‹ Dictionnaire de théologie catholiqueChapitre 159 sur 400 · X. Le Bachelet · texte numérisé non relu

X. Le Bachelet

8. BASILE DE CILICIE, prêtre à Antioche du temps de l'évêque Flavien II (498-512) et de l'empereur Anastase (491-518), était homme de talent et nestorien zélé. Il devint, si l'on en croit Suidas, au mot ApyéXaoç, évêque d'Irénopolis en Cilicie.

Basile avait écrit contre Jean de Scythopolis, un tenant du monophysisme, des dialogues en seize livres, dédiés respectueusement à un certain Léontius, et dans lesquels figuraient trois interlocuteurs, Lampadius, le représentant de Basile, Marinus, l'avocat de Jean, et Tarasius, l'arbitre des débats. De ces dialogues il ne nous reste rien, pas plus que du liv#B écrit, au dire de Suidas, ibid., et au mot BaaO.Eto^, contre un prêtre de

Colonie en Arménie, du nom d'Archélaus. L'Histoire ecclésiastique de Basile est également perdue. Perte d'autant plus regrettable que l'auteur avait inséré dans son ouvrage nombre de pièces justificatives et de lettres épiscopales. Photius, Biblioth., cod. 42, P. G., t. cm, col. 302-318, nous apprend que cette Histoire se composait de trois livres : le premier embrassait, de 450 à 483, les règnes de Marcien et de Léon Ier avec une partie du règne de Zenon; le second, qui est le seul que Photius ait eu entre les mains, allait de la mort du pape saint Simplicius, en 483, à celle de l'empereur Anastase, en 518 ; le troisième était consacré au règne de Justin Ier, 518-527. Nul doute que l'Histoire ecclésiastique de Basile n'ait été l'une des sources de Nicéphore Calliste.

Fabricius, Bibliotheca grxca, édit. Harless, Hambourg, 1790- 18'}8, t. vu, p. 419-420; t. x, p. 692, 710 ; Ceillier, Histoire gêné' rale des auteurs sacrés et ecclésiastiques, 2* édit., Paris, 1862, t. xi, p. 110; Bardenhewer, Les Pères de l'Église, trad. franc., Paris, 1899, t. m, p. 33.

P. Godet.

9. BASILE DE SOISSONS, capucin, appartenait à une famille Dubois, sur laquelle manque tout autre détail. Il revêtit l'habit religieux au couvent du faubourg Saint-Jacques, le 20 avril 1635. Pendant plusieurs années il fit partie de la mission que son ordre entretenait en Angleterre auprès de la reine Henriette-Marie, sœur de Louis XIII. Il y remplit les fonctions d'aumônier et de prédicateur ordinaire. Bevenu en France, il donna à l'impression de nombreux ouvrages de controverse, dont quelques-uns avaient été conçus pendant sa mission, comme il le dit lui-même. Le Père Basile mourut à Paris au couvent de la rue Saint-Honoré le 3 mars 1698. Voici la liste de ses ouvrages, d'après un Mémoire ajouté par un de ses éditeurs à la fin d'un de ses livres : Défence invincible de la vérité orthodoxe de la présence réelle de Jésus-Christ en l'eucharistie, in-8°, Paris, 1676; 1677; 5" édit., 1679; 7' édit., 1680; 8» édit., 1682; le même ouvrage reparut augmenté sous le titre : Défense invincible de l'eucharistie et du saint sacrifice de la messe, in-8°, Paris, 1682; Seconde partie du livre de la Défence invincible de l'eucharistie : où la vraye religion est clairement démonstrée et la fausseté des nouvelles sectes entièrement détruite, avec la condamnation des novateurs par leur propre bouche, in-8°, Paris, 1677; 1680; 12e édit., 1693; ce livre fut ensuite divisé en deux par l'auteur ; Abrégé très-clair de la doctrine chrétienne, avec les preuves de VÉcriture sainte, utile et nécessaire à tous ceux qui désirent d'être instruits parfaitement des mystères de notre religion, Paris, 1678; 3» édit., 1680; 20" édit., 1693. Ce livre est un abrégé du suivant : Fondement inébranlable de la doctrine chrétienne où les pricipaux points delà foy sont clairement expliquez et prouvez par la parole de Dieu écrite. Dans cet ouvrage, divisé en quatre parties, l'auteur traite successivement du dogme en prenant le Credo pour base, des sacrements, des commandements et de la prière, 4 in-8», Paris, 1680-1683; les exemplaires de 1693 portent : treizième édition; Traité de l'existence de Dieu, où il est prouvé qu'il y a un Dieu ou qu'il n'y a rien du tout ; ce traité est extrait de la première partie du Fondement; La véritable décision de toutes les controverses, par la résolution d'une seule question : Quel doit être le juge des controverses"? Paris, 1685; La conduite du chrétien pour aller au ciel, 2 in-8°, Paris, 1686; La science de bien mourir, Paris, 1686, 1688; Les rapports admirables de l'institution de l'eucharistie avec les six jours de la création du monde, in-8", Paris, 1686; Réflexions morales sur ce passage de l'Écriture sainte : Utinam sapèrent et intelligerent, Paris, 1686; Explication du saint sacrifice de la messe; ce livre est une partie détachée d'une édition augmentée de la Défense invincible, parue en 1682; Explications morales et édifiantes de divers textes de l'Écriture

BASILE DE SOISSOXS

BASILIDE

sainte tant de l'Ancien que du Nouveau Testament, 8 in-8°, Paris, 1689-1096.

Bernard de Bologne, Sucra bibliotheca script, ord. capucein., Venise, 1747; Hurter, Nomenclator, t. il, col. 430. Edouard d'Alençon.

BASILIDE. — I. Sources. II. Vie. III . Système. IV. Critique. V. Secte bàsilidienne.

I. Sources. — Basilide est l'un des principaux chefs de la gnose au IIe siècle. Bien que connu et réfuté par les écrivains ecclésiastiques, ses contemporains ou ses successeurs, sa vie et son système restent enveloppés de mystère. Jusqu'au milieu du xixe siècle, saint Irénée et Clément d'Alexandrie étaient les seules sources. L'évêque de Lyon qui, d'abord, n'avait eu en vue que de réfuter les erreurs de Valentin, dut se préoccuper de rechercher quels furent les maîtres et les prédécesseurs du célèbre gnostique égyptien, et c'est ainsi qu'il fut amené à parler de Basilide. Il en parle à plusieurs reprises, mais toujours d'une manière fragmentaire, incomplète, sans ordre, empruntant ses renseignements soit au Syntagnia de saint Justin, soit à l'ouvrage d'Agrippa Castor. Saint Épiphane, à sa suite, donne plus de détails et a plus d'ordre, sans exposer, toutefois, l'ensemble du système basilidien. Clément d'Alexandrie, le mieux place de tous les Pères pour connaître à fond la doctrine de Basilide, puisqu'il enseignait dans un milieu où elle était répandue et pratiquée, et qu'il avait entre les mains les œuvres de Basilide et de son fils Isidore, dont il cite des extraits, est précieux à consulter, mais est loin d'égaler saint Irénée. Car, au lieu d'entreprendre une réfutation générale, ce n'est qu'accidentellement, selon les nécessités du moment et le sujet de ses leçons, qu'il parle de Basilide, prenant à partie quelques points de sa psychologie et de sa morale et fournissant, çà et là, sur les mœurs et les fêtes des basilidiens des détails qu'on ne trouve pas ailleurs. Après la découverte et la publication des Philosophumena, on eut des renseignements nouveaux sur la métaphysique de Basilide ; on crut même qu'il s'agissait d'un système dû à ses disciples; mais, en rapprochant ce texte de celui de saint Irénée et de Clément d'Alexandrie, on vit que c'était bien le système du maître, avec cette dilférence que l'auteur des Philosophumena semble avoir pris à tâche de combler les lacunes de l'ouvrage de saint Irénée. Or, malgré l'appoint des Philosophumena, l'ensemble du système de Basilide nous échappe encore; bien des points restent obscurs, des parties manquent. De tous les systèmes gnostiques, celui de Basilide est le plus compliqué et parait le fruit d'une imagination puissante qui se joue des symboles, s'entoure de formules impénétrables et se perd dans une métaphysique abstraite. La logique, cependant, n'en est pas totalement absente. On y découvre quelques principes, toujours les mêmes et d'application uniforme, qui aident à combler, dans la mesure du possible, certaines lacunes, et à donner une idée moins imparfaite de la gnose bàsilidienne, sans réussir toutefois à la reconstituer dans son intégrité, ni surtout à concilier ses contradictions. En attendant que de nouvelles découvertes lassent la lumière complète sur l'œuvre de Basilide. voici, dans l'état actuel de la science, ce que l'on en peut dire.

II. Vie. — Ni le lieu ni la date de la naissance et de la mort de Basilide ne nous sont connus. Ce que l'on peut simplement affirmer, c'est qu'il est né vers la lin du I" siècle, ,|i,'i| ;, ,-.(,•. lYlève de Ménandre à Antioche, qu'il a eu pour condisciple Satornilusou Saturnin, qu'il passa en Egypte, parcourut les nomes de Prosopis, il Albribis et de Sais et se fixa à Alexandrie. Épiphane, User., xxiv, 1, /'. <;., t. xi.i, col. 308; Irénée, Cont. hser., I, x\iv, 1, /'. <:., t. vu, col. 07k Eusèbe l'appelle Alexandrin. //. /•-'., iv, 7, /'. <;., i. xx, col. 316. C'est à Alexandrie que, san^ abandonner complètement l'enseignement de Bes prédécesseurs Ménandre et Simon de

Citton, mais emporté par une fureur poétique, comme dit Épiphane, Hser., xxiv, 2, P. G., t. xli, col. 309, il chercha à faire une œuvre nouvelle, en compliquant et en développant outre mesure ce qu'il avait appris, ut altius aliquid et verisimilius invertisse videatur, dit Irénée, Cont. hœr., I, xxiv, 1, P. G., t. vu, col. 675. Cf. Épiphane, Hser., xxiv, 1, P. G., t. xli, col. 309; Eusèbe, H. E., iv, 7, P. G., t. xx, col. 316. Dans la liste des hérétiques, il est toujours placé avant Valentin. Il vécut sous les empereurs Hadrien et Antonin, et pendant le pontilicat d'Hygin, jusque vers 140. Clément d'Alexandrie, Strom., vu, 17, P. G., t. ix, col. 548, notes 47, 49, 52, col. 5i7-552; Eusèbe, H. E., iv, 7, P. G., t. xx, col. 317; De Basilide, de Massuet, n. 112-114, dans P. G., t. vu, col. 33-135. Il a donc été en pleine activité intellectuelle dans la première moitié du ne siècle. Très attentif au mouvement religieux de son époque et en particulier au christianisme, il a vu l'importance que la tradition avait aux yeux des catholiques, et il en appela à la tradition, prétendant suivre fidèlement l'enseignement de saint Mathias, et avoir eu pour maître «n certain Glaucias, interprète de saint Pierre. Clément d'Alexandrie, Strom., vu, 17, P. G., t. ix, col. 519. Voulant, comme tant d'autres, jouer un rôle prépondérant et créer une religion nouvelle purement gnostique, parce que tout était à la gnose, il rêva d'emprunter au christianisme quelques-unes de ses données et de les adapter à son système. Il connaissait les saintes Écritures et, bien qu'il rejetât l'Ancien Testament, il ne manquait pas de s'en servir, tout en le défigurant et en lui prêtant un sens particulier, pour étayer ses théories et tromper la foi des simples. Peut-être même composat-il des livres apocryphes; il attribuait les prophéties aux anges créateurs, et la Loi au dieu des Juifs. Irénée, Cont. hser., I, xxiv, 5, P. G., t. vu, col. 678. Quant à lui, au dire de son fils Isidore, il avait composé une prophétie de Cham ; il vantait et exploitait celles de Barcoph ou Barcabbas et de Parchor. Clément d'Alexandrie, Strom., VI, 6, P. G., t. ix, col. 276. Il connaissait également le Nouveau Testament; il écrivit même vingtquatre livres de commentaires sous le titre de è!;»)Yï|mà cîc tô eyaYYéXtov. Clément d'Alexandrie, Strom., iv, 17, P. G., t. vin, col. 1289. Eusèbe, qui les appelle $tâlix, ne spécifie pas s'il avait pris pour texte les Évangiles canoniques ou son propre Évangile; car il en avait composé un, tô xocrâ BaaiÀetâou eùayiéXiov, dont parlent Origène, In Luc., homil. I, P. G., t. XIII, col. 1803; saint Ambroise, In Luc., i, 2, P. L., t. xv, col. 1533; saint Jérôme, In Mall/i., prol., P. L., t. xxvi, col. 17. Clément d'Alexandrie cite un assez long passage tiré du livre XXIIIe de ces commentaires. Strom., iv, 12, P. G., t. vin, col. 1289 sq.; l'auteur de la Disputatio Arc/ielai cum Manete en cite deux, tirés du XIIIe, sous le titre de Traité. Disput.,LV, P. G., t. IX, col. 1524. Parmi les Epitres, il fit un choix, n'en admettant que quelquesunes, rejetant en particulier celles aux Hébreux, à Tite et à Timothée. S. Jérôme, In TU., prol., P. L., t. xxvi, col. 555.

Son enseignement ne passa pas inaperçu; car il fut pris à partie et combattu par les écrivains chrétiens de l'époque. Eusèbe nous apprend, en effet, qu'Agrippa Castor avait compose'' contre lui un ouvrage où il dévoilait ses erreurs et les réfutait solidement. H. E., iv, 7, P. G., t. xx, col. 317. Saint Justin, qui connaît Basilide, Dial., 35, P. G., t. vi, col. rc>2. dut le ranger dans son Syntagma parmi les hérétiques qu'il signalait à la réprobation des Églises comme falsificateurs de la foi. Ces ouvrages sont, malheureusement, perdus; à leur

défaut, ceux de saint [renée, de Clément d'Alexandrie

et les Philosophumena suffisent pour nous montrer ce que le système de Basilide avait de contraire à l'Écriture, à la tradition, à la foi, à la morale et à la saine philosophie.

BASILIDE

III. Système. — i° Observations préliminaires. — Basilide n'a pas échappé à la préoccupation de ses contemporains devant la grave question de l'origine du mal. Épiphane, Hœr., xxiv, 6, P. G., t. xu, col. 313. Les gnostiques cherchaient à la résoudre, mais sans vouloir accepter l'enseignement de la Bible et de l'Église et sans en arriver encore, d'une manière aussi nette et aussi formelle que les futurs manichéens, à proclamer l'existence et l'opposition de deux principes coéternels, le principe du bien et le principe du mal. Ils se refusaient sans doute à faire de Dieu l'auteur du mal, puisqu'ils le proclamaient essentiellement bon; d'autre part, la présence du mal dans ce monde ne s'expliquait pas, à leurs yeux, par la déchéance personnelle et exclusive de l'homme. C'est donc entre Dieu et l'homme, dans quelque être intermédiaire, moins parfait que Dieu, mais supérieur à l'homme, qu'ils plaçaient l'auteur responsable du mal, rappelant ainsi le dogme de la chute des anges. C'est pourquoi ils eurent soin de sérier les êtres intermédiaires en nombre suffisant pour sauvegarder la vraisemblance et amener peu à peu l'esprit à concevoir la possibilité et à admettre la réalité d'une chute. Leurs éons participaient de moins en moins à la nature divine, au fur et à mesure qu'ils s'éloignaient du premier principe ; dés lors, ils étaient d'autant plus loin de posséder en partage la souveraine bonté de Dieu; la diminution en eux de l'être divin les rendait accessibles à quelque faiblesse, et l'idée d'une déchéance de leur part n'était plus une hypothèse invraisemblable. En fait, il y eut faute et chute parmi ces êtres intermédiaires, non point, comme nous le verrons plus loin, à la suite d'une désobéissance ou d'une révolte, mais par fefl'et de leur ignorance et de leur orgueil. Le problème de l'origine du mal se trouvait ainsi résolu sans doute, mais cette solution malheureuse n'allait à rien moins, en définitive, qu'à faire de Dieu lui-même l'auteur du mal, bien que ses auteurs s'en défendissent. Car leur système d'émanation, faisant procéder les éons les uns des autres depuis le premier principe, qui est Dieu, les affirmait toujours participants à la nature divine et, par là, plaçait l'origine du mal dans la nature de Dieu.

Basilide n'évita pas cette fâcheuse conséquence. Il eut beau se défendre d'enseigner l'émanation proprement dite et parler souvent de création. Le contexte prouve qu'il n'entend pas le mot de création au sens catholique ; et ses expressions, en particuliersa xaxaëoXri, n'expriment pas d'autre idée, malgré la différence des termes, que celle de l'émanation. Il eut beau encore multiplier entre Dieu et l'homme d'une manière fantastique les éons et les mondes qu'ils habitent, il ne réussit pas à soustraire la nature divine à la responsabilité du mal.

2° Le monde supérieur. — En tête du monde, Basilide place un premier principe : c'est le Pater innatus d'Irénée, Cont. hœr., I, xxiv, 3, P. G., t. vu, col. 675; le Iv tô àyévv/)Tov d'Épiphane, Hxr., xxiv, 1, P. G., t. xli, col. 309; le o-jxôjv Qs.b<; des Philosophumena, VII, i, 21, édit. Cruice, Paris, 18G0, p. 346. Ce Père non né, ce Un non engendré, ce Dieu-néant existe, peut devenir quelque chose; il a l'être en puissance. Il n'est ni matière, ni accident, ni simple, ni composé, ni compréhensible, ni incompréhensible, ni accessible ou inaccessible aux sens, ni homme, ni ange, ni Dieu, ni rien de ce qui peut être perçu par les sens, conçu par l'esprit ou nommé par la parole. Philos., VII, i, 21, p. 345. Et pourtant ce Dieu a voulu créer; Basilide n'explique pas, et pour cause, comment ce qui n'existe pas peut vouloir. Ce Dieu possède tous les germes ; il est le réservoir des mondes, cnzip^a. tzo\-J\i.oç><so-j xa\ 7ro),uo\j<r.ov, ibid., p. 347; il renferme la panspermie, £/ec ev eâuTtô rcâtrav tt,v 7iavc7tEp|j.!av... 7tâvTa Ta (jjtspij.aTa iv eâuTÛ) TsO^iraupio-ixéva xai xaTay.Ei'fxeva. Philos., VII, I, 22, p. 349. Ces germes ne sont pas condamnés à la

stérilité absolue ; ils passeront en acte grâce à un principe d'activité consubstantiel à Dieu, que Basilide désigne par ce nom de u2ôtï)î, filiation. Or cette u'ioti-,; n'est pas unique. Il en est une d'abord, très ténue, XôTiTO[x.£pl;, qui, dès la première émission du germe par le Dieu-néant, s'enfuit avec la rapidité de la flèche ou de la pensée et décrit une courbe rentrante; car, partie du fond de l'abîme, elle vole vers les régions supérieures et vient finalement se reposer près du Dieunéant. Il en est une autre, celle-ci grossière et confinée dans les germes, Tra-/u|xïpÉ;, moins agile par conséquent. Elle peut se dresser; mais ce n'est qu'à l'aide d'une aile, comme l'oiseau, qu'elle peut s'élever et se rapprocher de la première -jtdroç et de Dieu. Or, cette aile, c'est l'Esprit-Saint, le TrveOjjia àycov, qui la lui prête, mais comme celui-ci n'est consubstantiel ni avec le Dieu-néant ni avec l'uldro;, il ne peut suivre celle-ci et pénétrer à sa suite dans le séjour ineffable et sublime de la divinité ; il en conserve du moins, à raison de son union passagère, le parfum et la vertu, comme un vase garde l'odeur du parfum qu'il a contenu. Philos., VII, i, 22, p. 349-351. Beste une troisième uSôtyii;, inférieure aux deux autres : celle-ci demeure dans la panspermie jusqu'au dénouement final qui suivra l'apparition de tous les mondes; car elle a besoin de purification; 6ipr7£d>; Scô(ievov.

Telle est la manière imaginée par Basilide pour mettre en branle le trésor des germes et expliquer le passage de la puissance à l'acte. Dieu émet un germe; ceci n'est pas une création, malgré l'emploi du terme, mais une émanation. L'utorr,; ténue est la première réalisation de la puissance, le premier personnage en acte qui peuple avec Dieu le monde supérieur, hypercosmique. La seconde uiorv-,;, et parce qu'elle est plus grossière et qu'elle ne peut agir seule, marque déjà un degré d'infériorité dans l'échelle de l'être divin, mais habite avec Dieu. Nous ignorons l'origine du uv-Cpa à'yiov ; nous connaissons du moins son rôle, celui d'aider la seconde uîôr/]ç, et son séjour, le monde intermédiaire, au-dessous du monde supérieur, à la limite des deux, car il est appelé l'Esprit-limite, ixt6ôptov jrvEiJiJ.a.

3° Le monde intermédiaire. — Ce monde intermédiaire occupe l'espace éthéré qui va du séjour de Dieu jusqu'à la lune. Basilide le remplit d'autant de cieux qu'il y a de jours dans l'année, en progression toujours descendante. Chacun de ces cieux a son nom propre; nous ne connaissons que le nom du premier, l'Ogdoade, celui du dernier, l'Hebdomade,et le nom d'un troisième, Caulacau, dont nous ignorons le rang exact dans la série. Chacun est peuplé d'un nombre considérable d'éons, procédant les uns des autres. Nous savons, d'après les sources, ce qui concerne l'Ogdoade et l'IIebdomade, et nous constatons que tout s'y passe de la même manière. Cette ressemblance n'est pas fortuite; elle autorise à croire que le même principe de similitude doit s'appliquer à tous les autres cieux, d'une extrémité à l'autre du monde intermédiaire.

Or voici la formation de l'Ogdoade, le premier des 365 cieux. Du germe ou panspermie en fermentation sort un être d'une beauté, d'une grandeur, d'une puissance ineffables, le grand Archon, nommé aussi Abrasax ou Abraxas, parce que ses lettres additionnées forment le nombre de 365. Irénée. Cont. hxr., I, xxiv, 7, P. G., t. vu, col. 679-680; lhilos., VII, i, 26, p. 361 ; Épiphane, Hœr., xxiv, 7, P. G., t. xli, col. 316. Cet Archon-Abrasax joue dans le monde du milieu un rôle semblable à celui du Dieu-néant dans le monde hypercosmique. Il se donne d'abord un fils plus puissant et meilleur que lui, qu'il fait asseoir à sa droite, dans l'Ogdoade. Philos., VII, i, 23, p. 35i. Aidé de ce fils, il devient le démiurge de la création éthérée. En effet, de l'Archon et de son fils procèdent de nouveaux éons; de ceux-ci, d autres encore, et ainsi de suite jusqu'à ce que

BASILIDE

soit peuplé le premier ciel ou l'Ogrloade. Quels sont ces éons? Les Philottophumena n'en nomment aucun. Clément d'Alexandrie en signale deux : la Justice et la Paix. Strom., iv, 25, P. G., t. vin, col. 1372. Irénée, Cont. hœr., I, xxiv, 3, P. G., t. vu, col. G76, et Épiphane, Hxr., xxiv, 1, P. G., t. xli, col. 309, citent l'Esprit, le Verbe, la Raison, la Force et la Sagesse, et spécifient que de la Force et de la Sagesse dérivent les éons du second ciel. Ce mouvement d'émanation successive et descendante se renouvelle dans chaque ciel pour ne s'arrêter qu'au dernier, à l'Hebdomade, qui clôt la série des cieux supralunaires. Le chef de l'Hebdomade est un Archon, et cet Archon est plus grand que tout ce qui est au-dessous de lui, mais il n'est plus ineffable comme l'Archon-Abrasax, il peut être nommé. Lui aussi se donne un fils plus prudent et plus sage que lui ; et d'eux procèdent les éons de l'Hebdomade. Cette similitude de formation du premier et du trois cent soixantecinquième ciel, nettement signalée par les Philosophumena, permet de conclure que chaque ciel avait son Archon, inférieur à tout ce qui le précède et supérieur à tout ce qui le suit.

4° Le monde inférieur. — Le troisième monde, le monde sublunaire, le nôtre, a eu pour démiurge, au dire des Philosophumena, l'Archon de l'Hebdomade. Irénée, Cont. hxr., I, xxiv, 4, P. G., t. vu, col. 676, et Épiphane, Hier., xxiv, 2, P. G., t. xli, col. 309, mettent la formation de notre monde sur le compte du dieu des Juifs; ce n'est là qu'une contradiction plHS apparente que réelle, l'Archon des Philosophumena et le dieu des Juifs ne formant qu'un seul et même personnage, l'Archon empruntant le langage du Dieu de la Bible; c'est l'Archon-Jéhovah. Il n'est pas à croire que cet Archon-Jéhovah ait été personnellement le démiurge immédiat de notre monde et de l'homme; ce sont plutôt les anges ou éons placés au dernier rang de l'Hebdomade, à l'extrême limite du monde intermédiaire, de la même manière que les éons du second ciel procèdent, non de l'Archon-Abrasax, mais de ses subordonnés, la Force et la Sagesse. Ces anges, dominés par l'Archon-Jéhovah arrogant et belliqueux, sont souvent en lutte avec lui et exercent, à leur tour, sur l'homme un pouvoir tyrannique. Épiphane, Hxr., xxiv, 2, P. G., t. xli, col. 3Ï2.

5° Anthropologie. — L'homme est composé d'une âme et d'un corps; le corps, pris à la matière, est destiné à y faire retour. Mais l'âme, si le système de Basilide est conséquent avec lui-même, ne peut procéder du démiurge que d'une manière semblable à celle qui fait sortir les éons les uns des autres, c'est-à-dire par voie d'émanation. File est, en effet, représentée comme quelque chose de divin, d'étranger à ce monde, d'antérieur à son union avec le corps. Son origine céleste ne l'a pas mise à l'abri du péché; car elle apporte avec elle une faute, sur la nature de laquelle il n'est rien dit, mais que l'on peut dire héritée du démiurge. C'est pourquoi le martyre, par exemple, a pour but de punir ce péché, mais avec cette différence que, pour l'âme élue, c'est une punition honorable tandis que, pour l'âme non élue, c'est un châtiment juste. Exeget., xxm, dans Clément d'Alexandrie, Strom., iv, 12, P. G., t. VIII, col. 1292. De plus elle est faillible sur terre, à cause du trouble et de la confusion primitive. Elle possède des affections, des passions, des appétits, qui lui font éprouver des désirs semblables à ceux que l'on remarque dans les animaux. Ce sont des appendices ou excroissances, 7Tf,oa3cf,TTl|j.aTa, Clément d'Alexandrie, Strom ., n, 20, P. G., t. vin, col. 1056, qui n'appartiennent pas à son essence. Elle peut donc pécher, et elle pèche chaque fois que l'occasion se présente; si, en fait, elle ne pèche pas, elle n'a aucun droit de s'en glorifier. Clément d'Alexandrie, Strom., iv, 12, /'. G., t. vin, col. 1289-1291.

L'âme n'est pas la même chez tous les hommes; il y a âme et âme. Isidore signale lame logique el I âme psychique, dans Clément d'Alexandrie, Strom., Il, 20, P. G., t. vin, col. 1057. Les Philosophumena parlent d'une âme pneumatique. VII, I, 27, p. 364. C'est là, selon toute apparence, une division correspondant à celle des autres gnostiques, qui distinguent l'âme pneumatique, psychique et hylique, selon qu'elle appartient aux partisans de la gnose, aux chrétiens ou aux païens. Dans ce cas, l'âme pneumatique serait celle des disciples de Basilide, absolument prédestinée au salut; l'âme logique, celle des chrétiens placés dans l'alternative d'être sauvés ou damnés selon l'usage qu'ils auront fait de la gnose ; l'âme psychique, celle des païens, à prédominance matérielle, incapable d'entrer dans la gnose et d'être sauvée. Le silence des documents sur cette division, aussi nettement arrêtée, n'autorise à voir là qu'une conjecture, que la ressemblance de tous les systèmes gnostiques rend aussi vraisemblable que possible.

Quoi qu'il en soit, Basilide s'occupe surtout de l'âme pneumatique. 11 dit qu'elle a la connaissance naturelle de Dieu; il l'appelle fidèle; il la proclame élue par sa propre nature. Clément d'Alexandrie, Strom., v, 1, P. G., t. ix, col. 12-13. Or cette élection de l'âme s'est faite en dehors de ce monde. Strom., iv, 26, P. G., t. vin, col. 1376. Du fait de cette élection elle possède naturellement la foi, qui n'est ni un acte libre, ni une puissance, mais une substance, une essence, un être inhérent à l'âme élue, moyennant quoi elle n'a pas besoin de démonstration pour connaître la vérité ; une simple intuition lui suffit pour posséder toute la doctrine, toute la gnose. Strom., il, 3, A G., t. vin, col. 911.

On voit que c'est la prédestination absolue de quelques hommes; que le libre arbitre n'a pas de rôle à jouer pour le salut; que le fatalisme est au fond du système. Et l'on se demande comment Basilide a pu conserver l'idée de la rédemption pour l'humanité. Il est vrai que ce dogme est singulièrement réalisé dans son système, ainsi que nous allons le dire.

6" Chute et rédemption. — Basilide admet la chute, mais ce n'est pas celle qui est inscrite à la première page de la Bible. La chute, en effet, n'est pas le fait exclusif de l'homme; elle remonte beaucoup plus haut, à travers les 365 cieux, jusqu'au ciel de l'Ogdoade. Le premier coupable n'est autre que le grand Archon, malgré sa participation à la nature du Dieu non né, non engendré, non existant, et malgré son voisinage avec le monde supérieur. Il a eu le tort, en effet, de s'élever vers les hauteurs sublimes jusqu'au firmament, jusqu'à la limite du monde supérieur. Ne pouvant monter plus haut, il a cru de bonne foi qu'il n'y avait rien au-dessus; car il ignorait l'existence de PEsprit-limite, des trois •j'iôtï); et de Dieu, tout cela étant enseveli pour lui dans un mystère profond. Philos., VII, i, 26, p. 359. Il s'est donc cru le seul maître : ignorance et orgueil qui constituent une faute, une déchéance, et qui nécessitent sa propre rédemption. Même aventure dans chacun des 365 cieux. Au fur et à mesure qu'on descend, l'ignorance et l'orgueil de chacun des Ardions constituent une chute semblable. C'est ce que l'on constate pour l'Hebdomade. Ici, en effet, l'Archon, dieu des Juifs, commet la même imprudence que le grand Archon-Abrasax, celle d'abord de se croire le seul Dieu parce qu'il ignore l'existence, non seulement de l'Esprit-limite, des trois -j'iott,; et de Dieu, mais encore de tous les cieux qui sont au-dessus de lui, el celle ensuite de vouloir faire peser sa domination sur les autres cieux de l'Hebdomade, en particulier sur les anges, avec lesquels il entre en lutte. Ainsi donc, en descendant L'échelle du inonde intermédiaire, on voit commenl s'explique la chute et comment la rédemption est nécessaire; mais alors la faute originelle est imputable aux elles du

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monde divin, aux 365 cieux, à l'exception de Dieu et des deux 'jîott,; qui habitent avec lui.

Avant la manifestation des enfants de Dieu, un nouvel éon vient jouer un rôle prépondérant dans l'œuvre rédemptrice; cet éon se nomme Évangile. Le salut s'opérant par la science ou la gnose, Évangile doit posséder la gnose pour la révéler à chaque ciel. Il la possède, en effet; car il est la connaissance de tout ce qu'ignoraient l'Archon-Abrasax et tous les Ardions jusqu'à l'Archon-.Téhovah, c'est-à-dire de Dieu, des trois v\6tr\i et de l'Esprit-limite. Philos., VII, i, 27, p. 365. Etant cette connaissance par nature, c'est donc qu'il appartient au monde supérieur; il n'est autre, en effet, que la première ulifar);, 1'w!ôtv]ç ténue. Évangilevïôtt)ç sort donc du monde supérieur; ses pensées volent au-dessus de l'Esprit-limite; celui-ci s'en saisit, les transmet au fils du grand Archon, et ce fils s'élève alors jusqu'à Évangile. Évangile projette ses rayons de lumière sur lui, et, par lui, sur le grand Archon; et c'est alors que le chef de l'Ogdoade aperçoit clairement la vérité, à la lueur de cette révélation; il apprend de son fils, le Christ, assis à côté de lui, tout ce qu'il ignorait; il constate que, au lieu d'être le Dieu unique, comme il avait eu le tort de le croire, il n'est qu'une émanation, Philos., VII, i, 26, p. 359-360; Clément d'Alexandrie, Stroni., n, 8, P. G., t. vin, col. 972; il reconnaît et confesse son erreur, Philos., ibid., p. 360, et c'est ainsi que la gnose et par suite le salut s'étend à tous les habitants de l'Ogdoade. Une semblable révélation produit les mêmes effets dans chacun des 365 cieux. On voit du moins que cela se passe dans l'IIebdomade exactement de la même manière que dans l'Ogdoade. Philos., VII, i, 26, p. 360.

Après cette illumination des 365 cieux, grâce au rôle d'Évangile, la rédemption serait complète s'il ne restait à délivrer la troisième uidrrjc, condamnée on ne sait pourquoi à demeurer dans la panspermie. Mais celle-ci doit à son tour prendre place à côté du Dieu-néant, près de ses deux sœurs ; ce n'est qu'alors que s'achèvera la rédemption.

Ici intervient un nouvel éon, nommé Jésus. Jésus appartient au monde intermédiaire; il ne descend ni de l'Ogdoade, ni de l'IIebdomade, mais du ciel Caulacau, Irénée, Cont. hier., I, xxiv, 5, P. G., t. vu, col. 678, dont il porte le nom. Théodoret, Hœr. fab., i, 4, P. G., t. lxxxiii, col. 349. Son type préexistait dans le trésor des germes, mais il semble avoir emprunté quelque chose à l'Esprit-limite et aux divers cieux du monde intermédiaire. Il s'incarne en Marie, dont il est le fils, et procède à l'achèvement de la rédemption. Voici comment la lumière qui avait illuminé le fils du grand Archon et des autres Archons jusqu'à celui de l'IIebdomade, descend en Jésus, l'illumine et l'embrase, après être descendue en Marie et sans doute au jour du baptême. Philos., VII, i, 26, p. 362. C'est alors que la troisième uiÔTY)ç, transformée, purifiée, aussi ténue que sa sœur ainée, s'attache à Jésus, s'élève vers le monde supérieur au delà de l'Esprit-limite jusqu'au sein de son Père. Philos., VII, i, 26, p. 362. Jésus, en délivrant ■u\ôvr\;, met fin à la confusion désordonnée des germes, et, à mesure qu'il remonte, restitue chaque élément à son centre respectif, laissant à la terre ce qui est à la terre, à chacun des cieux, à l'Hebdomade, à l'Ogdoade et à l'Esprit-limite, ce qu'il en avait reçu, Philos., VII, i, 27, p. 366; après quoi il doit rentrer dans son ciel Caulacau ; mais ceci n'est pas signalé par les Philosophumena.

Reste l'homme : que devient-il? D'après les Philosophumena, lorsque la troisième uïôrr,<; aura fait retour auprès de Dieu, grâce à Jésus, la créature qui pleure et souffre, en attendant la révélation des fils de Dieu, obtiendra miséricorde. Tous les hommes de l'u!<5rrçç quitteront la terre. Philos., VII, i, 27, p. 363. Il y a là une

restriction caractéristique qui laisse entendre que le reste des hommes, qui n'appartient pas à l'ut&Tijc, sera perdu. Les hommes de l'utér/jç ne représentent donc que les seuls pneumatiques, c'est-à-dire ceux dont l'âme est élue dès avant son incorporation ; tous les autres seront damnés. C'est donc, pour l'humanité, dans le système de Basilide comme dans tous les autres systèmes gnostiques, une rédemption partielle.

De plus cette rédemption partielle est due, non à l'expiation et à la souffrance du rédempteur en faveur des rachetés, mais vraisemblablement à une illumination ou à une révélation de Jésus, c'est-à-dire à une communication de la gnose. Car le fond de tous les systèmes gnostiques. c'est le docétisme. Et, en effet, d'après Irénée, Cont. hœr., I, xxiv, 4, P. G., t. vu, col. 677, et Épiphane, Hœr., xxiv, 3, P. G., t. xli, col. 312, Jésus n'a pas souffert, c'est Simon de Cyrène qui a été crucifié à sa place. C'est pourquoi les basilidiens devaient se garder de reconnaître le crucifié, sous peine de rester soumis à la puissance tyrannique des anges ; ils avaient au contraire tout intérêt à le renier; car c'était le moyen de profiter de l'intervention de Jésus, venu pour les soustraire à l'oppression des anges; c'était faire preuve surtout qu'ils connaissaient l'économie providentielle, c'est-à-dire qu'ils possédaient la gnose, source de salut. Irénée, Cont. hœr., I, xxiv, 4, P. G., t. vu, col. 676-678. Ces renseignements, nous devons le constater, se trouvent en opposition complète avec ceux des Philosojihumena, VII, i, 27, p. 365-366, d'après lesquels ce qui regarde le Sauveur s'est passé, après son baptême, comme le raconte l'Écriture, c'est-à-dire que Jésus, pour accomplir son œuvre, a réellement souffert. Il y a là une contradiction, la seule à relever dans les sources, et dont la solution nous échappe.

7° Eschatologie. —La rédemption, au sens basilidien, c'est donc la restauration de l'ordre primitif, la remise de chaque élément à sa place, une àTtoxarâaTaat;. Philos., VII, I, 27, p. 364. Alors Dieu plongera le monde entier dans l'ignorance pour que tout reste en accord parfait avec sa nature et son milieu et ne désire rien autre chose. En conséquence tous les êtres immortels par leur nature ne sauront plus rien de ce qui leur es supérieur et seront ainsi soustraits à tout désir irréalisable ou source de tourments. Le bonheur consistera dans cette ignoti nulla cupido ; il sera purement négatif. Par suite, la connaissance des mondes supérieurs, des trois u'tÔTr); et du Dieu-néant, entrevue à la lumière d'une révélation passagère, au moment de la rédemption, disparaîtra totalement et définitivement; de telle sorte que l'unique avantage de cette singulière rédemption sera de soustraire désormais les éons, placés en dehors du monde supérieur, à tout sentiment de curiosité intempestive et à tout acte de témérité orgueilleuse. Nous sommes loin de la vision intuitive et du bonheur réservé aux élus dans la possession immédiate de Dieu, d'après l'enseignement de l'Église.

8° Morale. — Les Pères reprochent à Basilide l'immoralité de son système. Irénée, Cont. hœr., I, xxiv, 5, P. G., t. vu, col. 678. Saint Épiphane a honte d'en parler, Hœr., xxiv, 3, P. G., t. xli, col. 312-313; saint Jérôme appelle Basilide un maître et un docteur en débauches. Adv. Jovin.,n, 37, P. L., t. xxm, col. 335, et traite ses maximes de incredibilia porlenta. Cont. Vigil, 6, P. L., t. XXIII, col. 345. Cf. Epist., lxxv, 3; cxxxni, 3, P. L., t. xxn, col. 687, 1150. Il est possible que le gnostique égyptien n'ait pas mérité personnellement ces reproches, mais à coup sûr son système a posé les principes d'où doivent découler nécessairement les pires pratiques. Son fils Isidore a été le premier à en déduire les conséquences les plus monstrueuses. Du moment que l'âme est élue par sa nature, antérieurement à son introduction dans le corps et abstraction faite de l'usage de sa liberté, elle possède naturellement et

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irrémissiblement tout ce qui doit assurer son salut, la connaissance de Dieu, la lui, la gnose. Assurée de son salut, qui est une conséquence de sa nature, de son élection, elle n'a pas à s'inquiéter de son sort, elle peut pécher impunément. Clément d'Alexandrie, Strom., m,

I, P. G., t. vin, col. 1 10t. La manducation des idolothytes, la satisfaction des appétits sexuels, la recherche des jouissances charnelles. Irénée, Cont. hser., I, xxiv, 5, P. G., t. vu, col. 678, ne tirent pas plus à conséquence que l'apostasie en temps de persécution; Agrippa Castor, dans Eusèbe, //. E., iv, 7, P. G., t. xx, col. '.'Al; tout cela est indifférent. Elle peut s'ahstenir de même des bonnes œuvres, en particulier des œuvres satisfactoires et du martyre. Clément d'Alexandrie, Strom., v, 1, P. G., t. ix, col. 13; Épiphane, Hser., xxiv, 4, P. G., t. xli, col. 313. Le mariage n'est pas considéré comme une œuvre de Satan ; c'est un simple remède à la concupiscence, dont on peut user ou s'abstenir sans inconvénient. Strom., ni, 1, P. G., t. vm, col. 1100. Du reste pour obtenir le bien, comme dit Isidore, il suffit de vouloir le faire. Strom., m, 1, ibid., col. 1101.

Une morale aussi relâchée ne pouvait que recruter de nombreux adhérents dans les bas-fonds de la société. Présentée sous un appareil scientifique extraordinaire, elle était faite pour séduire les esprits enivrés d'euxmêmes qui aiment à se distinguer de la foule et à se regarder comme des êtres supérieurs, d'ordre à pari. Basilide traitait ceux qui ne partageaient pas sa doctrine de ûeç et de xûve;. Épiphane, Hser., xxiv, 5, P. G., t. xii, col. 313. Connaissant bien son époque et tout ce qui intéressait et captivait les esprits de son temps, il sut pratiquer la magie, les incantations et les invocations ; Irénée, Cont. hœr., I, xxiv, 5, P. G., t. vu, col. 678; Épiphane, Hser., xxiv, 2, P. G., t. xli, col. 309; il se servait d'amulettes ; voir AliRAXAS, t. I, col. 121-124; tout cela pour séduire les simples et à titre d'appât. Il cherchait surtout à piquer la curiosité, en s'entourant de mystère, en pratiquant l'ésotérisme, en ne communiquant sa doctrine que dans le plus profond secret. Il imposait à ses disciples un silence de cinq ans, comme dans l'école pythagoricienne, ne les amenant que peu à peu et, sans doute, à travers plusieurs degrés d'initiation, à la révélation finale de la gnose. « Connaissez tout le monde et ne vous laissez connaître par personne. » « Ne révélez le secret qu'à un ou à deux sur dix mille. » Irénée, Cont. hœr., I, xxiv, 6, P. G., t. vil, col. 679; Épiphane, //*;•., xxiv, 5, P. G., t. xli, col. 313; Eusèbe.

II. E., iv, 7, P. <:., t. xx, col. 317. Clément d'Alexandrie nous signale une de leurs fêtes, l'anniversaire du baptême de Jésus, qu'ils célébraient par une veille prépatoire, passée dans la lecture. Strom., i, 21, P. G., t. vin, col. 888. C'était sans doute en souvenir du jour de l'illumination de Jésus.

IV. Critique du système. — Le système de Basilide peut passer à juste titre pour un délire d'imagination. Il pèche par beaucoup d'endroits et abonde, comme on a pu le voir, en erreurs et en contradictions. Les Pères en ont signalé quelques-unes. C'est ainsi, par exemple. que saint Irénée en a fait ressortir la folie et la faillisse, selon la remarque de saint Épiphane, Hœr., xxiv, 8, /'. <;., t. XLI, col. 316; il en a ('•gaiement condamné l'immoralité. Au point de vue spécial de l'œuvre rédemptrice, il acculait le novateur égyptien à ce dilemme : ou c'est Simon de Cyrène qui a été crucifié' et

des lors ne prétendez pas que c'esl le Christ qui a sauvé'

l'homme; un c'est le Christ qui a sauvé l'homme et dès lors c'est lui qui a réellement souffert. Ibid., col. ol7. I.e docétisme supprime la rédemption et la rédemption condamne le docétisme. Clément d'Alexandrie a réfuté en particulier l'enseignement de Basilide sur la préexistence, la prédestination et la nalure de l'âme, ou plulùl de certaines âmes; il a montré, d'une part, qu'en

accordant à l'âme, en vertu de sa propre nature, l'élection, la connaissance de Dieu, la foi et la gnose, le rôle du Sauveur devient inutile, et d'autre part, qu'en déclarant nécessaire l'avènement du Sauveur, la prérogative d'une élection antérieure à l'introduction de l'âme dans le corps et indépendante de l'usage du libre arbitre n'a plus sa raison d'être. Strom., v, 1, P. G., t. ix, col. 13- 15. Il a combattu aussi la théorie sur le martvre. Strom., iv, 12, P. G., t. vin, col. 1293-1295. L'auteur des Philosophumena, se plaçant au point de vue philosophique, a surtout insisté sur la parenté du système avec l'enseignement aristotélicien, en montrant que les sophisme* de Basilide ne sont que des emprunts faits à Aristote, Philos., VII, I, 14, p. 336, et quant au sens et quant aux termes. Philos., VII, i, 20, p. 3i3. Enfin, saint Epiphane a remarqué la dépendance du système de Basilide avec celui de ses prédécesseurs, Simon, Ménandre et Satornilus, qui sont très amplifiés, il est vrai, et comme noyés sous des images fantastiques et dans des songes fabuleux. Hœr., xxiv, 1, P. G., t. xl ir col. 309.

Au fond, malgré son apparence d'originalité et tout ce qui le distingue des autres gnostiques, Basilide a subi la mode de son temps qui était au syncrétisme. Son système n'est qu'un mélange de données chrétiennes et philosophiques, où se reconnaissent beaucoup plus les dogmes d'Aristote que ceux du Christ, comme disent les Philosophumena, VII, i, 14, p. 336, 'Apinzo-ilo-j; Sô-fixa-ra o'j Xp:<jTo0, et où se retrouvent des inlluences indéniables soit de l'école pythagoricienne, Irénée, Cont. hœr., I, xxiv, 7, P. G., t. vu, col. 679; Épiphane, Hœr., xxiv, 7, P. G., t. xli, col. 316, soit la philosophie orientale. Quelques idées, telles que l'idée du Dieu-néant, du fils des Archons plus grands que leurs pères, de l'ignorance finale, plus particulières à Basilide, semblent lui appartenir en propre; il n'en est rien. Elles lui viennent de l'antique Egypte, surtout du mythe d'Osiris et d'IIorus, tel qu'il est décrit par Plutarque, De Isideet Osiride, xn-xix, édit. Dubner, Paris, 1841 ; c'est ce qu'a démontré M. Amélineau dans son Essai sur le gnosticisme égyptien, Paris, 1887. Le système de Basilide se réduit donc de la sorte à un vaste syncrétisme, où l'innovation a peu de part, mais où, en revanche, l'imagination, une imagination puissante, est presque tout.

V. Les basilidiens. — Etant donne; que chaque disciple, par un excès d'émulation, cherchait à taire œuvre nouvelle et à dépasser son maître, il est difficile de faire la part exacte de ce qui appartient en propre à Basilide et de ce que ses disciples y ont ajouté. A n'accepter, comme l'a fait Hort, dans le Diclionarij of Christian biography, que la donnée des Philosophumena, pour y voir la pensée exclusive du chef, il ne faudrait retenir que l'Ogdoade et l'Hebdomade, et mettre sur le compte des disciples les 365 cieux avec Abrasax, ainsi que le rôle spécial attribué au dieu des juifs, et les conséquences immorales. Mais c'est négliger les renseignements desaint Irénée et prèteraux Philosophumena, une distinction entre le maître et les disciples, qui n'est pas nettement caractérisée. Les Philosophumena rapportant, en effet, le système de Basilide et de ses disciples, parlent de l'Ogdoade et de l'Hebdomade et aussi des 365 cieux et d'Abrasax, sans spécifier si ces der niers sont une addition au système primitif, due exclusivement aux basilidiens.

Basilide n'eut pas la vogue de Valentin ; il compta moins de disciples célèbres, devenus à leur tour chefs de sectes. Son fils Isidore est le seul qui nous soit connu au Il« siècle. Toutefois son influence se lit longtemps sentir. Quoique confinée à l'Egypte, sa secte survécut. Saint Épiphane la trouva encore vivante au IV' siècle dans le Delta du Nil. Saint Jérôme signale son infiltration chez les priscillianistes d'Espagne. Et Sulpico

Sévère attribue l'importation de la gnose basilidienns

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