‹ Dictionnaire de théologie catholique (volume 5)Chapitre 659 sur 741 · G. B.\REILLE · texte numérisé non relu

G. B.\REILLE

CÉRÉMONIES. —I. Définition et utilité en général.

II. Raison d'être et but spécial. III. Origine, développements et changements. IV. Légitimité. V. Efficacité ex opère operato. VI. Symbolisme. VII. Influence sur : 1» l'architecture ; 2" la vie d'oraison ; 3° les habitudes religieuses; 4° la civilisation.

I. DÉFINITION ET UTILITÉ EN GÉNÉR.\L. — Dans le sens large, toutes les cérémonies religieuses sont l'expression du culte divin. Elles traduisent en signes sensibles les actes d'intelligence et de volonté par lesquels l'homme proteste de sa foi en Dieu. L'adoration et la prière mentale ne suffisent pas ; l'homme n'est pas seulement esprit, mais esprit destiné à ne former qu'un « tout naturel » avec le corps et à vivre en société. A ce titre, il doit à Dieu un culte sensible et social. En fait, aucune religion ne s'est contentée d'un culte purement intérieur ; les plus opposées aux cérémonies ont au moins admis la prière vocale et les gestes ; c'est admettre en principe la légitimité des cérémonies les plus solennelles, puisqu'elles se réduisent toutes à des paroles accompagnées d'actes extérieurs.

C'est ce que reconnaissent les 39 articles de l'Église anglicane. Après avoir affirmé que « chaque Église particulière a autorité pour ordonner, changer et abolir les cérémonies », ils ajoutent : « Si le service que nous devons à Dieu implique raisonnablement des actes extérieurs du culte, ces actes extérieurs doivent être accomplis d'une manière déterminée, c'est-à-dire, il doit y avoir certaines formes extérieures, certaines cérémonies dans le culte que nous devons à Dieu, et les sectes des quakers qui onlprétendu le nieront prouvé parles bizarres

cérémonies qui leur sont particulières que quelque chose de cela est nécessaire même pour cette sorte de christianisme. Mais de même que cela est nécessaire, de même est-il avantageux d'observer des cérémonies religieuses dignes et ordonnées. ■> Le Cyctopedia of biblical, etc., de M« Clintock, art. Ceremoinj, Xew-York, 1891, fait aussi remarquer que, sans les cérémonies, la religion pourrait se conserver dans un petit nombre d'intelligences d'élite d'une grande puissance de réllexion, mais que, dans la masse du genre humain, toute trace en serait vile perdue.

Dans le sens strict, cérémonie signifie tout ce qui a été ajouté au rite essentiel du sacrifice et des sacrements, c'est dans ce dernier sens que nous l'entendons.

II. Raison d'être et but spécul. — L'Église, en instituant les cérémonies, a continué l'œuvre divine de l'incarnation et des sacrements ; elle a revêtu d'une forme sensible les réalités inaccessibles aux sens, ut dum visihiliter Deum cognosciinus, per hune in invisibiliuni amorem rapiamur. Préface de Noël.

Le but des cérémonies de l'Église en général est le même que celui qui a été assigné par saint Thomas aux cérémonies du baptême : « 1» Exciter la dévotion des leur respect pour le sacrement. Si, en effet, on

se contentait d'une si nité, certains en arri\ n'est qu'une ablution > Les simples qui ne s'i besoin de l'être par peintures et autres cho

soleni I M ; lit àpenser que ce I ! 1 II iiviire les fidèles.

III Ml |i.r, ,,vec des livres ont si-iies sensibles comme les de ce genre et, ainsi, ce qui se pratique dans l'administi-ation des sacrements, les instruit ou les excite à s'instruire en s'enquérant du sens des signes. C'est pourquoi, comme il leur importe de connaître, outre l'effet principal du sacrement, d'autres doctrines relatives au bapténu', il convenait qu'elles fussent représentées par des si-in ~ ~i hmII. ^ ; 3» Entraver, par des prières et des I n h i m 1 i puissance du démon pour enlever les il- i i

du sacrement. » Sum. Iheol., III", q. Lxvi, .i. lo. Apres le concile de Trente, sess. VII, can. 13 ; sess. XXll, c. v, vu, viii, le catéchisme de ce concile expose la même doctrine. Part. II, De sacramcniis, xvi.

III. Origine, DÉVELOPPEMENT- nu l'origine, l'Église a institué de- i peu à peu complétées au coui- I approuvantdescoutumes locales, diu^.

tantôt en prenant elle-même linitiati

1 \rs. — Dès elle les a ^ liintôt en -, nationales, lie les a précisées de siècle en siècle et consignées dans ses livres liturgiques de plus en plus explicites et de plus en plus développés. Les décisions des Congrégations romaines, et en particulier de la S. C. des Rites, les interprètent et les modifient selon les circonstances. Dans l'état actuel de la discipline, l'Église romaine s'est réservé à peu près exclusivement le droit de les établir, de les compléter, de les modifier, de les préciser.

Quelles qu'aient été les formes dilTérentes suivant lesquelles l'Église a établi des cérémonies, elle l'a fait constamment en vertu du pouvoir que lui avait conféré son divin fondateur. Jésus-Christ, en effet, après avoir institué l'Église comme société religieuse, lui a laissé le droit et le soin d'organiser le culte en esprit et en vérité qu'il voulait faire rendre à son Père par l'humanité régénérée. Les théologiens discutent pour savoir dans quelle mesure Notre-Seigneur a déterminé lui-même les rites essentiels des sacrements et la part qu'il a laissée à son Église dans cette détermination. Voir Sacrements. Tous s'accordent à reconnaître que l'Église a déterminé elle-même les rites accessoires et les cérémonies qui accompagnent les rites essentiels. Nous n'avons pas l'intention d'exposer ici l'histoire des cérémonies ecclésiastiques. Rappelons seulement que, par égard pour l'institution divine de la Synagogue, par condescendance pour ses derniers fidèles, la transition entre les cérémonies de l'ancienne loi et celles de la

CEREMONIES

nouvelle, s'est opérée avec ménagements. « Saint Augustin, Epht., Lxxxii, n. 15, P. L., t. xxxiii, col. 281- 282, distingue trois temps : l'un avant la passion, pendant lequel les cérémonies légales n'étaient ni mortelles, ni mortes; l'autre après la divulgation de l'Évangile, dans lequel elles étaient mortes et mortelles; un troisième temps tient le milieu entre les deux autres : depuis la passion jusqu'à la divulgation de l'Évangile. Pendant ce dernier temps, les cérémonies légales étaient mortes, n'ayant aucune force et, n'étant plus obligatoires pour personne, elles n'étaient cependant pas mortelles, parce que les Juifs convertis pouvaient encore licitement les pratiquer, à la condition toutefois qu'ils n'y missent pas leur espérance en les croyant nécessaires au salut, comme si, sans elles, la foi au Christ eût été insuffisante pour la justification. Quant aux convertis de la gentilité, ils n'avaient point de raison de les pratiquer. Aussi, Paul circoncit-il Timothée dont la mère était juive, mais non Titequi appartenaità la race des gentils. Le Saint-Esprit ne voulut pas défendre immédiatement les cérémonies légales aux .Juifs convertis, comme étaient défendus aux convertis d'entre les gentils les rites du paganisme, pour montrer quelle différence existe entre ces deux rites. Les rites païens, en effet, étaient toujours réprouvés comme absolument illicites et toujours défendus par Dieu ; tandis que les rites de l'ancienne loi cessaient, remplis qu'ils étaient par la passion du Christ, ayant été institués précisément pour figurer le Christ. » S. Thomas, Sum. theol., !••' II»:, q. cm, a. 4. Voir t. i, col. 129-133.

IV. Légitimité. — De ce que le Christ n'a pas institué les cérémonies ajoutées aux rites essentiels des sacrements, il ne s'ensuit pas qu'il les ait abandonnées à la libre détermination des fidèles et des particuliers. Ce serait vrai, s'il n'avait fondé que la religion, c'est-à-dire s'il s'était borné à prescrire des commandements, à révéler les dogmes, à instituer les rites essentiels des sacrements sans fonder une société visible, hiérarchique, où il fut obligatoire d'entrer pour pratiquer la religion.

Dans cette hypothèse, le choix des cérémonies eut pu être laissé à chaque fidèle, ou au moins aux Églises particulières formées et gouvernées indépendamment les unes des autres, sans promesse ni garantie d'indéfectibilité et d'infaillibilité. Mais, ce que les protestants ont raison de considérer comme théoriquement possible est pratiquement rendu déjà très improbable par le fait de l'institution divine du culte hébra'i'que et démontré absolument faux par le témoignage irrécusable des Écritures et de la tradition. Jésus-Christ n'a fondé qu'une seule Eglise, et il lui a donné un chef suprême dans la personne de saint Pierre et de ses successeurs. En conséquence c'est e.xclusiveraent à elle qu'appartient le droit souverain (dont dépendent les droits des Églises particulières) d'administrer les sacrements et de" veiller à ce que les rites essentiels soient non seulement conservés intacts, mais encore encadrés de cérémonies et de prières qui instruisent les fidèles et leur inspirent le respect et la piété, qui imposent aux ministres sacrés le recueillement et une attitude conforme à leur dignité. Elle l'a fait de diverses manières, ainsi que le prouve la diversité des liturgies. Mais il semble qu'elle manquerait à son devoir si elle permettait à des Églises particulières d'abandonner tous les rites antiques et de se contenter, par exemple, des seules paroles de la consécration pour célébrer le saint sacrilice, de l'imposition des mains, d'un ou deux autres rites et de quelques mots pour communiquer le pouvoir sacerdotal et épiscopal, si elle n'astreignait pas ses prêtres à cette vie de prière quelle appelle si justement l'office divin, si la maison du sacrifice, l'église, la table du sacrilice, l'autel, l'instrument du sacrifice, le calice, n'étaient pas l'objet de solennelles consécrations.

La détermination des cérémonies saintes est, d'ailleurs.

conforme au vœu de la nature. La société civile entoure d'imposantes formalités les arrêts judiciaires et les principaux contrats ; à combien plus forte raison, l'Église doit-elle entourer de solennelles cérémonies les saints mystères qui ont pour objet Dieu et les rapports les plus intimes de l'homme avec Dieu. Abandonnées sans cérémonial précis à des ministres qui parfois manqueraient d'intelligence et de piété, les fonctions sacrées auraient pu s'accomplir trop à la hâte, sans préparation el sans attention, ou traîner en longueurs inutiles et rebutantes.

En vertu du pouvoir qu'elle tient de son fondateur, l'Église a le droit d'instituer des cérémonies spéciales de bénédiction et de consécration, de composer, d'approuver, d'imposer des formules de prière, des offices en l'honneur des saints. Ainsi s'explique l'histoire des six livres liturgiques : missel, bréviaire, pontifical, rituel, cérémonial des évêques et martyrologe. Ainsi se justifient les plus antiques bénédictions, telles que celles de l'eau jusqu'aux plus récentes, telles que celles des chemins de fer et des télégraphes. Voir Bénédictions, col. 638, 639; B.\ptème, col. 181, 182.

Dès que l'on reconnaît l'Église comme légat du Christ, tout ce qu'elle décide en fait de cérémonies apparaît l'exercice d'un droit sacré et souverain. C'est en vertu de ce même droit qu'elle proteste contre les abus et les interprétations superstitieuses, qu'elle retire des concessions faites et qu'elle opère dans la liturgie des modifications et des suppressions. Entre les formes du • culte telles que les dépeint dom Cabrol. Le livre de la prière antique, et celles d'aujourd'hui quelle différence et tout ensemble quelle ressemblance ! C'est par l'usage légitime de son autorité que l'Église a surveillé, réglé et conduit tout.

L'Église romaine admet comme légitimes des cérémonies autres que celles de sa liturgie propre ; elle autorise les liturgies orientales, la liturgie mozarabe, ambrosienne. Elle autorise aussi des additions à la liturgie romaine. Certains ordres religieux, certains diocèses pratiquent quelques cérémonies qui leur sont particulières. Ces pratiques sont légitimes, parce que le vicaire du Christ les approuve; elles cesseraient de l'être, malgré leur sainteté intrinsèque, s'il jugeait utile de les proscrire. Ces variétés des différents rites, ces variétés dans le même rite, bien qu'elles aient été parfois l'occasion de sérieuses difficultés, l'Église les autorise non seulement pour ne pas enlever à d'antiques chrétientés des traditions qui leur sont chères, mais encore pour conserver les anciens monuments de la foi. Ces Églises ont i rites qui remontent aux temps apostoliques; elles sont ainsi des témoins de l'antique foi et notamment de l'institution divine des sacrements, témoignage d'autant plus irrécusable qu'il s'est perpétué depuis les premiers siècles malgré de violentes antipathies de race, des préjugés et des dissensions schismatiques.

Mais il y aurait péril pour l'intégrité des rites les plus sacrés, à laisser les cérémonies sans contrôle, et à la libre détermination des Églises particulières. Ainsi, les rites essentiels du sacrement de l'ordre n'ont pas été conservés dans les cérémonies telles que les avaient ordonnées, changées et mutilées les novateurs anglais du xvi» siècle, tandis que les schismatiques de l'Orient, en respectant leurs cérémonies traditionnelles, ont conservé la validité de leurs ordinations.

V. Efficacité ex opère operaio. — 1» A l'exception des anglicans puséistes de la High Chiirch, les protestants se scandalisent de ce que certains rites de la loi nouvelle, à la différence de ceux de l'ancienne, produisent par eux-mêmes, ex opère operaio, la vie divine de la grâce. Ce serait, d'après eux, superstition. La doctrine de l'Église ne scandalise que ceux qui la méconnais.sent. Elle distingue, en effet, le rite essentiel des cérémonies qui y ont été ajoutées : Qwœ [ceremonix) tametsi prse-

CEREMONIES

termitli sine peccato non possunt, nisi almd facere ipsa nécessitas cogal : tamen si quando omittanttir, quoniani rei naturani non altingunt, nihil de vera saci-an\cntontni ratione imminui a-edendmn est. Catech. conc. Trident., part. II, De sacramenlis, xvi. Les cérémonies de l'Église, bénédictions, consécrations, ont sans doute une efficacité réelle, voir col. 637, mais, toutes saintes qu'elles sont, elles ne contiennent ni ne produisent par elles-mêmes la vie divine, la grâce habituelle ou sanctifiante; seules les cérémonies qui sont le rite essentiel la contiennent et la produisent par ellesniéiufs. parce qu'elles sont l'instrument dont Dieu se sert pour agir sur l'âme et la sanctifier. De plus, cette sanctification n'est jamais opérée indépendamment des dispositions intérieures du sujet. Il est nécessaire, en effet, que le sujet ne mette pas obstacle à la réception de la grâce contenue dans le sacrement. L'expression e.r opère operato et non e.r opère opcrantis ne s'applique donc qu'à la production de la grâce par les rites essentiels des sacrements, et elle signifie seulement que ces rites, s'ils ont été intégralement accomplis par un ministre ayant l'intention de faire ce que fait l'Église, quelles que soient ses dispositions intérieures, produisent infailliblement la vie divine dans les âmes qui n'y font point obstacle.

.Tamais les théologiens catholiques n'ont enseigné que les sacrements matériellement reçus sans foi, sans prière, sans repentir, puissent être un moyen infaillible de salut. C'est toujours un péché grave, un sacrilège de les recevoir en état de péché mortel non rétracté. Voir Sacrements.

A plus forte raison l'Église condamne-t-elle ceux qui prétendraient qu'elle peut instituer des cérémonies qui produiraient par elles-mêmes ex opère operato dans les âmes la grâce sanctifiante, la vie divine. Quant à attendre une faveur temporelle comme effet infaillible d'une cérémonie quelconque, fût-ce le saint sacrifice ou un sacrement, parce que les rites auraient été accomplis à telle heure, dans tel lieu, tel nombre déterminé de fois, c'est la superstition dite de culte superflu ; elle a été toujours réprouvée par tous les théologiens catholiques sans exception.

2» Nous laissons de côté la question de savoir si les cérémonies de l'Église obtiennent la grâce actuelle e.v opère operato. Voir col. 637. Mais nous affirmons qu'elles sont par elles-mêmes efficaces pour paralyser et. dans certains cas, empêcher complètement l'action du démon. Le créateur peut seul directement agir sur les facultés spirituelles, intelligence et volonté, mais les bons et les mauvais anges exercent sur l'homme par le moyen des opérations sensitives, surtout de l'imagination, une grande influence, bien décrite dans les Exercices spirituels de saint Ignace (règles du discernement des esprits pour la l" et la 2» semaine).

La puissance du démon est entravée par les cérémonies de deux manières :

i. Quand elles sont un exorcisme proprement dit sous forme impérative, comme celles du baptême, instituées par l'Église pour préparer l'enfant à recevoir immédiatement et dans tout le cours de sa vie la plénitude des effets du sacrement, elles opèrent dans le catéchumène ex. opère operato ce qu elles signifient : elles le soustraient au pouvoir du démon un peu comme les formalités de l'émancipation accomplies par celui qui avait tout pouvoir, supprimaient les etïets de l'esclavage ; voir col. 2058; aussi ne doivent-elles être faites qu'une fois et, sauf le cas de nécessité, immédiatement avant le baptême. L'Église veut qu'on les supplée le plus tôt possible si elles avaient été omises. S. Thomas, Sum. theoh, III», q. lxxi, a. 3. Voir Exorcishes.

2. Les prières, bénédictions et consécrations produisent aussi un effet ex opère operato [quamvis, dit Suarez, ministri sanctitas etmeritum conferre aliquid

possit), voir col. 2057, soit en diminuant la puissance du démon dans un lieu (églises bénites et consacrées, maisons bénites), ou sur une personne, et en communiquant à certains objets le pouvoir de l'éloigner et de paralyser sa puissance (eau bénite, cierges bénits), soit en appelant les bons anges pour lutter contre lui. Ce sont bien les effets qu'expriment les formules de la bénédiction de l'eau, l'oraison de l'aspersion solennelle avant la messe du dimanche, celle de la bénédiction des appartements avant l'administration des sacrements d'eucharistie et d'extrême onction, les deux premières oraisons du rituel de l'extrême onction, les prières de la bénédiction des Rameaux, etc.

Ainsi s'expliquent les effets merveilleux souvent obtenus par les objets bénits et surtout l'eau bénite contre toutes les manifestations diaboliques. Bien que cette action ne soit pas infaillible, elle n'en est pas moins réelle, et produite ex opère operato. Cf. Suarez, De sacramentis, q. lxv, a. 4, disp. XV, sect. iv, n. 10-14.

VI. Symbolisme. — Pour concevoir une idée complète et pratique des cérémonies, il fiuit connaître non pas seulement ce qu'elles sont, mais encore ce qu'elles signifient. L'Église ordonne au prêtre de les expliquer pour instruire les fidèles.

Le symbolisme des cérémonies, comme celui de l'art chrétien primitif, voir t. r, col. 1999, a été l'occasion d'exagérations et d'erreurs. Le célèbre évêque de Mende, Guillaume Durand, Rational des divins offices, surcharge tellement l'esprit de nmltiples sens mystiques qu'il le fatigue et fait perdre de vue les grandes lignes de la liturgie. I)om de Vert, trésorier de Cluny au xviF siècle, se tient à l'extrême opposé. Il veut bien permettre qu'on parle du sens spirituel et mystique des cérémonies, mais il s'évertue à prouver qu'elles ont été instituées dans un tout autre but. Citons quelques exemples : « L'immersion du baptême prend son origine dans la coutume de laver les enfants au moment de leur naissance...; il y a quelque apparence que le linge dont on s'enveloppait pour s'essuyer tourna bientôt en vêtement blanc. » Explication siniple, littérale et historique des cérémonies de l'Église, 1706, 1707. Dom de Vert fut réfuté par Longuet, qui devint plus tard évêque de Langres, Dn véritable esprit de l'Église dans l'usage des cérémonies ou réfutation du traité de dom de Vert, et aussi par le P. Pierre Lebrun, de l'Oratoire, Explication de la messe.

Les Pères ont attaché une grande importance au symbolisme. Le discours prononcé à la consécration de la basilique de Tyr, reproduit par Eusèbe de Cé.sarée, H.E.,ji. i,P. G., t. XX, col. 848-880, en est une preuve manifeste. Cf. dom Guéranger, Institutions liturgiques, Paris, 1878, t. i, c. v. Saint Augustin proteste même contre ceux qui ne voudraient voir que des faits dans les miracles de Notre-Seigneur sans s'élever aux doctrines qu'ils symbolisent : « C'est ressembler à des ignorants qui ne sachant pas lire n'admirent que la beauté des lettres d'un manuscrit. » Serm., xcviii, n. 3, De Scripturis, P. L., t. xxxviii, col. 592. On sait quelle place occupe le symbolisme dans les œuvres de saint Grégoire le Grand, un des papes qui se sont le plus occupés de la liturgie. Or, c'est précisément à l'époque des Pères que les cérémonies de la messe romaine, ont pris peu à peu leur forme définitive. Comment croire qu'elles aient été ordonnées par des pontifes qui se seraient désintéressés de leur donner ou de leur conserver une signification mystique? Comment ne pas admettre, sinon dans tous les détails, du moins dans son ensemble, le symbolisme qu'y reconnaissent les principaux liturgistes du moyen âge? Amalaire, De ecclesiasticis of/iciis, P. L., t. cv, col. 985 sq.; Raban Maur, évêque de Fulda, cité par Ilonorius d'Autun, Gemma animée, 1. 1, c. Lxxxv, P. L., t. CLXxii, col. 571-572; Hildebert de Tours, Liber de expositione missœ ;Vérsus de mystei-io missœ, P. L.,

CÉRÉMONIES

t. CLXXi, col. 1153-1196; Honorius d'Autun déjà cité, P. L., t. CLXXii, col. 541-736; Innocent III, le plus profond de tous. De sacro allaris mysterio, P. L., t. ccxvii, col. 763-&16. Témoin de traditions auxquelles il aime à se référer, il écrit : « Nous ne pouvons pas toujours donner la raison de tout ce qu'ont introduit les anciens dans les rites sacrés, je ci-ois cependant que dans ces rites sont cachés de profonds mystères. » L. VI, c. ix. Le concile de Trente ne se borne pas à faire sienne la pensée du grand pape du moyen âge, il exige que le sens mystique des cérémonies soit expliqué aux fidèles par les pasteurs. Après avoir déclaré qu'elles contiennent magnam popuU fidelis, eruclitionem, il ajoute : Mandai sancta synodus pastoribiis et singidis curam animarum gerentibus ut fréquenter inter ■missaruni celebrationem vel per se vel per alios ex Us quse in missa legunlur aliquid cxpoiiaiil al'/iif inter cœtera sanctissimi liujus sacri/irii iinish-rhi, Il al,, puni ,l,,lari'iU . diebus prseser-

lim dOiiniiiris ,'l f,'Slls. Sr>s XXll. c. VIII.

Pour iiiiT \r >\i]il"iliMiii' il ^ cr.uionies, il ne suffit pas de prétendre et de montrer que telle ou telle a des précédents et des origines dans les liturgies païennes. A ce compte, les mains jointes et la génullexion ne seraient plus des signes de prière parce qu'elles l'étaient incontestablement dans les rites païens. Mais, pour avoir été mêlées au paganisme, certaines cérémonies n'expriment pas nécessairement pour cela des erreurs païennes, étant ou le symbole naturel de vérités religieuses ou des restes de la tradition primitive. L'Église reconnaît et prend, où elle la trouve, la vérité dont elle est l'infaillible gardienne, el elle a en effet jugé avantageux pour le plus graml lii>ii 'I en les purifiant de toute ri i^ m ,

Les rites essentiels di> -n i. i charistie, étant symbolic|iii -. il dans l'esprit de leur di\iii Imiiu, ecclésiastiques le fusseni mi--i la même méthode d'ensri ii' m.

des paraboles: l'exemplf ii ^ .1 cret et sensible éveilla m I iii- n ser l'esprit à connaître il i ••■ invisible ou une vérité ducUiii, ment essentiellement populaire plus efficace qu l'attrait du mystéi de science en le r.' prêteraient pa> :iii. nihui :i li \|iùsé d'une doctrine religieuse, aimeroiil :i i nlriiilrr . xpliquer longuement comment un ancien nie un l.i iin^liiirii';'- disposition d'une église du moyen âge la >miiI">1i-' ni. n .n perdront plus le souvenir et, à l'occa-irii, iimuw i mit plaisir à être, eux aussi, sous cette fornii, jn oli^-nns de religion.

Le symbolisme n'étant qu'une fin secondaire, subordonnée à la fin principale de l'institution du sacrifice et des sacrements, les cérémonies n'ont pas toutes nécesbiit symbolique. La fin principale à

I ilii pliisionrs fois exclure une intention 1-1 II ;^iande élévation de l'hostie et du

II iiMiil ,i|ii('> 1,1 consécration s'est introli-i Mil pi 11 ,i\anl le xiiF siècle, non

il iiin .II- rinunstances de la passion,

m ni I iiir ,i(io de foi à la présence

usaulj.-îlauU.Uiua pour protester contre les erreurs de liérenger de Tours. Voir col. 740.

Bien que toutes les cérémonies n'aient pas été instituées dans un but symbolique, il n'y a pas de doute que beaucoup d'entre elles n'aient une signification particulière; pour d'autres, il y a plus ou moins grande probabilité selon que la tradition est plus ou moins constante, l'explication plus ou moins plausible. Mais, de même que les grandes lignes et des détails d'architecture, nécessités inévitables de construction, telles que assises superposées, portes, fenêtres, colonnes, ont été inter-

iil.lis de consacrer, l.nins traditions.

I-. -nitout ceux d'eu- 11 1 11, lit. piiiir entrer 1 i|iir II- ni-i-iiionies

i|iii i-i lin |■^■^te celle 1,1 in .in, un fait con- 1 |iiiiir mieux dispo- |ii II r quelque réalité .Mflhode d'enseigneapostolique, d'autant davantage la curiosité par ncline l'initié à faire montre i aiities. Tels auditeurs qui ne

sairem atteind symbol calice i duite I

réelle

prêtés comme des symboles par les Pères et les docteurs et par l'Église elle-même dans sa liturgie, notamment

dans l'office de la Dédira qu'on ne peut pruiiMi' mni son de symbolisnn . mil r institution des «ij^iiiiiciilinn terprétation peut être très

même des cérémonies nstituées pour une raiostérieurement à leur stiques. Ce genre d'in- , mais aux conditions

suivantes aussi essentielles que souvent oubliées. Les sens mystiques des cérémonies doivent s'harmoniser entre eux et avec le symbolisme traditionnel pour former un toutj suivi sans surcharges fatigantes, ni subtilités raffinées. Ils doivent, de plus, être appropriés aux circonstances. Il ne suffit pas de reproduire la doctrine des principaux liturgistes du moyen âge, il faut la rendre accessible et profitable aux âmes, travail considérable et délicat qu'ils ont fait pour leur temps et que les pasteurs doivent entreprendre pour le nôtre comme le prescrit le concile de Trente. Les cérémonies sont dans la pensée de l'Église une somme illustrée dont le prêtre doit commenter le texte et expliquer les images comme on commente la Somme de saint Thomas dans les cours de théologie. Par cela même qu'un commentaire convient parfaitement pour une époque, il n'est point absolument tout ce qu'il faut pour une autre. Les anciens commentateurs aident beaucoup à comprendre la pensée du maître, mais ils laissent à faire aux successeurs tout le travail d'assimilation personnelle et d'appropriation. L'harmonieuse unité des explications mystiques n'est pas ce qui préoccupe avant tout les gTands liturgistes du moyen âge, elle est même parfois brisée et obscurcie par de multiples et longues considérations historiques, théologiques et morales. Ainsi Innocent III, ne voulant manquer aucune occasion d'instruire, ne craint pas d'interrompre l'explication des cérémonies pour consacrer 12 chapitres à l'oraison dominicale. La forme de l'enseignement était toujours subordonnée aux besoins spirituels et au goût des contemporains.

Nous ajoutons deux remarques très importantes pour les esprits modenii - in ili np ni pn-venus contre les idées

des auteurs du m r- ndiis de jour en jour

plus exigeants p, Il ,. i,;i n I- méthodes scientifiques. I" Il n'y a ni rafliiRriiitiil, m ouiilradiclion à attribuer à une même cérémonie plusieurs significations mystiques, si elle en est véritablement le lype ou si une des choses signifiées est le type et le complément de l'autre. Ainsi la communion du prêtre et des ministres sacrés symbolise à la fois et la cène dont elle achève de compléter la représentation et le repas des disciples d'Emmaùs avec le Christ qu'ils reconnurent à la fraction du pain. 2" La nécessité de suivre l'ordre historique fait que souvent dans les cérémonies de la messe, particulièrement dans le canon, « les paroles signifient une chose et les signes en représentent une autre, les paroles se rapportant avant tout à la consécration de l'eucharistie et les signes (spécialement les signes de croix et leurs nombres mystiques) à l'histoire des diverses circonstances de la passion. » Innocent III, 1. V, c. ii, xiv. En effet, si le canon n'avait comme but que de représenter la passion, il devrait se terminer par l'immolation mystique, par la consécration qui rappelle en la renouvelant sous une forme non sanglante l'immolation du Calvaire. Mais la cène ayant précédé cette immolation, l'Église, conservant l'ordre historique, représente seulement à la fin du canon le crucifiement et la mort du Christ par la petite élévation, immédiatement suivie du Pater et du mélange de la parcelle d'hostie au précieux sang, symbole de la résurrection. Généralement, ce n'est point par les paroles qu'est marque le symbolisme, mais par les gestes, l'attitude et les mouvements des ministres sacrés, par la place qu'ils occupent à l'autel et dans le sanctuaire, par leur silence ou l'élévation de la voix, en un mot par tout ce qui frappe les sens. Innocent III, 1. V, c. XV. Cela s'explique facilement. Les paroles du

CÉRÉMONIES

canon sont essentiellement destinées à la célébration du saint sacHlice, le sjmjjolisme ne s'harmonise donc avec elles qu'accidentellement et par intervalles. Ainsi, même sans entendre les paroles, le peuple qui comprend le sens des cérémonies peut y suivre les principales circonstances de l'histoire de la rédemption. C'est celte histoire que symbolise aussi en la racontant le propre du temps de l'année liturgique depuis l'Avent, figure de l'Ancien Testament, jusqu'au dernier dimanche après la Pentecôte dont l'évangile annonce le suprême avènement du Christ. Elle est symboliste encore en substance par le rite essentiel du sacrifice et du sacrement d'eucharistie. « La forme visible du pain exprime les deu-v corps du Christ, le corps réel qu'elle exprime et quelle contient, le corps mystique qu'elle exprime sans le contenir. De même qu'un seul pain est formé de plusieurs grains de froment et qu'un seul vin est produit par plusieurs grains de raisin, ainsi le corps mystique du Christ se compose de plusieurs membres. » Innocent III, 1. IV, c. XXX.

L'autel symbolise le Christ. S. Thomas d'Aquin, Siou. Iheol., III-i, q. Lxxxiii, a. 3, ad 2""'; a. 5, ad 2»""; dédicace de la basilique du Saint-.Sauveur, 9 novembre, 4- leçon. Sur la croix, en elfet, le Christ n'est pas seulement victime et prêtre, mais aussi autel. Par là s'expliquent les cérémonies exceptionnellement longues de la consécration de l'autel, les ornements de l'autel,

le respect do donne le cél.

quelque id. i VII. Imi I ont exercé et peu

I ntouré et les baisers que lui I. pies permettront de se faire M lies cérémonies.

I MUNIES. — Les cérémonies core exercer une grande influence sur : I» l'architecture; 2" la vie d'oraison; 3» les habitudes religieuses des peuples; 4° la civilisation.

I» Sur Vaychileclure. — Depuis la renaissance du paganisme dans les lettres et dans les arts, les architectes ont trop souvent oublié que les édifices n'ont point comme première fin de réjouir les yeux de ceux qui les regardent, mais de répondre aux besoins de ceux qui les habitent. L'architecture civile comme l'architecture religieuse a glissé sur cette pente fatale qui aboutit à sacrifier le principal à l'accessoire. Taine le fait justement remarquer. Origines de la Fratue contemporaine. Les constitutions révolutionnaires comme les constitutions civiles et religieuses des temps modernes ont été conçues a priori, d'après des principes abstraits de symétrie et d'égalité, sans tenir compte de la nature et des besoins des hommes; façades plus ou moins riches, toujours absolument régulières, mais qui sont une perpétuelle cause de gêne pour ceux dont elles devraient protéger et faciliter la vie. Aussi, quand il est bien posé comme il doit l'être, l'art chrétien est un problème dont la théologie liturgique doit fournir les principales données. Elle ne fournit cependant pas toutes les données du problème, et cela pour deux raisons : la première, c'est que l'architecture en général et chaque style en particulier ont des lois qui sont comme leur grammaire et qu'il faut respecter sous peine de produire des laideurs et des monstruosités ; la seconde, que l'art est un langage qui se refuse à exprimer certaines vérités très abstraites ou d'ordre trop spirituel. Il faudrait donc critiquer l'architecte qui ne demande au théologien liturgiste ni pour quelles cérémonies et quel genre de fidèles une église est destinée, ni ce qu'il est désirable qu'elle symbolise, et aussi le théologien qui, sous prétexte de symbolismes, imposerait à l'architecte soit des formes étranges, comme un temple en forme de cœur, des proportions nuisibles à la solidité ou à l'aspect de solidité, soit l'expression raffinée de dogmes trop spirituels pour être représentés par des éléments matériels. Le théologien a de grandes facilités pour comprendre mieux que tout autre la langue de l'art chrétien, mais pour être bien parlée, elle exige de longues années d'études théoriques et pratiques qu'il a

dû consacrer aux sciences sacrées. Il doit donc se défier beaucoup de lui-même, ne pas croire facilement être devenu artiste. Comprendre une langue ne suffit pas pour la bien parler, à plus forte raison pour l'écrire et composer de belles œuvres.

Quand la paix fut donnée à l'Église, il fallut construire, pour contenir toute la foule des fidèles, des temples qui ne fussent pas trop indignes des cérémonies augustes de la liturgie, qui en inspirent le respect et en facilitent l'intelligence, comme les cérémonies elles-mêmes inspirent le respect et facilitent l'intelligence des rites essentiels du sacrifice et des sacrements. Aussi, quelle que soit la solution donnée au problème de l'origine des temples catholiques, on ne peut nier qu'ils ressemblèrent plus aux basiliques profanes construites pour réunir très souvent des multitudes, qu'aux temples païens destinés seulement de loin en loin aux initiés. H. Marucchi, Les basiliqties et églises de Rome, Paris, Rome, 1902, p. 14-32. A. Baumstark a constaté comment le développement liturgique de la messe, préparation et mode de présentation des oflVandes, avait amené la modification architecturale de la basilique primitive. Celle-ci, qui n'avait qu'un autel dans une seule abside, s'est transformée en église à triple abside pour satisfaire aux nécessités liturgiques. Oriens cliristiamis, Rome, -1903, t. III, p. 229-233. Les efforts de l'art chrétien, tentés d'abord timidement dans les catacombes, couvrirent la terre d'admirables monumcii: 'i ili |ii.i latines, byzantines (Sainte-Sophie de (l'i n |' I m bardes

(Saint-Ambroise de Milan), [. n , ^ (Saint-

l'ront de Périgueux, cathédml. •\ \n ni , Sainl-

Hilaire de Poitiers), romanes (XoIii'-Iimuh- di.' Poitiers, Saint-Benoit-sur-Loire, Saint-Étienne de Caen, cathédrale de Cantorbéry, églises Saint-Géréon, des Saints- Apotres à Cologne), gothiques de tout style, depuis le style Plantagenet à voûtes domicales (Saint-Serge d'Angers, nef de Sainte-Radegonde et cathédrale de Poitiers), le style de l'Ile-de-France (Sainte-Chapelle, cathédrales de Paris, Chartres, Amiens, Le Mans), jusqu'au style Tudor (chapelle de Saint-George de Windsor). Il suffisait d'être habile architecte pour bien construire un temple païen; mais pour être vraiment maître daps l'art de construire, de meubler et de décorer des églises, il faut connaître, outre les règles de l'architecture, le missel, le rituel, le pontifical, le cérémonial des évêques et ce qu'ils supposent de théologie.

Les édifices sacrés sont aux cérémonies ce que le vêtement est au corps; les cérémonies ne doivent donc pas avoir à s'y adapter; ils doivent au contraire être construits pour leur convenir. C'est à l'architecte de les prévoir toutes et dans toutes les circonstances de temps et de personnes où elles doivent s'accomplir.

Une cathédrale doit se reconnaître aux vastes dimensions du chœur, pour y permettre les prostrations des ordinands, à la largeur et à la profondeur des transsepts (Chartres, Reims) pour que les sacres puissent être vus d'un plus grand nombre de fidèles. Les grandes églises paroissiales sont d'autant mieux appropriées à leur destination que de la grande nef très spacieuse, on peut moins voir ce qui se passe dans les nefs latérales et les chapelles rayonnantes, car les fonctions les plus opposées du saint ministère doivent pouvoir s'y accomplir simultanément : baptêmes, enterrements, mariages, catéchismes, confessions.

Les églises qui ont été bâties dans les siècles de foi sont si bien adaptées aux cérémonies liturgiques, leur raison d'être, que W. Pugin, l'illustre restaurateur de l'art médiéval en Angleterre au xix« siècle, se faisait fort de prouver par leur architecture même que les antiques cathédrales n'avaient pu être construites que par des catholiques pour les cérémonies de l'Église. L'accomplissement parfait de ces cérémonies était le premier idéal de l'architecte. Dans l'architecture, la décoration

CEREMONIES

et l'ameublement des églises, tout ce qui caclie, mutile, supprime une cérémonie symbolique, ou une marque de respect, mutile ou supprime une explication illustrée du Credo, diminue le respect et l'intelligence d'une chose sacrée.

L'art chrétien appartient donc à la théologie par le lien étroit qui le rend tributaire des cérémonies liturgiques et du culte divin. Il convient d'autant moins de l'oublier qu'elles ont attiré et attirent encore à l'unité de l'Église de nobles âmes, l'élite du peuple anglais. Cf. Thureau-Dangin, Le mouvement d'Oxford.

2" Si»' la vie d'oraison. — La prière mentale, plus parfaite que la prière vocale, est nécessaire à la perfection chrétienne. Or, la liturgie et les cérémonies religieuses sont, au jugement de dom Guéranger, un des meilleurs moyens de se préparer à la prière mentale, t Pour l'homme de contemplation, la prière liturgique est tantôt le principe, tantôt le résultat des visites du Seigneur. « .Année liturgique, préface générale, p. xiv. Cette préparation est nécessaire, et même la seule possible pour les enfants, pour les élèves dans les maisons d'éducation et en général pour tous les chrétiens qui n'ont ni l'âge, ni le temps d'être formés à la prière mentale par un enseignement didactique dans le recueillement et la solitude de sérieuses retraites. Mais, même pour les âmes plus favorisées, l'importance des cérémonies et des prières liturgiques est si grande que l'illustre auteur mystique, Alvarez de Paz, y consacre plus de 10 chapitres dans son grand ouvrage. De inquisitione pacis sive studio orationis, par exemple\es c. iv-vii surles heures canoniques. Non seulement saint Ignace les recommande expressément à celui qui vient d'achever les Exercices spiritziels, regulse aliquot ut cum ortliodoxa ecclesia sentiamus, mais pendant la retraite ellemême, il lui conseille d'habiter à proximité d'une église où il puisse aller facilement chaque jour à la messe, aux vêpres et même à matines, comme l'a ajouté au texte primitif, du vivant même de saint Ignace, le texte des Exercices spirituels usité depuis plus de trois siècles. Il donne comme raison de ne pas chanter les offices dans les chapelles de son Institut, non pas leur peu d'utilité pour la vie spirituelle, mais, outre les travaux et les fréquents déplacements nécessités par les ministères apostoliques, la facilité d'aller les entendre ailleurs, quandoquideni illis quos ad ea audienda devotio moverit aliunde suppelet ut sibi ipsis salisfaciant. Co)istit., part. 'VI, c. III, § 84. Il veillait avec le plus grand soin à tout ce qui touche au culte divin et il imposa à ses prêtres l'observation exacte, sans lenteur et sans hâte, de toutes les cérémonies de la messe romaine. Il faut lire le mémorial du bienheureux Pierre Lefèvre, que saint Ignace recommandait entre tous comme un maître dans l'art de former les âmes à la vie intérieure, pour comprendre â quel point la vie liturgique de l'Église l'aidait à s'unir à Dieu, combien il tenait à s'en inspirer, témoin son vif désir d'obtenir l'esprit des prières solennelles du jour du Seigneur : Venit milii in mentem spéciale desiderium, quod Dominus noster faceret me sentire illud Gloriain excelsis Deo dominicale et Kyrie eleison, dando mihi spiritum convenientem diei dominicali, id est ipsius Domini.Memoriale B. Pétri Fabri, Paris, 1873, p. 87. Une des plus belles œuvres de saint François de Borgia, ses méditations, a pour objet les dimanches et fêtes de l'année liturgique, spécialement chaque évangile; la prière pour obtenir la grâce particulière de chaque méditation est l'oraison du jour.

Cette influence des cérémonies religieuses sur la vie spirituelle est facile à comprendre. L'âme, ne formant ici-bas qu'un seul être avec le corps, doit exprimer ses actes intérieurs de religion par des cérémonies extérieures et tout ensemble y trouver un moyen de s'élever à la vie intérieure. Noti-e activité spirituelle dans l'état d'union d'âme et du corps, ne pouvant pas ne pas être

précédée de l'exercice de la vie sensitive et accompagnée d'images, doit en ressentir toujours profondément l'influence. Si l'intelligence et la volonté pouvaient ici-bas se suffire à elles-mêmes, leur séparation absolue d'avec l'imagination et les sens serait le moyen parfait de se recueillir pour vivre en Dieu ; cette indépendance étant impossible, il faut se faire un moyen de la vie des sens pour qu'elle ne devienne pas un obstacle. Or, les cérémonies liturgiques, particulièrement celles qui sont célébrées avec des chants, peuvent précisément se définir : l'activité de tout l'homme, esprit et sens, en Dieu. Elles sont donc de tous les moyens extérieurs le plus puissant pour aider l'âme à s'élever jusqu'aux réalités invisibles surnaturelles, étant un monde nouveau qui rappelle et symbolise les miséricordes et les promesses du rédempteur comme la terre et le ciel racontent la gloire du créateur. Bon gré, mal gré, l'imagination conserve vivante, trop impérieusement souvent, la représentation du monde où nous avons vécu, d'autant plus vivante que nous avons plus souvent vu le même spectacle, entendu les mêmes paroles et les mêmes chants. C'est pourquoi l'assistance régulière à la messe chantée les dimanches et fêtes prépare si bien les élèves dans les maisons d'éducation, les fidèles dans les paroisses, à suivre chaque jour avec piété les cérémonies de la messe basse. Pendant les retraites, c'est un fait d'expérience, la psalmodie soit du grand office, soit du petit office de la sainte Vierge est un des bons moyens de favoriser le recueillement. Les religieux eux-mêmes dans le silence de leurs cellules sont d'autant moins empêchés de se recueillir que leur imagination a été dès l'enfance plus profondément imprégnée de religion par les cérémonies liturgiques, et peut plus facilement aux heures de lassitude et de tristesse revivre les consolations du passé par le souvenir des chants et des rites sacrés dont elles sont comme des notes harmoniques d'ordre moral.

3° Sur les habitudes religieuses. — On a remarqué qu'il y a coïncidence entre la décadence de la piété et celle de la part prise par les fidèles aux cérémonies religieuses. Quand les fidèles ne s'associent pas au culte, notamment pendant la célébration solennelle du saint sacrifice, il manque quelque chose à l'hommage social, et cet hommage devient d'autant plus incomplet, qu'à moins de circonstances et de grâces exceptionnelles, les peuples qui, le dimanche, ne prennent pas une part active aux offices liturgiques, sont plus exposés à l'ennui, à la dissipation et, par conséquent, à la tentation de ne plus revenir à l'église. Cette assistance active aux offices publics a merveilleusement contribué à conserver intactes la foi, la langue, la nationalité des Canadiens français émigrés aux États-Unis par centaines de mille, et cela au milieu d'une société où des millions d'hommes arrivés catholiques ont fini par perdre tout culte et toute croyance. Pour eux, l'église et, dans l'église, les cérémonies sont le grand lien social. Cf. Hamon. Le Canadien français dans la Nouvelle-Angle terre, dans les Études religieuses, t. Ll, p. 101-104. Le! offices publics et les cérémonies religieuses â l'église paroissiale sont un des moyens les plus efficaces pour conserver l'esprit chrétien et les pratiques pieuses dans les paroisses anciennes et pour les établir daus les roisses nouvelles. Dans les patronages et les collèges, les cérémonies liturgiques sont un des principaux moyens d'éducation chrétienne. Il est d'autant plus nécessaire d'en user qu'on prévoit que plus tard la foi sera plus exposée, la fréquentation de l'église plus difficile et plus

i" Surlacivilisation. — Les cérémonies ecclésiastiques exercent aussi sur la foule une grande attraction. Elles sont, les dimanches et les fêtes, un attrait pour les réunions pieuses, elles rendent plus facile la pratique d'une religion qui parle aux sens; elles inspirent avec

CÉRÉMONIES

CERINTHE

le respect de Dieu, le respect des autorités religieuses et civiles, des lieux consacrés et des choses saintes, des fidèles et de tous les hommes les uns pour les autres. Encensements, révérences, salutations, baisers à l'autel, au livre des Évangiles, à la croix, aux reliques, sont autant de leçons de respect. Il suffit de lire dans le pontifical les cérémonies du baptême des catéchumènes, de la réconciliation des pénitents, de la bénédiction du chevalier, du sacre des empereurs et des rois, pour comprendre quelles leçons s'en dégageaient autrefois pour les peuples : humilité devant Dieu et devant les hommes, prix du salut de l'âme et du corps consacré membre du corps mystique du Christ, horreur de l'injustice et nécessité de l'expiation, amour désintéressé des petits et des faibles jusqu'au sacrifice de sa propre vie pour les défendre, sentiment profond que toute autorité, même la plus haute, vient de Dieu, sera jugée par lui, est un service et une dépendance et non pas seulement une supériorité et un honneur.

Les principaux liturgisles du moyen âge du IX' au xill' siècle : Amalaire, De ecclesiasticis officiis, P. L., t. cv, col. 985-1252; Hildebert de Tours, Versus de mysterio missse, P. /.., t. clxxi, col. 1177-1196; Honorius d'Autun, Gemma anima-, de antiquo ritu minoruni, P. L.. t. clxxii, col. 541-738; Rupertde Tuy, De

divinis offtciis i "i ■ hr„li,in, P. L., t. CLXX, col. 1-332;

Innocent m, i). ^ /s/,',-io, P. i., t. ccxvii.col. 763-

916. Cet ouvi:iL' , I 1 I- I I ■ ' >. le plus pieux et le plusprofond

•de tous, a été tr. s 1 i, Mhm | :n rabbéCouren,in-12,Paris, 1875.

Voir aussi S. Thomas. Hum. tlieol., llf, q. uxxxni, a. 1-5; Suarez, De sacramentis, disp. XV, De cœremoniis sacramentorum in génère. Les Institutions liturgiques de dom Guéraiiger, 3 in-8-, Paris, 1R40-1841 ; 2- édit., 4 in-8', Paris, 1878-1885, initieiii i l.i . nn.ii- .moo des cérémonies liturgiques, de leur histoii' ' I- - lie tous les siècles. L'Année i!(«rgiQr«e,

du mni . . I 1- 1 1 - r.wi4, est un des ouvrages les meilleurs

pour i;i 1 t :iimer les cérémonies de l'Église. Dom

■Cabrril 1 .( ,■. n,i :. :. . .•!, ,i rn ,ni'-li(ii, --it.' -l^imi' l'iiilroduction .enécri^:^,l / ,',, -,,'.. I - 1 "iii. M"Du-

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Paris, 1877, ot dans (:aljrol, Uiciiuniimre Harcin-ologie et de liturgie, en cours de publication. Les ouvrages d'archéologie sont des sources d'information précieuse. Le livre du chrétien, Tours, contient l'explication substantielle de la liturgie et beaucoup de cérémonies : baptême, confirmation, extrême-onction, office des funérailles, toutes les prières du rituel romain poui- la recom-

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