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tout, et aux raisonnements a priori, la science était demeurée stationnaire, impuissante, égarée dans un dédale de théories u topiques. Affranchie de cette double servitude, non est confidendum arguniento aut auctoritiili, et munie de la méthode que le génie de Bacon lui traça, elle atteindra peu à peu le prodigieux développement que nous admirons aujourd'hui.
L'illustre docteur semble avoir pressenti six siècles à l'avance cette étonnante efûoraison. Son opuscule De secrelis operibus artis et natiirx est plein de ces visions d'avenir: les bateaux à vapeur, les chemins de fer, les ballons, les leviers à roue, les scaphandres, le télescope, le microscope, les terribles efl'ets de la poudre y sont indiqués presque à la lettre. Lui-même se met à l'œuvre avec ardeur et non sans succès. Il a d'abord composé la perspective; puis il a abordé une tâche plus difficile, impossible pour ainsi dire à son époque : il a essayé de constituer une science générale ayant pour liut de ramener à des principes mathématiques toutes les actions réciproques des corps et des agents naturels. Cette science toute nouvelle qui lui coûta dix ans d'efforts. Op. tert., c. xi, p. 38, est exposée dans le De iiuiltiplicatione specierum. Cf. Op. maj., part. IV, dist. II-IV. C'est surtout en optique qu'il excelle. Non seulement il décrit exactement les lois de la vision et l'anatomie de l'œil. Op. maj., part. I" V"!, dist. II-IX ; mais il approfondit les effets de la réflexion et de la réfraclion; il développe la nature et les propriétés des verres convexes et concaves, l'application qu'on peut en faire djns la confection des lunettes et des miroirs ardents. 11 explique à peu près bien les phases de la lune, Op. maj., part. 11^ V», dist. III, c. iv; les étoiles filantes et la voie lactée, ibid., dist. III, c. i, les halos, ibid., part. VI, c. XII ; l'aurore et divers autres phénomènes atmosphériques, tels que la scintillation des étoiles, ihid., part. II» V», dist. III, c. vu, l'arc-en-ciel, ibid., part. VI, c. Ii-xil. Outre qu'il démontre la décomposition de la lumière, ibid., part. VI, c. Il, il soutient contre les docteurs de son temps que la propagation n'en est pas instantanée. Ibid., part. I» V», dist. IX, c. m. Op. tert., c. XXXV ; De multipl. specierum, part. IV, c. m. Ailleurs il émet des principes qui semblent faire corps avec la théorie des ondulations. Op. maj., part, l' Y*, dist. VIII, c. II ; De multipl. spec., part. III, c. I ; part. VI, c. III, ou même préparer la voie aux mystérieuses découvertes des radiations invisibles : « Il n'y a pas de milieu si dense, dit-il, que les rayons ne puissent pénétrer ; si beaucoup de corps denses arrêtent la vue et les autres sens de l'homme, c'est que les espèces sensibles sont trop faibles pour ébranler sa faculté; néanmoins, en toute vérité, ces espèces ou rayons pénétrent, quoique insensiblement pour nous. oOp. maj., part. IV, dist. Il, c. ii; De multipl. spec, part. II. c. v.
Ce n'est pas à dire qu'il ne se trompe jamais. Ses idées, viciées par les théories défectueuses de son siècle, — et qui a réussi à s'en dégager tout à fait? — notamment par les influences aristotéliciennes, ont parfois des points faibles. Ainsi en est-il de son explication de la lumière lunaire. Op. maj., part. IV, dist. IV, c. i. De même celle des marées, i6id., c. vi, empruntée à R. Grossetôle, De refractionibus radiorum, c. m, estelle démodée depuis que les lois de l'attraction sont connues. Cf. Op. min., p. 359; S. Bonaventure, H Sent., dist. XIV, part. II, a. 2, q. ii; Scot, ibid., q. m, n. 2, 3; Il meteororum, q. H, a. 2. Avec tous ses contemporains et le Stagirile, il parle de l'ingénérabilité et de l'incorruptibilité des astres, Op. lert., c. xxxviii, p. 123; Op. min., p. 370; mais il ne pousse pas l'exagération jusqu'à faire de cluique corps céleste un type unique dans SI. Il . |,. . , , u, iv.i, i . \|,li,-,iiion qu'il donne de cet
2'''°"' ' 1' II' ' " nil bien des applications
lUltipl.specçatX.
n'ignorait l'imperfec-
tion de son œuvre; persuadé de sa propre faiblesse, il observe judicieusement qu'on aurait tort d'exiger de lui une précision absolue et des solutions toujours adéquates. Que de fois il se plaint de n'avoir pas les instruments voulus ! .\ussi son ambition se borne à des essais qui permettent d'entrevoir ce qu'il est possible d'obtenir. Op. maj., part. VI, c. xii. Cf. Op. min., p. 31.7. Ce n'est pas sans motif qu'il n'attribue à ses travaux d'autre mérite qme celui d'être une persuasio prxambula. Au surplus, il apporte un soin scrupuleux à éviter que « sa physique se confonde avec la divination, sa chimie avec l'alchimie, son astronomie avec l'astrologie »>. Il suffit de le lire loyalement pour se convaincre qu'il est plein de prudence et de réserve chaque fois qu'il touche ces points délicats. Op. maj., part. III, c. XIV ; part. IV, dist. Il, c. viii; Op. tert., c. ix, xili, XXV, XXX, Lxv. Ce qu'il dit au sujet de la transmutation des métaux, si en vogue au moyen âge, est frappant: « Vouloir faire de l'argent avec du plomb ou de l'or avec du cuivTe, c'est aussi absurde que de vouloir créer quelque chose de rien. » Cf. Léon de Kerval, Revue franciscaine, Bordeaux, 1885, p. 310. Partout il établit avec netteté et précision les distinctions nécessaires, assuré que la meilleure façon de servir la science consiste à la dégager pleinement des attaches louches et compromettantes. C'est dans ce but qu'il adresse à Clément IV deux longs mémoires, dont l'un est annexé au traité des mathématiques dans VOjms majus, et l'autre fut porté conjointement avec VOpus lerlium par Jean de Paris. Op. tert., c. L.xv, p. 270; Comp. studii, c. iv, p. 432; De secret, op. artis, c. i, ii, m. Cf. S. Thomas, Siim. theol., I», q. C.xv, a. 3, 4, 6 ; II» IK q. xcv, a. 1, 5; S. Bonaventure, II Sent., dist. II, part. II, a. I, q. ii;Scot, lisent., dist. XIV, q. m, n. 6; / meteororum, q. III, a. 3; De anima, q. xi. Cf. Apologia in //. Tartarotlum, Venise, 1750; Londres, 1859.
En géographie. Bacon ne se contente pas de chercher la cause des diO'érences de climats. Op. maj., part. IV, dist. IV, c. lll-v, ni de prouver rapidement la sphéricité de la terre. Ibid., c. x. Plus vaste est son désir. Il eiit voulu qu'on mesurât le globe, qu'on déterminât exactement les longitudes et les latitudes, qu'on fixât avec plus de précision la position des villes et des contrées et, pour cela, qu'on s'entendît sur un point comme origine commune des longitudes. « C'est une œuvre immense, écrit-il; mais elle aboutirait si l'autorité apostolique, ou un empereur, ou un grand roi consent;iit à prêter assistance aux savants. » Pour donner au pape une idée de ce qu'on pourrait réaliser, il dressa luimême une carte. D'un côté, in albiori parte peltis, il indiquait par des cercles rouges les principales villes de l'univers avec leurs degrés de longitude et de latitude ; de l'autre, in alla parte pellis, où la description était plus détaillée, il faisait sans doute le tracé des fleuves, des mers, des montagnes et des limites politiques des nations. Cf. J. H. Bridges, The « Opus majus », p. 296, 300. Par malheur, cette carte est perdue; seules les pages explicatives de VOpus majus nous restent. Klles sont curieuses et intéressantes. Bacon ne se contente pas de copier les écrivains anciens; il les rectifie au besoin et les complète. Notons qu'il fait le plus grand cas des récits de r.uilbniine de Riiliruquis et de .lean de Plan-Cari.iii H '1- nrn'i i i il \ . l < i.',;ions habitées au-desscn- .1 ! jn. n. - ir i . ui: -hi lexamen attentif de cei-l.iiii- 1 ■■ ■ - 'I \' ' -■■'■ 'I ^i' Mi 'que, de Pline et du 1V« liw\ a L.-ili.i. , >i. \-. il i taljlil lies données qui n'ont pas peu contribué à la découverte de l'Amérique. Sa conclusion est que la masse d'eau qui s'étend d'un pôle à l'autre entre l'Afrique et l'Inde n'est pas bien large, non magnée latitiuiinis, et que l'iiide occidentale approche de très prés, accedens valde, l'extrémité ouest de l'Afrique. Il est hors de doute que Chr. Colomb eut connaissance des assertions de Ii:irnn. Dans une
JiACON
li^ttre datée d'Haïti et adressée au >oi d'Espagne il affirme, en effet, qu'iJ avait lu et médité Vlmago iimndi de Pierre d'Ailly, où elles sont littéralement transcrites. Cf. Humboldt, Examen critique, t. i, p. 61-70, «.16-108; R. de Lorgnes, Chr. Colomb:}. H. Bridges, The c Opvs majtis », t. i, p. 290.
Le chapitre où Bacon essaie de déterminer le diamètre et la distance des corps célestes, J. H. Bridges, op. cit., t. I, p. '22i-236. prouve à l'évidence qu'il ne possédait pas moin-- r:i~-»ro,inmie que la géographie. De longues observai! !i li i .nul appris la nécessité de se mettre en l:.!1u, ,i,,. i- illusions d'optique relatives au volunii-, !• |M-i!i.ii et à l'éloignement des astres. Op. ««y., part. Il» V.dist. III,c.l;part. 111= V*, dist. II, c. iv; Op. tert., c. un; De muUipl. spec, part. II, c. IV. Il sait parfaitement que certains astronomes de l'antiquité ont entrevu la possibilité et même l'éventualité d'une hypothèse scientifique plus parfaite pour expliquer leur mouvement. De muUipl. spec, part. II, c. IV ; J. H. Bridges, op. cit., t. i, p. 19-1-193. Aussi il se fait l'historien des systèmes avant de se décider. Puis sans hésiter il se prononce contre Ptolémée, qui a été trompé en se fiant aux sens, sensum imitando deeipiebatto: Ce n'est pas sans scrupule qu'il s'arrête à cette solution ; mais enfin mieux vaut sauver l'ordre de la nature et contredire les sens si souvent trompeurs. Cf. E. Charles, op. cit., p. 178.
Bacon recherchait dans les mouvements périodiques du ciel les plus exactes mesures du temps. Les incertitudes de la chronologie biblique ne lui étaient pas inconnues. Il estimait qu'il faut recourir à l'astronomie si l'on veut essayer de les dissiper avec chance de succès. Pas plus que les monuments de l'antiquité profane, le texte sacré ne peut suffire à ce travail : il a des solutions de continuité et les chiffres qu'il donne sont trop souvent contradictoires. Seule l'astronomie exclut toute erreur. Les éclipses, les conjonctions planétaires, comme d'ailleurs toutes les révolutions des corps célestes, n'ont-elles pas lieu à des époques précises et certaines ? Leur périodicité invariable est donc un guide sur pour classer les événements du passé. Op. maj., part. IV. p. 188, 189; Op. tcvl., c. Liv, p. 204-208.
C'est encore à l'astronomie qu'il appartient de dissiper les doutes sur le jour de la Passion et celui de la célébration de la Piique. Avec les Grecs et saint Augustin, Blicon fixe la mort du Sauveur au 14 nisan, veille de la fête des azymes; il en conclut que Jésus-Christ anticipa la manducation de l'agneau pascal. L'Opws majus contient la table de comput au moyen de laquelle il essaya de contrôler scientifiquement son interprétation dès synoptiques et de saint Jean. Toutefois, il se défend de toute conclusion ferme, cette table, quoique dressée avec le plus grand soin, n'étant pas encore pleinement vérifiée. Op. maj., part. IV, p. 202-210; Op. tert., c. Lvii, p. 221-226.
Une autre table en caractères hébraïques, aujourd'hui égarée, contenait l'exposition du cycle lunaire juif. Op. tert., p. 215, 220, 221. Tout ce qui a rapport à la supputation du temps chez les juifs comme chez les Arabes, chez les Grecs comme chez les chrétiens, était familier à Bacon. Op. maj., part. IV, p. 194-201 ; Op. tert., c. IV, p. 212-221 . On comprend dès lors qu'il soit si à l'aise pour montrer les défauts du calendrier ecclésiastique et pousser Clément IV à sa réforme. 6 Après la corruption du texte sacré, dit-il, il n'y a rien d'aussi intolérable, y Op. tert., p. 212, 221. En 1267 déjà, l'année tropique ne correspondait plus à l'année civile, dont elle s'écartait de huit jours pleins. Par le fait, tout l'ordre des fêtes de l'Église était bouleversé, ce désaccord entraînant avec le déplacement de la fête de Pâques celui des autres fêtes de l'année. C'est avec la plus grande précision que le savant auteur fait toucher du doigt chacune des erreurs du calendrier Julien et
manifeste la possibilité d"y remédier. Il termine en s'adressant au pape : « Votre Révérence peut donner ses ordres; vous trouverez des hommes capables d'opérer toutes les corrections désirées. Il y a dans le calendrier treize erreurs principales, qui se ramifient à leur tour de mille façons. Si donc cette œuvre grandiose s'accomplissait durant votre pontificat, ce serait l'une des plus glorieuses, des plus utiles et des plus magnifiques qui aient jamais été entreprises dans l'Église de Dieu. » Ce langage est celui d'un voyant. N'est-ce pas la réforme du calendrier, si instamment demandée et si minutieusement préparée par Bacon, Op. inaj., part. IV, p. 269- 285; Op. terl., c. Lxvii-i.xix, p. 272-295, qui illustrera le nom de Gii-i;oiro XIII trois siècles plus tard? Pierre d'Ailly et Xiiuia> de Ciisa au XV siècle, Paul de Middelburg en I.Mi; n ont i i.n dit que Bacon n'eut exprimé avant eux, i:f I II. Iii i,|nps, op. cit., t. i, p. 285.
Jetons. j lin I r, I exposé, un coup d'o?il rapide sur la per- un ili - ii li.ieon comme savant. Son style, sa méthoili-. -,11 r.,1.1, i.ie disent assez sa trempe d'esprit propre. Son style est clair, concis, énergique. Lu-r cide et précis jusque dans les questions les plus difficiles, il expose avec ordre et netteté. Il ne procède pas, à la façon des scolastiques, par des syllogismes pour et contre. Sa pensée se développe constamment suivie et uniforme, comme chez les anciens et les modernes. A ne le considérer que sous ce rapport, on ne le placerait p,,- m Mil -11 n.Miire part, qu'il écrive ou qu'il |,.M I. ,1 .,.,,,! ^ i iiei,ient à la portée de l'intelli-
^..1,,. Ml .11. II. Cf. Op. terL, c. v-xii, XVI, xvm.
Le.- ' ludiju'.- Il -inMi.eidient pas autant de difficultés, assuie-t-il, si les luaiti es avaient plus de méthode. Pour le démontrer, il gage d'enseigner en six mois tout ce qu'il a appris en quarante ans. Son disciple préféré, -I 11 iieiive convaincante que ce n'est I "le : en peu de mois, ce jeune - I ! int l'objet de l'admiration géné- '•-.r. V , Inc. cit., p. 505-507; Op. maj., pari. VI, c. i; Op. tert., c. xix, xx et m, 135, 139, 225, 230, 270, 316. A cette perfection de méthode il faut joindre une sagacité étonnante. On sait l'art avec lequel il maniait l'induction et la déduction dans l'étude expérimentale de la nature. C'est cette puissance de conception qui lui a permis « d'ahordei" et de résoudre tant de problèmes que la postérité n'a tranchés que plus tard ou qu'elle n'a même pas examinés du tout ». P. Martin, La Vulgate latine au xur siècle, Paris, 1888, p. 73. C'est elle aussi qui, jointe à un courage indomptable, lui a fait attaquer de front les préjugés de ses contemporains, stimuler leur ardeur, leur tracer un programme, leur élargir le vaste champ de la science, leur signaler tout à la fois les écueils à éviter.
4» Sijnthèse doctrinale. — Dans quel esprit faut-il se livrer à l'étude? Quels sont les rapports des sciences entre elles et avec les vérités révélées?
Il n'est pas un ouvrage de Bacon, qui ne débute par une critique des causes de l'ignorance humaine. Cf. Cotnp. stiidii phiL, c. m, p. 414; E. Charles, op. cit., p. 278. La première partie de l'Opus majus, l'une des mieux travaillées, est dans son entier consacrée à cet important examen. Pleinement instruit sur ce qui se passait autour de lui, le docte et judicieux écrivain s'appesantit à dessein sur cette question capitale. Selon lui, quatre obstacles principaux s'opposent à l'acquisition de la vérité : 1" le crédit injustifié ou exagéré accordé, comme à l'aveugle, à certaines doctrines, à certains hommes; 2» la manie de vouloir modeler ses jugements sur ceux d'un public ignorant et incompétent; 3° le tort de se river, pour ainsi parler, à une opinion par le fait qu'elle est communément adoptée ; 4" surtout enfin la présomption ou l'amour outré de son propre sentiment, et le désir immodéré de le faire
Jean de point là m homme il' raie. Engl part. I, c.
prévaloir. « Parlout, dit-il, où régnent de tels abus, les meilleurs arguments sont inutiles, le bon sens périclite, la raison s'égare, l'erreur prévaut, la vérité s'évanouit, le progrés est impossible. Ayons donc le courage de nous appuyer sur des autorités vraies, de préférer la solide raison à la coutume et de ne pas tenir compte des jugements de la foule. Be plus, ne traitons qu'avec respect les anciens ; soyons-leur reconnaissants de nous avoir frayé la route ; mais n'oublions pas qu'ils se sont trompés plus d'une fois; par conséquent, n'hésitons pas à les contredire quand il le faut. Évitons ce misérable argument : les anciens l'ont dit; c'est la coutume; c'est l'opinion commune; donc c'est la vérité. Sachons aussi nous avouer que notre science est bornée. » Tels sont les préceptes de sage indépendance que Bacon adressait aux philosophes et aux théologiens de son temps, préceptes qui furent, sa vie durant, la régie de sa conduite. La première partie de l'Optis majus, cf. 0/(. tert., c. XII ; Comp. stialii phil, c. l-v, p. 393-492, pourrait, de nos jours encore, dissiper bien des préjugés et mettre fin à bien des engouements.
Ces quatre sources d'erreurs philosophiques et théologiques définitivement éliminées, le savant auteur montre les avantages des sciences sans lesquelles il est impossible d'avoir la connaissance parfaite de la philo- -ophie,et conséquemment de la théologie. Tout d'abord, nous l'avons vu, il faut savoir les langues, en particulier le grec, l'hébreu, l'arabe; il faut savoir ensuite les mathématiques et les sciences physiques; la métaphysique et la philosophie morale formeront le couronnement et le terme de tout cet édifice laborieusement construit. Manifestement ce progrannne élargissait les cadres du triviuni et du qualrivium : il marque une étape dans le développement des connaissances humaines. En signalant la morale comme le but et le seul résultat profitable de toute spéculation et de toute recherche. Bacon occupe par là encore une place à part dans le xiii" siècle. Cette direction qu'il imprime aux études vers un idéal de vie religieuse, sociale et privée, ne se renferme pas dans l'ordre purement naturel : la droite raison conduit inéluctablement à la connaissance de la vérité révélée. Voilà comment après avoir condensé les plus beaux textes de l'antiquité païenne, de Sénèque en particulier, sur Dieu, la société et l'individu. Bacon fait servir cette même philosophie morale à jeter les bases d'une démonstration évangélique. Ainsi il met à l'œuvre ses principes sur les rapports de la raison et de la foi; ainsi il achève de ruiner l'assertion des écrivains qui parlent de sa tendance à amoindrir la raison, l'autorité et la théologie qui l'accusent d'avoir imprimé une direction naturaliste à la scolastique. De Wulf, op. cit., p. 247.
Les lois qui règlent les rapports de la philosophie et dé la théologie sont commentées dans la deuxième partie de VOpus majus. C'est là qu'il faut se reporter pour apprécier sainement la fa^■on de les concevoir de Bacon. De même que les sciences naturelles, quoique distinctes et subordonnées les unes aux autres, ont des points communs fl'où naissent entre elles des relations de mutuelle dr'pendance; de même, placées en face de la vériti' révélée, elles conservent à son endroit un double rapport d'unité et de dépendance réciproque. « Toutes les sciences, écrit-il, sont comme un rayon de l'éternelle sagesse; un relletdela divine clarté, qui illumine les intelligences. Op. nuij.. part. II, c. v. Les philosophes païens 111111, 11. ni I ,,is Bcquis tant de connaissances sans I;. I ,. 1 ,ii 11 ,1, Dieu qui s'étend jusqu'aux vérités il.ii.l. iidiinl Ibid., c. vi. D'ailleurs
riiisloirc de
llusupl
rui'ane montre que les
>agos de l'antiquité sont tous postérieurs aux patriarches el aux prophètes de l'Ancien Testament, auxquels ils sont beaucoup redevables. Ibiit., c. x-xiv. Les chrétiens doivent faire usage de la philosophie en théologie et do
la théologie en philosophie : les deux sciences doivent se compénétrer intimement, tout en restant dans leur sphère respective. Chez eux, la philosophie doit embrasser plus de vérités transcendantes que chez les païens. Ainsi donc, considérant la philosophie comme nouvellement découverte, ajoutons-y bien des vérités que le paganisme n'a point soupçonnées et qui pourtant rentrent dans le domaine de la philosophie. » Ibid., c. xv-xix; cf. J. H. Bridges, op. cit., t. il, p. 224, 226, 228, 229, 231, 232, 366, 373, 383. Quel scolastique a plus élargi l'influence de la raison?
Si la théologie chrétienne ajoute aux enseignements de la philosophie, celle-ci à son tour doit s'employer au service de la première, dont elle est la servante, anciUa. A elle d'aider à la comprendre, à la divulguer, à la démontrer et à la défendre. Ibid., c. i, ii, i\', vu, vin, xiv; Op. tert., c. x, p. 32. Alors seulement elle atteindra son but. C'est dans l'art oratoire, l'apologie, la théologie et l'exégèse que Bacon met les ressources de la science et de la raison plus directement au service de la foi.
1. 11 emploie cette belle comparaison. Op. tert., c. i, p. i, pour glorifier l'éloquence ; « La science sans l'éloquence est comme un glaive entre les mains d'un paralytique; de même l'éloquence sans la science est comme un glaive dans les mains d'un fou furieux. » L'art oratoire étant fort négligé au xiil" siècle, Bacon attire l'attention du pape sur ce point. De plus, il expose des règles d'éloquence qu'il nous est impossible de juger, la cinquième partie de la philosophie morale qui les contenait ne nous étant pas parvenue.
2. La quatrième partie, où sont développées les grandes lignes d'une apologie de la religion chrétienne, manifeste davantage le rôle de la raison au service de la foi. On. ne reconnaît pas à la raison le droit de comprendre l'objet révélé, mais celui de fournir à la faiblesse humaine les motifs de crédibilité au moyen desquels elle justifiera sa croyance. L'argumentation de Bacon repose sur ces arguments : la supériorité de la religion chrétienne sur toutes les autres, la divinité de son auteur, la sainteté de sa morale, le témoignage que lui ont rendu les prophètes et les siècles postérieurs. Les livres d'apologétique n'ont fait que reprendre ces chefs de preuve. Dans Bacon, ils constituent déjà les éléments d'une vraie science. — La vérité de la religion chrétienne prouvée, notre docteur s'attache particulièrement à défendre le sacrement de l'eucharistie, que « les uns nient, dit-il, qui parait douteux aux autres, que ceiix-ci admettent avec difficulté, que ceux-là sentent imparfaitement, que peu enfin reçoivent aisément et gardent dans la pleine paix et la suavité du cœur ». Il étudie ce mystère d'amour, avec tout son cœur, et l'on constate combien il sait allier la science à une piété tendre et solide. Cf. Op. tert., c. XLI, L, p. l'iô-148, 188; Comp. studii phil.. c. l, p. 400.
3. La théologie et la Bible ont été le but de tous ses efforts. C'est pour leur donner un nouveau lustre qu'il pousse à l'étude des langues, à la culture des sciences. L'idée more de tous ses livres est que ces connaissances délaissées ou méprisées parles théologiens de son temps sont de la plus évidente utilité. Les exemples qu'il apporte, Op. maj., part. IV, p. 181, 182, 223, montrent qu'il avait raison. C'est surtout drttis l'étude de la Bible, la théologie par excellence, qu'il est précis. En rassemblant les données éparses dans les trois opéra, on aurait sans peine tous les éléments d'une excellente introduction à l'Écriture sainte. L'exégéte doit porter avant tout son attention sur le sens littéral avec l'aide des langues et des sciences. «Il est impossible, écrit Bacon, d'interpréter la Bible, tant qu'on ne sait pas la lire et la comprendre dans le texte hébreu ou grec. » Op. tert., p. 265. Ce principe, admis sans conteste aujourd'hui, no l'était pas au Xlir siècle. Cf. Op. maj.,
BACON
pari. III, c. vi-xi. Les contemporains de frère Roger ne semblent pas avoir eu non plus Tidée bien claire des avantages que l'exégèle retire de la connaissance de l'astronomie, de la chronologie, du comput, de la géographie, de la géométrie, de l'arithmétique, de l'histoire naturelle, de la musique et de la poésie hébraïques. Ils ne soupçonnaient pas le nombre d'erreurs que ces sciences permettent d'éviter. C'est la gloire de Bacon d'en avoir fait la démonstration. Cf. Oj). maj., part. II, cm; part. IV, p. ISO-223, 236, 237;. Op. terl., c. lu, LVi, Lviii, LX, LXiv; Comp. studii phU., c. v, vu; Op.
CORRECTION DE LA VULGATE. — lie If préoccupent le plus, celui de la Il rsl un des premiers. II y consacre I. ~ p:iges dans VOpus tuajiis et dans ùent encore dans VOpus tertium.
min.