V. L'ARCHEVÊCHÉ GRÉCO-BULGARE D'OCHRIDA
1393. — Créé pour des motifs politiques aux dépens du patriarcat bulgare et des métropoles grecques voisines, l'archevêché gréco-bulgare d'Ochrida ne pouvait conserver longtemps son ancien personnel et sa vaste juridiction. Avant même la mort de Basile II, 1025, l'archevêque bulgare Jean ('tait remplacé par un grec, Léon, chartophylax de la Grande Eglise, Mai, Spicitegiitm romanum, t. x, p. 28, celui-là même qui devait, en 1053, lancer, de connivence avec Michel Cérulaire, la fameuse lettre contre les azymes et provoquer ainsi le schisme de 1054. Léon mourut en 1056. Ses successeurs, Théodule, 1056-1065, Jean, vers 1068, un autre Jean, vers 1075, Théophylacte, le célèbre commentateur de la Bible, de 1078 après 1092, Léon, Michel Maxime, Eustathe, vers 1 !3i, Jean Comnène, neveu de l'empereur Alexis Ier, Constantin, déposé en 1166, etc., étaient tous grecs et partisans de la même politique religieuse.
Celle-ci se réduisait en somme à deux points principaux : élimination progressive de l'élément bulgare au profit de l'élément grec, maintien des anciens privilèges de la métropole d'Ochrida contre les prétentions des patriarches de Constantinople. Sur ces deux points, qui sembleraient de prime abord s'exclure mutuellement, l'histoire n'a enregistré que de très légères défaillances. Pour s'en convaincre, on n'a qu'à consulter la vasle correspondance de Théophylacte et de Demetrios Chomatianos, les deux éminenis champions de la cause de l'hellénisme en Bulgarie, Toutes 1rs lettres de Théophylacte suni remplies d'injures à l'égard de ses ouailles
slaves. « Il sent le moisi, dit-il, comme les Bulgares sentent le mouton. » Ailleurs, il s'écrie : « Chaque Ochridéen est un être sans tête, qui ne sait honorer ni Dieu, ni l'homme. C'est avec des monstres pareils que je suis obligé d'être en relations. Avec des forces créatrices quelconques, il laut renoncer à l'espérance d'appliquer une tête à ces troncs; Jupiter avec sa toute-puissance n'y réussirait pas. » Puis, il se compare à l'aigle de Zeus assailli par des grenouilles coassantes et qualifie la nature bulgare de « mère de toute méchanceté ». P. G., t. cxxvi, col. 304, 308, 309, 444; voir d'autres citations aussi peu aimables dans l'article d'H. Gelzer, Byzanlinische Zeitschrift, t. n (1893), p. 57, 58. Eh bien, cet archevêque grec, qui médit à ce point de ses fidèles et se considère sur la chaire bulgare comme exilé et sacrifié à la cause supérieure de l'hellénisme, défend les prérogatives de son siège avec une âpreté que ne désavouerait pas un enfant de la Bulgarie. A la moindre immixtion des patriarches byzantins dans les affaires de son diocèse, il crie à qui veut l'entendre que son Église n'a rien à démêler avec eux, parce qu'elle est autonome et indépendante. Ce n'est pas à lui, certes, qu'on pourrait reprocher d'avoir avili aux pieds du patriarche la grandeur et la dignité de son Église, sous prétexte qu'il était un ancien clerc de Sainte-Sophie.
Et Demetrios Chomatianos n'agit pas autrement que Théophylacte dans les circonstances particulièrement délicates que traversa l'archevêché d'Ochrida au commencement du xme siècle. Il reprend vivement Sabbas le Jeune d'avoir commis des braconnages spirituels, en lui dérobant les sièges épiscopaux de Bhasos et de Prizrend, qui sont entrés dans le patriarcat serbe, Pitra, Analecta sacra et classica, Paris, 1891, t. vu, p. 261, 325, 384, 390, 438, et se montre non moins intransigeant envers les Bulgares, qui ont soumis plusieurs de ses évêques à leur patriarche de Tirnovo. Et néanmoins, bien qu'il tienne haut et ferme le drapeau de l'hellénisme en face des agissements slaves, Chomatianos ne cède pas un pouce de sa juridiction au patriarche œcuménique. Bien au contraire, il n'hésite pas à profiter des embarras que viennent de créer à celui-ci la prise de Constantinople par les Latins, 1201, et la fuite du basileus à Nicée, pour afficher à son endroit une attitude de plus en plus arrogante. Lorsque le patriarche Germain se plaint à lui qu'il ait couronné empereur de Thessalonique, Théodore Ducas l'Ange, 1222, et songé à démembrer le patriarcat de Constantinople, au lieu de lui donner un démenti, Chomatianos revendique la responsabilité de sa conduite, affirmant que, depuis la prise de Constantinople, le centre historique du patriarcat byzantin a été déplacé et que Germain, domicilié à Nicée, pourrait se contenter des provinces asiatiques, tandis que lui, Demetrios, administrerait les provinces européennes. Ceci dit, il passe, à son tour, aux reproches et demande hautement pour quel motif le patriarche a reconnu l'Eglise serbe d'Ipek et l'Eglise bulgare de Tirnovo, qui se sont constituées aux dépens d'Ochrida. Sans doute, en agissant de la sorte, Chomatianos n'était que le porte-parole de l'empereur grec de Thessalonique, Théodore Ducas l'Ange, qui tenait à voir réduits le plus possible les droits du patriarche grec de Nicée et, partant, ceux de son rival, l'empereur grec de Nicée, mais une seconde raison, d'ordre purement ecclésiastique, semble également avoir inspiré sa conduite. Les privilèges de l'archevêché d'Ochrida étaient alors devenus aussi sacrés que ceux de Byzance, par suite d'une fausse notion historique, dont nous trouvons la première trace au xil° siècle et qui a prévalu jusqu'au xixe. lin effet, de bonne ou de mauvaise foi, on en vint alors a s'imaginer qu'Ochri la était bâtie sur l'emplacement de litstiuia>ia prima et qu'elle avait, par suite, hérité de la juridiction quasipatriarcale, concédée a celte \ille par Justinien et le pape Vigile en 515, tandis qu'il est prouvé aujourd'hui
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qu'Ochrida répond à l'ancienne Lychnide et Uskub à Justiniana prima. Cette fausse identilication, acceptée même dans l'entourage des patriarches de Constantinople, est certainement le motif qui contribua le plus à garantir les droits parfaitement discutables d'Ochrida et à lui assurer l'existence jusqu'au xviii0 siècle. Sur Demelrios Chomationos voir le travail de Drinof dans le Vyzutiskij Vremennik, 1894, t. i, p. 319-340; 1895, t. H, p. 1-23.
Les plans grandioses de Demetrios Chomatianos se seraient peut-être réalisés, si les victoires du roi bulgare, Jean Assen, en 1230, n'avaient anéanti la puissance de son maître, Ducas l'Ange, et, du même coup, ruiné les espérances de l'archevêché d'Ochrida. Goloubinski, Précis d'histoire..., p. 124, assure que les deux successeurs de Chomatianos, Joannice et Serge, furent bulgares parce qu'Ochrida était, à ce moment, retombé au pouvoir de la Bulgarie. Si le fait ne soulfrait pas de discussion, ce serait le cas de redire que la roche tarpéienne est bien près du Capitule. En tout cas, si la ville d'Ochrida fut un instant occupée par les Bulgares, -elle fut bientôt reprise par les Grecs, qui rétablirent un haut clergé de leur nationalité, comme auparavant. Il semble même que les Byzantins se soient etl'orcés de ne nommer à ce poste que des hommes doués d'une culture intellectuelle peu commune. C'est ainsi qu'Adrien, vers 1270, Gennadios, avant 1289, Grégoire, vers 1316, Anthime, vers 1330, et Mathieu, vers 1408, se firent remarquer par leur activité intellectuelle et scientifique, en sacrifiant, bien entendu, de temps à autre, à leur antipathie de race contre les Latins. Il y aurait peut-être lieu de se demander si ces pasteurs, frottés de rhétorique et capables d'en remontrer aux pires scolastiques pour leur sophistiquerie, étaient bien à leur place dans un diocèse presque barbare, au milieu de sauvages, « qui, d'après eux, puaient l'ail et le mouton; » on ne saurait nier toutefois qu'ils n'appartinssent eux-mêmes à l'élite intellectuelle de Constantinople et que l'hellénisme n'eût acquis, au XVIe siècle, la prépondérance sur le siège d'Ochrida. Pendant qu'Ipek représentait l'élément serbe, ïirnovo l'élément bulgare, Ochrida restait, au point de vue ecclésiastique, la meilleure forteresse de l'Église grecque dans la péninsule balkanique.
Voir la suite chronologique des archevêques d'Ochrida, depuis tes origines de l'archevêché bulgare jusqu'au xv siècle dans Goloubinski, Précis d'histoire..., p. 40-45, 106-133; Le Quien, Oriens cliristianus, t. u, col. 292-298, et surtout H. Gelzer, Der Patriarchat von Achrida, p. 8, 9, 11-15. C'est en mai 1157, dans un concile de Constantinople, que le prince .lean Comméne, archevêque de Bulgarie, signe en identifiant pour la première fois Ochrida avec Justiniana prima. H. Gelzer, op. cit., p. 8, 9. A ce témoignage émanant d'un concile on peut ajouter celui ■d'un historien contemporain, que n'a pas connu Gelzer. En 1168, Guillaume de Tyr allait trouver l'empereur grec Manuel, in provincia Pelagonia..., juxta illam antiquam et domini felicissimi et invictissimi et prudentis Augusti patriam, domini Justiniani civitatem, videlicet Justinianam primam, quse vulgo hodie dicitur Acreda, xx, 4.
Si l'archevêque grec d'Ochrida conservait, en droit, la plénitude de la juridiction qu'avait possédée le dernier patriarche bulgare, il perdit néanmoins, en fait, bon nombre de sièges épiscopaux que lui avaient octroyés Basile II, et qui, à la mort de cet empereur, 1025, lirent retour à leurs anciennes métropoles : Thessalonique, Naupacte, Larissa et Dyrracchium. Deux listes épiscopales, publiées par H. Gelzer, Byzanlinische Zeitschrift, t. i (1892), p. 256,257, et dont l'une remonleau xie et l'autre au xue siècle, nous ont conservé la situation officiel le de cet archevêché à la même époque. D'après ces deux catalogues, presque identiques de fond et de forme, Ochrida comptait alors les vingt-trois évêchés suivants : Castoria, Scopia, Velevouzdos, Triadilza ou Sofia, .Valesova ou Morovizdion, Edesse ou Mogléna, Pé!:^o-
nia, Prizrend, Stroumnitza ou Tibérioupolis, Nich, Glavinitza ou Céphalénie, Vranitzova ou Moravos, Belgrade, Lipljan, Striamos ou Zemlin, Viddin, Rhasos, Dévol, Sthlanitza transféré ensuite à Vodéna, Grévéna, Kanina, Dibra et l'évêché des Valaques. De ces vingt-trois évêchés, les quinze premiers figuraient dans la première Novelle de Basile II, deux autres, Viddin et Rhasos, dans la seconde; quant aux six derniers, ils avaient été créés par le démembrement d'anciens sièges épiscopaux. En comparant ces deux listes épiscopales publiées par H. Gelzer avec les trois Novelles de Basile II, on constate que l'archevêché gréco-bulgare d'Ochrida avait perdu, peu après sa création, l'évêché de Servia, concédé dans la première Novelle de Basile II, les dix évêchés de Dristra, Oraia, Tzernic, La Chimère, Driynopolis, Vélès, Bothrotos, Janina, Cozila et Pétra concédés dans la deuxième, et les deux évêchés de Stagoi et Verria, concédés dans la troisième; soit, en définitive, une perte de treize évêchés, qu'avaient possédés les patriarches bulgares, sous les tsars Pierre et Syméon, et qui étaient retournés au patriarcat de Constantinople. H. Gelzer dans la Byzantinische Zeitschrifl, t. n (1893), p. 42-61, et Der Patriarchat von Achrida, p. 9, 11.
A ces empiétements causés par les homogènes succédèrent, dans la première moitié du XIIIe siècle, les empiétements des allogènes : Serbes et Bulgares. Dès 1204, Velevouzdos, Scopia, Viddin, Prizrend et Nich faisaient parlie du patriarcat bulgare de Tirnovo et, sous le règne de Jean Assen 11,1218-1241, les frontières entre Ochrida et Tirnovo étaient si mal délinies que tout l'archevêché grec d'Ochrida fut un instant englobé dans le patriarcat bulgare national. De leur côté, les Serbes taillaient à qui mieux mieux dans le territoire d'Ochrida, pour agrandir leur patriarcat d'Ipek. En 1220, Rhasos et Prisrend étaient annexés. Ce ne fut, pendant une cinquantaine d'années, qu'un chassé-croisé continuel d'évèques grecs, bulgares et serbes, qui se délogeaient du même siège, selon que la ville était au pouvoir des empereurs de l'une ou de l'autre de ces nations. On voit donc avec quelle prudence il faut recevoir les données des statistiques officielles byzantines, qui, trop souvent, établissent d'après le passé le bilan de l'heure présente.
Une notice épiscopale, que son récent éditeur, II. Gelzer, Der Patriarchat von Achrida, p. 19-21, croit postérieure à l'année 1370, fournit là-dessus un aveu fort significatif, en nous donnant la situation réelle de cet archevêché, après les conquêtes spirituelles des Serbes et des Bulgares. Cette notice attribue à Ochrida dix-sept évêchés suffragants : Castoria, Molischos, Mogléna, Vodéna ou Slanitza, Stroumnitza, Vélès Pelagonia ou Bitolia, Kitzava, Dibra, Ispateia et Mouzaneia, Belgrade, Kanina et Avion, Selasphoros et Corytza, Gkora et Mocra, Prespa, Sisanion, Grévéna. Il faut bien remarquer que dans cette notice épiscopale, il n'est resté de l'ancien archevêché d'Ochrida, tel que nous le connaissons par les Novelles de Basihs II, en 1020, que les quatre vieilles éparchies de Castoria, Mogléna, Pelagonia et Stroumnitza. Cinq autres évêchés, Dévol ou Selasphoros, Slanitza, Grévéna, Kanina et Débra, avaient été créés au cours du XIe siècle par le démembrement "des anciennes éparchies; six autres, Kitzava, Prespa, Gkora et Mocra, Sisanion, Molischos et Velès furent obtenus plus tard par le même procédé ; enfin, l'on comptait deux nouvelles acquisitions, Belgrade ou Bérat d'Albanie et Ispateia. Somme toute, des trente évêchés qui relevaient autrefois de lui, l'archevêché gréco-bulgare d'Ochrida n'en avait conservé que quatre. Pour duper le public, on divisait ces quatre diocèses en quantités infinitésimales, de manière à présenter toujours autour de l'archevêque un cortège respectable de prélats, comme si l'Eglise de France, réduite à deux ou irois départements, transformait en sièges épiscopaux quatre-vingts à quatre-vingt-cinq chefs-lieux de canton.
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En rendant compte de l'ouvrage de Gelzer, Dev Patriarchat von Achrida, le célèbre slavisant, C. Jirecek, Dyzantinische Zeitschrift, t. xm (1904), p. 192-202, a
tracé avec 1rs documents slaves un tableau des conquêtes ecclésiastiques serbes aux xnr et xive siècles, qui complète les données historiques que nous possédions. Les Serbes ont arraché Uskub aux Byzantins en 1282 et ils ont ensuite étendu progressivement leur domaine vers le Sud, et surtout vers le Sud-Est. Les évêques du territoire annexé furent soumis à la juridiction de l'archevêché autocéphale serbe. Lorsque Etienne Douchan eut conquis presque toute la Macédoine, à l'exception de Thessalonique, il se fit couronner à Uskub, « tsar des Serbes et des Grecs, » et, en 1346, il nomma l'archevêque serbe Joannice « patriarche des Serbes et des Grecs ». Alors l'Église d'Ochrida dut s'entendre avec les nouveaux maîtres du sol et prêter son concours, sinon son appui, aux nombreuses mutations épiscopales qui s'ensuivirent. En 1347, l'archevêque d'Ochrida, Nicolas, siégeait à Uskub parmi les membres du parlement serbe. De cette époque date surtout l'amoindrissement d'Ochrida, qui ne put depuis recouvrer entièrement les territoires qu'elle avait perdus ; ses pertes seraient même peut-être plus sensibles que ne l'indique la pièce analysée ci-dessus qui, d'après Jirecek, ne remonterait pas au xive siècle, mais serait postérieure à l'année
VI. Le patriarcat bulgare de Tirnovo, 1204-1393. — Bien que bulgare par ses origines et la presque unanimité de ses habitants, l'Église d'Ochrida, soumise à l'empire byzantin, ne pouvait satisfaire les patriotes qui rêvaient toujours d'un État indépendant et d'une Église nationale. Après la suppression du premier empire bulgare par Basile II, en 1019, de vaines tentatives d'affranchissement se produisirent, en 1040 et 1073 notamment et durant tout le cours du xif siècle. Enfin, deux frères d'origine roumaine. Jean Assen et Pierre, réussirent à secouer le joug byzantin, vers 1185, et à reconstituer l'ancien royaume de Boris et de Syinéon, 1186-1197. Leur plus jeune frère, Johannitza ou Caloïan, continua leur politique d'agrandissement, et comme, malgré des traits indiscutables de cruauté, il jouissait d'un véritable génie, son règne, 1197-1207, fut marqué par une recrudescence de conquêtes et d'annexions. Le clergé n'élait pas resté étranger à cette prise d'armes contre les Grecs. Dès 1186, le titulaire grec de Tirnovo se voyait contraint de céder son siège archiépiscopal au Bulgare Basile, qui devenait ainsi le chef de l'Église nationale ; il en était ainsi des autres évêchés, qui passaient tous à des enfants du pays.
D'accord avec leur clergé, les princes qui venaient de libérer le territoire se préoccupèrent dès le premier jour d'assurer l'indépendance de l'Eglise, en cherchant au dehors des alliés contre les Byzantins. Pour atteindre ce but, il leur fallait à la fois échapper à l'influence des patriarches de Cohstantinople et à celle des archevêques grecs d'Ochrida. Dès lors, leur politique religieuse était toute tracée. Ils devaient renouer avec Borne les relations de bonne amitié, qui existaient au temps de Pierre et de Samuel, et, au prix d'une sujétion assez platonique, en obtenir un patriarche siégeant à la capitale de leur royaume et qui leur conférerait ensuite l'onction impériale. Ce fut à conquérir ces titres que s'employa toute leur diplomatie. Dès leur avènement au trône, Jean Assen et Pierre songèrent à dépêcher au pape une ambassade solennelle; ils en furenl empêchés par leurs biiirs en faveur de l'indépendance. Theiner, V éleva monumenta Slavorum meridionalium, 1. 1, p. 15; E. de Hurmuzaki, Documente privitore la Istoria Romdnilor, in-4», Bucarest, 1887, t. i. p, 2. En 1204, Basile, archevêque de Tirnovo, écrivait à Innocent III, qu'il soupirait après son union avec l'Église romaine, depuis dixhuit ans, ce qui nous reporte à l'année lltilj.
Par trois fois, en 1197, Caloïan avait tenté, mais sans succès, de négocier avec le pape, lorsque, en décembre 1 199, Innocent III, mis au courant de toutes ces démarches, envoya Dominique de Brindisi, archiprètre grec-uni, avec mission de sonder le prince et ses sujets sur leurs sentiments à l'égard de Rome et de dresser un rapport motivé. Theiner, op. cit., t. i, p. 11; Hurmuzaki, op. cit., t. i, p. 1. Le séjour du messager pontifical semble s'être prolongé jusqu'en 1202. Celte année-là, Caloïan le renvoya à Rome avec un délégué bulgare, Biaise, archevêque élu de Branichevo, qui portait au pape une lettre du prince, pleine de déférence pour la personne du successeur de Pierre. Au milieu d'attestations fort politiques de fidélité et de soumission au saint-siège, le roi demandait à l'Église romaine, sa mère, la couronne impériale et la reconnaissance de sa dignité, comme l'avaient obtenu d'elle les anciens tsars bulgares, Pierre, Samuel et leurs prédécesseurs. Theiner, op. cit., t. I, p. 15, 16; Hurmuzaki, op. cit., t. i, p. 2, 3. Une lettre de l'archevêque Basile priait Innocent III de donner satisiaction aux désirs de son maître, tout en énonçant une profession de foi très catholique. Theiner, op. cit., t. I, p. 17; Hurmuzaki, op. cit., t. i, p. 5; voir aussi la lettre du boyar bulgare Bellota et la réponse du pape, Theiner, op. cit., t. I, p. 18; Hurmuzaki, op. cit., t. I, p. 7, 8. Les réponses du pape, prudentes et avisées, sont datées du 27 novembre 1202 et furent portées en Bulgarie par un second délégué pontifical, Jean de Casemarino. Celui-ci était chargé, en outre, de revêtir Basile de Tirnovo du pallium archiépiscopal. Theiner, op. cit., t. I, p. 16, 17, 21 ; Hurmuzaki, op. cit., t. i, p. 3, 6, 11-13.
Sur ces entrefaites, les Grecs de Raguse eurent vent des négociations entamées entre Rome et la Bulgarie et firent offrira Caloïan le titre de tsar avec la couronne impériale pour lui, la dignité de patriarche pour le chef de son Église, à la condition de maintenir son royaume dans l'orthodoxie. C'est, du moins, ce que raconte le prince dans sa lettre au pape, 1203, à moins qu'il ne faille y voir une pure tentative de chantage exercée sur la cour pontificale : « J'ai repoussé cette offre, ajoute Caloïan, parce que je veux être le serviteur de saint Pierre et de Votre Sainteté. J'ai envoyé vers Elle mon archevêque Basile avec des présents..., et je vous prie d'envoyer des cardinaux qui me couronnent empereur et établissent un patriarcat sur mes terres. » Theiner, op. cit., t. i, p. 20; Hurmuzaki, op. cit., t. i, p. 10-11. Basile partit en effet, pour Borne, le 4 juillet 1203. Trente jours après, il était à Durazzo, où les Grecs le retinrent prisonnier, menaçant au besoin de le jeter à la mer, s'il ne renonçait à sa mission. Ces menaces et la nouvelle que le légat du pape se trouvait déjà en Bulgarie déterminèrent Basile à revenir; il reçut le pallium de Jean de Casemarino, le 8 septembre 1203, après avoir juré fidélité et obéissance au siège apostolique. Theiner, op. cit., t. i. p. 20, 28; Hurmuzaki, op. cit., t. i, p. 1 1 , 27, 28. Contraint ainsi d'ajourner son voyage, Basile eu informa le pape par des messagers. De son côté, au départ du légat pour l'Italie, Caloïan, qui attendait toujours le sceptre et l'onction impériale, fit porter à Innocent III une lettre privée, dans laquelle il exprimait tous ses désirs et qui était accompagnée d'une déclaration officielle, écrite de sa main et scellée de la bulle d'or. Theiner, op. cit.,\. i, p. 27,29; Hurmuzaki, op. cit., t. I, p. 26, 29. Jean de Casemarino s'était charge encore d'une lettre de Basile pour le pape et d'une déclaration d'obéissance et de soumission au saint-siège, faite par les métropolitains de Preslav et de Velevouzdos, les évêques d'Uskub, Pri/rend, Nicb et Viddin. Theiner, op. cit., t. i, p. 28, 29; Hurmuzaki, op. cit., t. i, p. 27-29> Innocent III accueillit favorablement toutes ces demandes et envoya en Bulgarie un troisième légal, Léon, cardinalprêtre de Sainte-Croix, qui porta au roi, à Basile et à
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lYpiscopat bulgare la réponse du pape à leurs diverses lettres. Caloïan était reconnu roi de Valachie et de Bulgarie, à condition de faire entre les mains du cardinal Léon serment d'obéissance et de dévouement à l'Église romaine; quant à Basile de Tirnovo, le pape l'établissait primat de toute l'Église bulgare, lui concédait le privilège, à lui et à ses successeurs, d'oindre et de couronner les tsars de Bulgarie, de consacrer le saint chrême, de porter le pallium à certains jours de fête, de conlirmer l'élection des évèques et des métropolitains, etc. ; bref, il lui accordait, à lui et aux autres patriarches de Tirnovo, les pouvoirs les plus étendus, en les plaçant à la tête d'une Église vraiment autonome et autocéphale, quoique soumise au saint-siège. Theiner, op. cit., t. i, p. 23, 25, 30; Hurmuzaki, op. cit., t. I, p. 17-21, 31. Dans une lettre postérieure de Basile à Innocent III, nous sommes informés de l'arrivée à Tirnovo du cardinal Léon, le 15 octobre 1204, de la consécration patriarcale à lui conférée le 7 novembre suivant, du sacre impérial de Caloïan, le 8 novembre, et de l'heureuse issue de toute la négociation. Theiner, op. cit., t. I, p. 39; Hurmuzaki, op. cit., t. I, p. 48-49. Malgré les difficultés qui surgirent l'année suivante entre le tsar bulgare, les Hongrois et l'empire latin de Constantinople, nous ne voyons pas que les relations de Caloïan et du pape aient perdu leur caractère allectueux. Même après la défaite des Latins et regorgement de leur empereur, Baudouin Ier, ordonné par le tsar, 1205, Innocent III continua de correspondre avec Caloïan, et c'est en fils dévoué à saint Pierre que périt assassiné devant Thessalonique le farouche conquérant, automne 1207. Theiner, op. cit., 1. 1, p. 39, 42, 44; Hurmuzaki, op. cit., t. I, p. 48, 51-53, 54-56.
Des sentiments religieux de Boril, neveu de Caloïan et usurpateur du trône, 1207-1218, nous ne connaissons à peu près rien. Nous savons seulement qu'il tint à Tirnovo, le 11 février 1211, un grand concile qui condamna les sectes pauliciennes et bogomiles. La chronique d'Albéric des Trois-Fontaines assure aussi qu'Innocent III lui envoya un cardinal et il est sûr par ailleurs que Boril réclama le secours du pape, à la mort de son parent, Henry, empereur latin de Constantinople. C'est sur ces deux faits certains que s'appuient des historiens modernes, pour affirmer que le concile de Tirnovo de 1211 fut tenu à la demande du pape et que Boril était, comme son oncle, en communion, avec le saintsiège. G. Markovich, Gli Slari ed ipapi, t. il, p. 561.
L'union parait encore s'être maintenue dans les premières années de règne du tsar Jean Assen II, fils de Jean Assen Ier, qui régna de 1218 à 1241 et porta la gloire et la prospérité de la Bulgarie à son apogée. Tant que ce prince évolua dans la politique franque et hongroise, ses bons rapports avec la cour romaine ne se démentirent pas un instant; il n'en lut plus ainsi du jour où il se mit à rechercher l'alliance byzantine. A la mort de l'empereur latin Bobert de Courtenay, 1228, la noblesse franque réclama Assen II comme tuteur du jeune empereur Baudouin II et administrateur de l'empire. La proposition fut écartée, grâce surtout au clergé latin, dont l'influence amena l'élection du vieux roi de Jérusalem, Jean de Brienne. Assen II ne devait jamais pardonner cet allront. Aussi, lorsqu'il eut détait l'empereur grec d'Épire, Théodore Comnène, à Klokotinitsa, en 1230, et qu'il se fut annexé ses États, il mit l'cvêque grec de Philippes, Grégoire, sur le siège patriarcal de tirnovo et relâcha les liens qui l'unissaient â l'Église catholique. Deux ans plus tard, la rupture entre Latins et Bulgares était complète. Le 21 mars 1232, Grégoire IX se plaignait dans ses lettres, Farlati-Coleti, Illyricum sacrum, t. vin, p. 247; Theiner, Monumenta Instar. Hungarorum,i. I, p. 103; Hurmuzaki, op. cit., 1. 1, p. 103, que les évèques bulgares de Branichevo et de Belgrade eussent abandonné le parti de l'union. En 1234, Bau-
douin II épousait Marie, fille de Jean de Brienne, pendant que Assen II fiançait sa fille Hélène, promise autrefois à Baudouin, à Théodore Lascaris, fils de l'empereur grec deNicée, et concluait avec celui-ci une alliance oll'ensive et défensive pour l'extermination des Francs. Les hostilités s'ouvrirent l'année suivante par la prise de Gallipoli sur les Latins. En 1235, à Lampsaque, sur la côte asiatique de la Marmara, le patriarche grec de Nicée, Germain II, assisté' de Joachim, archevêque de Tirnovo, célébrait le mariage de Théodore Lascaris et d'Hélène, puis, en présence d'un grand nombre d'évêques grecs et bulgares, il proclamait l'indépendance de l'Église de Tirnovo et reconnaissait Joachim patriarche de Bulgarie. Devant cette défection et devant les préparatifs énormes que faisaient Assen II et Vatatzès pour reprendre Constantinople sur les croisés, Grégoire IX somma le roi de Hongrie, Bêla IV, de prendre les armes contre les deux princes hérétiques et schismatiques et de sauver, par une heureuse diversion, l'empire latin menacé, 16 décembre 1235. Theiner, Monumenta historiée Hungaroruni, t. I, p. 140; Hurmuzaki, op. cit., t. I, p. 139. Le 24 mai 1236, après deux tentatives inutiles des Grecs et des Bulgares sur Constantinople, le pape priait deux évèques hongrois d'excommunier solennellement Assen II, s'il n'abandonnait pas son alliance avec Vatatzès. Theiner, op. cit., t. I, p. 144; Hurmuzaki, op. cit., t. I, p. 142. Est-ce crainte de Bêla IV et de l'excommunication papale, ou peur de faire le jeu de Vatatzès en agrandissant sans mesure ses États? Toujours est-il que, à partir de ce moment, le tsar bulgare se brouille avec le basileus et, sous un vain prétexte, reprend hypocritement sa fille; après quoi il réclame au pape un légat pour s'entendre avec lui et se réconcilier avec les Latins. Trop crédule, le pape envoie l'évêque de Pérouse, Salvo de Salvis, porteur de deux lettres pour le roi, datées des 21 mai et 1er juin 1237, Theiner, op. cit., t. i, p. 155. 156; Potthast, Begesta ponlificum, t. I, p. 880, 882, n. 10368, 10388, et d'une troisième destinée aux évèques et au clergé de la Bulgarie. Theiner, op. cit., t. i, p. 155; Potthast, op. cit., t. I, n. 10389; Hurmuzaki, op. cit., t. I, p. 157.
L'issue de cette mission reste ignorée; il est certain pourtant qu'Assen II changea encore d'avis et que, le 27 janvier 1238, Grégoire IX faisait prêcher en Hongrie la croisade contre « le perfide, qui n'avait pas voulu taire partie des brebis de Pierre et avait reçu des hérétiques dans son royaume ». Theiner, op. cit., t. î, p. 161. Et lorsque Bêla IV fut sur le point de marcher contre la Bulgarie, avec l'intention évidente de la conquérir et de la garder, le pape ordonna des prières publiques pour le succès de ses armes et promit de prendre, durant son absence, son royaume sous la protection du saint-siège. Theiner, op. cit., t. I, p. 159-161, 165-167, 170, 174; Hurmuzaki, op. cit., t. i, p. 166-169, 174-178. Assen II, voyant la mauvaise tournure que prenaient pour lui les événements, joua encore de ruse et s'entendit avec les Francs contre Vatatzès. C'en fut assez pour que Grégoire IX, l'ennemi irréconciliable des Grecs, passât l'éponge sur tous les mélaits du tsar bulgare et donnât contre-ordre à la croisade hongroise. Du -reste, cette alliance des croisés et des Bulgares n'eut qu'une durée éphémère. Au siège de Tchourlou, 1239, Assen II apprit tout à coup que sa femme, son fils et le patriarche Joachim étaient morts de la peste à Tirnovo; croyant à une vengeance du ciel, qui le punissait ainsi d'avoir violé sa parole et ravi sa fille Hélène à son mari, il abandonna les Latins, se réconcilia avec Vatatzès, rendit Hélène à Théodore Lascaris et épousa luimême une princesse grecque. Il mourut en juin 1241, laissant le souvenir d'un prince glorieux, valeureux sur les champs de bataille, ami des lettres et des arts, et aussi — convient-il d'ajouter — d'un homme infidèle à presque tous ses engagements. C. Jirecek, Geschichte der Bulgaren, p. 260-262.
BULGARIE
Quatre ans plus tard, le 21 mars 1245, Innocent IV faisait apporter à Caloman Ier, son (ils, une lettre très affectueuse, dans laquelle il lui exposait la primauté des successeurs de Pierre et l'invitait à rentrer dans le giron de l'Église, s'engageant à convoquer dans ce but un concile général et à recevoir ses délégués avec honneur et avec une joie cordiale. ïheiner, op. cil., t. i, p. 196-197; Hurmuzaki, op. cit. t. 1, p. 225-227. On ne connaît pas la nature des relations, qui existèrent entre Rome et les tsars Michel Assen, 1246-1257, Caloman II, 1257, et Constantin Assen, 1258-1277. Comme ce dernier avait pris fait et cause avec les Serbes et les Bulgares pour Charles d'Anjou, roi de Sicile, contre Michel VIII Paléologue, l'empereur grec publia en 1272 un chrysobulle qui redonnait à l'archevêché gréco-bulgare d'Ochrida toute l'extension qu'il avait eue sous le tsar Pierre, aux termes mêmes des chrysobulles de Basile II. C'était, par suite, nier l'existence du patriarcat serbe d'Ipek et du patriarcat bulgare de Tirnovo, qui s'étaient constitués aux dépens de l'archevêché d'Ochrida. Michel VIII ne se contenta pas de cette réglementation intérieure et, en somme, assez inofl'ensive : il s'elforça d'obtenir du pape, en 1274, au concile de Lyon, la reconnaissance officielle des anciens droits de Justiniana prima ou Ochrida, tels que les concevaient les Byzantins de l'époque, reconnaissance qui aurait amené l'annulation immédiate des privilèges d'Ipek et de Tirnovo. Sa démarche ne parait pas avoir abouti. D'ailleurs, Michel VIII ne tarda pas à s'unir d'amitié avec les Bulgares et, en 1277, au concile des Blaquernes tenu par Jean Veccos, le patriarche de Tirnovo, Joachim, accepta l'union qui venait d'être conclue entre l'Église latine et l'Église grecque. Ce fait, d'ailleurs, demeura sans résultat, par suite de l'opposition irréductible de la tsarine Marine, une schismatique obstinée. Le 23 mars 1291, sur les instances de la reine catholique de Serbie, Hélène, le pape Nicolas IV écrivait au tsar Georges Terter el an patriarche de Tirnovo, Joachim. 11 rappelait à celui-ci sa présence au concile de 1277 et sa signature, apposée au bas des actes du concile de Lyon, l'engageant à répandre ses anciennes idées dans tout le royaume bulgare. Theiner, Monumenla hislor. Mungarorum, t. i, p. 375-377; Hurmuzaki, op. cil., t. I, p. 512-519. Tous ces rappels à l'antique foi restèrent vains, parce que les préoccupations politiques étaient ailleurs et — conséquence toute naturelle en Orient — ailleurs aussi les préoccupations religieuses. L'histoire signale encore une démarche, inutile du reste, en faveur de l'union, tentée en 1337 par le pape Benoit XII auprès du tsar Jean Alexandre. Theiner, op. cil., t. i, p. 617; Hurmu zaki, op. cil., t. I, p. 647.
L'Eglise de Tirnovo demeura presque toujours bornée à la principauté actuelle de la Bulgarie, moins la Boumélie orientale, mais avec quelques villes situées au |iied des Balkans. Sous la dernière dynastie, celle des Chichmanides de Viddin, 1323-1393, l'hégémonie politique, qui avait été, jusque-là, disputée entre Grecs et Bulgares, passa définitivement dans la péninsule à la nation serbe. Vers la lin duxive siècle, l'ancien royaume bulgare était émietté en trois parties; Chichman III régnail à Tirnovo, Sofia et Philippopoli; son frère, Jean Srazimir à Viddin; le prinre Dobrotiseh enfin à Varna et dans la Dobroudja, qui lui a emprunté son nom. L'Église de Tirnovo ne dépassait pas alors les limites bien ('truites du royaume de Chichman; quant à Dobrotisch et à Srazimir, ils s'étaient ralliés, eux et leurs États, au patriarcat grec de Constantinople. Le 17 juillet 1393, Tirnovo tombait aux mains des Turcs, après un siège mémorable, et le dernier patriarche, Euthyme, prenait le chemin de l'exil. L'année suivante, le patriarche byzantin confiai! au métropolite de Moldavie l'administration de l'Église bulgare, En 1398, Viddin Ouvrait ses portes aux envahisseurs turcs; c'en était fait,
pour près de cinq siècles, de l'indépendance nationale et de l'autonomie ecclésiastique.
C. Jirecek, Geschichte der Bulgare», p. 223-350: A. Xénopol, l'empire valacho-bulgare, dans la Revue historique, t. xi.vu (1891), p. 277-308; M., L'empire valacho-bulgare, dans l'Histoire des Roumains de la l)<u ie trajane, in-8", Paris, L896, t. i,
p. 172-180; Histuire générale du iv* siècle à nos jours, de Hambaud et Lavisse, t. n, p. 829-861 ; L. Lamouche, Le second empire bulgare, dans La Bulgarie dans le passé et dans le présent, in-12, Paris, 1892, p. 08-79; J. Markovich, Gli Slavi ed i papi, in-8°, Zagreb, 1897, t. II. p. 530-589; Th. Ouspenskij. La formation du second empire bulgare (en russe), Odessa, 1879; C. von Hufler, Die Yalachen als Begriinder des zweiten bulgarischen Reiehes, der Assaniden, HSG-1'Jôl, dans Sitzungsberiehte Wien. Akad.. t. xcv (1879), p. 229 sq. ; E. Goloubinski, Précis d'histoire des Églises bulgare, serbe et roumaine (en fusse), Moscou, 1871, p. 78-81, 204-282; V. Lah, De unionc liulgarorum cum Fevlesia romana ab anno 120-i-l'J34, dans Archiv fin- katholisches Kirchenrecht, t. xciv (1880), p. 193- 250; V. Vasilievskij, Le rétablissement du patriarcat bulgare sous le prince Jean Assen II, en l'année 1235, dans le Journal du ministère de l'Instruction publique (en russe), Saint-Pétersbourg, t. ccxxxvm (1885), p. 1-50, 200-238; Rattinger, Die Patriarchat-und Metropolitansprengel von Constantin uni die bulgarisehe Kirelie zur Zeit der Lateinerherschaft in Byzanz, dans Historisches Jalirbuch, t. I, fasc. 1 ; t. n, fasc. 1, de la Gorres-Gesellschaft, Munster, 1880; A. Meliarakis, 'Imofia toj?<«t;- V.u'oj t»;î Nixaia;, in-8", Athènes, 1878, passim. Un historien russe, E. Goloubinski, op. cit., p. 82-89, 89-106, a donné la liste des patriarches bulgares <le Tirnovo et celle des métropoles et des évêchés qui relevaient de ce patriarcat. Le dernier des patriarches bulgares de Tirnovo, Euthyme, s'est rendu célèbre dans la science ecclésiastique par ses nombreux ouvrages, qui ont en quelque sorte constitué une école littéraire. Voir sur Euthyme, C. Jirecek, op. cit., p. 444-447. E. Kaluzniacki a publié, en 1901, l'édition critique des œuvres de ce patriarche : Werke des Patriarches von Bulgarien, Kuthymius (1375-139:1). nach den besten Handschriften herausgegeben, in-S°, Vienne, et le panégyrique de ce prélat par son disciple, Grégoire Camblak, Aus der panegyrisclten Litteratur der Sudslaven, in-8°, Vienne. 1901. Sur ces deux ouvrages, voir la Revue d'histoire et de littérature religieuses, t. vu (1902), p. 534 sq.
VII. Le patriarcat gréco-bulgare d'Ochrida, 1393- 1767. — La chute de la Bulgarie indépendante allait modifier complètement la situation politique et religieuse de ce malheureux pays. Tous les territoires bulgares furent englobés par les vainqueurs dans le gouvernement général du Beblegr-beg de Roum-ili, qui résidait à Sofia et étendait son autorité sur presque toute la péninsule balkanique. Cette organisation, plus militaire qu'administrative, subsista, sauf quelques remaniements partiels, jusque dans les premières années du xixe siècle. Elle enserra si bien les indigènes dans ses multiples réseaux que, malgré la lourdeur des impôts et le sans-façon coutumier de les prélever, on ne compte qu'une légère tentative de révolte en 1595, au moment où Sigismond liathory, prince de Transylvanie, ('■tait en guerre avec les Ottomans. Les Bulgares privés de tous droits et considérés comme un vil troupeau — d'où le nom de raïa — furent soumis à des impositions énormes, tant au bénéfice de la Porte qu'à celui des seigneurs locaux. Quelques villes seulement obtinrent l'autorisation de s'administrer librement sous l'autorité de leurs chefs ou voiévodes, mais elles payèrent ce privilège d'exemption par la levée et l'entretien à leurs frais d'un certain contingent de troupes à mettre à la disposition des sultans.
L'histoire de l'Eglise oebridéenne durant les xv et xvie siècles est loin d'avoir encore dissipé toute obscurité. Au début du xv siècle, celle Église étendit de nouveau sa juridiction jusqu'au Danube. Un codex grec, décrit dans le Sbornih bulgare, 1901, t. xvinn, p. 132-170, contient de nombreux renseignements sur ce point, avec trois lettres du patriarche de Constantinople, de l'archevêque d'Ochrida et du basileus Manuel Paléologue. Nous y apprenons que le vieil archevêque d'Ochrida, Matthieu, connu déjà par une inscription de 1408, op. cil., p. 155,
BULGARIE
était venu à Byzance en juin 1110 et avait obtenu do l'empereur la confirmation des droits qui étaient mentionnés dans les chrysobulles de Justinien. Matthieu consacra ensuite les métropolites de Sofia et de Viddin et, malgré les protestations du patriarche byzantin, le successeur anonyme de Matthieu maintint les privilèges de son Église. C. Jirecek dans la Byzant. Zeitschrift, t. xiii (19(H), p. 198. Nous savons qu'en 1456 son archevêque Dorothée fut prié par le prince de Moldavie de pourvoir à la vacance du siège métropolitain de sa principauté. Glasnik, t. vu, p. 177. Cette demande et la réponse favorable de Dorothée sont des preuves irrécusables que la juridiction d'Ochrida s'étendait alors sur cette contrée, ainsi que, du reste, sur la province de Houngro-Valachie. Il est difficile de préciser en quoi consislait cette suprématie religieuse, qui parait s'être maintenue sur le futur royaume de Roumanie, au moins jusqu'aux premières années du XVIIIe siècle, en dehors de la nomination du métropolite, dont l'histoire nous présente plusieurs autres cas, et de l'influence liturgique qui s'est fait sentir presque jusqu'à nos jours. Sous le patriarcat de Prochore, 1523-1549, se passe un fait étrange, qui nous a été révélé par une pièce récemment publiée et une autre encore inédite, et qui projette un jour nouveau sur l'histoire agitée de cette Église. En dehors de la Moldo-Valachie, le titulaire d'Ochrida étendait autrefois sa juridiction sur les diocèses de langue et de nationalité serbes. Or, ces Slaves, frères aînés des Bulgares, parvinrent au xmc siècle, avec l'aide intéressée des Byzantins, à détacher plusieurs éparchies d'Ochrida pour en constituer le patriarcat national d'Ipek. Cette Église serbe survécut à la dynastie qui l'avait créée, mais lorsque, en 1459, Sémendria, le dernier boulevard de l'indépendance nationale, tomba au pouvoir des Turcs, Mahomet II résolut d'enlever aux vaincus la dernière parcelle d'autonomie en incorporant leur Église à l'archevêché gréco-bulgare d'Ochrida. Durant cette période de 98 ans, 1459-1557, les titulaires d'Ochrida s'intitulent : « archevêques de Justiniana prima, de tous les Bulgares, des Serbes et des autres. » Il en tut ainsi jusqu'en 1557, où Macaire Sokolovich, frère du grand-vizir renégat Mehmed, obtint qu'on relevât en sa faveur le patriarcat serbe d'Ipek, qui subsista jusqu'en 1766. Ce rétablissement d'Ipek rétrécit considérablement le territoire d'Ochrida; par là elle perdit non seulement tous les anciens évêchés qui avaient dépendu d'Ipek, mais encore Viddin, Sofia, Samokof, Kustendil, Schtip, Kratovo et Uskub. Voir Archiv fur slavisdie Philologie, t. ix, x, xxv (1903), p. 468-473. Tout cela était connu depuis longtemps, mais ce qui l'est beaucoup moins, c'est que, même avant l'heureuse entreprise de Macaire Sokolovich, les Serbes avaient essayé de reconstituer le patriarcat national et qu'ils y avaient un moment réussi. Voici le fait. L'archevêque Prochore d'Ochrida, élu en 1523, se rendit en Palestine pour accomplir le pèlerinage des Lieux saints, laissant la garde de son éparchie au diacre Paul. Ce voyage s'accomplit entre les années 1523 et 1530. Le diacre Paul parait avoir eu des difficultés avec le gouvernement turc au sujet de la perception des impôts; il se rendit donc à Constantinople pour s'entendre avec le grand-vizir Ibrahim pacha, renégat grec, qui était son proche parent. Ou ne sait pas au juste ce qui se passa dans cet entretien, toujours est-il que Paul revint de Stamboul avec l'autorisation du grand-vizir de restaurer le patriarcat d'Ipek et d'en être le premier titulaire. Cette nouvelle création de l'Eglise serbe s'était faite, bien entendu, aux dépens de l'Église bulgare d'Ochrida. L'archevêque Prochore en fut informé en Palestine; il se hâta, comme bien on pense, de terminer ses dévotions et d'accourir à la capitale réclamer son bien. Sur son avis, le patriarche œcuménique, Jérémie Ier, réunit son synode, qui déposa Paul, l'excommunia lui et tous ses succes-
DICT. DE TIIÉOL. CATHOL.
seurs, et replaça l'archevêché d'Ipek sous la juridiction d'Ochrida, septembre 1530. Papadopoulos Kerarneus a publié l'acte de Jérémie Ier dans les Vyzantiskij Vremennik, 1896, t. m, p. 119 sq. L'intrus s'est-ii soumis à cette décision ? C'est peu probable. Il a dû rester en possession du siège d'Ipek jusqu'à la mort violente de son parent, le grand-vizir Ibrahim pacha, 1534, et alors Ipek aura été supprimé pour être de nouveau rétabli en
J'ai puisé ces renseignements à la pièce publiée par M. Papadopoulos Kerarneus et déjà éditée en 1876 par Pavlov dans le Tchtéma vo imperators Rom, etc., Moscou, 1876, fasc. 4, et surtout à une lettre encore inédite, que Denys, métropolite de Castoria en Macédoine, adressait sur cette affaire, le 12 novembre 1716, au patriarche de Jérusalem, lettre qui m'a été obligeamment communiquée par le R. P. Petit. Le métropolite Denys avait parcouru tout le dossier de cette affaire, qui malheureusement ne nous est parvenu qu'en partie.
Ces bons archevêques d'Ochrida étaient tiraillés sans cesse entre les Turcs, qui grevaient leurs finances d'impôts lourds et tracassiers, et leurs ouailles qui refusaient de se laisser tondre sans mordre la main de leurs pasteurs. A présenter trop haut ou trop fort leurs récriminations contre des abus aussi monstrueux, ils risquaient beaucoup de perdre leur place ou leur tète, comme Dorothée en 1466, Balamos, décapité vers 1600, et Mélèce en 1644, sur l'ordre du grand-vizir. La situation pourtant était encore tolérable aux xv« et xvic siècles et durant la première moitié du xvne. Choisis presque toujours parmi les membres des familles indigènes, les pasteurs d'Ochrida ne se heurtaient pas à une opposition irréductible de la part de leurs subordonnés. Quand le malaise se faisait par trop sentir dans leurs finances, ils prenaient le chemin de la Russie, comme Gabriel en 1586, Nectaire en 160i, Denys vers 1660, etc., et ces bonnes âmes slaves, touchées des souffrances de leurs frères dans l'orthodoxie, s'empressaient de vider leurs économies dans l'escarcelle des augustes voyageurs. Parfois même ceux-ci, pour ne pas tirer continuellement sur leurs propres troupes, prenaient le chemin de l'Occident. Ils se disaient alors catholiques, comme Porphyre vers 1600, Athanase en 1606, Abraham en 1629, Mélèce vers 1640, L. Allatius, De consensu utriusque Ecclesisc, p. 1092, bien que leur catholicisme de commande se bornât d'ordinaire à mendier des aumônes auprès de la cour romaine et à lui adresser de chauds remerciements, après les avoir reçues.
Du jour où l'élément slave et indigène se vit opprimé par l'élément grec et phanariote, commença pour cette Église la plus sombre existence. Une lecture même rapide des actes synodaux que vient de publier M. Gelzer suffit à nous donner une idée adéquate, et bien triste, hélas ! des embarras multiples que rencontraient les patriarches d'Ochrida. A partir de la seconde moitié du xviie siècle, le changement continuel des titulaires apparaît comme la suite naturelle d'intrigues fort peu édifiantes, qui se déroulaient entre les divers solliciteurs. De 1650 à 1700, on ne compte pas moins de 19 démissions forcées ou dépositions de patriarches — chiffre relativement peu élevé en comparaison de l'Église du Phanar qui en vit à la même époque jusqu'à 34. Jetons un regard sur les pièces officielles récemment éditées, elles nous diront, avec leur sèche éloquence, de combien de tristesses et d'ignominies furent tissés les derniers jours de ce malheureux patriarcat. Germain monte sur le siège d'Ochrida le 8 mai 1688 et déjà, le 8 août 1691, le synode reconnaît en le déposant qu'il a été négligent à payer le tribut au gouvernement impérial, qu'il a fait des dépenses inutiles et mis l'Église dans la situation la plus délicate vis-à-vis du pouvoir civil. Grégoire, métropolite de Néai Patrai, lui succède et, au mois d'août 1693, il confesse son indignité, offre