BLASPHÈME CONTRE LE SAINT-ESPRIT
— I. Nature. II. Espèces. III. Irrémissibilité.
I. Nature. — C'est de la bouche même de Jésus-Christ qu'est sortie l'expression : « blasphème du Saint-Esprit, » f. Se to'j ir/E'Ju.aTo; 6).airyr,a:a oùx KÇsBïjffSTai. Matth., XII, 31. Pour déterminer le sens précis de cette expression, il faut recourir au contexte. Jésus venait de guérir un démoniaque qui él ait à la foi aveugle et muet, et en le délivrant, il lui avait rendu la vue et la parole. Ce miracle éclatant avait joli'' dans la stupeur les assistants qui se demandaient si le thaumaturge n'était pas le lils de David ou le Messie attendu. En entendant ces paroles de la foule, les pharisiens y répliquaient en disant ; « Celui-ci ne chasse les dénions que par la puissance de Béelzébub, le prince des démons, s Jésus, connaissant la malice de leurs pensées, les réfuta directement en montrant que, s'il chassait les dénions parla puissance de Béelzébub, Satan serait lui-même son adversaire et détruirait son propre royaume. L'expulsion des démons, qu'elle soit faite par Jésus ou par les exorcistes juifs, ne peut donc pas être l'œuvre de leur prince. C'est l'œuvre de Dieu et elle s'accomplit par son esprit. Si donc Jésus chasse les démons par l'esprit et la puissance de Dieu. il fonde et établit sur terre le royaume de Dieu, opposé à l'empire du démon sur les âmes, et il remplît ainsi une fonction de sa mission messianique, celle d'anéantir la domination des esprits de ténèbres parmi les hommes. Le démon est lié par lui et sa maison est dévastée. Les
I es, par Conséquent, s'ils ne veulent pas perdre le
fruit de sa mission terrestre, doivent s'unir ;m Christ et se proclamer manifestement pour lui ou conlre lui. Parvenu à ce point de son argumentation, Jésus en lire celle conclusion : « C'esl pourquoi je unis le dis ; 'fout péché et tout blasphème sera remis aux hommes, mais
le blasphème du Saint-] spril ne sera pas remis. » 11 y a donc à coté des péchés et des blasphèmes des hommes
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qui seront pardonnes, un blasphème contre le Saint- Esprit qui ne le sera pas. Mattli., xn, 22-32 ; Marc, m 22-30; Luc, xn, 10. Qu'est-ce que le blasphème irrémissible contre le Saint-Esprit? La comparaison avec un autre blasphème, celui qui est fait contre le Fils de l'homme, nous le fera comprendre. D'abord, comme tout blasphème, c'est une parole injurieuse pour celui contre qui elle est prononcée. Voir col. 907. Le texte de saint Matthieu, xn, 32, et de saint Luc, xn, 10, est explicite : « Et si quelqu'un dit une parole contre le Fils de l'homme, il sera pardonné; mais celui qui aura parlé contre le Saint-Esprit ne sera pardonné ni dans ce monde ni dans l'autre. » Par ailleurs, le blasphème contre le Saint-Esprit diffère du blasphème contre le Fils de l'homme. Or, le Fils de l'homme c'est Jésus lui-même, considéré dans sa nature humaine et l'humilité de son apparence sensible. L'expression araméenne bar 'ëntis ne signifie pas « fils d'un homme », mais « homme », et désigne un membre de l'humanité. G. Dalman, Die Worte Jesu, Leipzig, 1898, t. i, p. 191-197; V. Rose, Études sur les Évangiles, 2e édit., Paris, 1902, p. 165-173. Blasphémer contre le Fils de l'homme, c'était donc prononcer des paroles injurieuses contre Jésus en tant qu'homme, par exemple, le traiter, parce qu'il mangeait et buvait comme tous les hommes, parce qu'il s'asseyait à la table des publicains, de vorace, de buveur, d'ami des publicains et des pécheurs. Matth., xi, 19. Blasphémer contre le Saint-Esprit, c'était dire une injure soit, comme l'ont entendu la plupart des Pères et des commentateurs catholiques, contre la troisième personne de la sainte Trinité (et de là est venue la dénomination ordinaire de blasphème contre le Saint-Espril), soit plutùt contre la puissance, sinon même, indirectement du moins, la nature divine dont Jésus est investi. En effet, le Sauveur lui-même établit ici une opposition entre l'humain et le divin qui sont en lui. Blasphémer le Fils de l'homme, c'est injurier seulement son humanité ; mais blasphémer l'esprit de Dieu qui se manifeste en lui, c'est un péché plus grave, un péché irrémissible. Or, les pharisiens l'avaient proféré ce blasphème contre l'esprit de Dieu, en déclarant que l'esprit par lequel Jésus chassait les démons était l'esprit mauvais, Béelzébub, le prince des démons. Rose, op. cit., p. 178. D'ailleurs, saint Marc, m, 30, dont le contexte est toutefois divergent, est formel : « Car ils (les pharisiens) disaient : Il a un esprit impur. » Donc, dans la pensée de Notre-Seigneur, blasphémer contre le Saint-Esprit c'est attribuer à l'action et à la puissance du démon un miracle éclatant, tel que l'expulsion des démons euxmêmes, qui ne pouvait être que l'œuvre de Dieu. Jésus chassait les démons par l'esprit de Dieu, Matlh., xn, 28; dire avec les pharisiens qu'il ne les chassait que par Béelzébub, prince des démons, f. 21, c'est blasphémer, dire une parole injurieuse à Dieu, à son esprit, que cet esprit soit le Saint-Esprit ou l'esprit divin par la puissance de qui Jésus agissait.
Cette interprétation, qui ressort nettement du texte évangélique, a été proposée par la plupart des Pères et des commentateurs. S. Pacien, Epist., ni, 15, P. L., t. xin, col. 1073-1074; S. Ambroise, De psenitent.,]. II, c. iv, n. 21, 22, P. L., t. xvi, col. 502; De Spiritu Sancto, I. I, c. m, n. 54, ibid., col. 717; Exposit. Ev. sec. Luc, 1. VII, n. 121, P. L., t. xv, col. 1729-1730; S. Jérôme, Epist., xlii, ad Marcellam, P. L., t. xxn, col. 477; S. Athanaso, Epist., iv, ad Serapionem, n. 15, 16, 19, P. G., t. xxvi, col. 660-661, 665; S. Basile, Moral., reg. 35; Reg. brevius tract., 273, P. G., t. xxxi, col. 756, 1272; S. Chrysostome, In Matth., homil. xn, 3, P. G., t. lvii, col. 419; S. Bède, In Marc, 1. I, c. in, P. L., t. xcn, col. 164 ; S. Bruno d'Asti, Comment, in Matth., part. III, P. L., t. ci.xv, col. 180. Albert le Grand, In IV Sent., 1. II, dist. XLIII, a. 6, Opéra, Paris, 1894, t. xxvii, p. 684, distingue le blasphème contre le Saint-
Esprit du péché contre le Saint-Esprit. Saint Thomas, Sum. theol., IIa II«, q. xiv, a. 1, cite en premier lieu cette interprétation, et Suarez l'adopte, In IIl*m Sum., q. lxxxvi, disp. VIII, sect. i, n. 18, Opéra, Paris, 1861, t. xxn, p. 136, ainsi que Bellarmin, Controv., Depsenit., 1. II, c. xvi, Milan, 1721, t. m, col. 1013. Les exégètes modernes n'en proposent pas d'autre.
Saint Thomas, loc. cit., rapporte, il est vrai, deux autres explications du blasphème contre le Saint-Esprit. La première est celle de saint Augustin. L'évêque d'Hippone, qui estimait la question du blasphème du Saint-Esprit la plus difficile de toutes les questions scripturaires, a entendu par le blasphème irrémissible contre le Saint-Esprit l'impénitence finale del'homme qui meurt en état de péché mortel. Serin., lxxi, n. 8, 20, P. L., t. xxxvm, col. 449, 455; Epist., clxxxv, ad Bonifacium, n. 49, P. L., t. xxxin, col. 814 ; Epist. ad Rom. inchoala expositio, n. 14, P. L., t. xxxv, col. 2097; Enchiridion, c. lxxxii, P. L., t. xl, col. 272. Cf. Liber de fide ad Petrum, c. m, n. 41, P. L., t. xl, col. 766 (traité attribué à S. Fulgence); S. Fulgence, De fide, n. 39, P. L., t. lxv, col. 691 ; De remissionc peccatorum, 1. I, c. xxiv, ibid., col. 547 ; Liber de vera et falsa psenitentia, c. iv, n. 9, P. L., t. xl, col. 1116; Qusest. V. et N. T., q. en, P. L., t. xxxv, col. 2304. Ce blasphème qui a lieu, non solum verbo oris, sed etiam verbo cordis et operis, non uno, sed multis, est un blasphème contre le Saint-Esprit, quia est contra remissionem peccatorum, qu.se fit per Spiritum Sanctum, qui est charitas et Patris et Filii. Saint Thomas, qui résume en ces termes la pensée d'Augustin, est forcé par la vérité d'ajouter : Nec hoc Dominus dicit Judseis, quasi ipsi peccarent in Spiritum Sanctum, nondum enim erant finaliter impsenit entes. 11 croit toutefois pouvoir interpréter Marc, ni, 30, dans ce sens : Sed admonuil eos, ne taliter loquentes ad hoc pervertirent quod in Spiritum Sanctum peccarent. Reconnaissons franchement que cette interprétation n'a aucun fondement dans l'Évangile.
La troisième explication rapportée par saint Thomas est aussi éloignée de la pensée explicitement formulée par Notre-Seigneur. D'autres disent qu'il y a péché ou blasphème contre le Saint-Esprit, quando a.liquis peccat contra appropriation bonitm Spiritui Sancto. Voir Appropriation, t. i, col. 1708 sq. Saint Thomas cite ici la bonté qu'on attribue au Saint-Esprit par appropriation. Il en conclut que le péché contre le Saint- Esprit est un péché de malice, commis ex ipsa electione mali. Or on agit par malice de deux façons, ou bien ex inclinatione ■ habilus vitiosi, mais cette malice n'est pas le péché contre le Saint-Esprit ; ou bien, lorsque, par mépris, on rejette ou on éloigne ce qui pourrait empêcher l'élection du péché, par exemple l'espérance par désespoir ou la crainte par présomption. H sec aulem oninia qusB peccati electioneni impediunt, sunt efiectus Spiritus Sancti in nobis ;et ideo sic ex malitia peccare, est peccare in Spiritum Sanctum. Cf. Albert le Grand, In IV Sent., 1. II, dist. XLIII, a. 1, Opéra, Paris, 1891, t. xxvn, p. 671.
Nous passons sous silence les nombreuses opinions particulières des Pères ou des commentateurs sur le ïilasphème contre le Saint-Esprit, parce qu'elles manquent de tout fondement exégétique et ne présentent plus qu'un intérêt historique et archéologique. Voir 1. 1, col. 899-900. IL Espèces. — Le blasphème contre le Saint-Esprit, tel qu'il ressort du texte évangélique, ne semble pas comporter d'espèces différentes. C'est, en effet, une parole injurieuse au Saint-Esprit, par laquelle on attribue aux démons une œuvre divine. Il peut avoir des objets différents selon les œuvres divines attribuées à la puissance diabolique; mais ces objets ne changent pas l'espèce du péché. Cependant, depuis Pierre Lombard, Sent., 1. II, dist. XLIII, P. L., t. cxcii, col. 754-756, les théologiens admettent généralement six espèces de blasphèmes contre
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le Saint-Esprit, à savoir: desperatio,prœsumptio,impienitentia,obstinatio, impugnatioveritatisagn.ilae.et invi-
dentia fraternœgratise. Cf.AlbertleGrand, InlV Sent., 1. II. dist. XLIII, Opéra, Paris, 1894, t. xxvn, p. 676-679 ; S. Bonaventure, .Bref ifoqrtmmi, m , 11, Opuscula, Paris, 1647, t.i,p. 26 ;7n/VScnt., l.II.dist. XLIII, a. 3, q. H, Opéra, Lyon, 1668, t.iv.p. 524-525. Mais si on considère leur origine et le principe de leur distinction, ces six espèces de blasphème contre le Saint-Esprit, ne rentrent d'aucune façon dans la pensée de Notre-Seigneur. El les ne sont, en effet, que les diverses explications de docteurs différents et en particulier celles que l'évêque d'Hippone a données, à des époques différentes de son activité littéraire, à la question, si ardue à ses yeux, du blasphème contre le Saint-Esprit. De sernione Domini in monte, I. I, c. xxn, n. 75, P. L., t. xxxm, col. 1267. Cf. S. Thomas, Sum. theol., IIa IIœ, q. xiv, a. 2, sed contra. D'ailleurs, dans le corps du même article, l'ange de l'école, justifiant la division du blasphème contre le Saint-Esprit en six espèces, la rattache expressément à la troisième explication qu'il avait rapportée à l'article précédent : quse dislinguuntur secundum remotionem vel contemptum eorum per quse potest homoab electione peccati impediri. Or, cette troisième explication ne répond pas à la pensée du Sauveur. Les six espèces de blasphème contre le Saint-Esprit qui s'y rapportent, ne conviennent donc aucunement au blasphème qui attribue au démon des œuvres manifestement divines. Corneille de la Pierre, Comment, in Matlh., Lyon, 1685, p. 261. Aussi saint Bonaventure et Duns Scot ont-ils distingué avec raison le blasphème contre le Saint-Esprit, qui est unique de son espèce et seul irrémissible, des péchés contre le Saint-Esprit, qui sont multiples, spécifiquement distincts et rémissibles. Voir col. 914.
111. Irrémissibilité. — Jésus ne s'est pas borné à nous faire connaître le blasphème contre le Saint-Esprit; il nous en a dit encore la gravité, en affirmant expressément que, si tout péché et tout blasphème sont pardonnes aux hommes, le blasphème contre le Saint-Esprit ne l'est pas. A quiconque dira une parole contre le Fils de l'homme, son péché lui sera remis; mais à celui qui parlera contre le Saint-Esprit, sa faute ne sera remise ni dans ce monde ni dans l'autre. Matth., xn, 31, 32; Marc, ni, 28, 29; Luc, XII, 10. Ces paroles, qui expriment le fait de la non-rémission de ce péché, et non pas le principe de son irrémissibilité, ont été interprétées diversement. Beaucoup de commentateurs et de théologiens n'admettent pas l'irrémissibilité totale et pensent, avec des nuances diverses, que ce blasphème peut être remis de quelque manière. Saint Cyrille d'Alexandrie, Comment, in Matth., P. G., t. lxxii, col. 409, dit que Jésus-Christ a seulement voulu montrer par ces paroles la grandeur du blasphème contre le Saint-Esprit. Saint Épiphane, Adversus hœr., haer. liv, 2, P. G., t. xli, col. 963, prétend que le Sauveur a manifesté par là sa prescience et sa bonté en excitant à la pénitence les pharisiens qui avaient prononcé ce blasphème. Saint Chrysostome, In Matth., homil. xli, n. 3, P. G., t. lxii, col. 419, ne parle que de la peine qui ne sera pas remise aux blasphémateurs du Saint-Esprit, même s'ils font pénitence. Sainl Paschase Radbert, Exposit. in Matth., 1. VI, P.L.,t. cxx, col. 471, et saint Bruno d'Asti, Comment, in Matth., part. III, P. L., t. Oi.xv, col. 180, admettenl aussi la rémission pour ceux qui font pénitence et ne persévèrent pas dans leur faute; seule, l'impénitence rend la faute irrémissible. Les scolastiques reconnaissent que ce péché n'rsl pas irrémissible do la pari de
Dieu, qui par miracle peut convertir les blasphémateurs du Saint-Esprit, mais qu'il l'est de sa nature en ce qu'il éloigne du pécheur le remède qui le guérirait. Albert le Grand, lu Ev. sec. Matth., Opéra, Paris, 1893, t. xx,p.531; In IVSent.,l. Il, dist. XLIII, a. 5, ibid., 1894, t. xxvn, col. 682-683, s. Bonaventure, Breviloquium, ui, 11, Opu-
scula, Paris, 1647, 1. 1, p. 26. Saint Thomas, Sum. theol. , 1 la II», q. xiv, a. 3, développe cette idée et il explique l'irrémissibilité du blasphème contre le Saint-Esprit, non quod mdlo modo remittatur, sed quia, quantum est de se, liabet meritum ut non remittatur. Et après avoir montré que la punition de ce péché de malice n'est pas diminuée ni remise soit dans ce monde, soit dans l'autre, il parle de la laute elle-même. Il la compare à une maladie incurable, non pour la puissance de Dieu qui peut toujours la guérir, mais de sa nature, en tant qu'elle ne peut être vaincue par les remèdes ou qu'elle ne permet pas de prendre le remède qui pourrait amener la guérison. lia etiam peccatum in Spiritum Sanctum dicitur irremissibile secundumsuam naturam, in quant uni excluait ea per quse fit remissio peccatorum. Per hoc tamen non prsecluditur viaremittendietsanatidi omnipotentiœ et misericordise Dei,per quant aliquando laies quasimiraculosespiriluali ter sanantur. S. Bonaventure, /«7V&V«t.,l.II,dist.LXIII,a.2,q. n,0/)cra,Lyon,1668t t. iv, p. 522, et Duns Scot, In IV Sent.,\. II, dist. XLIII, q. I, Opéra, Paris, 1893, t. xxxi, p. 486, déclarent l'impénitence finale irrémissible, mais les autres péchés contre le Saint-Esprit ne sont dits irrémissibles que propter difficidtatem remissionis. Alphonse Tostat, In Matth., q. lxvii, c. xn, dit seulement que ce péché n'est pas remis sans pénitence. Cajetan assure que sa rémission n'a pas lieu dans le cours régulier des choses. Maldonat est de l'avis des scolastiques et affirme que ce péché ne mérite aucune excuse, ni de lui-même aucun pardon. Bellarmin, Controv.,De pœnitentia, 1. II, c. xvi, Milan, 1721, t. m, col. 1015, reconnaît qu'il n'est pas remis ordinarie et plurimum, et il assigne deux causes à ce fait : l'opposition directe de ce péché à la grâce de Dieu et sa malice qui n'admet pas d'excuse et de soi ne mérite pas de pardon. Suarez, In i/7am Sum., disp. VIII, sect. i, n. 19, Opéra, Paris, 1861, t. xxn, p. 136, le déclare irrémissible, quia difficile tollilur, le blasphémateur pouvant difficilement se repentir de son péché. Collet, De punit., part. II, c. n, n. 26 ; Corneille de la Pierre, Comment, in Matth., Lyon, 1685, p. 261 ; Calmet, Commentaire littéral, Paris, 1726, t. vu, p. 116; Palmieri, Tract, de psenitentia, Borne, 1879, p. 60; Van Steenki^te, Sanctum J. C. Evangelium sec. Malth., 3° edit., Bruges, 1880, t. il, p. [517-519; Fillion, Évangile selon S. Matthieu, Paris, 1878, p. 248, n'admettent qu'une grande difficulté à recevoir le pardon de ce blasphème. Schanz, Commentar ûber das Evangelium des heiligen Maltliàus, Fribourg-en-Brisgau, 1879, p. 330, n'exclut pas toute possibilité de pardon, tout en reconnaissant que in concrelo ce pardon est souvent impossible. Voir aussi Many, dans le Dictionnaire de la Bible, de M. Vigoureux, t. I, col. 1810.
Les précédentes explications reconnaissent toutes que le blasphème contre le Saint-Esprit n'est pas irrémissible absolument, mais relativement, ou que sa rémission n'est pas impossible, mais très difficile et rare. Or. leurs auteurs introduisent des exceptions dans une sentence de Notre-Seigneur, qui n'en supporte aucune. L'opposition établie par Jésus lui-même entre les autres péchés et blasphèmes qui sont pardonnes, même entre le blasphème contre le Fils de l'homme, à qui rémission est accordée, et le blasphème contre le Saint-Esprit, qui n'est pas remis, exclut toute distinction d'irrémissibilité relative et absolue, de rémission difficile ou non accordée. Schegg, Evangelium nach Matthâus, Munich, liS.">7, t. ii, p. 155. Toute exception est encore exclue par celle indication que ce péché n'est remis ni dans ce monde ni dans l'autre, Matth., xn, 32, si; tov altSvoc, et que le blasphémateur sera coupable éternellement. Marc, III, 29. La non-rémission du blasphème contre le Saint-Esprit est une exception, el la seule, à la règle générale de la rémission des péchés. Enfin, le verbe employé, àçeô^wrtu, signifie l'action de relâcher et de
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laisser aller, de remettre le péché; donc pour le blasphémateur du Saint-Esprit il n'y aura pas de relâche, de rémission ni en ce monde ni en l'autre. Il faut donc reconnaitreque Notre-Seigneur dit du blasphème contre le Saint-Esprit, non pas certes qu'il est irrémissible, mais bien que de fait il ne sera pas remis. Cette interprétation s'impose et devrait être acceptée, même si on ne pouvait pas expliquer convenablement le fait affirmé si catégoriquement. Toutefois, les Pères et les théologiens ont cherché à l'expliquer et ils ont dit ou bien que Jésus, en annonçant la non-rémission du blasphème contre le Saint-Esprit, avait prévu que les pharisiens qui s'en étaient rendus coupables ne s'en repentiraient pas et n'en feraient pas pénitence, ou bien que Dieu avait résolu de ne pas accorder aux hommes qui commettraient un crime semblable à celui des pharisiens les grâces efficaces qui leur seraient nécessaires pour se convertir.
Un bon nombre de Pères et de commentateurs catholiques ont accepté le principe de l'irrémissibilité du blasphème contre le Saint-Esprit, tout en l'appliquant à des objets différents selon la diversité de leurs sentiments sur la nature de cette faute. Cf. S. Hilaire de Poitiers, Comment, in Matth., XII, 17, P. L., t. IX, col. 989; S. Athanase, Epist., iv, ad Serapionem, n. 12, 17, 18, P. G., I. xxvi, col. 653, 661, 663; S. Chrysostome, In Malth., homil. xli, n. 3, P. G., t. lvii, col. 449; S. Ambroise, De Spiritu Sancto, 1. 1, c. m, n. 53, P.L., t. xvi, col. 717; De psenit., 1. II, c. iv, n. 20, ïbid., col. 502; Exposit. Ev. Luc., 1. VII, c. xn, n. 121, P. L., t. xv, col. 1729-1730; S.Jérôme, Epist., xlii, ad Marcellam, P. L., t. xxn, col. 478; Didyme, Liber de Spiritu Sancto, n. 63, P. G., t. xxxix, col. 1085; S. Pacien, Epist., ni, 15, P. L., t. xin, col. 1074; S. Augustin, Serm., lxxx, c. vi, n. 10, c. xxn, xxm, P. L., t. xxvm, col. 450, 465, 466; S. Bède, In Marc, 1. I, c. m, P. L., t. xcn, col. 161, 165; Raban Maur, Comment, in Matth., P. L., t. cvn, col. 929; Druthmar, E.rposit. in Matth., c. xxxiv, P. L., t. evi, col. 1367; Anselme de Laon, Enarr. in Matth., c.xn, P. L., t. clxii, col. 1362; Rupert, In quatuor evangelistas, c. xxiv, P. L., t. clxvii, col. 1563; Zacharie, De concordia evangelistarum, 1. II, c. lxii, P. L., t. clxxxvi, col. 200-202; Richard de Saint-Victor, De spiritu blasphemise, P. L., t. exevi, col. 1189. Cf. Pierre Lombard, Sent., 1. II, dist. XLIII, n. 2, P. L., t. cxcii, col. 751; Véga, Tridenlini decreli de justificatione expositio, 1. XIII, c. IX, Alcala, 1564, p. 448.
Cette explication de la non-rémission du blasphème contre le Saint-Iîsprit n'enlève ni ne diminue le pouvoir des clefs de l'Eglise. Celle-ci a reçu le pouvoir de remettre tous les péchés dont les coupables font l'aveu et se repentent. S'il se rencontre des pécheurs qui n'ont pas le repentir de leurs fautes, le prêtre ne peut les absoudre, non pas parce que le pouvoir lui en fait défaut, mais parce que le pénitent manque des dispositions nécessaires pour recevoir le pardon. Tels sont les blasphémateurs contre le Saint-Esprit qui, sans être privés de la grâce divine, persévèrent néanmoins de fait dans leur péché, résistent aux grâces et meurent impénitents. Enfin il faut restreindre la non-rémission au seul blasphème contre le Saint-Esprit, dont parle Notre-Seigneur, et qui consiste à attribuer aux démons des œuvres manifestement divines, et ne pas l'étendre aux péchés contre le Saint-Esprit, dont traitent les théologiens et dont Notre-Seigneur n'a pas affirmé l'irrémissibilité.
En outre des théologiens et des exégètes cités dans l'article, on peut consulter Noël Alexandre, Hist. eccl., sasc. ni, diss. XXII. Paris, 1714, t. m, p. 748-752; Calmet, Dissertation sur te péché contre le Saint-Esprit, dans Commentaire littéral, Paris, 1720, t. vil, p. 294-298 ; Knabenbauer, De peccato i>t Spiritum Sa m- 1 um quod non remittatur, dans la Revue biblique, 1892, t. i. p. 101- 170, ou dans Commentarius in Ev. sec. Matth-, Paris, 1892,
t. i, p. 487-495; Id., Commentarius in Ev. sec. Marc, Paris, 1894, p. 100-109; ld., Commentarius in Ev. sec. Luc. Paris, 1896, p. 382. On peut consulter aussi pour le moyen âge les commentateurs des Sentences de Pierre Lombard, 1. II, dist., XLIII. ,.
E. Mangenot.
BLASTARÈS Matthieu, canoniste grec du XIVe siècle. Tout ce que l'on sait sur sa vie, c'est qu'il était moine et prêtre, et qu'il composa en 1335 son principal ouvrage. D'après certains passages des traductions slaves de cet ouvrage, l'auteur aurait vécu et écrit à Salonique; le cod. Mosq. synod. 277 le fait mourir dans cette ville, au monastère d'Isaac.
L'œuvre la plus importante de Blastarès est le Syntagma alphabétique, la plus grande production canonique des bas temps de l'empire byzantin. C'est un manuel juridique où, sous 24 sections déterminées par autant de lettres de l'alphabet, l'auteur a groupé en 303 titres également alphabétiques les dispositions principales des sacrés canons et des lois civiles. Ainsi, sous la lettre T, formant la troisième section, on trouve les dispositions relatives au mariage, rcepl yâu.o-j, aux femmes, Tiôpi ^uvaixàiv, etc. En général, ces titres commencent par les dispositions du droit canonique et se terminent, sous la rubrique de vo'uoi no)atc-/.oi, par des extraits plus ou moins importants du droit civil; toutefois, quelques titres sont exclusivement composés de droit canonique, d'autres de droit civil seulement. Les extraits du droit civil sont le plus souvent transcrits sans indication d'origine, en sorte qu'il est fort difficile de déterminer les sources mises en œuvre par Blastarès. On voit pourtant par la préface que noire auteur a fait usage du Nomocanon de 883. Cette préface a été écrite « l'an quarante-trois, après six milliades d'années et huit centaines », c'est-à-dire en 6843, date correspondant à l'an 1335 de notre ère.
Connu d'abord en Occident par un fragment publié par Antoine Augustin à la suite de la préface à sa Colleclio constitution/uni greecarum, in-8°, Lérida, 1567, le Syntagma de Blastarès a été entièrement édité par Beveridge dans son Sijnodicon, t. il, p. 1-272. Avant cet éditeur, Goar, Cotelier et Joly avaient songé à publier l'ouvrage; leurs travaux préparatoires ont profité aux athéniens Rhalli et Potli, i>JvTay[ioc t<5v xavôvtov, t. VI. C'est le texte grec de l'édition athénienne que l'on retrouve dans Migne, avec la traduction de Beveridge considérablement amendée, P. G., t. cxliv, col. 959-1 100; t. cxlv, col. 9-212. Les Qusesliones et causse matrimoniales, imprimées, sous le nom du moine Matthieu, dans le Jus Gr. Rom. de Lowenklau, t. n, p. 478-518, P. G., t. exix, col. 1225-1297, ne sont que des extraits du Syntagma appartenant aux lettres B, Ttîpi twv ëaôfiûv, c. vin, îx, et F, TTEot yâ^ou, c. n, îv, ix, xi, xiv, xv, xix,
Bien autrement grande a été la fortune du Syntagma chez les peuples slaves. Traduit en serbe dès son apparition, en bulgare au xvic siècle, en russe au XVIIe, son inlluence sur la législation de ces divers peuples a été considérable. Le code serbe du roi Douchan (1349) avait pour complément un abrégé du Syntagma, d'où les dispositions purement religieuses ont été exclues, mais les lois civiles fidèlement conservées, toutes les fois qu'elles étaient en rapport avec les conditions sociales du peuple serbe; Douchan n'a fait que recueillir dans son code les lois spéciales à sa patrie; c'est le Sxjntagtua abrégé qui lui a fourni les dispositions législatives d'un caractère général. Sur les traductions slaves du Syntagma et sur ses rapports avec l'œuvre de Douchan, voir T. Florinsky, Pamiatniki zakonodatelnoii dialelnosti Douchana, in-8°, Kiev, 1888, p. 293-147, et p. 95-203 de l'appendice.
Tous les manuscrits du Syntagma, sauf de très rares exceptions, se terminent par un recueil comprenant les pièces suivantes, (''gaiement rédigées par Blastarès : 1" Carmen duplex polilicum de of/iciis magnée ecclesix
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