‹ Dictionnaire de théologie catholique (volume 5)Chapitre 660 sur 741 · R. COMPAING · texte numérisé non relu

R. COMPAING

CERINTHE. - I. Vie. II. Doctrine. III. Disciples.

I. Vie. — A défaut de l'histoire, qui est sobre de détails et nous laisse ignorer la date de la naissance et de la mort de Cérinthe, la tradition, dont saint Épiphane s'est fait l'écho, abonde en renseignements sur cet liérétique. Cérinthe est né en Égjpte, probablement de parents juifs : il était circoncis. Il aurait reçu à Alexandrie une instruction assez développée, recueillant les données de la philosophie grecque et orientale ainsi que les essais de conciliation tentés par Philon entre ta sagesse païenne et l'enseignement mosa'ique. S. Épiphane, Hœr., xxvni, 2, P. G., t. XLi, col. 380. Puis, quittant l'Égjpte, parcourant la Palestine à l'époque de la prédication apostolique, séjournant successivement à Jérusalem, à Césarée, à Antioche de Syrie, il se serait fixé en Asie, où il tint école et fonda une secte. S. Irénée, Cont. hœr., i, 26, 1, P. G., t. vu, col. 68i; S. Épiphane, Hxr., XXVIII, 1, P. G., t. XLi, col. 377. Il laissa partout des traces de son passage, créa des embarras au christianisme naissant en cherchant à paralyser la propagation évangélique. Partisan résolu de la fidélité à la loi et de la circoncision, il estimait qu'elles étaient absolument nécessaires pour le salut et prétendait les imposer à quiconque voulait abandonner le paganisme pour embrasser la foi chrétienne. Chrétien lui-même, il ne comprit rien aux tendances catholiques du christianisme, il conserva ses vues étroites et n'accepta pas l'admission des gentils, telle que l'entendait et la prati-

quait saint Paul. D'après lui, comme d'après les judaïsants, le mur de séparation devait être maintenu et non renversé. C'est donner à entendre qu'il aurait été l'âme de l'opposition juive, le chef occulte mais très écouté des juifs inli-ansigeants et sectaires, critiquant le baptême donné par saint Pierre au gentil Corneille, blâmant comme une apostasie la direction que saint Paul imprimait à l'Église en faveur des non-juifs, tenant pour non avenues les décisions arrêtées à la réunion de .Jérusalem, exigeant la circoncision de Tile et organisant sur les pas de saint Paul une sorte de contre-prédication qui aurait abouti, en cas de réussite, au maintien du christianisme sous la dépendance étroite du judaïsme. S. Épiphane, Hier., xxviii, 2-4, P. G., t. xn, col. 380-381. En passant de la Palestine en Syrie, de la Syrie en Galatie et en Asie, il ne fit que développer Tf,i; a-JToO ànwXeia; pipaOpov, User., xxvill, 2, àvôriTOç xa'i dvoïjTMv St5d<<Txa).o;. Ibid., 6, P. G., t. XLI, col. 380, 384. Si bien qu'à la fin du i" siècle il était regardé comme une peste; d'où le mot de saint Jean, aux thermes d'Éphése, quand il sut que Cérinthe était là : « Fuyons de crainte que la présence d'un tel ennemi de la vérité ne fasse écrouler les murs. » Ce mot, recueilli par saint Irénée sur les lèvres de saint Polycarpe, a été consigné par Eusèbe, H. E., m, 28, P. G., t. xx, col. 276.

Ces divers renseignements paraissent vraisemblables dans leur ensemble. Il faut constater cependant que saint Paul, très au courant des menées judaïsantes qu'il dévoile et flétrit énergiqueraent, traitant de faux apôtres et de faux frères ceux qui sèment l'erreur et jettent la division dans les communautés qu'il a fondées, iitx.&a- ^lôffTOAOt, II Cor., XI, 13, TrapEÎffay.Tot i]>5u8â5eXcoot, Gai., Il, 4, ne nomme jamais Cérinthe parmi les meneurs. Quant à saint Jean, qui connaît Cérinthe et sa doctrine, on sait simplement par la tradition qu'en composant son Évangile pour affirmer et démontrer la divinité de Jésus-Christ, il visait en particulier Cérinthe. S. Irénée, Cont. hier., m, 11, 1, P. G., t. vu, col. 880.

Cérinthe se borna-t-il à un enseignement purement oral '? Ne consigna-t-il pas dans quelque ouvrage les points principaux de son système? Nous n'avons aucun renseignement à ce sujet. A la suite des aloges, Caius de Rome l'accuse d'avoir composé une Apocalypse sous le nom d'un grand apôtre, dans laquelle il avait inséré maints prodiges, TepaToXovia;. Eusèbe, H. E., m, 28, P. G., t. XX, col. 273. Voir t. i, col. 1469. Cependant quelques critiques ont pensé que Caius, au courant de l'enseignement traditionnel et sachant que l'Église de Rome regardait l'Apocalypse comme un livre canonique dû à saint Jean, n'a pas mis ce livre sur le compte de Cérinthe. Selon eux, il parlerait plutôt d'un apocryphe, dont c'est ici l'unique mention; et c'est l'hypothèse que suggère Théodoret quand il nous représente Cérinthe, au sujet des révélations, wç a-^TOç Teôeaiiévoç. Hsuret. fab., Il, 3, P. G., t. i.xxxiii, col. 389.

II. Doctrine. — A tenir compte des renseignements qui sont fournis, d'abord par saint Irénée, les Philosophoumena et le pseudo-TertuUien, ensuite par Eusèbe, saint Épiphane, saint Philastrius et saint Augustin, on constate que Cérinthe n'est qu'un écho des idées qui s'agitaient de son temps dans les milieux cultivés. On rêvait, en effet, soit d'accommoder le judaïsme avec l'hellénisme platonicien, soit de combiner un système religieux avec les anciennes données de la philosophie et l'enseignement nouveau de l'Évangile, en réservant une place spéciale à la gnose à côté ou au-dessus de la foi. Or le système de Cérinthe ressemble à un syncrétisme judéo-gnostique de mosaïsme défiguré, de philosophie orientide et de christianisme travesti ; il n'est ni complètement gnostique, encore moins chrétien; il porte l'empreinte de ces influences diverses et parait à un moment où le judaïsme partiel est aTio [lépovç.

CERINTHE

S. Épiphane, Hœr., xxviii, 1, P. G., t. xli, col. 377. D'autre part, la théorie gnostique qui voit dans la matière une source de péché, ou tout au inoins une dégra-

Vci'be selon la doctrine chrétienne. Aussi, pour sauvegarder ce principe de l'impossibilité de Tunion de Dieu avec un corps matériel et pour le concilier en même temps avec les récits évangéliques qui parlent de la naissance et de la mort de Jésus-Christ, la gnose inventa-!-elle le docétismc. Et, sur ce point, Cérinthe est tributaire de la gnose. Voici son système.

1» Création. — Cérinthe prend pour point de départ l'existence de deux principes. Il ne les appelle pas, comme on le fera peu après lui, le principe du bien et le principe du mal, mais, sous l'inlluence de Philon, il les désigne sous le nom de principe aciif et de principe passif. Dieu étant le premier et la matière le second. 'Il attribue l'existence du inonde à un être supérieur au monde et distinct de lui, mais qui ne saurait être Dieu lui-même, aussi éloigné que possible du premier principe, tout en participant à sa nature, et aussi rapproché que possible de la matièr factimi esse juniicliiu, u >-i, rata et distante iih "' pr iiniversa. S. Irénée, (.(.///. A.

mena, VU, v, 33, r.lii. Cnn.

est ce démiurge? On !< h^m la Bible, le Jéhovali (Ir- jiii loin : il n'admet pas I hI. m démiurge, comme nous lappi hxr., I, 26, 1, P. G., t. VII.

lien, Prœscript., 48, P. L., t.

//.rr,, S. r. /,., t. Xhu. col P. I... I. Mil, rnl. .-.;MI. C.r u.

istinguant:

ri,-i |ilii- i.H.I le Dieu de c/iiiillh' iir va pas si ■iihon lir Jrhovah et du inent saint Irénée, Cont.

1. 684; le pseudo-Tertul- , col. 67; saint Augustin, >7 : le Prmiesliiialus. 8,

.lin

t. XI. I. col. :'.77. Si le hicu ih- la Bible est qualifie d'ange par le ])seudo-Tertullien. toc. cit., c'est sans doute à titre de clief des ouviasiç et des a-atiM, dont ïlii.nilor..| dit qu'ils ont iireanisi' le monde dans ses a,'.|;„l-. //..v,.f /.'/,,, n, :;. /■. C... I. lAXMlI, col. 389. L,,s ...iirrr- III' MMii- luiil \t:\- cniin.iili'- Il iii:iniére dont t;éniillir r\|ilii|u.iil l'iii^ni.' i-l leMslriier de ces anges démiurges ; elles ne disent pas davantage le motif de l'ignorance où ils étaient de l'existence du Dieu suprême, PInlosophoiimena, VIII, v, 33, p. 388, si cette ignorance était la suite d'une faute ou la simple conséquence de l'éloignement, où ils se trouvaient du premier principe, double explication qui trouvera sa place dans les systèmes gnostiques ulti-rieurs.

2° Christologie. - C/iinlli. ii'i;;norant ni la répugnance des gnostiqur^ lii. hn ii en contact avec la

matière ni l'horreur di |ihI n-m populaire à concevoir que le Messie pût soulliii ri iiioiiiii-. a une christologie docète. Mais son docélisme n'est pas celui que combat saint Ignace dans ses Lettres, d'après lequel les phénomènes relatifs à la naissance, à la vie et à la mort de Jésus-Christ n'étaient que drs ,i|ip,irin(rç sans réalité; ce n'est pas davantage le diniii-mr ,1, llasilide qui substitue Simon de Cyrène ,i ,l/-ii^ m nu. ment de la cruciPixion, ni celui de Valenlin qui pr.'ir ;', Jésus un corps visilde i>t capable de souH'rir, mais d'essence immatérielle, (|ui n'a fait que passer par le corps de la Vierge sans lui rien emprunter. Cérinthe distingue dans le Sauveur deux personn:iges, J.'sns et le Christ; il accorde que Jésus, né de Jn^iph .1 ilr Marie comme le reste des hommes, Pliih.s..i,lf.,:,,ir„a. VllI, v, 33, p. 388; Pscudo-TertuUien, Pi-.rscniii.. IS, /'. L., t. ii, col. B7, a souffert, qu'il est mort et qu'il est ressuscité, S. Ironée, Cont. hœr., i, 26, 1, P. G., t. vu, col. 684; Philosophoumena, VII, v, 33, p. 389, ou, comme le disent

saint Augustin, Hœr., 8, P. L., t. xi.ii, col. 27, et l'auteur du Prsedeslinatus, 8, P. L., t. lui, col. 590, qu'il doit ressusciter; mais Jésus n'est pas Dieu. C'est un homme remarquable par sa justice et sa sagessr, Philosophoumena, loc. cit., p. 388, qui, au moment il ■ >.'ii baptême, a reçu, sous forme de colombe, le Cbii-i nivoyé par la Puissance suprême et a appris de lui la n'vélation de Dieu inconnu. S. Irénée, Cont. hier., i, ili, 1, P. G., t. VII, col. 684 ; Philosophoumena, v, 33, p. 389. Mais cet hôte étranger, qui est impassible et ne peut ni souffrir ni mourir, il ne le conserve pas jusqu'à sa mort; au moment de la passion, en effet, le Christ abandonne Jésus et remonte au ciel; Jésus est seul à souffrir ol à mourir. /"/li/osop/ioumena, loc. ci(., p. 389. Saint Épiphane manque ici de netteté; la distinction caractéristique, si bien marquée par l'auteur des Philosophoumena, lui échappe. D'abord il appelle le Christ 7ivEÛ|ia âyiov; puis tantôt il dit que c'est le Christ qui est né de Joseph et de Marie, Hœr., xxviii, 1, P. G., t. xi.i, col. 377; tantôt que c'est Jésus, ibid., col. 380; tantôt il affirme que c'est Jésus qui meurt et ressuscite, le Clirist étant spirituel et impassible, ihi<l.. ml. :'h-;0; tantôt que c'est le Christ qui meurt ri 1 1 ,.ii-rili im ;i la résurrection générale. Ibid.,(i, col. 384. Cr.-l iinisi ([ue l'.iiiiillii' i'ss,(\:i 1,1 ii'iicili.ition impossible du dogme rliriiirii ili. Il iV'ili-iii|iti.iii iivi'c ses vues juives et gnosliipir^, ITiiiilir^ ,pir li]i [riiiiTont cetto mêiiie concilialiun asec un égal lUsULCcb; au fond, c'est le christianisme qui est sacrifié.

3» Eschatologie. — Cérinthe admettait la fin du monde; on ignore comment il l'expliquait. Mais entre la fin du monde et l'inauguration du régne de Dieu avec les élus dans le ciel, il plaçait un règne de mille ans que les hommes devaient passer dans les délices nuptiales et les sacrifices les plus joyeux. Ce chiliasme, il l'avait puisé à des sources juives, peut-être même dans le livre d'Hénoch; on sait que ce fut une erreur partagée par certains Pères de l'Église et que le millénarisme ne disparut que peu à peu. Et l'on s'explique pourquoi ni saint Irénée ni l'auteur des Philosophoumena ne songent à le reprocher à Cérinthe. C'est peutêtre Cérinthe qui acclimata l'erreur millénaire dans cette partie de l'Asie, où allaient paraître Papias d'Hiérapolis et les illuminés phrygiens; en tout cas.il l'enseigna, comme le lui reproche Caius, Eusèbe, H. E., m, 28, P. G., t. xx, col. 273, et comme le notent saint Augustin, Hœr., 8, P. L., t. XLii, col. 27, et Théodore!, Hœret. fab., ii, 3, P. G., t. Lxxxiii, col. 389. D'autre part, Cérinthe, en enseignant la résurrection de Jésus et la résurrection future des hommes, que les gnostiques devaient écarter, semble avoir voulu maintenir le dogme chrétien du symbole, la oapxô; àvet- <7-a(Tiç; mais on ne voit pas quel rôle il réservait au corps après la résurrection, ni à quel titre il l'appelait à jouir des bienfaits du chiliasme.

III. Disciples. — Tout en distinguant Dieu du Jéhovali de la Bible et du législateur des Hébreux, Cérinthe n'en retenait pas moins comme une obligation la fidélité à la loi et la pratique de la circoncision et du sabbat; il se rattachait au judaïsme légal. S. Épiphane, Hœr., XXVIII, 2, P. G., t. xli, col. 380; S. Augustin, Hœr. ,8, P. L., t. xlii, col. 27; Prœdestinatus,8, P.L., t. LUI, col. 590; S. Jérôme, Epist., cxii, 13, P. L., t. XXII, col. 924. Philastrius prétend qu'il fut condamné par les apôtres et chassé de l'Église. Hœr., 60, P. h., t. XII, col. 1152; l'auteur du Prœdeslinatus précise qu'il fut anathématisé par saint Paul en Galatie, que c'est de lui et de ses disciples qu'il est question dans l'Épitre aux Galates, 8, P. L., t. lui, col. 590; mais ce n'est là qu'une interprétation, motivée sans doute parj le langage de saint Épiphane.

Cérinihe eut des disciples parmi les juda'isants et I judéo-chrétiens; on les appelait cérinthiens ou mérii

CERINTHE

CERTITUDE

tliiens. S. Irénée, Cont. hier., m, II, 8, P. G., 1. vu, col. 885; S. Épiphane, Hœr., xxviii. 8, P. G., t. xli, col. 388. Avec le parti des nazaréens et des ébionltes, les corinthiens consentirent bien à devenir chrétiens, mais à la condition de ne rien abandonner de.s prescriptions de la loi et de les imposer aux gentils. En conséquence, ils regardaient saint Paul comme un apostat, parce qu'il déclarait que la circoncision n'était plus nécessaire au salut et que la loi de grâce ou de liberté avait remplacé définitivement les prescriptions légales ; ils repoussaient ses Épîtres et ne se servaient que d'un Évangile, l'Évangile selon les Hébreux, £JayiiXtov xaO' 'Eepaiouç, Philastrius, Hmi:, 36, P. L., t. xil, col. 1152, dont les tendances judéo-chrétiennes étaient nettement marquées, soit dans la rédaction grecque propre aux ébionites, soit dans la rédaction araméenne en usage chez les nazar.'. n- T..^ i.l '. s courantes dans ce milieu cérinthien, éliicmi.' . i n i/,,i, , n ne furent pas étrangères à la rédaction J- - iinu rv pi,, < pseudo-clémcntins qui, à la fin du ii' si'cli ^u m euininencement du iil», formèrent toute une littérature. Reconnaissances, Homélies et Epitomés, œuvre de propagande et non d'histoire, véritable roman théologique servant de véhicule aux prétentions ébionites, au syncrétisme judéo-chrétien, dont l'école de Tubingue a cherché à exploiter les données, en leur prêtant un rôle important dans les origines du christianisme, rôle incomplètement justifié. En réalité, les partisans de Cérinthe comme le parti ébionite ou nazaréen furent sans influence marquée. Cantonnés dans quelques centres fermés, ils luttèrent inutilement contre la direction décisive imprimée à l'Église par saint Paul; leurs protestations restèrent sans écho et leur trace se perd au milieu de tant d'autres sectes gnostiques qui pullulèrent au li< siècle. A la fin du v« siècle, Gennade signale les cérinthiens parmi ceux qui doivent recevoir le baptême catholique avant d'être admis dans l'Église. De écoles, dogm., 52, P. L., t. lui, col. 994.

Outre les ouvrages cités dans le corps de l'article, TiUemont, Mémoires, Paris, 17i>l-17(i9, t. il, p. 54-60, 486-487; Kebritz, De plutonis,,,,, ,„ r.'ru.tlH^n.i^.n, ,■.;,.■,,„,. Halle, 1736 ; Paulus, Histofin c, ri,/ii,i I. ni IT" , , 1 i ,i, , , In i iiiiaire desscienccs philosi'iiln,!!^ s. i\iii-. is~,, lu,. I,. -!,. , Lrx Origines chrétiennes (liili.).]! .")-j-:,i . :iiii, I,'- il,' Kt /;,,//, jn'fklopàdie, Leipzig, 1896, du Kirclœiile.eikon, Fribouig-en-Brisgau, 1880, t. III, col. 19-23, du Dictionary of Christian biogrttpliy, Londres, 1877-1887; U. Chevalier, Répertoire des sciences historiques. Bio-bibliographie, col. 420. 2503 ; A. Harnack, Lehrbuch der Dogmengeschichte, &• édit., t. i, p. 234 sq. ; Zahn, Geschichte des neutestamentlichen Kanons, t. i, p. 220-262; t. il, p. 973- 991, 1021-1022; J. Kunze, De historiée gnosticismi fontibus œ questiones criticœ, Leipzig, 1894; J. Tixeront, Histoire des dogmes, t. i, La théologie anténicéenne, P.iris, 1905, p. 173-175.

G. Bareille.

CERTITUDE. — I. Certitudes spontanées et certitudes contrôlées. II. Scepticisme et dogmatisme. III. Le critérium de la certitude. Faut-il le chercher par le doute? IV. Qualités que doit réunir le critérium de la certitude. V. L'évidence est le critérium des vérités d'ordre idéal. YI. L'évidence est le critérium des vérités d'ordre réel. VII. Variétés d'évidence et de certitude. VIII. Certitude et volonté. IX. Définitions ecclésiastiques. X. La certitude et la foi. XI. La certitude et l'espérance. Xll.-La certitude et la conscience. XIII. La certitude morale.

I. Certitudes spontanées et certitudes contrôlées. - 1» Premier fait. — A peine notre intelligence estelle ouverte, que spontanément elle tend à connaître et à affirmer. Elle hésite peu à l'origine de sa vie, et traduit le plus souvent son activité par des affirmations catégoriques, des assentiments sûrs d'eux-mêmes. Demandez à l'enfant s'il a de bons yeux, s'il est bien si'ir que le disque qu'il aperçoit là-bas, rond et rouge, est

dict. de théol. cathol.

vraiment là-bas et réellement rond et rouge, comme il le parait. L'enfant, sans hésiter, vous répondra : « Mais certainement qu'il est ainsi, puisque je le vois. » A l'enfant qui, pour la première fois, voit ce phénomène, montrez un bâton plongé au préalable dans l'eau, et demandez-lui si ce bâton est droit, il vous répondra : « Certainement non, puisque je le vois brisé. » Nous avons tous des certitudes spontanées de cette sorte, qui jaillissent naturellement de la constatation immédiate et simple des choses. On invoque d'ordinaire, pour les affirmer, le sens commun, parce qu'elles se trouvent sans effort, ni contrôle, sur les lèvres de tous. Ainsi jadis, au nom du sens commun, pouvait-on affirmer que le soleil tournait autour de la terre. La raison de cette spontanéité d'assentiments et de ces certitudes presque instinctives est dans la nature de notre intelligence qui, étant faite pour le vrai, tend de tout son poids vers la possession la plus complète et la plus paisible du vrai qui est la certitude, et s'y installe volontiers aussitôt que quelque chose lui apparaît sans qu'elle voie aucune raison d'en douter.

2» Deuxième fait. — Or il arrive qu'avec la marche des découvertes scientifiques, avec l'aide de l'expérience quotidienne de chacun ou de la réflexion, les affirmations catégoriques de l'origine s'ébranlent ou se confirment; ce que nous attestions comme certain ne nous semble plus tout à fait sur, ou, au contraire, nous apparaît comme tout à fait fondé, et ainsi, au premier élat de certitudes spontanées, en succède un de doutes, de négations, ou de certitudes fortifiées et contrôlées.

3» Conclusion. — 11 y avait donc, dans les affirmations premières, ou bien des vices, des illogismes qui n'avaient pas apparu et dont la constatation a permis de douter ou de nier ; ou bien des fondements réels d'abord ignorés et dont la découverte a renforcé la certitude primitive. Le nœud du problème de la certitude réside précisément entre le premier et le second état que nous venons de signaler. C'est dans le passage de l'un à l'autre que la certitude se justifie ou qu'elle tombe.

II. Scepticisme et dogmatisme. — 1» Les scepliiities, ayant constaté que nous avançons primitivement des affirmations que force nous est d'abandonner ensuite, en ont conclu que toutes nos affirmations enferment le même vice. Si elles ne nous apparaissent pas toutes maintenant comme contestables, cela viendra peu à peu avec les progrès de l'esprit humain. Dès lors, il est juste de s'en défier a priori, et de leur opposer un doute universel. Considérée dans son ensemble et dégagée de la multitude infinie des détails dans lesquels elle s'est trop souvent complue et égarée, l'argumentation sceptique peut se ramener à trois chefs principaux : 1 . Elle récuse la connaissance directe ou intuitive de la réalité. L'intuition sensible (personne ne parlant plus de l'intuition intellectuelle à l'époque où le scepticisme s'est constitué) est jugée par elle radicalement impuissante. — 2. Elle récuse la connaissance indirecte de la réalité, soit par le raisonnement proprement dit, soit par le principe de causalité. S'attachant, non plus à l'expérience vulgaire, mais à la science telle que la définissent les philosophes, elle s'etTorce de démontrer que cette science est impossible. — 3. Enfin, se plaçant à un point de vue encore plus général, envisageant non plus l'expérience ou la science, mais l'idée même de la vérité telle que le monde la conçoit, elle veut montrer que cette idée n'a pas d'objet. Par définition, la vérité serait ce qui s'impose à l'esprit; or, rien, ni en fait, ni en droit, ne s'impose à l'esprit. Brochard, Les sceiitiques grecs, conclusion, Paris, 1887, p. 394.

2» Le dogmatisme, au contraire, prétend que si quelques-unes de nos affirmations premières ont succombé sous les coups de la réflexion et du contrôle scientifique, toutes ne sont pas dans ce cas et que, pour d'autres, la contre-épreuve a pleinement justifié une

CERTITUDE

adhésion totale et définiti\e, sans doute ou Iiésitation actuels, sans crainle d'erreur pour l'avenir. Et ici

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