‹ Dictionnaire de théologie catholiqueChapitre 77 sur 400 · II · texte numérisé non relu

II

BAPTÊME D'APRÈS LES PÈRES GRECS ET LATINS

nel, parce que ce péché a sa source dans la volonté d'Adam et que tout homme possède la même nature qu'Adam; c'est l'acte conscient de la volonté libre qui constitue le péché actuel; niais, dans le péché originel, à défaut d'un acte libre de la part de l'enfant, il y a une participation à la volonté d'Adam: non absurde etiam vocatur voluntarium, quia ex prima hominis mala voluntate, faclum est quodam modo hxreditariwni. lirlr., i, 13, n. 5, col. 60't. En dépit de ces chicanes, saint Augustin a pu dire aux pélagiens: j'ai toujours cru ce que je crois aujourd'hui, à savoir que par un seul homme le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort, et qu'ainsi le péché, dans lequel tous ont péché, est passé à tous les hommes. Conlr. Julian., VI, 12, 39, /'. L., t. xliv, col. 8i3.

11 fallait ensuite détruire cette distinction plus subtile que fondée entre la vie éternelle et la royaume des cieux. Les pélagiens prétendaient, en effet, que le baptême, inutile pour effacer une faute qui n'existait pas à leurs yeux, donnait cependant à l'enfant le droit d'entrer dans le royaume des cieux; sans le baptême, l'enfant restait assuré de son salut et de la vie éternelle ; de telle sorte que, dans ces conditions, le sacrement de la régénération n'avait plus qu'une valeur relative. Point de distinction, répond saint Augustin : Salut, vie éternelle, royaume des cieux, sont autant d'expressions synonymes. Le texte de saint Jean : Nisi quis renatus fuerit ex aqua, etc., explique la nécessité absolue du baptême. La question n'est pas de savoir s'il faut baptiser les enfants, mais pourquoi il faut les baptiser. Nous disons que les enfants ne peuvent obtenir le salut et la vie éternelle que par le baptême. Serm., ccxciv, 2, 3, P. L., t. xxxvni, col. 1316, 1317. Du reste, observait-il par un argument ad hominem, même dans l'hypothèse pélagienne, l'existence du péché originel reste prouvée; car la privation du royaume des cieux n'est autre chose qu'une peine, qui suppose nécessairement une faute. De pecc. merit., i, 30, 58, P. L., t. xliv, col. 152; Cont. Julian., m, 3, 9, ibid., col. 706; VI, 10, 32, col. 840.

Saint Augustin crut devoir tirer un argument du sort des enfants morts sans baptême. Après avoir pensé tout d'abord qu'il y a un moyen terme entre la vertu et le péché, entre la récompense et le châtiment, De lib. arbil., ni, 23, 66, P. L., t. xxxii, col. 1303, il change complètement d'avis. Pelage, qui refusait aux enfants morts sans baptême l'entrée du royaume du ciel, tout en leur accordant le salut et la vie éternelle, disait : Quo non eant scio;quo eant nescio. Augustin, De pecc. merit., i, 28, 55, P. L., t. xliv, col. 140. Mais déjà, sur cette question du sort des enfants morts sans baptême, saint Augustin avait pris position dans son De Genesi ad lilteram, x, 11, 19, P. L., t. xxxiv, col. 416. Il affirme que ces enfants sont damnés et il répète cette affirmation dans son De peccatorum rneritis, i, 28, n. 55; m, 3, n. 6; 4, n. 7, P. L., t. xliv, col. 140, 188, 189. Car, au jugement dernier, il sait qu'il n'y aura que deux groupes et n'aperçoit pas de place intermédiaire pour ces enfants. Quiconque, dit-il, ne sera pas à droite sera nécessairement à gauche; par suite quiconque ne sera pas dans le royaume des cieux sera dans le feu éternel. Serm., ccxciv, 3, P. L., t. xxxvin, col. 1337. Et prenant son hypothèse pour l'expression de la vérité, il s'en sert pour prouver l'existence du péché originel. Si donc, dit-il, les enfants non baptisés vont en enfer, c'est qu'ils ne sont pas innocents. Toute peine suppose une faute. Les enfants

morts s;iih bapté sont punis; ils sont donc coupables;

ils ont l'âme souillée du péché originel. De pecc. merit., I, 24, 34, /'. /.., t. xliv, col. 129.

Les rites du baptême fournissent à saint Augustin une autre preuve de l'existence du péché originel dans l'âme de, enfants. Quelle est, demande-t-il, la raison des insufflations el des exorcismes? n'est-ce pas celle de chasser le démon? Exorciser les enfants, c'est recon-

naître implicitement qu'ils sont sous la domination du diable. Un Dieu juste ne peut laisser des êtres innocenls sous ce joug, c'est qu'ils sont coupables. (Juiconque voudrait nier que les petits enfants sont soustraits par le baptême à la puissance des ténèbres, c'est-à-dire à la puissance du diable et de ses anges, serait convaincu d'erreur par les sacrements de l'Église, qu'aucune nouveauté hérétique ne peut supprimer, ni changer... C'est à bon droit, et non par erreur, que la puissance diabolique est exorcisée dans les petits enfants. Ils renoncent au démon, non par leur cœur et par leur bouche, mais par le cœur et la bouche de ceux qui les portent, afin que, délivrés de la puissance des ténèbres, ils soient transférés dans le royaume de leur Seigneur. Qu'est-ce donc qui les tient enchaînés au pouvoir du diable? Qu'est-ce sinon le péché?... Or les petits enfants n'ont commis aucun péché personnel pendant leur vie. Reste donc le péché originel. De nupl., i, 22, P. L., t. xliv, col. i27. Saint Augustin a donc raison d'insister sur la présence dans l'enfant du péché originel et sur la nécessité du baptême à cause de ce même péché. Epist., clvii, 3, 11, P. L., t. xxxni, col. 678; De Gènes, ad litt., x, 14, 25, P. L., t. xxxiv, col. 419: Serm., cxv,4, P. L., t. xxxvin, col. 657 ; De pecc. merit., i, 17, 22, P. L., t. xliv, col. 121. Il a raison de déclarer souillée la naissance d'un fils d'Adam et de réclamer la régénération dans le Christ. Serm., ccxciv, 14, P. L., t. xxxvin, col. 1344; De pecc. merit., i, 16, 21, P. L., t. xliv, col. 120. Il a raison de marquer la relation étroite qui lie le sacrement de baptême à l'effacement du péché originel : Baptizantur ut justi sint et in eis originalis œgriludo sanetur. De pecc. merit., i, 19, 24, ibid., col. 122. Et ce ne sont pas seulement les conciles de Milève et de Carthage qui l'approuvent en 416 et 417, c'est encore Innocent Ier qui lui écrit : « Enseigner que les enfants peuvent obtenir la vie éternelle sans le baptême est une folie. » Epist., Clxxxii, 5, P. L., t. xxxiii, col. 758-772, 785. Finalement, dans sa réponse à Julien, il reprend avec plus de force et de précision encore tous ses arguments, voir en particulier Cont. Julian., vi, 5, 11; 19,59, P. L., t. xliv, col. 829, 858, et il consacre tout le second livre à relever les témoignages de saint Irénée, de saint Cyprien, de Reticius, d'Olympius, de saint Ililaire, de saint Grégoire de Nazianze, de saint Basile, de saint Chrysostome, de saint Ambroise et de saint Jérôme; il y joint ceux des évoques du concile deDiospolis : c'est l'Orient et l'Occident fournissant la preuve de tradition du péché originel.

Quant à la question de savoir s'il fallait baptiser un enfant renfermé dans le sein maternel, elle fut résolue négativement par saint Augustin; car avant de renaître, disait-il, il faut naître. Epist. ad Dardan., clxxxvii, c. xr 32, 33, P. L., t. xxxiii, col. 844, 845; De peccat. merit. r n, 27, n. 43, P. L., t. xliv, col. 177.

VIL Symbolisme et figures. — En parlant du baptême, de sa nature et de ses effets, les Pères se sont complus à relever les figures du sacrement qu'ils reconnaissaient dans l'Ancien Testament, figuratif du Nouveau. Ces figures concernent principalement la matière et le mode de collation du sacrement.

1° Figures relatives à la matière. — Plusieurs Pères ont fait ressortir les raisons de convenance du choix de l'eau comme matière du baptême; ils les ont trouvées dans les propriétés naturelles de cet élément et dans les heureux effets que Dieu a produits par son moyen dans l'ancienne alliance, et ils ont célébré les v louanges » de l'eau. Théophile d'Antioche, Ad Autol., n, 16, P. (.'., t. vi, col. 1077, voit dans les animaux, produits par les eaux au cinquième jour de la création et bénis par Dieu, l'image des hommes qui obtiennent la rémission de leurs péchés, 8ià {iôaro; xai Xo'jtpoO TTaXffYeveafac. Tertullien, De l>n}>t., 3, P. /.., t. I, col. 1202, se demande pourquoi l'eau a mérité d'élre prise comme la matière nécessaire du baptême. II en don ne plusieurs raisons.

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tirées de sa nature. En remontant à l'origine du monde, il remarque que l'eau est anliqua substantia, divini Spiritus sedes, et par suite, gratior scilicet cœleris lune démentis. Quid quod exinde dispositio mundi modulatricibus quodam modo aquis Deo constilit... Prunus liquor quod viveret edidit ne mirum sit, in baptismo, si aqux animare noverunt. L'eau n'a pas seulement produit les premiers êtres vivants; elle a encore concouru à la formation du corps de l'homme qui n'a pu être modelé que dans une terre humectée. Tertullien conclut : Vereorne laudes aquœ potius quant baptismi raliones videar congregasse. Au c. iv, ibid., col. 1203-1201, il indique les raisons d'être du baptême. La première qu'il trouve est la figure du baptême, déjà rappelée, à savoir : Dei Spiritum, qui ab initio supervectabatur super aquas, intinclos reformalurum. Le Saint-Esprit sanctifiait l'eau et lui donnait la vertu de produire la sainteté, lia de Sancto sancti/icata nalura aquarum, cl ipsa sanctificare concepit. Qu'on n'objecte pas : Nous ne sommes pas baptisés dans les eaux qui existaient au commencement du monde. Ce qui appartient au genre appartient aux espèces. Igitur omnes aquse de pristina originis prœrogativa sacramentum sa7ictificationis consequuntur, invocato Deo. Après avoir parlé des lustrations usitées dans les initiations païennes, Tertullien trouve une autre figure du baptême dans la piscine de Béthesda, dans laquelle était guéri le premier malade qui y descendait après le mouvement de l'eau. Figura ista médicinal corpordlis spiritalem medicinam canebal, ea forma qua semper carnalia in figura spirilalium antecedunt. Et il montre la supériorité de la réalité sur la figure : non seulement l'esprit est guéri et le salut éternel conféré par le baptême, ce remède et ce don sont accordés quotidie, tandis que la guérison des maladies corporelles ne pouvait être obtenue à la piscine probatique que semel in anno. C. v, col. 1205- 1206. Au baptême de Jésus-Christ dans le Jourdain, le Saint-Esprit descend sur les eaux du fleuve, tanquam pristinam sedem recognoscens, et il y paraît sous forme de colombe, ne hoc quidem sine argumento prsecedentis figurée. Quemadmodum enim post aquas diluvii, qiiibus iniquitas aiiliqua purgata est, post baptismum (ut ita dixerim) mundi pacem cselestis iras prœco columba terris adnunliavil dimissa ex arca et cum olea reversa... Le monde ayant péché après le déluge, le baptême est comparé au déluge. C. vin, col. 1208-1209. Le passage de la mer Rouge par les Hébreux pour échapper à la servitude du roi d'Egypte est une nouvelle figure du baptême : Liberantur de sœcidonationes peraquam scilicet, et diabolum, dominatorem pristinum, in aqua oppressum, derelinqvunl. Autres figures du baptême: Item aqua de amariludinis vitio in suum commodum suavitatis Mosei ligno remediatur . Lignum illud erat Cltrislus, venenalse et amarœ retio naturœvenas insaluberrimas, aquas baplismi scilicet, ex sesc remedians. 11sec est aqua, quse de comité petra popido defluebat. Si enim pelra Christus, sine dubio aqua in Cliristo baptismum videmus benedici. C. ix, col. 1209-1210. Saint Cyprien renchérit encore sur Tertullien et va jusqu'à dire : Quotiescumqueaquasola in Scriptuns sanctis nominalur, baplisma prœdicalur. Il trouve dans Isaïe, xliii, 18-21 ; xlviii, 21, des prophéties symboliques du baptême. Epist., Lxm, n. 8, P. L., t. iv, col. 379-380. Dans sa lettre Ad Magnum, n. 2, P. L., t. m, col. 1140, l'évêque de Carthage expose que l'arche de Noé était le type de l'Église; il considère le déluge comme le baptême du monde et il lui compare le baptême chrétien. De l'unité de l'arche il conclut même, par suite d'une comparaison trop rigoureuse, qu'on nepeutètre revivifié que par le baptême, conféré dans l'unique Église de Dieu. Plusloin, n. 15, col. 1150-1151, il voit, après saint Paul, une figure du baptême dans le passage de la mer Rouge. Par l'eau salutaire du baptême, scire debemus

et fidere quia illic diabolus opprimitur, et homo Deo dicatus divina indulgenlia liberatur. Origène, In Exod., homil. v, P. G., t. XII, col. 326, s'appuyant sur saint Paul, I Cor., x, 2, voit dans le passage de la mer Rouge une image du baptême. Le passage du Jourdain a la' même signification, et la réalisation de ces deux figures s'est faite au baptême de ses auditeurs qui ont passé des ténèbres de l'idolâtrie à la connaissance de la loi divine et qui, dans la fontaine mystique du baptême, ont été initiés par les prêtres et les lévites aux plus sacrés mystères. In lib. Jesu Nave, homil. iv, n. 1, 2, ibid., col. 842-844. Pour saint Hippolyte, Susanne est l'image typique de l'Église. Le jour où elle se baigne, dit-il, préfigure la fête pascale où, dans le jardin de l'Église, lebain est préparé aux catéchumènes brûlant de désir. In Daniel., i, 16, édit. Bonwetsch, Leipzig, 1897, p. 26,27; Saint Cyrille de Jérusalem, Cat., in, n. 5, P. G., t. xxvm, col. 432-433, recherche dans l'Écriture les raisons du choix de l'eau comme instrument de la grâce dans le baptême. Outre que l'eau est le meilleur des éléments, le baptême a été figuré dans l'ancienne alliance. A l'origine l'Esprit était porté sur les eaux, desquelles sont sortis le ciel et la terre. 'Ap/f, to0 •/.ôctu.ov xb -j'Scop, xal àpyy] -iâ>v E-jayyeÀctov ô TopSdcw,;. Israël fut délivré de la servitude de Pharaon par le moyen de la mer; le monde a été délivré des péchés par le bain de l'eau dans la parole de Dieu. L'eau scelle toutes les alliances. Celle de Dieu avec Noé a été conclue après le déluge; celle avec Israël au mont Sinaï a été manifestée par l'aspersion de l'eau. Élie ne monte au ciel qu'après avoir traversé le Jourdain. Aaron a pris un bain avant d'être institué grand-prêtre. Le bassin placé devant le tabernacle était aussi un symbole du baptême. Saint Grégoire de Nysse, De bapt., P. G., t. xlvi, col. 420-421, exhorte éloquemment ceux qui retardent le baptême à passer le Jourdain, dont les eaux ont été adoucies par la venue de l'Esprit comme les eaux amères devenues douces grâce au morceau de bois jeté en elles. Il leur propose l'exemple de Josué et leur demande de quitter le désert et de mener la vie chrétienne, figurée par la fertilité de la Terre promise. Saint Grégoire de Nazianze, Orat., xxxix, 17, P. G., t. xxxvi, col. 353, rappelle les différentes espèces de baptême : Moïse a baptisé dans l'eau, et aussi dans la nuée et la mer; ce qui, au témoignage de saint Paul, ('•tait figuratif. La mer Rouge représentait l'eau, la nuée l'Esprit, et la manne le pain de vie. Saint Chrysostome, In dictum Pauli : Nolo vos ignorare, n. 3, 4, P. G., t. li, col. 247-248, développe longuement le caractère figuratif du passage de la mer Rouge. Dans le type et l'antitype, on trouve le même élément; la piscine remplace là mer ; dans les deux cas, tous entrent dans l'eau. Ici, ils sont délivrés de l'Egypte, là, de l'idolâtrie ; ici, Pharaon est submergé, là, c'est le diable; ici, les Égyptiens sont étouffés, là, c'est le vieil homme avec ses péchés. La réalité l'emporte sur la figure. Ailleurs, InJoa., homil. xxxvi, 1, P. G., t. lix, col. 203, c'est la piscine probatique qui est une figure du baptême, si puissant et' si bienfaisant, du baptême qui ellàce tous les péchés et rend la vie aux morts.

Si nous revenons en Occident, les Pères ont la même doctrine que ceux de l'Orient. Saint Optât, De sc/iism. donat., v, 1, P. L., t. xi, col. 1045-1046, conclut à l'unité du baptême, de l'unité du déluge et de la circoncision, et il dit du déluge : Erat quidem imago baptismatis, ut inquinatus tolus orbis, demersis peccatoribus, lavacro interveniente, in faciem pristinam mundarelur. Le pseudo-Ambroise, De sacram., I, 4-6, P. L., t. xvi, col. 420-424, compare les mystères des Juifs à ceux des chrétiens et il expose le caractère figuratif du passage de la mer Rouge, de la guérison de Naaman et du déluge. Saint Ambroise traite des mêmes figures, De myst:, 4, ibid., col. 394-396, en y ajoutant le miracle de la piscine probatique. Saint Jérôme, Epiât., lxix, 6, P. L., t. xxui,

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col. 059-000, célèbre, lui aussi, les louanges de l'eau et du baptême : Solus Spiritus Dei in aurigae modum super atjiias ferebatur et nascentem mundum in figura baptismi parturiebat... Primum deaquis, quod vivit, egredilur et pennatos fidèles de terra ad ceelum levât. Le fleuve du paradis amaras aquas mortuasque vivi/icat. l'eccal m uni lus, et sine aquarum diluvio non pur gai m... J'/iarao cum eocercilu suo nolens populum Dei exire de Aùgijpto, in lypo baptismatis suffocatur... Saint Augustin, In Joa., tr. XI, 4, P. L., t. xxxv, col. 1476-1477, explique la signification figurative du passage de la mer 11. mue et en conclut qu'il est nécessaire d'avoir reçu le baptême afin de pouvoir participer à la manne du Seigneur. Il dit ailleurs, Serm., CCCLIII, c. iv, 2, P.L., t. xxxix, col. 1562, jam mare rubrum, baplisma scilicet Christi sanguine consecratuni, veruni dejecit Pharaoneni. Les cendres du veau d'or, jetées dans l'eau et données en boisson aux Israélites coupables, étaient aussi une figure du baptême. Enar. in Ps., lxi, 9, P. L., t. xxxvi, col. 736. L'aveugle-né, qui lave ses yeux dans la piscine de Siloé et voit la lumière, a été baptisé dans le Cbrist et préfigure mystérieusement l'illumination des catéebumènes dans le baptême. In Joa., tr. XLIV, 2, P. L., t. xxxv, col. 1714. L'évêque d'IIippone, Cont. Faust., xn, 17, P. L., t. xlii, col. 203, compare, lui aussi, le baptême au déluge, qui commence sept jours après l'entrée de Noé dans l'arche, quia in spe futurs: quielis, quse seplimo die significata est, baplizamur. De la durée du déluge, il il 'duit, au moyen du symbolisme des nombres, que tous les péchés sont lavés par le sacrement du baptême céleste. De l'unité de l'arche, il conclut aussi que prseter Ecclesise societalem, aqua baptismi quamvis eadem sit, non solum non valet ad salulem, sed valet potius ad perniciem. Cette dernière conclusion est tirée encore, De baptismo cont. donat., v, 28, n. 39, P. L., t. xliii, col. 196. Cf. S. Fulgence de Ruspe, De 7'emiss. peccat.j i, 20, /'. L., t. lxv, col. 513.

2" Symbolisme du modede collation. — L'immersion, d'après les Pères, fournit un symbole des effets du baptême. Saint Paul avait dit que par le baptême le chrétien est enseveli avec le Christ. Le baptême rappelait donc d'une manière mystérieuse la mort, la sépulture et le séjour de Notre-Seigneur dans la tombe. Un tel symbolisme fut soigneusement remarqué par les Pères, en particulier par saint Cyrille de Jérusalem. Cal., III, 12; xx, 6, 7, P. G., t. xxxm, col. 444, 1081, 1082. Pour se relever de la chute et rentrer dans la grâce de Dieu, dit saint Basile, il faut imiter la croix, la sépulture, la résurrection de Jésus-Christ par le baptême, qui est une mort, un ensevelissement et une résurrection mystique. De Spir. Sanct., xv, 35, P. G., t. xxxn, col. 129; voir également Epist., ccxxxv, 5; De bapt., I, n, 26, P. G., t. xxxi, col. 423 sq., 1569. D'après Grégoire de Nysse, l'homme descendu dans l'eau et plongé trois fois représente; la mort, la sépulture et la résurrection de Jésus- Christ, Cat., 35, P. G., t. xi.v, col. 85; la triple immersion se fait en souvenir des trois jours passés par Nôtre- Seigneur dans le sépulcre et pour honorer les trois personnes divines. Indtem lumin., P. G., t. xlvi, col. 585. D'après saint Chrysostome, l'action de descendre dans l'eau et d«n [cmonter symbolise la descente aux enfers et la sortie du tombeau. Voilà pourquoi l'Apôtre appelle le baptême un sépulcre. In I Gor., liomil. XL, 1, P. G., t. LXI, col. 317. Le baptême, dit saint Augustin, est une mort mystique, Cont. .Iulian. pelag., n, 5, 14, /'. /.., I. xi.iv, col. 683, qui rappelle la mort et la résurrection de Jésus-Christ. Enclin-., 13, n. 12; I î, n. 52, /'. L., t. xi., roi. 253, 256. Le catéchumène, préalablement dépouillé de ses vêtements, nu comme Adam au paradis ou Comme le Christ sur la croix, ('tait introduit dans la piscine, comme le Christ déposé de la croix avait été mis dans le Sépulcre; puis il était plongé trois l'ois dans I eau baptismale, en souvenir des trois jours passés par le

Christ dans la mort; ce n'est là, observe saint Cyrille de Jérusalem, ni une mort, ni une sépulture réelles, mais une simple ressemblance avec la passion et la mort de Jésus-Christ, qui assurent, non un semblant de salut, mais sa réalité vraie; awr^pix; Zïq-V/ ô(xoi'o)|jLa, aù.a à).r,9Fia. Cat., xx, 2-7, P. G., t. xxxm, col. 1077-1084. Ci. Chrysostome, In Joa., homil. xxv, 2, P. G., t. lix, col. 151 ; Jérôme, Epist., lxix, 7, P. L., t. xxii, col. 601; Pseudo- Denys, Eccles. hier., il, 3, 7, P. G., t il, col. 401.

3° Autres figures. — Indépendamment des figures du baptême, qui résultent de la matière ou du mode de collation du sacrement, les Pères ont signalé le caractère typique de faits ou d'institutions de l'ancienne loi, qui n'ont de rapport qu'avec quelques effets du baptême. Le plus fréquemment mentionné est la circoncision. Déjà saint Justin, Dial. cum Tryph., 43, P. G., t. VI, col. 568, comparait la circoncision charnelle des Juils à la circoncision spirituelle, qu'Hénoch et ses pareils ont gardée. 'Hjxeïç Se, 8tà to0 paTTrÎTixorro; aÙTTjv, èitet&i\ àjj.5cpT<i>).oc è"/SY6veiu.ev, 6cà xb b'Xeo; xb Trapà xo0 Qsoû, è)âêoaev, xa'c ttïiiv èçstôv ôu.o:o>ç XaiiêâvEcv. L'auteur des Quœst. ad orthod., q. en, ibid., col. 1318, enseigne la même doctrine : HeptT£|j.vôiieOa Se xoù tjluïi; xvj TiepiToij.?) xoû XpKTTOÛ Sià ToC paim'<7u.axo;, ÈxSutStlSVOC xbv 'ASâjJl, 8c' 8v àuapxu>Ao\ yEyo'/oxti xsOvr/.au.ev, xa\év8'JÔu.Evocxbv Xpi(jx6v, 8c' bv 8ixa«o9é.T£; àvtTxàp.EÔa èxxu>v vexpàSv. Saint Optât, De scliism. donat., v, 1, P. L., t. xi, col. 1015, pour réfuter Parménien, part du principe, admis par son adversaire, quod baptisma christianorum in Hebrazorum circumeisione fueral adumbratum, et il en conclut qu'il n'y a qu'un seul baptême : Circumcisio autem ante adventum baptismatis in figura prsemissa est, et a te tractation est apud christianos duas esse aquas : ergo et apud Judxos duas circumeisiones ostende, altérant meliorem, pejorem alteram. Hoc si quseras, non poteris invenire : Abrahse prosapia, cjua Judœi censentur, hoc sigillo se insigniri gloriantur : ergo talis débet Veritas sequi, qualis ejus imago prsemissa est. Saint Augustin fait le même raisonnement. Cont. Crescon., I, 31, n. 36, P. L., t. xliii, col. 464-465. De ce que la circoncision, qui incorpore dans le peuple juif ceux qui la reçoivent, ne pouvait être renouvelée, il conclut que le baptême ne doit pas être réitéré : Ac per hoc quemadmodum si quis eorum (Nazarenorum) ad Judœos venerit, non potest ilerum circumeidi ; sic cum ad nos venerit, non débet ilerum baptizari. Qu'on n'oppose pas la nature dilférente de la circoncision et du baptême : Sed cum iila umbra fuerit hujus verilatis, cur illa circumcisio et apud hserelicos Judœorum esse potuit, iste autem baptismus apud hsereticos clirislianorum non potest esse"? Enfin, saint Chrysostome, In Gen., homil. XL, n. 4, P. G., t. lui, col. 373-371, compare la circoncision au baptême. La circoncision est douloureuse, dit-il, et ne fait que distinguer les Juifs des païens; notre circoncision à nous, à savoir la grâce du baptême, guérit sans blesser et nous procure des biens innombrables, en nous remplissant de la grâce du Saint-Esprit. De plus, on peut la recevoir en tout temps. Le saint docteur décrit ensuite les effets du baptême. Saint Cyrille d'Alexandrie, Glaph. in Levit., P. G., t. LXIX, col. 553, 500, 561, a comparé le baptême à la guérison de la lèpre. Le Christ nous a purifiés par le saint baptême et nous a introduits dans l'Eglise en nous sanctifiant.

VIII. Effets. — Les termes dont se sont servis les Pères pour désigner le baptême marquent pour la plupart les effets nombreux qu'ils lui attribuent: c'est celui de purifier l'homme, d'effacer tous ses péchés ainsi que la peine duc à ces péchés, de le renouveler, de le régénérer, de lui assurer par celle seconde naissance d'ordre spirituel et mystique sa perfection première, de lui infuser le Saint-Esprit, la grâce sanctifiante, la vie surnaturelle, de le taire en l'a ni de Dieu par adoption, de l'initier a la vie chrétienne, de l'agréger à l'Eglise, de lui

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donner droit aux sacrements et finalement lui assurer le salut éternel.

1° Rémission de tous les péchés par la justification. — Nous avons dit précédemment que, suivant la doctrine des Pères, le baptême effaçait la souillure originelle. Pour la rémission des péchés en général, les textes sont si nombreux qu'il suffira de signaler les plus caractéristiques. Quand nous descendons dans l'eau (baptismale), dit Hermas, nous y recevons la rémission de nos péchés antérieurs, Mand., iv, 3, Opéra Pair, apost., édit. Funk, t. i, p. 396; notre vie est sauvée par l'eau (baptismale), Fis., ni, 3, ibid., p. 358; nous descendons morts dans l'eau (baptismale) et nous en remontons vivants. Simil., ix, 16, ibid., p. 522. Nous entrons pleins de souillures et de péchés dans l'eau et nous en sortons remplis des fruits de justice. Pseudo-Barnabe, Epist., xi, 11, ibid., p. 36. Tertullien voit dans le baptême l'effacement de tous les péchés, De bapt., 1 ; De psenit., 6, P. L., 1. 1, col. 1197, 1238; Vabsolutio mortis, la régénération, Adv. Marc, i, 28, P. L., t. il, col. 280; une seconde naissance. De bapt., 20, P.L., t. i, col. 1224; De anim., 41, P. L., t. il, col. 720. Dans la collation du baptême il y a lieu, dit-il, de distinguer deux actes, l'un matériel, qui consiste à plonger le baptisé dans l'eau, l'autre spirituel qui est la délivrance du péché. De bapt., 7, P. L., t. I, col. 1207. La peine due au péché est elle-même enlevée. Exempta reatu, eximitur pana. De bapt., 5, ibid., col. 1206. Sans le baptême on ne peut recevoir la rémission de ses péchés. Origène, De exhort. mari., 30, P. G., t. xi, col. 600; In Luc, homil. xxi,.P. G., t. xm, col. 1855. D'après saint Cyrille de Jérusalem, le baptême remet tous les péchés, Cat., m, 15, P. G., t. xxxm, col. 448; efface dans l'âme et dans le corps toutes les marques du péché, Cat., xvm, 20, ibid., col. 1041; abolit en Dieu le souvenir de nos fautes. Cat., m, 15; xv, 23, ibid., col. 445, 904. D'après saint Chrysostome, le baptême efface tous les péchés, In Gen., homil. xxvn, 1, P. G., t. lui, col. 241; dans ce sacrement on meurt et on renaît, In Colos., homil. vu, 2, P. G., t. lxii, col. 346; on y meurt comme le Christ est mort sur la croix, In Hebr., homil. ix, S, P. G., t. lxiii, col. 79; que le catéchumène descende dans ce bain salutaire et les rayons du soleil seront moins purs que lui, quand il remonte de l'eau sacrée. Ad illum., 1, 3, P. G., t. xlix, col. 226; In 1 Cor., homil. xl, 2, P. G., t. lxi, col. 348. D'après saint Jérôme, le baptême fait de nous des hommes complets et nouveaux, Epist., lxix, 2; car tout est purifié par lui, ibid., 3, P. L., t. xxn, col. 655, 656; tous les péchés sont eilacés. In Isa., i, 16, P. L., t. xxiv, col. 35. C'est ce qu'exprime saint Augustin : Baptismus abluit quidem peccata omnia, prorsus omnïa, faclorum, dictorum, cogitatorum, sive originalia, sive addita, sive quee ignoranter, sive quœ scienler admissa sunt. Conl. duas epist. Pelag., III, ni, 5, P. L., t. xliii, col. 350. Rien n'empêche le néophyte d'aller au ciel : Si conlinuo [post baplismum] consequatur ab hac vita migratio, non erit omnino, quod hominem obnoxium teneat, solutis omnibus quse tenebant... Nihil Itabet rémora?,, quia minus ad régna cœlorum mox migret. De peccat. mer. et remiss., 1. II, c. xxvm, n. 46, P. L.,t.xLiv, col. 179. Quelque graves que fussent les péchés antérieurs au baptême, la pénitence canonique n'en frappait aucun ; elle était réservée aux péchés commis après la réception de ce sacrement. Le baptisé était donc un homme régénéré, purifié, sanctifié. Telle était, même au ne siècle, l'idée qu'on se faisait du baptême, dans certains milieux, qu'on en était venu à croire qu'il n'y a pas, pour l'homme, d'autre conversion ni d'autre rémission des péchés; qu'après l'initiation baptismale on devait se conserver pur et sans tache, ne plus pécher, sous peine de ne plus rentrer en grâce. Une telle permanence de la grâce baptismale eût été l'idéal. Mais cet idéal était difficilement conciliable avec l'état de la nature déchue et la

misère morale inséparable de la condition humaine. La régénération donnée par le baptême ne constituait pas l'impeccabilité. Le baptisé, le fidèle pouvait toujours succomber. Et dans le cas d'une chute, toujours possible et trop souvent réelle, il ne fallait pas songer à recourir de nouveau au baptême, puisqu'il ne se réitère pas; mais alors quel parti prendre? Traiter la chute des fidèles comme une chose indifférente ou sans importance? Ce fut la solution de quelques hétérodoxes condamnés par Hermas comme des casuistes sans conscience, de vrais docteurs du mal, Sim., ix, 19, Opéra Pat. apost., édit. Funk, t. I, p. 538, et par saint Irénée, comme des hérétiques ou des cyniques. Cont. User, I, 6, 3; il, 32, 2, P. G., t. vn, col. 508, 828. Exiger de la part des fidèles, par un rigorisme excessif, aussi dangereux que faux, la nécessité de la continence, et imposer ainsi l'héroïsme comme un devoir? Quelques esprits exagérés ne s'en firent pas faute. L'ascétisme absolu, intégral, tel qu'il se manifeste dans la littérature apocryphe, l'Évangile selon les Égyptiens, les Acla Pétri, les Acla Thomse, les Acta Pauli et Theclœ, devint la prétention des encratites et même celle de quelques fidèles, au cœur généreux, mais à l'esprit étroit. Voir t. I, col. 362. C'était mutiler l'œuvre du Christ en rendant inutile le sacrement de pénitence. De là les tentatives d'Hermas pour rendre l'espoir au baptisé qui avait le malheur de succomber; pour démontrer que tout péché a droit au pardon s'il est l'objet d'un repentir sincère et qu'il reste au pécheur un moyen de rentrer en grâce et d'assurer son salut compromis. Cf. J. Réville, La valeur historique du Pasteur d Hermas, Paris, 1900; M'Jr Batiffol, dans Éludes d'histoire et de théologie positive, Paris, 1902, p. 47 sq. De là, dès l'apparition du montanisme, les décisions de l'Eglise pour affirmer et préciser le rôle de la pénitence dans la réconciliation des pécheurs. C'est dire qu'à la discipline baptismale dut s'ajouter, comme un complément nécessaire, la discipline pénitentielle, chargée, après le baptême, de réparer la chute des fidèles. Comment, dans quelle mesure, par quels moyens, au milieu de quelles difficultés, c'est ce dont il sera question à l'article consacré au sacrement de pénitence.

Plus tard, Jovinien prétendit que les baptisés ne peuvent être tentés par le diable, ni pécher; il soutenait ainsi l'impeccabilité postbaptismale. Cf. S. Ambroise, Epist., lxiii, 22, P. L. t. xvi, col. 1196; S. Augustin, Hœr., 82, P. L.,t. xlii,co1. 45. Mais saint Jérôme prouva que les baptisés n'ont pas ce privilège, il réfuta les arguments proposés par Jovinien, et il cita de nombreux passages scripturaires pour faire voir que les baptisés peuvent non seulement être tentés, mais encore succomber. Le remède est dans la pénitence. Adv. Jovin., 1. II, 1-4, P. L., t. xxiii, col. 281-288. Sa conclusion lut quod, excepto Deo, omnis creatura sub vilio sit, non quod universi peccaverint, sed quod peccare possint et similium ruina, stanlium metus sit. Ibid., 35, col. 333. Julien d'Éclane, ayant prétendu que l'évêque d'Hippone renouvelait l'erreur de Jovinien, saint Augustin réfuta cette calomnie et affirma que le chrétien non solum potest peccare post baptismum, verum etiam quia et bene reludans concupiscentise carnis aliquando ab ea trahit ir ad consensionem, et quant vis venialia, tamen aliqua peccata committit. Op. imperf. cont. Julian., 1. I, 98, 101, P. L.,t. xlv, col. 1114-1115, 1116-1117. L'erreur de Jovinien a été aussi réprouvée par Pelage, Confessio scu libellus fidei, 25, P. L., t. xlviii, col. 491, et par Julien d'Éclane, Libellus fidei, I. III, 8, ibid., col. 520. Cf. Haller, Jovinianus, etc., dans Texte und Untersuch., nouv. série, Leipzig, 1897, t. il, fasc. 2, p. 19-20, 86, 95, 97- 101, 105, 133-142.

2° Infusion de la g>-dce et des vertus surnaturelles et droit à l'héritage céleste. —Baptisés, nous sommes illuminés, dit Clément d'Alexandrie, Pœdag., I, 6, P. G., t. vin, col. 281 ; illuminés, nous sommes des fils d'adop-

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lion; adoptés/nous sommes perfectionnés; parfaits, nous sommes rendus immortels. Saint Cyprien. Epist., i. ad Donat., 4, P. L.,l. rv, col. 200-201, a décrit les heureux effets de régénération produits dans son Ame par le baptême. Le baptême, dit saint Hilaire, In Mattk., n, 6, P. L., t. ix, col. 927. fait descendre le Saint-Esprit sur le baptisé, le remplil d'une onction toute céleste et le rend entant adoptil de Dieu. Par le baptême, dit saint Atha- Hase, nous sommes faits enfants de Dieu. De décret, nient. syn.,31, P. G., t. xxv, col. 473; Cont. arian., 1,34, P. G., t. xxvi, col. 84. D'après saint Cyrille de Jérusalem, le baptême nous régénère, nous fait entants de Dieu, non par nature, mais par adoption, Cat., i, 2; ni, 14, P. G., t. xxxm, col. 372, 445; héritiers de Dieu, cohéritiers du Christ, Cat., m, 15, ibid., col. 445; de telle sorte que l'homme est comme ressuscité, vivifié dans la justice, •rendu conforme au Christ et ne retenant rien de l'homme ancien. Cal., ni, 12; xx, 2, ibid., col. 444, 1077. La communication du Saint-Esprit est proportionnée à la foi du néophyte. Cat., I, 5, ibid., col. 377. Selon saint Chrysostome, le catéchumène sort du bain sacré, revêtu de lumière, en possession de la justice et de la sainteté, pleinement régénéré. Ad illum.,1, 3, P. G., t. xlix, col. 22G; In I Cor., hornil. xl, 2, P. G., t. xli, col. 348.

3° Agrégation à l'Eglise et droit aux autres sacrements. — Le baptême introduisait le néophyte dans l'Église et l'initiait à la vie chrétienne. Mais il n'était qu'un début, le commencementde l'initiation chrétienne, la source de grâces et de privilèges futurs. Dans la cérémonie solennelle de l'initiation, le catéchumène, à peine baptisé, était immédiatement confirmé par l'évêque, et aussitôt après admis à la célébration des mystères, à la communion eucharistique. L'évêque, dit Tertullien, impose les mains sur le baptisé, appelle et invite le Saint-Esprit à descendre sur lui. De bapt., 8, P. L., t. i, col. 1207. Le baptisé, dit le pseudo-Basile, n'a plus qu'à se nourrir du pain de la vie éternelle. De ba^t., i, 3, P. G., t. xxxi, col. 1573. Mais avant de participer au corps et au sang de Notre-Seigneur, il doit recevoir le sceau et les dons du Saint-Esprit. Ambroisc, De myst., vu, 42; vin, 43; pseudo-Ambroise, De sacrum., III, n, 8, P. L., t. xvi, col. 403, 43i. C'est l'imposition solennelle des mains et l'invocation du Saint- Esprit, dont parle saint Jérôme, Dial. adv. Lucif., 8, P. L., t. xxin, col. 172. Saint Cyprien, qui constate l'usage de confirmer les baptisés, Epist., lxxiii, 9, P. L., t. ni, col. 1115, remarque qu'il ne faut pas confondre cette réception du Saint-Esprit avec la naissance spirituelle : No?} per manu» impositionem quis nasciiur quando accipit Spiritum Sanction, sed in Ecclesiœ bajdismo ut Spiritual Sanction jam natus accipiat. Epist., lxxiv, 7, ibid., col. 1132. Ceux qui sont baptisés, ordonne le concile de laodicée, doivent ensuite recevoir l'onction céleste et (participer à la royauté de Jésus-Christ. Hardouin, Acl. concil., t. i, col. 789. Dans le cas d'une collation non solennelle du baptême, le baptisé était tenu de se présenter le plus tut possible à l'évêque pour être confirmé, concile d'Elvire, can. 38, Hardouin, t. i, col. 254; s'il venait à mourir avant d'avoir rempli cette obligation, son salut n'en restait pas moins assuré. Can. 77. ibid., t. i, col. 258. Du temps de saint Augustin, les enfants eux-mêmes, après avoir été' baptisés, étaient admis à la conlirmation et à la communion. Serm., clxxiv, fi. 7; ujxciv, 3, P. L., t. xxxvm, col. 944, 1162. A Jérusalem, pendant les catéchèses préparatoires à la

réception du baptê saint Cyrille n'expliquait que ce

qui regarde les principaux éléments de la foi chrétienne, sans toucher aux deux sacrements de la confirmation ci d^ l eucharistie. Mais le momentde l'initiation venu, la veille de Pâques, il révélait quelque chose des nds mystères auxquels les catéchumènes allaient prendre part. <: est ainsi qu'après son exposition du symbole il remarque qu'il n'a pas tout dit, qu'il a bien des

choses encore à faire connaître, qu'il le fera surtout à partir du lendemain des fêtes pascales; et, îles le soir du samedi saint, il indiquait brièvement ce qui allait faire l'objet de son futur enseignement et qui devait rouler sur le triple mystère de la nuit de Pâques, la purification, la communication du Saint-Esprit et la communion, Cat., xvili, 32, 33, P. G., t. xxxm, col. 1053-1056; il soulevait un coin du voile, suffisamment pour que les néophytes eussent une idée sommaire des mystères jusqu'alors inconnus et auxquels ils allaient être admis. De là ses catéchèses rnystagogiques si explicites. Rendus participants du Christ, dit-il, ayant revêtu le Christ, vous êtes appelés chrétiens. Au sortir de la piscine on vous donne le chrême; on en oint votre front et les autres sens; et, pendant qu'avec ce chrême visible votre corps est oint, votre âme est sanctifiée par l'Esprit saint et vivifiant, après quoi vous êtes appelés chrétiens, Cat., xxt, 1-5, P. G., t. xxxm, col. 1088-1092; il ne vous restait plus qu'à communier, ce qui vous rend participants du corps et du sang de Jésus-Christ et de la nature divine, a\J<jaa>u.ot xal avvaqj.ijiToO X^ctto-j, Ocia; xotvwvo! çj<7S<i>ç, yoia-roçôpoi. Cat., xxil, 1-3, P. G., t. xxxm, col. 1097- Ï100.

4° Le caractère. — 1. Le baptême ne se donne qu'une fois; il ne peut pas être réitéré : tel fut, dès l'origine, le principe en vigueur dans l'Église, tant au point de vue dogmatique qu'au point de vue disciplinaire. Personne, parmi les catholiques, ne songea à y contrevenir. Et quand, au ine siècle, éclata la célèbre controverse relative au baptême des hérétiques, cette loi primitive et constante de l'Eglise ne fut pas mise en question. D'un coté le pape Etienne, tenant pour valide le baptême conféré par les hérétiques, estimait avec raison que Cyprien de Carthage et Firmilien de Césarée avaient tort de conférer le baptême à ceux qui avaient déjà été baptisés dans l'hérésie; car, à ses yeux, c'était là une véritable réitération du baptême. D'autre part, Cyprien et Firmilien, le tenant pour invalide, ce en quoi ils s'abusaient, crurent devoir baptiser ceux qui avaient reçu le baptême de la main des hérétiques; pratique fausse, mais qui laissait en dehors du débat la question nullement controversée de la nonréitération du baptême. C'est pourquoi ils se défendirent de méconnaître cette règle acceptée de tous. Le baptême des hérétiques étant nul, il y avait lieu, pensaient-ils, de donner le seul vrai baptême, le baptême des catholiques; ce qui était, affirmaient-ils, non pas réitérer le baptême, mais simplement le conférer.

Semel abluit, disait Tertullien, en parlant du baptême. De bapt., 15, P. L., t. i, col. 1217. D'où venait donc à ce sacrement un tel privilège, une telle efficacité, qu'une fois donné on ne pût pas le conférer de nouveau? Le baptême a pour figure le déluge et la circoncision; or, un seul déluge, une seule circoncision, donc un seul baptême. C'est l'argument que fait valoir saint Optât contre Parménien. De schism. donat., v, 1, 3, P. L., t. XI, col. 1014, 1015, 1 048. De plus trois textes scripturaires servirent à prouver qu'on ne peut donner le baptême qu'une fois : l'un, tiré de l'Évangile île saint Jean : Qui lotus est non indiget nisi ut pedes lavet, seil est mundus totus, xm, 10; le seeond.de l'Épitre aux Éphésiens : Unum baplisma, iv, 5; le troisième, de l'Épitre aux Hébreux : Impossibile est ut eus gui semel iltuminati... et prolapsi sunt, rursus renovariadpaeniteritiam, vi, 4-0. Le premier devait s'entendre nettement de la non-réitération du baptême, comme le marque saint Ainbroise. De myst., VI, 31, P. L., t. xvi, col. 398; De peenit., II, n, 8, ibid., col. 198; lu Lue., vih,78, /'. /.., t. xv, col. 1789. C'est le texte que saint Optât oppose à la pratique des donatistes. Rebaptiser, dit-il, c'est laver de nouveau. Or, il n'y a pas deux lotions, il n'y en a qu'une ci elle ne peui s'entendre que du baptême; par suite, agir comme le font les donatistes, c'est aller contre la parole formelle de Jésus-Christ et mépriser la dis-

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cipline. De schism. donat., iv, 4; v, 3, P. L., t. xi, col. 1032, 1050. Voici comment l'interprète saint Augustin : La lotion dont parle le Christ n'est autre que le baptême qui purifie l'homme tout entier; mais l'homme en contact avec le siècle, foulant la terre avec des sentiments humains comme avec'les pieds, contracte par son commerce terrestre de quoi dire à Dieu : pardonneznous nos offenses, par suite de quoi se faire encore purifier par Celui qui, après avoir purifié les apôtres, voulut de plus leur laver les pieds. In Joa., te. LVII, 1, P. L., t. xxxv, col. 1791. Ailleurs il dit: Qui lotus est non hab et necessilatem iterum lavandi, c'est-à-dire d'être rebaptisé; car rebaptiser est une faute qui appelle les rigueurs de la pénitence. De bapt. cont. donat., il, 14, 19, P. L., t. xliii, col. 138. Le unum baptisma de l'Épître aux Éphésiens servit à Tertullien, à Cyprien et à Firmilien pour prouver que ce baptême unique ne pouvait se trouver que dans l'Église catholique; ils ne voyaient pas que le baptême conféré par les hérétiques n'était autre que celui de l'Église et ne rompait pas l'unité du baptême, mais ils savaient fort bien, d'après l'enseignement et la pratique de l'Église, que le unum baptisma marque l'impossibilité de la réitération du baptême ; et c'est ce point spécial que fuit ressortir Cyrille de Jérusalem dans sa procatéchèse. Procat., 7, P. G., t. xxxni, col. 3i5. Reste le texte de l'Épître aux Hébreux ; celui-ci aussi doit s'entendre de l'impossibilité de recourir à un nouveau baptême pour rentrer en grâce avec Dieu, si on a eu le malheur de pécher après le baptême reçu. C'est ainsi que l'explique saint Ambroise, De psenit., II, II, 8, P. L., t. xvi, col. 498. Les cathares exploitaient ce texte pour prouver l'impossibilité de se relever par la pénitence après la chute qui suivait le baptême. Saint Épiphane de leur répliquer qu'il s'agit là, non delà pénitence, mais du baptême, et que c'est le baptême qui ne se réitère pas. Hœr., lix, 2, P. G., t. xli, col. 1020. Saint Jérôme en concluait que le remède aux fautes commises après le baptême n'était pas dans un second baptême, mais dans la pénitence, contrairement à l'assertion erronée de Montan et de Novatien. Adv. Jovin., n, 3, P. L., t. xxiii, col. 298, 299. La non-réitération du baptême ne faisait doute pour personne parmi les catholiques. Saint Augustin se demande : Quid sit perniciosius, omnino non baptkari an rebaplizari ? Et il répond : Judicare difficile est. Debapt. cont. donat., il, 14, 19, P. L., t. xliii, col. 138. C'est qu'on regardait, en effet, la réitération du baptême comme un attentat sacrilège. Aussi la voit-on énergiquement réprouvée par les Canons apostoliques, can. 47, Hardouin, Act. concil., t. I, col. 38, P. L., t. lxvii, col. 147, qui ordonnent la déposition de tout évêqueou prêtre qui se la permettrait. Cf. Const. apost., VI, 15, P. G., t. I, col. 948. Léon le Grand écrit: Scimus inexpiabile esse facinus quolies... cogitur aliquis lavacrum, quod regenerandis semel tributum est, bis subire. Epist., clxvi, \,ad Néon., P. L., t. uv, col. 1194. Enfin, le baptême est une régénération, et de même qu'on ne naît qu'une fois, on ne peut renaître qu'une fois. Augustin, In Joa., tr. XII, 2, P. L., t. xxxv, col. 1848.

2. Du fait de la non-réitération du baptême les Pères ont cherché la cause et ils l'ont trouvée dans la marque profonde, permanente et indestructible qu'imprime le baptême dans l'âme du baptisé, et qui n'est autre que le character des Latins ou la (Tcppayi; des Grecs. Le mot asayis se lit huit fois dans le Pasteur et vingt fois dans les Acta Thomse. Il est employé aussi dans la Secunda Clementis, c. vu, vin, Funk, Opéra Pat. apost., t. i, p. 153, 155, dans l'inscription d'Abercius, voir 1. 1, col. 62, et dans les Acta Philippi. Voir t. i, col. 358, 359, 360. Il désigne le baptême et la confirmation ou l'un de leurs effets. Au iv* siècle, surtout en Orient, la doctrine se précise, et parmi les effets du baptême, les Pères mentionnent la <7çpay(; sacrée, céleste, divine et indélébile à jamais. Cyrille de Jérusalem a bien soin de distinguer

ce sceau baptismal de celui de la confirmation; celui-ci, il l'appelle la (jcppayt'ç r?ç xoivcovta; to0 âyi'ou IIvs'j(j.aToç, le sceau de la communication du Saint-Esprit, que les Grecs désignent d'ordinaire par ces mots : aypayic, Swpeài: toû Ilve'jaaTos âyiou, tandis qu'ils désignent le sceau du baptême par ces autres : (rcppayt; {iSaroç, Cat., m, 4, P. G., t. xxxiii, col. 432; cjcppayt; |rj<rrix^. Cat., I, 2, ibid., col. 372. Ce sceau s'imprime dans l'âme pendant que l'eau lave le corps, Cat., ni, 4, ibid., col. 429 ; au moment même du baptême, Cat., iv, 16, ibid., col. 476; dans le baptême même. Cat., xvi, 24, ?6id.,col.952. Le sceau de la confirmation s'imprime, au contraire, après le baptême, Cat., xvin, 33, ibid., col. 1056, lorsque le front est oint du saint chrême. Cat., xxn, 7, ibid., col. 1101. Le sceau baptismal sert à nous faire reconnaître des anges et à mettre en fuite les démons. Cat., I, 3, ibid., col. 373. C'est, dit Chrysostome, le signe distinctif des soldats du Christ, In II Cor., homil. m, 7, P. G., t. lxi, col. 418, qui nous marque dans l'âme comme la circoncision marquait les Juifs dans le corps. In Eph., homil. il, 2, P. G., t. lxii, col. 18. La circoncision juive a duré jusqu'à la grande circoncision, c'est-à-dire jusqu'au baptême, qui nous retranche du péché et nous signe du sceau de Dieu. Épiphane, Hser., vin, 5, P. G., t. xli, col. 213.

Au \e siècle, saint Augustin devient le véritable théologien du caractère. Discutant avec les donatistes, il expose plus exactement les raisons pour lesquelles le sacrement de baptême ne pouvait être réitéré. Il distingue la grâce du caractère, et pour expliquer ce dernier, il reprend et développe les comparaisons anciennes. Dans le baptême, le Saint-Esprit produit un effet distinct et indépendant de la grâce sanctifiante, un effet que Simon le magicien a conservé, De bapt. cont. donat., ni, 16, 21, P. L., t. xliii, col. 149, que les hérétiques reçoivent. Ibid., v, 54,34, col. 193-194. En raison de cet effet, le baptême est ineffaçable, comme la marque du soldat qui fait reconnaître les déserteurs, In. Ps., xxxix, 1, P. L., t. xxxvi, col. 433, qui demeure chez les apostats tellement que, lorsqu'ils se convertissent, on ne leur réitère pas le baptême. C'est le sceau royal des pièces de monnaie qui reste partout marqué, chez les ennemis et chez les étrangers. Serm., vin, n. 2, P. L., t. xlvi, col. 839; Sermo ad plebem Cœs., n. 4, P. L., t. xliii, col. 693; Cont. epist. Parmen., n, 13, 29,32, P. L., ibid., col. 72, 73 ; De bapt. cont. donat., v, 15, 20; vi, 14, 23, ibid., col. 186, 207, 208. Le baptême des schismatiques est, lui aussi, indélébile et on ne le leur renouvelle pas, quand ils rentrent dans le giron de l'Église. De bapt. cont. donat., vi, 9, 14; 14, 23; 15, 25; vu, 54, 103, ibid., col. 204, 207, 208, 244. Le caractère n'est pas un signe extérieur et visible, c'est un signe intérieur, un effet réellement produit dans l'âme par une sorte de consécration. Cont. epist. Parmen., n, 28, P. L., t. xliii, col. 70 ; Epist., xcviii, n. 5, P. L., t. xxxm, col. 362. Cette consécration, opérée au nom de la Trinité, fait que les baptisés appartiennent à Dieu ; elle introduit dans le troupeau du Seigneur, et le chrétien en demeure marqué comme la brebis porte la marque du propriétaire à qui elle appartient. Sermo ad plebem Csesar., n. 4, P. L., t. xliii, col. 693. Cf. Sasse, Institut, theolog. de sacramenlis Ecclesiee, Fribourg-en-Brisgau, 1897, t. i, p. 98-105.

5° Mode d'efficacité. — En exposant les effets du baptême, les Pères ont bien cru que le sacrement opère par lui-même et produit dans les âmes la sanctification et la grâce. Ils ont démontré que son efficacité est indépendante du ministre qui la confère. C'est par l'action divine du Saint-Esprit que les effets sont réalisés. Voir plus haut. C'est Dieu qui est l'agent principal, le sacrement n'est qu'un moyen, mais un moyen nécessaire qui a son efficacité propre et intrinsèque. Elle vient de l'institution divine et elle n'est que l'application des

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mérites de Jésus-Christ. Selon saint Ambroise, De myst., in, 14, P. L., t. xvi, col. 393, la fontaine baptismale devient douce et produit la grâce, parce que le prêtre y a mis la prédication de la croix de Notre-Seigneur. D'après saint Jérôme, In Is., xliii, P. L., t. xxiv, col. 433, les pécbés sont remis dans le baptême in aspersione et sanguine Christi. Saint Augustin dit : Significabat mare rubrumbaptismum Christi; imite rubet baptismus Chrisli nisi sanguine Christi consecratus? In Joa., tr. XI, n . 4, P. L., t. xxv, col. 147. Saint Césaire d'Arles répète la même chose. Uomil., iv,P.L.,t. lxvii, col. 1050. Toutefois, cette inlluence divine est attachée au signe sensible. Pour que l'effet soit produit, il laut unir, comme diront plus tard les théologiens, la matière à la forme. Le témoignage de saint Cyrille de Jérusalem est formel. Le célèbre catéchiste dit aux catéchumènes : M*i u>ç ■j&a-ct ).iT(i> TiçiÔGtyz tô> Xoiirpô), àÀXà "f, (Aerà toû (joixtoi; 8e8o(iévY] jrveuiAOTtXTj /àperi. "Himp -(àp tx toi; pw|j.ov; itpOTcpîpdjj.Eva, rîj 9'j<rei ovua Xitcc, [A£fxo),ucr|jt.éva yt'yvETai tyj ïizmû^aet mv eigojXidv' outo); aTtsvavri'aç, tô ).itov -j6a)p rive-JU-a-toç àyiou xa\ XpeaToû xai Ilarpô; ttjv èiu'x/.ïjTtv ),aêôv, 8ûva|uv xyiÔTi-^o^ èirixTâtai. Ca£., III, 3, P. G., t. xxxin, col. 429. Saint Augustin est plus explicite encore. Comme le sens de ses paroles est contesté, il faut les citer dans tout leur contexte. L'évèque d'Hippone commente le passage : Jani vos mundi eslis propter sermoneni quem locutus sum vobis. Joa., xv, 3. Voici son commentaire : Quare non ail, mundi eslis propter baptismum quo loti.eslis, sed ail, propter verbum quod locutus sum vobis; nisi quia et in aqua verbum mundat"? Detrahe verbum, et quid est aqua nisi aqua"? Accedit verbum ad elementum, et fit sacramentum, etiam ipsum tanquam visibile verbum... Unde ista tanta virtus aquse, ut corpus tangat et cor abluat, nisi faciente verbo ; non quia dicitur, sed quia creditur ? Nam et in ipso verbo, aliud est. sonus Iransiens, aliud virtus manens. Après avoir cité Rom., x, 8-10; Act., xv, 9; I Pet., ni, 21, il conclut : Hoc est verbum fidei quod prœdicamus : quo sine dubio ut mundare possit, consecralur et baptismus. Puis d'Eph., v, 25-16, il déduit: Mundalio igitur nequaquam /luxo ctlabili tribueretur elemento, nisi adderetur in verbo. Hoc verbum fidei tantum valet in Ecclesia Dei, ut per ipsum credentem, offerenlem, benedicentcm, tingentem, etiam tanlillum mundet infantem ; quamvis nondumvalentem corde credere ad justitiam et ore con/iteri ad salutem. In Joa., tr. LXXX, n. 3, P. L., t. xxxv, col. 1840. Les protestants entendent ces paroles de l'évèque d'Hippone de telle sorte qu'ils ne font du sacrement qu'un signe sensible de l'élément invisible qui les accompagne. Dans le baptême, l'eau est un pur signe extérieur si la formule qui est prononcée ne fait qu'indiquer sa signification symbolique. Elle signifie le pardon des péchés et elle a de sa nature une similitude avec cet effet produit. Quand le signe est réalisé par l'union de la formule avec l'ablution, la rémission des péchés est réellement obtenue; mais elle est produite directement par Dieu. Sans doute, elle est attachée à l'exécution du rite symbolique; toutefois elle n'est pas réalisée par le rite lui-même, et c'est à tort que les scolastiques ont tiré' du témoignage d'Augustin leur théorie de Vu), un iipcratum dis sacrements. E. Choisy, Précis de lliisluiredes dogmes, Paris, 1893, p. 277-278 ; R. Seeberg, Lelirbuch der hogmeiigeschiehtc, Erlangen et Leipzig, 1895, |). 294-295. Quelle est, au fond, la pensée de saint Augustin? Il expose dans tout ce passage que la purification de l'âmese fait par la parole de la foi soit en dehors du baptême, soitdans le baptême lui-même, qui a lieu par l'union de la parole à l'élément sensible. La parole n'a pas par elle même, en tanl que son matériel qui frappe les oreilles, cette puissance purificatrice; elle la possède en tant que parole de Dieu et objet de la foi. Or la parole de foi, prononcée dans le baptême, est

évidemment pour saint Augustin la formule trinitaire, qui est, d'ailleurs, un résumé de la prédication chrétienne. Mais cette formule produit elle-même son effet, puisque par elle, ut mundare possit, consecratur et baptismus , et l'eau ne purifie l'âme que faciente verbo. Elle ne le produit pas, ut sonus transiens, quia dicitur, mais en tant qu'elle a une vertu qui provient de la foi de l'Église. En effet, cette vertu ne provient pas de la foi du sujet, puisque l'enfant, incapable de faire un acte de foi, est néanmoins purifié par le baptême, pourvu que le baptême soit conféré, même par les hérétiques, suivantla croyance et la prédication de l'Eglise. L'efficacité du sacrement dérive donc du rite accompli tel que le veut l'enseignement ecclésiastique. J.-R. Sasse, Institut, théologie, de sacramenlis Ecclesise, Fribourg-en-Brisgau, 1897, t. i, p. 53-5i.

IX. Nécessité. — 1° Preuves de cette nécessité. — Le baptême chrétien est-il absolument et universellement nécessaire tant pour effacer tous les péchés que pour initier les convertis à la vie chrétienne, en faire des enfants adoptifs de Dieu et leur assurer le salut éternel ? Cette question ne semblait pas pouvoir laisser place au moindre doute, tant le texte : Nisi quis renatus fuerit ex aqua, Joa., m, 5, paraissait clair. Mais les hérétiques nièrent la nécessité du baptême; les uns, sous prétexte que la toi seule suffit au salut; tels, les caïnites et les quintilliens, Tertullien, De bapt., 13, P. L., t. I, col. 1215; les autres, parce qu'ils regardaient l'eau, élément matériel, comme d'ordre inférieur, de nature mauvaise, absolument impropre à assurer le salut; tels les manichéens, Augustin, Hœr., 46, P. L., t. xlii, col. 34, et tous ceux qui voyaient dans la matière le siège du mal, les archontiques, Augustin, User., 20, P.L., t. xlii, col. 29; Théodoret, Hœret. fab., I, 11, P. G., t. lxxxiii, col. 361 ; les ascodrutes, Théodoret, Hœret. fab., I, 10, ibid., col. 360 ; les séleuciens et les hermiens. Augustin, Hœr., 59, P. L., t. xlii, col. 41. Tandis que les massaliens traitaient le baptême d'absolument inutile, Epiphane, Hœr., lxxx, P. G., t. xlii, col. 756 sq.; Augustin, Hœr., 57, P. L., t. xlii, col. 40; Théodoret, Hœret., fab., IV, 11, P. G., t. lxxxiii, col. 429, les pélagiens se contentèrent de le déclarer relativement inutile ; car le péché originel n'existant pas à leurs yeux, le baptême n'avait que faire pour l'effacer ; ils l'acceptaient néanmoins pour la rémission des péchés ordinaires et pour faciliter l'accès du royaume du ciel. Toutes ces erreurs furent prises à partie et résolument condamnées à mesure qu'elles se produisirent.

Le baptême est absolument nécessaire. Car pour être sauvé il faut monter de l'eau (baptismale), dit Hermas, Simil., ix, 16, Opéra Patr. apost., édit. Funk, t. i, p. 530. Impossible, sans le baptême, de recevoir la rémission de ses péchés, dit Origène, Deexhorl. martyr., 30, P. G., t. xi, col. 600. Saint Irénée avait déjà écrit du Christ : Omnes venit per semetipsum salvare; omnes, inquam, qui per eum renascuniur in Dcum, infantes, et parvulos, et pueros, et juvenes, et seniores. Cont. hœr., i, 22, n. 4, P. G., t. vu, col. 784. Tertullien enseigne ex professo la nécessité du baptême contre les caïnites et les quintilliens. De bapt., 12, P. L., t. i, col. 1213: Nemini sine baptismocompetere salutem. Le précepte : Ite,docete baptizantes..., Matth., xxvni, 19, marque la loi du baptême ; la parole : Nisi quis renatus fuerit ex aqua, Joa., m, 5, en marque la nécessité. De bapt., 15, ibid., col. 1215. Au m" siècle, Cyprien, Firmilien et leurs partisans ne crurent devoir procéder au baptême de ceux qui avaient été baptisés dans l'hérésie que parce qu'ils étaient convaincus de l'absolue nécessité de ce sacrement. C'est cette même conviction qui poussa plus tard les donatistes à conférer leur baptême aux catholiques qui venaient à eux. Saint Ambroise enseigne que, sans

le baptê , le catéchumène a beau avoir la foi, il ne

reçoit pas la rémission de ses péchés, ni les grâces spiri-

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tuelles , De tnyst., iv, 20, P. L., t. xvi, col. 394, et n'entrera pas dans le royaume des cieux. De Abrah., il, 11,79, P. L.,l. xiv, col. 497. Et Gennade écrit : Baptizatis tantum iteresse salutis credimus. Ecoles, dogm., lxxiv, P. L., t. lviii, col. 997. C'est déjà, moins les termes, toute la théorie théologique du haptême nécessaire, non seulement de nécessité de précepte, mais encore de nécessité de moyen. Car les Pères n'admettent pas le salut de l'adulte qui n'a pas reçu le sacrement du baptême. Cyrille de Jérusalem refuse le ciel à quiconque pratique les œuvres des vertus sans recevoir le baptême. Cat., m, 4, P. G., t. xxxiii, col. 432. Saint Augustin regarde comme un principe indiscutable que personne n'est sans péché avant le baptême, Cont. litt. Petil., 1. II, n. 232, P. L., t. xliii, col. 338, et en conclut que le baptême est d'une nécessité absolue pour tous, Enchir., 13, 43, P. L., t. xl, col. 253; De peccat. mer., m, 4, 8, 12, 21, P. L., t. xliv, col. 190, 199, même pour les catéchumènes qui pratiquent certaines vertus et marchent dans la voie d'une perfection relative. Voilà, dit-il, un catéchumène continent, qui a dit adieu au siècle, a renoncé à tout ce qu'il possédait, a distribué son bien aux pauvres. Il est même instruit dans la science du salut beaucoup plus que la plupart des fidèles ; il est à craindre qu'il ne se laisse envahir par quelque sentiment de vanité, qu'il ne se juge meilleur que tel ou tel et n'en vienne à dédaignerle baptême; et tamen omnia peccala super illum sunt, et nisi venerit ad salutarem baptismuni, ubi peicata solvuntur, cum omni excellenlia sua non potest intrare in regnum cœlorum. In foa., tr. IV, 13, P. L., t. xxxv, col. 1411. C'est là une pensée sur laquelle il revient. Notre-Seigneur a voulu être baptisé par saint Jean ; le catéchumène doit recevoir le baptême du Christ et ne point le dédaigner, sous prétexte qu'il possède certaines grâces de choix; car, quantumcumque catechumenus proficiat, adhuc sarcinam iniquitatis suée portât; non Mi dimittilur, nisi venerit ad baptismum. In Joa., tr. XIII, 7, P. L., t. xxxv, col. 1496 ; De origin. anim., I, ix, 10, P. L., t. xi. iv, col. 480. Ailleurs, faisant allusion à la sanctification relative que procure au catéchumène, pendant sa préparation, soit le signe de la croix, soit l'imposition des mains, i il dit : Sanctificatio catechumeni, si non. fuerit baplizatus, non ei valet ad intrandum in regnum cœlorum. De peccat. merit., il, 26, 42, P. L., t. xliv, col. 176. On peut juger, d'après ces textes, ce qu'il pensait des infidèles : il les condamne à la damnation éternelle, qu'ils aient pu ou non être chrétiens, car il n'y a que la grâce qui sauve, De nat. et grat., IV, 4; vin, 9, P. L., t. xliv, col. 230, 251 ; De corrept. et grat., vu, 12, ibid., col. 923; eussent-ils à leur actif des œuvres bonnes et louables : ad salutem seternam nihil prosunt impio aliqua bona opéra. De spir. et litt., xxvm, 48, ibid., col. 230; mais il laisse à la justice de Dieu le soin de proportionner la peine aux délits de chacun. Nous avons exposé plus haut la doctrine de l'évêque d'Ilippone au sujet de la nécessité du baptême pour les enfants eux-mêmes, infectés du péché originel, et sa lutte avec les pélagiens, pour montrer que le baptême est nécessaire pour obtenir la vie éternelle et entrer dans le royaume des cieux. Saint Fulgence ne pense pas autrement sur la nécessité du baptême. De fide ad Pet., 1. I, c. xxx, 71, P. L., t. lxv, col. 702.

Toutefois, quelle que soit l'absolue nécessité du baptême pour le salut, n'y a-t-il pas cependant des moyens d'y suppléer? Les Pères admettaient le baptême de sang ou le martyre, et, dans une certaine mesure, le baptême de désir, comme moyens de suppléer au baptême d'eau. Voir Martvre et Justification.

2° Baptême des malades. — La nécessité du baptême imposait-elle également l'obligation de conférer ce sacrement même à ceux qui ne le demandaient que sur le lit de mort? Oui, sans aucun doute; l'Église n'hésita

point à baptiser les malades. Mais, devant l'impossibilité de recourir, en pareil cas, à l'immersion, elle se contentait de baptiser par infusion. Un tel baptême n'allait pas cependant sans faire naître quelques hésitations ni même sans éveiller des doutes sur sa validité. C'est ainsi que Magnus, au IIIe siècle, consulte l'évêque de Carthage pour savoir ce qu'il faut en penser et si l'on doit l'accepter comme valide. Saint Cyprien lui répond que les malades, bien que non loti sed perfusi, n'en sont pas moins baptisés comme les autres. Leur baptême est légitime parce que, en cas de nécessité, on peut se contenter des choses essentielles. Epist. ad Magn., lxxvi, 12, 13, P. L., t. m, col. 1147, 1149. Sans doute de tels fidèles étaient désignés sous le nom de cliniques plutôt que sous celui de chrétiens, parce qu'ils avaient reçu le baptême dans leur lit, xXîvt); et saint Cyprien s'en étonne, car il ne connaît que le clinique de l'Évangile; il n'en estime pas moins que tout baptisé doit être traité de chrétien. « Ne dites pas, ajoute-t-il, que ceux qui sont ainsi baptisés dans leur lit sont parfois en lutte aux attaques des esprits impurs... L'expérience prouve que, lorsque nous baptisons des malades dans leur lit, les esprits mauvais qui les tourmentaient se retirent; et ces malades, revenus à la santé, deviennent l'exemple de leurs frères ; tandis qu'il en est qui, après avoir reçu le baptême en bonne santé, reviennent à leurs habitudes criminelles et retombent dans les fers du démon, »Ibid., 16, col. 1151.

A Rome comme en Afrique, on regardait le baptême des cliniques comme moins parfait que le baptême ordinaire, non pas seulement parce qu'il était dépourvu de toute solennité et conféré par simple infusion, mais surtout parce qu'il était censé avoir été demandé sans préparation suffisante, sans spontanéité, uniquement sous l'influence de la crainte de la mort. Un tel baptême était l'objet d'une certaine défaveur; ce fut celui que reçut Novatien, si toutefois on peut appeler cela un baptême, remarque le pape Corneille dans sa lettre à Fabius d'Antioche. Eusèbe, H. E., vi, 43, P. G., t. xx, col. 62i. En tout cas le malade, s'il revenait à la santé, était tenu, d'après la règle de l'Église, xarà tôv ttj; 'Ex>tXY)<Tta; y.avôva, ainsi que le fait observer le pape, de se présenter à l'évêque pour suppléer à ce qui manquait à son baptême, particulièrement pour recevoir l'imposition des mains et la consignatio, c'est-à-dire la confirmation. L'auteur anonyme du De rebaptismate fait allusion à cette prescription canonique quand il écrit, à propos du baptême conféré par des clercs inférieurs en cas de nécessité: Eventum exspectemus ut aut suppleatur a nobis aut a Domino supplendîim reservetur. De rebapt., x, P. L., t. m, col. 1195. Saint Cyprien y reconnaît une coutume de l'Église, Epist. ad Jubaian., lxxiii, 9, P. L., t. ni, col. 1115; coutume sanctionnée de nouveau, au IVe siècle, en Espagne, par le concile d'Elvire, can. 38, et en Orient par celui de Laodicée, can. 47. Hardouin, Act. concil., t. i, col. 254, 789. Ce dernier concile exige qu'en cas de guérison, le clinique apprenne le symbole et reconnaisse les dons qu'il a reçus de Dieu. De plus, parce qu'il avait été demandé sans une pleine liberté et sous l'empire de la nécessité, ce baptême constituait, pour qui le recevait, un empêchement canonique à l'ordination sacerdotale. Aussi quand, à Rome, il fut question d'élever Novatien à la dignité de la prêtrise, une telle ordination parut entachée d'irrégularité et souleva les réclamations du clergé tout entier et d'une partie du peuple. Eusèbe, H. E., vi, 43, P. G., t. xx, col. 624, 625. Le pape passa outre, mais l'irrégularité fut maintenue et le concile de Néocésarée la renouvela, parce que c'est la nécessité et non la liberté qui fait du clinique un chrétien. Can. 12, Hardouin, Act. concil., t. i, col. 285.

Ni cette marque de défaveur ni cette irrégularité canonique, qui était la conséquence d'un tel baptême,

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n'empêchèrent un grand nombre de catéchumènes de retarder le baptême jusqu'à leur lit de mort, soit afin de pouvoir se livrer plus longtemps et en toute liberté à leurs criminelles habitudes, soit pour se soustraire aux graves obligations de la vie chrétienne, soit aussi grâce à l'erreur novatienne, par la crainte de ne pouvoir plus être pardonnes, s'ils venaient à succomber après leur baptême : autant de misérables calculs qui trop souvent aboutissaient à ce que ces imprudents fussent surpris par la mort sans avoir pu être baptisés ou ne reçussent le baptême que dans les conditions les plus défavorables. De là, dans les sermons des Pères, tant d'insistance contre ceux qui retardaient indéfiniment la réception du baptême. On peut en voir des exemples dans YHomil., xm, in baplismum du pseudo-Basile, P. G., t. xxxi, col. 424 sq.jdans Grégoire de Nazianze, Orat., xl, 14, P. G., t. xxxvi, col. 376 sq. ; dans Grégoire de Nysse, ht differ. bapt., P. G., t. xlvi, col. 415 sq.; dans Chrysostome, In Art. apost., homil. i, 6-8, P. G., t. lx, col. 23 sq.; homil. xxin, 4, ibid., col. 182. Outre les surprises de la mort, si soudaines, si imprévues, qui rendaient impossible la collation du baptême, que pouvait-on attendre de bon d'un sacrement reçu dans les angoisses de la mort, quand le malade n'est plus à lui et que de tous côtés on n'entend que des gémissements? Saint Grégoire de Nazianze, Orat., XL, 11-14, P. G., t. xxxvi, col. 373-376, mais surtout saint Chrysostome tracent un tableau de ce baptême conféré in extremis, où le malade regarde l'entrée du prêtre, non comme sa délivrance et son salut, mais comme sa condamnation et sa fin. Ad illum., i, P. G., t. xlix, col. 224. Cette détestable habitude finit par disparaître.

Ce baptême des cliniques, l'Église le regardait cependant comme valide. Saint Basile écrit à la veuve d'Arinthée que son mari, à l'article de la mort, avait été purifié de tous ses péchés par le baptême qu'il venait de recevoir. Epist., cci. xix, 2, P. G., t. xxxii, col. 1001. Saint Ambroise observe que, si le sentiment des novatiens était fondé, c'est-à-dire si les péchés commis après le baptême étaient réellement sans remède, tout le monde aurait raison de différer la réception du baptême jusqu'à la mort. De psenit., II, xi, 98, P. L., t. xvi, col. 521, L'Église décida dune de ne pas refuser le baptême à ceux qui le demandaient à leur lit de mort; mais, pratiquement, elle exigea un témoignage probant que le malade avait bien eu l'intention de recevoir le baptême. A défaut de celui du malade lui-même, elle se contenta de celui de ses proches, ainsi que le spécifie le IIIe concile de Carthage, tenu en 397, can. 34, Hardouin, Act. concil., t. i, col. 964; et, à défaut de l'un et de l'autre, elle estima suffisant le fait que le mourant s'était fait inscrire au rang des catéchumènes et n'avait pas manifesté d'opposition formelle. C'est ainsi qu'à cette demande : faut-il baptiser, à ses derniers moments, un catéchumène non peiens neque loqui valens? saint Augustin répondit : Oui, on ne doit pas le traiter autrem< nt que les petits enfants, et cela quand même il serait adultère. De conjug. miidl., I, xxvi, 33; xxvm, 35, P. L., t. xl, col. 469, 170. Et à celte autre question : que penser du baptême donné à un catéchumène longtemps éprouvé, mais subitement privé de l'usage de la parole? saint Fulgence répondit qu'on avait bien agi en le baptisant et que le baptême lui assurait le salut vu sa conduite

passée qui n'avail pas été révoquée. Epist. adFerrand., XII, vin, 19, 1'. /.., t. lxv, col. 388. Car, quando non defuilsano credendi et confitendi volunlas, mm obfuit iti/irnto tacendi nécessitas. Ibid., vi, 16, col, 386.

3° Baptême des morts. — Le baptême, à l'époque des Pères, était regardé comme tellement nécessaire que plusieurs hérétiques,, et même certains catholiques, en vinrent à vouloir en faire bénéficier ceux qui étaient morts sans avoir pu le recevoir, Voir plus loin un article spécial sous le même titre.

Hermas, au IIe siècle, ne fait pas allusion au baptême des morts ou pour les morts; mais il imagine que même les justes de l'Ancien Testament avaient eu besoin du baptême d'eau pour entrer dans le royaume de Dieu. En conséquence, il l'ait descendre auprès d'eux les apôtres qui, après leur mort, viennent leur prêcher le nom du Fils de Dieu et leur donnent la T^payt; du baptême qui était seule à leur faire défaut et qui, une fois reçue, leur ouvre les portes du ciel. SimiL, ix, 16, Opéra Pair. apost., édit. Funk,t. I, p. 532. Cette singulière hypothèse a été recueillie par Clément d'Alexandrie qui reproduit tout le passage d'Hermas. Strom., n, 9, P. G., t. vin, col. 980. Clément, en effet, croyait à une mission des apôtres, mission posthume de prédication aux enfers, à l'imitation de celle de Jésus, qui permit aux anciens justes d'entrer au ciel; il ne cite que le texte d'Hermas. Strom., vi, 6, P. G., t. ix, col. 268, 269. Ce n'est là qu'une opinion isolée qui est restée sans écho dans la littérature patristique.

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