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BENOIT XIII, pape d'Avignon. Voir PIERRE DE Luna

14. BENOIT XIII, pape, successeur d'Innocent XIII, élu le 29 mai 1724, mort le 21 février 1730.

Pierre-François, des ducs Orsini-Gravina, naquit à Gravina le 2 lévrier 1649, entra contre la volonté de ses parents dans l'ordre des frères prêcheurs le 12 août 1667, au couvent de Saint-Dominique de Castella à Venise et fit profession à Rome au couvent de Sainte-Sabine, le 13 lévrier 1668. Après avoir fait de brillantes études, il fut nommé professeur de philosophie à Brescia et il

BENOIT XIII

BENOIT XIV

devint cardinal en 1672 par la faveur de son parent Clément X, évoque de Manfredonia en 1675, de Césène en 1680, et archevêque de Bénévent en 1686. Il fut un évéque résidant, pieux, veillant à la discipline et à la réforme des mœurs, écrivant toute sorte d ouvrages de théologie et de piété. Publiés de son vivant, ils forment trois volumes in-fol., Opère tutte latine ed italiane, Ravenne, 1728. Son attachement à ses ouailles lui lit conserver le siège de liénévent après son élévation au trône et il retourna deux fois visiter le diocèse. Il prit part aux conclaves d'où sortirent cinq papes avant lui, et il se classait parmi les zelanli qui se proposaient dans leurs choix uniquement le bien religieux de l'Église.

Devenu pape sous le nom de Benoit XIV qu'il abandonna bientôt dans la pensée que Uenoit XIII d'Avignon était un antipape, il s'appela Benoit XIII et continua sur le saint-siège un vrai ministère d'évèque. Au jubilé de 1725 il remplit lui-même la charge de grand pénitencier. Plusieurs de ses nombreuses constitutions sont dirigées contre le luxe des cardinaux et la vie trop séculière des ecclésiastiques. Il encouragea la création de séminaires dans les diocèses par l'institution d'une Congrégation spéciale, la tenue des synodes diocésains et provinciaux qui tendaient à disparaître; il attacha des indulgences à la récitation de l'Angelus, canonisa beaucoup de saints, notamment Jean de la Croix, Louis de Gonzague, Stanislas Kostka, Jean Népomucène, et Grégoire VII dont l'office ne fut pas accepté alors en France. Enfin au synode du Latran de 1725 il prescrivit instamment l'acceptation de la bulle Unigenitus qui, après de longues tergiversations, fut enfin reçue sans restriction par le cardinal de Noailles, archevêque de Paris, en 1728. Toutefois, en 1727, il publia la bulle Prctiosus in conspeclu Domirti qui renfermait des ménagements pour la doctrine de saint Augustin. Le 6 novembre 172i-, il avait adressé à l'ordre des frères prêcheurs un bref pour le défendre des attaques calomnieuses dont il était alors l'objet à propos de la grâce efficace et de la prédestination à la gloire sine ulla prœvisiane meritoruni.

La diplomatie de Benoit XIII n'était pas aussi ferme ni aussi habile que son ministère religieux. Il avait donné sa confiance à un hypocrite. Il se conduisait dans les affaires par les conseils du cardinal Coscia, dont la vénalité fit perdre au pape le meilleur de sa popularité, et par ceux du secrétaire d'État cardinal Lercari. Il fut ainsi amené à rendre au roi de Naples le droit d'instituer dans son royaume un juge suprême pour les affaires ecclésiastiques, en ne se réservant que les causes les plus graves (1728). Victor-Amédée de Sardaigne reçut le droit de nommer aux sièges de son royaume. Toutefois le roi de Portugal, Jean V, ne put obtenir, même par l'expulsion des Italiens et par le rappel de ses sujets résidant en Italie, le chapeau de cardinal pour le nonce de Lisbonne, Bichi, à l'élévation duquel s'opposait le sacré collège.

La mort du pape ne fut pas pleurée. Coscia dut s'enfuir pour échapper à la fureur de la foule. Un procès qui lui fut intenté amena sa condamnation à dix années de prison, à la perte de ses dignités et à la restitution des sommes perçues indûment.

Quétif-Eehard, Script, ord. prsedicat., t. il, p. 814; G. M. Cavalicri, Galleria de' sommi pontifici, patriarchi, etc., doit' ordine de' predicato) \, Bénévent, 1696, t. i, p. (itiH; G. B. Pittoni, Vita del somrno ponte/ire llenedelto XIII, Venise, 1730; Dos Rhum* und Wunderwùrdige Leben und Thaten Papst Benedicti des Dreyzehenden, 2 vol., Francfort, 1731; Hullarium romanum, Turin, 1871, l. \xu; leona et mentis et cardia llencdicti XII I, Francfort, 1725; Borgia, Benedicti XIII vita, Home, 17.72; Guarnacci, llist. pontif. roman., t. I, p. 39; t. h, p, 409; Sandlni, Vitsz pontif. roman., Ferrare, 1703, t. n, fj. 7o7; Petrucelli délia Gattina, Histoire iiiptomatiiiue des conclaves, Pari , 1866, t. iv, p. 21; Sentis, Die Monarchia Sicula, Fribourg, 1869, p. 159; Broscb, Geschichte des Kirchenstats, Gotha, 1882, t. n,p.61. 11. Hemmer.

15. BENOIT XIV. A la suite de la biographie de ce pape, nous indiquerons les articles dans lesquels on expliquera trois de ses constitutions.

I. BENOIT XIV. Biographie. — Successeur de Clément XII, élu le 16 août 1740, mort le 3 mai 1758.

Prosper-Laurent Lambertini naquit à Bologne le 31 mars 1675. Il fit à Rome une laborieuse carrière dans les Congrégations et occupa notamment les fonctions d'avocat du consistoire, de promoteur de la foi, de secrétaire de la S. C. du Concile, de canoniste de la IVnitencerie. Archevêque in parlibus de Théodosie, puis d'Ancone en 1727, il devint cardinal en 1728 et archevêque de Bologne en 1731. Gardien vigilant de la discipline qu'il maintenait par les visites et par les synodes, aimé du peuple pour sa bonté et sa générosité, il conserva son diocèse après son élection au saint-siège jusqu'au complet achèvement du séminaire. Il fut toute sa vie un homme d'étude. On a de lui, entre autres ouvrages, une collection de lettres pastorales et autres actes épiscopaux, formant les Institutiones ecclcsiasticse qui furent souvent réimprimées et se répandirent dans les diocèses; un ouvrage classique en la matière sur la canonisation des saints : De servorum Dei beati/icatione et canonizatione, 4 vol. ; des travaux sur les fêtes et sur la messe :De sacrifteio missse; De festis D.N.J. Cliristi, beatse M. Virgittis, et quoramdani sanctorum; des Qusestiones canoniese, qui témoignent de son labeur. Plus tard, il donna comme pape son important ouvrage De synodu diœcesana, et fit publier par le jésuite Emmanuel de Azevedo une édition de ses œuvres. On lui dut aussi des éditions correctes de livres liturgiques : rituel, cérémonial, pontifical, martyrologe romain.

Benoit XIV se reposait de son travail par la fréquentation des savants, des hommes instruits; expansif et gai en conversation, il aimait les bons mots, les traits d'esprit. Dans le conclave de plus de cinq mois qui l'élut pape le 16 août 1740, il disait : « Voulez-vous un saint, prenez Gotti; un politique, prenez Aldobrandi ; un brave homme, prenez-moi. » Devenu pape, il continua la même vie de travail, de ministère, de délassement; il fonda des sociétés pour étudier les antiquités romaines et chrétiennes, l'histoire de l'Église, la liturgie, et prit une part personnelle à leurs travaux; il enrichit la bibliothèque Vaticane, fit dresser le catalogue des manuscrits, lia et entretint une correspondance avec nombre de savants et d'hommes d'État. Voltaire lui adressa sa tragédie de Mahomet avec une dédicace et reçut de lui une lettre aimable et réservée qui n'eut point de suite.

Prince temporel, il diminua les impôts, fil une nouvelle circonscription des régions, rétorma la noblesse romaine, poursuivit l'usure contre laquelle il publia l'encyclique Vix pervenit (1745), favorisa la liberté du commerce. Elevé dans la tradition absolutiste des princes du xvine siècle, il fit un usage assez libéral d'un pouvoir dont il ne songeait pas à modifier les conditions d'exercice : « Le pape ordonne, disait-il en plaisantant, les cardinaux n'obéissent pas, et le peuple l'ail ce qu'il veut. »

Ses rapports avec les cours furent empreints d'un esprit de bienveillance allant presque jusqu'à la laiblesse. Il poursuivit la politique de concessions de Benoit XIII; le roi de Portugal reçut un droit de patronat tics ('tendu (1740) et le titre de /.v.r fidelissintus (1748); dans les Deux-Siciles une convention régla l'institution d'une cour de justice, où siégeaient des laïques et qui jugeait en dernière instance les causes ecclésiastiques (1741); l'habile diplomatie du roi de Sardaigne lui obtint la nomination à tous les bénéfices, et, avec la qualité de « vicaire du saint-siège », la jouissance des liels pontificaux contre un dédommagement annuel de mille ducats ; l'Espagne à son tour obtint un droit presque universel de patronat, impliquant le droit de nomination,

BENOIT XIV

BENOIT D'ANIANE

sur toutes ses églises cathédrales. Médiateur heureux entre les chevaliers de Malte et le roi de Naples, le pape lit cesser les difficultés entre Venise et l'Autriche en remplaçant le patriarcat d'Àquilée supprimé par les deux archevêchés de Gœrz (autrichien) et d'Udine (vénitien). Les relations chj Venise avec Rome n'en demeurèrent pas moins brisées; les deux États en vinrent à une double hostilité religieuse et économique. Benoit reconnut officiellement le roi de Prusse, qualifié jusqu'alors par la curie de « margrave de Brandebourg », et entretint avec plusieurs protestants une correspondance amicale.

Le même esprit conciliant animait Benoit XIV dans les affaires purement religieuses. Il réduisit les fêtes, devenues trop nombreuses, en Espagne (1742), en Sicile et en Toscane (1748), plus tard aussi en Sardaigne, en Autriche et dans ses propres États. Il eut à terminer l'affaire embrouillée des rites chinois et maintint les défenses portées par ses prédécesseurs; il retira les concessions faites par le patriarche Mezzabarba et fit obliger les missionnaires par serment à la suppression des usages condamnés. La bulle Ex quo singulari qui condamnait les rites chinois (1742) eut pour suite une persécution qui fit beaucoup de victimes dans le clergé et parmi les Chinois. La bulle Omnium sollicitudinum de 1744 interdit pareillement les rites malabares. En Orient, où Benoît XIV, dès le commencement de son pontificat, avait apaisé quelques troubles parmi les maronites (1744), il eut la consolation de voir se fonder de manière durable à Antioche le patriarcat grec-uni, dit des gréco-melchites; il donna le pallium au patriarche en 1741.

La grande piété du pape édifia les pèlerins venus à Borne pour le jubilé de 1750. Benoit XIV réprouva le relâchement en morale, les sociétés secrètes des francs-maçons (1751), certaines pratiques contraires à la bonne discipline en matière de confession et de mariage. Il demanda aux curés de célébrer la messe de certains jours à l'intention de leurs ouailles.

A la suite de l'Assemblée du clergé de France de 1755, Benoît XIV fut invoqué comme juge par l'Assemblée, dont la commission spéciale ne pouvait s'entendre sur la conduite à tenir dans l'affaire des refus de sacrements. L'archevêque de Paris, Christophe de Beaumont, avait été banni de Paris et persécuté par le parlement pour sa persévérance à interdire les derniers sacrements à tous les opposants de la bulle. Benoit XIV, par la huile Ex omnibus chrisliani orbis regionibus (1756), déclare que la soumission à la constitution Unigenitus était un devoir, mais qu'il ne fallait refuser les sacrements qu'aux opposants notoires pouvant être considérés comme des pécheurs publics. Sans rien décider sur les billets de confession, il ressortait delà bullequ'il n'y avait pas lieu ordinairement de demander une déclaration par écrit de soumission.

Des négociations nouées avec les schismatiques d'Utrecht ne donnèrent aucun résultat.

Benoît XIV avait peu de sympathie pour les jésuites, dont il confia la réforme, pour le Portugal, au patriarche de Lisbonne, Saldanha (1758), mais son successeur annula presque aussitôt la mesure qu'il avait prise.

Œuvres de Benoit XIV : édition du jésuite Azevedo, 12 in-4% Rome, 1747-1751 ; éditions plus complètes : 15 in-fol., Venise) 17G7 ; 17 in-4% Prato, 1839-1846. Ses bulles dans l'édition des oeuvres, de Prato, t. xv-xvn, et précédemment dans la Continuatio Bullarii magni, Luxembourg, 1752-1758, t. xvi-xix. Ses Lettres éditées par Kraus, Fribourg, 1884; Acta Benedicti XIV, coll. R. de Martinis, Naples, 1884 sq. ; Acta hist. eccl., t. I, p. 144; t. V, p. 1058; Vie du pape Benoit XIV, Paris, 1783. Les ouvrages, mentionnés pour Benoit XIII, de Sandini, t. ii,p. 716; de Guarnacci, t. II, p. 487; de Petrucelli délia Gattina, t. IV, p. 108; de Brosch, t. il, p. 68 ; de Sentis, p. 191 ; L. v. Ranke, Die rœmischen Pâpste , 6' édit, Leipzig, 1874, t. m, p. 125; v. Arnelli, Geschichte Maria Theresias, Vienne, 1864 sq., t. II, p. 178;

t. iv, p. 54 ; Heigel, Der œsterreichische Erbfolgcstreit, Nordlingen, 1877, p. 284.

H. Hemmer.

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