‹ Dictionnaire de théologie catholiqueChapitre 27 sur 400 · Illa quoque distinctio, H faut aussi rejeter la dis · texte numérisé non relu

Illa quoque distinctio, H faut aussi rejeter la dis

qua opus dicitur bifariam bo- tinction d'après laquelle une

num, vel quia ex objecto et action se dit bonne de deux

omnibus circumstantiis rectum façons, ou parce qu'elle est

est et bonum (quod moraliter bonne moralement, c'est-à-dire

bonum appellare consueve- eu égard à l'objet et à toutes

runt), vel quia est meritorium les circonstances, ou parce

regni œterni, eo quod sit a qu'elle est méritoire du

vivo Christi membro per spiri- royaume éternel, comme faite

tum charitatis, rejicienda est. dans l'esprit de charité par un

Baiana, p. 115. membre vivant de Jésus-Christ.

Ce sont là des applications faites par Baius, ou des conséquences tirées de ses principes sur le fondement du mérite. La proposition 14e porte sur un point spécial et secondaire : Dieu récompense-t-il les bonnes œuvres au delà de leur mérite? Question à laquelle on ne saurait sans témérité donner catégoriquement une réponse négative. Baius prétend n'avoir fait qu'user du droit de légitime discussion dans un problème libre. Quelques théologiens, Vasquez par exemple, doutent même que la proposition 14e ait été proscrite pour la simple négation qu'elle renferme ; mais ils ajoutent qu'il faut tenir compte de sa liaison avec d'autres, comme la 13e et surtout la 11e, où Baius établit, comme règle du juste jugement de Dieu, le rapport entre les bonnes œuvres, considérées comme acte d'obéissance à la loi, et la vie éternelle, comme récompense. On comprend alors cette raison apportée par le docteur lovaniste contre le sentiment qu'il rejette: la vie éternel le ne peut pas être grâce pour les anges ou pour l'homme innocent. Principe faux dans le sens exclusif que lui donne l'auteur. Bellarmin, De justificati/me, 1. V, c. xix ; Vasquez, op. cit., disp. CCXV, c. iv; Kurth, Tlieologia sopltistica, Bamberg, 17'i6, p. 151.

La proposition 19» porte aussi sur un point spécial, les actions méritoires de Jésus-Christ. Baius convient qu'elle est fausse, mais il ne la reconnaît pas pour sienne, et proteste qu'il a toujours enseigné que les œuvres de l'Homme-Dieu tiraient de la dignité de sa personne une valeur infinie. Son texte, cependant, explique suffisamment l'accusation portée contre lui. A propos de son opinion sur le fondement du mérite, indépendant de la dignité de celui qui agit, il se pose cette objection : mais l'humble obéissance du Christ ne fut-elle pas d'autant plus méritoire, que celui qui obéissait et s'humiliait ainsi était plus grand? Il répond : « La dignité de la personne n'augmente le mérite, qui est une propriété de la bonne œuvre, que dans la proportion où elle augmente la raison de vertu et de bonne œuvre, comme la chose a lieu dans l'obéissance et l'humilité... Mais dans les actes des autres vertus, justice, tempérance et autres, l'excellence de la personne n'ajoute pas plus au mérite qu'elle n'ajoute à la raison de vertu. » Qui ne comprendrait, en lisant ces lignes, que les œuvres de justice et de tempérance ne tiraient pas en Jésus-Christ une plus grande valeur de l'excellence de sa personne? De là celte proposition 19», justement proscrite par saint Pie V; car la dignité de la personne divine rejaillissait sur toutes les actions du Christ, pour leur communiquer un mérite supérieur, infini en son genre. Corps de doctrine, c. xm, Baiana, p. 178.

Si le fondemenl du mérite consiste uniquement dans l'accomplissement de la loi, pourquoi les bonnes œuvres des catéchumènes qui précèdent la rémission de leurs péchés, comme la foi el la pénitence, ne seraient-elles pas méritoires de la vie éternelle? Baius accepta, en

BAIUS

effet, cette conséquence dans la proposition 18e ; ces bonnes œuvres des catéchumènes seraient comme ces opéra mortificata dont parlent les théologiens, mérites acquis dont la récompense est comme tenue en suspens par suite d'un empêchement. Cette doctrine suppose plusieurs erreurs que nous rencontrerons bientôt, en traitant de la charité et de la justice. Il suffit de remarquer ici que, s'appuyant sur l'opinion erronée que Baius avait du fondement du mérite, la proposition 18e est elle-même, de ce chef, erronée. Là encore, ce docteur s'est égaré par une interprétation étroite de saint Augustin. Si les bonnes œuvres faites par les catéchumènes n'étaient pas méritoires de la vie éternelle, il y aurait des œuvres moralement bonnes et pourtant stériles; or, c'est là une conséquence opposée à la doctrine augustinienne. Sans entrer maintenant dans cette question délicate des œuvres moralement bonnes et en même temps stériles, il suffit de remarquer que la condamnation de la proposition présente n'entraîne pas de soi la conséquence sur laquelle Baius s'appuie pour l'attaquer. De ce que les bonnes œuvres faites sans la grâce sanctifiante n'ont pas un mérite de condigno, il ne s'ensuit pas qu'elles soient privées d'un mérite de congruo, ayant pour objet des grâces ultérieures et la justification. De telles œuvres ne peuvent pas s'appeler stériles.

Bien plus, cette affirmation générale, que toute bonne œuvre est proprement méritoire de la vie éternelle, a reçu deux coups dans la condamnation des propositions Gle et 62e. Baius remarque, dans son apologie, qu'il n'a point parlé dans ses écrits de la double distinction qui s'y trouve attaquée. Le fait est matériellement exact; ce docteur n'en délend pas moins ces deux propositions, conséquences rigoureuses de la doctrine qu'il développe dans le IIe livre De meritis operuni, en particulier dans les chapitres i et VI. Un théologien catholique n'a donc pas le droit de rejeter comme chimériques ou de proclamer insoutenables la double distinction rappelée dans les propositions 61e et 62e. Corps de doctrine, loc. cit. ; S. Thomas, Sum. Iheol., Ia II*, q. Cix, a. 4; Actaet décréta concilii Vaticcni, op. cit., col. 552.

///. PROPOSITIONS RELATIVES AU LIBRE ARBITRE ET A SES FORCES DANS L'ÉTAT DE NAITRE TOMBÉE.

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