‹ Dictionnaire de théologie catholiqueChapitre 303 sur 400 · C. Toussaint · texte numérisé non relu

C. Toussaint

BONICHON François, oratorien, né à Paris, mort à Angers en 1662, est l'auteur de L'autorité épiscopale défendue contre la nouvelle entreprise de quelques réguliers mendiants du diocèse d'Angers sur la hiérarchie ecclésiastique, in-4°, Paris, où « la matière est traitée à fond ». « L'auteur, ajoute Batterel, montre beaucoup de connaissance du droit moderne, des bulles des papes, des décisions des canonistes, » jugement auquel on peut souscrire.

Mémoires du P. Batterel, t. n, p. 470; Ingold, Supplément à l'Essai de bibliographie oratorienne, Paris, 1882.

A. Ingold.

1. BONIFACE Ier, pape, successeur de Zosime, élu le 28 décembre 418, consacré le lendemain, mort le 4 septembre 422.

Zosime laissait l'Église romaine assez troublée. Au retour de ses funérailles, un parti composé surtout des diacres s'empara du Latran le 27 décembre et y élut l'archidiacre Eulalius; la majorité des prêtres, le lendemain, fit choix d'un prêtre âgé et respecté, Boniface. Les deux compétiteurs furent consacrés le dimanche 29 décembre, leurs conflits troublèrent la paix publique. L'appui de Symmaque, préfet de Borne, valut à Eulalius la confirmation première d'Honorius. L'opposition persistante décida pourtant l'empereur à convoquer un synode d'évèques italiens à Bavenne (8 février 419), puis un autre pour le 1er mai. En attendant, les deux compétiteurs devaient sortir et demeurer éloignés de Borne. Eulalius enfreignit la défense (18 mars), sous prétexte d'accomplir à Borne les cérémonies pascales. L'empereur le fit déloger de force et reconnut aussitôt Boniface, qui fut accepté universellement. Eulalius fut pourvu d'un évêché en province. La division des esprits survécut au schisme proprement dit, et à la suite d'une maladie qu'il fit en 420, le pape fit rendre par l'empereur une loi décidant que dans les cas de contestation aucun des deux élus ne serait reconnu, mais que le clergé serait appelé à faire une élection nouvelle d'un consentement unanime. Jaffé, 353.

Boniface rendit divers décrets, défendant aux femmes, même religieuses, de toucher ou de laver les linges sacrés, ou de brûler de l'encensa l'autel, et aux esclaves ou aux curiales de devenir clercs.

Il travailla de diverses manières à l'organisation hiérarchique 4e l'Église : en Afrique, où il essaya comme son prédécesseur de faire prévaloir de façon universelle le droit d'appel au siège romain pour les évèques (synode de Carthage de 419); par respect pour le pape, la pratique en fut admise provisoirement en attendant qu'on se fût informé en Orient de l'origine vraie des canons que le pape attribuait par erreur au concile de Nicée, mais qui provenaient du concile de Sardique; de fait, les canons à demi acceptés demeurèrent désormais dans le droit africain. En Gaule, il intervient deux fois dans les affaires d'Arles, et d'une façon hostile à la primatie de l'évêque Patrocle par qui le pape Zosime s'en était laissé imposer; Boniface, en 419, ordonne de procéder au jugement de Maxime, évêque de Valence, Jaffé, 349, et en 422, il invite Hilaire, métropolitain de Narbonne, à remplir ses devoirs de métropolitain à l'égard de Lodève où Patrocle venait d'ordonner un évêque de sa façon. Jaffé, 362. Enfin, en Orient, le pape dut maintenir ses droits sur le vicariat apostolique d'Illyrie, confié à l'évêque de Thessalonique. Les évêques de Constantinople, profitant de ce que lTllyrie ressortissait à l'empire d'Orient, s'efforçaient de ramener les provinces du vicariat sous leur juridiction patriarcale; c'est ainsi qu'en 421, à la suite d'une requête provenant d'évèques mécontents de la double décision qu'ils avaient reçue à Thessalonique de l'évêque Bufus et à Rome du pape lui-même, l'empereur Théodose II s'empressa de décréter le rattachement ecclésiastique de lTllyrie au patriarcat de Constantinople. Grâce à l'appui de Tempe-

BONIFACE Ier — BOXIFACE IV

reur Honorius, Boniface obtint le retrait de cette mesure, Lien que la loi soit demeurée dans le Code impérial. Jade, 350, 351, 3G3, 365.

Enfin Boniface obtint d'Honorius un édit obligeant les évêques à signer la condamnation de Pelage et de Célestin. Il provoqua deux écrits de saint Augustin, qui lui dédia l'ouvrage Contra duas epistolas Pelagianorum libri quatuor. Jaffé, '.>7>-l.

I!oniface Ier est bonoré comme saint dans l'Église le 25 octobre.

Jaffé, Regesta pontiftcum, 2' édit., 1. 1, p. 52 ; Duchesne, Liber pontificalis, Paris, 1886, 1. 1, p. 227; Acta, epistolœ et décréta de Boniface dans Mansi, Conc, t. iv, col. 387, et P. L., t. xx; les pièces réunies dans Mansi, ibiil., col. 397, et tirées de collections canoniques ne sont pas authentiques; Baronius, Annales, an. 418, 419; Hefele, Hist. des conc, trad. Leclercq, 1908, t. Il, p. 198, 209; Gregorovius, Geschichte des Stadt Rom im Millelutter, 3' édit., 1875, Stuttgart, t. I, p. 170; Grisar, Geschicltte Roms und der Piipste im Mittelalter, Frihourg-en-Brisgau, 1901, t. i, n. 219, 226, 46e, 471; Duchesne, Fastes épiscopaua: di' l'ancienne Gaule, Paris, 1894, t, i, p. 84 (chapitre sur La primatie d'Arles); Id., L'Illgricum ecclésiastique, dans É'jlises séparées, Paris, 1896, p. 229.

H. Hem mer.

2. BONIFACE II, successeur de Félix IV, élu le 17 septembre 530, consacré le 22 septembre suivant, mort en octobre 532.

Le pape Félix IV, voulant parer les malheurs qu'il prévoyait pour le saint-siège, recourut à un moyen extraordinaire et dangereux en désignant son successeur. L'arcbidiacre Boniface, le premier pape d'origine nettement germanique, fut en effet élu le 17 et consacré le 22 septembre 530. Mais un autre parti, qui comptait la grande majorité des prêtres, élut le Grec Dioscore, qui fut consacré le même jour. Il est difficile de présumer quel candidat l'eût emporté si Dioscore n'était venu à mourir au bout d'un mois (14 octobre 530). Boniface rendit un décret contre Dioscore et contraignit les membres du clergé de le signer. Le mécontentement du clergé fut si vif, que le pape Agapet, deuxième successeur de Boniface, leva la condamnation.

C'est sous Boniface que le semipélagianisme arrive approximativementau terme de son existence. Le concile d'Orange avait été tenu en 529. Césaire d'Arles dépêcha le prêtre Armenius à Rome vers le prêtre Boniface pour lui demander d'obtenir de Félix IV la confirmation de ses décrets contre les semipélagiens. Le prêtre Boniface avait succédé à Félix sur les entrefaites. Il accorda la confirmation demandée et les décisions du concile d'Orange eurent force de loi dans l'r-glise. Jaffé,

Dans rillyricum, le patriarche de Constantinople continuait ses empiétements. Il cassa l'élection d'Etienne, archevêque de Larisse. Le synode tenu à Rome en 531 fournit au pape l'occasion d'exposer à nouveau ses droits, dont l'exercice dans ce vicariat apostolique devenait de jour en jour plus incertain.

A l'imitation de son prédécesseur, Boniface voulut assurer sa succession au diacre Vigile en faisant jurer au clergé de l'élire après sa mort. Mais Boniface fut contraint, peut-être par le roi Athalaric, de rétracter cette mesure; il cassa son choix, en présence d'un synode, et brûla le document qui contenait l'acte de désignation.

Jaffé, 2' édit , t. I, p, 111 ; Duchesne, Liber pontificalis, Paris, 1886, t. i, p. 281; Acta et epislolx, dans Mansi, t v m, col. 729-784, et P. L., t. r.xv. Pour l'élection de Bonilace, les documents découverts par Arnelli sont publiés par lui dans la Scuola cattolica de Milan, t. xxi, 122" cahier; par Duchesne avec un commentaire dans les Mélanges d'archéologie et d'histoire de l'École française de Rome, 1883, t. m, p. 239 (voir aussi La succession de Félix IV, Rome, 188'n, et par Paul Ewald dans Nettes Archiv, t. x, p. 412 (cf. Mommsen, Neues Archiv, t. x, p. 581; t. xi, |>. 861) Gregorovius, Geschichte der Stadt hum un Mittelalter, :s- < dit., Stuttgart, 1875, t. i, p. 329; Grisai-,

Geschichte Roms und der Pàpste im Mittelalter, Fribourg-en- Brisgau, 1901, t, I, n. 322, 334; Langen, Geschichte der rœmischen Kirche, Bonn, 1885, n. 305 ; Hefele, Hist. des conciles, trad. Leclercq, 1908, t. il, p. 1106; Duchesne, L'Illyricum ecclésiastique, dans Églises séparées, Paris, 1896, n. 245.

H. Hemmer.

3. BONIFACE III, pape, successeur de Sabinien, consacré le 19 février 607, mort le 11 novembre de la même année.

Romain d'origine, le diacre Boniface avait été apocrisiaire à la cour de Constantinople, où Grégoire le Grand l'avait envoyé en 603. Les bonnes relations qu'il y entretint avec l'usurpateur Phocas expliquent que ce prince, au témoignage du Liber ponlificalis, de Paul Diacre et du vénérable Bède, reconnut le siège de Rome comme la tête de toutes les Églises, caput omnium Ecclesiarum. A Constantinople le patriarche Jean le Jeûneur se donnait le titre à'episcopus universalis que Grégoire ne revendiquait pas pour lui-même, mais ne voulait pas davantage laisser prendre par un autre.

Les élections pontificales étaient toujours mal réglées. Boniface décréta en synode que personne ne devait lancer aucune candidature du vivant d'un pape ou d'un évêque, ni former même un parti, et qu'on ne devait pas procéder à l'élection avant le troisième jour qui suivrait les funérailles du pontife.

Jaffé, Regesta pontiftcum, t. i, p. 220; Duchesne, Liber pontificalis, t. I, p. 316; Paul Diacre, Historia Longobardorum, iv, 36; Bède, Chron., an. 614; les ouvrages indiqués pour Bonilace II de Gregorovius, 3" édit., t. n, p. 102, de Grisar, 1901, t i, n. 211, de Langen, p. 500, de Hefele, 2' édit., t. m, p. 64; Hergenrother, Photius, Ratisbonne, 1867, t. i, p. 195.

H. Hemmer.

4. BONIFACE IV, pape, successeur de Boniface III, consacré le 15 septembre 608, mort le 25 mai 615.

Pontife pieux et zélé, Boniface entretint de bons rapports avec Constantinople : Phocas lui accorda le Panthéon, dont il expulsa la mère des dieux, Gj bêle, pour en faire une église consacrée à la sainte Vierge, premier exemple connu et souvent suivi d'une destination chrétienne donnée à un temple païen.

L'Église d'Angleterre, que venait de fonder le pape Grégoire, fut l'objet de ses soins : Mellitus, évêque de Londres, vint à Rome sous son règne alin de consulter le saint-siège; il assista au synode de février 610, en signa les décrets, en rapporta les décisions, notamment la permission d'élever à la prêtrise les moines qui auraient les qualités requises. Il fut chargé aussi des lettres de Boniface IV pour Laurentius, archevêque de Cantorbéry, le clergé, le roi /Ethelbert, Julie, 1998, et le peuple anglais.

L'Église d'Angleterre, imprégnée des usages romains et de quelques usages francs, se trouvait en dissentiment avec celle des Bretons et des Scots au sujet de plusieurs usages dits celtiques, notamment en ce qui concernait la célébration de la fête de Pâques. Saint Colonib.ui. Scot d'origine, grand fondateur de monastères en Gaule, très attaché aux usages celtes, écrivit pour leur défense au pape Bonilace IV, une lettre vigoureuse, et même excessive de ton. Il semble y reprocher au pape ['esprit conciliant que le pontife venait de montrer à l'empereur Heraclius en vue de pacifier l'Église et de mettre lin aux troubles causés par les monophysites.

Boniface IV est honoré comme saint dans l'Église le 25 mai.

Jaffé, Regesta )<ontificum, t. i, p. 220; Duchesne, I.ilier pontificalis, 1. 1, p. 317; Acta et epistolse, dans Mansi, t. x, col. 501- 508, et P. L., t. i.xxx ; Paul Diacre, Hist. Longobardorum, iv, 30; Bède, Ilist. eccl. gentis Angl., u,4; Hunt, A history ofthe english Church from its foundation tothe Norman Conquest, 507-1000, Londres, 1901, p. 42; les ouvrages Indiqués pour Boniface II, de Gregorovius, 3' édit., t. n, p. 102, de Hefele, trad. Leclercq, t. m, p. 247, de Langen, p. 501.

il. Hemmer.

EONIFACE V

BONIFACE VIII

5. BONIFACE V. pape, successeur de Deusdedit, consacré le 23 décembre 619, mort en octobre 625.

Originaire de Naples, ce pontife pieux et généreux émit divers règlements relatifs aux testaments reçus par les notaires ecclésiastiques, au droit d'asile, aux attributions, trop larges à son gré, des acolytes. Il est surtout connu par ses soins pour l'Église d'Angleterre. Il écrivit à Mellitus, devenu archevêque de Cantorbéry, et approuva plus tard la translation de Justus, évèque de Rocbester, au siège de Cantorbéry, en lui adressant avec le pallium des encouragements au milieu de ses déboires.

La conversion d'.Edwine, roi de Northumbrie, pour le royaume duquel Justus consacra Paulin, premier évèque d'York, ouvrit de magnifiques perspectives au christianisme en Angleterre. Sur la foi de Bède, Boniface V passe pour l'auteur des lettres adressées à .lEdwine, à sa femme .Ethelburh, afin d'exhorter le roi à se convertir et à détruire les idoles. Jaffé, 2008, 2009. Ces lettres pourraient être d'Honorius, successeur de Boniface. En attribuant à Justus, devenu archevêque de Cantorbéry, les droits de métropolitain, Jaffé, 2007, Bonitace consacrait un état de choses qui était contraire à l'intention première de Grégoire le Grand, de faire de Londres la métropole de la province ecclésiastique du sud.

Jaffé, Regesta pontificum, t. i, p. 222; Duchesne, Liber pontiftcalis, t. I, p. 321 ; les lettres dans Mansi, t. x, col. 547-554, et P. L., t. lxxx; Bède, Hist. eccl. gent. Angl., h, 7; Hunt, A History of the english Clturch from its foundation to the Norman Conquest, Londres, 1901, p. 49, 56, 58; les ouvrages indiqués pour Boniface II de Grégorovius, t. Il, p. 122, de Langen, p. 506.

H. Hemmer.

G. BONIFACE VI, successeur de Formose, élu en 896 par un parti, d'une façon tumultueuse, malgré les sentences portées contre lui par Jean VIII, en raison de sa mauvaise vie, et le privant de ses dignités ecclésiastiques; il mourut au bout de 15 jours. Baronius estime qu'on peut à peine le compter au nombre des papes.

Jaffé, t. i, p. 439; Duchepne, Liber pontificalis, Paris, 1892, t. lt, p. 228; Langen, Geschichte der rœmischen Kirche, Bonn, 1892, p. 303.

H. Hemmer.

7. BONIFACE VII, intrus sur le saint-siège en 974, réinstallé en 984, mort en juillet 985.

Simple instrument de Crescentius, qui était fils de Théodora et frère du défunt Jean XIII, le diacre Boniface, dit Franco, devint le pape Boniface VII grâce à la révolution qui éclata dans Rome en juin 974, tandis que l'empereur Otton II était retenu en Allemagne. Benoit VI fut jeté en prison et y mourut étranglé (juillet 974). Au bout de six semaines, Boniface dut s'enfuir à l'approche de l'empereur. Il gagna Constantinople et y altendit neuf ans la mort d'Otton II, tandis que Benoît VII et Jean XIV se succédaient sur le siège de Rome. Quand Olton fut mort le 7 décembre 983, Boniface reparut à Rome, s'empara de Jean XIV (avril 984), qui périt de laim ou par le poison dans son cachot du château Saint- Ange. Il mourut subitement, peut-être assassiné, au bout de onze mois (été 985). Ses ennemis profanèrent son cadavre, qui fut traîné dans les rues de Rome.

Jaffé, Regesta pontificum, t. i, p. 485; Duchesne, Liber pontificalis, Paris, 1892, t. n, p. 257; Id., Les premiers temps de l'État pontifical, dans la Revue d'I/iit. et de litt. religieuses, t. 11(1897), p. 195; Watterich, Punlif. Rom. vitse, t. I, p. 66; Herimanni Augiens. ckronic, dans Monumenta Germanise. Scriptores, t. v, p. 116; les ouvrages indiquée pour Boniface II, de Grégorovius, 2- édit., t. m, p. 393, 406, de Hefele, 2' édit., t. IV, § 523; Langen, Geschichte der rœmischen Kirche, Bonn, 1892, p. 364, 369 ; W. Giesebrecht, Gesch. der deutschen Kaiserzeit, 4" édit., Brunswick, 1873, t. I, p. 588, 630; Floss, Die Papstivahl unter den Ottonen, Fribotirg, 1858, p. 42 ; Giesebrecht, Jahrbucher dm deutschen Reichs unter der Herrschaft Kaiser Otto 11, Exe. VIII, p. 141.

H. Hemmer.

8. BONIFACE VIII, pape, successeur de CélestinV, élu le 24 décembre 1294, consacré et couronné le 23 janvier 1295, mort le 11 octobre 1303. — I. Actes du pontificat. II. Jugement. III. La bulle Unam sanctam.

I. Actes du pontificat. — Boniface était de la maison des Gaêtani, établie depuis longtemps à Anagni. Par sa mère, il parait se rattacher à la branche cadette des Conti ettenirainsiàla parenté d'Alexandre IV. Né à Anagni, très probablement vers 1234, comme semble l'avoir victorieusement établi M. Finke, il avait étudié à Todi, et pris le bonnet de docteur. Chanoine à Paris, bénéficier à Lyon et à Borne, il lit sa carrière comme avocat consistorial et notaire apostolique. Cardinal-diacre du titre de Saint- Nicolas in carcere Tulliano en 1281, sous Martin IV, puis cardinal-prètre du titre des Saints-Sylvestre-et-Martin sous Nicolas IV en 1291, il remplit diverses légations et exerça enfin une inlluence prépondérante à la fin du pontificat de Célestin V dont il recueillit l'héritage. Le conclave se tint au Castel Nuovo, à Naples, où le roi Charles II avait su retenir le pape Célestin. A peine élu, Boniface revint à Borne où il fut consacré et couronné le 23 janvier 1295.

Le règne de ce pontife marque dans l'histoire par l'effondrement du système politico-religieux que le moyen âge avait connu depuis Grégoire VII. Boniface avait assisté à la lutte menée par les papes contre la descendance des Hohenstaufen jusqu'à leur extermination. Il était pénétré des doctrines les plus absolues de ses prédécesseurs au sujet de la souveraineté et de la toute-puissance du saint-siège. La hauteur de son esprit, la fermeté de son caractère le prédisposaient à user du pouvoir qu'il s'attribuait. Il arrivait au trône avec les qualités un peu rigides d'un canoniste et d'un juriste éprouvé, mais sans avoir saisi les changements profonds qui s'étaient produits à la fin du xm0 siècle dans les dispositions des princes et des peuples.

La politique de son règne fut inspirée à Boniface par un double souci : il voulut assurer l'équilibre italien et par suite l'indépendance du saint-siège en travaillant au maintien de la dynastie angevine à Naples que les Vêpres siciliennes de 1282 et la crise ouverte par l'installation des Aragonais en Sicile avaient compromise; en second lieu il pensa préparer une revanche contre l'islam qui venait d'enlever aux chrétiens Saint-Jean d'Acre et ce qui leur restait en Terre-Sainte (1289) en établissant les Angevins en Sicile et en apaisant la guerre surgie entre la France et l'Angleterre alliée à l'Allemagne (1294); mais dès le début de son pontificat il éprouva des échecs qui auraient du l'instruire de sa faiblesse effective : il ne put réconcilier Gènes avec Venise, ni faire admettre sa médiation au moment de la paix (1295) ; même avec le secours de Charles II, roi de Naples, il ne réussit pas à empêcher la Sicile de se placer sous le sceptre de Frédéric d'Aragon (1296; auquel il dut consentir plus tard la paix avec la possession de la Sicile (1302); ses premiers efforts en vue de procurer la paix entre Edouard Ier, roi d'Angleterre, et Philippe IV, roi de France, amenèrent un premier différend grave entre la papauté et les princes séculiers dans lequel Boniface dut céder. Philippe le Bel, pour soutenir la guerre, avait fait voter des subsides par les clercs, en 1294 et 1296. Des membres du clergé, notamment l'ordre de Citeaux, s'en étaient plaints à Rome. Par la décrétale Clericis laicos, 24 février 1296, Boniface défendit, sous peine d'excommunication, au roi, de demander ou de recevoir, au clergé de payer des taxes extraordinaires sans la permission du pape. En promulguant à nouveau, avec un peu de raideur sans doute, cette ancienne doctrine, le pape ne croyait pas faire injure aux rois; il continua d'écrire amicalement à Philippe. Mais en Angleterre, Edouard procéda contre les prélats récalcitrants, bien que dans la suite il ait dû admettre qu'aucun nouvel impôt ne fut exigé des trois États sans leur consente-

BONIFACE VIII

ment (1297); en Franco, Philippe fit délibérer sur la bulle une assemblée du clergé et interdit par ordonnance de transporter l'or et l'argent hors du royaume. 11 tarissait ainsi les ressources que Rome tirait du clergé de France. Tout en adressant encore au roi de vils reproches dans la lettre Ineffabilis amor (20 septembre 1296), le pape annonçait cependant des explications verbales d'un légat qui adouciraient ses défenses. La polémique n'en continuait pas moins : dans la hautaine déclaration : « Avant qu'il y eût un clergé, le roi de France avait la garde de son royaume, » qui fut composée mais non envoyée à Rome et dans d'autres pièces du temps, on voit énoncés les deux principes de l'indépendance complète de la couronne dans les affaires temporelles et du devoir pour le clergé, membre de l'Etat, de payer l'impôt. Si Boniface céda peu à peu tout le terrain, ce fut sans aucun doute à cause des difficultés très graves qu'il rencontrait en Italie dans sa lutte contie Frédéric de Sicile et des menaces de schisme que la famille des Colonna et la révolte des fraticelles donnaient lieu de craindre.

La maison des Colonna paraissait trop puissante à Boniface qui la tenait à l'écartdepuis le commencement de son règne. Les cardinaux Jacques et Pierre Colonna, ses chefs ecclésiastiques, virent se grouper autour d'eux tous les adversaires naturels du pape : les partisans de la maison d'Aragon en Sicile, surtout les fraticelles, héritiers des franciscains spirituels qui depuis trente ans luttaient contre la papauté pour faire prévaloir la pure doctrine de saint François et toutes les théories exagérées qu'ils couvraient de ce nom au sujet de la pauvreté absolue. Célestin V avait sympathiséavec ces exaltés qu'il avait réunis à sa propre congrégation d'ermites. Son successeur avait annulé l'union des spirituels avec les célestins. Pourchassés, errants dans les montagnes de l'Italie méridionale et jusqu'en Grèce, ils répandaient des bruits fâcheux sur l'abdication «contrainte» du pape Célestin, sur la nullité de l'élection qui l'avait suivie, sur le rôle suspect de Boniface dans la réclusion dernière et même dans la mort de son prédécesseur. Jacopone di Todi donnait, par ses poésies, un souffle, des ailes à ces griels ; ses pamphlets rirnés contre « le brigand Boniface » le firent enfermer dans une rigoureuse prison pour toute la durée du pontificat, et lui attirèrent une réputation de poète martyr. Boniface priva Jacques et Pierre Colonna de leurs dignités (10 mai 1297). L'oncle et le neveu se jetèrent alors dans l'insurrection ouverte, alléguant les fraudes qui entachaient l'élection de Boniface et invitant les fidèles à lui refuser obéissance jusqu'au prochain concile général. La guerre, la triste « croisade » qui s'ensuivit se termina par la soumission des Colonna dont les forteresses furent rasées. Palestrine, la dernière de leurs places et la plus puissante, fut détruite de fond en comble à la seule exception de l'église cathédrale. Le pape notifia cette vengeance à la chrétienté. Sur les ruines de la ville, il avait fait « passer la charrue et semer du sel comme jadis les Romains avaient fait pour Cartilage » (12 juin 1299). Les Colonna échappés de leurs prisons, accusant Boniface d'avoir manqué à sa parole de les réintégrer dans leurs honneurs, allèrent grossir dans la Haute-Italie, en Sicile et en France le nombre des ennemis du pape.

Toutes ces difficultés intérieures amenèrent Boniface à user de complaisance envers Philippe le Bel : il tempéra l'application de la bulle Clericis laicos en autorisant le clergé' à faire dis dons volontaires au roi sans la permission du pape (Roniana mater, 7 février 1297), il accorda les levées d'argent consenties par le clergé de France (28 février); il permil au roi «le décider des cis de nécessité où pour lever des taxes il pourrait se dispenserde consulter le pape i Etsi de statu, 31 juillet 1297). Même après ces concessions, Philippe ( tinua de récuser l'intervention par \oir d'autorité du pontife dans

ses affaires. Quand il accepta l'arbitrage du pape en 1298, pour conclure la paix avec l'Angleterre, il spécifia que l'office d'arbitre serait rempli par Benoît Gaëtani comme personne privée, non par Boniface VIII en tant que pape. Sous l'inlluence des mêmes embarras en Italie, le pape essaya de consolider sa situation en refusant d'abord de reconnaître Albert de Habsbourg qui venait de renverser' et de tuer le roi de l'Allemagne, Adolphe de Nassau (1298), puis en essayant d'obtenir de lui la cession de Florence pour prix de cette reconnaissance.

Le jubilé de 1300 marque l'heure la plus glorieuse du pontificat et celle des décisions les plus graves pour l'avenir : les victoires des Tartares sur les musulmans (décembre 1299) avaient rouvert la perspective d'une conquête de la Terre-Sainte; les plaintes des Flamands avaient persuadé Boniface que l'arbitrage de 1298 avait été mis abusivement à profit par Philippe le Bel ; le succès du jubilé qu'il avait décrété, l'influence de la papauté que révélait le concours de deux cent mille pèlerins aux tombeaux des apôtres, déterminèrent le pape à essayer de regagner le terrain que les circonstances lui avaient fait perdre, et de briser les résistances que rencontreraient ses projets sur Florence. Il revendique par la bouche de son homme de confiance, le cardinal d'Aquasparta, les droits les plus étendus. Dans un sermon du jubilé, le cardinal soutient en présence de Boniface « que le pape seul a la souveraineté spirituelle et temporelle sur tous les hommes, en place de Dieu ». L'année suivante, à l'occasion de l'élection du roi de Hongrie, Boniface écrira : « Le pontife romain, établi par Dieu au-dessus des rojs et des royaumes, dans l'Eglise militante est le chef suprême de la hiérarchie: il a le prineipat sur tous les mortels; assis sur le trône du jugement, il prononce ses sentences avec tranquillité et de son regard il dissipe tout mal. » Il est vrai qu'en Danemark le roi Éric VIII ne cédait que lentement et à demi dans une lutte de plusieurs années au sujet de l'emprisonnement injuste de Grand, archevêque de Lund(129ô- 1302); qu'en Hongrie, le candidat du pape ne put obtenir le trône au détriment de Ladislas V, fils du roi de Bohême (1301); qu'en Pologne, Wenceslas conserva et transmit la couronne à son fils malgré le pape; mais ces défaites, très sensibles si l'on cjnsiileiv que la Hongrie et la Pologne passaient pour des fiefs du pontife romain, n'étaient pourtant que îles épisodes lointains sans rapport immédiat avec le nœud central de la lutte.

Celle-ci ne pouvait manquer de renaître entre le pape et le roi de France que séparait une dissidence absolue de principes, et chacun d'eux poussant ses conclusions à l'extrême, la querelle devait se terminer par la défaite mortelle de l'un ou de l'autre. Le pape accentuait chaque jour vis-à-vis du roi de France ses réclamations au sujet des atteintes nombreuses portées aux immunités ecclésiastiques, notamment à Maguelonne, Cambrai et Narbonne. Divers incidents, en particulier le rapprochement de Philippe le Bel avec Albert d'Autriche et le refuge trouvé par Etienne Colonna en France lui ayant inspiré des soupçons sur les arrière- pensées du roi.il se résolut à l'action. L'incident qui détermina le revirement décisif dans la politique de Boniface fut l'arrestation de Bernard Saisset, que Boniface aimait, qu'il avait même nommée l'évéchéde Pamiers. Bernard était connu pour son hostilité et des propos agressifs contre le roi; mais l'enquête ne démontra aucun des crimes graves dont le chargeai! le mémoire adressé à Borne pour obtenir son jugement. Boniface informé' ordonna au roi de relâcher Bernard Saissii afin qu'il vint se justifier à Rome et il révoqua les concessions qu'il avait faites au roi touchant la levée des subsides ecclésiastiques ('!■ décembre 1301, bulle Salvator mundi). En même temps la bulle Ausculta /ili (5 décembre 1301) énonçait la théorie de la suprématie du pape sur les rois et les royaumes, de sa mission qui est « d'édifier,

BONIFACE VIII

planter, arracher, détruire »; elle récapitulait tous les griefs du pape et des sujets français à propos du mauvais gouvernement du roi, attaquait les ministres « de l'idole Bel », invitait enfin le roi à venir en personne ou à se faire représenter au prochain synode de Rome afin d'y « entendre ce que Dieu proférera par notre bouche ». La bulle Ante promotionem, à la même date, convoquait les prélats, chapitres, docteurs en théologie à Rome pour le 1er novembre 1302, en vue de procéder arec eux « à la correction du roi et au bon gouvernement de la France ».

La bulle Ausculta fili ne fut pas brûlée solennellement, mais il semble certain qu'elle fut jetée au feu devant le roi, probablement par le comte d'Artois, ce qui permit de soutenir la version d'un accident. Les conseillers du roi prirent soin de ne pas laisser circuler un texte qui énumérait tous les sujets de plainte imaginables des Français; ils résumèrent le sens général de la bulle, non très exactement, en quelques lignes sèches dont les plus importantes sont les deux premières : Scire te volumus quod in spiritualibus et in temporalibus nobis subes. Une grossière réponse, également très courte : Sciai maxinia tua fatuitas, qui se lit dans un registre du Trésor des chartes, a probablement circulé en France mais n'a pas été envoyée au pape. La prétendue bulle passa pour authentique et servit à remuer la fibre patriotique chez les Français des trois ordres, réunis par Philippe le Bel, à Notre-Dame de Paris, le 10 avril 1302. Un discours habile et mesuré de Pierre Flote invoquant « conseil et aide » des Etats contre les ennemis du royaume fit une impression profonde. La cause du roi devint vraiment une cause nationale. La noblesse et le Tiers État adressèrent leurs réponses au collège des cardinaux. Celle de la noblesse relevait avec hauteur l'indépendance de la couronne de France, la collation de bénéfices faite par le pape à des étrangers, et contenait des allusions blessantes qui semblaient mettre en doute la légitimité de Boniface VIII. Le clergé enveloppa de réserves l'expression de ses sentiments, mais son mémoire est au lond favorable au roi. Philippe le Bel interdit ensuite à ses sujets sous des peines rigoureuses de se rendre à l'étranger ou d'y transporter l'argent du royaume. Il tombait ainsi sous l'excommunication traditionnelle contre ceux qui empêchaient les communications avec le saint-siège. Les réponses du pape aux délégués des trois ordres, envoyés à Rome par le roi, lurent extrêmement vives pour les évêques auxquels il enjoignit d'assister au concile et pour le roi menacé d'une déposition s'il ne venait pas à résipiscence. La défaite de Courtrai (11 juillet 1302), qui causa la mort de Pierre Flote, engagea Philippe le Bel à négocier. Il accrédita, non plus auprès des cardinaux mais auprès du pape, des ambassadeurs pour demander un sursis à la venue des évêques à Borne. Il se relâcha de la surveillance des frontières de façon qu'une quarantaine de prélats, dont trois au moins appartenaient au domaine direct de la couronne et devaient surveiller leurs collègues, pussent se trouver à Rome pour la Toussaint et assister au synode où fut publiée la bulle Unam sanctam qui affirmait la juridiction dû pape sur toutes les créatures.

Le synode n'entreprit pas d'examiner l'état et le gouvernement du royaume; le pape fit aux ambassadeurs du roi la concession d'envoyer en France un légat pour traiter de leurs litiges. Son choix tomba sur le cardinal Lemoine que son origine française recommandait à l'agrément du roi. Philippe le Bel fit un accueil gracieux au légat et dans les Besponsiones adressées à Bonilace il consentit à discuter respectueusement les griefs du pape (janvier 1303). Le roi cherchait seulement à gagner du temps pour ses préparatifs contre le pape. Bonilace VIII ne s'y méprit pas, car Philippe n'avait pas voulu lever l'interdiction des communica-

tions avec Rome; il invita en conséquence le légat (13 avril 1303) à obtenir des réponses plus satisfaisantes « sous peine de châtiments temporels et spirituels » et à déclarer que le roi avait encouru l'excommunication portée par les canons. En même temps il reconnaissait solennellement Albert de Habsbourg pour le détacher de l'alliance du roi et tâchait do s'en faire un instrument contre la France (30 mai 1303).

Philippe le Bel n'avait pas attendu ces extrémités pour reprendre la lutte. Tandis qu'il amusait la cour romaine par ses réponses, il donnait à Guillaume Nogaret la commission nécessaire à son expédition en Italie. Nogaret connaissait l'état de l'Italie par les Colonna et décida de tenter un hardi coup de main pour s'emparer du pape et le faire juger et déposer par un concile. Maître dans l'art d'inventer des crimes et d'étayer une enquête par des dépositions, il présenta, le 12 mars 1303, à une assemblée tenue au Louvre une requête tendant à obtenir la mise en jugement du pape, l'organisation d'un gouvernement ecclésiastique provisoire et l'intervention du roi. Philippe ne comptait sans doute pas rendre publique la requête de Nogaret, mais l'arrivée des lettres pontificales du 13 avril et surtout les efforts diplomatiques de Boniface en Allemagne décidèrent le roi à publier l'appel au concile dans les assemblées du Louvre (13 et 14 juin 1303) et à provoquer des adhésions dans toute la France.

A l'annonce de ces événements Boniface, très ému, publia, le 15 août, la lettre Nuper ad audientiam où il résumait tous ses griefs contre le roi et laissait prévoir la sentence qu'il se préparait à porter contre lui. La sentence fut formulée dans la bulle Super Pétri solio qui devait être promulguée le 8 septembre : elle déclarait que le roi avait encouru l'excommunication, que ses sujets, déliés du serment de fidélité, ne devaient plus lui obéir, mais elle ne prononçait pas la déposition en propres termes. Pendant ce temps Guillaume de Nogaret s'abouchait en Italie avec de nombreux ennemis du pape et recrutait une bande de près de1 2 000 hommes avec laquelle il envahit la petite ville d'Anagni le 7 septembre de grand matin. Le palais des Gaëtani fut cerné et pris; la cave, la caisse pontificale mises à sac. Le château où Boniface attendait ses agresseurs fut bientôt abandonné. Son neveu, le cardinal François, s'enfuit déguisé en valet. Sciarra Colonna pénétra le premier avec ses hommes auprès du pape qu'ils accablèrent d'injures; mais les témoignages du temps ne confirment pas la tradition du soufflet que Sciarra aurait donné au pape. Plus que ces outrages l'habileté procédurière de Nogaret dut faire souffrir le pape qui ne fut ni lié, ni emprisonné, mais gardé à vue, tandis que Nogaret lui exposait les crimes dont il était accusé, le procès qu'on allait lui intenter, et qui trouverait son épilogue devant un concile général.

Nogaret comptait sans les difficultés d'exécution. Ses propres partisans étaient stupéfaits de leur audace et deleur succès. La population rassurée comptait le petit nombre d'hommes qui avaient pénétré chez elle par surprise. Elle s'opposait à l'éloignement du pape. Le 9 septembre elle se souleva contre Sciarra Colonna et Nogaret qui durent se réfugier à Ferentino. Les Romains avertis avaient dépêché quatre cents cavaliers qui emmenèrent le pape à Rome. Il n'est pas vrai que Boniface avant de quitter Anagni ait reconnu ses crimes ni qu'il ait pardonné l'attentat à ses auteurs. De retour à Borne il végéta encore un mois et mourut le 11 octobre 1303.

Boniface VIII a peu écrit, en dehors de ses actes pontificaux proprement dits : deux sermons à propos de la canonisation de saint Louis, les allocutions prononcées à l'occasion de la déposition des Colonna, la reconnaissance d'Albert d'Autriche nous ont été conservés. Il est aussi l'auteur du De regulis juris.

Il fit réunir ses décrétales avec celles de ses piédé-

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cessours rendues depuis l'année 1234 et elles forment le Liber sextus Decretalium publié le 3 mars 1299 et inséré dans le Corpus du droit canonique.

Dans l'intervalle de ses deux différends avec Philippe le Bel il canonisa le roi de France saint Louis, le 11 août 1297. En 1300, il institua le jubilé.

Le pape Boniface prit une série de mesures pour mettre la paix entre les séculiers et les réguliers; mais ses dispositions (cf. bulle Super cathedrar») furent supprimées par Benoit XI, pour être ensuite remaniées par Clétnent V au concile de Vienne. Les réguliers reçurent licence de prêcher dans leurs églises et dans les rues, mais non aux heures des prédications paroissiales. Ils ne devaient prêcher dans les paroisses que de l'aveu des curés et confesser dans les diocèses du consentement de l'évèque ; le pape cependant prévient l'abus du pouvoir épiscopal qui consisterait à refuser en bloc les pouvoirs de coniesser à tous les religieux d'un ordre indistinctement.

lioniface VIII annula l'union prononcée par son prédécesseur entre les spirituels et les ermites célestins, condamna les fraticelles, remplaça les chanoines réguliers de Latran par des chanoines séculiers plus faciles à recruter, dit le pape, dans les conditions convenables de capacité.

IL Jugement. — La physionomie de Boniface VIII est extrêmement complexe. Les accusations dirigées contre lui par Nogaret : hérésie, simonie, inceste, manquent de tout fondement. Les accusations portées par les Colonna ont davantage une apparence de vérité : il est vrai que Benoit Gaëtani a vraisembablement conseillé l'abdication à Célestin V qui ne joignait à ses intentions très saintes ni l'expérience des allaires ni la capacité de gouverner. Après l'abdication de Célestin, il dut s'assurer de la personne du pauvre religieux et lui faire agréer sa réclusion, pour l'empêcher de devenir aux mains des fanatiques et des intrigants une cause de troubles et peut-être de schisme. Il assuma ainsi aux yeux des contemporains le rôle compromettant d'un geôlier ; mais le jugement de la postérité doit le lui compter comme un acte de sagesse et de prudence. Benoit Gaètani a probablement prévu qu'il recueillerait la succession de Célestin; le conseil qu'il lui a donné d'abdiquer n'en était pas moins excellent, motivé par les actes du pontile, impérieusement commandé peut-être par la conscience du bon canoniste qui le donnait. Eût-il eu l'ambition du pontilicat, on ne serait en droit de la lui reprocher comme un crime que si elle lui avait fait commettre des actes indignes dont il laudrait apporter des preuves plus solides que les poésies enflammées d'un Jacopone, ou les éloquentes invectives d'un Dante. Ce ne fut pas l'ingratitude mais la nécessité du gouvernement qui lit prononcer à lîoniface l'annulation des grâces et faveurs octroyées sans discernement par son prédécesseur. En votant pour lîoniface dans le conclave, les cardinaux Colonna ont d'avance mis à néant les griefs que leur maison devait alléguer un jour contre lui.

L'on ne peut nier que Boniface VIII n'ait disposé très librement des sommes levées en vue de certains emplois, enfin qu'il n'ait travaillé à enrichir la famille des Gaëtani; mais ce dernier grief ne doit pas être jugé trop sévèrement à une époque où l'État pontifical, échappant a ['étreinte de l'Empire, devenait aisément la proie des familles romaines trop puissantes. Le népotisme offrait aux papes ('lus l'équivalent de la sécurité dynastique dans un État héréditaire; mais on conçoit qu'eu pareille matière l'excès est bien pies de l'usage.

Enfin dans ses luttes politiques les intentions du pape Boniface étaient nobles el élevées : il n'avait point contre la France l'hostilité de parti pris que dépeignent certains historiens; avant son élévation au trône les cardinaux lavaient surnommé le Français — Gallicus — à cause de -■> prédilection pour le pays qu'il avait habité dans ta jeunesse; il eut une grande confiance en Charles de

Valois, le propre frère du roi, qui, en Italie, fut jusqu'au bout son allié et presque son instrument; il s'efforça sincèrement de pacifier l'Europe que la politique des rois de Erance et d'Angleterre tenait en haleine, tant pour l'amour de la paix, que par désir de tourner les armes des chrétiens contre les infidèles. D'ailleurs, pour un pape du moyen âge, le mauvais gouvernement de Philippe le Bel offrait toutes les raisons possibles d'intervention : non seulement il réclamait l'impôt des clercs, mais il les pressurait aussi bien que tous ses sujets : il étendit indûment le droit de régale sous le nom de « sauvegarde royale » à toutes les prélatures vacantes et profitait des vacances pour amoindrir les biens d'Église et les mettre au pillage; il abusait de l'induit pontifical qui lui accordait à l'occasion des vacances une année des revenus des doyennés, archidiaconés el autres prébendes; enfin le refuge accordé aux Colonna était une injure directe à la personne du pape.

Ce que l'on peut reprocher à la mémoire de Boniface, c'est une humeur un peu altière, un sans-gêne dans l'intervention, une vivacité de premier mouvement qui le forçait ensuite à des retours en arrière, à des atténuations et à des explications qu'il eût mieux valu donner du premier coup ou même rendre tout à fait inutiles; c'est ainsi qu'en septembre 1293 il créa l'évêché de Pamiers aux dépens de celui de Toulouse sans consulter le roi et y nomma Bernard Saisset, dont la personne déplaisait particulièrement au roi; c'est ainsi qu'après les bulles Clcricis laicos et Ausculta fili, le pape dut apporter bien des tempéraments aux affirmations trop générales de ses bulles. Ce n'est qu'après l'éclat de la bulle Ausculta fili, qu'il déclara ne revendiquer une certaine suprématie temporelle qu'en raison du péché, ratione peccati, non rationc dominii.

Ce que l'on peut surtout discuter dans la politique de Boniface VIII, ce ne sont pas les qualités morales du pape, mais le principe général qui l'inspire aussi bien que ses prédécesseurs. Il était utile aux peuples de voir un pouvoir spirituel, une grande force morale intervenir pour défendre des sujets opprimés ou des Églises asservies ; mais c'est une voie où il est difficile de s'arrêter; les efforts des papes vont, sinon à les placer expressément au sommet de la hiérarchie féodale, tout au moins à les iaire juges de la plupart des conllits naissant entre les princes et les nations de la chrétienté ; mais une suzeraineté que ne soutenait point une force territoriale suffisante était trop souvent illusoire comme l'avait montré la décadence des Carolingiens en Erance ; l'intervention par voie d'autorité dans les allaires des princes risquait de déchaîner les guerres aussi bien que de les prévenir; le conflit que Boniface chercha à susciter entre Albert d'Autriche et Philippe le Bel en est une preuve; l'emploi des armes spirituelles dans des luttes armées où le souverain pontife pouvait être suspecté de défendre des intérêts temporels, discréditait les excommunications, les interdits qui s'étaient multipliés outre mesure; leurs guerres avaient contraint les papes de lever des subsides avec une rigueur et une fréquence qui ajoutaient à la misère des Eglises et des peuples. A la fin du XIIIe siècle surtout, deux grands laits tendent à stériliser les interventions pontificales : c'est d'abord le prestige grandissant des rois qui prédominent sur la féodalité ci tendent au pouvoir absolu ; c'est ensuite la constitution des nationalités à l'abri du pouvoir royal. Si les papes ont pu vaincre en Allemagne les Eiohenstaufen, c'est que depuis près d'un siècle ils avaient l'appui de la France et de son roi. La faute politique de lioniface VIII fui d'entrer en lutte avec la France, où la formation de la nationalité' était le plus avancée, avec le roi qui disposait de la puissance continentale la plus réelle, sans avoir aucune alliance en Europe capable de lui offrir un soutien, au moment OÙ les armes spirituelles avaient de moins en moins de crédit. La force de caractère du pape

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ne put suppléer les lacunes de son esprit politique, mais elle donna aux derniers jours de son pontificat, durant les scènes tragiques d'Anagni, un caractère de' grandeur que n'avaient pas eu les débuts du destructeur de Palestrine.

Le pouvoir pontifical, suivant la conception du moyen âge, ne disparut pas tout d'un coup de la scène politique. Au xiv siècle, il soutint encore une lutte prolongée contre Louis de Bavière, mais avec l'appui de la France. 11 était pourtant trappe dans son principe; c'est ce que proclament les absolutions trop facilement données par les successeurs de Boniface, Benoit XI et Clément V, aux auteurs de l'attentat, à la seule exception de Nog'aret, choisi comme bouc émissaire. La défaite de Boniface eut son contrecoup aux xiv« et xv« siècles jusque sur le pouvoir spirituel lui-même dans les controverses du gallicanisme.

III. La bulle Unamsanctam.— EHe n'estpoint donnée dans YEnchiridion de Denzinger. Comme ce morceau capital a été passionnément discuté et souvent invoquédans les controverses sur le pouvoir des papes, notamment dans les phases aiguës du gallicanisme et du culturkampf, vers 1682 et après 1870, il ne sera pas inutile d en rappeler ici le texte. La traduction française que nous en donnons précise un peu certaines expressions vagues et abstraites du texte latin, et contient ainsi par endroits un élément de commentaire. La bulle débute par un développement enrichi de comparaisons bibliques pour affirmer l'unité de l'Église qui n'a qu'un chef en la personne de Jésus-Christ, à qui Pierre et les papes ont succédé comme chefs visibles. La métaphore des deux glaives amène ensuite le passage important •

In hac ejusque potestate duos esse gladios, spiritualem videlicet et temporalem, evangelicis dictis instruimur. Nam dicentibus apostolis : Ecce gladii duo hic, in Ecclesia scilicet, cum apostoli loquerentur, non respondit Dominus, nimis esse, sed satis. Certe qui in potestate Pétri temporalem gladium esse negat, maie verbum attendit Domini proferentis : Couverte gladium tuum in vaginam.

Uterque ergo (est) in potestate Ecclesiœ, spiritualis scilicetgladius et materialis, sed is quidem pro Ecclesia, ille vero ab Ecclesia exercendus, ille sacerdotis, is manu regum et militum, sed ad nutum et patientiam sacerdotis. Oportet autem gladium esse sub gladio et temporalem auctoritatem spirituali subjici potestati. Nam cum dicat apostolus : Non est potestas nisi a Deo, quse autan sunt, a Deo ordinata sunt; non ordinata essent, nisi gladius esset sub gladio et tanquam iriferior reduceretui' per alium in suprema. Nam-secundum beatum Dionysium lex divinitatis est, inflma per média insuprema reduci. Non ergo secundum «rdinem universi omnia aeque ac immédiate, sed intima per média, inferiora per superiora ad ordinem reducuntur. Spiritualem autem et dignitate et nobilitate terrenam quamlibet praecellere potestatem oportet tanto clarius nos fateri, quanto spiritualia temporalia antecellunt. Quod etiam ex decimarum datione et benedictione et sanctificatione ex ipsius potestatis

L'Evangile nous apprend qu'il y a dans l'Église et dans la puissance de l'Église deux glaives, le spirituel et le temporel. Quand les apôtres ont dit : Il y a deux glaives ici,

— ici, c'est-à-dire dans l'Église,

— le Seigneur n'a pas répondu : C'est trop, mais : Ces assez. Certes celui qui nie que le glaive temporel soit en la puissance de Pierre, méconnaît la parole du Seigneur disant : Remets ton épêe au fourreau. Donc l'un et l'autre glaives sont dans la puissance de l'Église, le spirituel et le temporel; mais celui-ci doit être tiré pour l'Église, celui-là par l'Église, l'un par la main du prêtre, l'autre par la main des rois et des soldats, mais du consentement et au gré du prêtre. Cependant il faut que le glaive soit subordonné au glaive, l'autorité temporelle à la puissance spirituelle, car l'Apôtre dit : /; n'y a pas de puissance qui ne vienne de Dieu, mais ce qui est, est ordonné par Dieu ; or, cet ordre n'existerait pas, si l'un des deux glaives n'était subordonné

à l'autre, et en tant que son inférieur rattaché par lui à la catégorie suprême, car selon saint Denys : La loi de la divinité est que les choses inférieures soient rattachées aux supérieures par les intermédiaires. Il n'est donc pas conforme à l'harmonie de l'univers que toutes choses soient ramenées à l'ordre de façon parallèle et immédiate, mais seulement les plus intimes par des

acceptione, ex ipsarum rcrum gubernatione claris oculis intuemur. Nam veritate testante spiritualis potestas terrenam potestatem instituere habet et judicare, si bona non fuerit.

Sic de Ecclesia et ecclesiastica potestate verificatur vaticinium Jeremiae prophetas : Ecce constitui te hodic super génies et régna, etc., quœ sequuntur.

termes moyens, les inférieures par des termes supérieurs.

Que la puissance spirituelle l'emporte en dignité et en noblesse sur toute puissance temporelle, nous devons le reconnaître d'autant plus évidemment que les choses spirituelles l'emportent davantage sur les choses temporelles. Le paiement, la bénédiction et la sanctification des dirnes, la collation du pouvoir et la pratique même du gouvernement le font voir clairement à nos yeux. Car au témoignage de la vérité, il appartient à la puissance spirituelle d'instituer la temporelle et de la juger si elle n'est pas bonne. Ainsi se vérifie, touchant l'Eglise et la puissance ecclésiastique, l'oracle de .Térémie : Je vous ai établi aujourd'hui sur les nations et sur les royaumes, etc.

Si donc la puissance temporelle s'égare, elle sera jugée par la puissance spirituelle; si la puissance spirituelle s'égare, l'inférieure sera jugée par la supérieure, et si c'est la puissance suprême, par Dieu seul.

Elle ne pourra pas être jugée par l'homme, ainsi que l'atteste l'Apôtre : L'homme spirituel juge de tout et il n'est luimême jugé par personne. Or, cette autorité, bien que donnée' à un homme et exercée par un homme, n'est pas une autorité humaine, mais plutôt un pouvoir divin, conféré à Pierre de la bouche même de Dieu, la pierre affermie pour lui et pour ses successeurs dans le Christ qu'il avait confessé, lorsque le Seigneur dit à Pierre lui-même :

Tout ce que tu lieras, etc!

Ainsi, quiconque résiste à la puissance ordonnée de la sorte par Dieu, résiste à l'ordre de Dieu, à moins qu'il ne pense, à l'exemple de Manès, qu'il y a deux principes, ce que nous jugeons faux et hérétique. Car au témoignage de Moïse, ce n'est pas dans les principes, mais dans le principe, que Dieu a créé le ciel et la terre. En conséquence nous disons, déclarons et définissons que d'être soumis au pontife romain est pour toute créature humaine de nécessité de salut.

La bulle existe dans le Régeste de Boniface: l'existence n en doit pas être mise en doute. L'on ne saurait concevoir pourquoi cette bulle causerait aux théologiens plus d embarras que tant d'autres documents pontificaux ou des papes ont affirmé nettement leur souverain pouvoir en matière temporelle. Sans remonter à Grégoire VII ou à Innocent III, on citerait des textes analogues de papes comme Grégoire IX et Innocent IV Boniface était donc dans la vraie tradition des papes du XIII» siècle, qui eussent été surpris s'ils avaient pu prévoir que des apologistes modernes plaideraient en leur laveur les circonstances atténuantes au non, « du droit public » existant au moyen âge, alors qu'ils justifiaient leur action publique par des considérations sur l'essence même de leur pouvoir. Us eussent mieux compris les distinctions entre le pouvoir direct, le pouvoir indirect

Ergo si deviat f errena potestas, judicabitur a potestate spirituali ; sed si deviat spiritualis minor, a suo superiori; si vero suprema, a solo Deo, non ab homine poterit judicari; testante apostolo : Spiritualis homo judicat omnia, ipse autem a nemine judicatur.

Est autem haec auctoritas, etsi data sit homini, et exerceatur per hominem, non humana, sed potius divina potestas, ore divino Petro data, sibique suisque successoribus in ipso Christo, quem confessus fuit, petra firmata, dicente Domino ipsi Petro : Quodcumque ligaveris, etc. Quicumque igitur huic potestati a Deo sic ordinatae résistif, Dei ordinatione resistit, nisi duo, sicut Manichaïus, fingat esse principia, quod falsum et hœreticum esse judicamus. Quia testante Moyse, non in principiis, sed in principio cxlum Deus creavit et terram. Porro subesse romano pontifici omni humanœ creaturse declaramus, diciiiius et definimus, omnino esse de necessitate salutis.

BONIFACE VIII

et le pouvoir directif, si elles ont été inventées après coup par des hommes qui ne comprenaient plus le moyen Age et l'état d'esprit qui prévalait alors, elles répondent cependant à la préoccupation de certains papes de marquer que les princes sont soumis à leur autorité en raison du péché dont ils doivent être déliés, après jugement, comme tous les autres fidèles. Mais nombre de textes pontilicaux ne comportent même point cette distinction. Pendant deux siècles, de Grégoire VII à Boniface VIII, la doctrine théocratique a régi la vie et la politique de l'Église; elle a été promulguée à maintes reprises par une série de papes, dans des encycliques destinées à l'Église universelle.

Quant à la bulle Unam sanctam en particulier, l'on a épilogue de bien des manières sur le sens précis de ses termes. Une des laçons les plus sûres de l'atteindre est de rapprocher le texte avec les sources dont Bonilace VIII s'est inspiré et dont il s'est approprié les considérations. La métaphore des deux glaives employée par Geoffroy de Vendôme, évêque entre les années 1091 et 1 1 15, a été reprise par saint Bernard dans le De consideratione, 1. IV, c. m, P. L., t. clxxxii, col. 776, d'où elle a passé dans toute la littérature ecclésiastique pour } devenir un lieu commun sur l'appartenance des deux pouvoirs à l'Église.

Un passage de la bulle Unam sanclam mérite une attention particulière. Un voici le texte : Nam veritate testante spiritualis potestas terrenam potestatem instituere habet, et judicare, si bona non fuerit. Certains esprits ont paru choqués de voir le pape revendiquer le droit d'instituer le pouvoir temporel et se sont efforcés d'interpréter le mot instituere dans le sens d'instruire, informer, redresser, corriger, qui est un sens secondaire mais très légitime du mot latin. Mais tout le contexte de la bulle montre que le pape entend le mot dans le sens d'établir. La chose est mise hors de doute par la source de ce passage qui a pu être également emprunté à son premier auteur Hugues de Saint-Victor, De sacramenlis, 1. II, c. il, 4, P. L., t. clxxvi, col. 418, ou à Alexandre de Halès qui le répète, Sum. theol., IVa, q. x, m. v, a. 2 : Quanto vita s/iiritualis dignior est quant terrena et spiritus quam corpus^ tanlo spiritualis potestas terrenam sire ssecularem honore ac dignitate prsecedit. Nam spiritualis potestas terrenam potestatem et 1N- STIl'UERE habet UT SIX, et judicare habet si bona non fuerit.

Malgré la solennité de déclarations si souvent réitérées par les papes, les théologiens se sont donné plus tard une grande latitude d'interprétation, soit en raison des manifestations nouvelles des papes qui ont accentué l'indépendance du pouvoir temporel dans sa sphère d'action, soit en alléguant pour une multitude de lettres et d'encycliques pontificales l'absence d'expressions impliquant une volonté absolue de porter une définition. Ce ne sont pas seulement des gallicans comme Baillet qui ont atténué le sens de la bulle Unam sanction, mais Gosselin qui, d'accord avec Fénelon, l'a expliquée dans le sens du pouvoir directif, et divers théologiens ultramontains. C'est en effet la conclusion Porro subisse qui contient l'expresse volonté de définir et séparée du contexte elle s'accommode de bien des adoucissements.

Toutefois la conclusion dite dogmatique étant reliée à la bulle par la conjonction porro, doit être déterminée plus ou moins par les considérations qui la précédent et par la tradition qu'elle résume. Les interprétations les plus favorabb s à l'omnipotence pontificale semblent donc ici les plus exactes, les plus conformes à l'esprit

(les papes du XIII1' siècle. Si les théologiens adoptent légitimement des interprétations mitigées, dans le sens vague d'une subordination générale du pouvoir spirituel au temporel, ou même si, comme Martens, ils ne font porter la conclusion que sur le pouvoir spirituel, c'est un illustre exemple du départe l'aire dans les documents ponti-

ficaux entre la pensée personnelle des pontifes, ce que sous l'impression du moment, des circonstances et des applications contingentes, les fidèles et même les papes saisissent dans leur enseignement, et l'alluvion déiinitive dont s'enrichit le dépôt dogmatique.

Ni Benoit XI, ni Clément V n'ont rétracté les principes de la bulle Unam sanclam. Clément V a seulement déclaré que la situation de la France à l'égard du saintsiège demeurait ce qu'elle était auparavant.

I. Sources. — G. Digard, Faucon et Thomas, Les registres de Boniface VIII, Paris, 1884; Potthast, Regesta pontifleum, t. n, n.1923 sq. ; Acta sanctorum, martii t. îv; Posse, Anatecta Vatieana, Inspruck, 1878, p. 1G7 sq. ; Kaltenbrunner, Actenstùcke zur Geschichte des Deutschen Reichs unter Rudolf I und Albrecht I, Vienne, 1889; v. Pflugk-Harttung, lier Ilalicitm, Stuttgart, 1883; Dœllinger, Beitràge zur polit, kirchl. und Kultur Geschichte, Vienne, t. m, 1882, p. 347; les continuateurs de Baronius: Bzovius, Sponde et Raynaldi, Annales ecclesiastici, an. 1294-1303; Motinier, Inventaire du trésor du saintsiège sous Boniface VIII dans la Bill, de l'École des chartes, 1882, p. 277; 1884, p. 31; 1885, p. 1G; dans Muratori, Rerum italicarum scriptores : Historié florentine de G. Villani, t. xni, p. 348; Histor. eccles. de Ptolémée de Lucques, t. XI, p. 1202; Vitse pontifleum romanorum de Bernardus Guido, t. m a, p. 670; Historia rerum in ltalia gestarum, t. IX, p. 9G7; Chronicon de Franciscus Pippinus, t. îx, p. 735, peu sur. Clironica Urbevetana, 1291-1304, dans Himmelstern, Eine angebliche u. e. wirkl. Chronik v. Orvieto, Strasbourg, 1882; Martinus Oppaviensis, Continuatio Brabantina et continuationes Anglicœ, dans Pertz, t. xxiv, Processus super zelo quem habuit D. Philippus Francise rex in petendo convocari concilium super htrresi imposita D. Boni/acio VIII, dans Abhandlungen d. histor. Classe d. k. bayer. Académie, m, 3, Munich, 1843. L'Istoria florentina de Dino Corapagni, dont l'authenticité a été contestée à tort par Scheffer-Boichorst, Florentiner-Stinlien, Leipzig, 1874, p. 45; Die Chronik des Dino Compagni, Leipzig, 1875, est une source de premier ordre, surtout dans l'édition annotée qu'en a donnée del Lungo, 3 vol., Florence, 1879-1887. Dans Bouquet, Recueil des historiens des Gaules et de la France .' Gailelmus de Nangiaco, Chronicon, t. XX, p. 577; dans l'édition de Hamilton, Walteri de Heminghburgh, Chronicon de gestis rerum Angliœ, Londres, 1849, t. il, p. 39; Rishangeri chronica, édition de Riley, 1805; les pièces du trés< r des chartes de Fiance (J. 478-493, J. 9G8-909, J J. 29, etc.) sont publiées, du moins les plus intéressantes, dans l'ouvrage gallican de Pierre Dupuy, Histoire du différend entre le pope Boniface VIII et Philippe le Bel roi de France, Paris, 1GÔ5. Boutaric, Documents inédits sur Philippe le Bel, dans Notices et Extraits des manuscrits, t. xxii; G. Picot, Documents relatifs aux États-Généraux et assemblées sous Philippe le Bel, Paris. 1901. Divers textes publiés par Kervyn de Lettenhove, Recherches sur la part que l'ordre de Clteaux et le comte de Flandre prirent à la lutte de Boniface VIII et de Philippe le Bel, Bruxelles, 1853, reproduits dans Limburg-Stirum, Codex diplumalicus Flandrise, Bruges, 1879-1889, complétés dans différentes notes de Funck Brentano, Philippe le Bel et la Flandre, Paris. 1896. Des rapports très intéressants d'ambassadeurs aragonais ont été publiés avec une bonne introduction par Finke, A us den Tagen Bonifaz VIII, Munster, 1902; un autre d'un ambassadeur anglais l'a été dans English historical Review, 1902; sur les Colonna et les fraticelles il faut consulter les articles des P. Finie et Denille dans Archiv f. I.itteratur u. Kirchengeschiclite, t. n-ni; Rub;eus, Bonifacius VIII et fatnilia Gajetanorum, Rome, 1651; Dante, contre Boniface, Inf., XIX, 52; xxvn, 85; Constitutions et décrois de Bonilace dans le Corpus juris canonici ; Raynaldi, an. 1291-1303; Mansi, t. xxiv, col. 1131; t. xxv, col. 1-123; Hardouin, t. vu, col. 1171.

II. TRAVAUX. — L'ouvrage important de (!. Digard, un des éditeurs du Regeste de Boniface VIII, Philippe le Bel et le saintsiège, Paris (sous presse); A. Baillet, Histoire des déni

du pape Boniface VIII avec Philippe !>• Bel, Paris, 1 7 1 si (très hostile au pape); Planck, Histoire de lo constitution de la société ecclésiastique chrétienne, 1809, t, v. p. 12-154 (favorable); dom Tosti, Storia di Bonifacio Vlll e de' suoi tempi, 2 vol., Mont-l lassin, 1846 (très favorable au pape), trad franc, pai Warie- Duclos, 1854; Drumann, Geschichte Bonifatius Vlll. Ko berg, 1852 (hostile au pape); Edg. Boutaric, La France sous Philippe !'■ />'<■/, Paris. 1861 ; Victor Leclerc et Ernes! Renan, ///,■;taire littéraire de la France au ri v siècle, Paris, 1865; cf. une réimpression de Renan, Études sur la politique religieuse du

règne de Philippe le Bel, Pari--, 1899; Histoire littéraire de U:

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