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Ratiocinatio Dei exister.- Le raisonnement peut prou

tiam, animas spiritualitatem, ver avec certitude l'existence

liominis libertatem cum certi- de Dieu, la spiritualité de l'âme,

tudine probare potest. Fides la liberté de l'homme. La foi

posterior est revelatione, proin- est postérieure à la révélation,

deque ad probandum Dei exi- par conséquent elle ne peut

stentiam contra atheum, ad être convenablement alléguée

probandum anirnse rationalis pour prouver l'existence de

spiritualitatem ac libertatem Dieu contre un athée ni pour

contra naturalismi ac fatalismi prouver la spiritualité et la li-

sectatorem allegari convenien- berté de l'àme humaine contre

ter nequit. Propositio sub- un partisan du naturalisme ou

ïi-rinta a Bautaiuio, 8 sept. du fatalisme. Proposition sous-

iHW. crilc par Hautain, le 8 septembre 18U0.

Observons d'abord les divergences d'expression entre la proposition imposée à l'acceptation de l'abbé Bautain et la proposition souscrite par Bonnetty. La proposition de 1855 supprime I'épithète donum cxleste primitivement adjointe à fides et ajoute comme détermination de l'objet sur lequel peut porter la démonstration certaine de la raison, animée spiritualitatem, liominis libertatem. Voir col. 482; cf. cependant col. 483. Sur toute cette question, la doctrine antérieurement soutenue par Bonnetty peut se formuler ainsi : Puisque les vérités religieuses naturelles comme l'existence de Dieu et l'existence d'une autre vie, ne peuvent être certainement connues que par la foi qui adhère à la révélation divine, on doit conclure que la raison, laissée à ellemême, reste absolument incapable de fournir une démonstration certaine de ces vérités et ne peut que tomber dans l'erreur ou tout au plus former de simples hypothèses. Celte affirmation erronée est formellement rétractée par notre 2e proposition :

1" Ratiocinatio, signifiant l'acte même du raisonnement, exprime nettement la nature de la preuve que la raison peut atteindre. Aussi malgré le caractère gêné* rique du terme probare, la phrase entière ne peut s'entendre que d'une démonstration véritable basée sur un raisonnement proprement dit, en dehors de la seule autorité' du témoignage humain tant universel que particulier. On remarquera toutefois qu'aucun genre particulier de preuve n'est indiqué. Il suffit qu'une démonstration rationnelle soit maintenue.

2° Ce n'est point une question de fait, mais seulement une question de pouvoir, pour la nature humaine considérée en elle-même, et dans tout état où elle peut être placée. On ne veut donc point affirmer qu'en fait tous les hommes de tous les temps ont ainsi connu l'existence de Dieu, sans aucun mélange d'erreur grave atteignant le concept même du vrai Dieu un et créateur, et sans aucun emprunt à la révélation. On se borne à affirmer ce que l'homme, par les principes de sa propro raison et dans quelque état où il se trouve, peut réelle-

BONNETTY

ment connaître. C'est de cette même capacité absolue que parlera plus tard le concile du Vatican, sess. III. can. 1, De revelatione.

3° Cuni certitudine. — La démonstration rationnelle dont la possibilité vient d'être affirmée est donc une démonstration réellement inattaquable en bonne philosophie et qui défie toutes les attaques ou dénégations du criticisme subjectiviste, du positivisme et de l'agnosticisme ou les affirmations similaires des iidéistes et des traditionalistes, pour ce qui concerne la valeur de la seule raison humaine. Le concile du Vatican a adopté une expression presque identique, loc. cit.

4° L'objet sur lequel peut porter cette connaissance certaine de la raison est désigné nommément : l'existence de Dieu, la spiritualité de l'âme et la liberté de l'homme. Autant d'expressions qui ont dans le langage de l'Église un sens absolument déterminé et constant. L'existence de Dieu, c'est l'existence du Dieu un et véritable, créateur et maître de toutes choses. Aussi ces attributs ont-ils été formellement désignés par le concile du Vatican, sess. III, c. il, et can. 1, De revelatione, comme pouvant être certainement démontrés par la raison. Rien n'est nécessairement affirmé des autres attributs d'ailleurs évidemment compris dans l'infinie perfection divine. La spiritualité de l'âme humaine, d'après l'enseignement de l'Église, c'est non seulement sa distinction mais surtout son indépendance intrinsèque de la matière sous le rapport de l'existence et de l'action ; ce qui entraine son immortalité ou sa survivance constante dans une autre vie. Voir Ame, Sa spiritualité, t. i, col. 1021 sq.; Vacant, Études théologiques sur les constitutions du concile du Vatican, Paris, 1895, t. i, p. 234 sq.

La liberté de l'homme c'est, au sens des définitions de l'Église, la répudiation des erreurs fatalistes ou déterministes et l'affirmation de la responsabilité morale de l'homme dans la mesure absolument nécessaire pour l'existence et la sanction de l'obligation morale, dans quelque état que l'homme puisse se trouver. C'est ce qui résulte : 1. de la condamnation formelle de la proposition 36» de Luther le 16 mai 1520, des propositions 46e et 65e de Baius le 1er octobre 1567, de la proposition 38e de Quesnel le 8 septembre 1713, de la première des propositions réprouvées le 7 décembre 1690 par Alexandre VIII, de la proposition 3e de Jansénius, 31 mai 1653 ; 2. des définitions du concile de Trente, sess. VI, c. i, v, xi, et can: 4-6; 3. de l'enseignement de Léon XIII dans l'encyclique Libertas prœstanlissimum du 20 juin 1888.

5° Bonnetty ne se contentait point d'affirmer que la raison laissée à elle-même est incapable de démontrer les vérités de la religion naturelle. Il soutenait encore que ces vérités ne peuvent être établies que par l'autorité de la révélation. Aussi après avoir affirmé le pouvoir absolu que possède la raison de démontrer ces vérités, la deuxième proposition enseigne que la foi ne peut être convenablement alléguée comme preuve, soit de l'existence de Dieu contre les athées, soit de la spiritualité de l'âme et de la liberté humaine contre les partisans du naturalisme et du fatalisme. Celte assertion est appuyée sur la nature même de la foi. Acte de rationnelle et libre adhésion à la révélation divine, la foi suppose nécessairement l'existence préalable de cette révélation non seulement dans l'ordre objectif de la réalité, mais aussi dans l'ordre subjectif de notre connaissance. En d'autres termes, l'assentiment à la vérité révélée présuppose non seulement le fait de la révélation, mais encore une connaissance suffisamment certaine de ce fait, ainsi que des raisons spéculatives et pratiques d'adhérer à cette révélation et même des vérités religieuses nécessairement comprises dans les prœambula fidei. C'est surtout dans ce sens subjectif que doit ici s'entendre l'assertion : fides posterior est revelatione. Il est dés lors évident que cette connais-

sance des vérités naturelles préliminaires à l'acte de foi et ce jugement préalable sur le fait de la révélation et sur les motifs d'y adhérer ne peuvent, sans un cercle vicieux, provenir de la foi elle-même. Par conséquent la foi ne peut être invoquée comme moyen de démontrer les vérités religieuses naturelles contre ceux qui n'ont point encore adhéré à la révélation. D'ailleurs nous allons voir dans la 3e proposition que l'exercice de la raison doit précéder la foi, en fournissant les motifs spéculatifs et pratiques du jugement préalable de crédibilité.

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