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V. Effets. Vl. (.'sage du baptême

I. FIGURES ET prophéties. — 1° Figures. — On peut les diviser en deux catégories, suivant que leur caractère figuratif est indiqué par l'Écriture elle-même ou par la tradition. Nous ne nous occuperons ici que des premières. Il y en a six : 1» le déluge et l'arche, I Pet., ni, 20, 21, images du vieil homme dont les péchés sont anéantis par l'eau baptismale, et de l'homme nouveau qui est sauvé de la mort spirituelle en entrant dans l'Église; 2° la nuée m iraculeuse qui conduisait les Hébreux au désert, I Cor., x, 2, les éclairant pendant la nuit et les garantissant du soleil pendant le jour, symbole du baptême qui illumine l'âme des croyants et amortit en eux les feux de la concupiscence; 3° le passage de la mer Rouge, I Cor., x, 2, dont les deux circonstances principales, la délivrance des Hébreux et la submersion des Égyptiens, représentent l'âme délivrée de ses péchés par l'eau baptismale, et ses ennemis réduits à l'impuissance; 4° le rocher d'où Moïse fit jaillir de l'eau au désert, image du Christ qui sauve les croyants par l'eau baptismale, I Cor., x, 4; 5" la sépulture du Sauveur, figure du baptême, d'après saint Paul, Bom., VI, 4, sans doute parce qu'il est la mort du vieil homme et la production du nouveau; G0 enfin et surtout la circoncision, qui était dans l'Ancien Testament ce que le baptême est dans le Nouveau. De même en effet qu'elle était le signe de l'alliance de Jéhovah avec son peuple et l'acte par lequel les hommes étaient officiellement agrégés à la nation juive, de même le baptême nous incorpore à Jésus-Christ et à l'Église. Aussi les deux rites sont-ils rapprochés l'un de l'autre à plusieurs reprises, par l'apôtre saint Paul. Il enseigne que les chrétiens sont circoncis d'une façon spirituelle en Jésus-Christ, ayant été ensevelis avec lui par le baptême, et étant ressuscites avec lui par la foi. Col., il, 11, 12. Il ajoute que la vraie circoncision juive, celle qui était efficace devant Dieu, et par conséquent la figure vivante du baptême, n'est pas la circoncision purement extérieure et charnelle, séparée de l'observation des commandements, mais la circoncision qui suppose l'accomplissement de la loi. Rom., n, 20,29. A la différence du baptême, qui est en même temps signe et cause de la grâce, la circoncision n'était que le signe de la justification obtenue par la foi, signaculum justitix fidei. Rom., iv, 11. Pour plus de détails, voir Circoncision. Ces figures, dont la signification typique indiquée par les écrivains sacrés est indéniable, seront reprises et développées, avec d'autres, par les Pères. Voir Baptême chez les Pères.

2° Prophéties. — Certains commentateurs ont cru voir l'annonce du sacrement de baptême dans différents passages de l'Ancien Testament, dont les principaux sont : IV Reg., u, 21; Ps. xxm, 1-3; L, 7; exil, 3-5; Is., i, 16; xii, 3; i.v, 1 ; lu, 1-3, 15; Ezech., xvi, 5, 8-10; xxxvi, 25; xlvii, 1, 8, 12; Mich., vu, 19; Zach., xin, I; xiv, 8. Mais, suivant la très juste remarque de l'abbé Corblet, « parmi les prophéties qui paraissent se rapporter au baptême, il en est qu'on ne peut assurément considérée que comme d'ingénieux rapprochements imaginés par les Pères et les commentateurs. » Histoire du sacrement de baptême, Paris, 1881, t. i, p. 28. Le savant historien cite les textes que nous avons indiqués, avec quelques mots de commentaire, en ayant soin de dire qu'il laisse < aux commentateurs la responsabilité de leurs interprétations ». Ihid. C'est qu'en effet celles-ci sont hasardées en général, et on ne saurait y attacher une sérieuse importance, sauf peut-être en ce qui concerne le passage d'Ézéchiel, XXXVI, 25, qui fait tenir à Jéhovah le langage suivant : Kjfundam super i'os aquam mundam, et mundabimini ab omnibus inquinamentis vestris. Ce texte fait partie d'une prophétie dont plusieurs traits paraissent messianiques. Aussi des commentateurs autorisés, entre autres le I'. Knabenbauer, lu Ezechielem, Paris, 1890, p. 372, n'hésitent pas y voir l'annonce prophétique du baptême.

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II. Institution. — A côté et au-dessus du baptême de saint Jean (voir Jean-Baptiste), l'Écriture en mentionne un autre, distinct du premier et supérieur à lui sous tous les rapports. Le texte sacré ne dit pas en propres termes que c'est Jésus-Christ lui-même qui a institué le baptême chrétien, mais il le dit d'une façon équivalente. Nous voyons, en effet, le divin Sauveur non seulement donner à ses apôtres, après la fondation de l'Église, l'ordre de baptiser toutes les nations, Matth., xxviii, 19, mais affirmer, dès le début de son ministère public, la nécessité d'une régénération spirituelle pour entrer dans le royaume de Dieu, Joa., III, 1-8; et l'ensemble de ce dernier passage est tel, qu'il ne peut désigner que le baptême chrétien. On y trouve l'annonce d'un rite nouveau, dont Jésus-Christ est le premier à proclamer la nécessité universelle : Nisi quis renatus fuerit ex aqua et Spiritu Sanclo, non potest introire in regnum Dei; un rite extérieur et visible, puisque l'eau doit y jouer un rôle important; enfin, un rite sanctificateur, puisque, par l'action combinée de l'eau et du Saint-Esprit, il ouvre l'entrée du royaume de Dieu et produit dans l'âme une vie nouvelle d'ordre supérieur à celle de la nature. Ce sont précisément les traits caractéristiques du baptême chrétien.

Faut-il en conclure que le sacrement a été institué dans cette circonstance, ou même quelque temps auparavant, lors du baptême de Jésus-Christ? Les deux opinions ont leurs partisans, et la seconde parait être la plus commune. C'est celle de saint Thomas, entre autres, Sum. theol., IIIa, q. lxvi, a. 2, et le catéchisme du concile de Trente l'a adoptée, part. II, c. xx. Le principal argument scripluraire qu'on fait valoir en faveur de ces deux opinions est tire du baptême administré par Jésus-Christ, ou plutôt par ses apôtres, peu de temps après son entretien avec Nicodème. Joa., m, 22 ; iv, 1, 2. Si saint Jean attribue à Jésus les baptêmes conférés par ses apôtres, c'est qu'on rapporte souvent l'action à celui au nom de qui elle est exécutée par d'autres. Mais s'agit-il là du baptême chrétien? Oui, disent les partisans des deux opinions précédentes, car le Christ n'a pas pu vouloir conférer le baptême de saint Jean. C'est la raison que donne, entre autres, saint Augustin : Numquid faserat ut baptisnio Joannis baptizaret sponsus, id est, baptisnio amici vel servi"? Epist., xliv, ad Eleusium, c. v, 10, P. L., t. xxxiii, col. 178; et son opinion est suivie par un grand nombre d'exégètes et surtout de théologiens. Voir Knabenbauer, Commentarius in Evangelium secundum Joannem, Paris, 1898, p. 152, qui réfute, d'ailleurs, ce sentiment, en faisant observer, avec Estius, que ni le mystère de la sainte Trinité, ni la divinité de Jésus-Christ n'étaient pas encore publiquement annoncés, peut-être même pas suffisamment connus des disciples, et que, dès lors, il est difficile de croire que les apôtres aient donné le baptême chrétien. Cette dernière opinion, déjà émise par Tertullien, De baptismo, c. xi, P. L., t. i, col. 4212, est aujourd'hui celle de la majorité des exégètes, qui regardent plutôt le rite en question comme une imitation du baptême d'eau conféré par le précurseur, et une sorte de préparation imposée à ceux qui voulaient être disciples de Jésus. VoirFillion, Commentaire de l'Evangile de saint Jean, Paris, 1887, p. 58. Aussi, d'après une troisième opinion, il faudrait placer l'institution du sacrement après la résurrection de Jésus-Christ, quand les apôtres reçurent l'ordre d'enseigner et de baptiser toutes les nations. Matth., xxvm, 19. Les données scripturaires sont insuffisantes pour résoudre le problème avec certitude. Il est pourtant assez probable que le sacrement a été institué avant la passion; et, si l'on tient compte de l'économie sacramentelle générale, on peut croire qu'au inoins les apôtres ont été baptisés avant cette époque, puisqu'ils ont reçu l'eucharistie et l'ordre le soir du jeudi saint. Matth., xxv, 14-. Beaucoup de protestants

actuels prétendent que Jésus n'a pas institué le baptême chrétien. Selon eux, il n'a fait qu'accepter et confirmer, en le continuant, le baptême de Jean, qui demeure, pour lui comme pour son précurseur, le vivant symbole de la purification et de la repentance. Ce n'est que plus tard, dans la première communauté chrétienne, que le baptême conféré au nom de la Trinité a été regardé comme l'initiation nécessaire des chrétiens, et comme produisant la grâce ex opère operato. Sur les différences entre le baptême de Jean et le baptême chrétien, voir Jean-Baptiste.

III. Bites constitutifs. — Ils sont au nombre de deux, que les théologiens ont appelés matière et forme du sacrement. La matière du baptême, qui est l'eau naturelle, peut être considérée soiten elle-même (matière éloignée), soit dans son application au baptisé (matière prochaine). La forme, ou formule qui doit accompagner l'application de l'eau, est celle-ci : Je te baptise au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Sur ces trois questions, l'Ecriture nous fournit des renseignements importants, mais contient aussi des passages ambigus qui ont besoin d'explication.

1° La matière employée pour le baptême (matière éloignée)est l'eau naturelle. — Quand Jésus-Christ fit à Nicodème la première révélation de son baptême, il mentionna l'eau comme un élément nécessaire pour produire la régénération qui devait donner à l'homme une nouvelle vie. Joa., ni, 5. Il s'agit bien là de l'eau réelle et sensible, subordonnée sans doute à l'esprit, mais n'en étant pas un simple symbole, comme le prétendaient quelques anciens protestants. L'eau et l'esprit sont les causes immédiates de la régénération surnaturelle. Et après l'ascension du Sauveur, les apôtres ont soin d'exécuter ses prescriptions, en baptisant les croyants avec de l'eau naturelle. C'est ainsi qu'eut lieu le baptême de l'eunuque de la reine Candace par le diacre Philippe, et celui du centurion Corneille par saint Pierre. Act., vm, 36-38; x, 47. Voir Schanz, Commentar ùber das Evangelium des heiligen Johannes, Tubingue, 1885, p. 168- 169; Knabenbauer, Comment, in Evang. sec. Joa., Paris, 1898, p. 140.

On objecte, il est vrai, le passage où le précurseur parle du futur sacrement comme d'un baptême conféré « dans l'Esprit-Saint et le feu », en l'opposant précisément à son propre baptême, qui était un baptême d'eau. Matth., m, 11. Donc, semble-t-il, l'eau naturelle est étrangère au sacrement. Cette difficulté, quoique réelle, de l'aveu des meilleurs exégètes (voir Corluy, Commentarius in Joannem, Gand, 1880, p. 76), est loin d'être insoluble. D'abord, rien n'empêche de croire que Dieu n'avait pas encore révélé tous les rites constitutifs du sacrement à saint Jean-Baptiste, qui pouvait, dès lors, en parler d'une façon un peu vague. Mais, même en admettant que le précurseur eût déjà une connaissance complète du futur baptême, on n'a pas le droit de tirer de ses paroles une conclusion qui n'y est pas renfermée. L'objection a le tort de supposer que la comparaison établie entre les deux baptêmes porte sur leur rite constitutif, tandis qu'elle concerne simplement leur efficacité générale. Le but de saint Jean, dans ce passage — le contexte le prouve d'une façon évidente — est de faire ressortir son infériorité personnelle vis-à-vis du Messie, et voilà pourquoi il affirme que Jésus établira un baptême autrement puissant et efficace que le sien. Autant l'action du feu l'emporte sur l'action de l'eau, autant le baptême de Jésus sera supérieur au sien, pour purifier l'âme de ses souillures. C'est là, aux yeux de saint Jean, le trait caractéristique qui distingue les deux baptêmes. L'expression et igni ne serait ainsi qu'une apposition aux mots Spiritu Sanclo On ne peut donc tirer de ce passage aucun argument en faveur de l'opinion protestant.' qui refuse de reconnaître l'eau comme matière nécessaire du baptême chrétien, et qui affecte d'y voir quelque chose de purement symbolique. — D'après une autre

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explication, qui ne fait d'ailleurs que compléter la première, l'antithèse énoncée par saint Jean aurait pour objet son propre baptême et l'initiation chrétienne tout entière, comprenant à la fois les deux sacrements de baptême et de confirmation. Les apôtres, en général, les administraient l'un après l'autre, et cette coutume, qui subsista longtemps chez les Latins, est encore en vigueur chez les Grecs. Presque tous les passages où il s'agit du baptême chrétien contiennent des allusions assez claires au sacrement de confirmation. Voir Confirmation. <in s'explique mieux, dés lors, la mention du Saint-Esprit et du feu dans la prophétie de saint Jean, surtout si on la rapporte à cette effusion merveilleuse du Saint-Esprit qui vint transformer les apôtres au jour de la Pentecôte. Jésus-Christ lui-même en avait parlé c.jinme d'un baptême dont l'action devait compléter celle du rite baptismal proprement dit. Act., i, 5. Voir Baptême PAR LE FEU.

2° L'eau dit baptême doit être appliquée (matière procliai ne) par ablution, c'est-à-dire soit par immersion, soit par infusion, soit par aspersion. — Le Nouveau Testament nous fournit peu de renseignements sur cette partie du rite baptismal. Saint Paul appelle le baptême '/ojTpov toj flSatoç, lavacrum aquee. Eph., v, 26. Cf. Tit., ni, 5 Le seul cas où le mode d'ablution soit mentionné d'une façon certaine est celui de l'eunuque de la reine Candace, baptisé par le diacre Philippe. « Tous deux (l'eunuque et Philippe) descendirent dans l'eau, et celuici le baptisa; et après qu'ils furent remontés de l'eau, l'Esprit du Seigneur enleva Philippe. » Act., vin, 38, 39. Le fait de descendre tous deux dans l'eau et d'en remonter ensuite suppose évidemment un baptême par immersion, sinon totale, au moins partielle. On a voulu nier la chose, sous prétexte qu'en cet endroit, appelé fontaine de Philippe, l'eau a très peu de profondeur, ce qui rend toute immersion impossible. Mais pour que cette objection fût sérieuse, il faudrait d'abord connaître avec certitude l'emplacement de la fontaine — ce qui n'est pas — et prouver ensuite que son niveau n'a pas changé depuis les temps évangéliques, ce qui parait difficile. Sans désigner l'immersion en termes aussi formels, saint Paul y fait pourtant une allusion manifeste, quand il dit que nous sommes ensevelis par le baptême. Rorn., vi, 4. Cette expression, rapprochée surtout de celle qui a été employée par Jésus-Christ pour caractériser l'action du sacrement, renaitre, ne peut s'appliquer qu'à l'immersion proprement dite.

Est-ce à dire qu'il n'y ait pas eu d'autre mode d'ablution baptismale au Ier siècle? Non, assurément, et le témoignage des anciens Pères, aussi bien que les données de l'archéologie chrétienne le prouvent sans conteste. Mais l'Ecriture n'en parle pas. Ce n'est qu'à l'aide d'une induction, d'ailleurs très légitime, qu'on y retrouve les traces très probables du baptême par infusion, et peutêtre aussi du baptême par aspersion. En elfet, sans parler des malades alités dont la plupart ne pouvaient recevoir le sacrement que de cette manière, l'Écriture mentionne plusieurs baptêmes qui ne peuvent bien s'expliquer que parle système de l'infusion. A deux reprises différentes, Act., IX, 18; xxii, 10, elle nous apprend (pie saint Paul se leva debout, dans la maison où il était, pour recevoir le baptême des mains d'Ananie. L'immersion, en pareil cas, ne se conçoit guère. De son côté, saint Paul, détenu en prison, convertit et baptisa son geôlier, avec les membres de sa famille. Act., xvi, 33. Difficilement, il aurait pu avoir recours à l'immersion. Cette difficulté eût été encore plus considérable quand il s'agit de baptiser, au jour di' la Pentecôte, les trois mille hommes qui se converlirentà la parole de saint Pierre. Act., Il, 41. (In a conjecturé que cette multitude avait été baptisée par aspersion ; mais ce n'est qu'une conjecture. Voir, en sens contraire, Corblet, Histoire du sacrement de baptême, Paris, 1881, t. i, p. 203.

3° La formule du baptême (forme) consiste en ces paroles : « Je te baptise au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.» — C'est la formule même qu'emploie l'Église latine. Les Crées se servent dune formule équivalente : Le serviteur de Dieu,N..., est baptisé au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.

L'invocation expresse des trois personnes de la sainte Trinité est nécessaire pour la validité du baptême, de l'aveu de tous les théologiens. Un ordre formel à cet égard fut donné par Jésus-Christ à ses apôtres avant l'ascension. « Allez, enseignez toutes les nations et baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. » Matth., xxviii, 19. Voir cependant Schanz, Commentâtïiber das Evangelium des heil. Matthaïis, Fribourg-en- Brisgau, 1879, p.559; Knabenbauer, Comment. inEvang. see. Matth., Paris, 1893, t. h, p. 563-564. Que cet ordre ait été fidèlement exécuté par les apôtres, on ne saurait en douter. Nous en avons d'ailleurs une preuve indirecte dans un passage du livre des Actes. Saint Paul, ayant un jour rencontré à Éphèse des disciples du Christ, leur demanda s'ils avaient reçu le Saint-Esprit. Ils répondirent : « Nous n'avons même pas entendu dire qu'il y a un Saint-Esprit. — Quel baptême avez-vous donc reçu? » leur demanda saint Paul. Act., xix, 2, 3. Cette réflexion de l'apôtre, établissant un lien immédiat et spontané entre le Saint-Esprit et le baptême, suppose clairement qu'on faisait mention de ce dernier dans l'administration du sacrement. Si les Éphésiens avaient reçu le baptême chrétien, ils n'eussent pas ignoré l'existence des trois personnes divines au nom desquelles il était conféré.

D'autres textes, il est vrai, semblent indiquer que les apôtres employaient une formule différente dans l'administration du sacrement. Il est dit, en effet, à plusieurs reprises, qu'ils baptisaient au nom de Jésus. Act., n, 38; vin, 12, 16; x, 48; xix, 5. Cette expression a été diversement commentée par les théologiens et les exégètes. D'après l'opinion de Pierre Lombard, Cajetan et quelques autres, le baptême aurait été réellement conféré avec cette formule, et pourrait l'être encore d'une manière valide. Une seconde opinion, représentée surtout par saint Thomas, Sum. theol., IIIa, q. lxvi, a. 6, ad lum, restreint l'emploi valide de cette formule au Ier siècle, et croit que les apôtres ont usé d'une dispense spéciale en la substituant à la formule ordinaire. Ils auraient fait cette substitution pour glorifier davantage le nom de- Jésus, que les Juifs et les Gentils avaient alors en hoiv reur. Enfin une troisième opinion, de beaucoup la plus probable et la plus commune, soutient que l'expression en litige, in nomine Jesu, ne désigne nullement la forme du baptême. C'est simplement une formule antithétique destinée à caractériser le baptême chrétien par ! opposition au baptême de saint Jean. Cette opposition est facile à remarquer dans le discours de saint Pierre, Act., il, 38, où il y a une allusion au baptême de pénitence du précurseur; et elle apparaît surtout dans le passage où saint Paul demande aux Éphésiens quel baptême ils avaient donc reçu, puisqu'ils n'avaient pas entendu parler du Saint-Esprit. «Le baptême de Jean,» lui fut-il répondu. « Jean, dit l'apôtre, a baptisé le peuple du baptême de pénitence, disant de croire en celui qui devait venir après lui, c'est-à-dire en Jésus. » Et le texte ajoute qu'après cette déclaration, « ils furent baptisés au nom du Seigneur Jésus, » c'est-à-dire reçurent le baptême chrétien qu'ils ne connaissaient pas encore. Act., xix, 3, 5. L'auteur des Actes, comme on le voit, ne pense nullement à la formule employé pour le baptême, mais indique avec soin qu'il s'agit d'une cérémonie chrétienne, et non d'une autre.

Les théologiens de l'école libérale, tout en admettant que, des le début du christianisme, le baptême a été requis pour entrer dans la communauté, prétendent qu'on ne peut prouver directement que Jésus a institua

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le baptême conféré avec la formule trinitaire. La parole du Sauveur, rapportée Matth., xxvni, 19, n'est pas authentique; elle représente une tradition postérieure au christianisme primitif et qui se fait jour au IIe siècle seulement. En effet, saint Paul ignore que Jésus ressuscité ait parlé aux apùtres et leur ait donné des ordres particuliers. D'autre part, la formule trinitaire est étrangère aux discours authentiques de Jésus, et si elle avait été prononcée par lui au sujet du baptême, elle n'aurait pas eu, au siècle apostolique, la valeur qu'elle devait avoir, puisqu'à cette époque le baptême a été conféré £Î; açEdiv à^xpriaiv et eÎî to à'vofxa XptaTO'J. Act., II, 38; Harnack, Lehrbuch der Dogmengcsc/iichte, 211 édit., Fribourg-en-Brisgau, 1888, t. i, p. 68, note 3; Holtzmann, Lehrbuch der Neutestamentlichen Théologie, Leipzig, 1897, t. i, p. 378-379. Les raisons de nier l'authenticité des paroles de Jésus, Matth., xxvm, 19, ne sont pas admissibles. Saint Paul, qui rappelle les apparitions de Jésus ressuscité, I Cor., xv, 5-9, mentionne en particulier celle qui tut faite aux apôtres réunis. Lui, à qui le Christ ressuscité a parlé, ne pouvait ignorer les communications faites aux autres apôtres. Lui-même a été baptisé par Ananie. S'il n'a pas reçu la mission de baptiser, mais d'évangéliser, il a cependant baptisé quelques chrétiens. S'il se réjouit de n'avoir conféré le baptême à aucun Corinthien, c'est pour que personne ne se flatte d'avoir été baptisé au nom de Paul. I Cor., I, 14-16. Le baptême était donc nécessaire aux yeux de saint Paul, quoiqu'il ne se crût pas obligé de l'administrer personnellement. Par ailleurs, la formule trinitaire a eu dès l'origine l'autorité qui lui revenait comme institution de Jésus-Christ. Jamais le baptême n'a été conféré eïç à'fsaiv à|j.apTicov. Cette expression indiquait un effet du baptême, la rémission des péchés; elle n'était pas la formule employée. Cette formule exprimait au nom de qui le sacrement était administré. La formule : Au nom de Jésus, était narrative plutôt que liturgique, ainsi qu'il résulte des faits rapportés plus haut. Elle ne pouvait être insolite sur les lèvres de Jésus qui parle si souvent du Père, du Fils qui est un avec le Père, et du Saint- Esprit. Enlin, saint Paul, en mentionnant les trois personnes divines pour montrer l'efficacité du baptême, I Cor., vi, 11, la paraphrase au lieu de la transcrire littéralement. Il savait donc que le baptême s'administre au nom de la sainte Trinité. A. Michiels, L'origine de l'épiscopat, Louvain, 1900, p. 52, note 2; p. 78, note.

IV. Nécessité et conditions exigées. — Le baptême est nécessaire pour être sauvé. C'est Jésus-Christ luimême qui nous l'affirme, dans son entretien avec Nicodème : « En vérité, en vérité je te le dis : si quelqu'un ne naît de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu. » Nicodème, étonné de cette parole et ne songeant guère à des réalités d'ordre surnaturel, fit ressortir l'impossibilité d'une renaissance physique. « Comment un homme peut-il naître quand il est vieux? Peut-il rentrer dans le sein de sa mère et naître de nouveau? » Jésus explique alors sa parole, mais sans en diminuer l'énergie, et proclame avec la même solennité la nécessité d'une régénération spirituelle, qui n'est pas autre chose, comme nous l'avons prouvé plus haut, que la régénération baptismale. « En vérité, en vérité je te le dis, si quelqu'un ne renaît de l'eau et du Saint-Esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu. » Le royaume de Dieu, dans l'Évangile, désigne toujours l'Église, tantôt sous la forme militante ici-bas, tantôt sous la forme triomphante au ciel, et quelquefois l'une et l'autre en même temps. La parole de Jésus, dans ce passage, a évidemment toute l'extension possible, et elle signifie que le baptême est nécessaire pour entrer, non seulement dans la société des chrétiens sur la terre, mais aussi dans la société des élus au ciel.

Le baptême ne peut être reçu comme il faut, quand il S'agit du moins des adulles, si l'on ne remplit deux

conditions préalables. La première est la foi. « Celui qui croira et sera baptisé, dit Jésus-Christ à ses apôtres, celui-là sera sauvé. » Marc.,xvi, 16. La foi d'abord, le baptême ensuite. La seconde partie du verset : Qui vero non crediderit condemnabitur, qui est l'antithèse de la première, ne prouve pas cependant que la foi seule, et non le baptême, est nécessaire au salut, car il va de soi que ceux qui ne croiront pas ne consentiront pas à être baptisés et ne seront pas sauvés. Les apôtres et les disciples tiennent le même langage. Les Samaritains et Simon le magicien lui-même ne sont baptisés que lorsqu'ils ont cru à la prédication de Philippe touchant le royaume de Dieu. Act., vin, 12, 13. Quand l'eunuque de la reine Candace dit au diacre Philippe : « Voilà de l'eau, qu'est-ce qui empêche que je sois baptisé? » Philippe lui répondit : « Tu peux l'être, si tu crois de tout ton cœur. » Et aussitôt l'eunuque fit sa profession de foi : « Je crois que Jésus-Christ est le Fils de Dieu. ) Philippe lui administra immédiatement le baptême. Act., VIII, 36-39. Le baptême de saint Paul a été précédé de sa conversion et de sa foi en Jésus. Act., ix, 18 ; xxii, 16. Corneille a cru avant d'être baptisé, Act., x, 33, ainsi que Lydie, Act., xi, 14, le geôlier de Paul, Act., XVI, 31, Crispus. Act., xvm, 8. La seconde condition est le repentir des péchés commis antérieurement. Saint Pierre indique cette condition dans le discours qu'il adressa au peuple le jour de la Pentecôte : « Faites pénitence, (jetavoviiTaTe, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus-Christ pour la rémission de ses péchés. » Act., M, 38. Il s'agit là clairement, comme l'indique le texte original, du repentir sincère du péché, qui doit précéder le baptême. Ces deux dispositions se rencontraient souvent et facilement réunies chez les Juifs ou les prosélytes pieux et fidèles. Aussi les Juifs de Jérusalem, l'eunuque de la reine Candace, Saul, le centurion Corneille n'ont pas besoin d'une longue préparation pour recevoir le baptême. La prédication les amenait vite à la foi et à la pénitence, auxquelles la grâce divine les sollicitait intérieurement. Ils ne devaient, d'ailleurs, éprouver aucune difficulté à passer par le bain baptismal pour être introduits dans la société chrétienne, puisque les païens étaient agrégés à la religion juive par un rite baptismal, qui n'avait toutefois d'autre effet que de leur conférer la pureté légale. Voir Schùrer, Geschichte des jùdischen Volkes ini Zeitalter Jesu Christi, 3e édit., Leipzig, 1898, t. m, p. 129-132.

V. Effets. — 1° Mode d'action du baptême. — Des paroles de Jésus à Nicodème, on peut inférer quel est le mode d'action du rite baptismal. L'expression « renaître ex aqua et Spiritu Sancto » montre que cette régénération est l'œuvre de deux facteurs distincts, l'eau et le Saint-Esprit, que l'Écriture ne craint pas d'assimiler l'un à l'autre sous un certain rapport, celui d'une causalité véritable : ex aqua et... L'eau est cause du baptême, aussi bien que le Saint-Esprit; mais, bien entendu, d'une manière différente. Chacun des deux agents doit avoir l'activité qui convient à sa propre nature. L'agent principal étant évidemment le Saint-Esprit, l'eau ne peut être qu'un agent secondaire, un instrument qu'il élève à la hauteur d'une cause, pour servir à la production de la régénération baptismale. C'est celte activité que les théologiens scolastiques exprimeront plus tard d'une façon technique, en employant la formule ex opère operato. Voir A. Loisy, Nicodème, dans la Bévue d'Iiistoire et de littérature religieuses, Paris, 1899, t. iv, p. 489- 497. Ajoutons que l'eau, matière du baptême, doit être unie à la forme dont nous avons parlé, pour être efficace. De là le mot de saint Paul : Mundans lavacro aquse inverbo vitse. Eph., v, 26.

2° Effets produits par le baptême. — Le premier effet du baptême, et celui que Jésus-Christ semble donner comme sa caractéristique spéciale, est une nouvelle naissance d'ordre spirituel, à laquelle correspond néces-

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sairement une nouvelle vie. Joa., ni, 5. La régénération baptismale efface les péchés. Act., n, 38; xxn, 16. Sous ce rapport, elle procure le salui du baptisé, en renouvelant son ànie : Salvos nos fecit per lavacrum regenerationis et renovationis SpiHtus Sancti. lit., m, 5. Cf. Marc, xvi, 16; I Pet., m, 21. Bien plus, elle est en même temps une source de mort et de vie, selon la doctrine de saint Paul. L'apôtre, dans son épitre aux Romains, consacre un chapitre tout entier à développer cette doctrine, que le baptême reproduit en nous, de quelque manière, la mort et la résurrection de Jésus-Christ. An ignoratis <i>tia quicumque baptizati sumus in Christo Jesu, in morte ipsius baptizati sumus1? Consepulti enim sumus cum illo per baptismum in morlem, ut quomodo Christus surrexit a mortuis per gloriam Patris, ila et nos in novitate vitse ambulemus. Rom., vi, 2 sq. Nous participons à la mort du Sauveur, parce que le baptême nous fait mourir au vieil homme, vêtus homo noster simitl crucifixus est, c'est-à-dire détruit en nous tous les péchés qui souillaient notre âme. Nous participons à la résurrection du Christ, parce que le baptême produit en nous une vie nouvelle, que saint Paul décrit ensuite en termes magnifiques. Rom., vin. De cette doctrine générale, relative au baptême, l'apotre tire une conclusion particulière. C'est que, dit-il, il n'y a plus rien à condamner chez ceux qui vivent dans le Christ Jésus : Nihil ergo nunc danmationis est iis qui sunt in Christo Jesu. Rom., vin, 1. La généralité de cette parole a conduit les Pères, les théologiens, et même le concile de Trente à l'interpréter en ce sens, que le baptême a pour effet de nous exonérer complètement vis-à-vis delà justice divine, puisqu'il n'y a plus rien à condamner chez les baptisés considérés comme tels, abstraction faite de toute faute postérieure, car le baptême ne rend pas impeccables ceux qui l'ont reçu. I Cor., x, 12. En d'autres termes, le sacrement, non seulement nous délivre de la peine éternelle, mais remet aussi les peines temporelles dues au péché. Il nous donne droit aussi à la vie éternelle dont nous sommes les héritiers en espérance. Act., ni, 5-7. — La régénération baptismale nous établit en même temps dans de nouvelles relations vis-à-vis de Dieu. D'abord, elle constitue un engagement général envers lui, comme nous l'apprend saint Pierre : Et vos nunc... salvos facit baptisma, non caniis depositio sordium, sed conscientiœ bonse interrogalio (inîpwTrlu.a, stipulatio, engagement) in Deum. I Pet., ni, 21. Le sens le plus probable de ce passage, d'ailleurs obscur et très discuté, c'est que l'effet salvifique du baptême dépend beaucoup moins de l'ablution extérieure de l'eau, qui efface simplement en soi les souillures matérielles, carnis deposilio sordium, que de l'engagement sincère d'une conscience droite vis-à-vis de Dieu, im^il>xrt\xa. eî; Geov. Saint Pierre ne dit pas, remarquons-le bien, que le baptême consiste dans cet engagement envers Dieu ; il suppose clairement que le rite baptismal comprend à la fois l'ablution de l'eau et l'engagement en question, mais que ce second élément est le plus important des deux au point de vue salvifique. Estius, In Paulmn comment., Paris, 1653, p. 1184-1185. En outre, la régénération baptismale nous « revêt du Christ », c'est-àdire reproduit en nous son image, et nous fait « entants de Dieu ». Gai., m, 26, 27. L'Écriture a soin de nous dire que cette filiation est réelle, I Joa., ni, 2, mais pourtant adoptive. Rom., vin, 15; Eph., i, 5; Gai., iv, 5. Elle participe à la fois de l'adoption et de la génération proprement dite. Voir Adoption surnati relle, t. I, col. 433. Dans h' baptême, on reçoit également le Saint-Esprit, que Dieu le Père communique avec une effusion abondante, selon l'expression de saint Paul : Salvos nos fecit per lavacrum regenerationis et renovationis Spiritus Sancti, quem effudit in nos abunde. Tit., m, 5, 6. Un autre effel du baptême, c'est d'agréger les croyants à l'Église. Déjà insinuée dans le passage

qui attribue au sacrement « l'entrée du royaume de Dieu », Joa., ni, 5, et dans le précepte d'enseigner et de baptiser toutes les nations, docete, y.y.br^i-^vx.zz, c'est-à-dire « faites des disciples » en baptisant, Maltb., xxvni, 19, cette vérité est affirmée plus clairement par saint Luc, quand il dit : qui receperunt sermonem ejus [l'etri] baptizati sunt, et [hoc baptisnto] appositœ sunt [Ecclesise] in die illa animée circiter tria millia. Act., n, 41. Saint Paul, en termes encore plus formels, déclare que « tous, dans le même Esprit, nous avons été baptisés pour un seul corps », eîç Ev crwua. I Cor., XII, 13. Par suite il n'y a dans l'Église qu'un seul baptême. Eph., iv, 5. Ajoutons, afin d'être complet, que les passages scripturaires qui désignent les effets de la justification en général, sans mention expresse d'aucun sacrement, peuvent entrer en ligne de compte, au moins d'une laçon indirecte, pour marquer les effets du baptême, puisqu'il est la source première de toute justification sacramentelle.

VI. Usage. — Deux questions se posent à ce sujet, concernant ceux qui donnaient le baptême et ceux qui le recevaient, en d'autres termes le ministre et le sujet du sacrement.

1° Ministre. —Autant que nous pouvons en juger par les rares passages qui parlent de l'administration du baptême, ce sacrement était conféré par des personnes de différentes catégories. Jésus-Christ laisait baptiser par ses disciples, si toutelois il s'agit du baptême chrétien. Joa., iv, 2. Les apôtres, sans aucun doute, baptisèrent eux-mêmes après la Pentecôte, du moins dans certaines circonstances; témoin saint Paul, qui administra le sacrement au gardien de sa prison et à toute sa famille, Act., xvi, 23, et à Corinthe baptisa Crispus et Caius et la maison de Stephanas. I Cor., I, 14-16. Mais lorsque le nombre des chrétiens devint plus considérable, tout porte à croire qu'ils confièrent à d'autres le soin de baptiser les nouveaux croyants, en se réservant à euxmêmes la prédication et la prière. Saint Pierre fit baptiser le centurion Corneille avec toute sa famille, Act., x, 48, et saint Paul déclarait que sa mission n'était pas de baptiser, mais d'évangéliser. I Cor., i, 17. C'est un diacre, Philippe, qui administra le sacrement à Simon le magicien, à un grand nombre d'habitants de Samarie et à l'eunuque de la reine Candace. Act., vin, 12, 13, 38. Enfin, quand il s'agit de baptiser saint Paul à Damas, ce fut Ananie, c'est-à-dire, selon toute apparence, un simple laïque, qui en reçut directement de Jésus la mission. Act., ix, 18. "Voir Vigouroux, Dictionnaire de la Bible, t. I, col. 542.

2° Sujet. — Tous les hommes peuvent recevoir le baptême, suivant la parole de Jésus-Christ à ses apôtres : « Allez, enseignez toutes les nations et baptisez-les. » Matth., xxvin, 19. Les païens, comme les Juifs, sont les sujets du sacrement. Et pour le recevoir comme il faut, les uns et les autres doivent réaliser exactement les mêmes conditions, celles que nous avons énumérées plus haut. C'est donc faute d'avoir compris la portée universelle de la parole du Sauveur, qu'un certain nombre de chrétiens de la primitive Eglise prétendirent que les païens ne devaient pas recevoir le baptême, a moins de passer d'abord par le judaïsme. Il fallut une intervention divine pour dissiper ce préjugé. La vision de saint Pierre à Joppé et la descente du Saint-Esprit sur le centurion Corneille firent comprendre à tous que les païens, comme les Juifs, pouvaient recevoir le baptême et entrer directement dans l'Église. Act., x. Les explications que saint Pierre crut devoir donner de sa conduite achevèrent d'éclairer les esprits droits sur ce point important. Act., xi.

On s'est demandé si l'Écriture comprenait aussi les enfants parmi les sujets du baptême. Il est certain qu'elle n'eu fait pas mention expresse. On a conjecturé

que les passages on il est question du baptême généra] de toute une famille désignaient aussi le baptême des

BAPTÊME D'APRÈS LES PÈRES GRECS ET LATINS

enfants qui en faisaient partie. Cette conjecture est assez vraisemblable; mais il est possible cependant que l'Écriture ait voulu mentionner seulement le baptême des adultes, à cause des dispositions qu'elle suppose d'ordinaire chez les baptisés dont elle parle. En revanche, certains principes généraux énoncés par l'Ecriture permettent de conclure avec certitude que les enfants peuvent et doivent être baptisés. Nous savons, par exemple, que « Dieu veut le salut de tous les hommes ». I Tim., n, 4. Or, l'existence de cette volonté salvifique serait contestable, s'il n'y avait pas, dans l'économie actuelle, une institution régulière et permanente destinée, autant que le permet le jeu de la liberté humaine, à procurer le salut des enfants comme des adultes. Cette institution est précisément le baptême. L'Ecriture nous apprend encore que la venue de Jésus-Christ en ce monde a eu pour effet de réparer le mal causé à l'homme par la chute originelle, et que cette réparation a son point de départ dans une seconde naissance, d'ordre spirituel, qui efface en chacun de nous la souillure d'origine que nous contractons par notre première naissance. Il est certain, d'autre part, que le bien de la rédemption l'emporte de beaucoup sur le mal de la •chute. Rom., v, 15. Si donc les enfants contractent le péché originel par le seul fait de leur naissance selon la chair, et avant tout exercice de leur liberté, à plus forte raison pourront-ils être justifiés et devenir enfants de Dieu par le seul fait de la régénération baptismale, avant l'usage de leur raison. En d'autres termes, ils peuvent recevoir le baptême aussi bien que les adultes. On ne peut pas conclure des paroles de saint Paul, I Cor., vu, 14, que les enfants des chrétiens sont saints par le seul fait de leur origine de parents croyants, sans avoir besoin d'être purifiés par le baptême. La signification de ce passage est très discutée. Notons qu'en raison de la comparaison, la sanctification des enfants, nés de parents chrétiens, est de même nature que celle des époux infidèles sanctifiés par leur conjoint fidèle. Les Pères grecs ont simplement conclu que la sanctification de ces enfants et celle des époux infidèles étaient rendues plus faciles et plus sûres par suite de leur situation dans une famille chrétienne. Les Pères latins ont entendu cette sainteté d'une sainteté extérieure, résultant pour les enfants et les époux de leurs rapports avec des chrétiens sanctifiés par le baptême : ces enfants, même n'étant pas encore baptisés, n'étaient pas souillés comme les païens, ils appartenaient déjà d'une certaine manière au Christ et étaient soustraits en partie au domaine du prince de ce monde. Aucun Père n'en a conclu que les enfants, nés de parents chrétiens, n'avaient pas besoin de recevoir le baptême. R. Cornely, Comment. in S. Pauli priorem epist. ad Corintltios, Paris, 1890,

Corluy, Spicilegium dogmatico-biblicum, Gand, 1880, t. Il, p. 330-335; Hurter, Tlieologix dogmaticœ cotnpendium, Inspruck, 1891, t. m, p. 264 sq. ; Chardon, Histoire des sacrements, dans Migne, Cursus completus tlieologise, t. xx, col. 1-159; ■Corblet, Histoire dogmatique, liturgique et archéologique du sacrement de baptême, 2 in-8", Paris, 1881, 1882; Vacant, article Baptême, dans Vigoureux, Dictionnaire de la Bible, 1. 1, col. 1433- 1441; Sasse, Instilutiones theologicx de sacramentis Ecclesise. Fribourg-en-Brisgau, 1897, t. I, p. 196 sq. ; Ansaldi, De baptismate in Spiritu Sancto et igni commentarius saeer philologicocriticus, Milan, 1752; Hardouin, De baptismo in nomine Christi, Paris, 1687 ; Matthies, Baptismatis expositio biblica, historica, dogmatica, Berlin, 1731; Orsi, De baptismo in sulixx Jesu Christi nomine nunquam consecrato. Milan, 1733; Reiche, De baptismi origitie et necessitate nec non de formula baptismi, Goettingue, 1816; Wernsdorff, De baptismi christianorum origine mère divina, Wittemberg, 1720: Lenoir, Essai biblique, historique et dogmatique sur le baptême des enfants, Paris, 1856; Pozzy, Le baptême des enfants en face de l'histoire et de la Bdile, Paris, 1856; Garner, The primitive baptism considered, Londres, 1701 ; Hammond, The baptism of infants défend- £d, Londres, 1655; Reinhard, Grundliche und schriftmàsiye

Vertheidigung der Kinder tau fe, Iéna, 1731; Schmidt, Essai sur la doctrine du baptême d'après le N. T., Strasbourg, 1842; Vivien, Le baptême d' eau étudié dans le N. T., Strasbourg, 1850; Holtzmann. Léhrbuch der Neutestamentlichen ThcoIogie,2in-S', Leipzig, 1897; H. Cabanis, L'évolution de l'idée du baptême depuis Jean-Baptisle jusqu'à saint Paul, Cahors, 1900; Lambert, The sacrements in the New Testament , Edimbourg, 1903-

■I. Bellamy.

II. BAPTÊME D'APRÈS LES PÈRES GRECS ET LA- TINS. — Jésus avait dit à ses apôtres : « Allez, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. » Cet ordre, saint Pierre commence à l'exécuter dès le jour de la Pentecôte. Il parle, convertit ses auditeurs et les baptise. Des diacres sont bientôt choisis pour le ministère des tables ; quant aux apôtres, ils conservent le ministère de la parole et l'exercent de tous côtés, d'abord dans les milieux juifs, ensuite parmi les gentils; puis ils s'adjoignent de nouveaux collaborateurs et le monde romain est sillonné de missionnaires. La prédication de l'Évangile amène sans cesse de nouvelles recrues. Le baptême sert toujours d'initiation; on insiste sur son absolue nécessité, sur le changement de vie qu'il doit opérer et les graves devoirs qu'il inspire; on l'administre avec solennité. Mais c'est surtout après Marc-Aurèle, à partir du règne de Commode, quand les conversions se multiplient grâce à un répit de la persécution, que s'organise plus complètement la collation du baptême. Dès la fin du IIe siècle, on détermine tout ce qui précède, accompagne et suit la collation de ce sacrement.

En même temps les détails deviennent plus nombreux. Car, pendant les trois premiers siècles, ce n'est que peu à peu, au gré des circonstances, selon les besoins de l'heure présente, que se posent tels ou tels problèmes, qu'interviennent les solutions d'ordre pratique, que se dégagent les principes. L'auteur de la Didaché, Hermas, saint Justin, saint Irénée, saint Hippolyte, Tertullien, Clément et Origène sont précieux à consulter. Bientôt la controverse relative au baptême des hérétiques, la lutte contre les donatistes, les conciles, les Pères apportent un contingent plus considérable de renseignements. Saint Cyprien, saint Hilaire, saint Ambroise, saint Cyrille de Jérusalem, saint Basile, saint Grégoire de Nazianze, saint Chrysostome, saint Jérôme, surtout saint Augustin nous mettent en mesure non seulement de trouver une réponse aux principales questions qui peuvent se poser au sujet du baptême, mais encore de nous faire une idée exacte de la manière dont on envisageait le sacrement de baptême et de noter le développement progressif de la doctrine, à l'époque des Pères.

Au point de vue dogmatique, c'est d'abord l'absolue nécessité du baptême proclamée pour quiconque veut faire partie de l'Église et s'assurer le salut éternel; c'est ensuite sa nature, sa valeur intrinsèque, son efficacité intime, d'où la détermination du vrai rôle du ministre, la distinction entre ce que la théologie appellera la validité et la licéité, l'opws operalum et Vopus operantis.

Au point de vue moral, c'est, d'une part, le rôle du baptême dans la vie, les devoirs qu'il impose, la difficulté pour le baptisé qui retombe dans le péché de rentrer en grâce : d'où le rôle de la pénitence ; et, d'autre part, l'abus du retard apporté par les catéchumènes clans la réception du baptême, contre lequel ne cesseront de protester les Pères.

Enfin, au point de vue liturgique, ce sont les cérémonies et les rites divers qui précèdent, accompagnent et suivent la collation du baptême, alors intimement liée à la collation des sacrements de confirmation et d'eucharistie et constituant l'initiation chrétienne. Après quoi il est facile de voir que si, dans les divers usages des églises d'Orient, de Rome et de la Gaule, tels que nous les connaissons par des documents postérieurs, persistent quelques différences, ces différences sont légères et n'intéressent que des points secondaires : le baptême garde partout

BAPTÊME D'APBÈS LES PÈBES GRECS ET LATINS

son cadre liturgique, sa physionomie caractéristique.

Une remarque s'impose, c'est la pénurie de la langue

théologique à ses débuts. Les termes qui doivent plus

tard concrétiser l'enseignement et faciliter l'exposition du

dogme sont inconnus; les Pères n'ignorent pas, du moins, ce que ces termes signifieront; ils possèdent sur les éléments constitutifs du baptême, sur sa nature, son essence, son rôle, ses effets, des notions suffisantes, que la théologie n'aura plus qu'à recueillir et à désigner par des expressions appropriées.

Inutile de constater ici que Jésus-Christ est l'auteur du baptême : car personne n'en a douté pendant la période patristique; quant à la question de savoir à quel moment N'otre-Seigneur a institué le baptême, elle n'a f;iit l'objet ni d'un examen approfondi ni d'une controverse spéciale; c'est à peine si quelques Pères ont signalé, en passant, le moment de cette institution, les uns le plaçant avant la passion, les autres après. Voir pour le second sentiment S. Léon le Grand, Epiât., xvi, c. m, P. L.A. liv, col. 699.

I. Noms. II. .Matière. III. Forme. IV. Mode de collation. V. Ministre VI. Sujet. VII. Symbolisme et ligures. VIII. Effets. IX. Nécessité. X. Rites de l'administration solennelle.

I. Noms. — La langue chrétienne, à l'origine, est remarquable par la richesse d'expressions dont elle s'est servie pour désigner le baptême. Ces expressions, elle les emprunte tantôt à la matière ou à la forme de ce sacrement, tantôt à son mode de collation ou à ses effets, tantôt à son symbolisme. Il suflit de signaler les principales, les plus caractéristiques; car elles résument l'idée que les Pères se faisaient du baptême.

Le baptême, en effet, est appelé le sacrement de l'eau, non d'une eau quelconque, mais de l'eau de source, de l'eau courante, de l'eau fluviale, de l'eau vive, 'jôojp Çûv, Didaché, vil, 1, édit. Funk, Tubingue, 1887, p. 22; c'est le sacrement de l'eau vitale, Cyprien, Epist., LXXIII, 11, P. L., t. ni, col. 1110, de l'eau génératrice, tinda genitalis, p^Tpa 'jSaTo;, Clément d'Alexandrie, Slrom., iv, 25, P. G., t. vin, col. 1369; c'est le sacrement de l'eau qui sert de bain, sacramcnturii aquœ, Tertullien, De bapt., 1, P. L., t. I, col. 1197; Xourpôv, dans lequel on plonge le baptisé, Clément d'Alexandrie, Slrom., i, 6, P. G., t. vm, col. 281, pour le laver, le purifier de ses péchés, lui communiquer la vie. Bain de la régénération et de la rénovation, Hilaire, lnps. lxiii, 11, P. L., t. ix, col. 412; De Trinit.f xn, 56, P. L., t. x, col. 472, c'est Vemundatin spiritualis et le novum natale de Tertullien, De bapt., 4, 20, P. L., t. i, col. 1204, 1224; et saint Augustin l'appelle le sacrement de la vie nouvelle et du salut éternel. Vont. Cresc, II, 13, 16, P. L., t. xliii, col. 476. Le baptême sanctifie les hommes et les rend enfants de Dieu, en les faisant passer comme le Christ, mais d'une manière symbolique, par une mort et une sépulture mystiques. Chrysostome,/l</ illumin. cat., i, P. G., t. xi.ix, col. 225. Par allusion à la profession de foi qui précède sa collation, il est aussi appelé le sacrement de la foi, Vobsignatio fidei, Tertullien, De pxnit., 6. /'. L., t. i, col. 1239; et parce qu'il est conféré au nom des trois personnes divines, le sacrement de la Trinité. Augustin, Serni., cclxix, 2, P. L., t. xxxvm, col. 1235. Il esl le commencement et la source des grâces divines, nous apprend Origène. 11 sert d'initiation à la vie chrétienne, il conserve les enfants du Christ, il projette dans l'âme ifs initiés des Ilots de lumière : il est par excellence l'illumination, le q><i>Ti(T(Ab;, Justin, ApoL, i, 01, P. G., t. vi, col. ï20; pseudo-Denys, De eecl. hier., m, I. 2, /'. G., t. il, col. 392, de là tant de catéchèses ou d'allocutions ad illuminât/dus, r.yiç cpirittÇouivovç.

Le baptême n'est pas seulement la [irise de possession des âmes par Dieu, il est encore l'empreinte divine qui sert à les marquer d'une manière indélébile. Sceau du Seigneur, .sceau du Christ, sceau salutaire, il représente

l'alliance de Dieu avec l'âme régénérée. Eusèbe, H. E., ! m,23, P. G., t. xx, col. 200. Il remplace le signe de l'an- | cienne alliance, la circoncision, ce qui lui vaut le titre de circoncision non nianufacta. Il est le sceau de la foi, Basile, Adv. Eunom., ni, 5, P. G., t. xxix, col. 665; la Tjpayùde l'eau, Cyrille de Jérusalem, Cat., ni. 4, P. G., t. xxxni, col. 432; la Tçpayc; de la régénération qui nous agrège au troupeau du Christ, Cat., i, 2, col. 372; la Tçpayt; infrangible, à laquelle les anges reconnaissent les fidèles, pseudo-Basile, De bapt., homil. xin, 4, 5, t. xxxi, col. 432,433; la o-spay:';; qui distinque le soldat du Christ, Jean Chrysostome, In II Cor., homil. m, 7, /'. G., t. lxi, col. 418; le caractère royal. Augustin, Epist., lxxxviii, 9, P. L., t. xxxin, col. 307.

Clément d'Alexandrie avait expliqué quelques-uns des termes employés dans l'usage ordinaire pour désigner le baptême. C'est un bain, dit-il, car il lave les péchés; un charisme, qui remet les peines dues au péché; une illumination, qui permet de contempler la sainte et salutaire lumière; la perfection, à laquelle rien ne manque. Psedag., i, 6, P. G., t. vin, col. 281. Plus tard, Cyrille de Jérusalem multiplia les expressions; il appelle le baptême: la rançon du prisonnier, la rémission des péchés, la mort du péché, la régénération de l'âme, un vêtement lumineux, un sceau saint et infrangible, un véhicule pour le ciel, les délices du paradis, la cause de l'obtention du royaume, le charisme de la filiation divine. Procal., 16, P. G., t. xxxni, col. 360, 361. Le pseudo- Basile emploie les mêmes termes. De bapt., homil. xm, 5, P. G., t. xxxi, col. 433. Grégoire de Nazianze l'appelle, à son tour, ôdipov, yàpiTtxa, fixiiTt.<;[i.a, y pi<7fia, ç(î>T'.'7|j.a, à?0ap<r£a; ëvoujjia, ),o-jTpbv 7ra>.cyy£ve<ria;, (TspayïSa. Orat., xi., 4, /'. G., t. xxxvi, col. 361. A tous ces termes Chrysostome en ajoute d'autres, ceux de -raçr,, sépulture, de TispiTosrr,, circoncision, de sTïvpéç, croix. Ad Muni, cat., 1, P. G., t. xlix, col. 225. Le pseudo-Denys a ses expressions particulières : Ôïoycvsirio, Oséa yévvï)<n<; àvot- Yêvvï|<HÇ, ■Aodtnia, [rj-rçaiç. De ceci, hier., il, 1, 2, P. G., t. m, col. 392, 393, 396, 397. Toutes ces diverses dénominations ont leur raison d'être et désignent, chacune, le point de vue particulier sous lequel les Pères ont envisagé le baptême. Elles servent admirablement à caractériser ce sacrement. Les dénominations de «reppayt; et de iwTi'jfj.o; ont un fondement suffisant dans le Nouveau Testament, et il n'est pas nécessaire de supposer, comme le fait Harnack, Dogmengeschichte, 2e édit., t. i, p. 177, qu'elles ont été empruntées à la langue des mystères païens.

II. Matière. — L'auteur de la Didaché retrace en quelques mots ce qui touche à la collation du baptême. Il y a deux voies, dit-il, la voie qui mène à la vie, et celle qui conduit à la mort. Puis, dans une formule succincte, il signale les principaux devoirs du futur baptisé, ce qu'il doit faire, ce qu'il doit éviter. Après avoir enseigné ces choses, ajoute-t-il, baptise/ ainsi au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, en plongeant le baptisé dans une eau vive (lleuve ou source), ou, à son défaut, dans toute autre eau (lac ou citerne), froide, à moins de raison particulière; que si vous n'avez pas d'eau suffisante pour y plonger le baptisé', versez-en trois fois sur sa tète; kV/zov eiç ty|V xsçaXr,v Tp\ç viScop, vil, 1-3, édit. Funk, p. 20-22. Tel est le cadre primitif de la collation du baptême; la matière ordinaire, c'est l'eau vive; la forme est la formule trinitaire indiquée par l'Evangile; le mode de collation c'est l'immersion ou, si l'immersion n'est pas possible, la triple infusion sur la tête. Nous allons successivement retrouver tous ces éléments.

L'eau, telle est la matière du baptême. C'est dans l'eau, avec de l'eau (pion baptise; c'est Yiinda goiitalis,

le fluvius aquœ vitalis de saint Cyprien, la [i^tpa ô^aro; de Clément d'Alexandrie. Or, dès le ri0 siècle, la matière passant, aux yeux de certains hérétiques, pour être le

BAPTÊME D'APRÈS LES PÈRES GRECS ET LATINS

siège, le principe ou la source du mal, certains gnostiques supprimèrent l'usage de l'eau dans la collation du baptême. Irénée, Cont. hœr., i, 21, 4, P. G., t. vu, col. CC5; Épiphane, Hœr., xxxiv, P. G., t. xli, col. 620. Il en fut de même de ceux que Terlullien désigne sous le nom de caiani et de quintiliani, De bapt., 1, P. L., t. r, col. 1198, et plus tard des manichéens, Augustin, User., xlvi,' P. L., t. xlii, col. 34 sq.; des ascodrutes, des archontiques, Théodoret, Hœret. fab., i, 10, 11, P. G., t. lxxxiii, col. 300; des séleuciens et des hermiens. Augustin, Hser., lix, P. L., t. xlii, col. 42; Philastre, Hœr., lv, P. L., t. XII, col. 1170. Quelques-uns, en cas de nécessité, n'hésitèrent pas à employer du sahle, ainsi que le rapporte Jean Moschus, dans son Ascjxciv, clxvi, P. G., t. lxxxvii, col. 3045; il est vrai que Denys d'Ascalon ordonna, en pareil cas, que l'on conférât le baptême d'eau. D'autres mêlèrent de l'huile à l'eau, et se contentèrent d'une simple infusion de ce mélange sur la tète du baptisé; tels, les disciples du gnostique Marc, d'après Irénée, Cont. hser., I, 21, 4, P. G., t. vu, col. 664, et d'après Épiphane, Hœr., xxxiv, 20, P. G., t. xli, col. 624; d'autres enfin, y joignirent l'épreuve du feu. De rebaptismate, 16, P. L., t. m, col. 1201 sq. Voir Baptême par le feu. Tous ces usages, étrangers à la tradition apostolique et à la pratique de l'Eglise, furent énergiqueraent réprouvés comme portant atteinte à la réalité du sacrement.

Félix sacranientum aquœ nostrse, s'écrie Tertullien, (pin abluti delictis pristinae cœcitatis invitam œternam liberamur... Nos pisciculi secundum Tyô-jv nostrum Jesum Christum in aqua nascimur. De bapt., 1, P. L., t. i, col. 1197, 1199. C'est donc dans l'eau et par l'eau du baptême que renaît l'homme, et n'importe quelle eau est suffisante pour la validité du sacrement. Toutefois il est à remarquer qu'on n'employait pas indistinctement toute espèce d'eau. On avait soin de la bénir préalablement, comme l'indiquent Tertullien, De bapt., 4, P. L., t. i, col. 120i; Cyprien, Epist., lxx, 1, P. L., t. m, col. 1039; Cyrille de Jérusalem, Cat., m, 4, P. G., t. xxxm, col. 432; Basile, De Spir. Sanct., xxvn, 66, P. G., t. xxxii, col. 188; Grégoire de Nysse, De bapt. Christi, P. G., t. xlvi, col. 581; Adv. eos qui difjer. bapt., ibid., col. 421 ; Augustin, De bapt. cont. donat., vi, 25,45, 46, P. L., t. xi. m, col. 213; ainsi que les Constitutions apostoliques, vu, 43,44, P. G., t. i, col. 1044, 1015, et le pseudo-Denys, De eccl. hier., il, 2, 7, P. G., t. m, col. 396, qui appelle l'eau tt)v [j.rjTÉpa Tr;; u'ioôeaiaç. La liturgie de Sérapion de Thmuis a une prière par la sanctification de l'eau baptismale. G. Wobbermin, Altchrist. liturgische Stùcke aus der Kirclie AZgyptens, etc., dans Texte und Untersuch., Leipzig, 1899, nouvelle série, t. il, fasc. 3, p. 8-9. Fidèle écho de saint Ambroise, De myst., m, 8, P. L., t. xvi, col. 391, l'auteur du De sacramenlis dit : Ante fons consecretur et tune descendat qui baptizandus est. Dès que le catéchumène se présente, le prêtre fait l'exorcisme sur l'eau, dit une prière, invoque le nom du Père, appelle la présence du Fils et du Saint-Esprit. De sacr., II, v, 14, P. L., t. xvi, col. 429. Il ne s'agit pas seulement de chasser toute intluence maligne de l'eau qui va servir de matière au baptême, il faut sanctifier cet élément et rendre la Trinité présente. De sacr., I, v, 18, P. L., t. xvi, col. 423. Car l'eau, par elle-même, n'a pas la vertu d'opérer les merveilles du sacrement; Dieu doit intervenir. C'est le Saint-Esprit qui la sanctifie, dit Tertullien, et lui communique la vertu sanctifiante. De bapt., 4, P. L., t. i, col. 1203. Non omnisaqua sanal, observe l'auteur du De sacramenlis, I, v, 15, P. L., t. XVI, col. 422, sed aqua sanat quœ habet gratiam Christi. Aliud est elementum, aliud consecratio ; aliud opus, aliud operatio. Aqua opus est ; operatio Spiritus Sancti est. La grâce de l'eau baptismale lui vient du Saint-Esprit. Basile, De Spir. Sanct., xv 35, P. G., t. xxxn, col. 132. C'est

Dieu qui donne à l'eau sa vertu. Grégoire de Nysse, Cat., 34, P. G., t. xlv, col. 85. L'eau, par l'invocation de la Trinité, acquiert la vertu sanctifiante. Cyrille de Jérusalem, Cat., m, 3, P. G., t. xxxm, col. 429. L'eau n'est que le signe extérieur de la purification mystérieuse opérée par le Saint-Esprit qui la bénit; après cette bénédiction, l'eau ne doit plus être regardée comme une chose ordinaire. Grégoire de Nysse, In bapt. Chr., P. G., t. xlvi, col. 581. Saint Jérôme répète à son tour que l'eau du baptême est consacrée par la venue du Saint-Esprit. Epist., xcvm, 13, P. L., t. xxn, col. 801. Les canons d'Hippolyte l'appellent puram, paratam, sacram. Can. 112, dans Duchesne, Origines du culte, 2e édit., p. 512. Cr. Achelis, Die Canones Hippolyti, dans les Texte und Untersuchungen, Leipzig, 1891, t. vi, fasc. 4, p. 94. Ils parlent de l'eau courante de la mer. Le Testamentum D. N. J. C, édit. Rahmani, Mayence, 1899, p. 126, parle aussi d'eau courante et pure, évidemment de fleuve ou de ruisseau, et il ne mentionne pas sa bénédiction. Cf. p. 216. L'eau bénite n'est donc pas requise pour la validité du baptême. Déjà la Dïdaehê n'exigeait qu'une eau quelconque. D'ailleurs, les Pères ont dit parfois que Jésus, en se taisant baptiser dans le Jourdain, avait sanctifié toutes les eaux de la terre. Saint Ignace d'Antioche l'avait remarqué, Ad Eph., xvin, 2, Opéra Patr. apust., Funk, t. I, p. 186. Saint Ambroise, Exposit. Ev. sec. Luc, 1. II, n. 83, P. L., t. xv, col. 1583, attribue au baptême de Jésus l'efficacité rédemptrice de l'eau. Enfin, les baptêmes que saint Athanase aurait faits dans son enfance sur le bord de la mer, au rapport de Rulin et de Sozomène, et que saint Alexandre aurait tenus pour valides, montrent bien, s'ils sont authentiques, que l'eau bénite n'était pas requise pour la validité du sacrement. Schwane, Dogmeugeschichte, 1895, t. il, p. 738.

Ainsi donc l'eau est absolument nécessaire pour le sacrement du baptême, ce qui fait dire à saint Augustin : Toile aquam, non est baptisma. In Joa., tr. XV, 4, P. L., t. xxxv, col. 1512. Mais elle est ordinairement bénite. Vidva malris, aqua baptismatis, dit Augustin, Serin., exix, 4, P. L., t. xxxviii, col. 674, qui ajoute ailleurs : Baptismus, id est salutis aqua, non estsalutis ?iisi Christi nomine consecrata et cruce ipsius signala. Serin., ccclh, 3, P. L., t. xxxix, col. 1559, Et l'efficacité sancliliante lui vient de la présence et de l'intervention de Dieu.

III. Forme. — A la matière du baptême, à l'emploi de l'eau, doit se joindre une formule absolument indispensable pour spécifier le but qu'on se propose dans Ta collation du sacrement ; cette formule n'est autre que celle de l'Évangile, la formule trinilai-e. Notre-Seigneur avait dit, en effet : « Baptisez au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. » L'Église se conforma étroitement à l'ordre du Maître. C'est la formule que nous retrouvons dans les Pères : Didaché, vu, 1, Funk, p. 20; Justin, Apol., i, 61, P. G., t. vi, col. 420; Tertullien, De bapt., 13, P. L., t. i, col. 1215; Adv. Prax., 26, P. L., t. n, col. 190; Cyprien, Epist., lxxiii, 18; lxxiv, 5, P. L., t. m, col. 1120, 1131; S. Etienne, dans l'Épitre de Firmilien, et Firmilien, Epist., lxxv, 9, 12, 18, P. L., t. m, col. 1162, 1166, 1170; Hilaire, De Triait., XII, 56, P. L., t. X, col. 472; Ambroise, De myst., IV, 20, P. L., t. xvi, col. 394; Basile, De Spir. Sanct., xn, 28, P. G., t. xxxn, col. 117; Adv. Eunom., m, 5, P. G., t. xxix, col. 665; Grégoire de Nysse, In bapt. Christ., P. G., t. xlvi, col. 585; Athanase, Epist. ad Serap., iv, 12, P. G., t. xxvi, col. 653. Les hérétiques eux-mêmes employèrent, en général, la formule trinitaire. Quelquesuns, cependant, l'abandonnèrent et en fabriquèrent d'autres. Nous connaissons, parmi eux, les marcosiens, Irénée, Cont. hœr., i, 21, 3, P. G., t. vu, col. 661, 664; Épiphane, Hœr., xxxiv, 20, P. G., t. xli, col. 621; Théodoret, Hœret. fab., i, 9, P. G., t. lxxxiii, col. 360, qui employaient cette formule gnostique : Ei; 6'vona

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«yvtiNnovi Trarpô; tiov o).<ov , eï; à'/v-ÛEiav [AïjTÉpa -nàvrw/, et; t'ov xareXdovTa s!; 'Iiqffoûv, e!; b'viociv y.où àro/.'JTpu>Tiv xoci xotvwi'av tôjv £uva[iEà)v; ou des expressions hébraïques. Bï<jE[ià y ap.OT<Tr, fJaaivoôà, [iiT-raS'ia poviapà, •xouara, (îagotpbp y-aXa^Ssc. Quelques Égyptiens, d'après la Lettre de Denys d'Alexandrie au pape Sixte, dans Eusèbe, 11. E., vu, 9, P. G., t. xx, col. 653; les rnontanistes, concile de Laodicée, can. 8, et de Constantinople I, can. 7, dans Hardouin, Act. concil., t. I, col. 781, 813, et dans saint Basile, Epist. can., i, can. 1, P. G., t. xxxn, col. 664, 669; les eunomiens, Grégoire de Nysse, Cont. Eunomium, 1. XI, P. G., t. xlv, col. 881 ; les sabelliens, concile de Constantinoplel, can. 7, dans Hardouin, loc.cit.; lespaulianistes, concile de Nicée, can. 9, dans Hardouin, t. I, col. 331; les photiniens, concile d'Arles II, can. 16, dans Hardouin, t. il, col. 774, avaient leurs formules propres. Mais ce ne furent là que des exceptions. Et saint Augustin a pu dire de son temps : Facilites inveniuntur hseretici qui non baptizent quant qui non verbis istis (ceux de la formule trinitaire) baptizent. Debapt. cont.donat., vi, 25, 47, P. L.,X. xliii,co1. 214.

Le ministre devait prononcer celte formule au moment de l'immersion du baptisé pour bien déterminer la nature de l'acte ; car c'est l'union de cette formule à l'immersion qui caractérisait le baptême et lui conférait sa valeur spécifique. L'absence ou l'altération de cette formule rendait la collation du baptême nulle. Pas d'autre baptême légitime, disait Origène, que celui qui est conféré au nom de la Trinité. In Rom., 1. V, 8, P. G., t. xiv, col. 1039. Après la célèbre controverse relative au baptême des hérétiques, le concile d'Arles prescrivit, en 314, qu'on devait interroger les hérétiques sur le symbole au moment de leur retour à l'Église, pour savoir s'ils avaient été baptisés selon la formule trinitaire. Can. 8, dans Hardouin, Act. concil., t. I, col. 265. Dans le cas où il était constaté que le baptême n'avait pas été conféré avec cette formule, il fut ordonné de baptiser les hérétiques, ce qui eut lieu nommément pour les paulianistes, d'après le concile de Nicée, can. 19, dans Hardouin, t. I, col. 331; pour certains rnontanistes, d'après le concile de Laodicée, can. 8, dans Hardouin, t. i, col. 781 ; pour les sabelliens et les eunomiens, d'uprès le concile de Constantinople I, can. 7, dans Hardouin, t. i, col. 813. C'est que l'emploi de la formule trinitaire était regardé comme une condition nécessaire delà validité du sacrement; ce qui fait dire à Gennade : Illos qui non sanctse Trinilatis invocatione apud hœreticos baplizati saut et venitint ad nos, baptizari debere pronunliamus, non rebaptizari. De dogm. eccles., lu, P. L., t. lviii, col. 993. Saint Augustin résume très bien l'enseignement des Pères sur ce point : In aqua verbum mundat. Delrahe verbum et quid est aqua nisi aqua"? Accedit verbum ad elementum et fit sacramentum... llnde ista tanla virtus aquae ut corpus tangat et cor abluat, nisi f'aciente verbo?.. . In ipso verbo aliud est sonits Iransiens, aliud virtus manens.In Joa., tr. LXXX, 3, P. L., t. xxxv, col. 18i'0.

Disait-on : « Je te baptise au nom du Père, du Fils, et du Saint-Esprit, » comme c'est l'usage actuel de l'Eglise latine, ou bien : « Un tel est baptisé au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, » comme c'est l'usage actuel de l'Eglise grecque? Aucun document ne nous renseigne à ce sujet. Parmi les grecs, la formule : Un tel est baptisé, apparaît pour la première fois dans Théodore le Lecteur, //. E., n, 25, P. G., t. lxxxvi, col. 196, dans la première moitié du vie siècle, puis dans Jean Moschus, qui est de la fin du vi° et du commencement du vil1 siècle As'.y.wv, ci. xvi, /'. G., t. lxxxvii, col. 30'». La formule latine actuelle nous est connue d'une manière précise depuis la même époque, grâce à saint Grégoire le Grand, (-j-60ij. Il esta présumer, selon toute vraisemblance, que cette double formule, actuellement en usage pour l'administration du baptême, remonte aux premiers

siècles, tant l'Église, en Orient comme en Occident, demeure fidèle à la tradition primitive. Mais, dans l'état actuel de la science, il est impossible de dire d'où provient la différence de l'une avec l'autre et de quand elle date. Cf. Ivraus, Real- Encyclopédie der cltristl. Allertûmer, Fribourg-en-Brisgau, 1886, t. n, p. 828-829.

Il est question parfois, dans les Pères, du baptême conféré au nom du Seigneur, au nom du Christ. Une telle manière de s'exprimer n'autorise pas à croire qu'il existât un baptême conféré au seul nom de Jésus-Christ, à l'exclusion de celui du Père et du Saint-Esprit. Cyprien, Epist., lxxiii, 4; Firmilien, Epist., lxxv, 18; De rebaptismate,i, P. L., t. m, col. 1112, 1170, 1183. On désignait par là le baptême institué par Notre-Seigneur pour le distinguer du baptême de saint Jean. Origène déclare seul légitime le baptême conféré au nom de la Trinité. Quant à l'expression de saint Paul : baptizati sumiis in Christo, elle ne doit pas s'entendre d'un baptême conféré au seul nom du Christ; l'Apotre a simplement voulu marquer la ressemblance que le baptême établit entre nous et la mort du Christ. In Rom., 1. V, 8, P. G., t. xiv, col. 1039. Saint Basile a soin de spécifier qu'en parlant du baptême du Christ, il entend désigner toute la Trinité. De Spir. Sanct., xn, 28, P. G., t. xxxn, col. 117. On entend généralement aujourd'hui dans le même sens le passage obscur de saint Ambroise. De Spiritu Sancto, 1. I, c. il, n. 42, 43, P. L., t. xvi, col. 713-714, sur lequel les scolastiques se sont appuyés pour soutenir la validité du baptême conféré au nom de Jésus. L'évêque de Milan parle des Éphésiens qui ne connaissaient pas le Saint-Esprit et qui n'avaient reçu que le baptême de Jean. Instruits sur le dogme de la Trinité, ils ont été baptisés au nom de Jésus-Christ. Le baptême ne leur a pas été réitéré, mais donné pour la première fois; car il n'y a qu'un baptême. Là où il n'est pas tout entier, il n'est pas ni à l'état initial ni en quelque manière. Mais quand est-il entier? Plénum autem est, si Patrem et Filium Spiritumque Sanction fatearis. Si unum neges, totuni subrues. Et quemadmodum si unum in sermone comprehendas, aut Patrem, aut Filium, aut Spiritum Sanctum, fide autem nec Patrem, nec Filium, nec Spiritum Sanction abneges, plénum est fidei sacramentum ;ita etiam quamvis et Patrem, et Filium, et Spiritum dicas, et aut Palris,aut Filii, aut Spiritus Sancli minuas potestatem, vacuum est omne mysterium. La suite du traité montre clairement que saint Ambroise parle, non pas de la formule qu'on prononce en conférant le baptême, mais bien de la foi en la Trinité, qui est requise pour la validité du baptême. Or, quand on a cette foi, il suffit qu'on affirme explicitement sa croyance en l'une ou l'autre des trois personnes, la foi explicite en l'une d'elles comprenant implicitement la foi aux deux autres. Quand le baptisé n'affirmait pas sa foi en la divinité du Saint-Esprit, il y croyait cependant, et quod verbo lacitum fuerat, expression est fide. D'où dans le cas du baptême au nom de Jésus, perunitatem nominis impletum mysterium est: nec a Christi baptismate Spiritus separatur, quia Joannes in psenitentia baptizavit, Christus in Spiritu. Voir la note des bénédictins à l'endroit cité. Quand, au 111e siècle, le pape Etienne, en opposition avec Cyprien de Carthage et Firmilien de Césarée, regarde comme valide le baptême conféré au nom de Jésus-Christ, il entend bien, de l'aveu même de ses contradicteurs, le liaptèine conféré au nom de la Trinité, Epist., LXXV, 9, le baptême dont L'efficacité provient de l'emploi de la formule trinitaire, de la vertu du nom de Jésus-Christ qui sanctifie, Epist., LXXV, 12, 18, qui renouvelle et justifie les baptisés. Epist.. LXXIII, 16; lxxiv, 5, P. L., t. m, col. 1162, 1166, 1170, 1119, 1131. On doit en duc autant d'Innocent I", au commencement du Ve siècle, quand il écrit à Vitricius de Bouen que le sacrement de baptême doit être tenu pour valide, même administré

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par des hérétiques, du moment qu'il a été conféré au nom du Christ. Epist. ad Victr., 8, P. L., t. xx, col. 475. Car, à cette date, après les décisions prises par les conciles du IVe siècle, l'absolue nécessité de la formule trinitaire dans la collation du baptême ne fait de doute pour personne. Le pape Pelage Ier (555-560) répondant à une consultation de Gaudentius, évêque de Volterre, au sujet de bonosiens qui avaient été baptisés au nom du Christ seulement, déclare que c'est un précepte du Seigneur de baptiser au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Jaffé, Regesta, 2e édit., Leipzig, 1885, t. I, p. 129; Duchesne, Églises séparées, Paris. 1896, p. 89-92.

IV. Mode de collation. — 1° L'immersion. — Durant les premiers siècles, le baptême se conférait d'ordinaire par immersion; c'est, du reste, le sens étymologique du verbe 3auT!Îti), qui signifie plonger, immerger. La Didaché l'indique clairement, vu, 1; exceptionnellement, elle n'admet le baptême par une triple aspersion ou infusion que lorsqu'on ne peut pas pratiquer l'immersion, vu, 3, édit. Funk, p. 22. C'est ce qui explique cette manière de parler d'IIermas : « Quand nous descendons dans l'eau, » Mand., iv, 3; « il faut sortir de l'eau pour être sauvé; on y descend mort et on remonte vivant, » Simil., ix, 16, Opéra Pair, apost., édit. Funk, t. i, p. 396, 532; et cette autre de Tertullien ,: egressi de lavacro, De bapt., 7; Cum de Mo sanctissimo lavacro novi natalis ascenditis. De bapt., 20, P. L , t. i, col. 1206, 1224. Cf. Constit. apost., vu, 43, P. G., t. i, 1045; Ambroise, De myst., m, 11, P. L., t. xvi, col. 392.

Or cette immersion se répétait trois fois. La Didaché l'insinue, Tertullien l'affirme : Aon semel sed ter ad singula nomina in personas singulas tinguimur. Adv. Prax., 26, P. L., t. il, col. 190 ; De cor. mil.,3, ibid., col. 79. De même S. Basile, De Spir. Sanct., xv, 35, P. G., t. xxxn, col. 132; S. Cyrille deJérusalem, Cat.,xx,i,P. G.,t.xxxm, col. 1080. L'homme descend dans l'eau, dit Grégoire de Nysse, et y est plongé trois fois. Cat., 35, P. G., t. xlv, col. 85. On retrouve le même témoignage dans saint Cbrysostome. In Joa., homil. xxv, 2, P. G., t. lix, col. 151; In Colos., homil. vi, 4, P. G., t. lxii, col. 342. Cf. pseudo-Denys, De eccl. hier., il, 2, 7, P. G., t. m, col. 396. L'auteur du De sacramentis note qu'on pose au catéchumène une triple interrogation et qu'à chaque réponse on le plonge dans l'eau. De sacr., II, vu, 20, P. L., t. xvi, col. 429. Cette triple immersion appartient, comme tant d'autres pratiques, à la coutume de l'Église conservée par la tradition. Et multa alia, dit saint Jérôme, quse per tradilionem in Ecclesia observantur, auctoritatem sibi scriptse legis usurpaverunt, velut in lavacro ter caput mergitare. Dial. cont. Lucif., 8, P. L., t. xxm, col. 172. Était-ce là une règle imprescriptible? Les Canons apostoliques prononcent la déposition contre l'évêque ou le prêtre qui ne pratiquerait qu'une seule immersion. Can. 50, P. L., t. lxvii, col. 148, ou can. 49, dans Hardouin, t. i, col. 21. Il n'est pas dit que, dans ce cas, le baptême fût considéré comme nul. L'usage de ne pratiquer qu'une seule immersion est d'origine hérétique. En Orient, c'est Eunomiusqui fut le premier à l'introduire, au rapport de Théodoret, Heeret. fab., IV, 3, P. G., t. lxxxiii, col. 420; Sozomène, H . E., vi, 26, P. G., t. lxvii, col. 1361. En Occident, vers la fin du VIe siècle, l'évêque de Braga dut exiger la triple immersion. Il prend à partie et déclare entachée de sabellianisme la coutume nouvelle que la haine de l'hérésie arienne avait introduite en Espagne. Dans sa réponse à l'évêque de Volterre, Pelage I" ne parle que secondairement de la triple immersion. S'il la mentionne, ce n'est pas pour la présenter comme étant de droit divin, il y voit seulement une correspondance de fait avec l'emploi de la formule trinitaire. Duchesne, Eglises séparées, p. 90-92. Léandre, évêque de Séville, trouve la même coutume d'une seule immersion et consulte Grégoire le Grand pour savoir s'il fallait tenir pour valide le bap-

tême conféré de la sorte. Le pape répond que cette coutume ne met pas d'obstacle à la validité du sacrement : Nihil officit. Mais en même temps il donne la raison de la pratique romaine :Nos autem quod tertio mergimus triduanœ septillurœ sacramenta signamus, ut, d)<»> tertio infans ab aquis educitur, resurrectio triduani temporis exprimatur. Epist., 1. I, epist. xliii, P. L., t. lxxvii, col. 498. Plus tard le IVe concile de Tolède,, constatant la persistance, en Espagne, de la diversité des usages dans la collation du baptême, rappelle la consultation de Léandre, la réponse de Grégoire la Grand, et décide qu'il ne faut plus pratiquer qu'une seule immersion, à cause de l'hérésie arienne. Can. 6, Hardouin, Act. concil., t. ni, col. 581. C'est donc en Espagne que l'unité d'immersion prit pour la première fois un caractère officiel chez les catholiques. Si, chez les grecs, l'immersion était totale et le néophyte plongé tout entier dans l'eau de manière à disparaître complètement, en Occident, elle « n'est pas le bain pris par plongeon en pleine eau ou dans une piscine; c'est à. peu près la douche prise au-dessus d'un large vase >/. Duchesne, Églises séparées, Paris, 1896, p. 9i. Voir Baptême dans les monuments chrétiens. Le baptisé a les pieds immergés, mais la mersio, qui confère le baptême, consiste dans l'ablution de la tête par affusion de l'eau. Elle se répète trois fois, sans que le néophyte sorte de la piscine. C'est une tinctio. Ce mode de collation du baptême par immersion exigeait naturellement des récipients assez vastes, sur la forme desquels rien ne fut primitivement statué. On baptise, disait saint Justin, Apol., i, 61, P. G., t. vi, col. 420, là où l'on trouve l'eau nécessaire. C'était donc auprès d'une source, sur le bord d'une rivière, dans une citerne ou une piscine, partout où se rencontrait un endroit propice. A Borne, saint Pierre avait baptisé dans le Tibre, Tertullien, De bapt., 4, P. L., t. I, col. 1203; et pendant les trois premiers siècles on baptisa dans les catacombes à cause des persécutions. Mais, dès que la paix fut accordée à l'Église, on se mit en mesure d'avoir des locaux spéciaux pour conférer le baptême avec toute la solennité possible, et on construisit sub dio des édifices connus sous le nom de baptistères. Voir Baptistères.

2° Infusion ou aspersion. — Le baptême par immersion était le baptême ordinaire; mais il n'était pas le seul pratiqué. Car, soit par défaut d'eau suffisante, comme on en trouve le premier témoignage dans la Didaché, vu, 3, édit. Funk, p. 22, soit à cause de maladie ou en cas de nécessité urgente, on se contentait du baptême par infusion ou par aspersion. Toutefois ce dernier mode de collation était considéré comme un pis aller, bien qu'il fut tenu pour valide et jamais on n'a pensé à le renouveler; il en sera question plus bas au sujet des cliniques. Finalement, dans l'usage ecclésiastique latin, et longtemps après l'époque patristique, il devait remplacer le baptême par immersion. Le rite ainsi simplifié a toujours été regardé comme valide. Duchesne, Eglises séparées, p. 96.

V. Ministre. — 1° Dans la collation solennelle. — Pendant les premiers siècles l'initiation chrétienne était entourée de la plus grande solennité. Elle comprenait trois rites essentiels par la collation des trois sacrements du baptême, de la confirmation et de l'eucharistie. C'était donc à l'évêque que revenait le droit de présider, entouré de son presbyterium. Mais le plus souvent l'évêque se contentait de présider, laissant à ses prêtres le soin de procéder à l'administration du baptême ; après quoi il administrait lui-même le sacrement de confirmation et célébrait le saint sacrifice, pendant lequel il donnait la communion aux nouveaux baptisés. Saint Ignace d'Antioche dit qu'il n'est pas permis de baptiser sans l'évêque. Ad Smyrn.,\m, 2, Opéra Pat. apost., édit. Funk, 1. 1, p. 240. Serait-ce que la présence de l'évêque fût requise pour la validité? Le TestamentumD. N.J. C, édit. Bahmani,

BAPTÊME D'APRÈS LES PÈRES GRECS ET LATINS

Mayence, 1809, p. 125, 128, la suppose. L'évêque fait les onctions, mais le prêtre baptise. Le iliacre aide le prêtre et descend dans la piscine avec le néophyte. Cf. canons 110-120 de saint Hippolyte, Achelis, Die Canaries Hippôlyti, Leipzig, 1891, p. 95-96. Cf. aussi S. Épiphane, Hxr., lxxix, i, P. G., t. XLII, col. 745. 11 est certain qu'au moins le consentement de l'évêque est exigé, ainsi que le marquent formellement Tertullien, De bapt., 1", P. L., t. I, col. 1218; les Canons apostoliques, can. 50, P. G., t. lxvii, col. 148; can. 49, dans Hardouin, Act. concil., t. 1, col. 21; les Constit. apost., III, 11, P. G., t. i, col. 788; l'auteur du De sacramentis, III, i, 1, P. L., t. xvi, col. 131 ; Augustin, De bapt. cont. donat., m, 18, 23, P. L., t. xi. m, col. 150. Saint Cyrille de Jérusalem désigne comme ministres du baptême les évêques, les prêtres et les diacres. Cat., xvn, 35, P. G., t. xxxm, col. 1009. Mais les prêtres et les diacres ne peuvent procéder à la collation du baptême sans la permission de l'évêque. Jérôme, Dial. cont. Lucif.^ 9, P. L., t. xxm, col. 173. Ainsi donc la collation solennelle du baptême était présidée par l'évêque entouré et aidé par les prêtres et les diacres. Les attributions étaient partagées entre les ministres. Mais quand les églises furent multipliées dans le même lieu et quand on eut créé, en dehors de la ville épiscopale, des paroisses sulfragantes, on dut nécessairement confier aux prêtres de ces paroisses le droit de donner solennellement le baptême. Mor Duchesne, Origines du culte chrétien, Paris, 1889, p. 324. Le diacre baptise à défaut de prêtre. Tertullien, De bapt., 17, P. L., t. i, col. 1218; Const. apost., vin, 28, P. G., t. i, col. 1125; TestamentumD.N. J. C, Mayence, 1899, p. 132. Les Constitutions apostoliques interdisent aux laïques, III, 10, ainsi qu'aux clercs inférieurs, m, 11, ibid., col. 788, de conférer solennellement le baptême. Le pape Gélase interdit aux diacres l'administration solennelle du baptême; il ne leur permet la collation du sacrement que dans l'extrême nécessité. Epist. ad episcopos Lucanise, c. vu, Jallé, n. 636.

2° Dans la collation privée. — En dehors de cette collation solennelle du baptême, maintes circonstances pouvaient exiger la collation immédiate de ce sacrement sans qu'il fût possible de recourir à un membre du clergé. Dans ces conditions, on reconnut aux simples fidèles, aux laïques, le droit de baptiser. Tertullien, De bapt., 17, P. L., t. I, col. 1218; Liber de exhortât, castit., 7, P. L., t. il, col. 922. Le Liber pontiftcalis, édit. Duchesne, Paris, 1886, t. i, p. 137, attribue au pape Victor (189-198) une constitution en vertu de laquelle le baptême peut être conféré, en cas de nécessité, n'importe in quel lieu, par un chrétien à un païen qui a, au préalable, récité le symbole. En pareil cas le concile d'Eh ire exige que le fidèle qui baptise n'ait pas violé l'intégrité de son baptême et ne soit pas bigame. Can. 38, dans Hardouin, Act. concil., t. I, col. 254. D'après Cyrille de Jérusalem, le baptême peut être conféré par les ignorants comme par les doctes, par les esclaves comme par les personnes libres. Cat., xvn, 35, P. G., t. xxxm, col. 1009. Saint Jérôme écrit : Unde venit ut sine chrismale et episcopi jussione neque presbyter, neque diaconus jus habeant baplizandi, quod fréquenter, si tanien nécessitas cogil, scimus etiam licere laids. Dial. cont. Lu, if., 9, P. L., t. XXIII, col. 173. En quelques endroits, ce baptême conféré par les laïques fut tenu en suspicion et traite' comme de nulle valeur. Saint Grégoire de Nazianze qui, dans sa jeunesse, ''tant exposé à un naufrage, se lamentait de n'avoir pas reçu le baptême sans avoir l'idée de se faire baptiser par ses compagnons même en ce cas d'extrême nécessité, Carni., I. Il, sect, i, carm. xi, /'. G-, t. XXXVII, col. 1039, 1041; <>r<t/., xvill, n. l, /'. <:., t. xxxv, col. 1024, enseignait, devenu évéque, qu'on pouvait se faire administrer le baptême par n'importe quel évêque ou quel prêtre, sans faire attention à la dignité de son dioee.se ou a ses qualités,

pourvu qu'il ne soit pas exclu de la communion ecclésiastique; il ne parlait pas des clercs et des laïques. Orat.,XL, 26, P. G., t. xxxvi, col. 396. Cf. ibid., t. xxxv, col. 113-114. Saint Basile, de son côté, se rappelant les sentiments de saint Cyprien et de saint Firmilienau sujet du baptême des hérétiques, estime qu'il faut considérer ceux qui étaient baptisés hors de l'Eglise comme baptisés par de simples laïques et qu'en conséquence il y a lieu de les purifier par le baptême de l'Église. Epist., clxxxviii, can. 1, P. G., t. xxxn, col. 668. Il sait cependant que d'autres, même en Asie, pensent et agissent différemment; il laisse à chacun la liberté. L'Ambrosiaster, Comment, in Epist. adEphes., iv, 11, 12, P. L., t. xvn, col. 388, remarque qu'à l'origine de l'Église omnes baptizabant et il relate plusieurs exemples fournis par les Actes des apôtres. Il explique ainsi la pratique primitive : Ut ergo cresceret plebs et multiplicaretur, omnibus inter initia concession est baptizare. Mais quand l'Église fut organisée et la hiérarchie établie, il en fut autrement. D'où, à son époque, neque clerici vel laici baplizant. L'opinion générale tenait autrefois pour valide le baptême conféré par de simples laïques. Il était de règle que le fidèle baptisé par un laïque devait aussitôt que possible se présenter à l'évêque pour recevoir de lui l'imposition des mains et la confirmation, regardée comme le complément du baptême; c'est ce que le concile d'Elvire appelle perfectionnement, can. 38; le même cas et la même obligation se présentaient quand un diacre avait été seul à conférer le baptême. L'évêque, dit ce concile, doit intervenir alors pour parfaire le baptisé; que si le baptisé vient à mourir avant d'avoir été confirmé, son salut n'en reste pas moins assuré. Can. 77, dans Hardouin, Act. concil., 1. 1, col. 254, 258. 11 allait de soi qu'un laïque ne devait baptiser qu'en cas de nécessité. S. Gélase, Epist. ad episcopos Lucaniœ, c. vu, Jaffé,n. 636. Mais s'il venait à conférer le baptême sans qu'il y eût nécessité, il usurpait une fonction qui n'était pas la sienne, observe saint Augustin; il baptisait validement, mais illicitement. Cont. epist. Parmen., il, 13, 29, P. L.,t. xliii, col. 71. Cf. Epist., ccxxvm, ad Honorât., n. 8, P. L., t. xxxm, col. 1016. Et si, dans le cas de nécessité, il venait à refuser de baptiser, Tertullien le déclare reus perdili horninis. De bapt., 17, P. L., t. 1, col. 1218.

Les femmes pouvaient-elles baptiser? Certains hérétiques n'hésitèrent pas à conférer aux femmes le privilège de donner solennellement le baptême ; par exemple, Marcion, Epiphane, Hxr., xlii, 4, P. G., t. xi.i, col. 700; les pépuziens, Épiphane, Hxr., xi.ix, 3, ibid., col. 881 ; Augustin, Hxr., 27, P. L., t. xlii, col. 31 ; les collyridiens. Épiphane, H;vr., lxxix. 3, P. G., t. XLII, col. 744. Du temps de Tertullien, quelques hérétiques légitimaient le ministère des femmes dans la collation du baptême par les Acta Patdi. Le docteur de Carlhage fait observer que ces Actes sont faux, qu'ils sont loin de traduire la pensée de saint Paul, car le grand apôtre ne permettait pas aux femmes d'enseigner. De bapt., 17, P. L., t. i, col. 1219. Sans doute la pétulance qui pousse la femme à usurper les fonctions de l'enseignement dans l'église peut la porter aussi à conférer le baptême; Tertullien ne l'ignore pas. Mais quand il signale l'audace des femmes hérétiques qui osent enseigner, disputer et exorciser, il ajoute : El forsan tingere. Prsescript., xi.i, P. L., t. il, col. 56. En tout cas, il refuse à la femme le droit de baptiser. Les Constitutions apostolii/ucs contiennent la même défense, m, 9, /'. G., t. i, col. 7SI. Elles déclarent, en effet, qu-; la femme qui baptise court un danger peu ordinaire, car elle commet un acte contraire à la loi et impie. Le IV" concile de Carthage dit : Mulicr baptizare non prxsumat. Can. 100, dans Hardouin, Act. concil., t. I, col. 98k A ce canon le Maître des Sentences et (Iratien ajoutèrent la restriction suivante : Nisi necessitate cogeute. Cf. S.Thomas, Suni. theol., 11b1, q. lxvii, a. i,

BAPTÊME D'APRÈS LES PERES GRECS ET LATINS

ad lum. Saint Épiphane, loc. cit., remarque que la sainte Vierge elle-même n'a pas reçu le pouvoir de baptiser et qu'aucune femme n'a fait partie du collège apostolique. Ce témoignage pourrait à la rigueur être restreint à l'administration solennelle du baptême à laquelle les femmes ne sont pas députées. Dans celle-ci toutefois, les femmes sont accompagnées d'autres femmes, qui les dépouillent de leurs vêtements. Can. 114 de S. Hippolyte, Achelis, Die Canones Hippolyti, p. 94. Le Testament de Notre-Seigneur, édit. Rahmani, Mayence, 1899, p. 138, 120, confie ce soin aux « veuves », qui tiennent les femmes sous un voile pendant la cérémonie du baptême. S. Épipbane, Hser., lxxîx, 3, 4, P. G., t. xlii, col. 744, 745, attribue aux diaconesses ce ministère exigé parles règles de la bienséance. Sur la controverse relative au baptême conféré par les hérétiques, voir III. Baptême conféré par LES hérétiques [Controverse sur la validité du).

Quant à la question de savoir si un infidèle peut baptiser, il n'est pas trace dans la littérature patristique qu'elle ait été posée. Elle aurait été résolue négativement par tous ceux qui refusaient aux hérétiques le pouvoir de baptiser, sous le prétexte que, n'ayant pas le baptême, ils ne sauraient le donner. C'est saint Augustin qui la signale le premier, la traitant plutôt de question oiseuse, sans y insister et sans la résoudre. Cont.epist. Parmen., il, 13, 30; De bapt. cont. donat., vu, 53, 101, P. L., t. XLIII, col. 72, 242. Il pose cependant un principe général qui permet de croire qu'il regardait comme valide tout baptême, à la seule condition qu'il eût été conféré avec la formule trinitaire. Car, après avoir rapporté la plupart des hypothèses qu'on pouvait émettre au sujet de celui qui donne et de celui qui reçoit le baptême, il termine par ces mots : Nequaquam dubitarem habere eos baptismum, qui ubicumque et a quibuscumque illud verbis evangelicis consecratum, sine sua simulalione et cum aliqua fide accepissent. De bapt. cont. donat., vu, 53, 102, P. L., t. xliii, col. 243.

3° Foi et qualités du ministre. — D'ailleurs, les Pères devaient être amenés à déterminer avec précision quel était le rôle de ministre ordinaire ou extraordinaire dans la collation du sacrement. La controverse relative à la validité du baptême des hérétiques et le schisme des donatistes leur ont donné l'occasion de fixer exactement la nature de l'intervention du ministre. Les Pères ont vu que le sacrement a une efficacité propre qui lui vient, non de l'homme qui baptise, mais de Jésus-Christ, auteur du baptême, et sur laquelle le ministre, simple intermédiaire, ne peut rien, étant tout à la lois incapable de produire la grâce ou d'y mettre obstacle quand il baptise. Les débats concernant la rebaptisation des hérétiques ont fait voir que la valeur du baptême ne dépendait pas de la foi du ministre. Voir III. Baptême conféré par les hérétiques (Controverse sur la validité du). La qualité du ministre y est aussi étrangère. En Orient, saint Cyrille de Jérusalem écrit : « Qu'importe que le ministre soit ignorant ou savant, esclave ou libre; le baptême n'est pas une grâce qui dépend de lui, mais une largesse faite aux hommes par Dieu. » Cat., xvn, 35, P. G., t. xxxiii, col. 1009. Saint Grégoire de Nazianze dit à son tour : « Qu'importe le ministre? Voici deux anneaux, l'un en or, l'autre en fer; les deux impriment la même image; la açpayiç de l'un ne diffère pas de la (j^payi; de l'autre. Ainsi des ministres : ils peuvent différer d'excellence de vie, ils n'en confèrent pas moins le baptême. » Orat., xl, 26, P. G., t. xxxvi, col. 396. Saint Grégoire de Nysse écrit : « C'est Dieu qui donne à l'eau {baptismale) sa vertu. La régénération s'opère par les trois personnes divines, » Cat., 34, 39, P. G., t. xlv, col. 85, 100; et ailleurs : « L'eau n'est que le signe extérieur de la purification intérieure qui se fait par le Saint-Esprit. » In bapt. Christ., P. G., t. xlvi, col. 581. D'après saint Chrysostome, ce qu'il faut considérer ce n'est pas celui qui donne le baptême, mais celui au nom

duquel il est donné, In 1 Cor., homil. m, 2; la vertu du baptême ne dépend pas du minisire qui le confère, In

I Cor., homil. vm, 1, P. G., t. lxi, col. 25, 69; ce n'est ni un ange ni un archange qui intervient dans les dons de Dieu, mais c'est le Père, le Fils et le Saint-Esprit qui font tout, le prêtre ne prêtant que le concours de sa langue et de sa main; il n'est donc pas juste que la malice du ministre mette obstacle à ceux qui s'approchent avec foi des symboles de notre salut. InJoa., homil. lxxxvi, 4, P. G., t. lix, col. 472, 473.

En Occident, saint Ambroise, après avoir observé que aqua non mundal sine spiritu, ajoute : Non mérita personarum considères sed officia sacerdotum . Demyst.,\\, 19; v, 27, P. L., t. xvi, col. 394, 397. Pour réfuter les donatistes qui prétendaient que les pécheurs, au moins les pécheurs publics, aussi bien que les hérétiques et les schismatiques, ne pouvaient pas administrer validement le baptême, saint Optât enseigne que le sacrement est saint par lui-même et non par les hommes ; car c'est Dieu qui lave et non l'homme. De scldsm. donat., v, 4, P. L., t. xi, col. 1051. In baptismale Trinitas, non ministri persona, operatur, car le baptême a sa valeur propre et est indépendant du ministre. Ibid., v, 7, col. 1057. C'est surtout à saint Augustin que l'on doit la mise en pleine lumière de la valeur intime du sacrement et de son indépendance par rapport à la qualité du ministre.

II n'y a baptême, dit-il, que lorsqu'il est conféré avec la formule prescrite par le Christ; sans elle, pas de sacrement, De bapt. cont. donat., vi, 25, 47, P. L., t. xliii, col. 214; avec elle le baptême existe : il peut être donné et reçu, en dehors de l'église. Ibid., i, 1, col. 109. Le baptême est saint par lui-même, où qu'il se trouve, ibid., i, 12, 29; iv, 10, 16; v, 21, 29 ; vi, 2, 4, col. 119, 164, 191, 199; il a sa valeur propre, sa sainteté à lui, Cont. Cresc, iv, 16,19; 18, 21, col. 559, 560; et cela, à cause de celui qui en est l'auteur. De bapt. cont. donat., m, 4, 6; iv, 12, 18; 21, 28; v, 21, 29, col. 143, 168, 173, 191. Car c'est le baptême du Christ. Cont. litter. Petihan., m, 34, 34, 39, 45; Cont. Crescon., iv, 20, 24, col. 368, 371, 562. C'est la grâce qui opère en lui, Serm., xcix, 13, P. L., t. xxxvm, col. 602; c'est Dieu qui est présent dans la formule évangélique et sanctifie le sacrement, De bapt. cont. donat., vi, 25, 47, P. L., t. xliii, col. 214; en réalité c'est Jésus-Christ qui baptise. In Joa., tr. V, 11 ; VI, 6; VII, 3, P. L., t. xxxv, col. 1419, 1428, 1439. Par suite, la valeur du baptême est indépendante de celui qui le confère. In Joa., tr. V, 15, col. 1422. Quels que soient le mérite ou le démérite du ministre, De bapt. cont. donat., iv, 21,28, P. L., t. xliii, col. 173,son immoralité, ibid., m, 10,15, col. 144, sa perversité, ibid., y, 3,3; 21, 29; vi, 1, 2; 5, 7, col. 178, 191, 198, 200, ses erreurs, ibid., iv, 15, 22, col. 168, sa foi, ibid., m, 14, 19, col. 146, le baptême qu'il donne garde son efficacité propre; il la conserve même chez des ministres indignes et sacrilèges, Cont. litter. Petilian., Il, 168, 247, col. 345, car il ne peut être en rien pollué par les crimes de celui qui le confère. De bapt. cont. donat., m, 10, 15; iv, 12, 18; v, 19, 27, col. 145, 166, 190. En conséquence, conclut saint Augustin, in ista quxstione non cogitandum quis del sed quid det, aut quis accipiat sed quid accipiat, aut quis habeat sed quid habeai. De bapt. cont. donat., iv, 10, 16, col. 164. Quid tibi facit malus minisler, ubi est Dominus? In Joa., tr. V, 11, P. L., t. xxxv, col. 1419. Mémento sacramentis Dei nihil obesse mores malorum hominum. Cont. litter. Petit., il, 47, 110, P. L.,X. xliii, col. 298. Ainsi qu'il est facile de le constater par ces quelques citations, la pensée de l'évèque d'Hippone est aussi nette que possible; heureusement formulée, elle a contribué, pour une large part, à préciser le rôle du ministre dans l'administration des sacrements. Les Pères qui ont suivi, ainsi que les théologiens, restent, sur ce point, les tributaires de saint Augustin.

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