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I il S Isidore de SeMlle, Elymol., I I \\\ii col 256 "s Bede le Véné- AiflH(7,vi 22 iiupia Act. apost., 8, ( 02 901 Leidiade de Ljon, De sanclo \ i\ col S63 lesse d \miens, Epist.
de bapt., P. L., t. c:v, col. 790, 791; Amalaire de Trêves, Epist. de cœrem. bapt., P. L., t. xcix, col. 898; Paschase Radbert, De corp. et sang. Dom., 3, P. L., t. cxx, col. 1275; Bertrand de Corbie, Contra Grsecor. oppos., IV, 7, P. L., t. cxxi, col. 334; Théodulphe d'Orléans, De ordine bapl., 17, P. L., t. cv, col. 235; les épitres pseudo-isidoriennes, Epist. Fabiani ad crimes episc, P. L., t. cxxx, col. 155; S. Pierre Damien, Serm., i, de dedicat. ecch, P. L., t. cxliv, col. 898.
D'autres s'appliquent surtout à mettre en relief les symboles mystiques. Tels S. Isidore de Séville, De offic. eccles., II, 26, P. L., t. lxxxiii, col. 823 sq.; S. Éloi,
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CHRÊME (SAINT
lliDiiil., VIII, in die camœ ûom., P. /,., t. Lxxxvii, cul. 623; S. Bède le Vénérable, In Cantic, ii, P. L., t. xcr, col. 1097; Raban Maur, De instit. cleric, l, 28, P. L., t. cvil, col. 313 sq.; De universo, vi, 11, P. L., t. CXI. col. 135; Rupert, De div. offic, v, 16, P. L., t. CLXX, col. liO. L'allégorie a parfois la part un peu large dans ces considérations où la fantaisie pouvait être si aisément amenée à jouer son rôle, comme on peut le voir par le commentaire d'Apponius sur le CaïUique des cantiques, où le beurre symbolise le saint chrême et pour d'étranges raisons. In Canlica canlicorum, Rome, 18i3, p. 12. Mais ces superfétations, d'ailleurs assez rares, n'enlèvent rien à la valeur des attestations portant sur la foi ou sur les institutions ecclésiastiques. Celles-ci se trouvent consignées en formules rigides dans les décisions conciliaires du temps : 1I« concile de Séville, en 619, can. 7, Mansi, t. x, col. 559; IV« concile de Tolède, en 633, can. 57, Mansi, col. 633; concile de Meaux, en 8i5, can. 46, Mansi, t. x!v. col. 880; concile de Rouen, en 1072, can. 7, Mansi, t. xx, col. 37. Il convient d'indiquer aussi, pour être complet, dans la législation civile, les Capitulaires de 769, cap. i, 3; de 799, cap. 3; de 813, cap. i, 17, dans Baluze, Capitularia regutii Francoruni, Paris, 1780, col. 192, 327, 504. Enfin les éclaircissements les plus circonstanciés sont fournis par les ouvrages liturgiques, par les Sacramentaires gélasien et grégorien, Sacram. gelas., i, 40, P. L., t. i.xxiv, col. 1099; Liber sacramentontm, P. L., t. ixxviii. col. 82; par VOrdo vomanus X, P. t., t. i.xxviii, col. 1009 sq.; par l'auteur du livre De divinis officiis. De sabb. sancto vigil. Paschœ, 19, P. L., t. ci, col. 1218. Voir aussi dans les Acta vêlera attribués à Jean de Rouen, \a Ben^diclio clirismatis, P. L.,X. CXLVII, col. 127 sq.
Les scoiastiques se contentèrent de recueillir dans ces textes épai's l'essentiel de la doctrine, sans chercher aucunement à l'enrichir d'une idée nouvelle : ils s'inspirent principalement des enseignements d'Isidore de Séville et de Bède le Vénérable. Rupert, De div. offic., V, 16, P. L., t. CLXX, col. 140 sq.; Honorius d'Autun, Gemma aitrea, m, 80, P. L., t. clxxii, col. 663 sq. ; Arnaud de Bonneval, De card. operibus Clirisli, viil, P. L., t. CLXXXix. col. 1653 sq. Ces données sont réduites en formules plus concises encore par Hugues de Saint- Victor. De sacram., ii, 7, 1; 15, 1, P. L., t. CLX.xvi, col. 459, 577; Pierre Lombard, Sent., 1. IV. dist. VII, XXIII, Anvers, 1757, p. 453, 512: Bandini, Sent., 1. IV, dist. XXII, P. L., t. cxcil, col. 1102.;
Peu à peu s'était posée distinctement la question de l'institution divine du saint chrême. Burchard de Worms et avec lui les anciens canonistes n'avaient pas hésité à attribuer à cette institution une origine purement ecclésiastique. Vitasse, De confirmalione, part. I, q. li, a. 3, dans le Cursus theologix de Migne, t. xxi, col. 768. Les premiers scoiastiques n'osaient se prononcer ou se prononçaient timidement pour l'institution divine. Hugues de Saint-Victor, De sacram., ii, 7, 1, P. L., t. CLXxvi, col. 459; Die Sentcnzen Bolands, édit. Gietl, Fribourg-en-Brisgau, 1891, p. 213. Mais au siècle suivant, les opinions sont catégoriquement formulées. Alexandre de Halès fait remonter au concile de Meaux, tenu en 845, l'origine du chrême, en vertu d'une inspiration de l'Esprit-Saint. 5j)i;-iii(S Sancti instinctu in concilio Meldensi. Siimnia, part. IV, q. ix, m. i. Cologne, 1622, p. 198. D'autres, cités par Jean Bacon, se prononçaient plutôt pour le concile d'Orléans. Commcnlum super IV libruni Sentcnliarum, dist. VII, q. i, ad l"", Paris, 1485. fol. 79. Saint Bonaventure, sans préciser davantage, admet également dans ses commentaires l'institution du chrême par l'Église. Inslitutum est igitur hoc elemenlum, Sj)iritii Sancto dictante, ab ipsis Ecclesias rectoribus. In IV Sent., dist. VII, a. 1, q. ir, Quaracchi, 1889, t. iv, p. 166. Mais dans le Brevilo-
quium, part. VI, sect. m, ibid., t. v, p. 268, il revient sur cette assertion pour l'atténuer en déclarant que le Christ a tout au moins insinué cette pratique, insinuando et initiando.
La doctrine de saint Thomas sur l'institution des sacrements et sur le rôle sacramentel du chrême dans la confirmation ne pouvait se concilier avec cette théorie. Aussi est-il expressément enseigné dans la Somme, III», q. LXXii, a. 4, ad l"'"", que l'emploi liturgique du chrême a été imposé par le Christ aux apôtres, bien que les écrits du Nouveau Testament ne mentionnent pas cette institution. Scot, In IV Sent., dist. VII, q. i. n. 2, Lyon, 1639, p. 392, se range à cette doctrine, qui dès lors fut suivie par la plupart des théologiens soit thomistes soit scotistes. Le Catéchisme du Concile de Trente, De confirm. sacram., 0, Tournai, 1890, p. 161, reproduit les mêmes déclarations, et il invoque à l'appui l'autorité des Pères et en premier lieu du pape Fabien qui rapporte au Christ lui-même l'institution du saint chrême. Apostoloschrismatisconfectionem a Domino accepisse... testatus est. Suarez, De confwm., disp. XXXIII, sect. I, n. 6 sq.,édit. Vives, t. xx,p.635sq., ajoute que cette doctrine est de foi, en vertu de la croyance universelle et constante de l'Église attestée par les Pères des premiers siècles, et par les définitions du concile de Florence et du concile de Trente. Mais il est avéré aujourd'hui que les textes invoqués de saint Denys l'Aréopagite, du pape Fabien, de saint Cyprien, Serni.de unctione chrismatis, de saint Grégoire le Grand, In Cantic, 1. sont apocryphes et d'une époque relativement récente. Le concile de Trente, en attribuant une vertu salutaire au chrême sacré de la confirmation, sacra confirmationis chrisniati, n'a rien défini louchant son origine, et le décret d'Eugène IV pro A>-menis, Denzinger, Enchiridion, n. 392, laisse intacte la question dogmatique de l'institution divine du saint chrême. On peut la discuter encore. Même si le concile de Florence avait défini que l'huile chrismale est la matière du sacrement de confirmation, on ne pourrait encore inférer de là que l'institution du chrême par le Christ lui-même soit une doctrine de foi. Quoi qu'il en soit, on n'arrive pas à prouver que le pape Eugène IV ait eu l'intention de définir une question jusque-là discutée dans l'École, comme le prouvent suffisamment les discussions théologiques soulevées aussitôt par ce décret. Cf. Vitasse, Tract, de confirmalione, part. I, q. ii, a. 2, dans le Cursus theol. de Migne, t. xxi, col. 767.
Cependant la doctrine qui fait remonter jusqu'aux apôtres et au Christ lui-même l'institution du chrême a pour elle les plus graves autorités, et la longue série des textes signalés plus haut se résume en quelque sorte dans ces deux canons, aux formules diverses, des conciles de Mayence, en 1549, et de Bourges, en 1584. Hoc sacramentum... sub ipsis teniporibus apostoloruni ex eorumdem tradilione adhibita chrismatis unctione cœpisse conferri. l" concile de Mayence. i, can. 18, dans Labbe, Sacros. conc, t. xiv, p. 676. Nemo dicat chrismatis confeclionem ab alio quam a Christo instilutam esse. Concile de Bourges, xx, can. 2, ibid., t. xv, p. 1088. La plupart des théologiens modernes admettent que l'institution du saint chrême a pour auteur le Christ lui-même, mais sans faire de cette question une question de foi. Xepefny, Das Sacrament der Firmung, Breslau, 18i7, p. 27 sq.; Janssens, La confirmation, Lille, 1888, p. 10! ; Heimbucher, Die heilige Firmung, Augsbourg, 1889, p. 61 sq. ; Pesch, Prselccliones dogmaticœ, Fribourg-en-Brisgau, 1896, t. VI, p. 210.
La doctrine protestante de la justification par la foi et de l'inutilité des pratiques extérieures ne pouvait se concilier avec les données traditionnelles de l'Église catholique attestant la vertu surnaturelle de l'huile chrismale. En 1520, Luther révoque en doute l'efficacité des saintes huiles. Von der Babxjlonischen gefenknuss
CHRÊME (SAINT
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der Kirchen, s. d. s. 1., von der Finnung; von dem Sacranienl der lelsten Œlung, part. III. Bientôt les liitliériens ne voient plus clans le saint chrême qu'un ppotUiil abominable de la superstition romaine, et dans la eonsrcralion du jeudi-saint qu'une incantation ridicule. Cliemnitz a résumé tous leurs griefs dans sa dissertation sur le sacrement de confirmation. Examen concilii Tridetitini, Francfort. 1578, p. 57-70. Avec une violence de langage plus accentuée, les calvinistes renouvelèrent les mêmes attaques. « Lan^ur mict ili''L:e. écrit Calvin, oses-tu opposer au sacrement di rini-t. .1. la graisse infecte seulement de la puanlmi .Ir Imi hiLine et charmée par quelque murmure de pjnib^ ' > lii.^liintion de la religion c/irestienne, iv, 9, 5, Genève, 1562, p. 9-16. Jean Baillé mit son érudition au service de ces polémiques ardentes dans un ouvrage dont les calvinistes français se font grand honneur : De duobus Latinorum ex unclione sacrametitis confirmalione et extrema, ut vocanl, vnctione disputalio, Genève, 1659. Il se réclame des albigeois et des vaudois qui rejetaient comme une institution purement humaine les onctions d'huile et de chrême. Mais il est difficile de contrôler ces assertions, d'ailleurs vraisemblables. Contre tous ces hérétiques, le concile de Trente a formulé cette condamnation ; Si guis dixerit injuriosos esse Hpiritui Sanclo eos, qui sacro confirmationis clirismali virtutem aliquam tribuant, anathema sit. De confirmalione, can. 3, Denzinger, Enchiridion, n. 754.
II. ÉLÉMENTS CONSTITUTIFS. — ^'^ Huile. — L'huile constitue la substance fondamentale du saint chrême, et par là il faut entendre, suivant l'acception propre et obvie du mot k'Xaiov, oleum, l'huile d'olives à l'exclusion de toute autre, de même que pour le jjaptéme et l'eucharistie on ne peut employer validement que de l'eau naturelle et du pain de froment. La tradition de l'Église n'a jamais varié sur ce point.
L'emploi de l'huile d'olives dans le culte religieux et pour les consécrations liturgiques remonte à la plus haute antiquité. Jacob consacre ainsi la pierre sur laquelle il avait vu en songe l'échelle mystérieuse : il y répand l'huile de l'olivier. Gen., xxviii, 18. Dans la liturgie mosaïque, l'huile sainte qui servait à l'onction du grand-prêtre et de tous les élus du sacerdoce, était constituée par de l'huile d'olives très pure et différents aromates, Exod., XXV, 6; elle portait le nom d'huile de l'onction, Sémén hanimishâh, et ne pouvait servir aux usages profanes. Exod., xxx, 30; Lev., viii, 12. Le souvenir de l'huile versée sur la tète d'Aaron au jour de son .sacerdoce, Exod., xxix, 7, est invoqué glorieusement dans le Ps. cxxxiil (Vulgate, cx.xxii), 2, comme terme de comparaison, et les Pères de l'Église, à propos du .saint chrême, y font des allusions fréquentes. Cf. Tertullien. De bapt., 7, P. L., t. I, col. 1206; S. Ambroise, De niysleiiis, vi, 29, P. L., t. xvi, col. 398; S. Augustin, Contra litter. Petil., ii, 104, 239, P. L., t. XLiii, col. 342. C'était aussi d'une huile sacitr .pir l'un ui-nait la tête des rois à la cérémonie du san . , I l;.;: , x, 1; XXI, 1, 13; il est vraisemblable qu'elle n. {Iiili i;iil pas essentiellement, par ses composants, du I liuilc de louction. Sacchus, Sacroriim elxochrismatonmyrot/iecium, Rome, 1625, t. m, p. 575.
Conformément à cette tradition l'Église a toujours et exclusivement employé l'huile d'olives dans la confection du saint chrême, comme en témoignent les plus anciens documents. Théophile d'.\ntioche. Ad Autoh/c., I, 12, P. G., t. VI, col. 1041 ; TertuUien. Adv. Marci'on., I, 14, P. L., t. II, col. 262; Cyprien, Epist., Lxx, ad Jamiar., 2, P. L., t. m, col. 1040 ; Optât de Milève, De schi!:r,t. donat.. vu, 3. P. L.. t. xr, 1089 sq. ; S. Cyrille
de I , 1,: <■• ' ',r,, , iM. r r;.,i.xxxiii,col.l089;
^ r i r,., t. xxxii. col. 188;
' I-. /'. G., t. I, col. 797.
iiiii .1'; III il. -e 11,11 i^ie entre les propriétés
de l'huile d'olives et les dons du Saint-Esprit dont le chrême est l'emblème.
Bède le Vénérabl.' e |ili,]ii. , [m'cision que nulle
autre espèce d'huil I huile de noix que
l'huile d'amandes, ne | en m i m h la confection du chrême, parce que seul, rimile d ,,|ives est proprement de l'huile; c'est aussi l'huile communément employée et celle qui exprime le mieux les propriétés de l'Esprit- Saint. In Canlic, il, P. L., t. xci, col. 1097. L'auteur du De div. of/ic, De sabb. sanrtn viij. Paschœ, P. h., t. CI. col. 1205, ajoute que l'on ili.il Miller '., ce que cette huile soit très pure, ex oleo iiunnlissinhi. Lorsque les partisans de Photius rédigèreni leiii> ili\| cliefs d'accusation contre l'Église romaine, le cinquième grief reprochait aux Latins de se servir de l'eau de rivière pour la confection du saint chrême. Au nom de tous les évèques de Gaule, Bertrand de Corbie réfute vivement cette calomnie et atteste que les Latins emploient à cet effet le jus de l'olive, olivss liquore, comme les Grecs eux-mêmes et toutes les Églises du Christ. Contra Grxcor. oppos., iv, 7, P. L., t. cxxi, col. 33i. Dans sa lettre à Hincmar de Reims et à tous les évêques des Gaules, le pape Nicolas I" avait protesté déjà contre une pareille imputation. Epist., CLii, ad Hincmar., P. L., t. cxix, col. 1155.
D'autre part, le pape Grégoire VII, ayant appris que les Arméniens se permettaient de remplacer l'huile par le beurre, signale aussitôt, pour le condamner, ce grave abus. Regislrum, vu, 1, P. L., t. cxLViii, col. 571 sq. Au reste, la pratique des Églises orientales n'a pas varié sur ce point, si ce n'est peut-être dans l'Église arménienne. La nouvelle qui avait ému Grégoire VII était sans doute controuvée. Toutefois, dans la conférence qu'il eut en 1170 avec Nersès, patriarche général des Arméniens, le moine grec Theorianos s'étonne que celui-ci ait osé autoriser officiellement l'emploi de l'huile de sésame pour remplacer l'huile d'olives dans la confection du saint chrême. De cette irrégularité pardonnable et légère, qui n'entache point à ses yeux la validité de la bénédiction chrismale, Nersès s'excuse doucement en alléguant une ancienne coutume et la rareté de l'huile d'olives dans ces régions montagneuses. Theorianos, Disputatio I, P. G., t. cxxxiii, col. 192. Mais ce fait est isolé, et les Syriens comme les Grecs ont souvent reproché aux Arméniens, comme un sacrilège, cette innovation qui relève plutôt de l'ignorance. Denzinger, Ritus Unentalium, Wurzbourg, 1863, t. i, p. 53. En Occident, aucun théologien n'a jamais contesté que l'huile d'olives fût indispensable à la validité du chrême et aucune pratique contraire n'a motivé les déclarations officielles de l'Église à ce sujet. Cependant, iiiênTe avec les réserves qu'il convient d'apporter touchant l'emploi liturgique du baume, et que nous allons signaler, cette nécessité se déduit aisément des paroles d'Innocent III, c. ^Cum venisset. De sacra unclione, Décret., 1. I, lit. XV, c. I, § 2, et du décret d'Eugène IV pro Ai'ntenis qui détermine la confection du chrême : Chrisma confectum ex oleo et balsamo. Denzinger, Encltiridion, n. 592.
2» Baume. — On ne voit pas, par les documents sacrés, que le baume ait joué, comme l'huile, un rôle important dans la liturgie mosaïque, et son emploi dans le culte chrétien parait constituer plutôt une innovation que l'héritage antique d'une tradition vénérée. Les Orientaux ont pourtant connu de tout temps cette substance résineuse et odorante qu'on extrait par incision de certains arbres, tels que le lentisque, le baumier de Galaad, et autres végétaux aromatiques; ils s'en servaient dans différentes mixtures pour la toilette et aussi comme médicaments. Le baume de Judée à qui les Grecs réservaient le nom particulier de oîToêà).(ja(io:, était le plus célèbre : on le demandait surtout aux cultures de Jéricho et d'Engaddi. }osèphe, Ant. jud., IX, i.
CHRÊME (SAINT
2; XIV, IV remarquable que le nil)le, si ce n'est dan terme générique «■>mates, est rendu pai fois, que le mot bcs'i proprement dit. Voir
édit. Didol. t. I, p. 333, 529. Mais il est
ue le mol ne se rencontre pas dans la
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II / , I :,iiii . \ , I , ~i. iini.' le baume, Baumi;, dans lo Diciiunnaire de la Bible, de M. Vigoureux, t. i, col. 1517. Quoi qu'il en soit, l'huile de l'onction, qui est devenue en quelque sorte notre chrême liturgique, suivant la remarque de saint Ambroise, De myslei:, vi, 9, P. L., t. xvi, col. 398, ne contenait comme parfums que des aromates différents du baume : la myrrhe franche, lecinnamome, le roseau aromatique et la casse. E.tod., x.w, 6; xxx, 23-24.
Le Nouveau Testament mentionne l'huile employée par les apôtres, Jac, v, 14, mais il n'est nulle 'part question du baume. Les plus anciens textes des Pères se rapportant au saint chrême ne signalent également que l'huile, sans la moindre allusion à l'usage du baume. S. Théophile d'.\ntioche. Ad AiitoL, i, 12, P. G., t. vi, col. 1041 ; Tertiillien, Adv. Marcion., i, 14, P. L., t. il, col. 262 ;;S. Cvprien, Epist., LXX, ad Januar., 2, P. L., t. III, col. lOiO; .■•dil. Harlel, t. 11, p. 768; S. Augustin, De bapt., v. 20, 27, P. L., t. XLiii, col. 190; Secni. de catacL, i, 1, P. L., 1. XL, col. 693; Enan: in Ps. xuv, n. 19, P. L., t. xx.wi, col. 505; Semi., ccxxvi, ad infantes, P. L., t. xxxviii, col. 1100. Dans son traité contre Parménien, saint Optât parait plutôt exclure la présence du baume dans le chrême. 11 déclare en effet que l'huile avant d'être consacrée est telle qu'elle sort du pressoir, absolument simple, et que toute sa suavité lui vient du nom de Jésus-Christ. Oleum antequam a nobis couficiatiir taie est quale natian est .confectum, auavitatem ex nomine Christi accipere potest... Oleuni enim simplex est. De schism .donal.,i\,l , P . L.,\. xi, col. 1089 sq. Le P. Morin a cru reconnaître au contraire dans ce passage une allusion à Tarôme balsamique et à une mixture faite par l'évèque. Opéra postlnmta, p. 33 sq.Mais le mot s»avi(as s'applique naturellement aux propriétés de l'huile; il est pris d'ailleurs dans un sens spirituel. Le mot confectum n'indique pas nécessairement par lui-même un mélange opéré; il s'entend très bien ici d'une simple consécration.
Si l'on excepte les indications conjecturales que peut fournir le texte cité plus haut de saint Irénée, Cont. hxr., I, 21, 23, P. G., t. VII, col. 664. les premiers documents qui attestent l'emploi du baume dans la confection du chrême remontent, pour l'Église latine, au vF siècle seulement. Saint Grégoire de Tours, Deglor. nxart., r, 41, P. L., t. LXXI, col. 742, parle de l'onction chrismale comme d'une onction balsamique chez un martyr du temps de Dioclétien, ablulus et balsanio unctus. Mais ce trait est emprunté au poème de Prudence, Apotheosis, V. 487, P. L., t. Lix, col. 963, dont le texte porte simplement ces mots : lotus et unctus, l'interprétation de saint Grégoire est toutefois une preuve que l'emploi du baume dans le chrême passait déjà pour un usage ancien au vie siècle. Un te.xte peu connu d'Arator, De Act. aposl., P. L., t. Lxvni, col. 90, en fournirait au besoin une nouvelle attestation :
Et l'on voit en effet par les actes du III« concile de Braga, en 572, que l'Église commençait à réglementer cet usage. Comme le baume était rare à cette époque et d'un prix élevé, les évêques avaient coutume d'exiger de chaque paroisse un Iriens par manière de rétribution pour le baume employé à la confection du saint chrême. Le 4» canon du concile prohibe désormais cette pratique mercantile. Mansi, t. ix, col. 839. Les premiers livres liturgiques formuleront bientôt les prescriptions relatives à la consécration du chrême. Sans
parler du texte prétendu de saint Grégoire le Grand, In Cantir., i, 34, P. L., t. Lxxix, col. 493 : Balsamum cum oleo pontificali benedictione chrisma efficitur, texte qui fait défaut dans quelques manuscrits et qui appartiendrait d'ailleurs à un ouvrage vraisemblablement apocryphe, les Sacramentaires gélasien et grégorien signalent l'adjonction du baume à l'huile du chrême. Le premier ne fait qu'une allusion à la vertu du chrême destiné à combattre la corruption de la nature et à embaumer de son .In I - impies de Jésus-Christ, mais l'allusion c-i 1 ni 1 Sacram.
gelas., i, 40, P. L., t. lxxiv, .. [1 1 - 1. ramen-
taire grégorien est très explicil. 1 , |ii .1 il prendre du baume et le mêler à l'huile, accepta balsamo et commiscitato cuni oleo. Liber saci:, De bened. chrism., P. L., t. Lxxviii, col. 82. Il est à remarquer que le saint chrême, dans les deux Sacramentaires, se distingue de l'huile des infirmes. L'Ordo romain distingue l'huile des exorcisés, l'huile des infirmes et le chrême où le baume a été mélangé. Ordo roni. X, P. L., t. Lxxviii, col. 1009 sq. La liturgie du saint chrême est dès lors fixée dans l'Église latine. Amalaire de Metz mentionne le mélange d'huile et de baume comme une pratique communément observée, De eccl. of/ic., i, 12, P. L., t. cv, col. 1011, et Bertrand de Corbie altesleque tel est l'usage de l'Église universelle. Contra Grsecor. oppos., IV, 7, P. L., t. cxxi, col. 334. Voir aussi Théodulphe d'Orléans, Capitulare, P. L., t. cv, col. 221; l'auteur du De divin, offic, De sancto bapl., 1. P. L., t. xcix, col. 863; Hupert, De divin, offic, v, 16, P. L., t. clxx, col. 140. Enfin, Hugues de Saint-Victor fournit la formule traditionnelle que tous les scolastiques reproduiront : Chrisma ex oleo et balsamo conficituv. De sacrant., II, 7, P. L., t. CLXxvi, col. 459. En même temps que la chose, le terme lui-même était fixé. Bien que l'oraison consignée dans le Sacramentaire gélasien pour la bénédiction de l'huile des infirmes emploie à ce propos le mot chrisma, l'usage ue tarde point à prévaloir de réserver au mélange d'huile et de baume le nom du chrême, à l'exclusion des autres saintes huiles. Comme le remarque le vieux maître Bandini, à une huile plus sainte il fallait un nom plus .saint, et c'est parce qu'il exprime mieux celte surabondance de la grâce, que le mot chrême a perdu sa signification générique pour revêtir un sens absolument particulier. Privilégia enim abundantioris gratia générale nomen sibi vindicat proprium. IV Sent., dist. XXII, P. L., t. cxcil, col. 1102.
Les Églises orientales, si l'on excepte les nestoriens, emploient également le baume dans la confection du saint chrême, en même temps qu'une foule d'autres parfums. Denzinger, Ritus Oriental., p. 51 sq. Les eucologes mentionnent environ quarante espèces d'aromates : canelle, essences de fleurs, ambre, bois d'aloès, clous de girolle, noix muscades, spica nardi, roses rouges d'Irak, sans compter quantité d'herbes inconnues « dont le nom ne se rencontre même pas dans les lexiques ». Benedicti XIV bullarium, Rome, 1751, t. iv, p. 169. Voir le rituel byzantin dans Goar, Euchologium, p. 638 sq. Des traités complets réglaient tous les détails de la confection du xpiVjjia et la préparation, qui durait presque tout le temps du carême, était faite avec un grand cérémonial d'oraisons par les prêtres, comme jadis dans les monastères la confection du pain et du vin d'autel. Janssens, La confirmation, p. 105; Kraus, Real-Encijcl., t. i, p. 213. Ce composé porte le nom de [i-jpov et l'Église romaine lui reconnaît encore toutes les vertus du saint chrême, pourvu que la quantité d'huile mêlée de baume reste prépondérante. Benoit XIV, Constit. Ex qua primum, dans le Bidlaire, lac. cit., p. 169.
L'antiquité de cette huile odoriférante est attestée par des documents décisifs. Le II« concile œcuménique de Constantinople, en 381 la mentionne en ter-
CHRÊME (SAINT
mes formels et avec vénération, tû àYiû (ijpw. Can. 7, dans Mansi, t. m, col. 56i. Paint Cyrille de Jérusalem, que Cheninitz apptll. p. m ri!, riison « le principal patron du chrême !■ i i /' — " concil. Trident., part. II, p. 65, a Cl m I i, - . , , une de ses plus remarquables institutiinis ( (h . 11. ipjih -. Cal. mijalaq., m, P. G., t. XXIII, col. 1089 sq. Les ConMiinh.-,,- iiM.-iuliques lui donnent indifféremment le n i r iiilr ou d'onguent aromatique, tm ây;'.. . > •,;.
Const. apost., m, -16, P. G., t. I, cul. 7;i7. l'uur Xlieodoret, le t).-Jpov est pénétré de l'Esprit, toû Tiv£-j|j.àTixoO |j.-Jpo-j ; il confère par son empreinte un caractère royal. Jn Cant., I, 1, P. G., t. Lxx.xi, col. 60. Les plus anciens eucologes renferment l'office de l'onguent sacré, 'Azo'/,o-.^0;c< ToC àyio-j |j.-jpo-j. Goar, Eucltologium, p. 618. Voir aus.si le pseudo-.Iusdn, Qitsest., cxxxvi, ad orlhod., P. G., t. VI, col. i:Wi): siirlnnt le pseudo-Denys, qui transmet de pi. , i. ii\ i in-.iLiiri, nuls liturgiques sur la cornpositiun ~Miil"ili.iti- ilu (iii.nir- oriental, -^i to-j jj-Opo-.. (j-..|jr,o,..,T ^:/);7:.'/<.' r,.!rs. hier., IV, 4, P. G., t. III, col. 4a). Cf. l'article du P. Stiglmajr, Die Lehre von den Sacra-menlen nach Ps. Dionysius, dans la Zeilschrifl far kalholische Théologie, 1898, t. xxii, p. 282-291.
Le baume dont on se servait dans les deux Églises était le baume de Judée ou de Galaad, qui abondait autrefois en Palestine, et aussi en Egypte près du Caire, mais qu'on ne retrouve plus guère aujourd'hui que dans l'Arabie heureuse, aux environs de Médine et de la Mecque. Bédé le Vénérable signale expressément cette coutume de n'emplovor dans la confection du chrême que le baum.' d Iji^'iddi. In Cant., il, P. L., t. xci, col. 1097. ('.■■lui !.■ Ir.iiihii' par excellence, le seul communément dtsi^Mi' M.u^ le nom de balsamtcm. L'auteur du De divin, officiis remarque à son tour que l'Église ne se sert que d'un baume de choix, ex optimo baisante. De sabb. sanct. rigil. Pasch., 19, P. L., t. CI, col. 1205. L'emploi de ce baume devait être coûteux, puisque pendant plusieurs siècles les conciles ont dû renouveler la défense imposée aux évêques d'exiger des prêtres ou des fidèles une rétribution qui leur permit découvrir les frais de l'achat annuel de baume; mais les fidèles sont invité.s à venir d'eux-mêmes en aide aux évêques. Cf. III« concile de Braga. can. 4; II' de Chalon, can. 16; de Aleaux, can. 4Ô, dans Wansi, t. IX, col. 839; t. xiv, col. 97, 829. De plus, comme cette substance était rare, il devenait difficile parfois de renouveler la provision paschale. Telle est du moins la' rai-oii :illi'';.uri' il.m^ l.i Idli.' da pseudo- Fabien par c. 1 i.iiii- . \. qii> - i . > - |ic.iir - . \eiiser de ne point procédn cIi,i>|m. miii.' .1 11 1 .iii-' 1 iMliun du saint chrême. Epi.st. ad uinna cpixc, P. L., l. cxxx, col. 154. Aussi, au XVF siècle, lorsque Monardès de Séville, à la suite des découvertes faites par les Espagnols dans les Indes orientales, eut importé en Europe le baume des Indes ou du Pérou, produit du ilirospermum perni- ^e)-»fli, les papes Paul IV et Pie V autorisèrent au même titre que le baume de Judée, dans la confection du chrême, l'emploi de l'aromate nouveau. Une once de ce baume se vendait à Rome jusqu'à cent ducats. Pellicia, De Christian. Eccl. politia, Bassano, 1782, t. i, p. 43; Kraus, Real-Encycl., t. i, p. 213.
Vu sa rareté, son prix dispendieux et la difficulté d'acquérir cette substance pure de toute altération, les théologiens se sont demandé de bonne heure si le baume était un composant essentiel du saint chrême. Les anciens scolastiques répondaient affirmativement. Ale.xandre de Halès, Summa, III», q. ix, m. i, Cologne, 1622, p. 199; S. Bonaventure, In IV Sent., dist. VII, a. 1, q. Ii, Ouaracchi, 1889, t. iv, p. 166 sq.; S. Thomas, Sum. Iheol., Illa, q. Lxxii, a. 2, ad i"'". Après le décret d'Eugène IV pro Armenis, qui définit le saint chrême un mélange d'I.iuile et de baume, Denzinger, Enchiri-
dion, n. 592, Suarez considère comme un point de doctrine définitivement acquis la nécessité d'aromatiser de I baume l'huile du saint chrême, et il allègue comme I preuve la tradition et la pratique constante de l'Église. De confirmatione, disp. XXXIII, sect. i, n. 8, 10, Paris, 1866, t. XX, p. 635 sq. Cette opinion est soutenue égale- \ ment par Beyer, Tract, de sacrain. confirm., Anvers, ' 1658, p. 49 sq., et par Morin, Opéra posthuma, Pa^ ris, 1703, p. 35. Estius, tout en admettant l'instilutn divine de ce mélange symbolique, car les deux que lions sont distinctes, n'ose se prononcer sur son ractère d'absolue nécessité au point de vue de la dite du saint chrême. In IV Sent., dist. VII, § 8, Par 1696, t. IV, p. 81 sq. Mais des textes traditionnels préi demment cités il est impossible de conclure avec un certitude suffisante à l'origine apostolique de cet et de cette tradition. Quant au terme unguentum qu l'on trouve dans des documents plus anciens, S. cien, Epist., Ii, ad Sympron., 7, P. L., t. xiii, col. 1 S. Ambroise, De mysler., vi, 29, P. L., t. xvi, coL Prudence, Psychomachia, P. L., t. LX, col. 50, il désig simplement, de même que chrisnia, la matière de l'o tion, et rien dans ,les textes allégués n'autorise ' l'appliquer restrictivement à l'huile chrismale. Vd l'oraison qui accompagne la bénédiction de l'huile i infirmes dans le Sacramentaire gélasien, P. L., t. lxxh col. 1099, et dans le Sacramentaire grégorien, P. t. Lxxviii, col. 83. D'autre part, le décret d'Eugène '. n'offre nullement les apparences d'une définition do matique et, sur ce point particulier de la nécessité baume pour la confection du chrême, l'opinion commua des théologiens commença précisément, après et i le décret pontifical, à se prononcer contre cette néce site, ainsi qu'en fait foi un texte important de Valentiâ Comment. theoL, disp. V, q. i, p. ii, Venise, 1608, t. iv, p. 1623. Est autem hsec sententiajam tam illitstrium et tam muUorum doctorum, iit jure quidem illa seciinda contraria vix nunc conimunis dici possit. Dans la constitution Ex quo primum, du 1" mars 1756, Benoît XIV déclare à son tour que les anciennes controverses scolastiques louchant le saint chrême ne sont point dirimées et que chacun peut suivre à son gré sur ces matières l'opinion qui lui plait. Benedicli XIV bullarium, Rome, 1751, t. iv, p. 169.
L'opinion qui onnsid^re le baume comme un élément non essentiel .i !• i nii-iilutlon du saint chrême est généralement nlini-. Hij.Mudliui. Elle a trouvé dans le savant continuai, iii- d.- \ liasse son plus solide défenseur. Tract, de coit/inii., part. I, q. ii, a. 3, § 12, dans le Cursits theol. de Migne, t. xxi-xxii, p. 855. Cf. Kraus, Real-Encycl., t. i, p. 211; Schanz, Die Lehre von den heiUgen Sacramenten; Eribourg-en-Brisgau, 1893, p. 301 sq. ; Janssens, La confirmation, p. 104. Mais il est hors de doute que le mélange du baume est requis en vertu d'un précepte grave et que l'omission de cette pratique rendrait douteuse la validité de la consécration du chrême. Cf. Lehmkuhl, Theol. mor., Fribourg-en- Brisgau, 1896, t. Ii, p. 68; Pesch, Prœlect. dogm., Fribourg-en-Brisgau, 1896, t. vi, p. 211.
III. Consécration. — 1» Ministre. — Dans les Églises orientales comme dans l'Église latine le privilège de consacrer le saint chrême appartient aux évêques. Chez les Grecs, le patriarche de Constantinople s'était avec le temps réservé ce droit, que se sont approprié ensuite les patriarches des Églises dissidentes. Cf. Arcudius, De concordia Ecclesise occidentalis et orientalis in sacramentorum administratione, ii, 11, Paris, 1622, p. 82. C'est de tout temps que la consécration du chrême a été regardée comme une fonction incombant aux seuls évêques. En 390, le II' concile de Carthage décrète, dans le 3" canon, que la confection du chrême, la consécration des vierges et la réconciliation publique des pénitents sont interdites aux simples prêtres. Mansi, t. m,
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col. 693. Il fallut renouveler celte décision, en 398, au III' concile de Carlhage, can. 3. Mansi, t. m, col. 869. En Kspagne, à la même date, le I" concile de Tolède constate que certains prêtres se permett;iient de consacrer le saint chrême, à rencontre de l'u-sage presque universel de l'Église, et leur défend d'entreprendre ainsi sur le droit é)yiscopal. Can. 20, Mansi, t. m, col. lÛO-2. Innocent I", dans sa lettre à Decentius, rappelle que le chrême employé par les prêtres dans l'onction postbaptismale doit être bénit par l'évêque. Denzinger, Enchiridion, n. 60. Mais les abus continuèrent à s'aggraver. Montan, qui présida en qualité d'archevêque de Tolède le II" concile tenu en cette ville, l'an 535, s'indigne de la présomption inouïe de ces prêtres qui consacrent le chrême, entreprise abominable qui ne s'était jamais vue depuis le commencement de la foi catholique. Episl., i, 2. P. L., t. Lxv, col. 52.
A ces condamnations, le III« concile de Braga, en 572, dut ajouter une peine sévère, la déposition ecclésiastique. Can. 4, Mansi, t. ix, col. 839. Cette censure fut renouvelée par différents conciles, spécialement contre les chorévêques, au concile de Meaux, en 845, et sanctionnée par plusieurs capitulaires de Charlemagne. Mansi, t. xiv, col. 829; Baluze, Capitid. reg. Franco/:, Paris, 1780, t. i, col. 327. En Sd8, le concile de Worms insiste longuement sur cette violation des droits pontilicaux. Hœc oninia illicita esse presbyteris cognoscuiitur, quia pontificatus apiceni non liabent ; quse tanien omnia episcopis aiiclorilate canonum concedanlur. Can. 8, Mansi, t. xv, col. 871. Dès le début, la liturgie n'était pas moins formelle. D'après les Constitutions apostoliques, vu, 42, P. G., t. i, col. 104-1. la consécration du chrême est réservée à Vàfy:ifc\,i. Le Sacramcntaire gélasien, i, 40, P. L., t. lxxiv, col. 1099, le Sacramentaire grégorien. Liber sacrani., P. t., t. Lxxviii, col. 82, VOrdo ronianus X, P. L., t. LXXVili, col. 1009, ne connaissent d'autre consécrateur du chrême que l'évêque. Cf. Amalaire de Metz, De eccles. offre, i, 12, P. L., t. cv, col. 1011; Raban Maur, De cleric. instil., I, 28, P. L., t. cvii, col. 313; Ruperl, De divin, offic, V, 16, P. L., t. CLXX, col. 140. Même dans le cas où l'administration du sacrement de confirmation serait permise à un simple prêtre, les prescriptions canoniques spécifient que le chrême employé à cet usage aura été consacré préalablement par l'évêque. Innocent I'', Epist., XXV. ad Décent., m, 6, P. L., t. xx, col. 554; Innocent III, c. Cum venisset. De sacra uncl., dans Vlnstructio pro sinipVwi sacerdote sacramentum confirmationis administrante, reproduite en appendice dans le Rituel romain. Le décret d'Eugène pro Armenis prescrit que le chrême soit bénit par l'évêque. Chrisma confectuin ex oleo et balsamo ab episcopo benedictum. Denzinger, Enchiridion, n. 592. Cf. Bingham, Origines sive antiquitates ecclesiasticœ, Halle, 1727, t. iv, p. 356-
Mais, par délégation, et comme ministre extraordinaire, un simple prêtre pourrait-il opérer validement cette consécration? Saint Thomas, Sum. tlieol., III', q. Lxxii, a. 3, ad 3'"°, semble réserver exclusivement au Christ ou à l'évêque représentant du Christ dans l'Église le pouvoir de conférer au saint chrême cette consécration spéciale qui en fait l'instrument de la grâce. Suarez adopte cette opinion comme plus probable, en raison des textes conciliaires qui réservent ce droit à l'évêque, comme une prérogative inhérente à la dignité épiscopale. De confirm., disp. XXXIII, sect. ii, n. 14, édit. Vives, t. xx, p. 645. De même Arcudius, De concordia Ecclesix oi-cidentalis et orientalis, u, 14, Paris, 1626, p. 91 ; Beyer, Ti-act. de sacram. confirm., 2, Anvers, 1658, p. 70. Cependant l'opinion contraire était déjà soutenue par Scot, In IV Seit., dist. VII, q. i, Lyon, 1639, p. 391. Chrisma sanclificatum specialiter ab episcopo, vel ab alio cui talis sancliftcalio poterit commilti. Holtzclau, De sa-
cram. confirm., n. 164, dans la Theologia dogmatica dite de Wurzbourg, Paris, 1889, p. 255. Les textes des conciles cités plus haut n'ont rien en effet d'absolument exclusif : ils réservent le droit des évêques, sans le déclarer incommunicable. Le I" concile de Tolède, en 398, constate que de simples prêtres s'étaient permis de consacrer le saint chrême; il se contente de déclarer que désormais les seuls évêques pourront exercer ce ministère. Plaçait ex hac die nullum nisi episcopum chrisma facere. Can. 20, Mansi, t. m, col. 1002. D'autre part, l'administration du sacrement de confirmation revient aussi de droit divin aux évêques en vertu de leur cliarge; mais un simple prêtre peut être délégué pour cet office. Dès lors, s'il lui est donné par induit d'administrer le sacrement lui-même, pourquoi ne pourrait-il être investi du pouvoir de procéder à une cérémonie préparatoire, de bénir l'huile de l'onction, simple matière du sacrement? Une telle dispense ne serait pas d'ailleurs, semble-t-il, inouïe dans l'Église. Le diacre romain Jean, dans sa lettre à Senarius, rapporte que l'autorisation de consacrer le chrême a été concédée par plusieurs papes à des prêtres africains. Epist. ad Senar., 8, P. L., t. Lxxv, col. 404. Cf. Mabillon, Mus»»»! italic, Paris, 1724, t. I, p. 73. D'après Wadding, le pape Eugène IV concéda également à Fabien de Bachia, lors de son départ pour les Indes, en 1444, la faculté d'administrer le sacrement [de confirmation et de consacrer le saint chrême. Annales ord. fr. niinor., Rome, 1734, t. xj, p. 209. Benoît XIV relate aussi ces faits, sans se porter garant de leur authenticité; mais il est clair qu'il en admet la donnée comme vraisemblable et que la possibilité d'une dispense ne lui parait nullement inacceptable. De synod. diœces., vu, 8, Louvain, 1763, p. 70 sq. Toutefois une simpe délégation épiscopale ne serait pas suffisante, du moins aujourd'hui; la plupart des théologiens estiment que le souverain pontife s'est réservé le droit de déléguer à la consécration du chrême non moins qu'à l'administration du sacrement de confirmation. Théologie de Wurzbourg, lac. cit., p. 256. Mais rien n'autorise à penser que le pape ne puisse se dessaisir de ce droit. Cf. Vitasse, loc. cit., col. 873.
2" Rite. — Il était naturel que l'huile chrismale affectée aux usages liturgiques les plus saints et destinée à devenir l'instrument de la grâce, reçût une bénédiction spéciale. Dès l'origine, elle revêt un caractère sacré et porte dans les canons des conciles, comme on la vu, le nom de saint chrême. TertuUien dit expressément que c'est une huile bénite, benedicta unclione, De bapt., 7, P. L., t. i, col. 1206, et saint Cyprien ajoute qu'elle était sanctifiée sur l'autel, oleo in altari sanctifîcalo. Epist., LXX, ad Januar., 2, P. L., t. m, col. 1041 ; édit. Hartel, t. il, p. 768. A celte bénédiction présidait la prière, suivant le témoignage de saint Basile, sO.oyo-jiiEv... 10 T/.atov TT,; •/?'""?> s' Cette consécration a pour elle l'autorité de la tradition apostolique. De Spir. Sancto, 27, P. G., t. xxxn, col. 188. Saint Cyrille de .lérusalem met en relief le caractère de cette prière consécratoire : c'était une invocation qui faisait descendre sur l'huile mystique l'EspritSaint, (iet' imvi.Xr,<si'i toO âyiou Ilve-juaTo;. Cat. myst., m, P. G., t. xxxiii, col. 1092. Saint Optât de Miléve, De schism. donat., 7, P. L., t. XI, col. 1089, et après lui les Constitutions apostoliques, VII, 42, P. G., t. I, col. 1044, nous apprennent que cette invocation se fait au nom du Christ. Enfin saint Augustin a complété ce détail en spécifiant que le signe de la croix était requis dans cette consécration. Quûd signum nisi adhibeatur... sive oleo quo chrismate unguntur... nihil eorum rite perficilur. Tract. in Joa., 118, P. L., t. xxxv, col. 1950. Toutes les données liturgiques essentielles sont déjà rassemblées. -Mais la solennité de la bénédiction chrismale ne tarda pas à revêtir une importance exceptionnelle, surtout dans l'Église orientale. Théodore Anagnostes, Hist.
CHRÊME (SAINT
eccl. II, 48, P. G., t. Lxxxvi, col. 208, fait ressortir que la coiisécraliûii du chrême avait lieu dans l'église devant tout le peuple assemblé. Tô u.u(r7T|piov [ji-Jpov] èv t-?, i-/.yXr,<ji^ km navTÔ; toO ).aoû à.-^ià.Z,tijbix:. Le contexte exige évidemment nJpov et la Chronique de George Hamartolus.qni reproduit ce texte, porte [AJpov. Xpoviyôv (TJvToiiov, IV, 212, P. G., t. ex, col. 761. Cf. Nicépho're Callixte, Hist. eccl., xv, 28, P. G., t. CXLVII, col. Si; Stiglmayr, D\e Lelire von den Sacramenlen nach Ps. Diouiixii'S, flnns l.i Zrilsrlirift fin- hnihniische Théologie, 189S, I. wii. 1' -S."i A l.i lin lin \ -irrle, la cérémonie Il iiioigne la dess. .\près que s'est Il-s encensements riiple s'est édifié . le pontife reçoit il.'l flivin, recoui-,i-(lii'.- .1.' douze lin- l'ii)>, tandis Il rn. illio. chante
était ilr- |ihi- iin|ii.-,ilili'-. niniiii' criptioii .■-iini--ir |i.ii' II' |i-,iiil,idéroulée la procession iiuLiiilnini et le chant des Psauim -. i|ii.inil aux enseignements de l.i imioI il l'huile chrismale et la dtpusi- -n verte « de douze ailes sacrées i , voiles symbolisant les ailes des S que l'assistance, d'une voix
cantique inspiré aux prophètes par le soiiflle divin, l'Alleluia, l'évêque parachève sur l'onguent mystique la supplication consécratoire. De eccles. hier., iv, 2, P. G., t. III, col. 473.
A mesure que la fête de la consécration chrismale gagnait en importance et en solennité, le jour où elle avait lieu tendait à devenir un des jours les plus saints de l'année et dès lors il devint l'objet des prescriptions liturgiques. Au début, la liberté des évêques était entière : suivant les circonstances et les besoins de leur diocèse, ils renouvelaient le saint rliréme. Omni tenipore liceal episcopix rl,n^,n,i r^'ii/irm', dit le 5' des anciens canons de ri!;^li-i iliiniii. Martin de Braga, De consecrat., dist. 1\ . c. i \\i\. Le ï" concile de Tolède, tenu en 400, laisse encore aux évêques, par le 20« canon, toute latitude à ce sujet; mais il prescrit aux prêtres de chaque paroisse d'envoyer des diacres ou des sous-diacres à l'évêque avant la fête de Pâques, afin de se procurer en temps opportun le chrême bénit par l'évêque. Mansi, 1. m, col. 1002. Vu l'importance des cérémonies baptismales de Pâques, il est naturel de penser qu'une consécration spéciale et plus solennelle de l'huile destinée au baptême avait lieu aux approches de cette fêle. Ce fut sans doute dans le courant du v« siècle que s'introduisit la coutume de fixer au jeudisaint cette consécration. Chardon, Histoire du sacrement de con/irmation, 2, dans le Cursus theol. de Migne, t. xix-xx, p. 173; Kraus, Real-Encijcl., t. i, p. 212. Tous les anciens rituels et sacramentaires indiquent la même date. Sacranient. gelas., i, 40, P. L., t. LXXiv, col. 1099; Liber sacram., De benediclione chrismatis in cœna Doinitii. P. L., t. lxxviii, col. 82. L'Ordo romain atteste i|i .Itr (nnlmne était universelle dans l'Église, au \iii -n ■ li , Ihic die in tolo orbe sacnmi chrisnia con/inim . nr:l,, n^niamis X, P. L., t. lxxviii, col. 1009. L'usage s établit ensuite de n'avoir pas d'autre consécration annuelle. Zacharie, Epist., xiii, ad Bonifacium, P. L., t. Lxxxix, col. 951. Le concile de Meaux, en 845, renouvelle cette prescription dans le canon 46". Mansi, t. xiv, col. 830. La cérémonie devait avoir lieu tous les ans, car chaque année les prêtres des paroisses étaient tenus de renouveler le chrême et de brûler l'ancien dans leurs églises. Pseudo-Fabien, Epist. ad onines episc, 2, 1, P. L., t. cxxx, col. 155; can. 2 du concile de Rouen en 1072, Mansi, t. xx, col. 36. Et ce renouvellement devait être intégral. Certains archidiacres, pendant la vacance du siège épiscopal, au lieu de demander à l'évêque voisin toute la provision de chrême nécessaire pour l'année aux besoins du diocèse, avaient trouvi^ expédient de se procurer une quantité minime de clii. mr nuinilIiTiient bénit et de la répandre sur l'huile urilin.iire qu ils estimaient consacrée suffisamment par ce simple ineUinge. Le concile
de Rouen, dans le 2» canon, interdit cette bizarre pratique, en 1072. Mansi, t. xx, col. 36. D'autres, pour des motifs d'intérêt très divers, préféraient recourir à l'évêque du diocèse voisin pour le renouvellement de l'huile chrismale. Le concile de Worms, can. 60, décréta que les prêtres de chaque diocèse ne pouvaient s'adresser dans ce but qu'à leur évêque respectif. Mansi, t. XV, col. 879. Voir le 5* canon du concile de Vaison, en 442, dans Mansi, t. vi, col. 453. Mais on renouvela en divers lieux la prohibition déjà faite aux évêques de rien accepter de personne, ni argent ni présent, pour les frais de la cérémonie. Can. 26 du 11= concile de Châlon, en 813; can. 45 du concile de Meaux, en 845, Mansi, t. xix, col. 99, 829. La cérémonie consécratoire devait avoir lieu pendant la seconde des trois messes qu'on avait coutume alors de célébrer le jeudi-saint. De là le nom donné à cette messe de Hissa chrismalis, où l'on bénissait également l'huile des infirmes et l'huile des catéchumènes. Cf. Sacranient. gelas., P. L., t. Lxxiv, col. 1099; Amalaire, De eccles. offic, i, 12, P. L., t. cv, col. 1011.
Le cérémonial actuel de la bénédiction du chrême a gardé toute la majesté de l'antique consécration. Le pontife doit être entouré de douze prêtres, de sept diacres, de sept sous-diacres et d'autant de ministres inférieurs : l'Église témoigne ainsi de sa vénération pour le symbole de l'Esprit sanctificateur, et cette pratique est ancienne, puisque le concile de Rouen, en 1072, en rappelait l'observation. Can. 1, Mansi, t. xx, col. 36. L'huile et le baume sont apportés en procession solennelle, le baume dans une coupe, l'huile dans une ampoule, que le diacre entoure avec le bras gauche après l'avoir enveloppée d'un voile blanc, mais sans recouvrir la partie supérieure. Alors commence la consécration proprement dite, inaugurée par des supplications publiques et comprenant essentiellement : 1. la bénédiction du baume, opérée par le moyen du signe de la croix ; 2. après que l'évêque et à'sa suite les douze prêtres ont procédé à une triple insufllation sur l'ampoule, la bénédiction de l'huile chrismale, qui se fait par mode d'exorcisme, avec les oraisons appropriées et le signe de la croix; 3. le mélange du baume et de l'huile, accompagné de ces paroles : i/jEt conintixtio licjuorum fiat omnibus ex ea pcrunclis propitialio et custodia salutis in ssecula sœcidorum, Catalane, Pontificale romanum, Paris, 1851, t. i, p. 120; 4. lorsque l'ampoule a été débarrassée du voile et de la housse blanche dont elle était entourée, l'acte de vénération rendu au saint chrême par l'évêque et tous les prêtres, dans la cérémonie de la triple génuflexion avec l'invocation : Ave sanctum chrisnia. Cf. Bernard, La bénédiction des saintes luiilesù la messe pontificale du jeudi-saint, Paii-, l'.nn, p 7n sq. La consécration du chrême se place 1 ni 1 1 li 1" n. ilnliuii de l'iiuile des infirmes et celle de I Imili .li- e.il. elmmenes ; elle a lieu, comme celle-ci. inimediatement après la communion du saint sang. L'huile des infirmes est bénite un peu avant le Pater.
Dans l'Église d'Orient, où les patriarches se sont réservé le droit de consacrer le chrême et se font assister de leurs suffragants, la cérémonie est plus solennelle encore. Voir les détails dans le rituel byzantin édité par Goar, Euchologiuni, p. 637 sq. Pour le titre de la bénédiction chrismale chez les nestoriens, les coptes et les syriens, voir Denzinger, Rilus Oriental., t. i, p. 5i-59, 248-266, 361-363.
Le chrême une fois consacré doit être conservé avec le plus grand soin, à l'abri des mains profanes, dans des vases spécialement destinés à cet usage et qui portent le nom de chrismatoires. Les prescriptions à ce sujet sont nombreuses et anciennes. Capitulaires, i, 17, édit. Baluze, col. 504. Voir aussi le c. xxvii du concile de Mayence, en 813, et le canon 10 du concile de
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2il2
Bouen, en 1072, Mansi, t. xiv, col. 72; t. xx, col. 37. Saint Optât de Milève mentionne déjà l'ampoule du chrême, ampullam chrismatis. De schism. donalisl., II, 19, P. Z,., t. XI, col. 972.
IV. Symbolisme. — Le symbole est par excellence le langage religieux de l'Église dans la liturgie de ses sacrements. Mais de toutes les choses saintes qui sont à son usage, aucune assurément n'offre un plus riche ensemble de mystiques emblèmes que l'huile chrismale consacrée avec un déploiement si imposant de rites significatifs et destiné à rappeler aux fidèles, en servant à les leur conférer, les souveraines prérogatives du Christ et les dons mystérieux de l'Esprit-Saint. Dès l'origine, l'Église s'attache à faire ressortir ce mysticisme profond, très simple dans ses données premières, mais qui deviendra bientôt, sous l'inlluence du pseudo- Denys, une science complexe et opulente.
Au début, l'huile chrismale semble n'avoir été envisagée symboliquement que dans ses rapports avec le Christ, dont elle rappelle le nom. S. Théophile d'Antioche, Ad Autol, i, 12, P. G., t. vi, col. 104. Comme l'explique à son tour saint Optât de Milève, c'est la vertu du Christ qui réside en elle et qui lui infuse, avec son exquise suavité, ce mystique pouvoir d'amollir l'épiderme de la conscience durci par le péché, qux cutem conscientix ntollial, exclusa duritia peccatomni, de pacifier la vie et d'être la lumière pure de la vraie intelligence. De schism. donal., m. 7, 1'. L., t. xi, col. 1090 sq. Mais dans la doctrine de saint Pacien, le chrême est devenu « l'onguent du Saint-Ksprit » et l'onction chrismale signifie, grâce à l'union des deux symboles, la rénovation dans le Christ par l'Esprit. Ad Symphron.', Il, 7; m, 6, P. L., t. xiii, col. 1062, 1093. Saint Ambroise émet une pensée analogue. De mijsler., VI, 29; vil, 42, P. L., t. xvi, col. 398, 402, et saint Cyrille de Jérusalem développe longuement celte même doctrine dans sa iii« instruction catéchétique. Le chrême constitue la mystérieuse image de celui par qui fut oint le Christ, c'est-à-dire de l'Esprit. Calech. myst., m, P. G., t. XXXIII, col. 1089, 1092. Pour saint Augustin, c'est parce que l'huile peut devenir llainme qu'elle est le signe sacré de l'Esprit, feu divin de nos âmes. Oleum... ignis nosLii, Spiritus SancU est sacramentum. Serin., ccxxvii, ad infantes, P. L., t. xxxvili, col. 1100. Mais elle est aussi le signe visible de la grâce, qui fait de nous des rois et des prêtres, les membres du Christ par la vertu de l'Esprit. De Trin., xv, 26, P. L., t. XLii, col. 1093. Avec le pseudo-Denys, le symbolisme du chrême prend des développements imprévus, dont les premiers scolastiques, habiles à séparer l'or du clinquant, l'idée chrétienne de l'expression néo-platonicienne, feront largement leur profit. Pour lui, le mélange aromatique qui constitue le chrême et qui répand, sans l'épuiser, son embaumante odeur, est l'emblème de la divine bonté dans ses communications ineffablement douces avec nous, l'image sensible de Jésus, source merveilleuse et secrète d'où émanent, pour ceux qui savent s'unir à lui, les parfums purifiants et vivifiants de la divinité. Ecoles, hier., iv, 4, P. G., t. m, col. 480. A la lumière de ce principe, résumé succinct de toute la doctrine, les moindres détails de la liturgie du chrême trouvent ingénieusement leur mystique explication, que seuls pourront percevoir les initiés, les familiers de l'Esprit, .\insi les rites de la consécration chrismale ne sont visibles qu'à ceux qui entourent le consécrateur. Mais l'explication de ces énigmes sacrées, Upùv xl-i:y\iy.-z(â-i, donne-t-elle toujours le sens qui a présidé à l'institution même de ces rites? Rien n'autorise à le croire, car certains rapprochements sont d'un esprit plutôt subtil et raffiné qui va chercher bien loin le pourquoi des choses simples, par exemple, pour l'encensement de l'autel par l'évêque, col. 476, pour lexplication des douze ailes sacrées qui
DICT. DE THÉOL. C.\T1I0L
recouvrent le n-Jsov, col. 480. Mais l'ensemble des con clusions garde sa valeur et le principe lui-même ne peut être contesté. Au reste, la pensée fondamentale du pseudo-Denys se rencontre expressément dans la théologie de saint Cyrille d'Alexandrie, qui reconnaît !o Oj!J.!o(|j.a itOvOctov, Exod., xxx, 7, comme la préfiguration du Christ. De adorât, in Spir., 9, P. G., t. Lxviii, col. 621.
Sans attacher aux aspects poétiques du sujet une faveur aussi marquée, Rupert a formulé avec une précision plus sûre d'elle-même le sens anagogique de tous ces rites et les symboles essentiels de l'huile chrismale. Le chrême est le signe du Saint-Esprit dont il contient la vertu, l'emblème aimable de sa grâce. L'huile provient de l'olivier, et cet arbre n'est-il pas au service de la paix et de la lumière'? Quie arbor pacis et lucis niinistra est. Le baume découle du plus odoriférant des arbres. Autant de symboles de l'Esprit-Saint et de son action en nous. Tous les rites de la consécration du chrême viennent préciser et nuancer richement ce mystérieux emblème. La bénédiction chrismale est fixée au jeudi-saint, en mémoire de l'immolation de l'agneau dont le sang apposé sur les portes des Hébreux préservait de l'extermination, comme le signe de la croix empreint avec l'huile sur les fronts sauve le chrétien des attaques de l'ennemi. C'est dans le sanctuaire des églises que s'opère cette consécration, dans le lieu où l'on donne la paix. Les douze prêtres qui entourent le consécrateur rappellent les douze apôtres, choisis par Jésus-Christ comme témoins en ce jour qui fut celui de son testament, celui où il légua à son Église l'héritage du salut, l'Esprit-Saint. L'ampoule qui contient le chrême .symbolise le Christ, né de la Vierge Marie et renfermant en lui la plénitude du Saint-Esprit. L'ampoule n'est point tout à fait recouverte, car la divinité du Christ apparaissait à demi voilée. Dès que l'huile chrismale est bénite, les voiles sont rejetés et l'ampoule est offerte à la vénération des prêtres, pour rappeler la manifestation du Christ à ses apôtres après sa résurrection. Mais i! n'a voulu se manifester qu'aux apôtres. Voilà 'pourquoi l'ampoule chrismale est recouverte de ses voiles avant d'être exposée à la vénération des fidèles : elle symbolise alors le Christ qui reçoit,invisihledans le ciel, l'adoration des peuples. De divin, offic., v, 16-18, P. L., t. ci,xx, col. 140 sri. Cf. Honorius d'Autun, Gemma animse, m, 80, P. L., t. CLXXii, col. (563 sq.
Les scolastiques ne retiennent de ces considérations que le symbolisme de l'huile chrismale, le seul qui soit rentré directement dans le cadre des questions proprement théologiques. Le pape Innocent III en avait fourni la formule en quelques mots : Per oleum nitor conscienlix designalur, per balsamum odor bons famse exprimitur. C. Cuni venisset. De sacra unctione. Décret., 1. I, tit. XV, c. i,§ 2. Cf. Hugues de Saint-Victor, De sacramenlis, ii, 15, 1. P. L., t. CLXxvi, col. 577. Saint Thomas et saint Bonaventure développent en termes définitifs ce double symbole, qui indique dans le chrétien la plénitude des dons de la grâce pour soi et pour les autres. Non seulement le chrétien doit posséder en lui la vertu de l'Esprit qui l'éclairé par la foi, mais il doit la faire resplendir au dehors par les actes de la plus suave charité. S. Thomas, Sum. theol., III», q. LXXii, a. 2; S. Bonaventure, In IV Sent., dist. VII, a. 1, q. II, Quaracchi, t. iv, col. 167.
V. Us.vGES. — Le chrême est proprement l'huile consécratoire : on l'emploie en forme d'onction dans toutes les cérémonies qui ont pour but d'all'ecter officiellement les personnes ou les choses au service ou au [culte divins. Dans l'Ancien Testament, l'huile de l'onction servait à sacrer les prêtres, et peut-être aussi, en vertu d'un symbolisme profond, les rois, mandataires de Dieu. Cf. Scacchus, Sacrorum elseochrismaton myrothecium, II. - 76
Rome, 1625, t. m, p. 575 sq. Le labernacle, l'autel, la rner d'airain, tous les objets immédiatement i-éservés par l'onction sainte au culte de Jéhovah, étaient oints de l'huile parfumée. Esod., XL, 9-11; Lev., viii, 2, 10-12. Dans la liturgie chrétienne, le chrême fut employé à des usages analogues : dans la cérémonie du baptême, pour
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