C. Sommervogel
BACON Roger. — I. Vie. II. Écrits. III. Bacon et les sciences. IV. Bacon et la correction de la Vulgate. V. Bacon et la scolastique.
I. Vie. — Bacon naquit près d'Ilchester, dans le comté de Sommerset. On admet généralement que ce fut vers 1210 ou 1215. Cf. Opus majus, part. I, ex; Opus tertium, c. XX ; V. Cousin, Journal des savants, 1848, p. 130, 226; E. Charles, H. Bacon, sa vie, ses œuvres, sa doctrine, Paris, 1861. p. 4, 5.
Issu de parents riches et puissants, qui dans la suite prirent fait et cause pour le roi d'Angleterre contre ses barons révoltés. Op. tert., c. m, il voulut, dés son jeune âge, acquérir une culture d'esprit en rapport avec son rang. A peine eut-il la connaissance des premiers élé-
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inents, posCquam didici primo alphabeliim, ibid., c. xx, qu il se livra avec zèle à l'étude des langues et des sciences. A Oxford, d'abord, puis à Paris, rendez-vous de la jeunesse studieuse d'Angleterre, ses progrès furent rapides. Reçu docteur et honoré d'une chaire à l'université de cette dernière ville, il continua avec la même passion et le même succès ses études favorites. Entre autres textes de ses leçons, il expliqua le De vegetabilibus d'Arislote, récemment traduit de l'arabe. Op. maj., part. III, c. i; Compendiiim sludii philosophia;, c. VIII, p. 467-468. Les langues et les sciences absorbèrent tout son temps : « Il est notoire, dira-t-il plus tard, Oji. tert-, c. xx, que nul n'a autant travaillé à tant de langues et de sciences ; lorsque j'étais dans une autre condition, on ne comprenait pas que j'y prisse tant de peine; j'étais pour tous un sujet d'admiration. » Il dépensa plus de 2 000 livres parisis, somme considérable pour l'époque, à l'achat d'ouvrages précieux, à des expériences, à la confection d'instruments et de tables astronomiques, et à la formation de Ijeunes collaborateurs. Ibid., c. XVII. Les plus hautes notabilités scientifiques d'alors, Campano de Novare, maître Nicolas, précepteur d'Amaury de Montfort, Jean de Londres, Herraann l'Allemand, Robert Grossetête, Adam de iMarsch et le grand mathématicien picard, Pierre de Aléharicourt, furent ses amis. 76id., c. xi, xiii, xvii.
On n'est pas d'accord sur le lieu ni sur l'année où Bacon entra dans l'ordre des frères mineurs. II est infiniment probable qu'il exécuta ce grand dessein dans un âge avancé, entre 1251 et 1257. E. Charles, op. cit., p. 21, 22. Certains auteurs placent cette heureuse décision à la suite de rapports qu'il aurait eus avec saint Bonaventure, pour lors regens Parisius : c'est à lui que le docteur séraphique aurait adressé sa lettre ad magistruni imioniinatutn. Cf. Prosper de Martigné, La scolaslique el les traditions franciscaines, Paris, 1888, p. 92 ; Hauréau, Journal des savants, décembre 1882, p. 730-731. Quoi qu'il en soit, son entrée dans un ordre qu'il voyait de piès depuis longue date, mûrie d'ailleurs sous le souflle de la grâce, n'était pas un fait nouveau. Dautres docteurs anglais non moins fameux, Aymon de Faversham, Adam de Marsch et Alexandre de Halés, l'avaient précédé dans cette voie et n'avaient pas cru, ce faisant, à une « irrégularité de vie ».
Devenu franciscain. Bacon rr=-,i !.;. nl'i -rrH-ni]., r une chaire : jam a decem annia < ribus sludii non vacavi,écTit-i\ i: IJ>^ / / ' Wca/ rei'ieio, juillet 1897, p. 50O. -. ,u,i- ,mMhI:,. m^ lui lai^Nill i.liiv ,,iil,,iit(l'activit
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opii'r l(„iy,u;-s,nul- •ias..., langor continuus. Ibid.
■ pendant deux ans à interrompre
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rareiii. Ihid., p. Ml. .\. Miirnuiii- ^mi ;u.l.iii |iniir ses éludes préférées ne se nilmlil ju- : ta,,if:i //.is/fii fui ita studiosus sicul anlc. Up. lot., c. XX, p. 6ô. Mais, hélas! il ne trouva pas l'appui et l'encouragement qu'il pouvait espérer des siens. Tant s'en faut : car, pour mieux le contrecarrer, ses supérieur- lui 1 im li^ ni incessamment d'autres occupations : n/j i,,xlatoritm )neorutn quolidiana ni - /' "nibus
obedireiii. lùiylisli lii.\l. rer., p. ." iii. ni'^'oanl
avec 1m |. II.- i,Mi.lr ., N, ,,i, ImI:-., ,!i..ii d'uni' loi de
muni(|u> I ,111 ili li.-i . .,11'- /-. ,. . . /./r
niunicareiii. Ibid., Salimbene, Chrnnic lée au chapilrp i!vr
■ ■.II'- ,,,,.,, j.!,, fui ohligatus II..I 1/1 /lu.. 6/u(i( a,,,(ii factum ctmi-
Up. tert., c. 11, p. 13. Au dire de i, Parme, 1857, p. 236, cette loi por- •ral de Narbonne en 1260, cf. Con-
. V, rubr. VI, S. liotiaventuriB opéra ^'iT, I. VIII, p. '(50, visait Gérard de
■ |iii publia à Paris, en 1254, Vlntro-
tiaiH œternuiii. Œuvre de circon-
stance, elle constituait une arme dangereuse dont il élait facile d'abuser, et il est permis de se demander si la main de fer, qui veillait à son exécution dans le couvent même d'où le scandale partit, sut toujours le faire avec prudence et discrétion. Op. tert., c. m, p. 15. Ainsi bâillonnés et. d'autre part, pleins d'une juste défiance envers des copistes dont l'indélicatesse était notoire, les auteurs, et Bacon plus qu'aucun autre, avaient tout à craindre. Mieux valait déposer la plume et attendre des jours meilleurs : et inciderem in conscientiam de transgressione prxcepti..., neglexi compositioni insislere scripturarum. Ibid., c. Il, p. 13.
Ce triste état de choses durait depuis dix ans quand Clément IV monta sur le trône pontifical. Il y mit fin promptement. Par lettres apostoliques en date du 22 juin 1266, il enjoignit à Bacon de lui envoyer dans le plus bref délai possible une copie très nette de l'ouvrage projeté par lui, et cela « nonobstant le précepte contraire de n'importe quel prélat, nonobstant toute constitution de son ordre ». Wadding, Annales iiiinorum, a. 1266, n. 14 ; Martène, r/iesour»s novus anecdotorum, t. II, p. 358; Sbaralea, Bullarium franciscamtni, t. m, p. 89. Bacon se met à l'œuvre, et, malgré des difficultés inouïes, Op. tert., c. m, p. 15, peut transmettre au pape son Opus niajus dans les premières semaines de 1267. Désormais libre de toute entrave, impedimenlorum remédia prioruni nnctiis, ibid., p. 5, il lui fait parvenir VOpus minus dans la même année. L'Opus tertiiim suit de près. Jusque vers 1277, il continue de la sorte à déverser les trésors de science accumulés pendant toute une vie d'opiniâtre labeur. La protection dont le chef suprême de l'Église l'avait honoré, la foi au triomphe final de ses vues scientifiques l'engageaient à poursuivre sans relâche.
Mais on ne bat pas en brèche impunément les idées courantes de tout son siècle. Une puissante réaction se coalisa, paralt-il, et ne se donna de repos qu'après avoir obtenu de Jérôme d'.\scoli, ministre général des frères mineurs, une sentence de réprobation et d'interdiction contre une doctrine qu'elle croyait entachée de nouveautés suspectes et périlleuses. Ce fait, basé uniquement sur l'autorité fort contestable de la chronique des xxiv généraux, Analecta franciscana, Quaracchi, 1897, t. m, p. 460, coïnciderait et serait peut-être connexe avec la jii ,.;ri ijiti.n i|. Ol'i t tir' SOS lancée le 7 mars 1277 par . I 11 • de Paris. Denifle, C/irt)-(i(/a-
,, /(Sis, t. I, p. 543-560 ; d'Argen-
I,, ( , , ' ,,,,,. t. I, p. 184-285. Or, il est
avéré que la ccusurf de plusieurs de ces thèses fut obtenue par l'animosité de quelques intrigants, capitositate quornndani paucorum, suivant l'expression de Gilles de Rorae,i7 Sent., dist. XXXII, q. ii, a. 3. Cf. S. Bonaventurse opéra oninia, Quaracchi, 1885, t. ii, p. 30, 778 ; Denifle, op. cit., p. 556 ; de Wulf, Histoire de la pliilusophie oiedicra/e, Louvain,1900,p. 301, 302. Les passions qui se sont agitées alors autour du nom el des écrits de Bacon trouvent encore aujourd'hui de l'écho dans quelques écrits. Cf. de Wulf, op. cit., p. 330-:B:i: TV M:in(Inniiol,.Si3Cfrfei}mfca)if, Fribourg, 1899, p. i.!\iii\ii \ii reste, l'emprisonnement de quatorzi- .m- '["•' 'I un mi-^ lui font subir est une pure fable, pui-ipi il II' 1' I'. I -ur rien. Jusqu'à la fin de ses jours, Bacon rc-l,. ihl. !■ ;i liii-iiH'iue, à ses principe^s et à .ses promesses. i:i / .//.W/ /nW. rcv., loc. cit., p. 509. Vieillard octogni.ni. . il I. i niulrra en 1292, dans le Compemliian sliidu i/ujuUnjuv, le dernier mot de sa pensée sur l'ensemble des questions qui l'absorbèrent <lurant sa longue existence. K. Charles, op. ci(., p. 307. Suivant S. Jebb, Op. inaj., Venise, 1750, p. .wil, il mourut à Oxford, le 11 juin 1294.
II. ÉcniTs. — 1° .ivant I-201 . — On connaît peu de chose des travaux de Bacon antérieurs à celle date. Professeur, il avait beaucoup écrit, mais dans un but
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plutôt pédagogique, muUa in aUo statu conscripseram piopler juvenum t-udinienta. English hist. rev., toc. cit., p. 500. A cette période il convient de faire remonter ses commentaires sur divers ouvrages d'Aristote, notamment sur la physique et la métaphysique, V. Cousin, op. cit., août 1848, et peut-être aussi le court traite De .nimbili pot^slalc artis et naturx, Paris, 1542; Oxford, IGOi: IIimiliouiK, 1613; Londres, 1859. Depuis 1256- 1257, (■•poiiue un il cesse d'enseigner, il ne composa rien, sauf quelques pilits chapitres écrits çà et là pour des amis: a decem annis... nihil composai nisi quod aliqua capitula nunc de una scientia, nunc de alia ad iiistanciamamicorum aliquandomore Imnsitorio eompilavi. English hist. rev., ibid.:Op. terl., c. il, p. 13. E. Charles, op. ci!., \^. 78, croit pouvoir attribuer à l'année 1263 l'opuscule im-dil iulitulo Coinputus naturalium; dans ce livre. Bacon cite un autre opuscule De termina pascali où il a cherché précédemment à fixer la célébration de la Pâque. Mais tout cela est peu ou rien à ses yeux. Lui-même, en 1267, avoue qu'il n'a pas
encore publié d'.Huii.. ■ [il. 1 sur l'une ou l'autre