VI. Les dernières années du concile de Bai.e, après
LA RÉUNION DU CONCILE DE FERRARE- l'i.i IRENCE ; SES DÉ- CRETS SCHISMATIQUESJ ÉLECTION D'UN ANTIPAPE; FIN DU
CONCILE (1438-1449). — Dès lors, il y eut deux conciles en face l'un de l'autre : l'un présentant tous les caractères d'une assemblée légitime et solennelle de l'Eglise, auquel assistaient le pape, l'empereur Jean Paléologue, nombre de dignitaires et de théologiens grecs, d'arche-
vêques et d'évêques latins. L'autre, assemblée tumultueuse, où s'agitait une démocratie ecclésiastique de professeurs et de simples prêtres, plus ou moins dirigée par le cardinal d'Arles et quelques évêques. Mais le concile de Bàle avait pour lui le demi-appui qu'il trouvait en France et en Allemagne. Là, tout en reconnaissant Eugène IV comme le pape légitime, on ne voulait pas rompre avec les Bàlois. En France, l'assemblée des évêques réunis à Bourges (mai-juin 1438) adoptait vingt-trois décrets de Bàle, et la Pragmatique sanction, promulguée par Charles VII à la demande de l'assemblée (7 juillet 1138), les transformait en loi de l'Etat. En Allemagne, après la mort de Sigismond, survenue le 9 décembre 1437, la neutralité fut adoptée par les princes. Quand Albert d'Autriche eut été élu roi des Bomains (mars 1438), ils envoyèrent des ambassadeurs à Ferrare et à Bàle. A la diète de Mayence, on décida d'accepter les décrets de réformation de Bàle, moyennant les additions et les modifications que l'on jugerait opportunes. Cette résolution fut consignée dans Vinstrumentum acceptationis du 26 mars 1439. Le roi d'Angleterre seul était pleinement du côté d'Eugène IV; en revanche, le roi d'Aragon, le duc de Savoie et le duc de Milan soutenaient ouvertement le concile. Si les Bàlois avaient eu autant d'esprit politique que de passion, ils auraient pu tirer parti d'une telle situation. ^Eneas Sylvius entrevoyait un moyen, le recours aux princes séculiers, et écrivait cyniquement : Omnes liane (idem Iiabemus quam nostri principes, qui, si colerent idola, elnosetiam coleremus, et, non solum papam,sedChristuni etiam negaremus, seculari poteslate urgente, quia refriguit caritas et omnis interiit fides. Mais le concile ne s'engagea pas dans cette voie, où devaient marcher sans scrupule les réformateurs du siècle suivant. Malgré les efforts de l'archevêque de Palerme, qui, tout en restant fidèle au concile, s'efforçait de le modérer, il devint de plus en plus révolutionnaire. Le 24 janvier 1438, il prononça la suspense contre Eugène IV; le 24 mars (XXXIIe session), il déclara la réunion de Ferrare un conciliabule schismatique, comme en contradiction avec les décrets de Constance; puis il chercha à établir que le pape Eugène IV était hérétique, parce qu'il ne reconnaissait pas la supériorité du concile général. Le cardinal d'Arles, appuyé par le théologien espagnol Jean de Ségovieet le français Thomas deCourcelles, réussit, en dépit des répliques de l'archevêque de Palerme, à faire voter, dans la XXXIIIe session (16 mai 1439), les trois propositions suivantes comme veritates fidei calliolicm : 1° Un concile général est au-dessus du pape; 2° Le pape ne peut ni transférer, ni ajourner, ni dissoudre un concile général; 3° Quiconque contredit obstinément ces deux vérités doit être tenu pour hérétique. En conséquence, le 25 juin suivant, le même cardinal d'Arles fit voter dans la XXXIVe session, la déposition formelle du pape, déclaré hérétique obstiné. Beaucoup d'évêques avaient refusé de paraître à la session. On n'en vit aucun d'Espagne, un seul d'Italie, avec un abbé; en tout vingt prélats, parmi lesquels sept évêques seulement; mais on y compta trois cents docteurs ou simples prêtres. Le 5 novembre, un conclave où ne se trouvait qu'un seul cardinal, Louis d'Aleman, à qui on avait adjoint trente-deux électeurs, élut un nouveau pape, en la personne du duc de Savoie, Amédée VIII, qui prit le nom de Félix V. Le concile confirma l'élection le 17 novembre dans sa XXXIXe session.
Le pape et le concile manquaient également de prestige ; d'ailleurs quel qu'eût été l'élu, le seul fait d'avoir nommé un antipape et renouvelé le schisme perdait le concile de Bàle. Les princes chrétiens et les fidèles avaient accueilli avec douleur, quelques-uns par d'énergiques protestations, la déposition d'Eugène IV. Félix V ne fut reconnu que par la Savoie, Milan, une partie de la Suisse, Bàle, Strasbourg, la Bavière, l'Ecosse qui se
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détacha de lui en 1442. La France reconnut toujours Eugène IV. Le pape, approuvé par le concile de Florence, avait, par la constitution Moyses (4 septembre 1439), réluté les prétendues veritates /idei catholicse proclamées dans la XXXIIIesessiondeBàle ; on en déclara les auteurs hérétiques ; on les accusa d'avoir faussé le sens des décrets de Constance ; on assimila leur réunion au brigandage d'Ephèse; on qualifia la déposition du pape (Tinexpiabile scelus ; on prononça l'excommunication et la déposition de tous ceux qui faisaient partie de l'assemblée de Baie ; enfin on annula leurs décisions.
La dernière séance solennelle du concile de Bàle eut lieu le 16 mai 1443. Il végéta encore plusieurs années comme un fantôme d'assemblée, tandis que le nouvel empereur, Frédéric III, travaillait à procurer la paix de l'Église. En 1448, après le concordat de Vienne, le concile fut chassé de la ville d'empire et se transporta à Lausanne, où il survécut encore une année; en 1449, enfin, il fit sa soumission au pape Nicolas V, après l'abdication de l'antipape Félix V.
VII. De l'autorité du conxile de Bale. — Le concile de Bâle est-il œcuménique ; et, s'il l'est, quelle est la valeur de ceux de ses décrets dogmatiques qui visent le pouvoir pontifical? Quatre opinions sont ici en présence. L'une, qui était celle des gallicans les plus avancés, comme Richer, et qui ne peut plus être soutenue sans hérésie: le concile de Bàle est absolument et tout entier un concile œcuménique et ses définitions dogmatiques sont articles de foi. La seconde, qui était celle des gallicans modérés, de Bossuet en particulier, et qui compte encore des partisans : le concile de Bàle est œcuménique jusqu'à la fin de 1437, date de sa translation à Ferrare ; Eugène IV lui-même, en 1416, l'a qualifié de concile général; il s'est borné à le transférera Ferrare; or le concile de Ferrare-Florence est considéré comme œcuménique; ce concile n'est que la continuation de celui de Bàle, donc celui-ci doit participer au même caractère d'œcuménicité. La troisième, dont les partisans sont encore plus nombreux, admet l'œcuménicité des seize premières sessions et raisonne ainsi: Que faut-il pour qu'un concile soit œcuménique? qu'il soit légitimement convoqué par le souverain pontife et présidé par lui-même ou par ses légats; qu'il représente moralement l'Église universelle, tous les évêques ayant été convoqués et un nombre suffisant d'entre eux assistant au concile ; que les actes du concile soient confirmés par le pape, s'il n'a pas présidé lui-même. Or, dit-on, rien de tout cela n'a manqué aux seize premières sessions du concile de Bàle. Le concile a été légitimement convoqué. Le pape Martin V a positivement confirmé l'acte du concile de Pavie-Sienne indiquant le prochain concile à Bàle, pour 1431, Mansi, t. xxvin, col. 1071-1074; Labbe, t. xn, col. 257 ; Hardouin, t. vm, col. 895 ; il a convoqué le concile et en a désigné le président par les deux bulles du 1er février 1431, Dum onus et Nuper siquidcm. Mansi, t. xxix, col. 11 ; Labbe, t. xn, col. 466; Hardouin, t. vm, col. 1109. Eugène IV a confirmé la convocation et la délégation par la bulle Certificali. Mansi, t. xxix, col. 13; Labbe, t. xn, col. 469; Hardouin, t. vm, col. 1113. Dans la Ire session du concile, on a lu tous les décrets qui le constituaient et le concile s'est déclaré canoniquement assemblé. A peine arrivé à Bàle, le légat Césarini a confirmé tout ce qui s'était fait in statuendo et firmando concilium. Donc le concile était dûment et légitimement convoqué et constitué. Tous les évêques ont été invités à s'y rendre et, s'il n'y sont venus qu'en petit nombre, du moins l'adhésion de tant d'églises et d'universités prouve que ceux qui y étaient représentaient bien l'Église universelle. Sans doute, le concile a été dissous par la bulle Quoniam alto du 18 décembre 1431, Mansi, t. xxix, col. 564; Hardouin, append., t. vm, col. 1578, et ses actes à l'égard du pape annulés par la bulle In arcano de
septembre 1133. Mansi, t. xxix, col. 81; Hardouin, t. vm, col. 1175. Mais ces deux bulles ont éié annulées à leur tour par la bulle Duclum sacrum de décembre 1433. Mansi, t. xxix, col. 78; Hardouin, t. vm, col. 1172. Le pape et ses légats ont alors approuvé et confirmé ce qui s'était fait depuis la réunion du concile. 11 est vrai que les actes suivants, du 5 février 1434, date de la XVIe session où fut lue la bulle Dudum sacrum, au 30 décembre 1437, date de la translation à Ferrare, n'ont pas été confirmés par le souverain pontife et que par conséquent il leur manque quelque chose d'essentiel ; il est vrai aussi qu'à partir du 30 décembre 1437, le concile de Bàle n'est plus qu'une assemblée particulière et même schismatique. Mais cela n'infirme nullement l'autorité des seize premières sessions qu'on doit tenir pour œcuméniques.
Les partisans de la seconde et de la troisième opinion se partagent eux-mêmes en deux camps ; les uns — ce sont des gallicans, en particulier Bossuet dans la Defensio declaralionis cleri gallicani, dont la thèse ne peut plus ê!re soutenue aujourd'hui — disent que le concile ayant été œcuménique, soit jusqu'au 30 décembre 1437, soit jusqu'au 5 février 1434, tous ses décrets dogmatiques antérieurs à l'une de ces deux dates, font autorité, et c'est là-dessus qu'ils s'appuient pour affirmer la théorie de la supériorité du concile sur le pape, au moins en certains cas. Les autres, tout en tenant pour l'œcuménicité du concile, affirment que, certains actes de ce concile, comme d'autres conciles œcuméniques, ont été laissés en dehors de l'approbation pontificale, notamment tous ceux qui concernent la théorie des rapports du pape et du concile. Sous cette réserve qui, nous allons le montrer, est absolument fondée, on peut admettre, Bellarmin lui-même n'y contredit pas, la seconde ou la troisième opinion. L'une et l'autre semblent autorisées par les paroles d'Eugène IV à ses légats au Reichstag de 1446, paroles auxquelles nous avons fait allusion, à savoir que « de même que ses prédécesseurs avaient accepté et honoré les concilia generalia canonice eclebrata, de même lui aussi acceptait et honorait les generalia concilia Constantiense ac Basilcense ab ejus initio usque ad translationem per nos factam, absque tamen prxjudicio juris, dignitatis et prœeminentisc sanctse sedis apostolicse ac potestalis sibi et in eadem canonice sedenti in persona B. Pétri a Christo concessse ». Raynaldi, an. 1446, t. xxvm, n. 3.
Selon la quatrième opinion, qui est la nôtre et qui tend à devenir la plus générale, le concile de Bâle, bien que convoqué pour être un concile œcuménique, ne l'a jamais été de fait. Les paroles d'Eugène IV que nous venons de rapporter n'ont pas la portée qu'on leur attribue ; elles ont été écrites en un moment où le pape était obligé d'user d'une très grande prudence, en plein conflit avec les électeurs allemands qui voulaient le forcer à reconnaître les décrets de Bàle et de Constance ; il s'y refusa, mais il devait éviter toute expression blessante, tout ce qui eût pu soulever l'opinion. Quant au fait que le concile de Ferrare-Florence, tenu pour œcuménique, n'est que la continuation du concile de Bàle, il importe peu ; le concile de Bâle-Ferrare-Florence, si on veut l'appeler ainsi, n'est devenu œcuménique que du jour où il a réuni toutes les conditions qui font l'œcuménicité; or ces conditions ne se sont trouvées réalisées qu'à Ferrare, puis à Florence. Sans doute, on peut regarder le concile de Bàle comme régulièrement convoqué et constitué en septembre 1431 : « Je dis, a écrit Bellarmin, que le concile de Bàle fut légitime dans son commencement. » De conciliorum auctoritate, 1. II, c. xix ; et De Ecclesia militante, 1. III, c. xvi. Mais, il est impossible de le considérer comme la représentation de l'Église universelle, à cause du nombre dérisoire des évêques qui y ont pris part; l'adhésion des évêques français assemblés à Bourges, en 1432, non plus que leur
BALE (CONCILE DE
attitude en 1438 et celle d'wn certain nombre d'évêques allemands jusqu'en 1449, ne suffisent point à pallier ce défaut; d'ailleurs toutes les décisions ont été viciées par le vote d'ecclésiastiques qui n'y avaient nul droit et ont l'ait la majorité; enlin, dans les circonstances les plus graves, les légats n'ont pas joui de la liberté nécessaire et n'ont pas pu agir conformément aux intentions du souverain pontife, notamment le 2i avril 1434. Voir cidessus.
Le pape n'a pas confirmé les actes du concile antérieurs à la bulle Dudum sacrum; nous avons cité plus haut les termes dont il s'est servi; il y reconnaît simplement que le concile a bien lait de poursuivre ses séances et il en approuve la continuation. C'est ce qu'Eugène IV déclara catégoriquement au cardinal Césarini lui-même, en présence du dominicain Torquemada, qui a consigné ses paroles: Nos quidem bene progressum concilix approbavimus, volentes ut procéderai ulinccperat, non tamenapprobaviniusej us décréta. Et de même, dans la lettre aux légats de 1446 que nous avons citée plus haut, il a soin de dire abaque tamen prœjudicio juris, dignitatis et prseeminenlise sanclœ sedis apostolicse. Quant aux légats, ce n'est qu'en leur propre nom, propriis nominibus, et point au nom du pape, qu'ils ont consenti, le 24 avril 1434, à reconnaître les décrets de Constance renouvelés par les Pères de Bàle ; ils n'assistèrent point à la XVIIIe session où le concile de Bàle réitéra ces décrets après sa réconciliation momentanée avec Eugène IV. Voir la discussion de ces textes dans Noël Alexandre, Historia ecclesiastica, Lucques, t. ix, p. 464 ; Cecconi, Studi slorici sul concilio di Firenze, t. I, p. 56; Het'ele, Histoire des conciles, trad. Delarc, t. xi, p. 276.
Le concile de Bàle n'est donc point œcuménique: 1° parce qu'il n'a pas représenté moralement l'Eglise universelle; 2° parce que ses actes n'ont pas été confirmés par le souverain pontife.
Loin de l'avoir été, ses décrets dogmatiques relatifs à la supériorité du concile, les seuls qui aient de l'importance, ont été désapprouvés d'abord, puis condamnés (en attendant Pie II, Léon X et le concile de Latran), par Eugène IV lui-même et par le concile de Florence. Nous lisons dans le mémorandum adressé aux princes, en 1436 par le pape: lnnovarunt prseterea duo décréta qùondam Cunstanliensis cvncilii, illa extra terminus svos et ad alios casus, quam fuerat constituent iu m intenlio, extentendo in magnum periculum monarchise ccclesiasticse et prsejudicium sanctae apostolicse sedis;
l'Il.EJENDENTES IPSI NON A RoMANA EcCLESIA, PROVT OMNES CATEOLICI DOCTORES PROFITENTUR ET DOCENT, 1PSA GENERALIA CONCILIA HARERE ROBUR ET POTESTA-
tem, postquam fuerunl apostolica auctoritate congregata, et per hoc quasi denegantes concilia GENERA-