II. - G
CAUSE
risque de verser dans le panthéisme. — Enfin le fidéisme nailrait facilement de la même erreur. Malebranche écrit : « Dieu ne parle à l'esprit et ne l'oblige à croire qu'en deux manières : par l'évidence et par la foi. Je demeure d'accord que la foi oblige à croire qu'il y a des corps ; mais pour l'évidence, il me semble qu'elle n'est point entière, et que nous ne sommes point invinciblement portés à croire qu'il )• ait quelque autre chose que Dieu et notre esprit. » Sixième éclaircissement sur la recherche de la vérité. 5» Moins absolu que l'occasionnalisme, le mccanisme ne fait pas intervenir sans cesse Dieu dans les événements du monde. Pour lui, le monde est composé de corps, les corps sont essentiellement constitués par r(Hendue. Dans la matière il y a un mouvement ou créé par Dieu ou éternel, et ce que nous appelons activités, forces, énergies, n'est que transmissions de mouvements. Les corps n'ont donc pas d'activités propres, ils ne sont que récepteurs et transmetteurs de mouvements. Nous n'avons pas à réfuter plus spécialement ce système quitte fait pas courir à la théologie d'autres dangers que ceux que nous avons découverts dans l'occasionnalisme; il nous suffira de rappeler que le mécanisme ne peut tenir soit devant le témoignage de la conscience qui affirme en nous une réelle causalité, soit devant la biologie qui trouve dans la vie une réalité et une immanence d'action supérieure aux simples modifications de mouvements du mécanisme ; soit devant la chimie qui ne voit pas dans les modalités du mouvement une explication adéquate aux transformations profondes des corps; soit devant l'analyse même du mouvement qui ne peut s'entendre sans des forces réelles et productrices d'actions.
iv. LE PMS( IPF. DE CAUSALITÉ. — 1° La formule de ce principe n'est pas la tautologie suivante : » Tout elïet a une cause, » mais cette proposition : « Tout ce qui arrive » ou « tout ce qui commence d'exister a une cause ». C'est la formule ordinaire et obvie. On peut, pour les savants, lui substituer celle-ci : « Tout être contingent a une cause, » qui est moins immédiatement évidente, mais qui est par contre plus compréhensive ; car elle enveloppe non seulement tout ce qui a commencé, mais encore tout être contingent qui, par hypothèse, n'aurait jamais commencé et aurait été créé ab xtemo.
2» Le principe de causalité a pour adversaires ceux qui détruisent la notion de cause et ceux qui nient l'objectivilé du principe.
1 . La not ion de cause est détruite par les se>!si(n?is/es et les einpiristes. N'admettant que les données de l'expérience, ils ne trouvent en celle-ci que de la succession, des antécédents et des conséquents; et non pas la production, ni des causes et des ellèls. Ce système introduit dans la philosophie par Locke y est défendu par Hume, Stuart Mill et Spencer. Hume écrit en effet : « Une bille en frappe une autre : celle-ci se meut : les sens extérieurs ne nous apprennent rien de plus... On taxerait avec raison de témérité et de précipit<ition impardonnable celui qui prétendrait juger du cours entier delà nature d'après un simple échantillon, quelque exact et quelque sur qu'il pût être. ï 7' Essai strr l'entendement hvmoin. Les sens ne donnent donc que le fait d'une succession de phénomènes; mais ce fait se répète et alors nous en prenotis l'habitude et il naît en nous une inclination à lier ensemble l'antécédent et le conséquent. Le lien s'appelle principe de causalité, i» Dès que des événements d'une certaine espèce ont été toujours et dans tous les cas aperçus ensemble, nous ne nous faisons plus le moindre scrupule de présager l'un à la vue de l'autre... Alors nommant l'un de ces objets cause et l'autre effet, nous les supposons dans un état de connexion : nous donnons au premier un pouvoir par lequel le second est infailliblement produit, une force qui opère avec la certitude la plus grande et avec la nécessité la plus inévitalile... La cause est un objet tellement suivi d'un autre
objet que la présence du premier fasse toujours penser au second. » Hume, ibid. Stuart Mill soutient la même doctrine en la teintant d'idéalisme : « Si dans chaque ordre de phénomènes et de successions de phénomènes nous prenons l'habitude d'attendre le second après avoir perçu le premier, nous finissons par nous apercevoir que tous les ordres de phénomènes sont soumis à la même succession et que, toujours et partout, un phénomène quelconque nous suggère l'attente d'un autre phénomène; que tous, sans distinction de genre et d'espèce, .sont tels que le premier appelle le second et que le second suppose le premier. Or, si on appelle cause le phénomène antécédent et effet le phénomène subséquent, on arrive à cette loi : tout phénomène suppose un antécédent qui est sa cause, ou bien tout phénomène suppose une cause. C'est le principe de causalité, principe de toute induction, mais qui est lui-même le résultat de l'induction. » Logique, 1. III, c. v. Mais cette habitude psychologique invoquée par Stuart Mill suppose un certain temps : elle ne peut se contracter immédiatement et cependant nous trouvons l'idée de causalité impérieuse et vivante dans l'esprit de l'enfant ; il faut donc qu'elle y soit venue par une autre voie que celle de l'habitude. Elle y est éclose en elïet par la voie de l'hérédité : c'est Herbert Spencer qui nous l'explique : « Les successions psychiques habituelles établissent une tendance héréditaire à de pareilles successions, qui, si les conditions restent les mêmes, croit, de génération en génération, et nous explique ce qu'on appelle les formes de la pensée. » Psychologie, part. lY, c. vu. L'idée et le principe de causalité n'enveloppent donc objectivement que le fait de succession invariable, et subjectivement une inclination née de l'habitude et de l'hérédité.
2o Les kantistes donnent du principe une autre explication qui n'en sauve pas mieux l'objectivité. Ils en font en elfet une forme a priori de notre entendement, une règle subjective que l'esprit impose aux réalités, un aspect sous lequel nous devons nécessairement nous représenter les faits, mais qui n'est pas fourni par l'expérience, qui la dépasse et la précède.
3» Il importe de bien préciser le champ d'application de ce principe. Il est une part spéciale d'un principe plus général et antérieur qui s'appelle le principe de raison suffisante. Celui-ci en ellel prétend que tout a une raison suffisante et il s'applique à trois ordres : celui des essences ou des natures dans lesquelles il affirme que rien n'est sans une raison qui le constitue ; celui des existences dans lequel il affirme que rien n'existe sans une raison qui le détermine à être; celui de la connaissance dans lequel il affirme que rien n'est connu sans une raison qui le manifeste. Tout a donc une raison, raison qui le qualifié intérieurement, qui le réalise au dehors, qui le manifeste à l'esprit. Il est clair que le principe de causalité concerne Vexistence des choses et se réfère à la seconde sphère d'application du principe de raison suffisante, et encore là il ne se confond pas avec ce premier principe; parce que dire quel tout ce qui existe a une raison déterminante et quej tout ce qui arrive a une cause, c'est affirmer deux chose distinctes : la deuxième formule n'est vraie que de choses contingentes qui seules arrivent et ont une extérieure à elles, la première est vraie non seulemen des réalités contingentes, mais encore de Dieu qui une réalité nécessaire, n'a pas de cause en dehors i lui et, dans ce sens, échappe au principe de causaliti mais trouve en lui-même sa propre raison d'être, ainsi justifie le principe de raison suffisante.
4° Nous ne pouvons, dans un dictionnaire de Ihéold gie, prendre part à toutes les controverses dont le prilj cipe de causalité a été le thème. Il nous suffira, mais j est nécessaire, d'établir la valeur analytique et absolu de ce principe sur lequel repose toute la démonslralio rationnelle de l'existence de Dieu. On entend par prin
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cipc :uialjliquc un jugement composé de deux termes tels i|ui' leur analyse d(^couvre entre eux un lien néces- Siiire (|iii 1rs n.il jCiiiiiuT rnii ri l':,nliv. Ouanil deux termes -mui ,■,. |j,i-, nu jii^i' Ml rii vri'iti d'une
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a gagiii' l.i li.iLiillr .1 Aiislrihi/ -, Ir ,ii,;riiir sl Synthétique. 11 iuiporlc de bien noter (ju'il n't-st pas nécessaire pour qu'un jugement soit analytique, que la notion de l'allrilnit soit née de l'analyse du sujet ou récipro-
qUeilinil il IMIiI I.im sr fiiir ri il -r lait i|||r |0S dCUX
termes nmi A. - n , mr- <i,,, i-r, ri iii,l.'|.riidantes, appai'.ii-iiii il.iliri.l .|iii,hrMi I I .-ini! ri ne soient que pe^iri iniir iii ,1111- ,1,111- lin |,,^,M,.,Mii. Ce jugement 1 111, ■ iM'iii , iir ,1 ,,!... 1,1 -Miili, ii,| I ne devenir (|iir |ilii- 1,11,1 ,,ii,,|Mi,|,e , ,i,.,in.| I ,-|,ril rt.Mil plus
éclaire' u|i,iv r.in.iK-,' ,1,- i,i i,,. - , i \ ,1 ,m,i\ i ,■ une parenté ess.-illirllr .|ii il II .n.iil il ,i|i,,r,l |,.,-, ,,,i~.i,r Les notions lie iliiiHitr el ilr ,/eii/e,i, ,,lil ,1, [ei iiilliveuient connues |Kir I e~|iril liiiiii.iiii ,'l \ mil |, ,ii^ l, iiqis vécu
comme , ieiii,|, il 1,1 1 I, iiliiiiL n'étant guère attribuée qu'aux irimr, ilr I I il I. 1 1 1^, liée ou de l'art humains. Surviiil 11 I, \, l.ili.iii i|iii ilii ,|iie le monde a été créé et le fidèj,' iiiiil ,il,,i- l,'^ ,l,iis lermes en un jugement synthéiii|iie |iiiiH|n il II,' 1,'^ iliiail pas en vertu de leur exigenee. ,1 ,i|ii.', ,iii,il\-r lui,- de leur contenu, mais à cause iIm li'iimiriMr,. iIImh, I'Ius lard la philosophie s'attacha au problème, el ayant précisé la notion de création et celle du monde, vit dans la contingence de celuici une nécessité pour lui d'élre créé et le jugement devint analytique, t'ne pnipnsiiinn analytique peut donc
exister ir,il„,r.l a 1,1,1 ,1,1 iiN ,,ii l,i - ^l'parés,
puis à I ilil ,1.' l,'i m,'- mil- |,,,r lin li.'ii -Millr li,|iie, puis
enfin à I ,l.il ,1,' l- i mr, s I,'- |,,ii' un h, 'Il ,iii,il\tique.
Remarqiii'ii- , iilm ,|ii,', pour un jugement analytique, il n'esl |,,,- ,i.,r- ,,ii,' (|ue l'attribut soit co»(/enî( dans le sujel. il -iiliil ,|iii', par suite de l'analyse du sujet ou de l'atliiliul, tii'i'iiiaisse un lien essentiel et nécessaire entre les deux.
5° Si maintenant nous étudions spécialement le principe de causalité, nous constaterons, en premier lieu, que ses termes, avant de se réunir, sont nés séparément comme deux aflluonls d'une même rivière. L'expérience quotidienne extériein-e nous montre des choses qui arrivent, qui emiine'iieent à exister; la conscience nous décoiiM, I, 'I, |,iMi,i,. causalité. Nous saisissons donc dansil,^ I ,1 ,li iii, u ee qui arrive et notre propre causalité. S;iii, ,l,,;i[, i|ii,iiul nous sommes causes, quelque chose arrive en nous, mais quelque chose arrive aussi au dehors qui ne nous apparaît pas immédiatement avec sa cause.
Ces idées se rejoignent ensuite et l'analyse montre qu'elles sont essentiellement dépendantes. En effet, en se servant, non pas du principe de causalité, ce qui serait une pétition de principe, mais de la notion de cause préalablement possédée et combinée avec le principe d'identité ou de contradiction, l'esprit découvre un lien nécessaire entre celle notion et la notion de chose qui arrive. Je puis ,11,.,. (|,ie « ce qui arrive reçoit ou ne reçoit rieu ('.,' ilil, iiiiiu' est formé par la notion de passiviti' pi'iiii, pi iiiiilueMient par l'esprit combinée avec le prineip,' il,' e,,nlL:iiliclion. S'il ne reçoit rien, il reste pareil à liii-uirni,', iiiusique le veut le principe d'identité. Ol', C..11I1II1,' lalleste l'expérience, il ne reste pas pareil à hii-nieiiie. Donc il reçoit quelque chose. Or, s'il reçoit (pielque chose, il le reçoit de lui-même ou d'un autre. Je puis dire cela, non pas en invoquant le principe de causalité, mais bien Vidée de causalité combinée avee le principe de contradiction. Or, dans fout Ce qui e,'i,,i,irii, i ,|r|iv. , ,. ,|in , ,| iv, n ,',.^i l'être, rexi>t,'ii,-' , , '■ ,|,,' I e . .il r-! , , |,,,--ii |i,i, , iVssence possilil,' «h I,, |.,.- -ii,ii,ir II .|,,|,[,. ,1 ,- --,iiirment, contient p.ir drl:uilejii 1 iinJiHeirncr ,i rtrr ,■[ a ne pas
être. De l'indifférence à être et à ne pas être, ne peut donc sortir la détermination à être. Je puis encore le déduire, grâce au principe d'identité. Donc ce qui commence à être reçoit l'être d'un autre, a une cause. Le caractère analytique du principe est démontré, puisque les deux termes étant présupposés, de leur comparaison résulte la manifestation évidente de leur lien. S'il est analytique, il n'est donc ni synthétique, ni synthétique a priori, et cette réfutation est ici suflisante contre le kantisme, particulièrement si l'on observe que, contre celui-ci, l'objectivité de l'idée de cause a déjà été établie plus haut.
6" Après avoir prouvé qu'il y a un lien essentiel entre ce qui arrive et la cause, les scolastiques, à la suite d'Aristote, avaient déterminé de la façon suivante la nature des rapports de l'elTet avec la cause. La cause et l'effet, disaient-ils, sont divers et pareils en même temps, il y a entre eux des rapports d'opposition et des rapports d'union, des rapports par lesquels se trahit leur diversité, des rapports dans lesquels s'affirme leur parenté.
1 . L'opposition se manifeste d'abord avant; l'action. Elle est quantitative ou qualitative. Quantitative, parce que le patient et l'agent qui se trouvent dans tout fait de ransalité ne sont pas le même être. Cette opii(,siii,,n s, \|,i ime par l'axiome : Onine quod movetur ali nlm ,,n:rri nr. Sum. theol., I", q. II, a. 3; q. xxv, a. I: Coiii. ijfnl., I. 11, c. LXV. — Qualitative, parce que le patient qui va subir l'action de l'agent ne peut pas lui ressembler, sinon l'action n'aurait plus sa raison d'être. Le savant n'instruit pas le savant, mais enseigne à l'ignorant, le chaud n'échauffe pas le chaud de même degré, mais le froid, dit Aristote. De générât, et con-upl., 1. I, c. vu. Le Stagyrite en conclut que la cause agit sur son contraire et la philosophie le traduit par cet axiome : Simile non agit in simile. Cf. Suarez, Disp. metaphys., disp. XVIII, sect. IX, n. 7.
2. Dans l'action, l'opposition de l'agent et du patient se manifeste en ceci que l'agent comme tel est immobile, non necesse est movens moveri, dit l'axiome scolastiquc. Au contraire, le patient étant le .substratum de l'action exercée par l'agent et reçue par lui, est modifié par elle et donc en mouvement, actio est in passa. Cf. P. de Régnon, Métaphysique des causes, 1. III, c. Ii, Paris, ■1886; Chollet, De la notion d'ordre, c. m, Paris, s. d.
3. Deux autres axiomes expriment l'union, la parenté, la similitude de la cause et de l'effet. L'un affirme que l'effet, avant d'exister en lui-même, préexiste dans sa cause : effectus prxexislit in causa. Il y a donc union antécédente des deux, et communion de l'effet à l'existence de la cause. L'autre affirme que la cause se perpétue dans l'effet par la ressemblance qu'elle y met : Agens agit simile sibi. On pourrait presque dire causa postexistit in effectu, à condition de bien spécifier que l'effet préexiste surtout dans la vertu de la cause, c'està-dire dans l'énergie et la puissance active de la cause, et que la cause se perpétue dans la forme et dans la ressemblance d'un produit fait à son image.
7» Un autre problême se pose relativement à la cause efficiente. Il ne suffit pas de dire qu'elle existe, et de déterminer ses rapports généraux avec ses elfets, il faut encore la découvrir et fixer la méthode qui permettra, un effet étant donné, de définir quelle est sa cause. Les logiciens ont établi cette méthode pour les différentes sciences naturelles, la théologie a elle aussi ses procédés spéciaux qui seront exposés en leur lieu. Voir Méthode