BEDE LE VÉNÉRABLE
sieurs écrivains catholiques. Le réformateur y donne pour instruction à ses partisans « de tuer les jésuites ou, si cela ne se pouvait aisément, de les exiler, et en tout cas de les accabler sous les mensonges et les calomnies ». On ne trouve rien de semblable dans les écrits de Calvin, bien qu'ils contiennent d'ailleurs l'expression d'une vive rancune contre les jésuites. Voir Institution chrestienne, 2e édit. donnée par Calvin, Genève, 1559, p. 388. Des protestants ont donc accusé Becanus d'avoir calomnieusement prêté ce dire atroce à Calvin. Il est vrai que, parmi les Aphorismes calvinistes, opposés par Becanus comme juste rétorsion aux Aphorismi doctrinse jesuitarum et aliorum aliquot pontificiorum doctorum, libelle calviniste largement répandu en lalin, en français et en anglais, on rencontre cet Aphorismus XV :Jesuitae vero qui se maxime nobis opponunt, aut necandi, aut si id commode fieri non potest, ejiciendi, aut certe mendaciis ac calumniis opprimendi sunt; mais Becanus ne le donne nullement comme une citation ou une assertion de Calvin ou d'un auteur calviniste. En réalité, il ressort du titre même qu'il a donné à son écrit : Aphorismi doctrinse calvinistarum, exeorum libris, dictis et FACTis collecti, cum brevi responsione ad Aphorismos falso jesuitis impositos, et surtout de la manière dont il développe chacun de ces « aphorismes », qu'il a prétendu seulement y formuler les principes que les calvinistes de son temps professaient explicitement ou implicitement ou du moins suivaient en pratique. Qu'ils se conduisissent réellement à l'égard des jésuites comme s'ils avaient eu pour mot d'ordre le « xve aphorisme », Becanus le prouve par des faits incontestables. Becanus, Opuscula théologien, in-fol., Paris, 1642, p. 233. Sur la « fausse citation » de Calvin voir A. Sabatier, Calvin, Pascal, les jésuites et M. F. Brunetière, dans le Journal de Genève, 26 janvier 1896, ou Revue chrétienne, 1er mars 1896, p. 161 ; J. Brucker, Calvin, les jésuites et M. A. Sabatier, dans les Études, 15 avril 1896, p. 683; A. Sabatier, Histoire d'une fausse citation, Réponse au P. Brucker, dans le Journal de Genève, 10 mai 1896; Revue chrétienne, 1er juin 1896, p. 457 (M. Sabatier reconnaît s'être trompé en supposant que Becanus « donnait ses aphorismes comme tirés textuellement des œuvres de Calvin »); J. Brucker, Observations sur une réponse de M. A. Sabatier, dans les Études, 15 juillet 1896, p. 511. Mentionnons, pour finir, un petit ouvrage de Becanus se rapportant à l'Écriture sainte : Analogia Veteris et Novi Teslamenti, in- 12, Mayence, 1623, souvent réédité, encore dans le Scripturse S. cursus de Migne, t. n, col. 9-336.
Pour la liste détaillée des ouvrages de Martin Becanus, voir De Backer et Sommervogel, Bibliothèque de lu C" de Jésus, t. i, col. 1C91-1111 ; t. vin, col. 1789-1790. Cf. Hurter, Nomenclator literarius, 2.' édit., t. I, p. 293-294; Stanonik, dans le Kirehenlexikon, 2' édit., t. n, col. 161-162; Werner, dans l' Allgemeine deutscite Biographie, t. vi, p. 199-200; E. Colmans, dans la Biographie nationale (de Belgique), t. il, p. 70-71. Sur les rapports de Becanus avec son impérial pénitent, voir B. Dudik, O. S. B., Korrespondenz Kaisers Ferdinand H und seiner erleuchten Familie mit den kaiserlichen Beichtvdtern P. Martinus Becanus und P. W. Lamormaini S. J., dans Archiv fur osterreichische Geschichte, Vienne, 1877, t. uv, p. 226 sq., 258 sq.
Jos. Brucker.
BEDE LE VÉNÉRABLE. - I. Vie. II. Ouvrages. III. Influence.
I. Vie. — Bède, le plus grand personnage intellectuel de son pays et de son siècle, l'émule des Cassiodore et des Isidore de Séville, naquit en 673, à Jarrow, sur les terres de l'abbaye de Wearmouth, dans le Northumberland. Orphelin, il fut confié, dès l'âge de sept ans, par ses proches au saint et savant abbé de Wearmouth, Benoit Biscop. Mais, trois ans après, celui-ci confia l'enfant à son coadjuteur Ceolfrid, qui allait fonder avec quelques religieux, près de l'embouchure de la Tyne, la colonie de Jarrow. C'est là que Bède reçut, à dix-neuf ans,