‹ Dictionnaire de théologie (volume 2)Chapitre 102 sur 114 · SACERDOTAUX · texte numérisé non relu

SACERDOTAUX

ÉTRANGER. Voyez Ennemi.

ÉTYMOLOGIE , connoissance de l'origine et du sens primitif des mots ; ce terme est formé du grec iVuy.cç, vrai , juste, et de iàyoç, discours : c'est une science qui fait partie de la grammaire, mais qui n'est pas inutile à un théologien. Par la même raison, il a besoin de savoir les langues anciennes, parce que la plupart des termes théologiques en sont dérivés. Un grand nombre de disputes sont venues de ce que l'on ne s'entendoit pas , et de ce que les deux partis n'attachoient pas le même sens aux termes dont ils se servoient; en recourant à leur étymologie, on auroit pu découvrir lequel des deux les entendoit le mieux. Quelquefois les écrivains sacrés et les Pères de l'Eglise ont attribué à certains mots une signification différente de celle que leur donnoient les philosophes et le commun des hommes; d'autres fois un terme a changé de signification dans le cours d'une longue dispute , ou en passant d'une langue dans une autre : tout cela demande la plus grande attention.

A la naissance du christianisme, il ne fut pas possible de créer un langage nouveau ; l'on fut donc obligé , dans les questions théologiques, d'employer les mêmes expressions que les païens , mais il fallut en corriger le sens. Ainsi, dans la bouche d'un chrétien , le mot Dieu a une signilicalion beaucoup plus auguste que dans celle des polythéistes; ceux-ci entendoient seulement par là un Etre intelligent supérieur à l'homme;, chez nous il signifie l'Etre éternel, créateur et seul souverain Seigneur de l'univers. En parlant de la nature divine,, le nom de Personne ne signilie pas pré-

EUC

cisément la même chose qu'en parlant de la nature humaine , et le grec hypostase, substance, a quelquefois désigné la nature, et d'autres fois la personne : deux choses très -différentes, lorsqu'il s'agit du mystère de la sainte Trinité.

II y a a.'jcsi des termes dont les Pères de l'Eglise se sont rarement servis dans les premiers temps , à cause de l'abus que l'on en pouvoit faire, comme temple, autel, sacrifice , culte, service , en parlant des êtres inférieurs à Dieu , parce que les païens en auroient conclu que

EUC et chez les Grecs, saints

Sacrement, mystères , parce que c'est le plus auguste des signes établis par Jésus-Christ pour nous donner la grâce; Viatique, lorsqu'il est donné aux fidèles prêts à passer de cette vie à l'autre. Les Grecs nomment encore la célébration de ce mystère synaxe ou assemblée, et eulogie , bénédiction , pour les mêmes raisons ; les autres sectes orientales la nomment anaphora , oblation.

Selon la croyance de l'Eglise caîholique, 4° Y eucharistie, sous les apparences du pain et du vin , contient réellement et substantiellement le corps et le sang de

les chrétiens étoient polythéistes comme

eux ; mais ces mots sont devenus d'un I Jésus-Christ , par conséquent son âme usage commun , lorsque le danger a été et sa divinité ; 2° Jésus-Christ s'y trouve, passé. Il ne s'ensuit pas de là que la [ non avec la substance du pain et du vin, croyance et la doctrine ont changé aussi \ mais par transsubstantiation, de mabien que le langage. ] nière qu'il ne reste plus de ces deux ali-

Ce n'est pas seulement dans la théo- j ments que les espèces ou apparences; logie que les disputes ont souvent roulé i 5° il n'y est pas seulement dans l'usage, sur les mots; les philosophes, les juris- j mais dans un état permanent ; 4° il doit consultes, les historiens , les politiques, y être adoré ; 5° il s'y offre en sacrifice à éprouvent le même inconvénient. Si le | son Père par les mains des prêtres ; langage humain étoit plus fécond et plus j 6° V eucharistie est un vrai sacrement, exact, s'il fournissoit un terme propre ; elle en a tous les caractères; 7° il y a et unique pour rendre chacune de nos \ pour les chrétiens une obligation de le idées, la plupart des contestations qui j recevoir par la communion. Tous ces divisent les hommes ne subsisteroient ! points de doctrine se tiennent, et ont

plus.

EUCHARISTIE, mystère ou sacrement de la loi nouvelle, ainsi nommé du grec E^apîma, action de grâces.

Nous lisons dans les évangélistes que Jésus-Christ, après avoir fait la cène avec ses apôtres la veille de sa mort, prit du pain et du vin, rendit grâces à son Père , les bénit, rompit le pain, le distribua à ses apôtres, en leur disant: Prenez et mangez, ceci est mon corps ; qu'ensuite il leur présenta la coupe du vin, et leur dit : Buvez -en tous, ceci est mon sang, etc.; faites ceci en mémoire de moi. D'ailleurs Y eucharistie est le principal moyen par lequel les chrétiens rendent grâces à Dieu , par Jésus-Christ, du bienfait de la rédemption.

On l'appelle encore la cène du Seigneur , à cause de la circonstance dans laquelle elle fut instituée ; communion , parce que c'est le lien d'unité des fidèles entre e»:x et avec Jésus-Christ: saint

été décidés par le concile de Trente, session 1 5 ; mais il n'y en a aucun qui n'ait été contesté ou altéré par les protestants ; tous exigent par conséquent une discussion.

I. Présence réelle de Jésus -Christ dans l'eucharistie. C'est ici le point capital de la doctrine chrétienne touchant ce mystère ; lorsqu'il est une fois prouvé, tout le reste s'ensuit par des conséquences évidentes , et toutes les erreurs se trouvent réfutées.

Il n'est pas étonnant que ce dogme ait été attaqué dès les premiers siècles de l'Eglise ; il tient de si près au mystère de l'Incarnation , qu'il n'étoit pas possible de combattre celui-ci , sans donner atteinte au premier. Ainsi les sectes de gnostiques, qui soutenoient que Jésus- Christ n'avoit qu'une chair fantastique et apparente, ne pouvoient pas admettre que son corps fût réellement dans Yeucharistie. Saint Ignace , Epist. ad

EUC

EUC

Smyrn., n. 7. Au troisième siècle, les manichéens pcnsoient sur ce point comme les gnostiques; par eucharistie, ils enlendoient les paroles et la doctrine de Jésus-Christ. Voyez Manichéens, § 2.

Au septième, les pauliciens , rejetons des manichéens, nioient le changement du pain et du vin au corps et au sang de Jésus-Christ, Bibliot. Max. PP., tom. 16, p 756. Les albigeois, leurs successeurs, firent de même dans le onzième et dans le douzième. Au neuvième, la présence réelle fut attaquée par Jean Scot, dit Erigène , ou FHibernois, qui avoit été précepteur de Charles le Chauve. Cet écrivain, que les protestants ont voulu faire passer pour un grand génie, n'étoit, dans la vérité, qu'un scolastique très-plat et très-dur dans son style. Son ouvrage sur l'eucharistie, connu à peine de trois ou quatre de ses contemporains, seroit demeuré dans un éternel oubli , si les calvinistes ne l'en eussent tiré. Le moine Paschase Ratbert, qui le réfuta, en savoit plus que lui et écrivoit beaucoup moins mal. Bérenger, archidiacre d'Angers , fit un peu plus de bruit dans l'onzième siècle : il nia ouvertement la présence réelle et la transsubstantiation. L'on tint en France et en Italie divers conciles où il fut cité; il y comparut, fut convaincu d'erreur et se rétracta; mais l'on doute si ces rétractations furent sincères. Voyez Bérengariens.

Au seizième, les prétendus réformateurs ont attaqué Y eucharistie, mais ils ne se sont pas accordés. Luther et ses sectateurs, en admettant la présence réelle, ont rejeté la transsubstantiation ; ils ont d'abord soutenu que la substance du pain et du vin demeure avec le corps et le sang de Jésus-Christ; mais il paroit que ce n'est plus à présent le sentiment des luthériens.

Zwingle, au contraire , a enseigné que Y eucharistie n'est que la figure du corps et du sang de Jésus -Christ, à laquelle on donne le nom des choses qu'elle représente.

Calvin a prétendu que Yeucharistie renferme seulement la vertu du corps et du sang de Jésus -Christ; qu'on ne les

reçoit, dans ce sacrement, que par la foi et d'une manière spirituelle. Les anglicans ont adopté cette doctrine , et l'on peut voir dans Y Histoire des Variations , par M. Bossuet, les divisions que ces divers sentiments ont causées parmi les protestants.

Selon Calvin , le dogme de la présence réelle et le culte de Y eucharistie , universellement établi dans l'Eglise romaine, est une véritable idolâtrie , un abus suffisant pour justifier le schisme des protestants ; cependant, par une inconséquence évidente , Calvin et ses sectateurs ont consenti à fraterniser , en fait de religion , avec les luthériens qui croyoient la présence réelle.

D'un côté , Luther a soutenu de toutes ses forces que les paroles de Jésus - Christ, Ceci est mon corps, emportent évidemment une présence réelle ; de l'autre, Calvin a répliqué qu'il est impossible d'admettre une présence réelle, sans supposer aussi une transsubstantiation, sans autoriser le culte de Yeucharistie; l'Eglise catholique n'a donc pas eu tort de retenir ces trois points de croyance.

Jamais dispute n'a été agitée avec plus de chaleur de part et d'autre ; jamais question n'a été embrouillée avec plus de subtilité de la part des novateurs , ni mieux discutée par les théologiens catholiques. Voici un précis des raisons alléguées par ces derniers.

Ils prouvent la vérité de la présence réelle par deux voies, l'une qu'ils appellent de discussion, l'autre de prescription. L'on peut y en ajouter une troisième , qui est la voie des conséquences.

La première consiste à prouver la présence réelle par les textes de l'Ecriture sainte, dont les uns renferment la promesse de Yeucharistie , les autres son institution , les troisièmes l'usage de ce sacrement.

1° Quant à la promesse , Jésus-Christ dit, Joan.,c. 6, f. 52 : « Le pain que je » donnerai pour la vie du monde est nia

» propre chair Ma chair est vérila-

» blement une nourriture , et mon sang » un breuvage. Celui qui mange ma

EUG 4S9 EUC

d chair et boit mon sang demeure en j état de victime, auquel on rend les hon- » moi et moi en lui , etc. » Les Juifs et I neurs de la Divinité. Saint Justin , cinles disciples de Jésus-Christ entendirent j quante ans après, nous le peint de même, cette promesse à la lettre; ils en furent [ Aipol. 1 , n. 65 etsuiv. On a donc touscandalisés et plusieurs des premiers se : jours cru que Jésus-Christ éloit réelleretirèrent. S'il n'eût été question que i ment présent à la cérémonie ; la pré- •d'une simple figure, il n'est pas à pré- \ tendue idolâtrie de l'Eglise romaine date sumer que Jésus-Christ eût voulu les j du temps des apôtres, laisser dans l'erreur. Les protestants ont si bien senti les

2° Les paroles de l'institution sont en- j conséquences de ce tableau, que , pour core plus claires. Le Sauveur dit à ses établir leur doctrine , il leur a fallu réapôlres : «Prenez et mangez, ceci est jeter l'Apocalypse, supprimer l'autel, » mon corps donné ou livré pour vous ; ; les prêtres , les prières et tout l'appareil » selon saint Paul , rompu ou brisé pour \ du sacrifice.

» vous. Buvez de cette coupe, c'est mon * sang versé pour vous. » Mail., c. 26, j. 26; Marc, c. 14, f. 22 ; Luc, c. 22, f. 19; /. Cor., c. 11 , f. 24 et 25. En quel sens du pain est-il livré pour nous?

Ils disent que, souvent dans l'Ecriture sainte, le signe reçoit le nom de la chose signifiée : ainsi Joseph, expliquant à Pharaon le songe que ce voi avoit eu , lui dit, Gen., c. 46 , f. 2 : « Les sept va-

une coupe de vin est-elle répandue pour j » ches grasses et les sept épis pleins, nous? Jésus-Christ substitue Yeucha-\ » sont sept années d'abondance. » Daristie à la paque; s'il n'établissoit qu'une nicl , pour donner à Nabuchodonosor le figure de son corps et de son sang, l'a- sens de la vision qu'il avoit eue , lui dit, gneau qu'il venoit de manger l'auroit ] c. 22, f. 28: a Vous êtes la tête d'or. » beaucoup mieux représenté. j Jésus-Christ , expliquant la parabole de

Il seroit trop long de réfuter toutes j la semence , Mail., c. 15 , f» 57, dit : les subtilités de grammaire par lesquelles j « Celui qui sème est le Fils de l'homme, les calvinistes ont cherché à obscurcir le j » etc. » Saint Paul, parlant du rocher sens de tous ces passages. j duquel Moïse fit sortir de l'eau, /. Cor.,

3° En parlant de l'usage de ce sacre- j c. 10, f. 4, dit : « Cette pierre étoit ment , saint Paul dit, JT. Cor., chap. 10 , j » Jésus-Christ. » ■f. 16 : « Le calice que nous bénissons » n'est-il pas la communication du sang

» de Jésus -Christ? Le pain que nous j une vision, ni une parabole, ni un type » rompons n'est-il pas la participation j de l'ancienne loi ; au contraire, il mett> du corps du Seigneur? C. 11 , JL 27 : » Quiconque aura mangé ce pain, ou bu » le calice du Seigneur indignement , ] souvent renouvelé , dont il éloit impor- » sera coupable de la profanation du j tant d'expliquer clairement la nature , « corps et du sang du Seigneur, f. 29 : S pour ne donner lieu à aucune erreur. Ce -» il mange et boit sa condamnation , j n'étoit donc pas là le cas de donner à un » parce qu'il ne discerne pas le corps du j signe le nom de la chose signifiée. Si » Seigneur. » Saint Paul auroit-il pu dire j Jésus-Christ et les apôtres ont usé de la même chose de la pâque,qui étoit j cette équivoque, de laquelle ils précertainement la figure de Jésus-Christ j voyoient certainement l'abus , ils ont immolé pour nous? tendu à l'Eglise chrétienne un piège in-

Mais le Sauveur , en instituant Y eucharistie, n'expliquoit ni un songe, ni

toit une réalité à la place des figures. Il établissoit un sacrement qui devoit être

4° Le sens des paroles de Jésus-Christ ne peut être mieux connu que par la pratique des premiers fidèles. Saint Jean , dans l'Apocalypse , c. 5 , j. 6 , fait le tableau de la liturgie des apôtres; il représente, au milieu d'une assemblée de prêtres , un autel et un agneau en

évitable.

D'ailleurs , dans tous les exemples cités par les prolestants, il y a de la ressemblance et de l'analogie entre le signe et la chose signifiée ; mais quelle ressemblance y a-t-il entre du pain et le corps de Jésus-Christ? il n'y en a aucune.

EUC

Mais si le Sauveur a fait du pain son propre corps, il est vrai, dès ce moment, que ce qui paroît du pain est le signe du corps de Jésus-Christ , puisqu'alors ce corps ne paroît à nos yeux que sous les qualités sensibles du pain. Ainsi les passages des Pères, qui ont appelé Je pain consacré le signe du corps de Jésus-Christ, loin de prouver le sens ligure des paroles du Sauveur, prouvent tout le contraire, puisque ce pain ne peut être le signe du corps , à moins que le corps n'y soit véritablement. En disant Ceci est mon corps, Jésus-Christ n'a rien changé à l'extérieur du pain ; le pain consacré ne ressemble pas plus au corps de Jésus-Christ que le pain non consacré; il ne peut donc pas être le signe de ce corps , si Jésus- Christ ne l'y met pas , et ne change pas la substance même du pain.

La voie de prescription consiste à dire aux protestants : Lorsque vous êtes venus au monde, toute l'Eglise chrétienne croyoit la présence réelle du corps de Jésus-Christ dans Y eucharistie; donc elle l'a toujours cru de même depuis les apôtres jusqu'à nous. Il est impossible que sur un sacrement qui est d'un usage journalier, qui fait la principale partie du culte des chrétiens , la croyance commune ait pu changer, sans que ce changement ait fait du bruit, ait causé des disputes , ait donné lieu d'en parler dans les conciles tenus dans tous les siècles : or, il n'en est question nulle part. 11 est impossible que, dans tout l'Orient et l'Occident, les pasteurs et les docteurs de l'Eglise aient conspiré tous d'un commun accord à faire ce changement , ou l'aient fait tous sans s'en apercevoir. Il est impossible qu'aucun des hérétiques condamnés par l'Eglise catholique, mécontents et furieux contre elle, ne lui ait reproché ce changement, s'il étoit réel.7 ou qu'aucun d'eux ne l'ait remarqué, etc. Cet argument a été traité avec beaucoup de force dans la Perpétuité de la foi, tom. 1 , 1. 9, c. \ 1 . L'auteur a mis en évidence l'absurdité de toutes les suppositions que les protestants ont été obligés de faire pour é la ver l'imagination d'un prétendu changement

490 EUC

survenu à ce sujet dans la foi de l'Eglise.

Une preuve positive que la croyance touchant Yeucharislie n'a jamais changé, c'est que le langage a toujours été le même. Dans tous les siècles, les Pères , les conciles, les liturgies, les confessions de foi, les auteurs ecclésiastiques, se servent des mêmes expressions et présentent le même sens. (Ne XLIV , p. G2 1 . )

En effet, à commencer depuis Saint Ignace, l'un des Pères apostoliques , et en suivant la chaîne des auteurs ecclésiastiques de siècle en siècle jusqu'à nous, il n'est presque pas un seul de ces écrivains qui ne fournisse des témoignages clairs et formels de la croyance de l'Eglise sur ce point essentiel : toutes les liturgies, même celle que l'on attribue aux apôtres , celles de saint Basile, de saint Jean Chrysostome, l'ancienne liturgie gallicane, la liturgie mozarabique,les liturgies desnestoriens, celles des jacobites syriens, cophtes et éthiopiens, sont exactement conformes à la messe romaine, telle qu'elle est en usage aujourd'hui dans toute l'Eglise catholique : toutes contiennent clairement et formellement la doctrine de la présence réelle et de la transsubstantiation. Ce fait a été mis en évidence dans la Perpétuité de la foi, tomes 4 et 5 , et par le père Le Brun , Explic. des cérémonies de la Messe, etc.

A cette chaîne de tradition, les protestants ont objecté qu'il n'est presque pas un des Pères , et des autres monuments, qui ne dépose en faveur du sens figuré , qui n'ait dit que Y eucharistie, même après la consécration , est figure, signe , antitype , symbole, pain et vin. En effet , tout cela est vrai , selon les apparences extérieures; mais cela n'exclut point la présence réelle de la chose signifiée. Les Pères, les lilurgistes , ontils dit que Yeucharistic n'est rien autre chose que figure, signe , etc.? Il le faudroit , pour donner gain de cause aux protestants. Tous les Pères exigent la foi et l'adoration, pour participer à ce mystère ; il n'est pas besoin de foi pour saisir le sens d'un signe , et il n'est pas permis de l'adorer.

Comme les calvinistes prétendent que

EUC 491

]a croyance primitive de l'Eglise a changé sur ce point , ils n'ont pas été peu embarrassés , lorsqu'il a fallu assigner l'époque , la manière , les causes de ce changement. Blondel croit que l'opinion de la transsubstantiation n'a commencé qu'après Bérenger. Aubertin,

EUC

La Roque , Basnage et d'autres , ont remonté au septième siècle : c'est Anastase le Sinaïte , disent-ils , qui a enseigné le premier que nous recevons , dans Y eucharistie , non l'antitype , mais le corps de Jésus-Christ.

Malheureusement pour ce système , saint Ignace , martyr, saint Justin , tous les Pères grecs des six premiers siècles , les liturgies de saint Basile et de saint Jean Chrysostome, enseignent la présence réelle aussi clairement que le moine Anastase. Ce n'est donc pas lui qui a forgé ce dogme.

Quant à l'Occident , Aubertin prétend que Paschase Ratbert , moine et ensuite abbé de Corbie , dans un Traité du corps et du sang du Seigneur, composé vers l'an 851 , et dédié à Charles le Chauve en 844, est le premier qui ait rejeté le sens figuré, et enseigné la présence réelle ; que cette nouveauté s'établit aisément dans un siècle très-peu éclairé , qu'elle gagna si rapidement les esprits, que, quand Bérenger voulut l'attaquer deux cents ans après , on lui objecta le consentement de toute l'Eglise , comme établi de temps immémorial en faveur du dogme de la réalité.

Mais non-seulement on lui objecta ce consentement immémorial, on le lui prouva , et Bérenger ne put jamais citer en sa faveur le suffrage de l'antiquité. En effet, les Pères latins , à commencer par Tertullien , au troisième siècle , jusqu'au neuvième , ne parlent pas autrement que les Pères grecs; les liturgies romaine, gallicane , mozarabique , aussi anciennes que les Eglises d'Occident, sont exactement conformes , sur l'eucharistie, à celle des Orientaux.

Conçoit-on, d'ailleurs, qu'un moine ait réussi à fasciner tous les esprits de son siècle dans toutes les parties de l'Eglise? Dans tous les siècles, la moindre innovation , en fait de dogme , a fait un

bruit épouvantable ; et l'on suppose quey sur un article aussi essentiel que Yeucharistie, la foi a changé sans que l'or* s'en soit aperçu. Mais Batramne et Jean Scot écrivirent contre Paschase Ratbert , et il leur opposa le suffrage de l'univers entier : Quod totus orbis crédit et confiletur ; ce sont ses termes.

Il n'est pas vrai , d'ailleurs, que le neuvième siècle ait été sans lumière; celle qu'avoit rallumée Charlemagne n'étoit pas encore éteinte On connoissoit en France Hincmar , archevêque de- Reims; Prudence, évêque de Troyes; Flore , diacre de Lyon ; Loup , abbé de Ferrières ; Christian Drutmar , moine de Corbie , dont les protestants ont voulu altérer les écrits ; Walafride Strabon , moine de Fulde, très -instruit des antiquités ecclésiastiques ; Etienne , évêque d'Autun; Fulbert, évêque de Chartres; saint Mayeul , saint Odon , saint Odilon , abbés de Cluni, etc. En Allemagne, saint Unny, archevêque d'Hambourg , apôtre du Danemarck et de la Norwége ; Adaibert, l'un de ses successeurs ; Brunon , archevêque de Cologne, Wilelme ou Guillaume , archevêque de Mayence ; Francon et Burchard , évêques de "VVorms ; saint Udalrich, évêque d'Augsbourg; saint Adalbert, archevêque de Prague, qui porta la foi dans la Hongrie, la Prusse et la Livonie ; saint Boniface et saint Brunon , qui la prêchèrent en Russie , étoient des hommes instruits et respectables. En Angleterre, saint Dunstan, évêque de Cantorbéry; Ethelvode, évêque de Wincester ; Oswald , évêque de Worcester. En Italie , les papes Etienne VIII , Léon VII , Marin , Agapet II, et plusieurs évêques. En Espagne, Gennadius, évêque de Zamore; Atillan, évêque d'Astorga; Ruseninde, évêque de Compostelle, etc. Tous ces prélats n'étoient, à la vérité, ni des Augustins , ni des Chrysostomes ; mais c'étoient des pasteurs instruits et zélés pour la pureté de la foi.

C'est, précisément au neuvième siècle que se forma le schisme entre l'Eglise grecque et l'Eglise latine; le prétexte des Grecs ne fut jamais la doctrine des Latins sur Y eucharistie. Dans le onzième,

EUC

peu de temps après que Léon IX eut condamné Bérenger, Michel Cérularius, patriarche de Constantinople , écrivit avec chaleur contre les Latins ; il les attaqua vivement sur la question des azymes; il ne parla ni de la présence réelle , ni de la transsubstantiation. Il n'y eut noi\ plus aucune difficulté sur ce point au concile général de Lyon , l'an 1274, ni dans celui de Florence, en 1439, lorsqu'il fut question de la réunion des deux Eglises.

A la naissance de l'hérésie des sacramentaircs , l'occasion étoit belle pour les Grecs de se déclarer. En 1570 , les premiers s'efforcèrent vainement d'extorquer de Jérémie , patriarche de Constantinople , un témoignage favorable à leur erreur. I! leur répondit nettement : « La doctrine de la sainte Eglise est que » dans la sacrée cène, après la consé- » cration et bénédiction , le pain est •» change et passé au corps même de » Jésus -Christ , et le vin en son sang ,

D par la vertu du Saint-Esprit Le

» propre et véritable corps de Jésus- » Christ est contenu sous les espèces du » pain levé. »

Ce que la bonne foi de Jérémie avoit refusé aux luthériens , fut accordé par l'avarice de Cyrille Lucar , l'un de ses successeurs, aux largesses d'un ambassadeur d'Angleterre ou de Hollande à la Porte. Ce patriarche osa publier une profession de foi conforme à celle des protestants , sur la présence réelle; mais elle fut condamnée dans un synode tenu à Constantinople , en 1658, par Cyrille de Béréc , successeur de Lucar, et dans un autre, en 1642, sous Parthénius, successeur de Cyrille de Béréc. Les Grecs s'expliquèrent encore de même dans un concile tenu à Jérusalem en 1668, et clans un autre assemblé à Bethléem en 1672. Les actes en sont déposés à la bibliothèque de Saint-Germain-des-Prés , et imprimés dans la Perpétuité de la foi, avec les témoignages des maronites, •des Arméniens, des Syriens, des cophlcs, des jacobiles , des nestoriens et des Husses. L'accord de toutes ces communions grecques avec l'Eglise romaine

sur V eucharistie , ne peut désormais

492 EUC

donner lieu à aucun doute. Il n'est donc aucun dogme de foi sur lequel la prescription soit mieux établie.

Une troisième preuve de la présence réelle, ce sont les conséquences qui s'ensuivent de l'erreur des protestants. Nous soutenons qu'elle donne atteinte à la divinité de Jésus-Christ , et qu'elle a dû faire naître le socinianisme, comme cela est arrivé en effet.

1° Il n'est aucun des miracles du Sauveur qui n'ait pu être opéré par un pur homme envoyé de Dieu ; mais que Jésus- Christ se rende présent en corps et en âme dans toutes les hosties consacrées, c'est un prodige qui ne peut être opéré que par un Dieu. S'il ne l'a pas fait, il a eu tort de dire à ses apôtres : a Toute » puissance m'a été donnée dans le ciel » et sur la terre. » Matt., c. 28 , f. 18. Saint Irénée remarquoit déjà la connexion qu'il y a entre la présence réelle et la divinité du Verbe. Adc. hœr., 1. 4, c. 18 , n° 4.

2° Ce divin maître n'a pas pu ignorer les suites terribles que produiroit parmi les chrétiens la manière dont il avoit parlé de Y eucharistie, ni l'erreur énorme dans laquelle ils alloient tomber immédiatement après la mort des apôtres , dans la supposition que la croyance catholique est une erreur. S'il l'a prévue , et n'a pas voulu la prévenir, il a manqué aux promesses qu'il a faites à son Eglise d'être avec elle jusqu'à la consommation des siècles. Malt., c. 28, jr. 19. S'il ne l'a pas prévue, il n'est pas Dieu.

5° Selon la croyance des protestants, le christianisme, dès le commencement du second siècle, est devenu la religion la plus fausse qu'il y ait sur la terre; tous les reproches d'idolâtrie, de superstition , de paganisme , qu'ils ont faits à l'Eglise romaine, sont exactement vrais.

Un Dieu est - il donc venu sur la terre pour y établir une religion aussi monstrueuse? Il n'y a point d'autie parti à prendre que de professer le déisme.

4" Les apôtres ont prévenu les lidèles contre les erreurs qui alloient bientôt éclore dans l'Eglise; ils les ont avertis que de faux docteurs nicroicnl la réalité de la chair de Jésus-Christ, et sa divinité ;

EUG

que d'autres condamneroient le mariage, nieroient la résurrection future , etc. Il auroit été bien plus nécessaire de les mettre en garde contre l'erreur de la présence réelle, qui alloit bientôt naître, et qui changeroit la face du christianisme; ils ne l'ont pas fait.

Nous verrons ci-après d'autres conséquences qui se sont ensuivies de l'hérésie <!es protestants touchant V eucharistie.

Si dans les premiers siècles on avoit eu de Yeucharistie la même idée que les protestants, auroit- on caché avec tant de soin aux païens nos saints mystères , en auroit-on interdit la connoissance aux catéchumènes avant le baptême? Rien de si simple que le repas de la cène , que de prendre du pain et du vin en mémoire de ce que fit Jésus- Christ avec ses apôtres. Quelle nécessité y avoit-il de faire de tout ceia un mystère ? Mais les premiers chrétiens ne pensoient pas comme les protestants.

II. De la transsubstantiation. Le concile de Trente a décidé que dans Yeucharistie il se fait un changement de toute la substance du pain au corps , et de toute la substance du vin au sang de Jésus - Christ , et qu'il ne reste que les apparences du pain et du vin : changement que l'Eglise catholique appelle

493 EUC

rejettent toutes ces manières d'entendre la présence réelle ; ils disent que le corps de Jésus -Christ est dans Yeucharistie par concomitance, c'est-à-dire qu'en recevant le pain on reçoit réellement le corps de Jésus-Christ; qu'ainsi il n'est présent que par l'usage et dans l'usage, ou dans la communion ; que c'est dans l'usage que consiste l'essence du sacrement, en quoi ils se sont rapprochés des sacramentaires. Foyez le père Le L>runy Explic. des cérém. de la Messe, t. 7?

p. 24 et suiv.

Mais Calvin et ses sectateurs objectèrent à Luther, qu'en soutenant le sens littéral des paroles du Sauveur, il leur faisoit cependant violence. En effet , Jésus-Christ n'a pas dit : Mon corps est avec ceci, ou dans ce que je tiens ; il n'a pas dit : Ce pain est mon corps , mais Ceci, ce que je vous donne est mon corps. Donc ce que Jésus-Christ donnoit à ses disciples n'étoit plus du pain , mais son corps. De là Calvin concluoit qu'il failoit ou admettre le sens figuré, ou admettre,, comme les catholiques, un changement de substance , une transsubstantiation.

Luther observoit, de son côté, que Jésus -Christ n'a pas dit : Ceci est la figure de mon corps , ni Ceci renferme la vertu et l'efficacité de mon corps ?

La même chose avoit été décidée au concile de Constance contre Wiclef , et au quatrième concile de Latran, l'an 1215.

Nous avons déjà observé que Luther , frappé de l'énergie des paroles de Jésus- Christ , ne put se résoudre à renoncer au dogme de la présence réelle , mais il nia la transsubstantiation; il soutint que le corps et le sang de Jésus - Christ sont dans Yeucharistie , sans que la substance du pain et du vin soit détruite ; conséquemment il dit que le corps de Jésus-Christ est dans le pain , sous le pain , avec le pain, in, sub, cum ; cette manière d'expliquer la présence de Jésus-Christ fut nommée impanation et consubstantiation ; quelques disciples de Luther ont dit ensuite que Jésus- Christ est dans Yeucharistie par ubiquité, ï'oy. ces mots.

Aujourd'hui les plus habiles luthériens

très - proprement transsubstantiation, mais Ceci est mon corps : donc son corps

étoit réellement et substantiellement présent, donc il ne parloit pas dans un sens figuré. Ainsi les ennemis de l'Eglise, en se réfutant l'un l'autre, prouvoient, sans le vouloir, la vérité de sa doctrine ; et , malgré leurs arguments mutuels, chaque parti est demeuré dans son opinion. Tel a été le succès d'une dispute où l'on ne vouloit , de part et d'autre, point d'autre règle de croyance que l'Ecriture sainte.

Pour savoir comment on doit l'entendre , l'Eglise a encore recours à 1» voie de prescription, à la tradition de tous les siècles depuis les apôtres jusqu'à nous. Les plus instruits d'entre les protestants conviennent que les anciens Pères , considérant qu'en recevant le pain consacré on recevoit le corps de Jésus-Christ, ont dit que ce pain n'étoit plus du pain, mais le corps de Jésus*

EUC

Eue

Christ. De là les Grecs , parlant de ce qui se fait dans Y eucharistie, l'ont appelé ixeraSolr), changement , perceiroâgecs faction de faire ce qui n'étoitpas } /jstv.^toiyîtvnis , transmutation des éléments.

Brucker, Uist. philos., t. 6 , p. 621.

Quelle différence y a-t-il entre ces termes et celui de transsubstantiation ?

Au milieu du second siècle , saint Justin a comparé l'action par laquelle se fait r 'eucharistie , à l'action par laquelle le Verbe de Dieu s'est fait homme, a pris un corps et une âme , Apol. 1. n. 66. Saint Irénée la compare à l'action par laquelle le Verbe de Dieu ressuscitera nos corps, Adv. hœr., lib. 5 , c. 2, n° 5. Il dit que 1 'eucharistie est composée de deux choses, l'une terrestre, l'autre céleste , lib. 4 , c. 1G , n. 5. Auroient-ils ainsi parlé, s'ils avoient cru que Yeucharistie est encore du pain? Les Pères des siècles suivants n'ont fait que répéter ce langage.

Comment les protestants ont- ils pu soutenir qu'avant 1e quatrième concile de Latran, tenu l'an 1215, l'on ne croyoit pas le dogme de la transsubstantiation; que les prêtres l'ont forgé par intérêt et par vanité, pour persuader au peuple qu'ils font un miracle en consacrant Yeucharistie? Accuserons- nous de ce crime de saints martyrs tels que saint Justin et saint Irénée , et tous ceux qui ont professé la même doctrine après eux ?

On a fait voir aux protestants, par les professions de foi et par les liturgies des nestoriens , des jacobites syriens et cophtes , des Arméniens , des Grecs schismatiques, que toutes ces sectes, dont quelques-unes sont séparées de l'Eglise romaine depuis le cinquième siècle, croient aussi bien que nous la transsubstantiation.

Toutes ces liturgies renferment une prière , nommée Yinvocation du Saint- Esprit , par laquelle le prêtre prie Dieu d'envoyer son Saint-Esprit sur les dons eucharistiques , alin qu'il fasse le pain le corps de Jésus -Christ, et le vin son sang. Quelques-unes ajoutent, les changeant par votre Esprit saint. Dès ce moment les Orientaux croient que la consécration est achevée , et ils adorent

Jésus-Christ présent. Perpét. de la Foi. tom. 4 , liv. 2, c. 9. Le savant maronite Assémani a donné de nouvelles preuves de la foi des Orientaux , en faisant l'extrait des ouvrages des écrivains nestoriens et des jacobites , dans sa Bibliothèque orientale.

Il est donc certain que, plus de six cents ans avant le concile de Latran , ce dogme étoit universellement cru et professé dans toute l'Eglise chrétienne. Les schismatiques orientaux ne l'ont pas emprunté de l'Eglise latine de laquelle ils se sont séparés ; dans les disputes que l'on a eues avec eux , ils ne nous ont jamais reproché ce dogme comme une erreur.

Vainement les controversistes protestants ont voulu soutenir que le miracle de la transsubstantiation est impossible; de quel droit ces grands philosophes prétendent- ils mettre des bornes à la toute -puissance de Dieu? A la vérité, nous ne concevons point comment peuvent subsister les qualités sensibles du pain et du vin, lorsque leur substance n'est plus, ni comment le corps de Jésus-Christ peut être dans Yeucharistie sans avoir aucune de ses qualités sensibles; nous ne savons pas seulement ce que c'est que la substance des corps distinguée de toute qualité sensible. Il s'ensuit de là que Yeucharistie est un mystère, et que les philosophes ont tort de vouloir en raisonner.

Mais en rejetant le mystère et le miracle que nous admettons , les protestants sont -ils venus à bout d'ôter de Yeucharistie tout miracle et tout mystère ? de nous faire concevoir leur croyance? Les luthériens disent que le corps de Jésus-Christ est véritablement présent dans Yeucharistie, avec la substance ou sous la subslancp du pain, du moins quand on le reçoit ; cependant il n'y est revêtu d'aucune de ses qualités sensibles : il faut donc qu'ils nous expliquent comment deux substances corporelles peuvent subsister ensemble sous les qualités sensibles d'une seule, ce que c'est que le corps de Jésus-Christ séparé de toutes les qualités sensibles qui lui sont propres. S'ils disent que le corps de

EUC 495

Jésus-Christ ne s'y trouve que quand on mange le pain , c'est donc l'action de manger, et non la consécration, qui produit le corps de Jésus -Christ. L'un est-il plus concevable que l'autre?

Selon les calvinistes , le corps de Jésus-Christ n'y est pas ; mais en mangeant le pain on reçoit le corps de Jésus-Christ spirituellement par la foi.

Or , manger un corps spirituellement , nous paroît une chose aussi incompréhensible que de manger un esprit cor-

EUC

soient laisses éblouir par ce sophisme.

1° Il attaque aussi directement la présence réelle que la transsubstantiation , et les luthériens sont aussi obligés d'y répondre que nous. En eftet , nous sommes physiquement certains qu'un corps n'est point dans un lieu où il n'y a aucune de ses qualités sensibles , puisque nous ne sommes instruits de l'existence des corps que par ces qualités. Or , dans Yeucharislie , le corps de Jésus -Christ n'a aucune de ses qualités sensibles ; porellement. Si cela signifie seulement j donc nous sommes physiquement cesque l'action de manger du pain produit j tains qu'il n'y est pas. Aucune preuve en nous le même effet que produiroit le j morale , tirée de la révélation , ne peut corps de Jésus- Christ, si nous le rece- \ prévaloir à celle-là. vions réellement , cela s'entend ; mais j 2° Ce même argument devoit faire alors nous demandons pourquoi un cal- | douter de l'incarnation tous ceux qui viniste, plein de loi, ne reçoit pas le \ voyoient Jésus - Christ et coaversoient corps de Jésus-Christ toutes les fois que j avec lui ; car enfin , nous sommes phydans ses repas il use de pain et de vin. \ siquement certains qu'il y a une per- Lorsque Jésus a dit : « Celui qui mange \ sonne humaine partout où nous voyons » ma chair et boit mon sang demeure ; les propriétés sensibles de l'humanité. i> en moi et moi en lui , * Joan., cap. 6, j Or , on voyoit toutes ces propriétés réu- ^.57 s'il n'a rien voulu dire que ce ; nies dans Jésus-Christ : donc l'on devoit qu'entendent les calvinistes , la meta- j croire que c'étoitune personne humaine, phore est un peu forte: il ne lui en au- ; et non une personne divin"; la cerliroit guère coûté de l'exprimer ainsi aux tude morale, tirée de sa parole et de ses Capharnaïtes et à ses disciples , qui en miracles, ne pouvoit l'emporter sur une furent scandalisés. Il est sans doute plus certitude physique, difficile de croire que Jésus-Christ, les j 5° Ce raisonnement nous défend d'aapôlres et les évangélisles ont tendu un jouter foi à aucun miracle, à moins que

piège à la simplicité des fidèles, que d'admettre le miracle et le mystère de la transsubstantiation.

La plus forte objection qu'ils aient faite contre ce dogme est celle de Tillotson , que Rayle , Abadie, La Placette, D. Hume, etc., ont répétée, et qu'ils ont toujours regardée comme invincible.

Ils disent : Quand ce dogme seroit clai-

nous ne l'ayons vérifié par le témoignage de nos sens , et que nous n'en ayons ainsi acquis une certitude physique.

Aussi D. Hume s'en est servi pour attaquer la certitude morale à l'égard de tous les miracles. Les preuves morales , dit-il , ne peuvent jamais prévaloir à la certitude physique dans laquelle nous sommes que le cours de la nature ne

rement révélé drns l'Ecriture , nous ne ; change point : or , il faudroit qu'il chanpourrions avoir de sa vérité qu'une cer- j geât pour qu'il se fit un miracle.

titude morale, semblable à celle que nous avons de la vérité de la religion chrétienne en général : or, nos sens nous donnent une certitude physique que la substance du pain se trouve partout où nous en sentons les accidents ; donc cette certitude doit prévaloir à la première et déterminer notre croyance.

11 est étonnant que des hommes, trèsclairvoyants et instruits d'ailleurs, se

4° De cette prétendue démonstration, il s'ensuivroit encore qu'un aveugle-né est un insensé, lorsqu'il croit à la parole des hommes qui lui attestent une chose contraire au témoignage de ses sens. Il est physiquement certain, parle tact, qu'une superficie plate ne produit point une sensation de profondeur; il ne doit donc pas croire à ce qu'on lui dit d'un miroir ou d'une perspective.

EUC

5°T1 s'ensuivroit enfin qu'un homme qui voit de loin une lour earrée , qui lui çaroît ronde, est bien fondé à soutenir qu'elle est ronde en effet , malgré le témoignage de tous ceux qui lui attestent le. contraire.

Tou; ces exemples démontrent que le principe, sur lequel est fondé l'argument de Tillotson , est absolument faux; savoir : que la certitude morale, poussée au plus haut degré , ne doit pas prévaloir à une prétendue certitude phy-

496 EUC

c'est le corps de Jésus-Christ qui est sous les apparences du pain, l'Eglise n'a pas expliqué la manière dont ce corps y est, s'il y est à la manière des esprits ou autrement, si les parties de son corps sont pénétrées ou impénétrables ; s'il y est avec son étendue ou sans étendue , etc.; elle a seulement enseigné que Jésus-Christ est tout entier sous chacune des espèces, et tout entier sous chaque partie lorsque la division en est faite. Cortcil. Trid.} sess. 45, can. 5. Elle n'a

sique qui n'est, dans le fond, qu'une; pas défendu aux théologiens de cherignorance ou un défaut de connoissance, j cher à concilier ce mystère avec les syspuisque cette certitude ne tombe que sur i tèmes des philosophes ; mais nous somles apparences , et non sur la réalité ou i mes persuadés qu'ils n'y réussiront jala substance des choses. ! mais. La manière dont Jésus -Christ se

Quelle certitude avons-nous à l'égard ' trouve dans Y eucharistie, ne ressemble des corps , dont déposent nos sens? Que . à aucune autre, elle est incomparable, les qualités sensibles des corps sont par- i par conséquent incompréhensible et tout où nous les sentons; qu'ainsi les ; inexplicable. Rien d'ailleurs n'est plus accidents, les apparences , les qualités j incertain que les systèmes philosophisensibles du pain et du vin sont dans j ques touchant l'essence ou la substance Y eucharistie , puisque nous les y son- j des corps; les philosophes ne se sont tons; et elles y sont en effet. Mais nos ! jamais accordés , ils ne s'accorderont jasens attestent -ils que la substance du . mais, et ils changent d'opinions de siècle pain est partout où sont ces qualités sen- en siècle.

sibles? Nous ne savons seulement pas III. De la présence habituelle et perce que c'est que la substance des corps, manenie de Jésus-Christ dans Veuchadépouillés de ces mômes qualités. Cette ! ristie. Les protestants conviennent, substance ne tombe donc pas sous nos comme nous , que pour célébrer lVu-

sens ; ils ne peuvent rien en attester.

Il est vrai que de la présence des qualités sensibles , nous concluons que le corps auquel elles appartiennent ordinairement, existe ; mais celte conséquence n'est pas essentielle; D. Hume et d'autres l'ont démontré : nous ne devons donc pas la déduire, lorsqu'une autorité suffisante nous avertit que nous nous tromperions.

Il n'est donc pas vrai que nos sens nous trompent à l'égard de Yeucharistie , ni que la croyance de ce mystère puisse ébranler la certitude physique , nous jeter dans le pyrrhonisme , etc.

Dès que Dieu nous avertit par la révélation que ce n'est plus du pain, mais le corps de Jésus-Christ, en nous liant à sa parole , nous sommes à l'abri de toute erreur. Vouez Certitude.

En décidant que la substance du pain n'est plus dans Y eucharistie } mais que

charistie , il faut répéter les paroles que Jésus-Christ prononça dans la dernière cène que sans cela il n'y auroit ni mystère ni sacrement. Cependant , selon les calvinistes, ces paroles n'opèrent rien, c'est la foi avec laquelle le .fidèle reçoit le pain et le vin , qui lui fait recevoir la vertu du corps de Jésus -Christ ; c'est donc la foi qui produit tout le miracle, les paroles de Jésus -Christ ne peuvent être nécessaires que pour exciter la foi. Si les luthériens pensent comme nous, que ces paroles, ceci est mon corps r opèrent ce qu'elles signifient , ils devroient croire, aussi bien que nous, que dès ce moment Jésus-Christ est présent sous les symboles, ou avec les symboles, et qu'il y demeure tant que subsistent les qualités sensibles du pain et du vin. Néanmoins ils soutiennent que le corps de Jésus -Christ ne se trouve prisent que dans l'usage et par l'usage, et que

EUC 497 EUC

l'essence cTfu sacrement consiste dans la ' sus -Christ, l'effet de la seconde étoit

communion. C'est pour cela qu'ils ont affecté de changer le mot eucharistie en celui de cène ou repas , afin de donner à entendre que l'essence de la cérémonie consiste dans l'action de ceux qui mangent, et non dans celle du ministre qui consacre. Mais osera-t-on soutenir que l'action de Jésus-Christ, consacrant Yeucharistie après sa dernière cène , étoit moins importante que celle des apôtres qui la reçurent?

Il n'est pas trop aisé de savoir en quoi

le sentiment des luthériens est différent prononcer les paroles de Jésus-Christ ;

de celui des calvinistes : ceux-ci disent que l'on reçoit le corps de Jésus-Christ spirituellement, les luthériens disent qu'on le reçoit sacramentellemenl; c'est à eux de nous dire en quoi ils sont opposés.

Le concile de Trente a décidé le contraire ; il enseigne que le corps et le sang de Jésus-Christ sont présents dans

Y eucharistie , non-seulement dans Tu- rapprocher et de changer l'ordre de

sage et quand on les reçoit, mais avant et après !a communion; que les parties consacrées qui restent après que l'on a communié , sont encore le vrai corps et le vrai sang de Jésus-Christ. Sess. 13, can. 4. Cette décision est fondée sur le sens littéral et naturel des paroles du Sauveur.

En effet, Jésus -Christ dit à ses disciples : Prenez et mangez, ceci est mon corps livré pour vous, et selon le grec, brisé pour vous. Jésus -Christ tenoit donc véritablement son propre corps entre ses mains , et le corps étoit brisé avant qu'il fût reçu et mangé par les disciples ; autrement les paroles de Jésus-Christ n'auroient pas été exactement vraies. Nous convenons que le Sauveur rendoit son corps présent, afin qu'il fût mangé ; mais le sacrement et la lin pour laquelle il est opéré ne sont pas la même chose», l'acte sacramentel étoit donc l'action de Jésus-Christ qui parloit, et non celle des disciples qui reçurent son corps. Il est absurde de confondre l'action du Sauveur qui faisoit un miracle, avec celle des apôtres pour lesquels il étoit opéré ; l'effet delà première étoit la présence réelle du corns de Jé-

la grâce produite dans l'âme des apôtres. Donc la présence réelle est l'effet de la consécration et non de la communion ; elle subsisteroit quand même, par accident, il n'y auroit point de communion ; elle est habituelle et permanente, indépendamment de la communion.

En second lieu , les passages nés Pères, le texte des liturgies qui prouvent la présence réelle, attribuent ce prodige non à la communion , mais à la consécration , c'est-à-dire à l'action de

ils supposent donc que celte présence précède la communion , et qu'elle en est absolument indépendante. Aucune Eglise , aucune secte chrétienne , n'a donné la communion aux fidèles immédiatement après la consécration ; ces deux actions ont toujours été séparées par des prières et par des cérémonies.

Les protestants ont été obligés de les

toutes les liturgies , parce que c'étoit une preuve qui déposoit contre eux.

En troisième lieu , la croyance constante de l'Eglise chrétienne est attestée par l'usage ancien et universel de conserver Y eucharistie, soit pour la donner aux malades , soit pour la consolation des fidèles exposés au martyre, soit pour servir à la messe des présanctifiés, dans laquelle on se servoit des espèces consacrées la veille, comme nous faisons encore le vendredi saint. Nous voyons par le 49e canon du concile de Laodicée , tenu l'an 364 , que l'ancien usage des Grecs étoit de ne consacrer, pendant le carême, que le samedi et le dimanche, et de réserver Yeucharistie pour les autres jours ; c'est ce que les Grecs observent encore. Ce concile défend, can. 14, d'envoyer à Pâques, dans les autres paroisses, la sainte eucharistie en signe de communion. Vouez Thiers , Exposition du Saint -Sace ment, liv. 1 , c. 2. Tous ces usages ^ el d'autres que l'Eglise a sagement supprimés, attestent que l'on ne croyoit pas la présence réelle de Jésus-Christ attachée à la seule action de communier.

Enfin , toutes les preuves tirées de

EUG

EUC

l'Ecriture sainte ou d'ailleurs, qui démontrent que Jésus -Christ doit être adoré dans ['eucharistie , qu'il y est offert en sacrifice , que l'action sacramentelle est la consécration et non la communion, prouvent aussi que Jésus-Christ y est présent , indépendamment de l'usage. Toutes ces vérités se soutiennent mutuellement, et forment une chaîne indissoluble : on le verra dans les paragraphes suivants.-

IV. De V adoration de Jésus- Christ dans V eucharistie. Ce divin Sauveur est sans doute adorable partout où il est ; vrai Dieu et vrai homme, il ne mérite pas moins le culte suprême sur les autels que dans le ciel.

les protestants, c'est que les Orientaux ne sont point, comme nous , dans l'usage d'élever l'hostie et le calice immédiatement après la consécration ; mais avant la communion , le prêtre se tourne versle peuple en tenant Yeucharistie sur la patène ; alors le diacre dit : Sancta sanctis , les choses saintes sont pour les saints; le peuple s'incline ou se prosterne, et adore Jésus-Christ sous le* symboles sacrés. Voyez Elévation.

Ils disent, et cela est vrai, que l'adoration de Yeucharistie est une suite du dogme de la transsubstantiation : or, nous avons vu que ce dogme a toujours été cru.

Daillé et d'autres ont fait grand bruit Les protestants qui ont écrit qu'il n'y \ de ce que, dans les trois premiers sièa dans l'Ecriture aucun vestige de cette j clés , les fidèles , pour communier , readoration , se sont trompés. Le tableau j cevoient Yeucharistie dans leurs mains, de

agneau

d'une troupe de vieillards ou de prêtres j et conduits au martyre. Auroit-on reçu qui se prosternent et qui lui présentent j Yeucharistie avec si peu d'appareil , si les prières des saints ; un chœur d'anges | l'on avoit cru que c'étoit réellement et dit à haute voix : « L'agneau qui a été j substantiellement le corps de Jésus- » immolé est digne de recevoir les hon- j Christ?

» neurs de la Divinité , les louanges , la Pourquoi non? Nicodcme, Joseph d'A- » gloire, les bénédictions. » Les prêtres i rimathie, les saintes femmes, ont donné répètent ces paroles, et l'adorent. Ce | la sépulture au corps de Jésus-Christ tableau trop énergique est une des prin- ; comme à celui d'un homme: il ne s'encipales raisons pour lesquelles les cal- j suit pas qu'ils aient douté de sa divinité, vinistes ne veulent pas mettre l'Apoca- [ Le respect avec lequel les chrétiens , lypse au nombre des livres saints. j disposés au martyre, recevoient les sym-

Ils se trompent encore , quand ils di- j boles sacrés, les enveloppoient dans un sent que cette adoration n'est en usage j linge, les renfermoient dans la crainte que dans l'Eglise romaine, et depuis [ qu'ils ne fussent profanés, les prenoient quelques siècles seulement. Lorsqu'en j en viatique, nous paroit un signe assez assistant aux saints mystères, dit Ori- j évident de leur foi. Dans les pays progène, vous recevez le corps du Seigneur, S testants, où le catholicisme n'est pas tovous le gardez avec toute la précaution '' 1ère, les prêtres, pour administrer les et la vénération possible, Jlomil. 15, ; catholiques malades, sont obligés de in Exod., n. 5. Saint Ambroise, saint i porter la sainte eucharistie dans leur Jean Chrysostome , saint Augustin, se ' poche, comme ils porteroient une chose servent du terme même d'adoration, j profane; en ont-ils pour cela moins de Elle est pratiquée chez les sectes des , foi à la présence réelle de Jésus- Christ? chrétiens orientaux, séparés de l'Eglise j Les vingt-huit arguments que Daillé a romaine depuis douze cents ans; ce fait ! rassemblés contre le culte rendu à Jésusest prouvé par leurs liturgies, parleurs j Christ dans Yeucharistie, se réduisent professions de foi, par leurs rituels. Per- ' à un seul , savoir : que pendant les trois yétuilé de la foi, tom. 4, 1. 5, c. 5; Le j premiers siècles de l'Eglise , on ne voit Brun , tom. 2, pag. 462. Ce qui a trompé ' aucune preuve , aucun vestige d'à-

EUC

EUC

doration de ce sacrement. Mais , 1° il ne falloit pas supprimer le texte que nous avons cité de l'Apocalypse , il est clair et formel ; et quand ce livre ne seroit pas d'un auteur sacré, ce seroit toujours une preuve du moins historique. 2° Par le titre de son livre, Daillé veut persuader que ce culte n'est en usage que dans l'Eglise latine , Adversùs cuitrelig. Latinorum ; c'est une supposition fausse et une imposture. 3° Quand les trois premiers siècles ne nous montreroient aucun vestige de ce culte, ne seroit-ce pas assez de le voir universellement établi au quatrième? On faisoit alors profession de croire qu'il n'étoit pas pendis de changer ce que les apôtres avoient établi ; les pratiques de ce tempslà datent donc de plus haut. 4° Quoique les liturgies n'aient été écrites qu'au quatrième siècle , les Eglises s'en servoient auparavant et depuis leur origine : or , ces liturgies nous attestent l'adoration.

Mosheim, luthérien zélé, convient qu'au second siècle on croyoit déjà V eucharistie nécessaire au salut , qu'on la portoil aux absents et aux malades , et il pense qu'on la donnoit aux enfants, Ilist. ecclés., sect. 2 , 2e part., c. 4, § 12. Il avoue qu'au troisième on y mit plus de pompe et de cérémonies , sect. 5 r 2e part., c. 4, g 3; qu'au quatrième on voit naître l'élévation des symboles eucharistiques , et une espèce de culte qui leur est rendu ; qu'on refusoit Y eucharistie aux catéchumènes, aux pécheurs réduits à la pénitence publique et aux démoniaques. Il n'a pas fait attention que , selon l'Apocalypse , le culte rendu à Jésus -Christ présent dans Yeucharistie , étoit déjà très - pompeux , du temps même des apôtres : lorsque l'Eglise, devenue plus libre d'exercer son culte , a mis de la pompe dans la célébration de r 'eucharistie ,e\\e n'a fait que suivre l'exemple des apôtres ; les signes les plus éclatants qu'elle a donnés de sa foi à ce mystère, ne prouvent donc pas que celte foi ait changé.

Comme, selon l'opinion des calvinistes, Yeucharistie n'est que du pain, ils soient agir conséquemment en ne lui

rendant aucun culte; mais indépendamment de la fausseté de leur opinion, ils sont encore très-mal d'accord avec euxmêmes. Quand on leur a demandé : Si Jésus - Christ n'est pas réellement dans Yeucharistie, pourquoi saint Paul a-t-il regardé comme un crime la profanation de ce mystère? Ils ont répondu : C'est parce que l'outrage fait à la figure est censé retomber sur l'original. Donc , répliquons-nous , le culte rendu à la figure s'adresse aussi à l'original : ainsi, quand Yeucharistie ne seroit qu'une figure du corps de Jésus -Christ, il seroit encore faux que le culte qui lui est rendu soit une superstition et une idolâtrie : les protestants ont fait injure à ce divin Sauveur, en abolissant tous les signes par lesquels l'Eglise tâche d'inspirer aux fidèles un profond respect pour son sacré corps.

Il s'ensuit donc , au contraire , que c'est une pratique très-louable de placer Yeucharistie sur les autels , et de lui rendre nos adorations , puisque ce culte a pour objet Jésus-Christ lui-même ; de la renfermer dans les tabernacles , afin de pouvoir, en cas de besoin , l'administrer aux malades, de la porter en procession , d'en donner la bénédiction au peuple, etc. Saint Justin et Tertullien sont témoins qu'au second et au troK sième siècle les diacres la portoient aux absents ; de quel droit les prolestants ont-ils supprimé cet usage aposlolique?

Afin de rendre odieuse la doctrine catholique, Daillé et d'autres ont dit que nous adorons Yeucharistie , ou les symboles du corps de Jésus-Christ, que nous adorons le sacrement. C'est une calomnie absurde. Le concile de Trente décide, sess. 43, can. 6, que l'on doit adorer, dans Yeucharistie, Jésus-Christ, Fils unique de Dieu ; qu'il est louable de le porter en procession , etc. Jamais personne n'a rêvé que ce culte s'adressoil aux symboles ou au sacrement , et n'alloit pas plus loin. Quand nous disons adorer le Saint-Sacrement, nous entendons adorer Jésus-Christ présent dans Yeucharistie , et rien autre chose.

Thiers a fait un traité exprès, pour prouver que l'intention de l'Eglise n'est

EUC

EUC

point que le Saint-Sacrement soit fréquemment exposé à découvert sur les auleis pour y recevoir les adorations des fidèles, et il le prouve en effet par des monuments authentiques. On ne peut pas nier que cet usage, devenu trop fréquent, ne soit sujet à des inconvénients ; il diminue l'empressement que les fidèles doivent avoir d'adorer Jésus- Christ à la sainte messe, et dans les tabernacles où il est renfermé : plusieurs prennent l'habitude de ne fréquenter les églises que quand il y a exposition et bénédiction du Saint-Sacrement. Thiers

» et agréable à Dieu. » Mais lorsque Jésus-Christ dit: a Je veux la miséricorde, » et non le sacrifice, » Matlh., c. 9, y. 15 , il nous fait comprendre que les œuvres de miséricorde et de charité ne sont pas des sacrifices proprement dits.

Pour ceux-ci, il faut, 4° l'offrande d'une chose sensible faite à Dieu ; de là saint Paul dit que tout pontife est établi pour offrir à Dieu des dons et des sacrifices pour les péchés, Hehr..c. S,f.l; c. 9 , f. 27 , etc. 2° Une espèce de destruction de la chose que l'on offre; ainsi répandre le sang d'un animal vivant ,

fait voir que c'est un très-grand abus en consumer les chairs parle feu, brûler de porter ce sacrement adorable dans | des fruits ou des parfums , etc., est une les incendies, pour les éteindre par ce | circonstance essentielle au sacrifice : moyen. j saint Paul le témoigne encore, Uebr.y

Y. Du sacrifice de V 'eucharistie. Si : c. 9 , y. 22 , etc. Jésus-Christ n'étoit pas réellement pré- | Si l'on excepte les sociniens, nos adsent dans Y eucharistie , si toute la céré- versaires croient, aussi-bien que nous,

monie consisloil dans l'action de prendre du pain et du vin en mémoire de la der-

que la mort de Jésus-Christ a été un sacrifice dans toute la rigueur du terme;

nière cène du Sauveur, nous convenons ■ que sur la croix ce divin Sauveur s'est qu'il ne seroit pas possible de la regarder | offert à son Père , et a répandu son sang comme un sacrifice. Mais si au contraire j pour la rédemption du genre humain : Jésus-Christ s'y trouve en état de mort j c'est la doctrine expresse de saint Paul. et de victime , s'il s'y offre à son Père j Or, Jésus-Christ présent dans Yeuchacomme il a fait sur la croix pour le salut ! rislie y est en état de mort comme sur des hommes , s'il y exerce , par les j la croix , par conséquent dans la même mains des prêtres , un véritable sacer- i intention ; son sang y paroît séparé de doce , à quel litre peut-on rejeter la no- I son corps, il ne semble y exercer aucune tion que nous en donne l'Eglise calho- des fonctions de la vie. Selon l'apôtre , ique? En général , et selon la force du répéter ce que Jésus-Christ a fait dans

i ijd * „.:„„ __• » i„ ,i :i. \ » » „.. „..

terme, le sacrifice est une action sainte et religieuse ; mais tout acte de religion n'est pas un sacrifice proprement dit : aussi l'Ecriture sainte en distingue de deux espèces. Dans le psaume 49, $.14, le roi-prophète nous exhorte à présenter à Dieu un sacrifice de louanges ;ps. 50, ^. 19 , il dit qu'un cœur contrit et humilié est le vrai sacrifice agréable à Dieu. De même saint Paul dit aux fidèles , Hehr., c. 13 , $. 15 : « Offrons continucl- » lement à Dieu, par Jésus-Christ, un » sacrifice de louange; ne négligez point » la charité , et de faire part de vos » biens aux autres ; c'est par de sem- » niables victimes que l'on se rend Dieu » favorable. » /?om.,c. 12, y. 2 : « Je » vous conjure de présenter à Dieu vos v corps comme une hostie vivante, sainte

la dernière cène, c'est annoncer ou publier sa mort , /. Cor., cil, y. 26. Donc l'action d'insiituer Yeucharistic fut un vrai sacrifice , et lorsqu'on la répète , c'en est un de même.

En effet, que fit alors le Sauveur?

Selon le texte grec de saint Luc, c. 22, f. 19, il dit à ses disciples : « Ceci est » mon corps, donné ou livré pour vous; » ceci est le calice de mon sang , versé » ou répandu pour vous. » Selon le texte de saint Paul : a Ceci est mon corps , » rompu ou brisé pour vous. » /. Cor., c. 11 , y. 24. Jésus-Christ ne parle point de ce qu'il devoit faire le lendemain , mais de ce qu'il faisoit pour lors ; donc à ce moment même son corps fut donné et brisé, son sang fut répandu pour la rémission des péchés ; donc ce lut un

EUC 501 EUC

sacrifice proprement dit ; et en disant , à celui des catholiques ; que si la cène aux apôlres; Faites ceci en mémoire de I ou le repas des communiants suppose moi, Jésus-Christ les lit prêtres, et leur un sacrifice, il faut que J'oblation et la donna un vrai sacerdoce, comme l'a dé- j consécration faite par le prêtre avant la cidé le concile de Trente , sess. 22 , c. 1 , S communion , soit un vrai sacrifice. Syst. can. 2. intellect., t. 2, p. 811. Mais les arguments

Déjà il leur en avoit donné tous les I de Mosheim ne prouvent rien contre les pouvoirs. Il leur avoit dit : o Comme j catholiques, au contraire. » mon Père m'a envoyé , je vous en- » voie ; » il les avoit chargés de prêcher l'Evangile, de baptiser, de remettre les péchés, de donner le Saint-Esprit ; ici il leur ordonne de faire la même chose que lui ; que manquoit-il à leur sacerdoce. Saint Paul dit : « Que l'homme » nous regarde comme les ministres de

De làsaintPauldit,//e&r.,c.13,^.lO :

« Nous avons un autel , auquel n'ont » pas droit de participer ceux qui ser- » vent au tabernacle , » c'est-à-dire les prêtres et les lévites de l'ancienne loi : y a-t-il un autel lorsqu'il n'y a point de sacrifice 1 Act.} c. 13, $.2, il est dit que les apôtres faisoient l'office divin , et » Jésus-Christ , et les dispensateurs des ; jeûnoient lorsque le Saint-Esprit leur

» mystères de Dieu, » /. Cor., cap. 3 , y. 9; cap. 4 , jL 1 ; ils étoient donc prêtres dans toute la rigueur du terme : or, selon le même apôtre, tout prêtre ou tout pontife est établi pour offrir à Dieu des dons et des sacrifices pour les péchés. En second lieu , Jésus-Christ substituoit une nouvelle pàque à l'ancienne;

parla; ministrantibus illis Domino ; le grec porte istTowpyowvTfiv : or, dans huit ou dix passages du nouveau Testament, liturgie signifie la fonction propre et principale des prêtres, qui étoit d'offrir des sacrifices.

En troisième lieu , le prophète Malachie , a. 4 , f. 4 , prédit qu'il y aura des

il dit à ses apôtres : Je ne mangerai plus > sacrifices sous la loi nouvelle : « Depuis

cette pûque avec vous , jusqu'à ce qu'elle s'accomplisse dans le royaume de Dieu.

Luc, c. 22, v. 16. Or , l'ancienne pâque étoit un sacrifice ; donc il en est de même de ia nouvelle. Aussi saint Paul, /. Cor., c. 10, f. 16, compare la communion des fidèles , ou l'action de recevoir ['eucharistie, à celle des Israélites, qui mangeoient la chair des victimes, et à celle des païens, qui mangeoient les viandes immolées aux idoles ; de là il conclut que les fidèles ne peuvent participer tout à la fois à la table du Seigneur et à la table des démons. Or, l'action des Israélites et celle des païens n'étoit censée être une communion , que parce qu'elle étoit précédée par un sacrifice; donc l'action du fidèle n'est de même une communion avec Jésus- Christ , que parce qu'elle est la suite du sacrifice.

Cudworlh , savant anglois, avoit fait une dissertation , pour prouver que la sainte cène n'est pas un sacrifice, mais un repas fait à la suite d'un sacrifice; Mosheim l'a réfuté , et a fait voir que ce sentiment est favorable et non contraire

» l'Orient jusqu'à l'Occident, dit le Sei- » gneur, mon nom est grand parmi les » nations ; l'on m'offre dans tout lieu des » sacrifices et une victime pure. »

Nos adversaires disent qu'il est seulement question là de sacrifices improprement dits, des prières, des louanges, des mortifications, des bonnes œuvres offertes à Dieu par tous les fidèles. Mais, 1° nous ne concevons pas comment les protestants peuvent appeler offrandes pures des bonnes œuvres qu'ils soutiennent être des péchés , plutôt que des actions méritoires. 2° Ces sacrifices improprement dits étoient déjà commandés , et avoient lieu sous l'ancienne loi ; il n'y auroit donc rien de nouveau sous l'Evangile. 5° Le prophète ajoute que Dieu purifiera les enfants de Lévi , et qu'alors ils offriront au Seigneur des sacrifices dans la justice ; il n'est donc pas ici question des sacrifices des simples fidèles , mais de ceux des prêtres, qui sont les lévites delà loi nouvelle.

Une quatrième preuve du sacrifice eucharistique est la pratique et la tradition constante de l'Eglise chrétienne de-

EUC 502 EL'C

puis les apôtres jusqu'à nous. Nous ■ 1° Selon saint Paul, Hebr., c. 7, |K 23, sommes dispensés d'en citer les témoins, -il y a eu sous l'ancienne loi plusieurs Grabe , savant anglois , convient, dans i prêtres qui se succédoient, parce qu'ils

ses Notes sur saint Irénée, liv. 4, chap. 1 7 ( aliàs 32 ) , que tous les Pères de l'Eglise, tant ceux qui ont vécu du temps des apôtres, que ceux qui leur ont succédé , ont regardé Y eucharistie comme le sacrifice de la loi nouvelle. Il cite saint Clément de Rome, Epist. I.

ad Cor., n. 40 et 44 ; saint Ignace, Epist. ad Smyrn., n. 8; saint Justin, Dial.

cum Tryph., n. 41 ; saint Irénée, Ter-

étoient mortels; au lieu que , sous la loi nouvelle , il n'y a qu'un seul prêtre , qui est Jésus-Christ, dont la vie et le sacerdoce sont éternels. Les premiers , foibles et pécheurs, étoient obligés d'offrir tous les jours des sacrifices pour leurs propres péchés , ensuite pour ceux du.

peuple ; Jésus-Christ, au contraire, pon tife saint , innocent et sans tache, n'a eu besoin de s'offrir qu une seule fois tullien et saint Cyprien. Il reconnoît que pour les péchés du monde, f. 26; il

cette doctrine n'a pas été l'opinion d'une Eglise particulière, ou de quelques docteurs , mais la croyance et la pratique de toute l'Eglise ; il en donne pour preuve les anciennes liturgies que Luther et

n'est entré qu'une seule fois dans le sanctuaire, avec son propre sang, et en se donnant lui-même pour victime, c. 9, f. 26. S'il falloit renouveler son sacrifice tous les jours, il faudroit donc qu'il

Calvin ont, dit-il, proscrites très-mal à fût mis à mort autant de fois : or, Fa-

propos ; et, à l'exemple de plusieurs théologiens anglicans, il souhaiteroit que l'usage en fût rétabli pour la gloire de Dieu. Mosheim , Hist. ecclcs., sect. 2, 2e part., chap. 4, n° 4, avoue que dès le second siècle on s'accoutuma à regarder

pôtre nous fait observer que Jésus-Christ a opéré la rédemption pour toujours; que par une seule oblation il a consommé la sanctification des hommes pour l'éternité, c. 10, f. 14. Donc l'apôtre exclut de la loi nouvelle tout autre sacerdoce que celui de Jésus -Christ, tout autre sacrifice que celui de la croix ; il ne peut plus y avoir que des sacrifices spi-

Y eucharistie comme un sacrifice.

Mais comment admettre les anciennes liturgies, sans réprouver toute la doctrine des protestants touchant Yeucha- ! rituels et un sacerdoce improprement ristie ? Les Pères, qui l'ont regardée! dit, qui consiste à offrir à Dieu des comme un vrai sacrifice, n'ont pasima- ' prières , des louanges , des actions de giné que l'on offroit à Dieu du pain et ' grâces , comme saint Paul le dit, c. 15, du vin ; ils disent que l'on offre le Verbe I f. 15, et comme saint Pierre l'explique incarné , le corps et le sang de Jésus- '•■ dans sa première lettre, c. 2, y. 5. Christ. Les anciennes liturgies contien- ! Telle est la méthode des protestants ; nenl l'invocation du Saint-Esprit, pari ils accumulent les passages de l'Ecriture laquelle on demande à Dieu que le pain j sainte qui semblent leur être favorables, et le vin soient changés et deviennent le ! et ils laissent de côté ceux qui les concorps et le sang de Jésus-Christ. Voilà ! damnent; ils pressent le sens littéral et

donc la présence réelle et la transsubstantiation établies par les mêmes monuments que le sacrifice; on ne peut pas admettre l'un deces dogmes sans l'autre. Si les théologiens anglicans ne Pont pas vu , ils étoient aveugles; s'ils l'ont compris, il? dévoient embrasser toute la doctrine catholique , et avouer l'erreur de leur Eglise. Les luthériens raisonnent aussi mal, en avouant la présence réelle, sans vouloir admettre le sacrifice.

Cependant les prolestants font de grandes objections contre cette doctrine.

rigoureux lorsqu'ils y trouvent de l'avantage , ils l'abandonnent dès qu'il les incommode.

Nous avons prouvé que les apôtres ont été prêtres, que Jésus- Christ les a chargés de faire autre chose que d'offrir des prières; ce n'est donc pas en cela que consisloit leur sacerdoce. Dans Y Apocalypse, c. f>, ï. 6 et suiv., les vieillards prosternés devant l'agneau qui est en état de mort , lui disent : « Vous nous » avez faits rois et prêtres de notre » Dieu. » Ce n'est point là le sacerdoce

EUC 503

improprement dit qu'exercent les simples fidèles.

Si Jésus-Christ , par une seule oblation, a opéré la rédemption pour toujours, s'il a. consommé la sanctification pour l'éternité, pourquoi faut-il qu'il intercède encore pour nous auprès de son Père? Ilebr., cap. 7, f. 25. Pourquoi donner à ses apôtres le pouvoir de remettre les péchés? Qu'est-il besoin de sacrifices et de victimes spirituelles , de

EUC

seulement dans le ciel , mais sur la terre. En cela consiste l'éternité de son sacerdoce; il l'exerce dans le ciel par luimême , et sur la terre par la main des prêtres.

Il n'est donc pas vrai que le sacrifice de l'eucharistie déroge à la dignité et aumérite du sacrifice de la croix, puisque c'en est l'application ; il n'y déroge pas plus que les prières de Jésus-Christ, que nos propres prières , que les sacrements

participation à Y eucharistie? etc.? Saint J et les sacrifices spirituels dont les pro-

Faul a tort d'exhorter les fidèles a achever leur sanctification ; 77. Cor., c. 7, f. 1 ; tout a été fait et consommé sur la croix.

Nos adversaires diront, sans doute, que tout cela est nécessaire pour nous

testants reconnoissent la nécessité. Cette seule réponse satisfait à toutes leurs objections.

2° Ils disent que, suivant saint Paul, lorsque le péché est remis , il ne faut plus d'oblation pour le péché , Hebr.,

appliquer les mérites et les effets du sa- ; c. 10, f. 18. Cependant, selon leur crifice de la croix. Voilà précisément ce j propre aveu , il faut encore l'oblation que nous disons à l'égard du sacrifice de j des victimes spirituelles, Dieu n'en dis- ? eucharistie ; c'est le renouvellement du ] pense pas les pécheurs absous; au consacrifice de la croix : ce renouvellement j traire, ils y sont plus obligés que les est bfeessaire pour nous en appliquer ! justes. Saint Paul ajoute que, quand

les efteia dt les mérites de Jésus-Christ. Point de communion 9 à moins qu'un

nous péchons volontairement, après avoir reçu la connoissance de la vérité,

sacrifice n'ait précédé, et il est absurde j il ne nous reste plus de victime pour le de dire que l'action de prendre du pain j péché, Ibid., f. 26 ; mais par la suite et du vin est une participation au sacri- ! de ce passage , et par le chapitre G, f. 4 ficedelacroix. j et suivants, il est évident que l'apôtre

Cette vérité une fois posée, le pas- ! parle des apostats, qui, en abjurant le sage de saint Paul ne fait plus de difii- < christianisme, ont renoncé à tout moyen culte. Il est exactement vrai que Jésus- j d'expiation du péché. Christ est le seul souverain pontife de la | 5° Si le sacrifice de V eucharistie effaloi nouvelle, qu'il a seul, comme le j çoit les péchés, il s'ensuivroit, disent grand prêtre de l'ancienne loi , le privi- j nos adversaires , que par cette action lége d'entrer dans le sanctuaire de la j nous opérons notre propre rédemption, Divinité , non dans un sanctuaire fait de | et celle des autres en l'offrant pour eux ;

cette conséquence n'est -elle pas injurieuse à Jésus-Christ?

Pas plus que la nécessité de prier pour nous et pour les autres , ou que la nécessité du baptême et de la communion reconnue par les protestants. L'oblation du saint sacrifice , l'administration du baptême, ne produisent leur effet qu'autant qu'elles sont l'action de Jésus-Christ même ; comme c'est lui qui baptise , c'est lui aussi qui s'offre à son Père par les mains des prêtres; l'homme n'a pas plus de part à l'effet de l'une de ces actions qu'à celui de l'autre : l'efficacité du

la main des hommes , mais dans le ciel, Hebr., c. 9 , f. 24. Il est le seul dont le sacerdoce soit éternel ; il en fera donc éternellement les fonctions. Il n'a pas besoin de renouveler tous les jours, d'une manière sanglante , le sacrifice qu'il » offert sur la croix ; mais de même qu'il intercède continuellement pour nous auprès de son Père , il lui fait aussi toujours l'offrande de son sang et de ses mérites pour le salut des hommes. Ainsi, de même qu'il est l'agneau immolé depuis le commencement du monde, Jpoc, c. 15, f. 8 , il le sera aussi dans le même sens , jusqu'à la fin des siècles , non- sacrement et celle du sacrifice ne dépen

EUC 50

dent , en aucune manière , de la sainteté du ministre.

Les protestants ont trompe les ignorants , lorsqu'ils ont accusé l'Eglise catholique d'enseigner que le saint sacrifice et les sacrements produisent leur effet par la vertu de l'action de l'homme, et indépendamment des dispositions de ceux auxquels ces remèdes spirituels sont appliqués. C'est une double imposture; jamais les théologiens catholiques n'ont enseigné ces erreurs ; au contraire , ils ont toujours soutenu que l'action du ministre ne produit aucun effet qu'autant qu'elle est l'action de Jésus- Christ môme, que les mauvaises dispositions de ceux qui reçoivent un sacrement en empêchent l'efficacité , que le I saint sacrifice offert pour les pécheurs ne peut leur profiter que comme la | prière, en obtenant pour eux des grâces j de conversion. Vo\j. Sacrement , § 4.

Les autres objections des prolestants portent toujours sur la même fausseté , j et ne méritent aucune réponse. Quant à l'usage d'offrir le saint sacrifice pour les j morts et à l'honneur des saints , voyez \ Messe.

VI. Du sacrement de l'eucharistie. j Suivant la décision formelle du concile de Trente , sess. 15 , can. 1 et suiv., et | selon la foi de l'Eglise catholique, Veucharistie est un sacrement qui , sous les ; apparences du pain et du vin , contient réellement et substantiellement le corps et le sang de Jésus-Christ, unis à son | âme et à sa divinité ; de manière qu'ils s'y trouvent non-seulement dans l'usage ou dans la communion , mais avant et après , ou indépendamment de l'usage. Cette précision dans les termes ctoit nécessaire pour proscrire les différentes erreurs des protestants.

Ils n'ont pas nié que Veucharistie ne soit un sacrement ; mais par la manière dont ils l'ont conçu , ils ont détruit (rime main ce qu'ils élablissoientde l'autre.

Calvin , qui a soutenu que Veuclia- Tî.stie est seulement une ligure du corps et du sang de Jésus-Christ , a cependant senti que celte figure devoil opérer quelque chose dans l'âme de ceux qui la reçoivent, puisque Jésus-Christ a dit,

i EUC

Joan.,c. 6, f. ô2 : « Le pain quejedon- » nerai pour la vie du monde est ma » chair ; si quelqu'un mange de ce pain, » il vivra éternellement, etc. » Conséquemment il a enseigné que Veucharistie contient la vertu du corps de Jésus- Christ, et que le fidèle participe à cette vertu par la foi avec laquelle il reçoit le pain et le vin. Selon ce système , toute l'action sacramentelle consiste dans la communion ; l'action du ministre qui profère les paroles de Jésus-Christ cl fait la cérémonie, ne sert tout au plus qu'à exciter la foi du chrétien ; si celui-ci manque de foi en communiant , il ne reçoit ni le corps de Jésus-Christ, ni sa vertu.

Suivant l'opinion de Luther, le chrétien qui communie sans la foi reçoit cependant le corps et le sang de Jésus- Christ, mais pour sa condamnation; ainsi l'enseigne saint Paul , /. Cor, c. M , f. 27. Ce n'est donc pas en vertu de la foi , mais par la force des raroles de la consécration , que le cerps et le sang de Jésus - Christ se trouvent présents dans la communion. A la vérité, si les paroles de la consécration , Ceci est mon corps, opèrent ce qu'elles signifient, nous ne voyons pas pourquoi Jésus -Christ n'est pas présent sous les symboles eucharistiques avant la communion , et dans ce qui en reste après la communion , ni pourquoi le sacrement n'est pas indépendant de la communion; mais ce n'est pas là le seul mystère qui se trouve dans la doctrine des luthériens.

L'Eglise catholique , mieux d'accord avec elle-même , enseigne que le corps et le sang de Jésus-Christ sont dans le sacrement de Veucharistie après la consécration ; concil. Trid., ibid., can. i ; qu'ainsi Veucharistie est déjà un sacrement avant la communion : d'où il s'ensuit (pie l'action sacramentelle n'est point la communion du fidèle, mais la consécration faite par le prêtre ; qu'ainsi Jésus-Christ est sous les symboles eucharistiques dans un état permanent , et indépendamment de l'usage ou de la communion. C'est de là qu'elle conclut que Jésus-Christ doit y être adoré , et

EUC

offert à Dieu en sacrifice. Toutes ces vérités sont établies par les mêmes preuves, comme nous l'avons déjà observé.

Cependant les protestants prétendent prouver leur doctrine par saint Paul ; suivant cet apôtre , /. Cor., c. il , j&. 24, Jésus-Christ dit à ses disciples : « Prenez » et mangez , ceci est mon corps ; faites- » le en mémoire de moi. De même à l'é- » gard du calice de son sang , il dit : » Toutes les fois que vous le boirez , » faites-le en mémoire de moi. » Jésus- Christ , disent nos adversaires , ne commande rien autre chose que de manger son corps et de boire son sang; il ne parle de consécration ni d'oblation : donc tout le sacrement consiste dans l'action de communier. C'est à nous de prouver le contraire.

i° L'action sacramentelle ne peut pas consister à taire ce qu'ont fait les disciples dans la dernière cène , mais à faire ie que Jésus-Christ a fait lui-même. Or, selon l'Evangile , il prit du pain , le bénit, et le leur donna, en disant, Ceci est mon corps, etc. Ils n'ont eu le pouvoir de renouveler cette action que parce qu'il leur dit , Faites ceci en mémoire de moi. Ces paroles s'adressoient à eux, et non aux fidèles en général : donc ce sont eux , et non les fidèles , qui ont été établis ministres et dispensateurs de ce sacrement.

2° Dans cette même Epître aux Corinthiens, chap. 10, f. 16, saint Paul dit : a Le calice que nous bénissons » n'est-il pas la communication du sang » de Jésus-Christ, et le pain que nous » rompons n'est-il pas la participation » au corps du Seigneur? » Voilà l'action de rompre le pain et de bénir le calice très-distinguée de ce que fait le fidèle; et selon l'apôtre , c'est cette action qui communique le sang de Jésus-Christ, et qui fait participer à son corps; donc ce n'est pas la communion du fidèle, mais la bénédiction du ministre qui est l'action principale et sacramentelle.

3° Nous avons déjà remarqué que, dans cet endroit , saint Paul compare l'action du fidèle qui communie à celle des Israélites qui mangeoient la chair des victimes , et à celle des pakns qui

fftô EUC

mangeoient les viandes immolées aux dit que ce qui

idoles.

Il dit que ce qui est offert aux idoles par les païens , est immolé aux démons, et non à Dieu; il en conclut qu'un chrétien ne peut participer à la table du Seigneur et à la table des démons, boire le calice du Seigneur et celui des démons. Or l'action des Israélites , qui participoient à la chair des victimes, n'étoit un acte de religion que parce que le sacrifice avoit précédé et avoiî j été offert à Dieu par les prêtres. Au contraire , le repas des païens n'étoit un crime que parce que les viandes avoient été présentées et immolées aux démons.

Donc la communion du chrétien n'est une action sainte et salutaire , que parce que Y eucharistie a été offerte et consacrée à Dieu ; donc l'oblation et la consécration faite par le prêtre est l'essence même du sacrement.

4° Puisque les protestants n'admettent que deux sacrements, savoir, le baptême et la cène, ils devroient au moins supposer de l'analogie entre l'un et l'autre : or , dans le baptême , ce n'est point le fidèle baptisé qui produit le sacrement, mais le ministre qui verse l'eau et prononce les paroles de Jésus- Christ ; donc il en est de même dans Y eucharistie. Aussi voyons -nous par saint Ignace, par saint Justin , par tous les Pères et par toutes les liturgies, que V eucharistie a toujours été consacrée par un prêtre ou par un évêque , au lieu que, selon l'opinion des protestants, un simple fidèle peut faire toute la cérémonie , et se communier lui-même.

Il est singulier qu'après quinze cents ans ils se soient flattés de mieux entendre l'Ecriture sainte que l'Eglise universelle formée par les apôtres.

Dans Y eucharistie , comme dans tout autre sacrement, les théologiens distinguent la matière et la forme : la matière est le pain et le vin ; la forme , ce sont les paroles que Jésus-Christ prononça en donnant l'un et l'autre à ses disciples.

Il y a une grande dispute entre les Grecs et les Latins , pour savoir si la consécration de Y eucharistie doit se faire avec du pain levé , comme font tous les Orientaux , ou avec du pain sans levain,

i:uc

ELX

selon l'usage de l'Eglise romaine. Celleci se fonde sur ce que Jésus-Christ institua Veucharisticimméd'mtemeni après avoir mangé la pàque : or, il étoit ordonné aux Juifs de la manger avec du pain azyme ou sans le va'm.Fœod., c. 12, f. 15, etc. Les Orientaux s'appuient sur l'usage constant et immémorial de leur Eglise. Voyez Azyme.

De toutes les communions chrétiennes, les Arméniens sont les seuls qui ne mettent point d'eau dans le vin destiné à la consécration, usage qui fut condamné dans le concile in Trullo, l'an 692. Voy. Eau dans le calice.

Il y a aussi une contestation entre les Grecs et les Latins, pour savoir si la consécration se fait par les paroles de Jésus-Christ : Ceci est mon corps , ceci est mon sang ; ou si elle n'est censée faite qu'après la prière qui suit ces paroles , et que les Orientaux nomment Vinvocation du Saint-Esprit. Voyez Consécration , Invocation.

Les protestants ne peuvent tirer aucun avantage de l'une ni de l'autre de ces disputes; les Orientaux et les Latins croient unanimement que Veucharistie est vîilidement consacrée, soit avec du pain azyme, soit avec du pain levé; qu'après la récitation des paroles de Jésus-Christ et l'invocation faite , soit avant , soit après ces paroles , la substance du pain et du vin n'est plus, que le corps elle sang de Jésus-Christ se trouvent réellement et substantiellement sous les apparences de ces deux aliments. Les théologiens les plus sensés conviennent cependantque, pour opérer ce miracle, ce n'est pas assez de prononcer les paroles sacramentelles sur du pain et du vin , qu'il faut de plus faire les prières et observer les cérémonies prescrites par l'Eglise, qui déterminent le sens de ces paroles, et les rendent efficaces; autrement ces mêmes paroles n'auraient qu'un sens historique, et ne produiraient aucun etïet. Comme les protestants ont supprimé ces prières cl ces cérémonies, les Grecs el les Latins sont également persuadés que la cène des protestants ne signifie rien et ne produit rien; c'est tout au plus un repas com-

mémoratif destiné à exciter la foi. Voy. Cène.

Page 1