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sa démission et « délivre ainsi le trône patriarcal de ses brigandages et de ses forfaitures ». Le métropolite de Belgrade, Ignace, est élu ensuite « comme le meilleur et le plus digne » et, moins de deux ans après, le 9 juillet 1695, neuf évêques le déclarent déchu « comme indigne, incapable, ignorant des règlements canoniques..., » etc. Zosimas, métropolite de Sisanion, vient après lui et inspire tant de sympathie que l'ex-patriarche Germain lui-même, qui n'avait jamais voulu consentir à sa déposition de 1691, renonce en faveur de celui-ci à tous ses droits; et pourtant, le 8 juin 1699, le synode dépose Zosimas « comme violateur du 10e canon de Chalcédoine, insolent envers ses frères, orgueilleux, despote... », etc. Raphaël de Crète le remplace et, malgré la lacune considérable qui existe à cet endroit dans la série des documents, nous savons que le calme fut loin de fleurir dans cette Église. En effet, de 1703 à 1708, nous rencontrons Ignace de Belgrade et Denys de Chio, qui se disputent le titre patriarcal. Méthode réussit à les éliminer tous les deux, mais pour quelques jours feulement, 28 mai-11 juin 1708, et le vieux Zosimas remonte sur le siège, 1708-1709. Il en est encore chassé par Denys de Chio, qui s'empare du pouvoir illégalement, en distribuant force pots de vin aux autorités turques et à ses confrères, et commet tant de forfaits que le synode « rougit de les énumérer » et l'expulse en 1714 pour lui substituer Philothée de Xaoussa « digne, pieux, capable..., » etc. Tant de qualités et tant de vertus n'empêchent pas ce dernier d'être déposé le 6 juillet 1718 par les évêques, qui avouent naïvement s'être trompés sur son compte. Et, à part le long pontiiicat de Joasaph. 1719-1745, la série des nominations et des dépositions se poursuit avec une monotonie peu édifiante, produisant à la longue, même sur les esprits les moins prévenus, une très fâcheuse impression.
A quelles causes attribuer ces revirements subits d'opinions de la part des synodiques et ces révolutions perpétuelles? A deux principales. Tout d'abord, c'est la mauvaise situation financière du patriarcat qui est responsable de cet état de choses. Il ne faut pas oublier, en effet, la manière dont les Turcs se conduisirent après leur victoire, convertissant les principales églises en mosquées, confisquant les biens ecclésiastiques ou les constituant terrain vaqonf. Or, malgré ces spoliations répétées qui réduisaient les chefs de l'Église ochridéenne à la pénurie la plus extrême, les Osrnanlis ne diminuèrent pas d'un centime les charges fiscales qu'ils faisaient peser sur eux. Ceux-ci devaient acquitter chaque année le kharadj ou taxe royale, qui se confondait avec les autres impôts : foncier, mobilier et personnel, et passait avant toutes les dettes. Cet impôt, qu'il fallait verser non seulement pour le siège patriarcal mais encore pour chaque diocèse, était d'autant plus onéreux qu'il n'avait rien de lixe. Chaque candidat à un siège vacant le faisait monter à son gré, pour être agréé des Turcs, et le tarif restait désormais celui-là, jusqu'à ce qu'il plût à un compétiteur de débouter son heureux rival en élevant les surenchères. Comme la déposition suivait toujours le non-acquittement intégral de la dette, les patriarches consacraient tous les ressorts de leur esprit à se procurer ce fabuleux capital. Dans ce but, ils taxaient, à leur tour, chaque évêque, qui é'tait tenu de fournir sa quotité. De là, des droits d'ordination que tout nouvel évéque devait verser à son entrée en charge, Pour augmenter leurs revenus, les patriarches livraient les éparchies ecclésiastiques aux plus oIIimiiN et s'ingéniaient même à multiplier les vacances de sièges. De leur côté, les évêques ne parvenaient à rentrer dans leurs débours qu'à force de vendre les charpes, d'aliéner les biens ecclésiastiques qui restaient encore, d'accorder à des taux élevés toutes sortes de ilispenses contraires aux prescriptions canoniques. Ce n'était plus (jue simonie et concussion à tous les de-
grés de l'échelle sociale. En dépit de ces difficultés toujours croissantes, à force de pressurer leurs ouailles et de quêter celles des pays russes, les pasteurs d'Ochrida seraient arrivés sans doute à équilibrer leur budget et à se maintenir en charge, s'ils n'avaient dû paver un second impôt, le miri, dont tout chef d'Église était redevable à la Sublime Porte pour en obtenir le firman d'investiture. Ce second impôt n'avait, lui non plus, rien de fixe, sinon qu'il pouvait augmenter indéfiniment. Et l'on devine tout de suite le merveilleux parti que les sultans surent tirer d'une arme aussi bien affilée. Dès qu'un patriarche avait cessé de plaire, on lui opposait un compétiteur, qui s'engageait à fournir double miri et qui, par cela seul, avait droit à occuper son siège. A peine celui-ci se voyait-il installé, qu'un autre intrigant de bas étage, un chevalier d'industrie quelconque, comme dit si bien M. Gelzer, s'employait à le renverser. Comme les Grecs, surtout les Phanariotes. étaient passés maîtres dans l'art de manier l'argent et les intrigues, ils réussirent, là comme ailleurs, à évincer les indigènes. Et ici nous touchons du doigt la seconde cause de la décadence de cette Église. On sait, en effet, ou l'on doit savoir que, au xvie et surtout aux xvne et xvme siècles, les Grecs du Phanar chassèrent les candidats indigènes à peu près de tous les sièges patriarcaux ou épiscopaux que comprenaient les diverses Églises orthodoxes de l'empire turc. Alexandrie, Antioche et Jérusalem perdirent à ce moment leurs titulaires locaux pour leur voir substituer des Moréotes, des Cretois, des insulaires quelconques, des Grecs venus chercher fortune de Constantinople ou de Smyrne. L'Église d'Ochrida ne pouvait, elle seule, échapper à l'invasion, bien que celle-ci n'eût absolument aucun motif de se produire, la situation du patriarcat gréco-bulgare dill'érant totalement de celle des autres Eglises. En effet, si cette immixtion des Phanariotes peut se comprendre à la rigueur dans les pays de langue arabe, d'où l'inlluence de la race et de la langue grecque était bannie depuis longtemps et que ces aventuriers parvinrent à y faire revivre, elle est inconcevable dans le patriarcat ochridéen, qui était entre les mains des Grecs, depuis la suppression de celui de Tirnovo, 1393. et dont tout le haut clergé était grec et parlait grec dans le courant du xvn« siècle. Sans doute, ces patriarches et ces évêques de l'Église d'Ochrida étaient moins hellènes qu'hellénisés, puisqu'ils appartenaient en majorité à des familles albanaises, roumaines ou bulgares du pays, et incarnaient en quelque sorte le sentiment national, mais il n'a jamais été défini, je pense, que l'orthodoxie est la propriété exclusive de la race grecque et que, seuls, les rejetons authentiques de cette nation sont appelés de par le sang et le mérite à obtenir toutes les hautes dignités. Sur ce point, les indigènes d'Ochrida ne pensaient pas différemment de nous et ils trouvaient étrange que des créatures du Phanar, chargées de dettes et parfois de crimes, vinssent leur soutirer le plus clair de leurs revenus. Mais ils eurent le malheur de se prêter eux-mêmes à cette immixtion, en recou rant, lors de ladéposition deThéophane, septembre 1676. a l'arbitrage du patriarche œcuménique. Celui-ci ne déclina pas, comme bien on pçnse, celte imitation et, dès lors, ce fut une lutte sans trêve et sans merci entre les candidats du parti national et ceux du parti phanariote.Le duel se poursuivit pendant pies de cent ans et ne se termina que par la défaite des Bulgares et la suppression du patriarcat ochridéen, janvier 1767. En vain, des hommes connue Grégoire, Germain de Vodéna, Ignace de Belgrade, Zosimas de Sisanion, soutinrent avec entrain l'honneur du drapeau et menèrent une Campagne énergique contre les candidats phanariotes; ceux-ci. avec l'appui des Turcs et du patriarcat œcuménique, prenaient de plus en plus pied chez eux; maîtres d'une partie des synodiqiu s, ils 1 étaient de la majorité,
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quand ils voulaient y mettre le prix. Gagnant sans cesse du terrain, ils savaient opposer aux champions du parti bulgare les héros de leur propre parti. Grégoire de Tirnovo, Raphaël le Cretois, Denys de Chio, Philothée de Naoussa ne le cédaient en rien comme intelligence et comme vigueur aux candidats ochridéens que nous venons de citer, et ils avaient sur eux, en fait de ressources pécuniaires et de machiavélisme, une supériorité incontestée. Certes ! ce n'était pas, comme on l'affirme souvent, afin de payer ses dettes que le Phanar poursuivait avec tant d'esprit de suite l'accaparement du patriarcat d'Ochrida. Les partisans des Bulgares, Jirecek, Geschichte der Bulgaren, p. 470, le soutiennent encore sans preuves à l'appui, tandis qu'il est démontré par les nombreuses quittances et feuilles de compte qu'a publiées M. Gelzer, que la métropole d'Ochrida et ses évéchés sufTragants rapportaient à cette époque plus de dettes que de revenus. Mais l'existence des patriarcats nationaux et indigènes était pour le Phanar « une épine dans l'œil » et c'était à l'arracher qu'il employait toutes ses énergies. La sujétion des orthodoxes de l'empire ottoman en Europe ne lui paraissait pas complète, tant qu'il restait ailleurs qu'à Constantinople la moindre parcelle d'autonomie ecclésiastique. Depuis la destruction de l'empire byzantin, 1453, toute sa politique religieuse consistait à faire rentrer l'Église orientale dans les cadres qu'avait arrêtés le concile de Chalcédoine, 451. Quatre patriarcats à la disposition des Grecs : Constantinople, Alexandrie, Antioche et Jérusalem, et une Église autocéphale, Chypre. En dehors de cela, rien de plus. La destruction des Églises nationales, serbe ou bulgare, comme Ipek et Ochrida, s'imposait en conséquence et le contentement des Grecs, on peut bien le dire, ne fut entier que lorsque ces deux Églises furent incorporées au patriarcat œcuménique. De là, ces démissions et ces dépositions continuelles, qui jalonnent l'histoire du patriarcat ochridéen aux XVIIe et xvme siècles et dans lesquelles on retrouve toujours la main des Grecs; de là, ces jugements contradictoires et qui nous étonnent si fort, portés à quelques années d'intervalle sur le même patriarche. Selon que triomphe le parti bulgare ou le parti phanariote, la même personne est élevée aux nues ou vouée aux gémonies. Les Turcs eurent tort de se faire complices des entreprises criminelles des Grecs. Sous prétexte d'anéantir ce qui pouvait survivre encore de désir de revanche dans le cœur des patriotes bulgares, ils les livrèrent, pieds et poings liés, aux Byzantins, leurs plus mortels ennemis. Dans leur politique à courte vue, ils s'imaginaient ainsi extirper de chez les vaincus toute velléité d'indépendance, tandis qu'ils ne firent qu'attirer sur leurs propres tètes la haine séculaire que les Bulgares nourrissaient contre les Grecs, et acculer les opprimés au désespoir, en leur refusant tout motif d'espérance.
Le parti national venait de triompher en déposant le phanariote Philothée de Naoussa, 6 juillet 1718, qui fut même privé de la dignité sacerdotale. Cette revanche éclatante prise sur le Phanar, qui s'était permis le même procédé à l'égard de l'indigène Théophane, en 167G, fut bientôt suivie d'une autre victoire avec l'élection de l'autochtone Joasaph de Corytza, le 6 février 1710. Sûr de la confiance de ses fidèles, celui-ci put, durant son long pontificat, 6 février 1719-22 octobre 1745, remettre de l'ordre dans les finances, autant du moins que le lui permit l'acquittement des sommes énormes qu'il fallait très ponctuellement payer aux Turcs. Il trouva même assez de ressources pour rebâtir ou restaurer soit la résidence des patriarches, soit l'église cathédrale. Ce pontificat de 27 ans fut la dernière éclaircie dans le ciel extraordinairement noir de l'Église d'Ochrida. Joseph, métropolite de Pélagonia, qui succéda à Joasaph le 13 janvier 1746, parait s'être maintenu
en place jusqu'en 1752. Du moins, nous possédons de lui deux pièces datées de 1750 et 1751, et c'est en 1752 qu'un de ses contemporains, Joasaph, ex-métropolite de Bérat d'Albanie, l'ait commencer le patriarcat de Den\s, son successeur. II. Gelzer, Der wiederaiifgefunih'ue Kodex des hl. Klcmens and ândere auf den Patriarcliat Achrida bez'ùgliche Urkundensammlungen, dans les Berichte der philol.-histor. Klasse der Kônigl. sâchs. Gesellschaft der Wisscnscliaflen zw Leipzig, 1903, p. 46, et codex 91 des archives patriarcales de Constantinople, p. 181. Ce même Joasaph nous apprend que Denys fut patriarche de 1752 à 1757, et, en effet, nous avons de lui des pièces qui se placent entre 1752 et 1756. II. Gelzer, op. cit., p. 46, 47. A Denys, d'après le même Joasaph, succéda Méthode, 1757-1759, et à Méthode Cyrille, 1759- 1762. Une pièce encore inédite, codex 61 des mêmes archives, p. 43, qui mentionne le patriarche Cyrille, est datée de décembre 1762, et il se pourrait bien que son pontificat se fût prolongé jusqu'au début de 1763. Cyrille, dit le procès-verbal officiel de la nomination d'Ananias, mai 1763, codex 6, p. 45, « encourut la colère impériale et fut exilé. » Jérémie, qui lui succéda d'après le même procès-verbal, ne fit que passer sur le Irùne; « il mourut de mort naturelle, » ce qui laisse supposer d'habitude un empoisonnement. En tout cas, il n'était déjà plus de ce monde en mai 1763, lorsque fut élu le protosyncelle de Constantinople, Ananias J'avais d'abord pensé que cet Ananias, originaire de Constantinople, ne différait pas d'Arsène, le dernier titulaire du patriarcat d'Ochrida, parce que Joasaph, ex-métropolite de Bérat d'Albanie et son contemporain, fait durer le pontificat d'Arsène de 1762 à 1767, H. Gelzer, Der wiederaufgcj'undene Kodex des hl. Klemens, p. 46, parce que nous avons de ce dernier des pièces datées de 1761, 1765, 1766, 1767, H. Gelzer, op. cit., p. 47, parce que, enfin, nous ne trouvons nulle part trace de son élection, en dehors de l'acte officiel qui concerne Ananias. Mais je crois que cette identification est difficile à soutenir et que nous sommes réellement en présence de deux personnages distincts. En effet, Ananias était moine et diacre au moment de sa proinotion à l'archevêché d'Ochrida. Pourquoi aurait-il changé de nom et se serait-il appelé Arsène, lorsqu'on n'a l'habitude de le faire dans l'Église orthodoxe qu'au moment de la profession monastique ou de l'élévation au diaconat? De plus, le codex 50, conservé à la bibliothèque du méthokhion du Saint-Sépulcre à Constantinople, porte au folio 20v qu'il a jadisappartenu à l'archevêque d'Ochrida, Ananias, y.a'i tôSî <tjv -oi; aXÀoiç 'Avaviou àpy iê7rt<7'/.67ro'j tïjç â 'lo'jCTT'.vtavrjç 'AyoïSoiv to0 BuÇavtfou. Papadopoulos Kerameus, lhpo<jo\-j\>.iTiy.-ïi BtëXtoO^xv], t. iv, p. 74. Or, ce manuscrit a été copié en 1691 ; il est devenu la propriété d'Ananias sûrement après cette date, et nous ne trouvons de 1691 à 1763 aucun autre Ananias sur le Siège d'Ochrida, en dehors de celui dont nous nous occupons. C'est donc que cet Ananias est parfaitement distinct d'Arsène et qu'il n'a fait q,ue passer sur le trône gréco-bulgare, comme son prédécesseur Jérémie. Si cette distinction entre Ananias et Arsène est admise, nous ne savons d'où venait ce dernier ni à quelle date remonte son élection. Ce que nous pouvons affirmer, c'est qu'il était déjà patriarche en 1764 et qu'il le resta jusqu'au 16janvier 1767, jour où le siège d'Ochrida disparut définitivement pour être incorporé au patriarcat œcuménique. Les uns attribuent à Arsène une origine bulgare, d'autres, avec plus de raison, une origine grecque, puisqu'il agit de concert avec les Grecs de la capitale pour amener la suppression de son Église. Quant aux dessous de cette affaire, ils sont encore assez mal connus, et nous en ignorons toujours les vrais motifs, en dehors des causes générales que nous lui avons déjà reconnues. Un parti puissant, composé de phanariotes et de gens dévoués à leurs intérêts, considéra
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vraisemblablement la cause dos Églises autocéphales comme irrémédiablement perdue, et dès lors il s'entremit pour en hâter le dénouement. Le patriarcat serbe d'Ipeli avait été supprimé le 11 septembre 4766; au patriarcat gréco-bulgare d'Ochrida ne pouvait échoir un sort meilleur. A la tète de ce parti, se trouvaient le protothrône de Castoria, Euthyme, et les principaux métropolites de cette Église. D'accord avec leur patriarche, qui joua le rôle de complice ou de dupe, ces prélats se rendirent à Constantinople et nouèrent des relations avec le patriarche œcuménique Samuel pour opérer la fusion de leur Église avec la chaire phanariote. Voir la pièce dans H. Gelzer, Der Patriarchat von Achrida, p. 125. Ils présentèrent ensuite au saintsynode une requête, qui le priait : « au nom du Christ né à Bethléhem, de daigner les recevoir dans le bercail de la sainte Église du Christ et d'avoir pour eux la même sollicitude que pour les autres. » Les raisons données ne témoignent pas d'une grande précision. Cette grave démarche est par eux attribuée « aux mutations fréquentes des archevêques, qui leur ont fait subir des préjudices intolérables, des désordres nombreux, des outrages de toute sorte, au point que la vie même leur deviendrait à charge s'ils continuaient à être en butte à des persécutions et à des dangers incessants ». L'abdication, écrite et signée de la main d'Arsène, accompagnait cette requête; elle était, d'après l'aveu explicite de l'auteur, « volontaire, consentie librement et sans violence. » Enlin, une troisième et dernière pièce, provenant, elle, du saint-synode de Constantinople, déclare : « réuni et attaché au très saint-siège apostolique et œcuménique le très saint-siège épiscopal d'Ochrida, ainsi que les métropoles et les évêchés qui en relevaient, à savoir : Castoria, Pélagonia, Vodéna, Corytza, Belgrade, Stroumnitza, Grévéna, Sisanion, Mogléna, Prespa, Dibra, Gkora et Vélès ». Les considérants, quoique plus développés, ne diffèrent pas de ceux qui sont énurnérés dans la requête des évèques. En vertu de cette décision, « approuvée par Sa llautesse, notre très puissant empereur..., le nom du ci-devant archevêché d'Ochrida se trouve etfacé des tables royales et considéré comme non avenu; la ci-devant circonscription d'Ochrida demeurant désormais sans protection, les contrées et les bourgs qui en relevaient autrefois, ceux de Dyrrachiuin, Cavaïa, Demir-hissar, Elbassan, Ochrida proprement dit, ont été réunis à l'effet de former une seule éparchie et métropole, celle de Dyrrachium. » Quelle ironie du sort! Non seulement le patriarcat d'Ochrida est supprimé, mais la circonscription même ecclésiastique de ce nom cesse d'exister; elle est incorporée au diocèse de Dyrrachium, alin que les oreilles des Byzantins n'entendent plus ce nom à jamais exécré. Quant au patriarche Arsène, après sa démission, il aurait été, d'après des traditions qu'a recueillies C. .lireeek, Gese/iichte der Bulgaren, p. 470, interné au mont Athos, dans une dépendance du couvent bulgare de Zograph, où ses compatriotes l'auraient entouré d'une haute vénération. Le codex 91, p. 181, des archives du patriarcat œcuménique, qui contient les données biographiques d'Anthime de Bérat, un contemporain, le fait mourir, au contraire, à Constantinople, sous le patriarcat de Samuel, en 1767, l'année même de la suppression d'Ochrida.
Les pièces concernant la suppression i)u patriarcal d'Ochrida ont été publiées d'après les originaux par Grégoire, npayn<mî«
it tp: tîJç xavovtx% âiycr.o&oTÎa; ti3 oÎMUtuvixoti t'/y.i'/s ■/••*<>% 6pôvou txt tSv iv Bo •: ." - I ■■■ <" 'i'///r,T""v, in-8\ Conslantiniiple, 1860, p. iii,-i'j'i. et '■" traduction française par iv. Lenormant, Turcs ci \l<,,it'-itc!ii-i>ix, in-12, Paris, 1866, p. 846-350. Voir aussi des
lami a de traduction dans La Bulgarie chrétienne [A.. d'Avril],
in-t, Paris, 1861, p. 60-64,
D'après les pièces réunies par Gelzer, Der Patriarchat yon Achrida, p. 28-34, la juridiction que possédèrent
les titulaires d'Ochrida sous la domination turque ne différait guère de celle qui leur avait appartenu auparavant. Dans les premières années du XVIIe siècle, le patriarche Nectaire faisait cet aveu significatif à Aubert le Mire dans la ville d'Anvers : Hune sese titulum more majorant usurpare solituni : Nectarius, arclriepiscopm primse Justinianœ, Ac/uidœ et totitis Vulgarise, Servies, Albaniœ. et aliorum locorum. Addebat se. r esse métropolitas et decem episcopos nulli nisi achridano archU episcopo seu primati subjectos. Le Quien, Orient chnstianus, t. n, col. 299. Les six métropoles étaient : Castoria, Pélagonia-Bitolia, Stroumnitza, Belgrade, Corytza- Sélasphoros, Vodéna ; les dix évêchés : Grévéna, Sisanion, Mogléna, Molischos, Dibra, Kitzava, "Vélès, Prespa, Avion et Kanina, Gkora et Mocra. Somme toute, cette liste des suliragants d'Ochrida au début du xvne siècle est identique à celle du XIVe, que nous avons donnée plus haut, sauf qu'il y manque le diocèse d'Ispateia- Mouzaneia. Vers le milieu du xvne siècle, Denys d'Ochrida s'en allait à Moscou recueillir des aumônes et se plaignait vivement au retour de la modicité des gratifications qu'il avait reçues, lui qui avait dix-sept évèques sous sa dépendance. En effet, depuis Nectaire, Ochrida s'était enrichie d'une septième métropole, Dyrrachium, dont le titulaire signe régulièrement aux synodes, bien que les Byzantins continuent à le ranger sous le patriarcat œcuménique. Un peu plus tard, dans la seconde moitié du XVIIe siècle, Ochrida ne comptait plus que quatorze diocèses suliragants, dont neuf métropoles et cinq évêchés. Aux sept métropoles déjà mentionnées, il convient de joindre celles de Grévéna et de Sisanion, qui étaient jusque-là de simples évêchés; quant aux cinq évêchés, c'étaient Mogléna-Molischos, Dibra-Kitzava, Vélès, Prespa, Gkora-Mocra. Enfin, vers l'année 1715, lorsque le patriarche de Jérusalem, Dosithée, dressait le schematismus des Églises orthodoxes, la situation du patriarcat ochridéen avait encore subi des modifications. Il y avait sept métropoles : Castoria, Pélagonia ou Bitolia, Vodéna, Corytza, Belgrade, Stroumnitza et Grévéna; deltas évêchés soumis à Castoria et trois évêchés qui relevaient directement de l'archevêché. Et cette situation parait s'être maintenue jusqu'à la suppression même de cette Église, 16 janvier 1767.
VIII. Liste des patriarches d'Ochrida. — Comme le patriarcat gréco-bulgare d'Ochrida a joué un grand rôle politique et religieux dans la péninsule balkanique, du Xe au xvme siècle, et qu'il esl appelé un jour ou l'autre à se reconstituer; comme, d'autre part, il n'est guère bien connu que depuis la publication de ses actes officiels, faite récemment par M. Gelzer et fort peu répandue, même dans le monde savant, je vais dresser la liste des titulaires de ce siège, qu'on ne trouvera nulle part ailleurs aussi complète et aussi précise. Pour ce faire, je me suis aidé de Le Quien, Oriens christianus, t. n, p. 287-300; de Goloubinski, Précis d'histoire des cglises orthodoxes, p. 34-45, 106-140; de Mouravief, ltapportsde la Russie avecV 'Occident, Saint-Pétersbourg, 1858, et autres ouvrages russes, bulgares et grecs utilisés déjà par M. Gelzer, et surtout des deux ouvrages fondamentaux de ce savant, Der Patriarchat von. Achrida. Gesckich.te und Urkunden, in-8°, Leipzig, 1902, passim ; Der wiederaufgefundene Kodex des ht. Klemens und andereaufden Patriarchat Achrida bezûgliche Urkundensammlungen, extrait des Berichten der philol.-hislor. Niasse der kônigl. sàchs. Gesellschaft der Wissenschaften vu Leipzig, 1903, p. 41-110. J'ai encore mis à profit, en dehors des comptes rendus faits par divers savants de ces deux ou\ rages, les corrections et additions
apportées à l'ouvrage de M. Gelzer par le \\. P. Louis l'elil dans les Échos d'Orient. 1902, t. v, p. 409-412, et les notes manuscrites qu'il a eu dernièrement l'occasion de recueillir', en copiant, pour le même savant, aux archives du patriarcat œcuménique, toute une série d
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synodaux, qu'ils doivent bientôt éditer de concert dans le Codex diplomalicus acliridenus définitif. Les patriarches dont le nom est souligné sont montés deux fois sur le siè:re d'Ochrida :
Porphyre.
Athanase, 1606.
Nectaire, 1616-1622.
Métrophane, 1623.
David, 1624.
Joasaph, 1628.
Abraham, 1629-1634.
Mëlèce, 1637-1644.
Chariton, 1644-1646.
Daniel, 1650.
Athanase, février-décembre 1653.
Gabriel.
Denys, avant 1665.
Arsène, avant 1668.
Ignace, mars 1660.
Zosimas, 1663-1670.
Panarétos, 1671.
Nectaire, 1673.
Grégoire.
Théophane, -septembre
Mélèce, 1676-1679.
Parthénios, 1679-1683.
Grégoire, 1683-8 mai 1688.
Germain, 8 mai 1688-8 août
Grégoire, août 1691-aoùt
Ignace, août 1693-juillet
Zosimas, juillet 1695-juin
Raphaël, juin 1699-1703.
Ignace, août 1703.
Denys, 1706-1707.
Méthode, 28 mai-11 juin
Zosimas, 1708-1709.
Denys, 1709-1714.
Philothée, 1714-juillet 1718.
Joasaph, février 1718-oc-
tobre 1745.
Joseph, janvier 1746-1752.
Denys, 1752-1757.
.Méthode, 1757-1759.
Cyrille, 1759-1762.
Jérémie, 1763. Ananias, mai 1763.
Arsène, 1764? 16 janvier
Les titulaires d'Ochrida portaient tantôt le titre d'archevêque, et tantôt celui de patriarche; du moins, on rencontre les deux indifféremment dans les signatures, bien que le second soit d'un usage plus fréquent que le premier. H. Gelzer, op. cit., p. 176, 183. Le titre complet parait être celui-ci : « X., patriarche ou archevêque par la miséricorde de Dieu deJustiniana prima d'Ochrida et de toute la Bulgarie, de la Dacie méditerranéenne et ripuaire, de la Prévalitane, de la Dardanie, de la Mysie supérieure. » Ou bien : « X., patriarche ou archevêque de Justiniana prima d'Ochrida et de toute la Bulgarie, de la Serbie, de l'Albanie, de la deuxième Macédoine, du Pont occidental, etc. » Ces titulaires d'Ochrida attribuaient faussement l'érection de leur prélendue chaire apostolique à saint Clément, qui n'a jamais été apôtre, pas plus qu'il n'a fondé ce siège, afin de s'égaler aux quatre patriarches d'Orientetde marcher de pairaveceux. 11 est vrai que jadis Byzance avait agi de même, lorsqu'elle avait reconnu pour son premier pasteur Stachys, disciple de saint André le Protoclyteou le premier apôtre appelé par Notre-Seigneur, prérogative qui lui donnait évidemment le droit de passer avant le siège delà Vieille Rome, Jbndé seulement par saint Pierre. L'élection du patriarche
Damien, 945-972.
Germain.
Philippe.
David, 1016.
Jean, 101 9-1025.
Léon, 1025-1056.
Théodule, 1056-1065.
Jean Lambénos, 1005-1008.
Jean, 1075.
Théophylacte, 1078-1092.
Léon.
Michel Maxime.
Eustathe, 1134.
Jean Comnène, 1143-1157.
Constantin, -1166.