DICT. DE TIIÉOL. U.TI10L
le diaconat et, à trente ans, la prêtrise des mains de saint Jean de Beverley. C'est là qu'élève tour à tour et maître, il passa, sauf les voyages nécessités par ses études, le reste de sa vie, au milieu de ses confrères et de la foule des disciples qu'attirait sa renommée, en relations familières, sinon intimes, avec ce que l'Angleterre avait de plus grand et de meilleur, Ceowulf, roi des Northumbriens, saint Acca, évoque d'Hexham, Albin, le premier abbé anglo-saxon du monastère de Saint- Augustin à Cantorbéry, l'archevêque d'York, Egbert, etc., sans autre récréation que le chant quotidien du chœur, sans autre plaisir, à ce qu'il dit lui-même, que d'apprendre, d'enseigner et d'écrire. Bède mourut à Jarrow, en odeur de sainteté, le 27 mai 735; ses reliques, dérobées au xie siècle et transportées à Durham, pour être réunies à celles de saint Cuthbert, n'échappèrent pas, sous Henri VIII, à la profanation générale des ossements des saints de la Northumbrie. La voix populaire, en saluant Bède, au ixe siècle, du nom de Vénérable, l'avait canonisé. Par un décret du 13 novembre 1899, Léon XIII l'a honoré du titre de docteur et a étendu sa fête à toute l'Église, en la fixant au 27 mai, jour de sa mort. Canoniste contemporain, 1900, p. 109-110. Cf. Analecta juris ponti/icii, Rome, 1855, t. i, col. 1317-1320.
IL Ouvrages. — A la sincérité, à l'ardeur de la foi chrétienne, Bède allie, comme plus lard Alcuin, l'admiration, le goût, dirai-je le regret de la littérature classique. Saint Ambroise, saint Jérôme, saint Augustin, saint Grégoire le Grand, lui sont très familiers; mais Aristote, Hippocrate, Cicéron, Sénèque et Pline, Lucrèce, Virgile, Ovide, Lucain, Stace, reviennent aussi dans sa mémoire. Il est théologien de profession; mais l'astronomie et la météorologie, la physique et la musique, la chronologie et l'histoire, les mathématiques, la rhétorique, la grammaire, la versification le préoccupent vivement. C'est un moine, un prêtre, la lumière de l'Église contemporaine; mais c'est en même temps un érudit, un lettré. L'humble moine de Jarrow maniait également le vers et la prose, l'anglo-saxon et le lalin ; et nul doute qu'il ne sût le grec.
1° Vers. — Les œuvres poétiques de Bède sont, relativement, de peu de valeur. Dans la liste que Bède a rédigée lui-même, Hist. eccl., 1. V, c. xxiv, P. L., t. xcv, col. 289-290, trois ans avant sa mort, de ses quarantecinq ouvrages antérieurs, il mentionne deux recueils de poésies, un livre d'hymnes, les unes métriques, les autres rythmiques, et un livre d'épigrammes. Le Liber epigrammatum est perdu; quant aux hymnes qui ont trouvé place dans les éditions de Bède, P. L., t. xciv, col. 606-638, l'authenticité en est contestée. Un Martyrologe en vers, attribué à Bède, est tenu pareillement pour apocryphe, lbid., col. 603-606. Le poème Vilametrica sancti Cuthberli episcopi Lindisfarnensis, ibid., col. 575-596, témoigne, sinon du génie poétique de l'auteur, du moins de son goût et de sa rare culture d'esprit. Bède nous a conservé, en l'insérant dans son Histoire, 1. IV, c. xx, P. L., t. xcv, col. 204-205, l'hymne métrique, hymnus virginitatis, qu'il avait dédié à la reine Etheldrida, l'épouse vierge d'Egfrid, un bienfaiteur insigne de l'abbaye de Wearmouth. Des vers anglo-saxons de Bède il ne nous reste rien, hormis les dix vers qu'un de ses disciples, témoin oculaire de ses derniers jours, avait recueillis sur les lèvres du moribond.
2° Prose. — Bien autre est l'importance de ses ouvrages en prose. On peut les diviser en quatre classes : 1. œuvres théologiques; 2. œuvres scientifiques et littéraires; 3. œuvres historiques; 4. lettres.
1. Les œuvres théologiques de Bède, avant que la théologie chrétienne n'eût revêtu le caractère et la forme d'une vaste synthèse, ne pouvaient guère être que des études d'exégèse sacrée. De fait ce sont, ou des commentaires sur divers livres de l'Écriture, ou des dissertations soit sur quelques parties isolées, soit sur quelques