IL
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impossible de leur conférer le baptême. D'après lui, « ce serait agir prudemmenl et d'une manière irrépréhensible
que de donner la bénédiction au nom de la sainte Trinité aux entants qui seraient en danger dans le sein de leur mère, laissant d'ailleurs à Dieu de juger à son tribunal le fond de la question. Qui sait si la divine miséricorde n'accepterai! pas vin tel baptême qu'accompagnerait le vœu des parents, lorsque ce ne serait pas une négligence coupable, mais une impossibilité excusable, qui empêcherait d'administrer ce sacrement. » Pallavicini, Histoire du concile de Trente, 1. IX, c. vm, édil. Migne, p. 358. Cette opinion parut suspecte, à bon droit, aux théologiens du concile de Trente, et il fut même question de la condamner. On s'abstint finalement de toute censure, voir col. 305-306, mais le pape Pie V ordonna de rayer cette opinion des œuvres du savant cardinal. Le dominicain D. Soto, du même ordre que Cajetan, sans aller jusqu'à traiter d'hérétique l'opinion de son confrère, la déclare fausse. Voir col. 326 — 2. Gerson, Durand, Eusèbe Amort et quelques autres croient que les prières des parents peuvent quelquefois, à titre exceptionnel et quasi miraculeux, obtenir de Dieu le salut éternel de leurs enfants, quand le baptême est impossible. « Qui sait, dit Gerson, si Dieu n'exaucera point ces prières, et ne doit-on pas espérer qu'il aura égard aux humides supplications de ceux qui auraient mis en lui toute leur confiance? » Serni. de Nativ. Virg. Mariée, part. III, consid. 2, Opéra, Anvers, 1706, t. ni, p. 1350. Voir, dans le même sens, Amort, Theol. moral., Inspruck, 1758, t. il, p. 120 sq. Une doctrine analogue fut soutenue, en 1855, par l'abbé Caron, archiprêtre de Montdidier, dans son ouvrage La vraie doctrine de la sainte Eglise catholiijue sur le salut des hommes, suivie d'un appendice sur le sort des enfants morts dans le péché originel, in-8°, Paris, 1855, p. 269, et appendice. L'ouvrage ayant été mis à l'Index, fut aussitôt retiré du commerce par le pieux archiprêtre. — On prête aussi d'ordinaire cette opinion à saint Bonaventure. Voir, entre autres, Hurter, Theol. dogm. comp., Inspruck, 1891, t. ni, p. 612. Perrone, cependant, soutient que cette attribution est inexacte. Prœlectiones theologiae, Paris, 1842, édit. Migne, t. ii, p. 111, en note. La vérité est que le docteur séraphique, moins explicite d'ailleurs que Gerson, semble bien admettre la possibilité d'une dérogation exceptionnelle à la loi baptismale : Privalus haptismo aquse caret gratia Spirilus Sancli (parvulus) quia aliter ad gratiam nonpotest dispani, quantum est de jure commun!, nisi Deus facial de privilegio speciali, sicut in sanctificatis in utero. In 1 V Sent., 1. IV, dist. IV, part. II, a. 1, q. i, Opéra, Lyon, 1668, p. 53. Évidemment, si l'on n'envisage que la question de possibilité, cette opinion est soutenable. Mais, si on l'envisage in concreto, on ne peut pas admettre une dérogation ou un privilège comme celui dont parle saint Bonaventure, à moins que Dieu lui-même n'en révèle l'existence. Les exceptions à une loi universelle ne doivent pas se présumer, mais se prouver. Saint Bonaventure ne parle que des personnages que Dieu a sanctifiés dans le sein de leurs mères et qui ont revu ainsi la grâce par un privilège spécial. Voir Suarez, qui réfute longuement toutes ces conjectures. De sacramenlis, disp. XXVII, sect. m, n. 6. — 3. Plus hypothétique encore, et par conséquent plus condamnable, est l'opinion soutenue par le P. Bianchi, de la congrégation des clercs réguliers, dans son ouvrage De remédia œlernx salutis pro parvulis in utero clausis sine baplismate morienlibus, Venise, 1768. D'après lui, les enfants qui meurent sans baptême dans le sein maternel seraient sauvés, si la mère a soin de protester, au nom de l'enfant, que celui-ci accepte la mort comme preuve de son désir de recevoir le baptême. Cette opinion singulière fut réfutée par le camaldule Biaise, dans un livre intitulé: Dissertatio adversus novum si/stema P. Bianchi, de remédia, nie, Faenza, 1770. — 4. Mon moins
hasardée est l'opinion de ceux qui ont prétendu, avec Klee, que les enfants auxquels il est impossible de conférer le baptême étaient éclairés, avant la mort, d'une illumination soudaine qui leur permettait de désirer le sacrement. Klee, Kalhol. Dogm., Bonn, 1835, t. ni, p. 158. Cette hypothèse est inadmissible, non seulement parce qu'elle exige des miracles continuels, mais surtout parce qu'elle est inconciliable avec les décisions de l'Église que nous avons rapportées, et qui supposent clairement qu'on peut mourir et qu'on meurt de fait avec le seul péché originel. Or, dans l'hypothèse de Klee, ce cas n'arriverait jamais. Voir Hurter, Theol. dugm. comp., Inspruck, 1891, t. m, p. 612. - 5. H. Schell, Kathotische Dagmalik, Paderborn, 1893, t. m, p. 479-480, regarde comme possible que la souffrance et la mort des enfants avant le baptême soient, en vertu des souffrances volontaires de Jésus-Christ, un quasi-sacrement, le baiser de la réconciliation, une partie du baptême de pénitence qui supplée au baptême d'eau. Soto, De natura et gratia, 1. II, c. x, Lyon, 1581, p. 89, avait jugé sévèrement une assertion analogue : JVani si intelligerent (les partisans du sentiment qu'il réfute) habituros gloriam qui non discesserunt in gratia, non essent audiendi. Si vero ftngerentquod gratiam susciperentin illo puncto (mortis), uti est gratia quse martyribus impendilur plenissimx remissionis, temeraria esset assertio quod parvulus, non occisus pro Christo, per fortuitam mortem absque aliquo actu proprio, vel sacramento exlrinsecus adhibito, abstergeretur originali macula. Le quasi-sacrement, admis par M. Schell, n'a pas un fondement suffisant dans l'Ecriture et la tradition. Les souffrances et la mort des chrétiens sont méritoires; elles n'obtiennent pas la première grâce. — 6. Enfin on a prétendu que le baptême n'était pas nécessaire pour la rémission du péché originel, déjà pardonné par le sacrifice de la croix, mais seulement pour l'agrégation des âmes à la vie sociale de l'Eglise. En conséquence, dit-on, il est permis de croire que les petits enfants morts sans baptême sont sauvés. Voir l'exposé de ce système dans Didiot, Morts sans baptême, Lille, 1896, p. 112 sq. 11 est réfuté d'avance par ce que nous avons dit plus haut. Bien que le péché originel soit pardonné en principe par le sacrifice de la croix, le baptême n'est pas moins nécessaire, d'une nécessité absolue, pour appliquer pratiquement aux enfants le mérite de ce sacrifice. Et il reste toujours vrai de dire que les enfants morts sans baptême sont exclus de la vision béatifique. Cette exclusion ou privation est appelée la peine du dam, parce qu'elle est pour eux une perte, un dommage (ilamnum) réel, analogue à celui qu'on éprouve, lorsque, par suite de circonstances involontaires, on est frustré d'un héritage magnifique, auquel on n'a d'ailleurs aucun droit. En ce sens, on peut dire que les enfants morts sans baptême sont danniés, bien qu'il soit préférable, dans le langage ordinaire, d'employer une autre formule, exempte de toute équivoque.
IL Les enfants morts sans baptême ne souffrent pas la peine du sens. — Celle proposition est aujourd'hui moralement certaine, bien qu'elle ait été autrefois contestée par saint Augustin et plusieurs autres. Nous allons montrer: 1° que l'Écriture ne fournit aucun argument contre cette thèse; 2° que la tradition dans son ensemble lui est plutôt favorable; 3° que les théologiens scolastiques l'ont presque tous adoptée; 4° qu'elle a un fondement solide dans les décisions des papes et des conciles.
1» Doctrine de l'Écriture. — Saint Augustin, suivi par quelques autres, a cru que le passage évangélique où il est question du jugement général, Matth., xxv, 31 sq., impliquait la condamnation des enfants morts sans baptême aux supplices plus ou moins rigoureux de l'enfer éternel. Ces enfants, dit-il, ne seront pas à la droite du souverain juge avec les élus, puisqu'ils sont
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•exclus de la vision béatifique. Donc ils seront à gauche avec les damnés, puisqu'il n'y a pas de milieu entre la droite et la gauche, entre le ciel et l'enfer. Serm., ccxciv, 3, P. L., t. xxxviii, col. 1337. Cf. Opus imper f., 1. II, c. cxvn, P. L., t. xlv, col. 1191.
Ce raisonnement, qui peut paraître spécieux au premier abord, est loin d'être concluant. Le passage évangélique qu'allègue saint Augustin a pour unique objet, comme l'indique le contexte, le jugement final des individus, d'après l'examen ou la discussion de leurs œuvres personnelles. Or, les enfants morts sans baptême n'ayant ni mérites ni démérites personnels, il n'y a pas lieu de les comprendre dans un jugement qui concerne l'usage que les hommes ont fait de leur liberté. Les considérants de la sentence montrent bien qu'il s'agit uniquement des adultes : Esurivi enim et dedislis mihi n>anducare, etc. Il n'y a pas de milieu, dit saint Augustin, entre la droite et la gauche. Sans doute, mais il y en a un entre le ciel et l'enfer des damnés. Pourquoi n'y aurait-il pas, à la gauche du Christ, deux catégories distinctes, semblables sur un point, et différentes sur d'autres; privées toutes deux de la vision béatifique, mais différentes pour le reste? Le raisonnement de saint Augustin est donc discutable; et il ne suffit pas, en tout cas, pour démontrer que l'Écriture condamne à la peine du feu et aux souffrances physiques en général les enfants morts sans baptême. Aucun texte n'a trait directement à cette question. Et quant aux conclusions indirectes qu'on peut tirer de tel ou tel passage, elles sont plutôt contraires que favorables à la doctrine augustinienne. Le texte de l'Apocalypse, xvm, 7, le prouve entre autres : Quantum glorificavit se et in deliciis fuit, tantum date Mi tormentum et luctum ; d'où l'on peut conclure, avec saint Thomas, que les divers degrés de la peine du sens sont proportionnés aux degrés de la jouissance coupable. Or le péché originel ne comportant aucune délectation de ce genre, il s'ensuit que la peine du sens n'a pas sa raison d'être pour le punir. In IV Sent., 1. II, dist. XXXIII, q. il, a. 1.
2° Opinions des Pères. — Les Pères grecs qui ont parlé de cette question sont unanimes à dire que les enfants morts sans baptême n'endurent pas la peine du sens. Saint Grégoire de Nazianze déclare « qu'ils n'auront ni gloire céleste, ni tourments >> : Neccœlesti gloria nec suppliciis a justo judice af/iciuntur utpotequi licet baptismo consignati non fuerint, improbitate tamen careant, atque hanc jacturam passi potius fuerint quam fecerint. Neque enim quisquis supplicio dignus non est, protinus honorem quoqite meretur, quemadmoditmnec quisquis honore indignus est, stalim etiam pœnam promeretur. Orat., XL, in sacr. bapt., P. G., t. xxxvi, col. 389. La même doctrine se retrouve, vers le Ve ou VIe siècle, chez l'auteur anonyme des Qusestiones et responsiones ad orthodoxos, q. lvi, P. G., t. vi, col. 1298, et chez l'auteur également anonyme des Quœstiones ad Antiochum ducem, q. cxv, P. G., t. xxvm, col. 670- 671; au VIe siècle, chez Cosmas Indicopleustes, Topogr. christ., 1. VII, P. G., t. lxxxviii, col. 378; chez saint Anastase le Sinaïte, Qusestiones, P. G., t. lxxxix, col. 710; au xir3 siècle, chez Euthymius, Panopl. dogmat., tit. xxvi, P. G., t. cxxx, col. 1282.
Les Pères latins ne semblent pas avoir traité cette question avant saint Augustin. L'évêque dllippone partagea tout d'abord l'opinion des Pères grecs. « Soyons sans crainte, dit-il, quelques années après sa conversion; il y aura place pour une vie intermédiaire entre la vertu et le péché, pour une sentence intermédiaire entre la récompense et le châtiment. » De liber, arbitr., 1. III, c. cxxin, P. L., t. xxxn, col. 1304. Mais, plus tard, quand il eut à combattre le pélagianisme, les nécessités de la polémique l'amenèrent à changer d'opinion. Nous avons vu plus haut l'abus que faisaient les pélagiens du texte .IndomoPalris mei mansiones multx
sunt, et la distinction arbitraire qu'ils avaient imaginée entre le royaume des cieux et la vie éternelle. Saint Augustin n'eut pas de peine à réfuter ces arguties, et à démontrer que les enfants morts sans baptême sont exclus de la béatitude proprement dite, c'est-à-dire de la vision de Dieu. C'était la doctrine traditionnelle de l'Église. Mais, non content de faire cette démonstration, il crut devoir aller plus loin, sans doute pour ruiner jusqu'à la base l'objection pélagienne. Il nia résolument l'existence de tout lieu intermédiaire entre l'enfer et le ciel, après le jugement général. Et c'est alors qu'il employa l'argument biblique de la sentence du jugement dernier. Voir plus haut. De peccat. merit., 1. III, c. iv, P. L., t. xux, col. 189; 1. I, c. xxvm, col. 140; De anima, 1. I, c. ix, P. L., t. xliv, col. 481; 1. II, c. xn, col. 505. Le concile de Milève, dont nous avons parlé déjà, a-t-il également soutenu cette doctrine? On serait tenté de le croire au premier abord, à cause de la similitude de ses formules avec celles de saint Augustin. Mais il faut remarquer que la négation du concile, en ce qui concerne l'existence d'un lieu intermédiaire entre le ciel et l'enfer, est exactement calquée sur l'affirmation des pélagiens. Or ceux-ci, d'après le concile lui-même, enseignaient que les enfants morts sans baptême jouissaient de la béatitude pure et simple, c'est-à-dire surnaturelle, dans un lieu distinct du royaume des cieux. C'est précisément ce que nie le concile, en rejetant ce lieu imaginaire inventé par les pélagiens, et en refusant tout bonheur surnaturel aux enfants non baptisés. Le texte ajoute, il est vrai, ces paroles, qui semblent être un écho au moins indirect de la doctrine augustinienne : Quis catholicus dubitet participem fieri diaboli cum qui cohœres esse non meruit Christi"? Qui enim dextra caret sinistram procul dubio incurret. Denzinger, Enchiridion, n. 66. Nous ferons d'abord remarquer que plusieurs critiques contestent l'authenticité de ce canon, qui est absent de la plupart des manuscrits. Voir Milève (Conciles de). Mais fût-il authentique, il ne serait pas un argument décisif pour la doctrine de saint Augustin. Le texte, en effet, ne parle ni de tourments, ni de flammes, ni de douleurs. Il établit, il est vrai, une association entre le démon et les enfants non baptisés. Mais rien ne prouve que cette association soit universelle et absolue. Elle peut très bien être partielle et relative, et ne porter que sur la commune privation de la vision béatifique, ce qui suffit amplement pour les associer au même malheur.
Au reste, saint Augustin lui-même sentait si bien les difficultés soulevées par son opinion, qu'il avoue, à plusieurs reprises, ses anxiétés et ses incertitudes. Cum ad pœnas ventum est parvulorum, magnis, mihi crede, coarctor angustiis nec quid respondeam prorsus invenio. Epist., clxvi, c. vu, P. L., t. xxxm, col. 727. Ailleurs, il se déclare impuissant à dire la nature et l'intensité des peines endurées par les enfants non baptisés; et il n'ose pas décider si l'existence est pour eux préférable au néant. Quis dubitaverit parvulos non baplizatos, qui solum habent originale peccatum nec ullis propriis aggravantur, in damnalione omnium levissimafuturosf Quse, qualis et quanta erit, quamvis definire non possim, non tamen audeo dicere, quod Us, ut nulli essent, quam ut ibi [in damnalione levissima\ essent, potius expediret. Cont. Julian., 1. V, c. xi,P.L., t. xliv, col. 809. Il répète souvent que cette peine, en tout cas, est omnium mitissima. Voir De peccat. merit., I. I, c. xvi, P. L., t. xlix, col. 120; Enchiridion, c. xcm, P. L., t. xl, col. 275. Cf. t. i, col. 2397.
L'opinion de saint Augustin parait aussi avoir été celle de saint Jérôme, Dialog. adv. Pelag., 1. III, n. 17, P. L., t. xxiii, col. 587. D'autres Pères l'ont suivie, notamment S. Fulgence, De incarn. et grat., c. xiv, xxx, P. L., t. lxv, col. 581, 590; De fide ad Petr., c. xxvu, col. 701; S. Avit de Vienne, Carm. ad Fusein., P. L., t. lix, col. 370; S. Grégoire le Grand, Moral., 1. IX, c. xxi,
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]'. I.., t. i.xxv, col. 877; S. Isidore, Sentent. ,1. I, c. xxn, ]'. L., t. î.xxxm, col. 588; S. Anselme, De concept, virg., c. xxm, P. L., t. ci.vni, col. i57 .
3° Enseignement des scolastiques. — Les scolastiques du xne siècle commencèrent déjà à secarter du sentiment de saint Augustin. Abélard, entre autres, ne veut pas de souffrances physiques pour les enfants morts sans baptême et il entend par la milissima pœna, dont parle l'évèque d'Hippone, la privation exclusive de la vision de Dieu. Expositio in epist. Pmdi ad Rom., 1. II, P. L., t. clxxviii, col. 840. Mais les théologiens [de son école sont beaucoup moins explicites. Roland Bandinelli se contente de dire que ces enfants procul dubio damnantur, sans s'expliquer davantage sur leur sort. Ognibene est du même avis, mais ajoute ces paroles : lia credimus, quia hoc sancti dicunt, allusion probable à la doctrine de saint Augustin. Die Sentenzen Rolands, édit. Gietl, Fribourg-en-Brisgau, 1891, p. 208, 209. L'auteur de la Summa sententiarum dit « qu'ils ne sont pas sauvés, mais qu'ils subissent une peine très douce » suivant la formule augustinienne. Sitm. sent., tr. V, c. vi, P. L., t. clxxvi, col. 132. Mais Pierre Lombard est plus explicite, et enseigne que la seule peine du péché originel est la privation de la vision béatifique. Sent., 1. II, dist. XXXIII, P. L., t. cxcii, col. 730.
Au xme siècle, la réaction contre la doctrine de saint Augustin fut complète. Deux causes principales y contribuèrent : une déclaration du pape Innocent III, dont nous parlerons tout à l'heure, et l'étude plus attentive de la nature du péché originel. C'est là en effet qu'était la véritable clé du problème. Partant de ce principe, que la peine du péché doit être exactement proportionnée à sa nature, les grands docteurs du XIIIe siècle analysèrent avec plus de soin la notion du péché originel, et arrivèrent bien vite à des conclusions tout autres que celles de saint Augustin. Alexandre de Halès ne traite pas la question ex professo. Il enseigne pourtant que la privation de la vision béatifique est la vraie peine du péché originel, bien qu'elle s'applique aussi au péchépersonnel grave. Et s'objectant a lui-même le passage biblique qui partage l'humanité en deux catégories exclusives, au jour du jugement général, il répond que le sort des enfants morts sans baptême n'est pas le feu proprement dit de l'enfer, mais les ténèbres, c'est-à-dire la privation de la vision béatifique. Esse in illo igné ad pœnam contingit dupliciter, vel ralione ardoris, vel ralione tcnebrositatis : ralione ardoris dicuntur esse illi gui actualiter peccant; ratione tcnebrositatis, qui careul visione Dei. Sununa,pari. II, q. cvi, m. ix, Venise, 1575, t. il, fol. 277. Albert le Grand n'admet également que la peine du dam pour les enfants non baptisés, et il déclare que le langage de saint Augustin n'est pas exact, improprie loquitur. In IV Sent., 1. IV, dist. IV, a. 8, Opéra, Lyon, 1651, t. xvi, p. 53. Saint Thomas donne trois raisons pour prouver que ces enfants ne doivent endurer aucune souffrance physique. Quand il s'agit, dit-il, des biens qui surpassent les exigences de la nature humaine, on conçoit que leur perte puisse être le résultat, non seulement d'une faute personnelle, mais d'un vice quelconque de la nature, puisque celle-ci n'y a aucun droit. Voilà pourquoi la privation de la grâce et de la vision béati- Qque est la conséquence du péché originel, aussi bien que du péché actuel grave. Mais quand il s'agit d'un bien simplement naturel, c'est-à-dire qui est dû à la nature pour son fonctionnement normal, on ne peut pas admettre que la privation nu la perte de ce bien résulte (I un vice de nature; il suppose une faute personnelle dont il est le châtiment. Les peines afflictives ne peuvent donc atteindre cl punir que le péché actuel. —En second
lieu, toute peine doit être proportionnée à la faute.
Le péché actuel, étant à la fois un éluigncmont du souverain bien, aversio ab incommutabili bono, et une attache déréglée au bien périssable, conversio ad bonum
commutabile, il est juste qu'il soit puni doublement : d'abord par la perte de la grâce et de la vision béatifique, correspondant à l'éloignement vis-à-vis de Dieu; puis, par des souffrances physiques, correspondant aux attaches déréglées à la créature. Mais le péché originel ne comprend aucune attache au bien périssable. Il éloigne simplement de Dieu, en ce sens qu'il prive l'âme de la grâce sanctifiante, c'est-à-dire d'un moyen strictement nécessaire pour atteindre la fin surnaturelle. Donc il ne mérite aucune peine afflictive, mais seulement une peine privative, la privation de la vue de Dieu. — Enfin, dit le docteur angélique, une disposition proprement dite de l'âme ne saurait être l'objet d'une peine afflictive. On n'inflige pas de punition pour une tendance ou disposition à mal faire, mais seulement pour un acte mauvais lui-même. Une disposition mauvaise ou défectueuse ne peut être punie que par la privation d'un avantage quelconque, privation qui est la conséquence légitime de l'inaptitude ou de l'indignité du sujet. L'ignorance par exemple, dit saint Thomas, est un obstacle à la promotion au sacerdoce. Or le péché originel n'est en soi qu'une disposition à la concupiscence, et les adultes seuls mettent cette disposition en acte. Donc les enfants ne doivent pas, pour une simple tendance mauvaise, être l'objet de peines afflictives plus ou moins sévères. De nialo, q. v, a. 2. Le docteur angélique ne cache pas que son enseignement paraît être opposé à celui de plusieurs Pères; mais, d'après lui, ce sont là des écarts de parole, plutôt que de doctrine, et qu'il faut savoir interpréter. Has voces (supplicium, tormentum , gchenna, critciatus œterni) esse large accipiendas pro pœna, ut accipiatur species pro génère, sicul etiam in Scripturis quœlibet pâma figurari consuevit. Et il ajoute ces paroles pour excuser les Pères : ldeo sancti tali modo loquendi usi sunt, ut deteslabilem redderent errorem pelagianorum, qui asserebant in parvtdis nidlum peccatum esse, nec eis aliquam pœnam deberi. De malo, q. v, a. 2, ad l»m. Voir la même doctrine dans saint fionaventure qui signale d'abord, mais pour l'écarter, l'opinion rigide, et expose ensuite l'autre, qui, dit-il, magisconcordat pietati fidei et judicio rationis. In IV Sent., 1. II, dist. XXXIII, a. 3, q. I, Opéra, 1668, t. n, p. 414. Ce fut désormais l'enseignement unanime des théologiens, jusqu'au xvie siècle. Grégoire de Rimini est le seul écrivain, qui se soit montré favorable au sentiment opposé, ce qui lui a valu le surnom de « bourreaudesenfantSB./xit'Sewt., 1. II, dist. XXXIII, q.m. Au xvne siècle, l'opinion rigide fut remise en honneur par quelques théologiens, sous prétexte de retour à la doctrine augustinienne, mais en réalité sous l'influence indirecte du jansénisme. Petau, Bossuet, Berti et le cardinal Noris en sont les principaux représentants. Ils s'appuient sur les paroles de saint Augustin, et invoquent en outre les deux conciles généraux de Lyon et de Florence. On trouvera plus loin le texte et l'interprétation de ces décisions. Bossuet soutient que les enfants morts sans baptême endurent, non pas précisément « la souffrance du feu », mais d'une façon générale une peine afflictive subie en enfer, car ils sont « dans la punition, dans la damnation, dans les tourments perpétuels, selon saint Grégoire, perpétua tornienta percipiunt ». Défense de la tradition, 1. V, c. il, Amsterdam, 1753, p. 169. Le cardinal Noris va jusqu'à déterminer la nature précise de leurs souffrances, et il écrit ces singulières paroles : Levissima ac milissima erit (pœna)'ab igné calefaciente cum aliqua molestia pueros,sed noneosdem ustulante.,., non pueri hsereditarii tantum criminis rei sint, calore ad molestiam usque ac dolorem incutiendwm intenso affligentur. Vindicia augustinianee, Vérone, 1729, t. i, p. 981. Sur quoi h' 1'. l'erroné ne peut s'empêcher de faire cette réflexion quelque peu ironique : Nescio quo thermometro usus sil, ad /tus gradus caloris et iuteusilalis tant
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accurate determinandos. Prœlectiones theologicie, Paris, 1842, édit. Migne, t. i, p. 873. Voir encore dans le sens rigide Petau, Opus de theol. dogm., De Deo, 1. IX, c. x, n. 10 sq., Paris, 1867, t. n, p. 115 sq. Mais cette opinion est .abandonnée depuis longtemps par tous les théologiens, qui enseignent que les enfants morts sans baptême n'endurent aucune souffrance physique. Hurter, Theol. ■dogm. compend., Inspruck, 1891, t. ni, p. 613.
4° Décisions des papes et des conciles. — Nous avons vu plus haut ce qu'il fallait penser du canon attribué au IIe concile de Milève, qui rappelle sans doute la doctrine de saint Augustin, mais en diffère cependant sous certains rapports. Plus tard, au xme siècle, parut une décrétale importante du pape Innocent III, répondant officiellement à l'archevêque d'Arles au sujet du baptême. Dans sa réponse, le pape rappelle, entre autres choses, la distinction capitale qui existe entre le péché originel •« qui est contracté sans consentement » et le péché .actuel « qui est commis avec consentement ». Il ajoute ensuite ces paroles : Pœna originalis peccati est carentia visionis Dei, aclualis vero j>œna peccati est gehcnnse perpétuée cruciatus. Denzinger, Enchiridion, n. 341. Dans la pensée du pape, il est clair que les peines s'opposent comme les péchés eux-mêmes, et que, par conséquent, la peine du péché originel n'est pas le supplice de la géhenne éternelle; en d'autres termes, que les enfants morts sans baptême ne seront pas tourmentés dans l'enfer des démons et des damnés. Cette déclaration du pape Innocent III, dit M. le chanoine .1. Didiot, « n'est pas seulement un indubitable monument de la croyance de l'Église romaine, elle est très certainement, surtout depuis son insertion, en 1230, au Corpus juris ou code officiel des lois pontificales, un enseignement formel et authentique de la papauté. » Morts sans baptême, Lille, 1896, p. 23.
On ne peut pas objecter contre cette doctrine la profession de foi qui fut proposée par le pape Clément IV, en 1267, à la signature de l'empereur Paléologue, acceptée ensuite par celui-ci au IIe concile œcuménique -de Lyon (1274), et textuellement reproduite plus tard au -concile général de Florence, pour l'union des Grecs et des Latins (1439). Cette profession de foi semble bien, à première vue, un peu sévère pour les enfants morts sans baptême. On y lit en effet ces paroles : Illorum autem animas, qui in mortali peccato vel cum solo originali decedunt, mox in infernum descendere , pœnis tamen disparibus puniendas. Denzinger, n. 387, 588. C'est dire, semble-t-il, que l'enfer est le séjour commun de ceux qui meurent en état de péché mortel, et de ceux qui meurent avec le seul péché originel. N'est-ce pas assimiler, dès lors, avec une légère différence, le sort des enfants morts sans baptême à celui des damnés? Les théologiens rigides du xvne siècle n'ont pas manqué de tirer cette conclusion du texte conciliaire. Et pourtant elle n'est pas fondée, comme nous allons le voir. D'abord, la disparité des peines que signale le concile en termes formels ne s'explique pas suffisamment dans le système rigoriste. Cette disparité concerne tout aussi bien les innombrables péchés mortels qui sont punis en enter. Pourquoi donc le concile a-t-il voulu l'appliquer d'une façon spéciale à deux catégories distinctes de péché, l'actuel et l'originel, si ce n'est précisément parce qu'il y avait, dans sa pensée, une différence d'espèce, et non seulement de degré, entre les peines qu'ils subissent? Il n'a pas mentionné la disparité des châtiments qui punissent les damnés proprement dits, parce que -cette disparité est trop évidente ; mais il a pris soin de signaler l'autre, parce que la question était moins claire, et pour éviter des confusions fâcheuses. Palmieri, De Deo créante et élevante, Rome, 1878, th. lxxxi, p. 651.
D'autre part, l'expression in infernum descendere ne suppose pas nécessairement une communauté de séjour pour les enfants morts sans baptême et les damnés pro-
prement dits. Le mot inferi ou infernum a souvent dans la langue chrétienne, par exemple dans le symbole des apôtres, un sens collectif, désignant trois lieux plus ou moins rapprochés peut-être, mais très différents en réalité, auxquels est attachée l'idée commune d'opposition au ciel et de situation inférieure par rapport à nous : d'où vient précisément le mot inferi ou infernum, lieu inférieur en général. Ces trois lieux sont plus connus sous le nom de « limbes des Pères », limbus Patrum, « limbe des enfants, » Urubus puerorum, et enfin l'enfer des damnés. Voir Abraham (Sein d'), t. i, col. 111 sq., et Limbes. Or, « quand les souverains pontifes, depuis Clément IV jusqu'à Benoit XIV, exigent que l'on croie à la descente immédiate des âmes dépourvues de grâce sanctifiante dans Y infernum, où elles seront inégalement punies, ils visent manifestement la signification collective du mot, et ils placent les enfants morts sans baptême dans un autre infernum que les adultes surpris par la mort en état de péché grave. Les peines sont inégales, et le lieu pénal est différent, quoique plus ou moins rapproché : aux uns le limbe des enfants, aux autres l'enfer des démons. » Didiot, Morts sans baptême, Lille, 1896, p. 30. Il faut donc éviter de traduire Yinfernum du concile de Florence par le mot singulier « enfer » ; car c'est exposer les fidèles à des confusions très fâcheuses. La vraie traduction est « un lieu inférieur ».
Une nouvelle décision pontificale vint faire connaître au xvme siècle la vraie doctrine de l'Église sur le sort éternel des enfants non baptisés. Les jansénistes, au synode de Pistoie, avaient traité de « fable pélagienne », l'existence de « ce lieu inférieur que les fidèles désignent ordinairement sous le nom de limbes des enfants, et dans lequel les âmes de ceux qui meurent avec le seul péché originel sont punies de la peine du dam, mais non de la peine du feu ». Une telle opinion, disaient-ils, remettait en honneur « la fable pélagienne d'après laquelle il y aurait un lieu et un état intermédiaires, exempts de faute et de peine, entre le royaume de Dieu et la damnation éternelle ». Cette doctrine fut condamnée par le pape Pie VI dans sa bulle Auctorem fidei, dont le 26e article était ainsi conçu : Doctrina, quw relut fabulant pelagianam explodil locum illum inferoruni quem limbi puerorum nomine fidèles passim designant), in quo animée decedenlium cum sola originali culpa pœna damni citra pœnam ignis puniantur, perinde ac si hoc ipso quod qui pœnam ignis removent, inducerent locum illum et stalum médium expertem culpse et pœnse inter regnum Dei et damnationem eclernam, qualem Jabulabantur pelagiani, falsa, temeraria, in scholas calliolicas injuriosa. Denzinger, Encliiridion, n. 1389. D'où il faut conclure que l'existence du limbe des entants, tel que les catholiques le conçoivent en général, c'est-à-dire exempt de la peine du feu, n'est pas une invention mensongère, mais une croyance parfaitement orthodoxe. Aussi, dans le schéma de la constitution dogmatique sur la doctrine catholique qui devait être discutée au concile du Vatican, il était dit que ceux qui meurent avec le seul péché originel seront privés pour toujours de la vision béatifique, tandis que ceux qui meurent avec un péché actuel grave souffriront en outre les tourments de l'enfer. Acta et décréta concil. Vaticani, dans1 la Collectio Lacencis, t. vu, p. 565.
III. Les enfants morts sans baptême jouissent-ils d'un bonheur naturel?— i.sens de la question. — Il ne s'agit pas de savoir si ces enfants sont heureux au sens pélagien, comme n'ayant pas participé à la souillure originelle. Aucun théologien catholique n'a jamais revendiqué pour eux un pareil bonheur. Il ne s'agit pas davantage de savoir si ces enfants atteignent une fin naturelle proprement dite, d'où résulterait pour eux un bonheur complet du même ordre. Car Dieu n'a pas assigné deux fins à ses créatures : une lin surnatu-
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relie pour les adultes, et une fin naturelle pour les enfants « i ui meurent sans baptême. Tous les hommes, adultes ou entants, n'ont qu'une seule et même fin, d'ordre surnaturel, qui est la vision intuitive. Les enfants morts sans baptême manquent donc leur fin, autrement dit leur salut éternel. Ils sont dès lors dans un état anormal, qui ne devait pas être le leur, et qui dillère formellement de celui qui aurait existé dans une économie diltérente, si l'homme n'avait pas été appelé à une fin surnaturelle. L'économie de pure nature, comme on l'appelle, aurait comporté, en efiet, une fin naturelle et un bonheur complet du même ordre. Mais les enfants morts sans baptême ne sauraient y prétendre, puisqu'ils ont une destination toute différente et qu'ils manquent leur fin. Tous les théologiens catholiques sont d'accord sur ce point. Le cardinal Slondrate semblerait cependant pencher vers l'opinion contraire, quand il dit : Fatendum tamen, quia nunquam parvulis ante baptismum sublatis Dcus xlernam vitam volait, istos ad alium finem classemquc providentiee pertinere. Nodits prœdeslinationis dissolutus, Rome, 1687, p. 46. Mais cette opinion isolée du savant théologien parait difficile à concilier avec l'enseignement du concile du Vatican dans sa constitution Dei Filius, c. n, De reveîatione. Voir pourtant un essai de conciliation dans la Revue du clergé français, 15 août 1895, p. 527. On peut se demander en tout cas si les enfants morts sans baptême parviennent du moins à obtenir les mêmes éléments de bonheur naturel qu'on aurait eus dans l'état de pure nature, après la mort; en d'autres termes, s'ils jouissent, non du bonheur pur et simple, beatitudo simplicité)* et formaits, réservé à ceux qui atteignent leur fin proprement dite, mais d'un bonheur accidentel et secondaire, bealiludo secundum quid, et malerialis.
il. solutions. — Le problème ainsi posé a reçu deux solutions différentes, données principalement par Bellarmin et saint Thomas.
1° Opinion de Bellarmin.— Le savant cardinal soutient que les enfants morts sans baptême éprouvent une réelle tristesse d'être privés de la vision béatifique. Il admet d'ailleurs que cette tristesse est très légère, soit parce que ces enfants, ayant conscience de n'avoir pas perdu ce bonheur par leur propre faute, ne sauraient en éprouver un remords quelconque; soit parce que n'ayant lait aucune expérience du bonheur, ils supportent plus facilement la perte d'une chose qu'ils ignorent, et pour laquelle ils n'ont d'ailleurs qu'une aptitude éloignée; soit enfin parce que voyant le sort épouvantable des damnés, ils sont plutôt disposés à se féliciter euxmêmes d'avoir échappé à ce malheur possible par une mort prématurée. Cuntrov., De amiss.grat., 1. VI, c. vi, Milan, 1721, t. iv, p. 359. Ces réserves faites, Bellarmin et quelques autres théologiens croient devoir affirmer que les enfants morts sans baptême souffriront intérieurement d'être exclus de la vision intuitive. D'après eux, en effet, ces enfants connaissent ou connaîtront nécessairement l'existence du ciel, puisqu'ils assisteront au jugement général avec tous les hommes, et y entendront la sentence du bonheur éternel. Comment, dit-on, ne feraient-ils pas une comparaison pleine de tristesse entre leur propre soit et celui des bienheureux ? Trois réponses ont été données à cette objection. Rien ne prouve, disent quelques-uns, que les enfants morts sans baptême assistent au jugement général. La description évangélique de cette scène semblerait plutôt indiquer le contraire, puisque le texte sacré ne parle que (les récompenses et des châtiments mérités par les œuvres personnelles, lionnes un mauvaises, de ceux qui seront la. Les enfants morts sans baptême n'ont rien à voir à ce jugement, et rien ne motive leur présence à ces assises solennelles. N'assistant pas à ce spectacle, ils ne connaîtront pas [e bonheur des ('lus. et n'auront par conséquent aucun regret à éprouver : Ignoti nulla cupido.
— D'autres estiment qu'ils connaîtront ce bonheur, mais que cette connaissance ne produira en eux aucune tristesse, parce que leur volonté sera pleinement conforme à celle de Dieu, et que leur intelligence non seulement n'aura aucune peine à s'incliner devant les desseins les plus mystérieux de la providence, mais en saisira comme il faut la sagesse, la justice et la bonté.
— D'autres enfin déclarent, avec saint Thomas, De malo, q. V, a. 2, que les enlants morts sans baptême n'arriveront jamais, faute d'une révélation spéciale qui leur serait indispensable, à connaître l'existence de la vision béatifique. Quant à leur présence au jugement général, s'ils s'y trouvent, elle ne leur apprendrait rien sous ce rapport, par suite d'une très sage disposition de la providence. Ils n'auront donc aucun regret de ce bonheur inconnu. Suarez, De peccat. et vitiis, disp. IX, sect. vi.
Bellarmin, non content d'exposer son sentiment sur les peines intérieures que souffrent les enfants non baptisés, attaque vivement l'opinion des théologiens qui leuraccordent un bonheur naturel dans le sens que nous avons dit, et va jusqu'à la traiter d'hérétique. Fide catholica tenendum est parvulos sine baplismate decedentes esse damnatos, et non solum cxlesli, sed etiani naturali bealitudine perpetuo carituros. Controv., De amiss. gral., 1. VI, c. n, Milan. 1721, t. iv. p. 340. La première partie de cette proposition, sans doute, est de toi ; mais la seconde, celle qui concerne le bonheur naturel des enfants en question, ne l'est pas, tant s'en faut. Palmieri, De Deo créante et élevante, Rome, 1878, p. 653 sq., montre combien l'assertion de Bellarmin est exagérée et injuste, et réfute en détail les arguments du docte cardinal. Les théologiens contemporains sont à peu près unanimes à rejeter cette opinion, qui leur parait mal fondée en raison, et qui n'offre pas, d'autre part, les mêmes ressources que la doctrine de saint Thomas, au point de vue apologétique. A ma connaissance, il n'y a guère qu'un théologien allemand, François Schmid, qui l'ait reprise, en accentuant même la sévérité qui la caractérise. D'après lui, en effet, le sort des enfants morts sans baptême est plutôt misérable qu'heureux : Potius misera quam felix dicenda est. Quœstiones selectse ex theologia dogmalica, Paderborn, 1891, p. 278. Et il enseigne comme une chose tirs certaine, que ces enfants sont dans une situation inférieure, sous tous rapports, à celle qui aurait existé dans la pure nature. Certis'simum est statum parvulorum sine baptismo defunctorum non solum formaliter sed etiam materialiter a statu finalis felicitatis naturalis, sive ab ea co)idilione quse in statu natures purée hominibus sine reatu culpw gravis decedentibus pra'parala fuisset, Itaud leviter differre. lbid., p. 255. L'auteur invoque surtout l'autorité de saint Augustin pour appuyer sa théorie. Il prétend que la doctrine augustinienne est très précise et très constante sur ce point, tandis que l'enseignement de saint Thomas serait, d'après lui, incertain et hésitant. Nous ne voulons pas entreprendre ici la rélutation de ce système. Elle résulte suffisamment, croyons-nous, de l'article tout entier. Chr. Pesch, Prselectiones dogmalicse, Fribourg-en-Brisgau, 1899, t. m. p. I5.V156.
2° Opinion tir s, mit Thomas.— Le docteur angélique enseigne que les enfants morts sans baptême jouiront, corps et âme, d'un réel bonheur. En effet, dit-il, bien que séparés de Dieu par la privation des biens surnaturels, ces enfants restent unis à lui par les biens naturels qu'ils possèdent, ce qui suffit pour jouir de Dieu parla connaissance et l'amour naturels. Quamvis puer* non baptiïati sint scjiarati a Dca, quantum ad illam conjunclionem quse. est per gloriam, non tante» ab eo penitus separati sirnt. lmo ipsi conjunguntur per participationem naturalium bonorum : et ita etiani tir ipso gamlere )>t>trru>tt,)ialuralicognitioneet dilectione- 7n/VScn<.,l.II,dist.XXX,q.H,a.2,ad5»"'.Cf.Dewiotoi.
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q. v, a. 3, ad 4um. D'autre part, dit saint Thomas, le corps des enfants morts sans baptême sera impassible, non sans doute par une qualité intrinsèque, comme celui des bienheureux, mais parce qu'il n'y aura plus aucune cause extrinsèque de souffrance. Corpora puerorum non erunt impassibilia defectu potentim ad patiendum in ipsis, sed defectu exterioris agent is in ipsa; quia post resurrectionem nullum corpus erit agens in aliénai}, prxcipue ad corruptionem inducendam per actionern nalurx, sed erit actio tantum ad puniendum ex ordine divinse justitix. Unde Ma corpora pœnam non patientur, quibus pœna sensibilis ex divina justilia non debelur. Corpora auteni sanctorum erunt impassibilia, quia deficiet in eis polentia ad patiendum : et ideo impassibilitas erit in eis dos, non in pueris. In IV Sent. , 1. II, dist XXXIII, q. n, a. I,ad5un>. —L'opinion de saintThomas est devenue celle d'un très grand nombre de théologiens. Plusieurs sont même plus explicites que le maître. Suarez n'hésite pas à dire que les enfants morts sans baptême aiment Dieu par-dessus toutes choses, et qu'ils sont à l'abri de tout désordre, de tout malaise et de toute souffrance, lnfero fore ut Mi parvuli habeanttunc [sicut nunc] veram Dei cognitioneni naluralem et amorem ejus super omnia atque adeo reliquas vir tûtes natur aies et corpora impassibilia. ...Unde non indigebunt cibo neque polu, quia omnis alteratio tune cessabit, Deo ila providenle. Itaque neque patientur rebellionem carnis neque interiorem neque exteriorem pugnam, quia etiam hxc esset pœna sensibilis, et omnia hxc pertinent ad viani, Mi vero suntsuo modo in termino. Algue in his fere conveniunt theologi ; solum deloco,in quo erunt, dubitant aliqui... Solo vv.lt futuros in loco inferni prorsus tenebroso... Céleri vero pie et p7*obabiliter censent habilationem illorum futuram in hoc mundo. De pecc. et vitiis, disp. IX, sect. vi. Lessius est d'avis que ces enfants possèdent « une connaissance insigne des choses corporelles et spirituelles », qui les aide à aimer, à bénir et à louer Dieu pendant l'éternité. Longe perfectior \quam in hoc mundo habemus] in Ma renovalione dabitur [parvulis cognitio], ut innumerabilis Me infanlium populus in suo ordine non sit oliosus, ne frustra in mundo esse videatur, sed ut ex cognitione sui et aliarum rerum creatarum auctorem suum et mundi totius illustri modo cognoscant et cognoscendo ament et laudent et gratias ei de beneficiis acceptis in omnem xternitatem aganl. Ce qui ne veut pas dire, ajoute Lessius, que ces enfants posséderont la béatitude naturelle pure et simple: la tache du péché originel s'y opposera toujours. De perfect. divin., 1. XII, c. xxn, n. 144 sq., Paris, 1881, p. 444. Le cardinal Sfondrate va jusqu'à soutenir que l'état d'innocence personnelle où meurent ces enfants constitue, de la part de Dieu, un bienfait supérieur, sous certains rapports, à la grâce proprement dite. « Ce bienfait de l'innocence personnelle et de l'exception du péché est si grand, que ces enfants aimeraient mieux être privés de la gloire céleste que de commettre un seul péché; et tout chrétien doit être de cet avis. Donc il n'y a pas lieu de se plaindre ni de s'aflliger à propos de ces enfants, mais il convient plutôt de louer et de remercier Dieu à leur sujet. » Nodus prxdestinationis dissolulus, Rome, 1687, p. 120. Parmi les théologiens contemporains, M. le chanoine Didiot, ancien doyen de la taculté de théologie de Lille, s'exprime ainsi : « Les enfants morts sans baptême n'ont que des facultés naturelles, que des tendances et des aspirations naturelles vers Dieu. Ils ont en lui leur vie, leur lumière, leur joie, leur bonheur; mais d'ordre seulement naturel et à travers le voile et les ombres de leurs pensées, de leurs raisonnements de leurs méditations humaines. Ils adhèrent à lui sans pouvoir jamais être séparés de lui, mais il y a une distance et un milieu entre eux et lui... Ils sont ainsi dans un état de perfection et de béatitude finales,
auquel le genre humain tout entier eût été convié par la providence, si elle ne lui eût lait de plus hautes destinées en l'élevant à l'ordre surnaturel. » Morts sans baptême, Lille, 1896, p. 67-68. Ce théologien se dit, en outre, « tout disposé à croire que des relations sont possibles et même fréquentes entre le ciel des élus et le limbe des enfants; que le lien du sang conservera sa force dans l'éternité, et que la famille chrétienne, reconstituée là-haut, ne sera pas privée de la joie de retrouver et d'aimer ses chers petits associés d'un jour. » Ibid., p. 60. Ceci évidemment n'est qu'une hypothèse, et le savant auteur n'a sans doute pas l'intention de la présenter comme une vérité acquise. Quoi qu'il en soit, la doctrine de saint Thomas, même dégagée de tous ces commentaires accessoires, est l'enseignement de beaucoup le plus commun, à l'heure actuelle; et nous ajoutons volontiers qu'elle aide singulièrement l'apologiste à justifier la conduite de la divine providence.
IV. Objections et réponses. — La doctrine catholique soulève, dans l'espèce de graves difficultés. On ne voit pas trop, en eflet, de prime abord, comment elle se concilie avec la sagesse, la justice et surtout la bonté de Dieu.
4re objection. — La sagesse de Dieu, dit-on, parait en délaut, puisque la religion chrétienne, qui fournit au reste de l'humanité des moyens de salut supérieurs à ceux de l'ancienne loi, met au contraire, sous ce rapport, les enlants morts sans baptême dans une situation inférieure à celle des enfants qui ont vécu avant le christianisme. Ceux-ci, en effet, étaient à même de bénéficier beaucoup plus facilement, soit de la circoncision mosaïque, soit du sacrement de nature, qui, n'étant réglé par aucun cérémonial précis, pouvait procurer la rémission du péché originel par une simple prière des parents, une offrande de l'enfant à Dieu, un sacrifice offert pour les nouveau-nés, etc. Voir Sacrement de nature. Peut-on dire dès lors que l'institution du baptême chrétien ait été un bien réel pour les petits enfants? — Réponse. Oui, sans aucun doute. D'abord, il est clair que le baptême est d'un usage plus commode et plus universel que la circoncision, réservée aux seuls garçons juifs âgés de huit jours. D'autre part, « l'administration du baptême, par le clergé surtout, est plus sûrement valide que la collation, toujours un peu douteuse et un peu insaisissable, de l'antique sacrement de nature. Évidemment aussi, tous les fidèles qui seraient capables de conférer ce sacrement primitif, s'il n'était supprimé, le sont de baptiser en danger de mort; et le cas est rare, où ils manqueraient absolument d'eau pour le idire. Évidemment enfin, le nombre des chrétiens aptes à donner un baptême valide est de beaucoup supérieur dans le monde, depuis dix-huit siècles, à celui des juifs et des païens en étal de donner validemenl autrelois le sacrement de nature. Si l'œuvre de l'évangélisation des hommes n'est pas encore achevée, par leur faute assurément et non par celle de Dieu, elle est si rapidement conduite de nos jours, que l'on peut entrevoir l'époque où nulle tribu, nulle famille peut-être ne sera dans l'impossibilité de baptiser ses enfants. En même temps l'hygiène, la thérapeutique, la chirurgie obstétricale lont de tels progrès, que le nombre des enlants morts sans baptême diminue dans une très notable proportion, et que probablement il diminuera davantage encore, au grand profit de la céleste Jérusalem... Si quelques-uns eussent pu être sauvés par le sacrement de nature et n'ont pu l'être par le baptême, ce fait, assurément fort rare, n'est après tout qu'une des inévitables imperfections inhérentes aux plus miséricordieuses institutions de la providence. Et l'on doit dire de ces enfants, comme des autres, que la loi du baptême ne leur est pas une cause de perte et de damnation, puisque, en vérité, l'on n'est pas perdu quand on atteint sa fin dernière de quelque laeon, dans un ordre même simple-
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ment naturel. » Didiot, Morts sans baptême, Lille, 1896,
2e objection. — Dieu est injuste, dit-on, d'appeler à l'existence des enfants qui n'ont même pas la possibilité de se sauver, et qui sont fatalement destinés à la damnation éternelle. — Réponse. Si l'on entend par damnation les peines afflictives de l'enfer, même aussi mitigées que possible, j'accorde volontiers que l'objection est insoluble; et c'est là précisément la grande raison qui milite contre la doctrine augustinienne. Mais si par damnation éternelle des enfants morts sans baptême on entend simplement, comme on peut et comme on doit le faire, l'exclusion de la vision béatifique, c'est-à-dire la privation d'un bien qui surpasse infiniment les exigences et les aspirations de toute créature, mais non la privation des biens naturels des limbes qui assurent à ces enfants un si large bonheur, Dieu ne saurait vraiment être taxé d'injustice, parce qu'il n'accorde pas à tous ce qu'il ne doit à personne. Maître absolu de sa gloire, il a le droit d'y mettre les conditions qu'il lui plait. Or, au premier rang de ces conditions, il a mis le concours de la liberté humaine et le fonctionnement normal des causes secondes en général. Il aurait pu, sans doute, se passer du concours de notre liberté, et intervenir directement lui-même pour préserver de tout accident mortel les enfants non baptisés. Mais il n'a pas jugé à propos, pour des raisons très sages, de changer le cours normal des choses, et de bouleverser sans cesse, à coups de miracles, le gouvernement régulier de sa providence générale. Ne devant les joies du ciel à personne, il est libre de les donner à qui lui plait et comme il lui plait. Après tout, d'ailleurs, les enfants morts sans baptême jouissent d'un bonheur qui n'est pas à dédaigner, et qui mérite une vraie reconnaissance.
3e objection. — La bonté de Dieu, dit-on, plus encore que sa justice, est inconciliable dans le cas présent, avec la doctrine catholique. D'une part, en elï'et, la foi nous enseigne que Dieu veut le salut de tous les hommes, et que J.-C. est mort pour tous; d'autre part, les faits quotidiens nous montrent plusieurs enfants visibb'inent exclus de la règle, puisqu'ils sont dans l'impossibilité matérielle de bénéficier de la rédemption. — Réponse. Que les enfants morts sans baptême échappent à la règle générale, c'est un fait incontestable; mais que Dieu soit responsable de cet accident, soit parce qu'il a voulu créer une exception à la loi de la rédemption universelle, soit parce qu'il serait tenu de procurer à tout prix le salut éternel des enfants en question, c'est là une affirmation insoutenable. Dieu veut sincèrement le salut des enfants comme des adultes, mais à la condition, nous l'avons dit plus haut, que les hommes et les causes secondes en général lui prètentleur concours. Voir Eranzelin, Tractalus de Deo uno secundum naturam, th. LUI, 2e édit., Rome, 1876, p. 547-560. S'il y a, par exemple, faute ou négligence de la part des parents ou d'autres personnes, il est clair que Dieu n'est tenu à aucun tilrede parer aux suites de ces négligences par une intervention miraculeuse. Or, certains théologiens n'hésitent pas à dire que la mort prématurée des enfants est toujours le résultat d'une faute de ce genre. Mais nous reconnaissons volontiers que cette opinion est peu probable, parce qu'elle est a la fois cruelle pour les parents chrétiens, contraire au sentiment commun des fidèles, et en contradiction avec les faits d'expérience, qui nous montrent souvent les enfants victimes d'accidents dus, en apparence tout au moins, au seul jeu des causes naturelles, sans que la responsabilité individuelle paraisse engagée. C'est là précisément que glt la grosse difficulté de la question. On a proposé différentes solutions au problème. Voir, entre autres, le système du P. Straub dans les Études religieuses, Paris, 1888, p. 526-547. Franzelin, loc. cit., dit que Dieu ne veut pas directement les effets par lesquels les causes secondes, morales
ou physiques, empêchent l'administration du baptême à ces enfants, il les permet seulement. Sa volonté d'appliquer à tous les enlants, qui meurent sans avoir reçu le baptême, les mérites de Jésus-Christ que leur conférait le baptême, est antécédente à la prévision des obstacles que les causes secondes opposeront à l'administration du sacrement. Quant il a prévu ces obstacles, il permet que l'ordre naturel ait son cours régulier et que par suite ces enfants meurent sans baptême. L'explication la plus rationnelle et la plus vraisemblable nous parait être celle que l'abbé J.-B. Jaugey a exposée dans la Science catltolique, 1888, t. il, p. 390-396. D'après lui, Dieu accorde à tous les hommes une somme de grâces actuelles, destinées à diriger leurs déterminations libres, telle que, en toute hypothèse, même celle des accidents les plus imprévus et les plus fortuits en apparence, elle suffirait largement à empêcher la mort prématurée des enfants, si celte grâce était utilisée comme il faut. A ceux qui n'utilisent pas volontairement ces grâces, et à eux seuls, incombe donc la responsabilité de la mort des enfants sans baptême. « Supposons, dit l'abbé Jaugey, que Dieu ait disposé les grâces actuelles, destinées à diriger les hommes dans leurs actes libres, de manière à prévenir toute mort prématurée d'enfant; considérons ensuite que l'homme a conscience, lorsqu'il résiste à l'impulsion des grâces actuelles, de ne pas faire tout ce que Dieu demande de lui pour le parfait accomplissement de sa divine volonté, et alors l'explication du mystère de la mort prématurée des enfants se présentera sous un jour nouveau. En effet, puisque le salut des enfants est attaché, d'après les décrets divins, à l'accomplissement de la volonté divine que l'homme refuse de réaliser, c'est la volonté de ce dernier qui cause librement la mort éternelle des enfants morts sans baptême. Il est vrai qu'en résistant à la grâce actuelle, l'homme ne prévoit pas que sa résistance aura cet effet particulier : la mort prématurée d'un enfant; mais il prévoit d'une manière générale qu'elle aura pour résultat d'empêcher, par omission, un bien qui était dans les desseins de Dieu, un accroissement désiré de sa gloire qui pouvait consister dans le salut éternel de tel ou tel enfant. Cette intention vague, mais réelle, de ne pas coopérer aux desseins de Dieu ne suffit-elle pas pour que le non-accomplissement de la volonté divine par rapport au salut des enfants soit imputable à l'action de la liberté humaine? » Loc. cit., p. 395-396. Cette explication, sans doute, n'est qu'une hypothèse, mais c'est une hypothèse rationnelle et qui satisfait bien aux conditions du problème à résoudre. Elle ne supprime pas, bien entendu, toute difficulté, puisqu'il s'agit, au fond, d'une question très mystérieuse, celle de l'inégale distribution de la grâce, dont Dieu s'est réservé le secret. Néanmoins, telle qu'on vient de l'exposer, elle peut aider l'apologiste à venger la providence des attaques imméritées dont elle est souvent l'objet.
Bùlgeni, Statu de' bambini morti senza battcsimo, 2 in-8', Rome, 1824; De Rubeis, De peccato originali, c. i.xxiv, Venise, 1757; Perrone, Prselectiones theologicss, Paris, 1852, t. i, p. 872- 883, 451-452, 1382-1380; Falmieri, Tractalus de Dca créante et élevante, Rome, 1878, p. 649-667 ; Mazzella, De Deo créante, Rome, 1880, [i. 755-704; Méric, La cliute originelle et la responsabilité humaine, Paris, 1885, p. 150-100; Pesch, Prtelectiones dogmatiese, Fribourg-en-Brisgau, 1899, t. m, p. 149-150; Didiot, Morts sans baptême, Lille, 1806; Le Raclielet, Le péché originel dans Adam et ses descendants, 2* partie, Paris, 1900, p. 36-44.
J. Bellamy.
BAPTISTA Jean, médecin juif converti au catholicisme, vivait au xv siècle. Son ouvrage De confutatione hebraicœ sectes, d'abord écrit en hébreu, fut ensuite traduit en latin et publié à Strasbourg, in-4", 1500.
Hœfer, Nouvelle biographie universelle, Paris, 1853, t. h.