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X. Le Bachelet

III. BENOIT XII. Libellus de erroribus ad Armenos transmissus, Raynaldi, Annales, an. 1341, n.48 sq., Lucques, 1750, t. VI, p. 261-279; extraits dans Denzinger, Enchiridion, 9e édit., Wurzbourg, 1900, document CLV. Trois points seront touchés dans cette étude : I. Historique. II. Analyse du Libellas. III. Réponse faite par les Arméniens.

I. Historique du Libellus. — Au cours de son pontificat, Benoit XII fit preuve d'une sollicitude toute spéciale pour les chrétiens d'Arménie, cruellement éprouvés et menacés. Après la dévastation du pays par les Sarrasins, il écrivit en 1336 une lettre d'encouragement à la reine Constance et essaya de provoquer une croisade parmi les peuples riverains de la Méditerranée; l'année suivante, il écrivit au roi Léon V pour le relever d'un serment injuste que le sultan de Babylone lui avait imposé', le serment de cesser toute relation avec le pontife romain. Raynaldi, ann. 1336, n. 40 sq.; ann. 1337 n. 24, t. vi, p. 78, 109. Mais son attention se portait en même temps sur l'état religieux de cette église. On a raconté, à l'article Arménie, t. i, col. 1901, 1931, les tendances diverses qui s'y maintenaient, la fondation des frères unis ou uniteurs par le vartapet Jean de Kerni et la vigoureuse campagne qu'ils menèrent non seulement contre la fraction schismatique de leurs coreligionnaires, mais contre des pratiques et des doctrines de l'Église arménienne. Dans une lettre à ses religieux, Jean de Kerni énumérait dix-neuf chefs d'erreurs. Galano, Conciliatio ecclesise armense cum romana ex ipsis armenorum patrum et doctorum testimoniis. Pars prima liistorialis, c. xxx, in-fol., Rome, 1690, p. 515 sq. L'un de ses disciples, Narsés Balientz, évèque d'Ourmia, dépassa de beaucoup son maitre dans ses attaques, qu'il porta et soutint personnellement à Rome. Vivement impressioné, Benoit XII fit une enquête juridique; on interrogea sous la foi du serment des Arméniens et des Latins qui avaient vécu en Arménie, on examina soigneusement quelques livres d'un usage commun en ce pays. De là, toute une liste d'erreurs qui ne comprenait pas moins de cent dix-sept articles, souvent longs et complexes.

Quand deux ambassadeurs se présentèrent, en 1341, à la cour d'Avignon, pour solliciter des secours au nom de Léon V, le pape leur remit le Libellus de erroribus; il y joignit une lettre où il déclarait au roi qu'il ne pouvait en conscience répondre à son appel, tant que ces erreurs régneraient dans son royaume. Les ambassadeurs reeurent également pour le calholicos ou patriarche d'Arménie, Mékitar Knertzi (1341-1355), un exemplaire du Libellus et une lettre où le pape demandait la réunion d'un concile national, pour condamner et extirper les fausses doctrines. Benoit XII écrivit enfin à quatre archevêques de la Grande et de la Petite-Arménie, en les excitant à s'employer activementau même dessein. Raynaldi, an. 1341, n. 45 sq., t. VI, p. 259 sq. Le roi fut très affecté des accusations portées contre son Église; il chargea un religieux indigène, le franciscain Daniel,

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vicaire de son ordre en Arménie, de composer un mémoire apologétique, qui fut envoyé à la cour d'Avignon. Raynaldi, ibid., n. 70. t. vi, p. 279. De son côté, le catholicos s'occupa de réunir un concile, selon les désirs du pape. L'assemblée se tint en 13i2, à Sis en Cilicie on Petite-Arménie, sous le roi Constantin qui, dans l'intervalle, avait succédé à Léon V. Etaient présents six archevêques, vingt-trois évêques, cinq docteurs ou vartapets, dix abbés et d'autres clercs, dont l'état nominatif est donné dans les Historiens arméniens des croisades, t. i, p. lxxi sq. Un mémoire fut rédigé, où tous les articles, sauf le cent quinzième, ont leur réponse. Longtemps inconnu, ce document a été publié par Martène, Veterum scriptorum... collectio amplissiriia, Paris, 172i sq., t. vu, col. 310-413, puis inséré par Mansi dans deux ouvrages : Sanclorum conciliorum et decretorum de Labbe-Coleti, Supplementum, Lucques, 1749, t. m, col. 446-536, et Sacrorum conciliorum nova et amplissima collectio, Venise, 1782, t. xxv, col. 1185-1270.

II. Analyse du Lidellvs ad armenos transmissus. — Dans ce long réquisitoire, beaucoup d'articles se répètent ou se compénètrent ; beaucoup aussi n'ont aucune portée doctrinale, relatifs qu'ils sont soit à des opinions particulières, soit à des faits ou à des usages susceptibles d'interprétation diverse. On peut même dire que, dans cette question, l'intérêt dogmatique s'attache moins au réquisitoire lui-même qu'à la réponse officielle des évêques arméniens au concile de Sis. 11 suffira d'indiquer brièvement, en les ramenant à quelques groupes généraux, les accusations contenues dans le Libellus.

1° Trinité et attributs divins. — Jadis les Arméniens ont enseigné que le Saint-Esprit procédait du Fils comme du Père; mais ensuite un de leurs synodes (Manazkert, en 719) a rejeté ce dogme; il n'y a plus maintenant que les Arméniens unis à le tenir, et il n'est pas exprimé dans leur symbole, a. 1, 2. Vers la fin du Libellus, deux propositions sont relevées qui, prises à la lettre, compromettaient la véracité divine, a. 113,114.

2° Incarnation. — Le monophysitisme et le monothélisme ont été soutenus dans le même synode et se soutiennent encore en Arménie, a. 3, 20, 21, 25, 26, 28- 30, 34, 35, 37, 73. A cette erreur se rattachent, directement et incidemment, diverses assertions relatives aux propriétés ou affections de la nature humaine en Jésus-Christ, a. 104, 111, 112. On a, de plus, avancé cette proposition singulière, que le Christ, avant de s'asseoir à la droite de son Père, aurait d'abord passé un jour avec chacun des neuf chœurs des anges, a. 33.

3° Ame humaine et anges. — Des Arméniens ont enseigné ou admis le traducianisme et le préexistentianisme (art. Ame chez les Arméniens, t. i, col. 1020), a. 5, 22; l'insuffisance du libre arbitre à pécher sans l'instigation du diable, a. 43; puis toute sorte d'idées bizarres sur la chute des anges ou du premier homme, a. 16 ; et sur un prétendu déchainemeut des démons depuis l'an 1000, a. 32.

4° Péché originel. — Ce dogme fondamental est méconnu en lui-même ou dans ses conséquences, soit en général, a. 4, 13, 18, 19, 61, 62, soit en particulier pour ce qui concerne les enfants nés de parents chrétiens, a. 6, 57.

5° Grâce et justification. — La grâce une fois perdue, on ne peut pas la recouvrer au môme degré, a. 41. La passion de Jésus-Christ, sans autre don divin, suffit pour la rémission des péchés, a. 42.

6° Eglise. — Les Arméniens prétendent posséder seuls la véritable Église et le pouvoir de remettre les péchés; ils rejettent l'Eglise latine comme la grecque, sous prétexte qu'elles mêlent de l'eau au vin dans le sacrifice de la messe, enseignent qu'il y a deux natures en Jésus-Christ et célèbrent la Noël le 25 décembre,

a. 32, 3i, 36, 3S. Par contre, il y a en Arménie trois catholici ou patriarches indépendants, qui professent une doctrine différente et laissent se propager impunément toute sorte d'erreurs, a. 37, 109, 110.

7° Primauté du pontife romain. — La plénitude de la juridiction ecclésiastique n'est pas le privilège exclusif de l'évêque de Rome ; il n'a obtenu la primauté que par une décision du concile de Nicée, et il l'a perdue depuis celui de Chalcédoine, a. 84, 85, 96. On relève, en outre, dans le catholicos de la Petite-Arménie ou ses sujets des tendances et des procédés schismatiques, a. 78, 79, 87, 115-117.

8° Sacrements en général. — Les Arméniens ne croient ni à la vertu sanctificatrice des sacrements, a. 42; ni à leur validité, quand ils sont conférés en dehors de leur Eglise ou même de leur catholicat, a. 38, 39; ils font dépendre cette validité de la foi ou de la sainteté du ministre, a. 68, 69.

9° Baptême et confirmation. — On rebaptise en Arménie ceux qui viennent d'une autre Église, a. 36, 56, 60, 77, sous la fausse persuasion qu'il n'y a pas ailleurs de vrai baptême, a. 38, 56-58, 73, 76, 78. Pour administrer ce sacrement, les Arméniens se servent de formules qui diffèrent; quelques-uns baptisent avec du lait ou du vin, a. 59, 67. Ils ne reconnaissent qu'aux évêques et aux prêtres le pouvoir de baptiser, a. 63. Ils n'ont point le sacrement de confirmation, ou les évêques n'en font aucun cas et donnent à tout prêtre le pouvoir de le conférer, a. 63-65.

10° Pénitence et extrême-onction. — Les Arméniens n'admettent pas qu'un des leurs puisse être absous par des Latins ou des Grecs ; on nie même parmi eux que le prêtre remette vraiment les péchés; les formules dont ils font usage sont déprécatives ou incertaines, a. 40, 82. Ils restreignent le pouvoir d'absoudre conféré par Jésus-Christ à son Église, violent le secret sacramentel ou soustraient certains péchés à la loi de la confession, a. 48, 50-52, 53. Les abus en matière d'excommunication et de censures sont chose courante en Arménie, a. 5i, 55. La confession secrète et spécifique y est rare, a. 82. On confond le pouvoir d'ordre et de juridiction, a. 84. L'extrême-onction est inconnue, et le viatique administré trop tard, a. 65, 83.

11° Eucharistie. — Avec leur faux synode de Manazkert, les Arméniens refusent de mêler un peu d'eau avec le vin à la sainte messe, considérant cette pratique, commune aux Latins et aux Grecs, comme diabolique clans son origine et subversive non seulement du sacrifice eucharistique, mais de la foi elle-même, a. 32, 3i, 71, 73. Ils soutiennent que la consécration ne se fait point par les paroles du Christ : Hoc est corpus meum, etc., mais par la prière qui suit (c'est-à-dire l'épiclèse) ; d'ailleurs, rien de fixe ni d'uniforme dans leur manière de célébrer la messe, a. 06. Ils ne croient pas à la transsubstantiation, ou interprètent d'une façon superstitieuse les effets du sacrement, a. 67, 70. Ils attaquent l'élévation de l'hostie et, d'une façon générale, la célébration de la messe selon le rit romain, a. 75, 78.

12° Ordre. — Les Arméniens n'ont d'ordres sacrés que ceux d'acolyte, de diacre et de prêtre, a. 92. Les ordinations se font d'une manière insuffisante : pas de porrection des instruments, ni d'onction dans la consécration sacerdotale, ni de prélats assistants au sacre des évêques, a. 05, 94, 90. Pans la Petite-Arménie, un simple prêtre peut ordonner des diacres, mais on n'y reconnaît pour évêques que ceux sur la tête desquels le cafholicos a imposé la main et le bras de saint Grégoire l'Illuminateur, a. 95, 98. On permet aux diacres de se marier et, ce nonobstant, d'exercer les fonctions de leur ordre et d'être promus au sacerdoce, a. 93. I. es élections

patriarcales sont irrégulières, soit dans la Grande-Arménie où l'empereur païen des Tarlaivs donne l'institution au catholicos, soit dans la Petite où le roi choisit parmi

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les évêques qui lui sont proposés celui qui offre le plus d'argent, a. 88. La simonie n'intervient pas moins dans l'élection et la consécration des autres clercs, évêques ou prêtres, a. 89, 97, 99.

13° Mariage. — Les Arméniens tiennent pour coupables les rapports conjugaux ; si Adam et Eve n'avaient pas péché, l'humanité se serait propagée d'une autre manière, a. 19. Ils refusent d'absoudre et traitent en païen celui qui s'est marié trois ou quatre fois, a. 49. Les mariages se font sans formules déterminées, parfois même sans le consentement des parties, a. 100. Les lois canoniques et divines sont violées : ainsi, malgré l'empêchement de consanguinité et d'affinité qui, en Arménie, s'étend jusqu'au septième degré, des mariages se contractent entre gens unis au troisième degré et audessous, sans que les évêques les inquiètent; le divorce suivi d'une nouvelle union est souvent permis ; beaucoup d'Arméniens ont plusieurs femmes, soit au même endroit, soit ailleurs, a. 101-103."

14° Eschatologie. — Avant le jugement général, les âmes humaines n'entrent pas au ciel ni ne vont en enfer; elles restent sur cette terre ou dans l'air, comme les démons, a. 7, 15, 23, 31. Après le jugement, les âmes saintes verront, non point l'essence divine, mais la gloire qui en émane, comme la lumière émane du soleil, sans être le soleil lui-même, videbunt claritatem Dei, quse ab ejus essentia émanât, sicut lux solis émanât a sole et tamen non est sol ; les enfants non baptisés et les hommes d'une sainteté imparfaite iront dans le paradis terrestre; les hommes médiocrement mauvais, c'est-à-dire les personnes mariées ou menant dans le siècle une vie commune, demeureront sur cette terre ; les hommes pleinement mauvais, c'est-à-dire les infidèles et les chrétiens pécheurs, seront, d'après les uns, jetés dans l'océan devenu tout de feu, ou, d'après les autres, ils seront tourmentés par leurs propres péchés, a. 8-12, 24, 105. A ces erreurs s'ajoutent la négation du purgatoire, a. 17, puis diverses conceptions singulières qui se rattachent à la descente de Jésus-Christ aux enfers, comme sa prédication aux damnés, leur délivrance et la destruction de la géhenne, a. 14, 18, 22, 24. Un catholicos a dit enfin qu'à la résurrection des corps il n'y aurait plus de distinction sexuelle; des laïques de distinction ont nié la résurrection elle-même, a. 106, 108.

15° Fêtes, pratiques et observances religieuses. — Les Arméniens fêtent la résurrection du Christ le samedi saint, usage qu'ils prétendent fonder sur une révélation divine, a. 27. Ils fêtent la Nativité de Notre-Seigneur le jour de l'Epiphanie, et font de ce point un objet d'attaques passionnées contre les Latins, a. 32, 34. Dans la Grande-Arménie, on ne voit pas de crucifix ni d'images saintes, a. 74. Bon nombre de pratiques superstitieuses régnent dans le pays : sacrifices d'animaux, a. 45; distinction entre mets purs et mets impurs, a. 46; exagération et interprétation pharisaïque du jeûne ecclésiastique, a. 47, 78, 79; fixation de certains jours pour la célébration de la messe ou la communion, a. 80, 81; substitution d'un peu de terre à l'eucharistie, quand on ne peut recevoir celle-ci en danger de mort, a. 107.

III. Réponse des Arméniens. — Ce document, beaucoup plus étendu encore que le Libellus, mérite d'être considéré sous un double aspect, l'un polémique, l'autre dogmatique. Les références se rapportent au Supplementum ad concilia Veneto-Labbeana, par Mansi.

1° Aspect polémique. — Dans son ensemble, cette réponse est surtout une apologie de l'Église arménienne. Les Pères du concile de Sis rejettent la plupart des accusations ou comme fausses, ou comme fondées sur des faits réels, mais mal compris et mal présentés. A propos des articles 75 et 78, col. 514 sq.,ils se plaignent vivement de Nersès Balientz et dépeignent la conduite de cet évêque d'une manière propre à infirmer l'impar-

tialité de son témoignage. Discuter la valeur objective des accusations et des récriminations serait une tâche difficile et dépassant le but du présent travail. Une remarque s'impose toutefois, remarque dont il faut tenir compte pour apprécier le Libellus ad Armenos plus équitablement que ne l'ont fait certains des auteurs cités à la fin de cet article, en particulier J. de Serpos. Il y a dans ce document autre chose que des accusations calomnieuses, dues à l'ignorance ou à la malveillance. Les ambassadeurs du roi d'Arménie contessèrent devant Clément VI que beaucoup d'erreurs s'étaient propagées clans leur pays. Raynaldi, an. 1341, n. 70, t. vi, p. 279. La réponse qu'ils apportaient suffit, du reste, à produire la même impression sur l'esprit du lecteur attentif.

Si les Pères du concile de Sis prennent la défense de l'Église arménienne en général, on ne peut pas voir dans leur mémoire une apologie de tous les Arméniens, ni même de l'Église arménienne entière, car ils savent, et ils nous en avertissent, que l'autorité du catholicos légitime n'est pas universellement reconnue, et qu'un parti schismatique maintient de vraies erreurs et des préjugés anciens; aussi défendent-ils surtout l'orthodoxie des évêques de la Petite-Arménie, suivant la juste remarque de Mansi, note dans Raynaldi, an. 1341, n. 48, t. vi, p. 261 sq. De là des passages fréquents où se glissent, à l'endroit de la Grande-Arménie, des formules restrictives ou dubitatives, par exemple, à propos des articles 3, 34, 37, 38, 46, 49, 89, 94, 102,108, op. cit., col. 450, 482, 485, 487, 491, 493, 523, 527, 530, 532. Souvent encore, en présence des propositions incriminées, les apologistes distinguent plutôt qu'ils ne nient. Autre chose est ce qu'on croit ou pratique maintenant chez eux, et ce qu'on y a cru ou pratiqué avant l'union avec Rome : hoc tune faciebanl, quando ignorabant verilateni, a. 3; opinio ista communiter inveniebatur inler Armenos, tamen ex tune quod uniti fuimus cum Ecclesia romana..., a. 111, col. 450, 533. Autres sont les vues et les pratiques approuvées par l'Église arménienne, autres sont des imaginations et des pratiques bizarres, fruits de l'ignorance ou de la simplicité : hœc sunt verba derisoria el puerorum, a. 16; possibile est quod aliqui de simplicibus faciunt sic, a. 70, col. 461, 511. Surtout, autre est la doctrine officielle d'une Église, autres sont les opinions particulières de certains docteurs : aliqui de magistris habenlcs opinionem Grœcorum dïcebant, a. 7; quamvis inveniatur in dictis aliquorum sicut scriptum est in ai'ticulo, tamen nos..., a. 112, col. 453, 533. Des exemples plus frappants se trouvent dans la réponse aux articles 110 et 116; plusieurs livres invoqués dans le Libellus, comme ceux du catholicos Jean Otznetzi et de l'abbé Paul de Taron, y sont désavoués, et Vartan de la Montagne-Noire est traité d'homme sans autorité et de brouillon, vir ignotus et amator rixœ, col. 533, 535.

Quiconque voudra mesurer la portée de ces aveux, n'aura qu'à parcourir l'ouvrage déjà cité de. Galano, pars altéra controversialis, Rome, 1658, 1661. Les trois traités dont se composent les deux tomes de cette se-r conde partie portent sur toutes les grandes questions dogmatiques qui apparaissent dans le Libellus : la procession du Saint-Esprit et la dualité des natures dans le Christ, l'étal des âmes avant ou après cette vie, la primauté du pontife romain et les sacrements de la loi nouvelle. Or, la partie importante des erreurs relevées par Benoit XII s'y rencontre dans les citations faites d'auteurs que Galano appelle les faux docteurs des Arméniens, pseudoniagistri ; tels Jean Otznetzi, Paul do Taron, Vartan de la Montagne-Noire, Jean Vanagan, Mekhitar de Schirvaz, Simon de Joulfa, Etienne de Siounik, Jean d'Orodn, dépassé plus tard par son disciple, Grégoire de Datev, l'ardent et anticatholique auteur du Livre des Questions.

•Dès lors, pour pouvoir dénoncer dans le Libellus ad

BENOIT XII

Armenos un écrit diffamatoire de l'Église arménienne, il faudrait supposer que Iienoit XII prétendait y consigner autant d'erreurs de l'Église arménienne elle-même. Mais celte supposition est en opposition formelle avec le préambule du Libellits, où les erreurs sont attribuées aux Arméniens ou à quelques-uns d'entre eux : inventum est diclos Armenos vel aliquos e.r eis tenere, credere et docere articulos infrascriptos. L'expression Dicunt Armera, par où débutent la plupart des propositions n'a donc pas, dans la pensée du pape, un sens universel et absolu, mais un sens partitif et indéterminé. On avait dénoncé, sous la foi du serment, tonds ces erreurs comme ayant cours en Arménie; Benoit XII demande aux évêques de les proscrire pour donner un témoignage irrécusable de leur orthodoxie et conserver la pureté de la foi dans leur Église. Si les dénonciateurs ne sont pas toujours restés dans les bornes de la vérité, de la prudence ou de la charité, ils portent eux-mêmes une double responsabilité, celle qui viendrait de pareils procédés et celle qu'ajouterait le tort qu'ils pouvaient faire ainsi à la grande cause de l'unilé religieuse.

2° Aspect dogmatique de la réponse. — Le pape avait invité les évêques arméniens à proscrire les erreurs contenues dans les cent dix-sept articles; ils le font et sont amenés par là même à émettre sur les problèmes en jeu des professions de foi explicites. Sous ce rapport, la réponse du concile de Sis est, dans ses grandes lignes, précieuse et intéressante pour l'histoire du dogme catholique.

1. Procession du Saint-Esprit, a. 1, col. 446 sq. — On lit rarement, il est vrai, dans les anciens monuments de l'Église arménienne, que le Saint-Esprit procède du Fils; cependant ce dogme s'y rencontre parfois exprimé, comme dans une oraison pour la Pentecôte où l'on dit à celte personne divine : « Vous qui procédez inellablement du Père et du Fils, in te procedens inscrulabiliter ex Pâtre et Filio. » Ce dogme n'a pas été rejeté dans le synode de Manazkert; il a été accepté, à des époques différentes, dans des conciles de la Grande et de la Petite-Arménie. Notre Église n'est donc pas opposée à ce dogme, bien qu'il y ait eu des contradicteurs. Cf. Galano, op. cit., part. II, t. i, p. 398 sq. ; F. Nève, L'Arménie chrétienne et sa littérature, in-8° , Louvain, 1886, p. 78 sq. ; L. Petit, art. Arménie, t. i, col. 19i9.

i.Biialité des natures dans le Christ, a. 3, 35. — Le synode de Manazkert, tenu sous le catholicos Jean Otznelzi, en 719, a vraiment rejeté le concile de Chalcédoine, mais par une erreur de fait, les membres de l'ancien s^.ode arménien étant dans la fausse persuasion que ce concile favorisait le nestorianisme. Depuis lors, deux synodes tenus à Sis en 1307 et à Adana en 1316, l'un et l'autre beaucoup plus considérables que celui de Manazkert, ont pleinement accepté la doctrine des deux natures et le concile de Chalcédoine. Pour apprécier l'ancienne attitude, il faut tenir compte de l'équivoque que présente le mot nature en langue arménienne; ce qu'on a rejeté, ce sont deux natures divisées, mais non pas deux natures unies dans l'unique personne du Verbe, a. 20, 25, 52, col. 466, 474, 495. Voir dans la réponse à l'article 21, col. 469 sq., une longue profession de foi, d'après les saints Athanasc et Grégoire de Nazianze. Cf. Galano, op. cit., t. i, p. 18 sq.; Nève, op. cit., p. 77; L. Petit, loc. cit., col. 1931, 1950 sq.

3. Ame humaine, a. 5, 43, col. 452, 489. — L'Église arménienne a toujours réprouvé le traducianisme, et ail mis la création de l'âme humaine au moment même où elle est unie au corps qu'elle doit animer. Le libre arbitre est, de sa nature, exempl de nécessité, el nulle cause extérieure oe peut lui faire complètement violence. Cf. Galano, op. cit., I. il, p. 1 sq.; T. Lamy, art.

Ame chez les Arméniens, t- i, col. 1019 sq.

i. Péché originel, a. i, 6, 13, col. 451, 453, 459. — La

croyance de l'Eglise arménienne à l'existence et aux effets du péché originel est surabondamment attestée par ses livres liturgiques et les prières qu'ils contiennent à propos du baptême. Quand il s'agit d'enfants morts sans le sacrement de la régénération, elle ne fait aucune différence entre ceux qui sont nés de parents chrétiens et les autres; elle les exclut tous du royaume céleste et de la gloire, mais elle ne les croit pas punis de peines sensibles. Cf. Galano, op. cit., t. il, p. 497 sq.

5. Grâce et justification, a. 41, 42, col. 48S sq. — Qui a perdu la grâce peut la recouvrer dans un degré égal ou supérieur à celui qu'il possédait avant sa chute. Pas de justification sans le don de la grâce sanctifiante; la grâce actuelle est nécessaire pour faire le bien et éviter le mal.

6. Église, a. 34, 37, 109, col. 482, 484, 532 sq. - Les Arméniens se reconnaissent en état d'inimitié avec l'Eglise grecque, mais non pas avec l'Eglise romaine, sauf la fraction schismatique qui ne veut pas l'union et persévère dans ses attaques calomnieuses et ses injustes prétentions. Il n'y a jamais eu en Arménie trois catholici. L'institution du catholicos d'Alnanc (Etschmiadsin, traduit dans le Libellas par columbarum), remonte à saint Grégoire l'Illuminateur; l'archevêque d'Agthamar (île sur le lac de Wan, dans la Grande-Arménie) s'est illégitimement attribué le titre de catholicos et, pour ce motif, a été et reste excommunié. Tous reconnaissaient autrefois la suprématie du catholicos de la Petite-Arménie, et lui étaient unis dans la foi. La différence qu'il y a maintenant entre ce dernier et ses rivaux consiste en ce que le catholicos d'Alnanc et l'archevêque d'Agthamar s'obstinent à ne pas mettre d'eau dans le vin à la messe, à célébrer la fête de la Nativité et de l'Epiphanie le 6 janvier, à garder la formule una natura Verbi, tout en proclamant le Christ Dieu parlait et homme parfait, à rejeter le concile de Chalcédoine, à ne pas employer le terme de purgatoire et à ne pas reconnaître la primauté de l'Église romaine. Cette situation explique en partie l'impuissance où sont les évêques unis de réprimer toutes les erreurs qui circulent en Arménie.

7. Primauté papale, a. 78, 84, 91, col. 517, 520 sq., 524. — Le catholicos de la Petite-Arménie n'aspire pas à la primauté en Orient; sa charge se borne aux Arméniens : « D'après le droit canonique et civil, les successeurs ont l'autorité de leurs prédécesseurs; le pape, étant le successeur de l'apôtre Pierre, a donc l'autorité de Pierre, et le catholicos, étant le successeur de l'apôtre Thaddée, en a l'autorité... Nous savons par les écrits que nous possédons que, dans le premier et le second concile, les Pères de Nicée ont défini que l'Église romaine est la tête des autres Églises, et que le pontife romain l'emporte sur les autres évêques. Voilà ce que nous disons et croyons, non seulement parce que cela a été défini dans le saint concile, mais parce que c'est à Pierre que le Christ a recommandé de paître ses brebis. » Cf. Galano, op. cit., t. n, 228 sq.; L. Petit, loc. cit., col. 1954.

8. Sacrements en général, a. 38, 42, 67, col. 487 sq., 508sq. —L'Église arménienne, celle de Cilicie surtout, a toujours admis sans restriction les sacrements de l'Église romaine. Elle voit dans les sacrements des remèdes spirituels qui servent à notre salut, et en reconnaît la vertu sanctificatrice \nonsolum signant, velostendimt, sed eliam dont gratiam sanctificationis digne recipientilius. Tous les sacrements se rattachent à la tradition primitive de l'Église arménienne; seule L'extrémeonction fait quelque difficulté, si l'on en considère la pratique, mais les évêques sont prêts à si- conformer de plus en plus, sur ce point particulier, à l'usage de l'Église romaine. Cf. Galano, op, cit. t. il, p. Hfl sq.

9. Baptême et confirmation, a: 36, 59, 7(1, col. 184, 499 sq., 514 sq. — Les Arméniens orthodoxes ne nient pas la validité du baptême latin ou grec; ils admettent

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