Falsa est doctorum sen- Les docteurs errent qui
tentia, primum hominem po- affirment que Dieu ait pu créer tuisse a Deo creari et institut et former l'homme sans la jussine justifia naturali. Baiana, tice naturelle, p. 123, 146.
Cette proposition, comme la précédente, n'appartient pas en propre à Baius; il s'en est seulement occupé dans son apologie à Pie V et sa déclaration de 1570, mais en la considérant d'une manière incomplète. Elle est, en effet, susceptible de deux sens différents. On peut entendre par justice naturelle un don, habituel ou actuel, distinct de la nature et conférant à l'homme un état positif de moralité dans l'ordre naturel, par opposition à un état de simple aptitude où la raison et la volonté ne seraient ni droites, ni courbes, mais pourraient se porter «oit au bien, soit au mal. Baius n'a trouvé que ce premier sens dans la proposition 79e; et n'ayant pas, dit-il, de principes scripturaires pour la résoudre, il a exprimé son étonnement de la voir proscrite, plutôt que discutée. Mais le terme de justice naturelle pouvait encore signifier, d'après la terminologie baianiste, la justice originelle ; alors c'était répéter sous une autre forme ce que Baius avait avancé lui-même dans le traité De prima hominis justifia. Le corps de doctrine rejette à bon droit la proposition 79e comme offensante et téméraire: offensante par la qualification d'erreur dont elle est accompagnée ; téméraire en ce qu'elle nie que Dieu ait pu créer et former l'homme sans la justice naturelle, entendue soit dans la première acception, soit dans la seconde. Baiana, p. 166. Ce jugement n'est qu'un corollaire des principes rappelés dans les pages qui précèdent.
Comme corollaire de cette première série de propositions on peut se demander: que faut-il penser de la position des théologiens dits augustiniens, comme le cardinal de Noris, Bellelli, Berti et autres de la même école? Sur plusieurs points de fait, leur position est insoutenable. Ainsi, pour mieux distinguer leur système de celui de Baius, ils attribuaient à ce docteur d'avoir soutenu que la grâce habituelle, identifiée par eux avec la charité habituelle, et les autres vertus qui concourent
au salut, constituaient une propriété naturelle de la créature raisonnable et lui étaient dues à ce titre; puis ils opposaient à cette assertion, seule condamnée par l'Église, disaient-ils, leur propre doctrine: Dieu se devait à lui-même, il devait à sa sagesse, à sa bonté ou aux convenances, d'aider la créature raisonnable, au moins par un secours actuel, à mener ici-bas une vie digne de sa fin naturelle, la pleine possession de Dieu, et par conséquent à obtenir la charité actuelle. Mais toute cette prétendue opposition entre la position de Baius et la leur ne répond pas aux faits. Baius n'anullementvu dans la justice originelle un naturel de constitution, mais seulement un naturel d'exigence. De plus, l'analyse de son opuscule sur la charité et les développements qui viendront ensuite, montrent le peu d'importance qu'il attachait à la charité habituelle; son unique préoccupation est d'affirmer et de prouver qu'à la créature raisonnable est dû le secours du Saint-Esprit pour atteindre la vie éternelle, son unique fin. D'ailleurs, et cette considération est décisive, Pie VI, dans la bulle Auctorem fidei, enseigne la gratuité absolue de « l'impulsion vers Dieu par l'amour de charité ». Reste uniquement la distinction, faite par les mêmes théologiens et quelques autres, entre la puissance divine absolue et la puissance ordonnée ou réglée dans ses opérations par la sagesse et la bonté. Mais là encore il est difficile de séparer ces théologiens de Baius; car, pour prouver que Dieu se doit à lui-même d'élever la créature raisonnable à la vision intuitive, ils n'apportent pas au fond d'autre raison que le docteur lovaniste, l'inconvénient qu'il y aurait à laisser inassouvies les aspirations de la créature raisonnable et à la faire tomber ainsi dans une éternelle misère. Là se trouve, chez eux comme chez Baius, l'erreur fondamentale, à savoir que la pleine possession de Dieu tel qu'il est en lui-même est due aux exigences naturelles de la créature raisonnable; erreur que le concile du Vatican se proposait de proscrire enfin formellement. Schéma constitutionis dogmaticsede doctrina catholica, c. ni, dans Acta ss. concilii vaticani, Collectio Lacensis, Fribourg-en-Brisgau, 1890, t. vu, col. 555, 516, 547 sq.La condamnation de Baius conduit donc logiquement au rejet de l'opinion dite augustinienne. Voir Palmieri, De Deo créante, th. xxxvni.
II. PROPOSITIONS RELATIVES AU MÉRITE. ' 1. Nec angeli, nec primi ho- Ni les mérites de l'ange, ni minis adhuc integri mérita ceux de l'homme avant sa recte vocantur gratia. De merv- chute, ne peuvent raisonnâtes operum, 1. I, c. IV. blement être appelés grâce.