‹ Dictionnaire de théologie catholiqueChapitre 78 sur 400 · X. BlTES DE L'ADMINISTRATION SOLENNELLE. —1° JoltrS · texte numérisé non relu

X. BlTES DE L'ADMINISTRATION SOLENNELLE. —1° JoltrS

détermines. — Bien dans l'Evangile ni dans la nature du baptême n'indique l'époque de l'année où l'on doit de préférence conférer ce sacrement. Dès le début on a baptisé selon les circonstances de temps et de lieu, mais plus tard on n'a baptisé chaque jour que les malades seulement, Ambrosiaster, Comment, in epist. ail Eph., iv,

II, 12, P. L., t. xvn, col. 388; on n'a aucune preuve positive que, pendant les deux premiers siècles, on ait fait choix d'une date plutôt que d'une autre. .Mais, selon toute vraisemblance, c'est la fête de Pâques et celle de la Pentecôte qu'on dut choisir pour la collation du baptême; la première, parce que le baptême tire toute son efficacité de la Passion de Notre-Seigneur, parce qu'il rappelle par sa triple immersion la mort, la sépulture et les trois jours passés dans le sépulcre, et que dès lors il convenait de faire coïncider la régénération des fidèles avec l'anniversaire de la résurrection glorieuse de Jésus- Christ ; la seconde, parce que c'est le jour de la Pentecôte que les apôtres reçurent le baptême de feu et que saint Pierre baptisa les premiers convertis. De facultatil qu'il était, l'usage s'imposa facilement comme une loi, dès que l'Église s'appliqua à entourer la collation de ce sacrement de la plus grande solennité. Tertullien, en effet, indique ces deux dates mémorables, sans invoquer toutefois la tradition en sa faveur, mais en en donnant plutôt des raisons d'ordre dogmatique. De bapt., 19, P. L., t. I, col. 1222. Pour l'Occident, nous possédons, entre autres, les témoignages positifs île saint Jérôme, Dial. adv. Lucifer. ,8, P. L., t. xxin.col. 172; lu Zach.,

III, c. xiv, 8, P. L., t. xxv, col. 125S, et de saint Augustin, Serm., ccx, 1, 2, P. L., t. xxxvm, col. 1018; De bapt. cont. douât., v, 6, 7, P. L., I. xi.m, col. 180. Pour l'Orient, ceux du pseudo-Basile, De bapt., homil. xm, 1, P. G., t. xxxi, col. 424, et de saint Cjrille de Jérusalem dans ses catéchèses préparatoires à la grande fête pascale.

Vers le iv° siècle se manifeste la tendance à augmenter, dans le cours de l'année, les dates de la collation solennelle du baptême. C'est ainsi que s'introduisit en Orient l'usage de baptiser à l'Epiphanie, qu'on appelait la fête des Lumières. Grégoire de Nazianze le signale. Orat., xl, 2i, /'. G., t. xxxvi, col. 392. l'n ami de saint Chrysostome, Sévérien de Gabales, écrivit vers iOI un traité aujourd'hui perdu, sur le baptême et ta solennité de l'Epiphanie. Cet usage oriental de baptiser à l'Epiphanie passa en Sicile, puis en Afrique, Victor de Vite, Persec. vandal., u, 17, /'. /.., t. l vin, col. 216, et jusqu'en Espagne. Mans ce dernier pays on \ ajouta même la fête de Noël ainsi que l'anniversaire des apôtres et des martyrs. A Jérusalem,- on prit également l'habitude de baptiser au jour anniversaire de la dédicace de la basilique du Saint-Sépulcre. Sozomène,i/. !■'.., u, '26, /'. G., t. lxvii, col. 1008. En Gaule, on baptisa ,i. Noël, comme

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en témoignage le célèbre baptême de Cloviset des Francs, Grégoire de Tours, De gloria cou f es., lxxvi, P. L., t. lxxi, col. 883, et même le jour de la Nativité de saint Jean-Baptiste. Grégoire de Tours, Hist. Franc, Via, 9, P. L., t. lxxi, col. 454.

L'Église romaine s'en tint aux deux dates primitives et ne cessa de protester contre cette extension abusive. Le pape Sirice, dans sa lettre à l'évêque deTarragone, réprouva l'usage espagnol : Quibus solis diebus, id est Pascatis et Pentecostes, ad (idem confluentibus generalia baptismalis tradi convertit sacramenta. Epist. ad Himer., il, 3, P. L., t. xin, col. 1131; Ja(Té, Regest., t. i, p. 40. Saint Léon le Grand blâme assez vertement les évêques de Sicile de ce qu'ils baptisent à l'Epiphanie, car c'est contraire aux usages et à la tradition de l'Eglise romaine. Epist., xvi, 6, P. L., t. liv, col. 701. Dans une lettre aux évêques de la Campanie et du Picenum, il se plaint amèrement de l'habitude prise, contrairement à la tradition apostolique, de conférer le baptême aux fêtes des martyrs. Epist., clxviii,!, ibid. ,co\. 1210. Le IL concile de Màcon, tenu en 585, fait entendre les mêmes plaintes. Can. 3, Hardouin, Acta concil., t. m, col. 461. Les fêtes de Pâques et delà Pentecôte, telles étaient donc lesdatesordinaires de la collation solennelledu baptême; c'est ce qui inspire à l'auteur du De pasclia cette apostrophe à la solennité pascale : Combien d'âmes purifiées par la grâce sortent aujourd'hui de l'urne baptismale, blanche armée s'élançant des ondes limpides, lavant au fleuve'du salut les vieilles souillures du péché! DePasc., X, 89 sq., P. L., t. vu, col. 288. Il allait de soi que, la nécessité primant tout, on conférait le baptême à n'importe quelle date, lorsque le moindre retard pouvait offrir des dangers. C'est ainsi que Tertullien écrit avec justesse : Cccterum omnis dies Domini est, omnis hora, omne tempus habile baptismo. Si de solemnitate, interest; si de gratia, nihil refert. De bapt., 19, P. L., t. I, col. 1222. C'est ainsi que saint Augustin remarque que la collation du baptême n'est pas exclusivement rattachée à la fête de Pâques, car la nécessité impose l'obligation de baptiser pertolum annum, à n'importe quelle date. £>erm., ccx, c. i, 2, P. L., t. xxxvui, col. 1018. Le pape Sirice, qui proteste contre la collation solennelle du baptême en dehors des deux dates fixées par l'usage romain, exige néanmoins qu'on admette au baptême, dès qu'ils le demandent, outre les enfants non encore parvenus à l'âge de raison, les malades, les soldats en campagne, les marins, et en général toute personne en danger de mort. Loc. cit. Chaque jour les prêtres pouvaient être appelés â conférer ainsi le baptême, en cas de nécessité, et c'est l'une des raisons qu'invoque le pape saint Innocent Ier pour obliger les prêtres à la continence. Epist. ad Victric, n, c. ix, 12 ; Epist. ad Exsuper., vi, c. i, 2, P. L., t. xx, col. 476, 497.

2° Rites et cérémonies. — Laissant de côté tout ce qui regarde la préparation éloignée au baptême avec la série de ses catéchèses ou scrutins, traditio et redditio symboli, et la série de ses rites particuliers, imposition des mains, exorcismes, insufllations, usage du sel, effeta, qui feront l'objet d'un article à part (voir Catéciiimi:nat), nous nous en tiendrons aux rites et cérémonies qui précèdent immédiatement la collation du baptême. Les saintes huiles ont été exorcisées et bénites, soit le jeudi saint, comme c'était l'usage romain, soit le samedi saint, comme l'insinuent les canonsd'Hippolyte, can. 116, 117. Achelis, Die Kanoncs Hippohjti, p. 95; Testamentum D. N. J. C, Mayence, 1899, p. 126. Il ne reste plus qu'à pénétrer dans le baptistère, où se fait très solennellement la bénédiction de l'eau baptismale. Mais, avant de procéder à la collation du baptême, le compétent doit manifester publiquement qu'il renonce au parti du démon : de là un triple renoncement en usage dans toute l'Eglise. Parmi les Pères latins, Tertullien, De cor., 3, P. L., t. u, col. 79; De specl., 10, /'. L.,

t. i, col. 635; Ambroise, De myst., n, 5; pseudo- Ambroise, De sacr., i, 2, 15, P. L., t. xvi, col. 390, 419; Hilaire, In ps., xiv, 14. P. L., t. ix, col. 306; Jérôme, Epist., cxxx, 7, P. L., t. xxn, col. 1113; Augustin, Epist., cxciv, 10, P. L., t. xxxiii, col. 889; De bapt. cont. donat., v, 20, 21, P. L., t. xliii, col. 190; De pecc.orig., 40,45; De nupt., i, 20, 22. P. L.,\. xliv, col. 408, 426; parmi les Pères grecs, Origène, In Num., homil. xn, 4, P. G., t. xn, col. 666; Basile, De Spir. Semer, xi, 27, 66, P. G., t. xxxn, col. 113, 188; Canons d'Hippolyte, can. 119. C'est, tourné vers l'Occident et la main étendue, que le compétent renonce à Satan, Cy rille de Jérusalem, Cat., xix, 2-8, P. G., t. xxxiii, col. 1068-1072; puis, se tournant vers l'Orient, il s'attache à Jésus-Christ. Pseudo-Denys, Eccles. hier., Il, 2, 6, P. G., t. m, col. 396. La formule de renoncement varie selon les lieux; elle se compléta par une formule d'adhésion à Jésus-Christ, comme le marque le pseudo- Denys. D'après Chrysostome, à ces mots : Je renonce à Satan..., on ajoutait ceux-ci : Et je m'attache à vous, ô Christ. In Col., homil. vi, 4, P. G., t. lxii, col. 342; Ad illum., n, 4, P. G., t. xlix, col. 239. Toutes ces cérémonies ont déjà pris une partie de la soirée et de la nuit. On est arrivé ainsi à l'heuredu gallicinium, comme disent les canons d'Hippolyte, can. 112. Achelis, op. cil., p. 94. Désormais tout est prêt; le baptême va être conféré.

Les élus sont entièrement dépouillés de leurs vêtements; mais les précautions sont prises pour ne point blesser les lois de la décence; les hommes, sous la direction de l'un des membres du clergé, sont à part ; les femmes, également à part, sont aidées par d'autres femmes, can. 114 d'Hippolyte, p. 95, ou sont sous la direction des diaconesses. Const. apost., m, 15, 16, P. G., t. i, col. 797; S. Épiphane, Hœr., lxxix, n. 3, P. G., t. xlii, col. 744. Du reste, il n'y a pas à rougir d'une telle nudité qui rappelle celle de nos premiers parents au jardin terrestre ; Adam et Eve ne rougissaient pas avant leur faute. Cyrille de Jérusalem, Cat., xx, 2, P. G., t. xxxiii, col. 1080. L'auteur du De s~ingularitate clericorum, dans les œuvres de saint Cyprien, édit. Hartel, append.,p. 189, ne comprend pas que in ipso baptismate cujusquam nudilas erubescat, ubi Adam et Evse renovatur. infantia, nec exponit sed potius accipit lunicam. Cf. pseudo-Denys, Eccles. hier., n, 2, 7, P. G., t. m, col. 306. Toutefois, la nudité n'était pas complète partout, car saint Chrysostome dit que les élus conservaient une tunique. Ad illum. cat., i, 2, P. G., t. xlix, col. 225. Outre l'immersion, qui rendait nécessaire ce dépouillement, il y avait la raison empruntée au symbolisme : l'élu, dans sa nudité, rappelait Adam, il rappelait aussi le nouvel Adam, le Christ sur la croix.

Avant de descendre dans la piscine baptismale, une triple interrogation avait lieu. On demandait à l'élu : Croyez-vous en Dieu le Père tout-puissant? Croyez-vous en Jésus-Christ, son fils unique, Notre-Seigneur, né et mort? Croyez-vous au Saint-Esprit, à la sainte Eglise, à la rémission des péchés, à la résurrection de la chair? La formule de l'interrogation pouvait varier à quelques termes près; elle renfermait en substance les dogmes principaux de la foi chrétienne. On confesse Dieu le Père, le Fils et le Saint-Esprit, dit Origène. In Exod., homil. vin, 4, P. G., t. xn, col. 351. L'une de ces questions est ainsi rappelée par saint Cyprien : Credis in vitam œternam et remissioncm peccatorum per sanctam Ecclesiamf Epist., lxx, 2, P. L., t. m, col. 1040. Au moment du baptême, dit saint Hilaire, les élus doivent confesser qu'ils croient en Dieu le Fils, à sa passion et à sa résurrection, et huic professionis sacramento fides redditur. In Matth., xv, 8, P. L., t. ix, col. 1006; In ps., xiv, 14, P. L., t. ix, col. 306. Solemne est post Trinitatis confessionem interrogare : credis sanclam Ecclesiamf credis remissionem peccatorum'?

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P. Jérôme, Dial. adv. Lucif., 12, P. L., t. xxm, col. 175. C'est ce que saint Athanase appelait la grande et bienheureuse profession de foi à la Trinité. De Trinit. et Spir. Sanct., 7, P. G., t. xxvi, col. 1197. Nombreuses sont les allusions des Pères à cette interrogation. Voir en particulier S. Ambroise, De myst., il, 15; pseudo-Ambroise, De sacr., n, 7, 20, P. L., t. xvi, col. 390, 429; S. Augustin. Cont. liller. Pelil., ni, 8, 9, P. L., t.xLin.col. 353 ; S. Athanase. Apol. cont. arian., 83, P. G., t. xxv, col. 397; S. Grégoire de Nazianze, Orat., xl, 45, P. G., t. xxxvi,col. 424; S. Cbrysostome, In I Cor., homil. xl, 1, 2, P. G., t. lxi, col. 347, 3i8; Conslit. apost., vin, 41, P. G., t. i, col. 1041; pseudo- Denys, Ecoles, hier., n, 2, 7, P. G., t. m, col. 390. Après avoir renoncé à Satan, le visage tourné vers l'Occident, can. 119 d'Hippolyte, Acbelis, op. cit., p. 95-95; Testament. D. N. J. C., p. 116-118, et, à Milan, après avoir craché sur le diable, voir t. i, col. 966, les élus se retournaient vers l'Orient, la région de la lumière, pour répondre aux questions, observe saint Cyrille de Jérusalem. Cat., xix, 9, P. G., t. xxxm, col. 1073. Chacun a été interrogé pour savoir s'il croyait au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, et vous avez contessé alors la confession salutaire, ù\j.oi.o*cr\<i3.ii ttjv atoTvîpiov ô;j.o),OYt'av. Cat., xx, 4, col. 1080. D'après les canons d'Hippolyte, l'élu, avant de descendre dans l'eau, fait face à l'Orient et une fois oint de l'huile de l'exorcisme, il dit: Ego credo et me inclino coram le et coram tola pompa tua, o Pater, ctFili, et Spiritus Sancte.Can. 122, Achelis, p. 96. Cf. Testamentum D. N. J. G., p. 128. Après quoi, il descend dans l'eau et subit la triple interrogation, à laquelle il répond trois lois. Ici, la formule de l'interrogation est plus explicite et précise en même temps certains points dogmatiques, en particulier pour ce qui regarde la procession du Saint-Esprit. Credis in Jesum Christum Filium Dei, quem peperit Maria Virgoex Spiritu Sancto , quivenit adsalvandum genus humanum, qui crucifixus est pro nobis sub Ponlio Pilato, qui mortuus est et resurrexit a mortuis terlia die et ascendit ad cœlos sedelque ad dexteram Patris et veniet judicaturus vivos et mortuos? Credis in Spiritum Sanclum, Paracletum, procedentem a Pâtre Filioque! Can. 127-131, Achelis, p.96-97; Testamentum, p. 128. A chaque réponse affirmative, l'élu est plongé dans l'eau, et à chaque immersion le ministre prononce la formule sacramentelle : Ego te baptizo in nominc Patris et Filii et Spiritus Sancli, qui scqualis est. Can. 133, Achelis, p. 97. Ce dernier point rappelle le non semel sed ter ad singula nomma in personas singidas tingimur de Tertullien. Adv. Prax., 26, P. L., t. n, col. 190. Mais il n'est pas dit ailleurs que l'immersion se soit pratiquée après chaque réponse. Il est plutôt à croire qu'elle avait lieu pendant qu'était prononcée la formule du baplêrrle, à chacun des noms des personnes de la Trinité. De plus, selon la remarque de Mb' Duchesne, Origines, p. 302, l'immersion baptismale ne doit pas s'entendre en ce sens que l'on plongeât entièrement dans l'eau la personne baptisée. Celle-ci entrait dans la piscine, où la hauteur de l'eau n'était pas suffisante pour dépasser la taille d'un adulte; puis on la plaçait sous l'une des bouches d'où s'échappaient des jets d'eau; ou encore, on puisait de l'eau dans la piscine elle-même pour la répandre sur la lète du baptisé. CVst ainsi que le baptême est représenté sur les anciens monuments. Voir 111. BAPTÊME dans LES monuments chrétiens. Ec Testament de Notre-Seigneur, p. 126,

indique l'ordre à suivie dans la collation du baptême : les enfants d'abord, les hommes ensuite, les temmes enfin, viennent au baptistère, mais si quelqu'un veut vouer à Dieu sa virginité, il est baptisé par l'évêque. Au sortir de la piscine, le baptisé recevail une onction avec l'huile parfumée du s. uni chrême, le |j,vaov des Grecs.

Celte onction, connue de Tertullien, De bapt., 7, P. L., t. I, col. 1206; de saint Ambroise, De myst., vi, 29; du pseudo-Arnbroise, De sacr., n, 7, 2i; ni, 1, P. L., t. xvi, col. 398, 430, 431; de saint Cyrille de Jérusalem, Cat., xxi, 1, P. G., t. xxxill, col. 1089; de saint Jérôme, Dial. adv. Lucif., 9, P. L., t. xxm, col. 173, et laite avec le saint chrême, appartient-elle au sacrement de baptême ou à celui de confirmation? Actuellement, dans les usages de l'Église romaine, le baptisé est oint de chrême par le prêtre qui vient de le baptiser; mais, quand il se présente pour recevoir la confirmation, il reçoit une nouvelle onction de la main de l'évêque. Du temps des Pères, il n'est pas question de cette double onction postbaptismale, l'une complément du baptême, l'autre appartenant au sacrement de confirmation. Les Pères latins signalent bien l'onction qui suit immédiatement la collation du baptême; mais, lorsqu'ils rappellent la collation de la confirmation, ils se contentent d'indiquer l'imposition des mains laite par l'évêque avec la prière qui l'accompagne, sans mentionner l'onction. C'est ainsi que Tertullien dit : Dehinc manus imponitur, per benedictionem advoeaus et invitaus Spiritum Sanclum. De bapt., 8, P. L., t. i, col. 1207. De même saint Ambroise, après avoir parlé de l'onction faite sur la tète du baptisé, ne dit pas s'il y en a une autre quand le baptisé reçoit le signaculum spiritale et les sept dons du Saint-Esprit. De myst., vu, 42, P. L., t. XVI, col. 403. Le pseudo-Ambroise dit que le prêtre, en oignant le baptisé, prononce ces mots : lpse (Deus) te ungat in vitam xlernam , De sacr., Il, 7, 24, P. L., t. xvi, col. 430; et ce n'est qu'à la suite qu'il signale le spiritale signaculum, conféré par l'invocation de l'Esprit aux sept dons. De sacr., m, 2, 8, col. 434. Saint Jérôme dit : Sine chrismate et episcopi jussionc, neque presbyter neque diaconus jus habeut baptizandi, Dial. adv. Lucif., 9, P. L., t. xxm, col. 173; ce qui semble indiquer que la chrismatio appartient au rite baptismal; car il ajoute que le Saint-Esprit ne se reçoit que par l'invocation et l'imposition des mains de l'évêque. Ibid. Saint Cyrille de Jérusalem consacre une catéchèse à la chrismatio. Cat., xxi, usp'i /pi'<jtj.xTo;. Mais c'est la seule onction postbaptismale dont il parle, et c'est manifestement celle de la confirmation. Car ce chrême, dit-il, produit en nous le Saint-Esprit, et tandis qu'on l'applique au front, aux oreilles, aux narines et à la poitrine, il est l'instrument d'une grâce multiple et fortifiante, l'âme est sanctifiée par l'Esprit saint et vivifiant. Cat., xxi, 3, P. G., t. xxxm, col. 1092. D'après les Canons d'Hippolyte, c'est un prêtre qui reçoit le néophyte, quand il sort de la piscine, et l'oint sous forme de croix, avec le chrême eùxapuma:, au front, à la bouche, à ,1a poitrine et sur tout le corps, en disant : Je t'oins au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Can. 134, Achelis, p. 98. Cf. Testamentum D. N. J. C, p. 128. Quand l'évêque intervient à son tour, c'est pour imposer les mains et prononcer la prière appropriée à ce rite. Can. 136, Achelis, p. 98. Deinde insignil frontes eorum signo charitalis osculatur<jue cas, dicem : Dominas vobiseum, can. 139, Achelis, p. 9'.); niais, ici, il n'est point question d'une nouvelle chrismatio. Elle est expressément mentionnée dans le Testament, p. 130. 11 en est de même dans les Constitutions apostoliques et le pseudo-Denys, l'onction qui suit immédiatement le baptême est la irçpom; avec le u-jpov, et la seule. Const. apost., vu, 22, 43, », /'• G., t. i, col. 1012, l0i5;Eccl. hier., n, 2, 7, /'. G., t. m, col. 396. Mais Innocent [•<•, dans sa lettre à Heceiilius, évoque d'Eugubio, III, 6, P. /.., t. xx, col. 554; t. i.xvn, col.239;Ja£fé, 1. 1, p. 17, n. 311, et, à sa suite, saint Isidore de Séville conslaleni l'existence d'une douhle onction après le baptême, l'une faite par le prêtre qui baptise, que l'évêque suit ou non présent, l'autre réservée à révoque seul, quand il confirme : Hoc autein soles ponlificibus deberi ut vel consignent,

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vel ut Paracletum Spiritum tradant... Nam prcsbyteris, seu extra episcopum, sive prœsente episcopo, cum baptizant, chrismate baptizatos ungere licet..., non tamen frontem ex eodem oleo signare, quod solis debelur episcopis, cum tradunt Spiritum paracletum. De eccles. offic, II, xxvu, 4, P. L., t. lxxxiii, col. 825. C'est qu'en Occident on distingua la chrismation de la consignation ; la première resta attachée au baptême et rentra dans les attributions ordinaires du prêtre qui baptisait; la seconde fut réservée à l'évêque avec l'imposition des mains quand il confirmait. En Orient, au contraire, cette distinction n'existant pas, le prêtre baptisait et consignait, c'est-à-dire confirmait. Même en Egypte, où pourtant existait cette distinction, le prêtre confirmait. Ambrosiaster, In Eph., iv, 11, P. L., t. XVII, col. 388; Quœst. Y. et N. T., ci, P. L., t. xxxv, col. 2302. II semble que c'était aussi l'usage dans les pays de rit gallican; en Gaule, concile d'Orange de 441, can. 1,2; concile d'Épaone de 517, can. 16, Hardouin, Act. concil., t. i, col. 1783; t. il, col. 1049; en Espagne, Ier concile de Tolède de 400, can. 20, Hardouin, Act. concil., t. I, col. 992, et Capitula Martini, can. 52, P. L., t. cxxx, col. 585. Déjà saint Innocent, dans sa lettre à Decentius, constatait cet usage qui accordait aux prêtres le droit de confirmer, mais le réprouvait, en réservant à l'évêque seul le droit de faire l'onction sur le front, quand il confirmait. Epist., xxv, ad Décent., III, 6, P. L., t. XX, col. 554; Jaffé, t. i, p. 47, n. 311.

C'est après cette onction que le baptisé revêtait des vêtements blancs, symbole de l'innocence reconquise et de la pureté de l'âme, qu'il portait jusqu'au dimancbe suivant. Ambroise, De myst., vu, 34, P. L., t. xvi, col. 399 ; Grégoire de Nazianze, Oral., XL, 25, P. G., t. xxxvi, col. 393; Chrysostome, In Gen., homil. xxxix, 5, P. G., t. lui, col. 368; Augustin, Serm., cxx, 3; ccxxm, 1, P. L., t. xxxvm, col. 677, 1092; pseudo-Denys, Eccl. hier., n, 3, 8, P. G., t. m, col. 404. Il sortait du baptistère et se rendait au consignalorium pour y recevoir le sacrement de confirmation. Puis, processionnellement, au cbant des psaumes, prélude de l'harmonie du ciel, un llambeau allumé à la main, symbole de l'illumination intérieure qui en faisait de vrais illuminés, <p<o-uÇ6[ievoi, tous les nouveaux baptisés, avec le clergé, entraient dans l'église, Grégoire de Nazianze, Oraf., xl, 46, P. G., t. xxxvi, col. 425 ; et là, aux premières lueurs de cette inoubliable matinée de Pâques, ils assistaient, pour la première fois, à la liturgie eucharistique et recevaient la communion, non sans échanger avec leurs frères nouveaux le baiser de paix. Can. Hippol., can. 141, Achelis, p. 99. Ces néophytes, ces infantes, comme on les appelait, étaient traités comme des entants nouveaunés dans la foi. On bénissait, en leur honneur, le lait et le miel qu'on leur servait après la communion, premier repas tout symbolique qui mettait un terme à leur jeûne. Tertullien, De coron. ,ui; Adv. Marcion., I, 14, P. L., t. n, col. 79, 262; Clément d'Alexandrie, Psedag., I, 6, P. G., t. vin, col. 308-309; Strom., v, 10, P. G., t. ix, col. 100; S. Jérôme, Dial. adv. Lucif., 8, P. L., t. xxiii, col. 172; Canons d'Hippolyte, can. 144, 148, Achelis, p. 101. La liturgie romaine en a conservé le souvenir dans la messe du dimanche de l'octave de Pâques; l'introït, en effet, commence par ces mots : Quasi modo geniti infantes sine dolo lac et met concupiscite.

A Milan et en Espagne, on lavait les pieds aux nouveaux baptisés. C'est une coutume, dont témoigne saint Ambroise, De myst., vu, 32; mais qui n'est pas romaine, remarque le pseudo-Ambroise, et qu'il convient de ne pas abandonner. Desacr.,iu, 1, 5, P. L., t. xvi, col. 398, 433. Un canon du concile d'Elvire, vers 300, concerne cette coutume; à le lire de la manière suivante : Neque pedes eorum lavandisunt a sacerdotibus sed a clericis, le concile aurait interdit cet usage aux prêtres pour le

confier aux clercs inférieurs ; à le lire, au contraire, comme on le trouve dans certains manuscrits : Neque pedes eorum lavandi sunt sacerdotibus vel a clericis, il l'a complètement supprimé, comme le pense Mur rju chesne, Les origines du culte, 2e édit., p. 314. Can. 48, Hardouin, Act. concil., t. i, col. 255. En Espagne encore et dans quelques églises d'Orient, les baptisés devaient faire une offrande. C'est l'une des objections que réfute, en passant, saint Grégoire de Nazianze contre ceux qui retardaient la réception du baptême, en disant : < Où estle présent que j'offrirai?» Orat., XL, 25, P. G., t. xxxvi, col. 393. Le concile d'Elvire l'interdit formellement : Emendari plaçait, ut hi qui baptizantur, ut fieri solebat, nummos in concha non mittant, ne sacerdos quod gratis accepit prelio distrahere videatur. Can. 43, loc. cit.

Mar Duchesne a étudié avec sa compétence habituelle les rites de l'initiation chrétienne, en distinguant les lieux et les milieux, d'abord suivant l'usage romain, puis suivant l'usage gallican, enfin dans les Églises orientales. Cette étude distincte terminée, il a comparé entre eux les rites baptismaux et sous la diversité des rituels, il a facilement retrouvé partout les mêmes cérémonies principales. S'occupant ensuite de leur antiquité, il a constaté qu'elles étaient toutes en usage au commencement du ive siècle. Elles ont donc été introduites, conclut-il, avant la paix de l'Église et même avant la persécution de Dioclétien. Remontant enfin le cours des trois siècles antérieurs, il les rencontre presque toutes, sauf l'onction préalable au baptême, mentionnées par Tertullien, qui en parle comme de choses reçues, reçues partout et depuis longtemps. Les sectes gnostiques antérieures avaient fait des emprunts au rituel déjà établi lors de leur séparation. Les Pères apostoliques et les apologistes du IIe siècle ne parlent que du baptême d'eau et de l'imposition des mains. Ces résultats montrent nettement la haute antiquité des rites baptismaux. Voir Origines du culte chrétien, 26 édit., p. 318-325.

Tertullien, De baptismo, P. L., t. i, col. 1197 sq. ; Origène, foc. cit. ; S. Cyprien, toc. cit. ; Nicétas de Romatiana, Compelentibus ad baptismum libelli sex, d'après Gennade, De vir. ill., xxu, P. L., t. lviii, col. 1873; le v, De symbolo, dans P. L., t. lu, col. 865 sq. ; Anonyme, De rebaptismate, P. L., t. m, col. 1183; S. Ambroise, De mysteriis, P.L., t. xvi, col. 389 sq. ; Anonyme, parmi les œuvres de S. Ambroise, De sacramen'.is, P. L., t. xvi, col. 417 sq. ; Pacien, De baptismo, P. L., t. XIII, col. 1089 sq. ; Maxime de Turin, De baptismo, tr. III, P. L., t. lvii, col. 771 sq. ; Cyrille de Jérusalem, Catéchèses, P. G., t. xxxm, col. 369 sq. ; Basile, De Spiritu Sancto, xv, P. G., t. xxxn, col. 128 sq.; Epist. ad Amphilochium, cxcix, ibid., col. 715 ; Serm., vu, de peccato; vin, de pxnitentia, recueillis par Siméon Métaphraste, ibid., col. 1212 sq. ; Anonyme, De baptismo, homil. xiu, ad sanctum baptisma, parmi les œuvres de S. Basile, P. G., t. xxxi, col. 423, 1513; Grégoire de Nazianze, Orat., xl, P. G., t. xxxvi, col. 360 sq. ; Grégoire de Nysse, Oratio catechetica magna, P. G., t. xlv, col. 9 sq. ; De infantibus qui prœmalure abripiuntur ; Contra différentes baptismum ; In baptismum Christi, P. G., t. xlvi, col. 161, 415, 580; Sermo in sanctum Paschaet recens illuminatos, parmi les Spuria de S. Athanase, P. G., t. xxvhi, col. 1080; Chrysostome, Ad illuminandos, I, n, De baptismo Christi; homil. xxi, xxv sur le renoncement et le pacte, P. G., t. xlix, col. 224, 363 et passini ; Sophronius, De baptismateapostotorum, frag., P. G., t.Lxxxvn, col. 3372; S. Zenon, Sept invitations a la fontaine baptismale, P. G., t. XI, col. 253 sq. ; S. Jérôme, Epist. ad Oceanum, lxix, P. L., t. XXII, col. 653 sq. ; Dialogus adversus Luciferianos, P. L., t. xxiii, col. 155 sq. ; S. Augustin, Serm. ad compétentes, lvi-lix; ccxn-ccxv, in traditione et redditione symboli ; ccxciv, de baptismo parvulorum, P. L-, t. xxxvm, col. 377, 1058, 1335; De catechizandis rudibus'; De symbolo ad eatechumenos, P. L., t. XL, col. 309, 627; De baptismo contra donalislus, P. L., t. xliii; Peregrinatio Silvise, édit. Geyer, Vienne, 1898; S. Léon le Grand, Epist.. xvi, ad universos episcopos per Siciliamconslitutos, P. L., t. i.iv.col. 695 ; S. Isidore, De officiis, 11,21-27, P. L., t. LXXXIII, col. 814; S. Hildetonse, De cognitione bitptismi, P. L., t. xcvi. col. 111 ; Canones Hippolyli, dans

M" Duchesne, Les origines du cuti*' chrétien, 2* édit., 1898, 5, et dans les Texte und Untersuchungen ztir Oesehicltte der altchristl. Literalur, Leipzig, 1801, t. vi, fasc. 4; Constit. apost., P. C. t. i.

Travaux : Petau, Theologicorum dogmat um, Paris, 1644-1650 ; Martène, De antiquis Ecclesise ritibus, Rouen, 1700; Visconti (Vicecomes), Observât iones ecclesiastica' de antiquis baptismi ritibus et cxremoniis, Milan, 1615; Orsi, De baptismo in nomine Jean Christi, Milan, 1733; Duguet, Dissertations théolog. et dogmat. sur tes exorcismes et autres cérémonies du baptême, Paris, 1727; Chardon, Histoire des sacrements, Paris, 1745, dans le Cursus theologiœ de Migne, t. xx; Walch, Historia pxdobaptismi quatuor priorum sxculorum, Iéna, 1730; Acami, De pœdobaplismo solemni, Rome, 1755; Kleiner, Ortliodoxa de necessitate baptismi doctrina, Heidelberg, 1765; Zerschwitz, Die Katechumenen, Leipzig, 1868; Mayer, Der Katechumenat, Kempten, 1868; Weiss, Die altkirliche Psedagogilc, Fribourg, 1869 ; Probst, Die Liter. derdrei ersten Iahrb., Tuh'mgue, 1870; Corblet, Histoire du sacrement de baptême, Paris, 1881, contient la bibliographie des ouvrages spéciaux relatifs à l'histoire dogmatique, liturgique et archéologique du baptême: Mtr Duchesne, Les origines du culte chrétien, t édit., Paris, 1898 ; V.Ermoni, L'histoire du baptême depuis l'édit de Milan (313) jusqu'au couette in Trullo (602), dans la Revue des questions historiques, 1898, t. Lxiv,p. 313-324; J. Stiglmayr, Sacramente und KirchenachPs. Dionysius, dans la Zeitschrift fur kathol. Théologie, 1898, p. 260-267; J. Ernst, Die Lettre des Liber de rebaptismate von der Taufe, ibid., 1900, p. 425-462; Beck, Der Liber de rebaptismateund die Taufe, dans le Katholik, 1900, t. xxi, p. 40-64; Dictionnaire d'archéologie, t. il, col. 251 sq.

G. Bareille.

III. BAPTÊME DES HÉRÉTIQUES (Controverse rela tive au). — I. Historique de la controverse. II. ïliése d<s rebaptisants. III. Décret du pape Etienne. IV. Le baptême des hérétiques après saint Cyprien.

I. Historique de la controverse. — Vers la fin du IIe siècle, quand les sectes hérétiques commencèrent à tuinber en discrédit, beaucoup de leurs membres, touchés de la grâce, demandèrent à entrer dans le sein de l'Église catholique. C'est alors que se posa la question de savoir à quelles conditions on admettrait dans l'Eglise les hérétiques au moment de leur conversion. Deux cas se présentaient : ou bien il s'agissait de catholiques passés a l'hérésie et, par suite, coupables; ici, pas de difficulté : on leur imposait la pénitence avec un stage plus ou moins long d'oeuvres satisfactoires, à la suite duquel avait lieu la réconciliation; ou bien il s'agissait d'hérétiques ayant reçu le baptême dans l'hérésie; ici, la question était grave, et on la résolut dans des sens différents. Tandis que l'usage général fut d'imposer seulement les mains à ces convertis et de les admettre immédiatement dans la communauté catholique, quelques Églises particulières crurent devoir exiger la réifération du baptême. Ce dernier usage ét.iit suivi dans l'Afrique proconsulaire au commencement du m" siècle. Il semble avoir eu pour point de départ une opinion fausse de Tertullien.

Cet écrivain, en effet, dans son traité De baptismo, 15, ]'. L., t. I, col. 1216, rappelant un de ses ouvrages composé en grec, avaii soutenu qu'il n'y a qu'un baptême, que le baptême des hérétiques dillère du baptême des catholiques, que lés hérétiques n'ayant pas le baptême tel qu'il doit être, n'en ont, en réalité, aucun, et que, dos lors, il était impossible soit de le donner, soit de le recevoir chez eux. C'était l'application du principe : Neitio dat quod non liabet. Or, sous Agrippinus, évêque de bailliage et contemporain de Tertullien, cette doctrine fut sanctionnée par un concile des évéques de 1 Afrique pruoonsulaire et de la Xumidie. Il fut décidé

de soumettre d'abord au baptême catholique tout hérélique baptisé dans l'hérésie. Cyprien, Epis t., i.xxi, 2, P. L., t. m, col. 1109; i.xxiii, col. 1112. D'après l'auteur des Philosophumena, i\, 12, édit. Cruice, Paris, 1800, p. 446, cette décision fut prise sous le pontificat de Calliste (218-222). Aucun document ne prouve que Rome ait aussitôt protesté; on constate, du moins, qu'il n'y eut pus, ù celte occasion, rupture de l'unité. Augustin.

De bapt. contr. donat., m, 13, 14, P. L., t. xlui, col. 134- 135. Quelques années plus tard, vers la tin du règne d'Alexandre Sévère (222-235), la question fut tranchée dans le même sens, en Asie, par les synodes dlconium et de Synnada, de Phrygie. Eusèbe, H. E., vu, 7, P. G., t. xx, col. 6i9. Firmilien, évêque de Césarée en Cappadoce, invoquait l'autorité de la tradition apostolique, mais sans preuves, et ne rappelait aucune décision antérieure aux deux que nous venons de signaler. Episl., lxxv, 19, P. L., t. m, col. 1170. Le même usage était observé à Antioche et en Syrie, si on en juge d'après les Constitutions apostoliques, VI, 15,' P. G., t. i, col. 948, dans le texte syrien, quoique un peu postérieur et retouché.

A Rome et à Alexandrie, le baptême conféré par les hérétiques était jugé valide. Cette divergence de vues et de pratiques n'allait pas tarder à soulever un conllit. Un certain Magnus demanda à saint Cyprien si l'on devait rebaptiser les novatiens qui revenaient à l'Eglise ; I'évèque de Carthage se prononça sans hésiter pour l'affirmative. Epist., LXIX, 1, P. L., t. m, col. 1138. L'auteur du traité Ad Novatianum de lapsis, 3, P. L., t. ni, col. 1209, enseignait que le sacrement de baptême, institué pour le salut du genre humain, pouvait être célébré par l'Église seule. C'était un évêque africain qui écrivait vers la fin de 253, plutôt que le pape Sixte II, auquel Harnack avait voulu l'attribuer. P. Monceaux, Histoire littéraire de l'Afrique chrétienne, Paris, 1902, t. il, p. 89. Peu de temps après, en 255, dix-huit évêques de Numidie consultèrent saint Cyprien pour savoir s'il y avait lieu, comme ils le pratiquaient eux-mêmes, de rebaptiser ceux qui, après avoir été baptisés pur des hérétiques, demandaient a rentrer duns le sein de l'Église. Epist., lxx, 1, P. L., t. ni, col. 1037. L'opinion de Cyprien ne pouvait être douteuse. L'évèque de Carthage avait toujours Tertullien à la main; en 251, duns son traité De unitate Ecclesise, 11, P. L., t. iv, col. 524, il avait dit que le buptème des hérétiques donne des enfunts au démon, et non à Dieu; de plus, il tenait à ne pas déroger ù une décision prise par l'un de ses prédécesseurs. Aussi répondit-il à Januarius el à ses collègues ; Sententiam nostram non novam promimus, sed jam pridem ab antecessoribus nostris statutam et a nobis observatam vobiscum pari consensione conjungimus, censentes scilicet et pro certo lenentes neminem foris baptizari extra Ecclesiam passe, cum sil baplisma unum in sancta Ecclesia constitutum. Epist., lxx, 1,-P. L., t. m, col. 1038.

Un évêque de Mauritanie, Quintus, consulta à son tour Cyprien, en lui communiquant une lettre où les rebaptisants sont appelés prévaricateurs de la vérité et traîtres à l'unité. Il y avait donc en Afrique même des partisans de la non-rebuptisution des hérétiques. Cyprien envoie à Quintus la lettre précédente, et en ajoute une autre où il s'étonne que des collègues admettent des hérétiques convertis suns leur conférer préalablement le baptême, préférant hœrelicis honorent tiare quant nobis consentir». Epist., lxxi, 1, P. L., t. m, col. 1104. Il insiste sur l'absence du vrai baptême chez les hérétiques ; ils ne peuvent donner ce qu'ils n'ont pas. Les évéques dissidents s'en tiennent, disent-ils, à l'ancienne coutume. Lui aussi pratique l'ancienne coutume, qui consiste ù imposer les mains in psenitentiam, mais exclusivement à l'égard des baptisés catholiques qui, après être passés au schisme ou à l'hérésie, font retour à l'unité, Epist., i.xxi, 2, ibid., col. 1106; quant à celui qui n'a été baptisé qu'en dehors de l'Église, il le tient pour alienus el profanus, par suite baptizandus ut ovisfiat. L'ancienne coutume, pour celuici, n'a pas à être observée.

Réunissant, l'année suivante, les évéques de l'Afrique proconsulaire et de la Xumidie, au nombre de 71 , Cyprien rédige la lettre synodale où il est déclaré que le baptême • les hérétiques ou des schismatiques étant invalide et nul, l'imposition des mains ad Spiritum Sanclum est

221 BAPTÊME DES HÉRÉTIQUES (COxNTRO VERSE RELATIVE AU) 222

insuffisante sans la collation préalable du baptême. Epist., lxxii, 1, P. L., t. ni, col. 1046. Cyprien fait part de cette lettre à l'évéque de Rome, en y joignant la copie de la synodale précédente et de sa réponse à Quintus. En même temps, pour répondre à une nouvelle consultation, il expédie à Jubaianus ces trois documents, et dit du baptême des hérétiques : Quod nos necratum possumus nec legitimum computare, quando hoc apud eos esse constet iLLicii'UM, Epist. ,lxxiii,1, P.L., t. m, col. 1110; ac per hoc non rebaptizari sed baptizari a nobis quicumque ab adultéra et profana aqua veniunt abluendi et sacrificandi salutaris aquse veritate. Ibid. Le cas semblait pourtant avoir été bien posé par le correspondant de Jubaianus : Quzerendum non est QUIS baptizaverit, quando is, <jui baptizalus sil, accipere remissam peccatorum potuerit secundum quod credidit..., ut nec ab ipso (Marcione) venicntes baptizari oportere, quod jam in nomine Jesu Christi baptizati esse videanlur. Ibid., 4, P. L., t. m, col. 1112. C'était affirmer la validité du baptême, à cause de la tormule employée, et son efficacité, d'après les dispositions du sujet, abstraction laite du ministre. Or, ce sentiment s'était manifesté en .Mauritanie dans un écrit que Jubaianus avait adressé à Cyprien. Le traité De rebaptismate , P. L., t. m, col. 1183-1201-, s'il n'est pas cet écrit même, comme l'a soutenu J. Ernst, dans la Zeitschrift fur katholisclte Théologie, 1896, p. 193 sq., est, suivant l'opinion générale, l'œuvre d'un évêque africain, composée en 256. Or, il soutient la tradition de la non-rebaptisation et la déclare unique et universelle. Ernst, Die Lehre des Liber de rebaptismate von der Taufe, dans la même Zeitschrift, 19C0, p. 429-462; P. Monceaux, Histoire littéraire de l'Afrique c/irétienne, Paris, l%2, t. n, p. 91-97. Mais Cyprien déclare que le ministre étant indigne ne peut conférer validement le baptême, et que le sujet, jalsum credens, verum accipere non potuit , sed potius adultéra et profana, secundum quod credebat,accepit. Epist., lxxiii, 5, P. L., t. m, col. 1113. Reste la coutume invoquée, et qui comptait encore des tenants même en Afrique; Cyprien lui opposa une fin de non-recevoir, parce» qu'elle ne saurait être au-dessus de la vérité, ibid., 13, P. L., t. m, col. 1117, et que non quia aliquando erratum est ideo semper errandum est. Ibid., 23, col. 1125.

Le pape Etienne n'accepta pas la décision du concile d'Afrique ; il menaça même de rompre avec ceux qui s'obstineraient dans leur manière de voir. Sa réponse intégrale ne nous est pas parvenue; mais le dispositit principal nous en a été conservé par saint Cyprien. Epist., lxxiv, 1, P. L., t. m, col. 1128. Plus de doute, il y avait désaccord entre la coutume d'Afrique et celle de Rome; et dès lors l'affaire pouvait prendre une tournure des plus graves, si les évêques d'Atrique ne se rangeaient pas à l'avis du pape. De fait, ils ne s'y rangèrent pas.

Cyprien, en notifiant la décision d'Etienne à son collègue Pompée, évêque de la Tripolitaine, y relève vel supcrba, vel ad rem non pertinentia, vel sibi ipsi contraria, imperite atque improvide scripta. Epist., lxxiv, 1, P. L., t. m, col. 1128. Il s'étonne que le pape juge omnium hsereticorum baptismala justa esse et légitima. Ibid., 2, col. 1129. Il continue à repousser la validité du baptême des hérétiques par les arguments déjà donnés. Il ajoute : si les hérétiques peuvent validement baptiser, ils peuvent de même conférer le Saint-Esprit. Or, ils ne peuvent pas donner le Saint-Esprit ; donc ils ne peuvent pas baptiser, fiaptème et confirmation sont tellement unis, dans sa pensée, qu'ils ne sauraient aller l'un sans l'autre. Ibid., 15, col. 1132. Il traite ironiquement la tradition, invoquée par Etienne, de prœclara et légitima, déclare qu'elle doit céder à la vérité, ibid., 4, 9, col. 1131, 1134, et c'est au nom de la vérité qu'il maintient, à rencontre de la décision pontificale, l'usage d'Afrique.

Cyprien convoque à Carthage un concile plénier, pour le 1er septembre 256, où se rendent 87 évêques de l'Afrique proconsulaire, de la Numidie et de la Mauritanie. On y lit la lettre de Jubaianus et la réponse de Cyprien; Cyprien prie chacun des évêques présents de donner librement son avis, sans juger, sans excommunier personne, sans se faire évêque des évêques, et sans^ forcer les autres à partager sa manière de voir, chaque évêque ayant la plénitude de son libre arbitre. Concil. 111, de bapt., P. L., t. m, col. 1054. A la suite des 85 évêques, Cyprien opina le dernier par ces mots : meam sententiam planissime exprimit epistola quœ ad Jubaianum , collegam noslrum, scripta est : hœreticos secundum evangelicam et apostolicam contestalionem adversarios Christi et antichristos appellatos, quando ad Ecclesiam venerint, unico Ecclesise baptismo baptizandos esse, ut possint fieri de adversariis a>nici et de antichristis chrisliani. Ibid., col. 1078. Selon l'usage, les actes de ce concile durent être notifiés au pape. Mais Etienne refusa de recevoir les députés africains, et lit défense à son clergé de communiquer avec eux.

Or, en Orient, les évêques de plusieurs provinces pensaient et agissaient comme ceux d'Afrique. Etienne leur avait écrit qu'il ne voulait plus communiquer ni avec Hélénus de Tarse, ni avec Firmilien de Césarée, ni avec les autres évêques de la Galicie, de la Galatie, de la Cappadoce et d'ailleurs, s'ils persistaient à vouloir rebaptiser les hérétiques. Eusèbe, H. E., vu, 5, P. G., t. xx, col. 645. Il avait dû faire part de cette décision aux autres évêques. Cyprien, de son côté, avait fait parvenir, par le diacre Rogatien, les actes des conciles d'Afrique aux évêques d'Asie, et l'épiscopat d'Orient se trouva dans l'alternative de suivre ou le pape ou l'évéque de Carthage. Firmilien, qui avait assisté au synode d'Iconium, approuva la conduite de Cyprien, et écrivit une lettre des plus vives contre l'évéque de Rome. Cette lettre n'apporte aucun argument nouveau. Firmilien, en elfet, en est au même point que Cyprien. Il ne voit dans le débat qu'une mesure disciplinaire, où la liberté de chacun n'empêche pas l'union de tous, comme dans l'affaire de la Pàque, Epist., lxxv, 6, P. L., t. m, col. 1159 ; il refuse à tout ministre hérétique le pouvoir de conférer le baptême, et à n'importe qui de le recevoir de sa main, ibid., 7, 8, 9, col. 1161-1163, quand même le baptême aurait été conféré régulièrement, selon la formule trinitaire; il traite d'erreur la coutume invoquée par le pape, ibid., 19, col. 1170; il renouvelle les arguments de Cyprien, et conclut de même. Ibid., 25, col. 1176.

Cette double opposition des évêques d'Afrique et d'Asie au décret du pape arracha-t-elle à Etienne une sentence d'excommunication? Aucun document ne l'atteste. Il n'y eut qu'une menace, non suivie d'effet. Cyprien, Epist., lxxiv, 8, P. L., t. m, col. 1133, dit : Abstinendos pulal. Ab illorum communione discessurum, note Denys d'Alexandrie, dans sa lettre à Sixte. Eusèbe, H. E-, vu, 5, P. G., t. xx, col. 645. Nullius anathematis interpositione, remarque [''acundus, Cont. Mocian., P. L., t. lxvii, col. 864. Et saint Augustin : Abstinendos putaverat... Vicit tamen pax Christi in cordibus eorum ut in tali disceptatione nullum inter eos malum schismatis oriretur. De bapt. contr. donat., v, 25, 36, P. L., t. xliii, col. 194. Cf. De unico bapt. contra Petil., 23, ibid., col. 607; De Smedt, Dissert, seleclse, diss. VII, c. i, n. 4, p. 242; Grisar, Cyprians Opposilionsconcil gegen Papst Stéphane, dans la Zeitschrift fur katholische Théologie, 1881, p. 193 sq. ; Ernst, War der hl. Cyprian excommunicirl"? Ibid., 1894, p. 473-499. Le schisme fut évité. Peut-être la lettre de Denys d'Alexandrie, annonçant au pape Etienne que les troubles occasionnés en Orient par la faction de Novatien avaient cessé et que toutes les Églises étaient heureusement rentrées dans l'unité, Eusèbe, H. E., vu, 5, P. G., t. xt

col. 644, fit-elle espérer qu'il en serait de même dans la question du baptême. Quoi qu'il en soit, Denys atteste que, dans le cas en litige, l'ancienne coutume d'Egypte se bornait à une imposition des mains suivie de prières. Eusèbe, H. E., vu, 2, P. G., t. xx. col. G41. Il partage, quant à lui, la manière de faire de son prédécesseur Héraclas et ne soumet pas les hérétiques à un nouveau baptême. Eusèbe, H. E., VII, 7, P. G., t. xx, col. 6i9. Il sait que des synodes en ont décidé autrement et, vu la gravité de la question, il a cru devoir adresser les plus expresses supplications à l'évèque de Rome, ainsi qu'aux prêtres romains, Denys et Philémon. Eusèbe, H. E., vu, 5, P. G., t. xx, col. 645. Du reste, Etienne mourait le 2 août 257; la persécution de Valérien éclatait; Cyprien périt sous le glaive en 258; quant à Firmilien, il ne mourut qu'en 269, à Tarse, au moment où il se rendait au synode d'Antioche pour y condamner Paul de Samosate. D'autre part, saint Cyprien n'a pas rétracté, avant sa mort, son sentiment sur la rebaptisation des hérétiques. Ernst, Der angebliche Widerruf des hl. Ci/prian in der Ketzertauffrage, dans la Zeitschnft fur katliolische Théologie, 1895, p. 234-272.

II. Thèse des rebaptisants. — 1° Les documents relatifs à la controverse du baptême des hérétiques, réunis dans Migne, P. L., t. ni, col. 1008 sq., ont donné lieu, de la part des donatistes d'abord, des protestants et des gallicans ensuite, à de graves imputations. Depuis la réforme, on s'en est servi pour essayer de prouver que la conduite de Cyprien et de Firmilien n'allait à rien moins qu'à rejeter la tradition comme règle de foi et à infirmer l'autorité de l'Église et l'infaillibilité du pontife romain. Les traiter d'apocryphes, ainsi que l'ont essayé, pour quelques-uns, Missori, Dissertatio crilica \in epistolam ad Pompeium, Venise, 1733; Molkenbuhr, Binse dissertationes de Firmiliano, 1790, P. L., t. ni, col. 1357 sq. ; Tournemine, Conjectures sur la supposition de quelques ouvrages de saint Cyprien et de la lettre de Firmilien, dans les Mémoires de Trévoux, décembre 1734, a. 118, p. 2246 sq., et, plus récemment, Tizzani, La célèbre contesa fra san Stefano e san Cypriano, Rome, 1862, et Bouix, Le célèbre conflit entre saint Etienne et saint Gyprien, dans la Revue des sciences ecclésiastiques, 1803, t. vil, p. 211-232, 305-320, 419-437, 518-545, n'est pas une œuvre de saine critique Ils doivent rester acquis aux débats. De Smedt, Dissert, sélect., diss. VII, proœm. I, Paris, 1876, p. 219 sq. ; Ernst, DieEchlheit des Briefes Firmilians im Ketzertaufstreil in neuer Beleuchtung, dans la Zeitschrift fur katliolische Théologie, 1894, p. 209-259. Quelle est donc la valeur de la thèse des rebaptisants? Ont-ils réellement porté atteinte à l'autorité de la tradition et à l'infaillibilité du pontife romain? Ont-ils vu dans l'objet de la controverse une question de foi ou de discipline?

2° La thèse des rebaptisants peut se formuler de la manière suivante : il n'y a qu'un baptême et il n'est que dans l'Église catholique. Epist., lxxiv, 11, P. L., t. m, col. 1136. Les hérétiques, étant en dehors de l'Église catholique, ne peuvent pas donner ce qu'ils n'ont pas.

Il n'y a qu'un baptême : rien de plus vrai; mais la question était de savoir s'il est exclusivement dans l'Église catholique ou s'il ne peut pas se trouver, à un titre quelconque, môme en dehors de l'Église. Celle question préjudicielle, nullement discutée, chacun la regardait comme déjà résolue : Etienne, en acceptant comme valide le baptême conféré par les hérétiques, à la condition qu'il eûl été administré selon la formule trinitaire ou au nom de Jésus-Christ; les rebaptisants, au contraire, en le rejetant comme nul, malgré l'emploi de la formule prescrite et l'autorité du nom de Jésus- Christ; Epist., i,.\.\,7; i.xxv, 9, 12, P.L., t. in, col. 1 1 13, 1162, 1160, uniquement parce qu'il était conféré parties ministres étrangers à l'Église. Epist., i.xx, 1; i.xxm, 1; lxxiv, 3; lxxv, 7, 14, P. L., t. m, col. 1138, 1110, 1130,

1161, 1167. L'hérésie, n'étant pas l'épouse du Christ, ne peut enfanter des enfants à Dieu ; la génération et la sanctification ne peuvent se trouver que dans l'épouse du Christ. Epist., lxxiv, 6, P. L.,\. ni, col. 1132.

Première erreur : c'était méconnaître la notion même du sacrement, placer la validité là où elle n'est pas, confondre deux choses bien distinctes, l'illicéité et l'invalidité, et conclure à tort de l'une à l'autre : quod (le baptême) nos nec ratum possumus nec legilimum computare, quando hoc apud nos constet esse ILLICITUM, Epist., Lxxm, 1, P. L., t. m, col. 1110. L'illicéité du baptême conféré par les hérétiques ne faisait doute pour personne; mais l'illicéité n'entraîne pas nécessairement l'invalidité. Le baptême vaut par lui seul, dès qu'il est conféré selon la formule prescrite par Jésus-Christ. Il a sa valeur propre, son efficacité intrinsèque.

Deuxième erreur : les rebaptisants exagéraient le rôle du ministre dans la collation du baptême; en réclamant l'orthodoxie et la moralité du ministre, ils avaient raison ; mais ils avaient tort en l'exigeant comme une condition absolument indispensable pour la validité du sacrement. Car la valeur du baptême est indépendante de celui qui le confère; celui-ci n'est qu'un instrument; quelles que soient son hétérodoxie et son indignité, il n'en confère pas moins validement le baptême; c'est Jésus-Christ qui opère par lui.

Troisième erreur : les rebaptisants niaient qu'on pût recevoir dans l'hérésie la grâce de la régénération, la rémission des péchés, le Saint-Esprit, quelles que fussent du reste la foi et les dispositions du baptisé, parce que ce dernier se trourait communiquer avec des hérétiques exclus de l'Église. Epist., lxxiii, 4; lxxv, 9, P. L., t. m, col. 1112, 1162. C'était la même confusion de l'invalidité avec l'illicéité. Car l'adulte, en acceptant le baptême de la main des hérétiques, peut, par ses mauvaises dispositions, mettre obstacle à l'efficacité pleine et immédiate du baptême; il n'en reçoit pas moins validement le sacrement.

Ces divers points ont été admirablement mis en lumière par saint Augustin. Il n'y a sacrement, dit-il, que lorsqu'il est conféré avec la formule du Christ; sans cette formule, pas de baptême, De bapt., vi, 25, 47, P. L., t. xliii, col. 214; avec elle le baptême peut exister, être donné et reçu même en dehors de l'Église. De bapt., i, 1, ibid., col. 109. Le sacrement est saint par lui-même, où qu'il se trouve, De bapt., i, 12, 19; v, 21, 29; vi, 2, 4, ibid., col. 119, 191, 199; à cause de Celui qui en est l'auteur, De bapt., in, 4, 6; iv, 12, 18; 21, 28; v, 21, 29, ibid., col. 143, 166, 173, 191; car c'est Dieu qui est présent dans la formule évangélique et sanctifie le sacrement. De bapt., vi, 25, 47, ibid., col. 214. Le baptême peut donc se trouver chez les hérétiques. Bien qu'ils ne l'aient ni recte, De bapt., I, 3, ibid., col. 110, ni légitime, De bapt., v, 7, 8, ibid., col. 181, son efficacité est indépendante de celui qui le donne et de celui qui le reçoit, quels que soient leur mérite ou démérite, De bapt., îv, 21, 28; leur immoralité, De bapt., m, 10, 15; leur perversité, De bapt., v, 3, 3; 21, 29; vi, 1, 2; 5, 7, P. L., t. xliii, col. 173, 144, 178, 191, 198, 200; leur erreur, De bapt., iv, 15, 22; ou leur foi. De bapt., ni, 14, 19, ibid., col. 168, 1 46. Il reste integrum par la vertu propre de sa formule, de quelque manière que l'entende celui qui l'emploie, De bapt., ni, 15, 20; iv, 12, 18, ibid., col. 148, 166; car, en réalité, c'est l'Église qui engendre des fils per hoc quod suum in cis habet. De bapt., i, 10, 14; 15, 23, ibid., col. 117, 122. In ista qusestione non esse cogitandum quis det sed guid det, aut quis accipiat sed quid accipiat, aut </uis habeat sot quid habeat. De bapt., iv, 10, ibid., col. 164. Dico sacramentum Christi et bonos et malos posse habere, possc darc, posse accipere ; et bonos quidem utiliter ci salulir'ttcr; malos autan perniciose cl pœnaliter. De bapt., vi, 2, 4, ibid., col. 199. Donc validité du baptême,

quand il est conféré selon la formule trinitaire; mais illicéité quand celui qui le confère pèche par défaut d'orthodoxie ou de moralité. Le sujet bien disposé, croyant ce que croit l'Église catholique et ne recourant au baptême donné par les hérétiques qu'en cas de nécessité, sans pactiser avec l'hérésie, reçoit immédiatement la grâce du baptême. De bapt., VI, 2, 4, ibid., col. 199. Mais, tout en recevant la réalité du sacrement, il peut empêcher son effet immédiat, ou parce qu'il persévère dans ses mauvaises dispositions, ou parce qu'il pactise avec l'hérésie de ceux qui lui confèrent le baptême. L'effet ne devient actuel que lors de l'admission du baptisé dans l'Église. A ce moment-là, l'obstacle disparaît, rend utile ce qui était inutile, De bapt., I, 1, ibid., col. 109, guérit le mal, De bapt., I, 8, 11, ibid., col. 116, Tait que le sacrement reçu devient profitable, De bapt., i, 5; 12, 18; 13, 21, ibid., col. 113, 119, 121, et que les péchés sont remis. De bapt., ni, 13, 18; VI, 5, 7, ibid., col. 146, 200. C'est la charité qui procure le plein effet du baptême, charité qui ne se trouve que dans l'unité. De bapt., ni, 16, 21, ibid., col. 149. Il en est de même, observe saint Augustin, pour les catholiques qui, en recevant le baptême, n'ont renoncé au siècle qu'en paroles et non par les actes : ils ne perçoivent l'effet du sacrement dans sa totalité que lorsqu'ils renoncent effectivement au siècle. De bapt., m, 3, 4, ibid., col. 141. Le baptême ne profite ni aux aperle foris ni aux intus occulte separalis : utrique auteni correcto prodesse ïncipit, quod ante non proderat, sed tamen inerat. De bapt., v, 18, 24, ibid., col. 189. Car aliud est non habere, aliud non uliliter habere. Qui non habet, est baptizandus ut habeat; qui auteni non uliliter habet, ut utiliter habeat, corrigendus. De bapt., iv, 17, 24, ibid., col. 170.

3° Au sujet de la coutume, il importe de distinguer la question de fait et la question de droit. Sur la question de fait, Cyprien et Firmilien se sont étrangement abusés. Sans doute, personnellement, ils n'innovaient pas; ils citaient des décisions prises soit à Carthage, soit à Iconium ou à Synnada, mais de date récente; ils étaient même obligés de convenir que leur coutume était loin d'être générale, que plusieurs évêques autour d'eux pensaient et agissaient comme Etienne. La coutume romaine avait pour elle l'ancienneté et l'universalité; elle condamnait donc la coutume récente et particulière à certaines Églises d'Afrique et d'Asie. Cyprien et Firmilien crurent, du moins, avoir la vérité et firent valoir ses droits. Cyprien avait écrit à Quintus : Non de consuetudine prsescribendum sed ratione vincendum. Epist., lxxi, 2, P. L., t. ni, col. 1106. Il écrit à Jubaianus : Frustra qui ratione vincuntur consuetudinem nobis opponunt. Epist., lxxiii, 13, P. L., t. m, col. 1117. Et, quand Etienne proclame qu'il faut s'en tenir à la tradition, il demande : d'où vient-elle ? Epist., lxxiv, 2, P. L., t. m, col. 1129. Coutume présomptueuse et humaine, Epist., lxxiv, 3, ibid., col. 1130, qui n'a pas la vérité : consuetudo sine veritate velustas erroris est. Epist., lxxiv, 9, ibid., col. 1134. Par conséquent, déclare-t-il : Non quia aliquando erratum est, ideo semper errandumest. Epist., lxxiii, 23, ibid., col. 1125. Et Firmilien raisonne de même. Epist., lxxv, 19, P. L., t. ni, col. 1170. Leur bonne foi ne saurait être mise en doute; mais elle a manqué de lumière. En affirmant que la coutume, que leur oppose Etienne, est erronée, purement humaine et nullement apostolique, ils commettent une erreur de fait. Mais ils ne se trompent pas sur la question de droit : ils savent toute la valeur d'une tradition d'origine évangélique ou apostolique ; et, loin de songer à la nier, ils s'en réclament. Cyprien surtout n'a pu oublier le célèbre traité des prescriptions de son maître favori, ni la force du cuneus veritalis, ni des principes comme ceux-ci : Quod apud niultos unum invenitur, non est erratum, sed traditum, Prxscr.,

DICT. DE TIIÉOL. CATHOL.

28; id esse dominicum et verum quod sit prius traditum, Prsescr., 31, P. L., t. H, col. 40, 44; ni ce qu'il avait écrit dans son De unilate Ecclcsise. Voilà pourquoi, loin de répudier une tradition d'origine vraiment apostolique, il se contente de prétendre que celle qu'on lui oppose n'a pas ce caractère, et il décide qu'il faut revenir ad originem dominicani et ad evangelicam atque apostolicam traditionem. Epist., lxxiv, 10, P. L., t. ni, col. 1136. Firmilien ne pensait pas différemment. Epist., lxxv, 19, ibid., col. 1170. Mais ni Cyprien ni Firmilien, en agissant comme ils le firent, ne crurent point faire œuvre de schisme ou d'hérésie. L'évêque de Carthage enseignait que l'Église est fondée sur Pierre, centre de l'unité, que l'évêque de Rome est le successeur de Pierre, que l'Église romaine est YEcclesia principalis, unde unitas sacerdotalis exorta est, Epist., lv, 14, P. L., t. m, col. 818, qu'il faut la reconnaître et la tenir comme Ecclesiœ catholicsa radicem et malricem. Epist., xliv, 3, P. L., t. ni, col. 710. Et l'évêque de Césarée remarque bien qu'Etienne de episcopatus sui loco gloriatur et se successioneni Pétri tenere contenait, super quem fundamenta Ecclesiœ collocalasunl, Epist., lxxv, 17, P. L., t. m, col. 1169, mais ne lui reproche que de ne pas respecter suffisamment la dignité de son siège, en ce qu'il approuve le baptême des hérétiques. L'un et l'autre reconnaissent la nécessité d'adhérer à l'Église romaine et de s'entendre avec elle sur l'enseignement. Et pourtant, en fait, ils refusent de souscrire au décret pontifical. Une telle dérogation à leurs principes ne s'explique que par l'état d'indécision où se trouvait alors la question du baptême des hérétiques. Comme dit saint Augustin : Nondum erat diligenter illa baptismi quxstio pertraclata... DUigentius inquisita veritas docuit, quœ post magnos dubitationis fluctus ad plenarii concilii confirmât ioneni perducta est. De bapt., n, 7, 12, P. L., t. xliii, col. 113. Noluit vir gravissimus (Cyprien) rationes suas, etsi non veras, quod eum latebat, sed tamen non vidas, veraci guident, sed tamen nondum assertœ consuetudini cedere. De bapt., il, 8, 13, ibid., col. 134. Aujourd'hui, qu'une telle question est élucidée et nettement définie, ni Cyprien ni Firmilien ne parleraient ou n'agiraient comme alors; mieux instruits, plus éclairés, ils tiendraient le langage de tous les enfants soumis de l'Église : Roma loculaest, causa finita est.

4° Les évêques de Carthage et de Césarée n'auraient-ils vu dans l'affaire du baptême des hérétiques qu'une question de pure discipline? On se l'est demandé. L'auteur de la Defensio declarationis conventus cleri gallicani a prétendu qu'il s'agissait d'une question de foi. Prsev. diss., 71; Œuvres de Bossuel, édit. Lefèvre, Paris, 1836, t. IX, p. 4i. Contrairement à cette prétention, des théologiens français, dans leur Dissertatio historico-dogmatica, de 1710, P. L., t. ni, col. 1357 sq., ont cherché à prouver que les rebaptisants n'y avaient vu qu'une question disciplinaire. La question, il est vrai, touche en même temps et au dogme et à la discipline ; reste à savoir si, dans l'esprit de ceux qui prirent part à la controverse, il s'agissait exclusivement ou d'un point dogmatique ou d'une mesure disciplinaire. Incontestablement, saint Cyprien, en rappelant la décision d'ordre pratique prise par Agrippinus, en la traitant de religieuse, de légitime, de salutaire, Epist., i.xxi, 2, P. L., t. m, col. 1109, de magis pertinent ad sacerdolalem auctoritatem et Ecclesiœ catholicx unitatem, Epist., lxxii, 1, ibid., col. 1046; en la comparant au différend survenu entre Pierre et Paul au sujet de la circoncision ; en laissant à chaque évêque la pleine liberté de ses actes, Epist., lxix, 17; lxxii, 3; lxxiii, 26; Conc. III, proœm., P. L., t. ni. col. 1151, 1050, 1126, 1051, chacun devant suivre ce qu'il estime de meilleur et de plus utile, Epist., lxxi, 2, ibid., col. 1107; en protestant ne pas vouloir rompre avec ceux

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