‹ Dictionnaire de théologie catholique (volume 5)Chapitre 631 sur 741 · EXISTENCE · texte numérisé non relu

EXISTENCE

6» On

par ce qui précède, que la fin suppose

des moyens, et que les moyens tendent à la fin. Dieu peut réaliser immédiatement et ad nulum ses vouloirs. Il peut donc, à la rigueur, se passer de moyens, étant tout de suite, s'il le veut, arrivé au but; mais il ne le veut pas toujours; alors il emploie des moyens dont l'évolution lente ou rapide marche avec ordre et sagesse vers la fin préconçue et prédéterminée par lui. D'autres fois, la nature même des fins poursuivies par Dieu exige l'emploi des moyens proportionnés. Si Dieu veut que nous jouissions en victorieux du bonheur céleste, il faut qu'il nous en donne d'abord les moyens. Les moyens sont donc la série des actes qui vont de la fin voulue à la fin conquise; leur conception découle de la conception de la fin, leur réalisation précède et prépare la réalisation de la fin. Ils sont donc bien in medio, intermédiaires, et le nom de « moyens » leur convient souverainement. La fin décide des moyens; la nature de la fin détermine la nature des moyens, mais d'ordi-

naire la même fin peut être obtenue plus ou moins parfaitement à l'aide de moyens divers; la nécessité do poursuivre une fin n'impose donc pas infailliblement l'emploi de tel ou tel moyen, c'est ce qui laisse une place à la liberté, voir Liberté, Déterminisme, Premotion, Préuétermination, et ce qui explique la nature du péché mortel, du péché véniel et de l'imperfection, suivant le rapport des actes à la fin. Voir ces mots.

7" L'ordre qui révèle Vexistence de la fin, en éclaire aussi les différences. Prenons l'ordre social d'un État : au sommet le gouvernement dont le but doit être d'amener, dans la paix, le bien-être matériel, intellectuel et uioral de toute la nation. Le gouvernement est, dans l'État, le premier agent du bien universel, et ce bien est son but propre, sa fin naturelle, .\u-dessous du gouvernement, il y a, par division d'attributions ou par divisions territoriales, des agents secondaires dont la raison d'être et la fin soci.il'' -■ml ■! ;i-siu'cr dans leur ressort et dans la sphère Hr i. m-, itir ilmlions le bienêtre général. Et ainsi, à lur m. .pir 1 .m descend dans la hiérarchie, on trouve des aycuU munis puissants, à attributions diminuées, dont les buts sont inférieurs, subordonnés au bien général, mais coordonnés aussi vers lui. Ces buis inférieurs sont en même temps des moyens mi- le Imi -npi rieur, et un même bien est but pour l'.i^'iii Mil. II. III . 1. pour ses chefs, moyen vers le Il 11 lire social. On comprend dès p.iiHC de la société est universelle et s inférieures sont parliciilières et

lors que l.i médiate, I immédiates.

8» On distingue encore la fin réelle et la fin personnelle. Celle-là est le bien poursuivi, celle-ci la personne que l'on veut faire bénéficier de ce bien. La fin réelle de la société est le bien-être défini plus haut, tous les citoyens sont la fin personnelle que l'État doit faire jouir du bien-être. Un même moyen pouvant servir simultanément à conquérir plusieurs buts, ceux-ci peuvent être visés en même temps par l'agent, celui qui est surtout visé s'appelle fin principale, celui qui est visé subsidiairement est fin secondaire, ou accessoire. Pour la moralité d'un acte, il faut que tous les buts poursuivis soient honnêtes. — Une fin peut encore être consciente ou inconsciente. L'archer lance sa flèche . vers la cible, l'archer veut atteindre la cible, c'est un but voulu et conscient; la flèche va vers la cible sans le savoir, c'est un but poursuivi inconsciemment. Cette distinction explique comment il peut y avoir dans le monde matériel et inconscient un ordre réel et voulu, pourvu que, dans le même monde, il y ait au-dessus des natures corporelles d'autres agents intelligents et volontaires qui dirigent les natures inférieures à la manière dont l'archer dirige la flèche. — Tout instrument ou moyen est, de sa nature, ordonné à des résultats ou buts déterminés qui s'appellent pnes operis. Ces résultats peuvent être utilisés par un agent intelligent en vue de buts nouveaux qui se nomment fines operantis. — La création de l'ordre surnaturel a ajouté aux fins et aux moyens de l'ordre naturel, une hiérarchie de fins et de moyens qu'on appelle surnaturels.

9" La philosophie téléologique, c'est-à-dire la philosophie qui admet l'existence des fins dans le monde, a pour adversaire le mécanisme qui répudie les fins pour ne garder que les résultats. — 1. Il n'y a, pour les mécanistes, que des agents, des causes efficientes qui évoluent aveuglément, par la force spontanée de leur activité. Ainsi se produisent des effets qui n'ont été ni préconçus, ni voulus, qui sont dus à l'impulsion naturelle des êtres, qui se heurtent, se corrigent mutuellement et sont arrivés à constituer le monde tel qu'il est. Il n'est pas, selon eux, nécessaire de recourir à l'idée d'un principe intelligent, libre ordonnateur de toutes choses, pour comprendre l'univers; celui-ci est suffisamment expliqué par le jeu des forces naturelles, par l'évolution

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fatale des êtres, la sélection vitale et autres agents découverts par le darwinisme, le transformisme, l'évolutionnisme. La théorie des causes finales n'est après tout que (le ranlliropomorphisme pur, c'est-à-dire cette erreur qui nous f;iit étendre au monde une vue simplement interne. Nous constatons chez nous des buts et l'emploi de moyens pour les atteindre, et par un vrai sophisme nous attribuons h tous les êtres et à l'ensemble de la nature un mode d'activité et des procédés qui nous sont exclusivement personnels.

2. Le mécanisme est iVlnl.> pu !.• f;iit même de l'existence des causes fnKili - J. m -nliV, - plus haut. Il faut en outre noter à son cndiuit :\n-- eest une erreur de vouloir opposer, comme les mécanisles le font souvent, les causes efficientes aux causes finales comme si elles étaient inconciliables et comme si l'affirmation des unes devait fatalement entraîner la nésation des autres. Les unes et les autres s'^piullrni m rr.niiMiir et se complètent. Les causes fiu-il. - r\i^- ni 1- - rm-i ~ efficientes et celles-ci ont besoin d.liv du i. . ,~ |i,ir e< lle.s-là. Quant à l'évolutionnisme, les uns voient en hu le système sauveur qui débarrasse la philosophie de la vieille illusion téléologique. Haeckel, dans son Histoire de la création, trad. angl., t. i, p. 19, écrit : « Pour ce qui est du plan dans la nature dont on a tant parlé, je maintiens qu'il n'a aucune exi.stence réelle, sauf aux yeux de ceux qui observent les phénomènes de la vie dans les animaux et dans les plantes d'une manière très superficielle. » Buchner, Force et vtatière, p. 218, triomphe de ce que « les investigations modernes et la philosophie naturelle ont conquis une liberté suffisante, en se dégageant de ces vides et superficielles conceptions d'un plan dans la nature et en abandonnant ces théories puériles à ceux qui sont incapables de se délivrer eux-mêmes de ces idées anthropomorphiques malheureusement encore en faveur dans les écoles et dans l'Église, au détriment de la vérité et de la science ». P. Zahm, L'évolution et le dogme, trad. de l'abbé Flageolet, part. II, c. vu, Paris, s. d., t. II, p. 253. Les autres voient au contraire dans ce système le triomphe de la téléologie : « Le professeur Huxley affirme que le plus remarquable service rendu par Darwin à la philosophie biologique est la réconciliation de la téléologie avec la morphologie, et l'explication des faits de ces deux sciences, fournie par son système... Donc l'évolution, loin dafl'aiblir l'argument de finalité, le renforce et le grandit; loin de bannir la téléologie de la science et de la théologie, elle l'explique et la confirme de la plus admirable façon. En dépit de toutes les tentatives faites pour confondre la téléologie avec le panthéisme ou le matérialisme, ou pour mettre l'évolution au service de l'athéisme ou de l'agnosticisme, nous possédons maintenant une téléologie plus haute, plus profonde, plus compréhensive que jamais. Nous possédons une téléologie indissolublement liée aux enseignements de la vérité révélée. » P. Zahm, op. cit., p. 259, 263. En réalité l'évolution a sans doute chez quelques savants sincères affirmé davantage et fait ressortir la finalité universelle du monde, mais elle a aussi à coup sur diminué le sens de la finalité particulière des natures individuelles et des espèces. Huxley l'avoue dans les lignes suivantes : « La téléologie qui suppose que l'oeil, tel que nous le voyons dans l'homme ou dans les vertébrés les plus élevés, fut fait avec la structure exacte qu'il présente dans le but de rendre l'animal qui en est doué capable de voir, a sans aucun doute reçu un coup mortel. Néanmoins, il est nécessaire de se rappeler qu'il y a une téléologie plus large qui n'est nullement atteinte par la doctrine évolutionniste, mais qui est au contraire solidement basée sur le principe fondamental de l'évolution. » Darwiniatia, p. 110, cité par Zahm, op. cit., p. 259. Entendue dans ce sens d'un évolulionnisme chrétien, la preuve de l'existence de Dieu revêt un aspect spécial. Voir Dieu, son existence.

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