Deus non potuisset ab Dieu à l'origine n'aurait pas
initie talem creare hominein, pu créer l'homme tel qu'il naît qualis nunc nascitur. De pec- maintenant. cat. orig., c. v ; Baiana, p. 110, 136, 145.
Proposition célèbre, mais délicate ; Baius a nié constamment qu'elle se trouvât dans ses écrits, soit quant aux termes, soit quant au sens; le contraire y est plutôt indiqué, dit-il dans son apologie au cardinal Simonetta. Alors, comment expliquer la censure? En rétablissant les faits et en se rappelant la clause in sensu ab assertoribus intenlo. La proposition n'a pas été forgée; elle est dans le chapitre v du traité Depeccato originis, mais en style indirect et sous une forme contournée, de telle façon cependant qu'on la reconnaît aussitôt. Dans ce chapitre, l'auteur explique pourquoi la concupiscence est un péché dans l'homme plutôt que dans les animaux; il s'objecte à ce propos un passage où saint Augustin semble concevoir la concupiscence en dehors d'un péché qui la précède et en soit la cause. Dr libero arbitrio, 1. III, c. xx, P. L., t. xxxn, col. 1298. Baius commence par remarquer que l'évêque d'Hippone n'affirme pas que Dieu aurait pu à l'origine créer l'homme tel qu'il naît maintenant, licel non asserat hominem ab initio talent a Dco creari poluisse, qualis nunc nascitur, mais qu'il
veut seulement dire que, dans l'hypothèse, la cause des manichéens n'en serait guère avancée. Cette remarque faite, le docteur lovaniste ajoute : « Supposons cependant, suivant une fiction de Julien dont parle saint Augustin, que Dieu puissecréer un homme dans ces conditions,alors, comme chacun est par nature ce que Dieu l'a fait, la concupiscence en cet homme ne serait, par nature, ni péché ni peine ni même vice... .Mais en nous qui tenons de Dieu une autre nature, qui aliani a Deo naturam sortiti sumus, la rébellion de la chair contre l'esprit est nécessairement un vice. » Tel est le langage de Baius : il justifie cette réllexiondu P. Duchesne, dans son IIIe éclaircissement, p. 45 : « Je demande à tout homme de bon sens, si, dire que cette proposition affirmative : Dieu a pu créer l'homme tel qu'il naît aujourd'hui, est une fiction de Julien, non un sentiment de saint Augustin, dans un homme qui, en ce point même, fait profession de suivre saint Augustin, n'est pas nier formellement, que Dieu n'a pu créer l'homme dans l'état où il naît aujourd'hui ? »
Pour compléter cette réponse, il suffit de relever une équivoque où Baius s'est évidemment complu. Il ne nie pas qu'à la rigueur Dieu ait pu créer l'homme tel qu'il naît maintenant, soit; mais il ajoute des explications restrictives qui reviennent à ceci: cependant il n'aurait pas pu créer l'homme avec la concupiscence telle qu'elle est dans les fils d'Adam. Pourquoi? parce qu'en nous la concupiscence est le péché originel, et Dieu ne pourrait être l'auteur de ce péché, Deus non potuisset ab initio esse auctor peccati originis ; argument dont Baius se sert dans sa grande apologie. De là cette affirmation qu'un homme de ce genre, talis quispiam homo, aurait une autre nature que nous; ce qui doit s'entendre de la nature considérée, non pas dans ses parties constitutives ou ses propriétés physiques, mais dans son être moral de créature raisonnable, appelée à une moralité supérieure et incompatible avec la loi de la chair. Prise en ce sens, la proposition 55e est bien de Baius; toutes ses apologies ne font que le confirmer. Là se trouve la raison et la justification de la censure portée par Pie V et maintenue en dépit de toutes les récriminations. Que Dieu ne puisse pas être l'auteur du péché originel, qu'il ne puisse créer l'homme pécheur comme il naît maintenant, tout le monde en convient; aussi la proposition 55e est de celles où se vérifie la clause, quanquam nonnullse aliquo pacto sustineri possent . Mais que la concupiscence soitproprementlepéchéoriginel,etqu'à ce titre Dieu n'ait pas pu créer l'homme tel qu'il naît maintenant, c'est là une assertion erronée et incompatible avec la doctrine du concile de Trente sur le péché originel et la concupiscence. La proposition 55e a donc été condamnée comme elle a été prise, in rigore et proprio verborum sensu ab assertoribus intento. Et c'est pourquoi les docteurs de Louvain, dans leur déclaration de 1586, c. IV, lui opposent cette doctrine : « Dieu aurait pu créer l'homme tel qu'il naît maintenant, non pas qu'il ait pu le former pécheur ou vicieux et dépravé, comme il naît maintenant, mais il aurait pu lui donner un corps fragile et mortel, soumis à la loi de la vieillesse, de la maladie et de la mort; il aurait pu lui donner une âme à l'esprit lent, obtus, arrivant avec peine à la vérité et tombant facilement dans l'erreur, une âme portée et inclinée aux plaisirs des sens. » Baiana, p. 166. Ils invoquent l'autorité de saint Augustin, De libero arbitrio, 1. III, c. xx, XXII, passages que Baius interprète d'une façon arbitraire; De dono persev., c. xi, P. L., t. xi.v, col. 1009; Rétractât., 1. I, c. ix, P. L.,X. xxxn, col. 598. Voir Ripalda, op. cit., disp. IX; Casinius, op. cit., a. 4; Palmieri, op. cit., th. xliv.
78. Immortalitas primi hominis non crai gratiœ beneflcium, sed naturaiis conditio. Baiana, p. 123.
L'immortalité du premier homme n'était pas un don de la grâce, mais sa condition naturelle.
BAI US
Cette proposition ne se trouve pas dans les écrits de Baius, mais elle est conforme à ses principes, et il en prend la défense dans sa première apologie; il ne voit pas ce qui a pu motiver la censure, et fait appel à saint Augustin, attribuant la mort corporelle au péché et non point à une loi naturelle, non lege nalurse, sed merito in/ïictam esse peccati. De civitate Dei,\. XIII, c. xv,P. L., t. XLI, col. 387. C'est toujours, chez le précurseur du jansénisme, la même confusion entre la question de fait et la question de droit. Dieu avait contéré au premier homme, pour lui et pour ses descendants, le privilège de l'immortalité, s'il persévérait dans l'innocence originelle; c'est donc par le péché du premier homme que la mort est entrée dans le monde. Doctrine catholique, énoncée par saint Paul et sanctionnée par plusieurs conciles. S'ensuit-il que le privilège conféré au début n'était pas un don surnaturel et gratuit, dépassant les exigences comme les forces de la nature humaine? Les mêmes principes, qui nous ont servi pour les propositions précédentes, valent, à plus forte raison, pour celle-ci; l'Écriture sainte et la tradition patristique fournissent, du reste, des preuves spéciales. La doctrine faisant de l'immortalité corporelle la condition naturelle de l'homme et lui refusant le caractère de don gratuit a été de nouveau proscrite dans la bulle Auctorem fidei, comme « captieuse, téméraire, injurieuse à l'Apôtre, déjà condamnée ». Denzinger, Enchiridion, n. 1380. Voir S. Augustin, De Genesi ad lilt., 1. VI, c. xxv, P. L., t. xxxiv, col. 354; De peccator. mentis, 1. I, c. n sq., P. L., t. xliv, col. 110 sq.; S. Thomas, In IV Sent., 1. II, dist. XIX, q. i, a. 2, 4; Bellarmin, Refutatio Bail, fol. 154; De gratia primi hom., c. ix; Ripalda, op. cit., dist. XI; Casinius, op. cit., a. 2; Palmieri, op. cit., th. xlvi.