans le sud de lai Gaule, l'adversaire décidé de Pelage aussi bien que del Nestorius, n'a pas laissé, quoi qu'en aient dit ses apo-i logistes, anciens ou modernes, de toucher sur récueil'l du semipélagianisme ; ce nom toutefois ne date que dul moyen âge. Cassien a déposé les germes de son erreurl dans ses Institutions et dans ses Conférences, notam-1 ment dans la liF, la v«, et plus encore la xiii«; c'est là] que saint Prosper, dans son opuscule Adversus colU torem, P. L., l. li, col. 213-276, les a dénoncés et con battus. On tient même généralement Cassien pour le père de l'hérésie semipélagienne. La droiture des inten-]^ tions du prêtre de Marseille et son renom de sainteté! sont ici hors de cause. L'Église n'avait rien statué, i saint Augustin, qui lui-même avait donné sur cet écueil| avant son élévation à l'épiscopat, traite les semipélagien en frères abusés, non pas en ennemis. L'état de la théo-^ logie au commencement du v^ siècle sur les question^ de la grâce, le manque d'idées claires et précises tou-j chant la distinction de l'ordre naturel et de l'ordre sur naturel, le caractère propre et le rôle providentiel de la grâce divine, la prédestination, etc., l'effervescenc des esprits qui des derniers écrits de l'évèque d'Hippon^ évoquaient, faute peut-être d'éclaircissements, lé spectre du dualisme et du fatalisme manichéen, tou^ explique la chute de Cassien dans l'erreur. La tremp d'esprit et de caractère du prêtre de Marseille, son édu cation théologique et ses préventions personnelles i prédisposaient d'ailleurs que trop. Le génie métaphy sique et, avec l'enchaînement rigoureux des idée l'exactitude sévère du langage ne sont pas du tout le fai^ de Cassien; c'est à la pratique des vertus qu'il attache le plus de prix; ce qui le préoccupe, c'est 1 moral. Il ne se pouvait guère que le peintre enthou siaste de la vie religieuse ne courut pas le risqu

CASSIEN

d'exagi'rer la puissance de la volonté humaine. Comme les auteurs mystiques et ascétiques des monastères de l'Egypte, les Macaire le Grand, les Nil, les Isidore de Péluse, Cassien ne se défendra pas de relever le libre arbitre et d'en reconnaître, au moins quelquefois, l'initiative dans l'alTaire du salut. Saint Chrysostome, en face des gnostiques et des manichéens, avant que saint Augustin, le docteur de la grâce, n'eut approfondi cette difficile matière, s'était plu, avec tous les Pères grecs, à mettre en relief le rôle de la lilinii-. iir. Ijmdis que Cassien s'imprègne passionnénuiil i\<-^ 1,11-., x de saint Chrysostome, à tel point que s. , ,i|i .Iuli-i. , sans tenir assez compte des différences de x ui s il lio dates, font du maître le garant de l'orthodoxie de l'élève, pas un instant il ne se sent attirer et fasciner par le génie de saint Augustin. Lorsqu'il en appellera, dans sa polémique contre Nestorius, aux docteurs les plus éminenls de l'Église, il ne citera saint Augustin qu'en dernière ligne et sans nul autre titre d'honneur que celui li'llipponse Regiensis oppidi sacerdos, Contra Nestorium, 1. VIT, c. xxvii, P. L., t. L, col. 260; on dirait qu'il le cite un peu malgré lui, et seulement à cause du prestige du nom d'Augustin en Occident. La puissance irrésistible de la grâce et la prédestiiuilicn absolue que saint Augustin énonça dans son cciil /'■ correptione et gratia, P. L., t. xi.iv, col. "II.". '.Hii choquèrent et alarmèrent Cassien. Dans la llnoiic àugustinienne, le prêtre de Marseille crut voir un démenti à l'ancienne doctrine des Pères, en même temps qu'un acheminement au fatalisme et un danger pour toute vertu. Soucieux de ne pas resserrer l'action de la grâce et de ne pas empiéter sur la liberté, de ne pas sacrifier en un mot l'un ou l'autre des deux termes du problème, il voulut trouver un juste milieu entre les deux opinions contraires, entre Pelage et saint Augustin. En somme, faute de logique et de synthèse, il échoua.

Cassien, d'abord, écarte le naturalisme de Pelage. Il ne nie point le péché originel, siiiiri.nilrrui-, â l'exemple de saint Chrysostome, /nWon!..v. l'J. Ihninl \. J,:'.. P. G., t. LX, col. 476-478, à le tenir poiii hih Hi(i|ilr \n-\no, non pour un péché ni même une delli- In iviiii.m f. Outre le secours extérieur d'en haut, outre les dons divins de l'intelligence et de la libre volonté, de l'Évangile et de la loi positive, du baptême au sens particulier de Pelage, etc., il admet une action immédiate, sinon peut-être surnaturelle, de Dieu, pour nous réconforter et opérer en nous le changement de nos mœurs, Insl., xii, 18; Coll., III, 17; il admet une grâce intérieure, qui s'empare de l'homme, pénètre sa volonté comme son entendement, l'éclairé et le soutient. Avec l'existence de cette grâce, Cassien en reconnaît aussi la nécessité; car, visiblement, notre volonté ne suffit pas à l'œuvre du salut; impossible, sans la coopération de la grâce, de résister aux révoltes des sens, d'obtenir le pardon de nos péchés, d'atteindre à la sainteté et à la béatitude. Coll., m, 2, 12, 16; xiii,6. La grâce, d'ailleurs, ne nous est pas accordée nécessairement en raison de nos mérites, ce qui serait enchaîner la puissance et la libéralité de Dieu.

Cassien cependant ne va pas jusqu'au bout de ses idées. Le parti pris de sauver la liberté humaine soi-disant menacée et l'esprit de réaction contre la théorie de saint Augustin l'aveuglent et l'égarent. Pour avoir méconnu le véritable caractère des prérogatives d'Adam innocent et confondu entre eux ses deux états, l'un naturel, l'autre surnaturel, avec les deux buts correspondants de son activité, Cassien se persuade qu'après la chute le libre arbitre n'est pas incapable de tout bien dans l'ordre du salut, et que l'âme conserve toujours, quoique blessée, les « semences de vertu », que Dieu, en la créant, y a déposées. Coll., xiii, 12. Le libre arbitre, au regard de la grâce, n'est donc pas une polentia obedienlise passiva, mais une poteutia activa. Du point de vue surnaturel, on l'a dit avec justesse, pour saint Augustin l'homme en

ce monde est mort, pour Pelage il est sain, pour Cassien il est malade.

Par voie de conséquence, Cassien professe que la grâce, qui nous est indispensable pour arriver à la sainteté, ne nous est pas indispensable pour désirer la sainteté; qu'elle nous accompagne et nous escorte dans toutes les phases de notre perfectionnement moral, mais qu'elle n'enflamme que l'étincelle préexistante, qu'elle ne féconde que le travail commencé. Ainsi, tandis que nos lionnes œuvres sont le fruit partiel de la grâce, nos aspirations, nos soupirs vers le bien n'émanent que de nous; tandis que la grâce fortifie notre foi, elle n'a rien à voir avec Vinitiuni fidei, avec le pius credulitatis affectus, qui est exclusivement notre affaire. Coll., xili, 7-9. Il se peut donc que les bons sentiments qui naissent dans notre nature, que nos pieux désirs soient pour Dieu un motif d'accorder lihr. m, ni ^1 1:1 ne; de sorte que souvent la grâce précède 1 pi -l il h iil aussi qu'elle suive un élan de notre (H !ii 1 1 I e n. ^'oH., xili, 11.

De là deux corollaires iie > il tl-l' ,, (|iii rejettent Cassien, malgré qu'il en ait, en plein pélugiauisme et impliquent tous les deux de sa part une contradiction : l'un, que Cassien après tout endosse une thèse contre laquelle il

-■l'I.lil .l'alHir,! .'IrM- el Mili- l'.TiLi ,e.,ul il.' -, i , . .il|-o luit

i jiihv. ,|ije i;,i-.ii-ii, 1 - 'il. t i.iii iK' volonté

la meilleure part dans l'œuvre du salut, mais encore pose à la base de cette œuvre esbentiellement et totalement surnaturelle un acte purement naturel, celui de la volonté libre. En aucun en?, fin re^te. n.,n pn< iiii'ine dans la vocation de sainl M.illlii' 11 il il.' -.uni r.iul. ( :.iv-;ion ne veut entendre p.ni'i' île 1 m 1 1 M-hliilii. il.' li yràce; tenons pour indiilnl.ilile ijne Ihen n ili.ilii i.iiii ns notre liberté. Cassien, enlin, se réveil, .nnii. Iule nugus-

tinienne de la prédestination anir /, r / , i/a ad

gratiam et ad gloriam et de 1 ]in|ii r. .il.iliii ,|es élus. •t On ne peut prétendre sans un euui me .--.lei ilege, dit-il. Coll., XIII, 7, que Dieu ait voulu sauver, non tous les hommes, mais une partie des hommes . » Dieu veut sincèrement le salut du genre humain tout entier; ceux-là seuls ne sont pas sauvés, qui ne le veulent point. Mais, en étendant à tous les hommes sans exception la volonté salvifique de Dieu, Cassien se donne le tort de nier l'amour, le regard spécial de Dieu pour les élus. De plus la prédestination, selon lui, ne peut s'appuyer que sur la prescience, non, comme le veut saint Augustin, sur la prévision de ce que Dieu lui-même fera, mais sur la prévision du concours conditionnel de l'homme à la grâce, c'est-à-dire, en définitive, sur la prévision de la foi naturelle de l'homme et des premiers mouvements de son cœur.

Entre les diverses thèses de ce système incohérent et imprécis, quelques-unes sont orthodoxes, d'autres sont équivoques, et la plupart, plus ou moins attentatoires à la nécessité comme à la gratuité de la grâce, tombent, sans que le nom de l'auteur soit prononcé, sous les anathèmes du 11= concile d'Orange (529). Hefele, Hist. des conc, trad. franc., t. m, p. 330.

On doit une édition des œuvres complètes de Cassien au bénédictin Gazot (Alardiis GazEeus), Douai, 1616; Paris, 1682; Francfort, 172-2: i.plp'ij I7'0: Migne t'a reproduite, P. L., t. xlix-l. L'éditiiui I ■ ; 'I ' I ' "I la meitteure est celle de M. Petschenig. t. Mil I ! ' ;.->■ de Vienne, 18S6-1888. Le P. Hurter

a aussi il , ' ,/i s. OpiiSCuiaseiectoSS. PP., 2' série,

Inspruck, l-.^:, ;. m. .^ur lo mauvais état du texte des Collatwncs. voir Ilellerscheid et Petsclienig, Ueber die textkrill chen Grundlaqen im S H. von Cassiam Collationes, dans Sit:. Der. der Wioier Akademie, t. cm, p. 491-519. L'abrégé des fnstitiitn se trouve en grec, P. G., t. xxvnr, col. 849-906; nouvelle édit. par K. Wotlte, Vienne, 1898; et en latin, P. L.. t. L, col. 867- 894. Une ti-aduction allemande des trois écrits de Cassien a été faite par A. Abt et K. Kolhund, dans Bibliotek der Kirchenvater , 2 vol., Kempten, 1879. Il y a aussi des versions françaises des

CASSIEN

ÇASSIODORE

cuvrages de Cassien P L t \ltx col 9 52 t l col 311-372

851856 Huitei \u) lenclatui 3 eJit Inspiuck 1JU3 l i col 394-395 hu chenlevikon t il col 2021 2025 Realencj clopadje t m p 7i6-749

P Godet

2 CASSIEN Jules ka<T<iia;o hérétique du ii siècle inconnu en Occident car m saint Irenee i Ljon ni saint Hippohte ou 1 auteur des PInlosophumena i Rome m Tertullien a Carthage ne le nomment pirmi les hérétiques de leur temp<; mais signale en Orient non seulement comme le chef des docetes tcç ooy riTBiùi B j I I 1 T] I I m 1 \1 \ iilii Shmn m 13 P G 1 Mil I 1 1 I 1 1 1 M I I III le plus violent docli 111 n I I i i ii i | i I i Clément

et pir saint I i i |iii I | ( M i \ nunx vel

acanmushiusi il 11 I lU c M 8 P L

t \\M col i31 II \ Il M I I I 1 leraent a Alexin dr e ou dins les en\ii ii i i ni noie la dite exacte de sa mort comme celle de ^a naissance.

Il partagea l'erreur docète du Juif alexandrin Cérinthe au point de passer, à son époque, pour le chef du docétisme. Il regardait le corps de Jésus comme un pur fantôme, contrairement à l'enseignement si formel de saint Ignace d'Antibche et de saint Polycarpe de Smyrne. En outre, il donna dans l'encratisme et composa pour soutenir ses tendances d'ascétisme absolu des 'EÇriyviTi/.i, traité en plusieurs livres. Clément d'Alexandrie, Stroin., I, 2i, P. G., l. vin, col. S-20, dont la Xpo-ioypx!fia, utilisée par Clément, au dire d'Eusèbe, H. E., vi, 13, P. G., t. XX, col. 5i8, pourrait bien n'être qu'une partie, S. Jérôme, De vir. ilL, 38, P. L., t. xxiii, col. 053; il composa également un IlEpl b(Y.poi-t'.a% ou IlEf'i £'jvo-j-/îa:, dont Clément d'Aloxandrir pile de courts passages. Slrom., 111,13, P. G.. I \lll. r.^ ll!i-2.

Ces ouvra;:! ~ il. ml p. iiln,, il est difficile de se faire une idée de .'^mi i\i ^i <t :iiMsi que du fond de son système; on ne peut que l'entrevoir. Certains passages de saint Paul sur l'excellence de la virginité et d'autres sur l'EÙvo-jyia spirituelle durent lui fournir des arguments; mais il les interprétait mal ou les exagérait dans un sens opposé à celui de l'enseignement traditionnel. C'est ainsi que le texte : « Celui qui sème dans sa chair ne recueillera de sa chair que la corruption, » Gai., VI, 8, lui servait à condamner tout commerce charnel, y compris celui du mariat;e, comme une source de corruption réprouvée par l'apotre. S. Jérôme, h) Gai, I. 111, c. vi, 8, P. L., t. XXVI, col. 431. Sonévi.nL-il.' r\:,\t riû.in^il.' vy.z' A-.-.ti- Tio\j:, véritable code il- r ''-■•> l'iini'nl Sirnu, . ni, 13, P. G., t. VIII, col, : m.; iMii . I , ,,ii, il,., |.|i rUrl, on prêtiiit à Jésus ce l.iiij i.i li -m-, vrnn pour sup-

primer les œuvres de la femme. » On y trouvait des propositions dans le genre de celles-ci : « Le temps viendra où le vêtement de honte, le corps, sera foulé aux pieds, » etoùd il n'y aura plus ni mâle ni femelle». Cf. Nestlé, iV. T. supplemenium, Leipzig, 1896, p, 72 sq. C'est que, d'une part, il plaçait, avec certains gnostiques, le mal dans la matière, et que, d'autre part, il croyait à la préexistence des âmes, pensée par trop platonicienne, comme la qualifie Clément d'Alexandrie, it^aTwvixtÔTEpov, Strom., m, 13, P. G., t. VIII, col. 1193, et qu'Origène devait embrasser. A ses yeux, l'âme est divine dans son principe;

mais efféminée par l'ardeur de ses désirs elle ne vient sui la terre que pour faire œuvre de génération et de coriuplion Ibid Aussi confoi mement a cette vue, prétendait il que les tuniques de peau dont se revêtirent

\d im et E\e après la chute n étaient autie chose que le c ip inl ipi tition repoussee par Clément d'Alexan-

lii '-z ni h P G t viii col 1196 Réprouver

I 1 I 1 I I 1 1 \uel comme un crime, traiter le 111 I I I I 1 11 n de enfants d invention dia-

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Smith et j «77-1887, , liatilTol, 1

pei Oit e des soia ces histoiiiu s Bio btbtiogi aplue, col. 400. G Bareille.

ÇASSIODORE -I ■Vie II Om rages III. Influenc I Vie — Magnus Aurelius Cassiodorius Senatoi' naquit probablement veis 1 an i77 d après Usener pa avant 1 année 481 a ^quiUace en Calabre d'une vieille! et illustre famille, qui, depuis trois gmei allons surtout, s'était fort distinguée dans la carrière politique, au ser-l vice du pays. Cassiodore, ou, comme on l'appelait de son temps, Senator, alliait dans sa personne de beaux j talents et un noble caractère, la passion de la vie intellectuelle et l'esprit de gouvernement, une rare habileti de plume et de parole et une vaste érudition. ,De bonne; heure 1p roi Tln'ndnric, dont il avait composé le pané gyriqiii .n.iiii I iiiiiiilius de Pavie, lui témoigna une fa^ veur 111.11 i|iii I'. ( .i~-iodore avait à peine vingt ans qu'il deveiiiiil i|iii'>U'iir ri, par là, secrétaire particulier du roi, je devrais dire, ministre de l'intérieur. Successivement questeur, préfet du prétoire, patrice commel Clovis et Charlemagne, il exercera en 514 la charge del consul. Il continuait cependant ses fonctions et son) œuvre dans le cabinet du roi ; sujet fidèle de la royauté ostrogothe et fils déioué de l'Église catholique, diateur intelligent et courageux entre les conquérants| barbares et la puiiiiLilimi i nnquise, qu'il travaillait, selon la pensée du .mhu rmi, i i.i|ip]-ocher et à unir. C'est! lui qu'il faut aliiilni r l.i plus belle part dans le règne de Théoduiic. .Vpn^ lu mort de ce prince e il conserva tout son crédit durant la régence reine Amalasonthe, mère du jeune Athalaric. Les roisf Théodat et Vitigès le recherchèrent ensuite ou le mena gèrent à l'envi. « Le dernier homme d'État des Romains ) ne laissait pas de s'intéresser en même temps aux questions d'éducation, et, soucieux de conjurer les périls de cette rhétorique toute païenne qui causait une admi-j ration sans réserve à Ennodius, il entreprenait, ave l'aide du pape saint Agapet, de fonder à Rome, pa^ souscription, des écoles chrétiennes où l'étude lettres sacrées occuperait une place et couronnerai^ l'enseignement. Le malheur des temps ne lui permil pas d'exécuter son entreprise.

Vers 540, alors que nulle disgrâce ne le menaçait, '. vieux ministre quitta la cour de Ravenne et, à plu soi.\ante ans, alla s'enfermer dans le monastère de Vt viers. Vivarium, qu'il avait construit sur le d( de ses pères, à l'extrémité de la Calabre et aux bords c golfe de Squillace. Séjour ravissant, que Cassiodore décrit avec amour, De i)istit. divin, litt., c. xxix, P-L.i t. LXX, col. 1144, et qu'il se plut à enrichir d'u

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