K.0TE
même ordre, sans indiquer la moindre différence entre eux; ils ont donc tou9 posséda l'épiscopat aux mêmes droits , aux mêmes prérogatives; ainsi, comme on ne peut douter qu'Eleuthère n'ait été non -seulement le premier en rang dans le cierge de Rome , mais encore qu'il n'ait eu la primauté d'honneur et de juridiction , il faut nécessairement penser la même chose de saint Lin et de ses successeurs jusqu'à Eleuthère.
Tertullien combat les novateurs par les mêmes armes que saint Iréuée. Voici ses paroles :
o Si quelques hérétiques se disent du temps des apôtres , afin de paroître par là avoir reçu d'eux leur doctrine , voici ce que nous leur répondons : qu'ils montrent les origines C^. leurs églises, l'ordre et la succession de leurs évêques , en sorte qu'elle remonte à un apôtre ou à quelqu'un des hommes apostoliques qui ait persévéré avec eux jusqu'à la fin. Ainsi l'église de Smyrne rapporte que Polycarpe y fut établi par Jean : ainsi l'église romaine montre Clément ordonné par Pierre ; de même les autres églises font preuve de ceux que les apôtres leur ont donné pour évêques; et c'est par leur canal qu'ils ont reçu la semence de la doctrine apostolique. (De Prœsc, cap. 32.) »
NOTE XLVII. — évêque. ( Pag. 529. )
De la supériorité des évêques sur les simples prêtres. — I. La souveraine puissance , dans l'ordre du gouvernement spirituel, ne réside que dans ceux qui sont chargés de gouverner l'Eglise et de juger les autres ministres de la religion. Or, Notre-Seigneur a chargé les apôtres et les évêques leurs successeurs de gouverner l'Eglise, de juger les simples prêtres. Saint Paul écrit à Titc qu'il l'a laissé en Crète, pour y établir l'ordre nécessaire. ( Tit., c. 1, v. 5.) 11 avertit Timothée de ne recevoir d'accusation contre un prêtre, que sur la déposition de deux ou trois témoins. Adversùs presbyterum accusaîioncm noli accipere , nisisub duobus aut tribus testibus. ( /. Tim., c. 5, v. 19.) C'est par ces paroles que saint Epiphane prouve contre Aérius la supériorité des évêques sur les prêtres. « Les premiers , dit-il , donnent des prêtres à l'Eglise par l'imposition des » mains ; les autres ne lui donnent que des enfants par le baptême. Et comment l'a- » pôtre auroit-il recommandé à un évêque de ne point reprendre un prêtre avec du- » reté , et de ne pas recevoir légèrement des accusations contre lui , si l'évéque n'étoit » supérieur aux prêtres? »
Prenez garde à vous , et au troupeau sur lequel le Saint-Esprit vous a établis évêques , pour gouverner l'Eglise de Dieu , disoit encore saint Paul aux premiers pasteurs qu'il avoit convoqués à Milet. Àtlendite vobis et universo gregi in quo vos Spirilus sanetns posuit episcopos regere Ecclesiam Dei. (Act., c. 20, v. 28. ) Lucifer de Cagliari rappelle ces paroles à Constance , pour le faire souvenir que les évêques étant préposés par Jésus-Christ au gouvernement de l'Eglise, ils doivent en écarter les loups. Les papes saint Célestin et saint Martin appliquent aux évêques les termes de l'apôtre : Respiciamus tttf nostri verba doctoris, quibus propriè apud episcopos utitur ista prœdicens : Attendue , inquit , vobis et universo gregi, etc. ( Tom. 3, Concil. Labb., col. 615. ) Et maxime prœceptum habenles apostolicum , attendere nos ipsos et gregi in quo nos Spiritus Saneius posuit episcopos, etc. (lbid., tom. G, concil. Latcran., ann. 649, col. 94. )
II. Les Pères de l'Eglise enseignent la même doctrine; ils recommandent aux prêtres le respect et l'obéissance à l'égard des premiers pasteurs. Obéir à l'évéque avec sincérité , dit saint Ignace , c'est rendre gloire à Dieu qui l'ordonne : tromper l'évéque visible, c'est insulter à l'évéque qui est invisible. Ce Père défend de rien faire de ce qui concerne l'Eglise sans le consentement de l'évéque. Sine episcopo nemo quidpiam faciat eo~ rum quœ ad Ecclesiam spectant. ( S. Ignat., Epist. ad Magnes., n. S. ) Selon Tertullien, les prêtres et les diacres ne doivent conférer le baptême qu'avec la permission de l'évéque : ATon tamen sine Episcopi auctoritate propter Ecclesiœ honorem. ( De Baptismo, cap. 17. ) Les canons apostoliques prescrivent la même règle , et la raison qu'ils en donnent, c'est que « l'évéque étant chargé du soin des âmes , est comptable à Dieu de leur » salut. * Presbyteri, et diaconi sine sententid episcopi nihil perjïciant. Ipse enim est cujus fidei populus est créditas, et à quo pro animabus ratio exigetur. (Can. 3S.)
Saint Cyprien nous apprend que l'Evangile a soumis les prêtres à l'évéque dans le gouvernement ecclésiastique. Il se plaint de ceux qui communiquent avec les pécheurs pubius , avant qu'il les ait réconciliés. Il fait souvenir les diacres que les evèques sont les successeurs des apôtres préposés par le Seigneur au gouvernement de l'Eglise.
Le concile d'Antioche, tenu en 341, enseigne que « tout ce qui regarde l'Eglise, doit » être administré selon le jugement et par la puissance de l'évëque, chargé du salut de » tout son peuple. »
Selon le concile de Sardique , en 347, les ministres inférieurs doivent à l'évëque une sbéissance sincère , comme ceux-ci lui doivent un véritable amour. Manquera cette obéissance , c'est tomber dans l'orgueil , dit saint Ambroise, c'est, abandonner la vérité.
Selon saint Cyrille d'Alexandrie , les prêtres doivent être soumis à leur évèque , comme des enfants à leur père, et, selon saint Célestin, ils doivent lui être soumis comme des disciples à leur maître. Innocent III recommande au clergé de Constantinople de rendre à leur patriarche l'honneur et l'obéissance canonique, comme à leur père et à leur évéque.
Le concile de Chalcédoine porte expressément que les clercs préposés aux hôpitaux , et ceux qui sont ordonnés pour les monastères et les basiliques des martyrs, seront subordonnés à l'évëque du lieu , conformément à la tradition des Pères ; et il décerne des peines canoniques contre les infracteurs de cette règle. Le concile de Coignac et le premier de Latran défendent aux prêtres d'administrer les choses saintes sans la permission de l'évëque. Les capitulaires de nos rois rappellent les mêmes maximes. Le concile de Trente suppose évidemment cette loi , lorsqu'il enseigne que les évéques sont les successeurs des apôtres , qu'ils ont été institués par l'Esprit saint pour gouverner l'Eglise, et qu'ils sont au-dessus des prêtres.
Enfin les Pères de l'Eglise ne distinguent point la juridiction spirituelle de la juridiction épiscopale. Dans les affaires qui concernent la foi ou l'ordre ecclésiastique, c'est à l'évëque à juger , dit saint Ambroise. ( S. Âmb.f l. 2, Epist. 13, alias 32. ) Léonce reproche à Constance de vouloir régler les matières qui ne compétent qu'aux évéques. C'est aux pontifes, disent les papes Nicolas I et Symmaque , que Dieu a commis l'administration des choses saintes. (Nicol. ad Michael. Tmp. )
III. Ajoutons que cette supériorité des évéques est nécessaire au gouvernement ecclésiastique. Car il faut un chef dans chaque église particulière , avec l'autorité du commandement, pour réunir tout le clergé , et pour le diriger selon les mêmes vues, '^u'on rompe cette unité , il n'y a plus d'ordre. Saint Cyprien et saint Jérôme nous annoncent dès lors le schisme et la confusion, parce qu'il n'y a plus de subordination. A peine la réforme a-t-elle secoué le joug de l'épiscopat , que la division s'introduit parmi les nouveaux sectaires avec l'indépendance. L'esprit humain n'a plus de frein dès que les évéques n'ont plus de juridiction. Mélanchion en gémit. (Mel., 1. 1 , Ep. 17.) Dans l'un des douze articles qu'il présente à François Ier, il reconnoît que les ministres de l'Eglise sont subordonnés aux évéques ; que ceux-ci doivent veiller sur leur doctrine et sur leur conduite; et qu'il faudroit les instituer, s'ils ne Vétoient déjà. 11 est vrai qu'il n'attribue leur institution qu'au droit ecclésiastique , mais dès qu'on reconnoît la nécessité d'une supériorité de juridiction , dit M. Bossuet , ( Hist. des Variât., 1. 5, n. 27. ) peut-on nier qu'elle vienne de Dieu même ? Jésus-Christ, en fondant son Eglise, pourroit-il avoir négligé d'y établir l'ordre nécessaire à son gouvernement?
IV. Le pouvoir d'enseigner, ou le droit de prononcer sur la doctrine par un jugement légal, n'appartient qu'aux premiers pasteurs. Les prêtres reçoivent, parleur ordination, le pouvoir de remettre les péchés, d'offrir le saint sacrifice, de bénir, de présider au service divin , de prêcher, de baptiser ; et les évéques reçoivent le droit de juger, d'interpréter, de consacrer. Episcopum oportet judicare , interpretari, consecrare. ( Pont. Rom. in- fol., p. 60, édit. 1615; et p. 89, édit. 16G3, in-12. ) Jamais les Pères de l'Eglise n'ont opposé d'autre tribunal à l'erreur que celui de l'épiscopat. Le vénérable Sérapion produit contre les cataphrygiens une lettre signée d'un grand nombre d'évëques. ( Euseb., litre.', L 5 , c. 18, édit. 1612.) Saint Alexandre, ( Théodoret, 1. 1 , cap. *, in fine, ) saint Athanase, ( Epist. ad Afros , n. 1 , 2 , ) saint Basile, ( Epist. 75, ) saint Augustin, ( passim contra Donat. et Pelagian., I. 3 ; contra Crescon., c. 473 , n. 3 ; contra Julian., cap. 1 , n. 5 , etc., ) saint Léon, ( Epist. 15 , édit. 1661, ) et le pape Simpiicius, (tom. 4 , Concil. Labb., col. 1040) , en usent de même contre les hérétiques de leur temps. « Croyez, disent les Pères d'un concile d'Alexandrie , dans une lettib adressée à » Nestorius /croyez et enseignez ce que croient tous les évéques du monde , dispersés » dans l'Orient et l'Occident ; car ce sont eux qui sont les maîtres et les conducteurs du » peuple. » Les Pères du concile d'Ephèse fondent l'autorité de leur assemblée sur les suffrages de l'épiscopat. Le septième concile général donne pour preuve de l'illégitimité
du concile des iconoclastes, qu'il a été réprouvé par le corps épiscopal. ( Hard., Concil., tom. 7, col. 395. ) Le pape Vigile reproche à Théodore de Cappadoce, d'avoir porté l'empereur à condamner les Trois Chapitres , contre le droit des évéques , à qui seuls il ap-
partenoit , dit-il, de prononcer sur ces matières. Bona desideria nostra ita animns
tuus quietis impatiens dissipavit, ut Ma quœ fraternd collatione et tranquillâ , episcoporum fuerant reservanda judicio , subito, contra ecclesiasticum morem et contra paternes tradiliones , contraque omnem aucturitatem etwngelicœ apostolicœque doctrinœ , edictis proposilis, secundùm tuum damnarent arbitrium. ( Hard., Concil., tom. 3, col. 9. ) C'est à vous , disoit l'abbé Eustase ( il vivoit au septième siècle), dans un concile, en s'adressant aux évéques , au sujet de la règle de saint Colomban , c'est à vous à juger si les articles qu'on attaque, sont contraires aux saintes Ecritures. Saint Bernard déclare que ce n'est point aux prêtres , mais aux évéques à prononcer sur le dogme. Grégoire III écrit à Léon lsaurien dans les mêmes principes. Non sunt imperatorum dogmata , sei pontificum. ( Tom. 4 , Concil. Hard., col. 10 et 15. ) Point de partage parmi les catholiques sur cette doctrine. Je la retrouve dans le clergé de France , dans Bossuet , dans Fleury, dans Tillemont , dans Gerson même, et dans les auteurs les moins soupçonnés de prévention en faveur de l'épiscopat.
V. Le droit de faire des canons de discipline n'est pas moins incontestable. Parmi cette multitude de règlements qui compose le code ecclésiastique , pas un seul qui n'ait été formé ou adopté par l'autorité épiscopale. Rien de mieux constaté par la pratique de l'Eglise. Nous avons , dans les premiers siècles, la lettre canonique de saint Grégoire Thaumaturge; celle que saint Denis d'Alexandrie adressa à d'autres évéques, pour la faire observer dans leurs diocèses; celles de saint Basile, et plusieurs autres règlements du même Père sur le mariage, sur les ordinations et sur la discipline ecclésiastique. Nous avons , au quatrième siècle , les règlements de Pierre d'Alexandrie. Les évéques ont fait des canons de discipline , soit dans les conciles œcuméniques de Nicée, deConstantinople , d'Ephèse , de Chalcédoine; soit dans les conciles particuliers d'Asie , d'Afrique, des Gaules, d'Espagne, d'Italie , etc. Nous avons les constitutions qu'ont faites Théodule d'Orléans, Riculfe de Soissons, Hincmar de Reims , dans les siècles postérieurs. Toujours les évéques se sont maintenus dans le droit de faire des ordonnances et des statuts synodaux pour la discipline de leurs diocèses. Le concile de Trente , qui est le dernier concile œcuménique , et les conciles particuliers qu'on a tenus ensuite, surtout en France , ont fait des canons sur le même sujet , sans que jamais on ait osé attaquer la validité de ces décrets par le défaut de consentement des prêtres. Or, un pouvoir constamment exercé depuis la naissance de l'Eglise , par les seuls évéques, et sans aucune contradiction, si ce n'est de la part des hérétiques, ne peut avoir d'autre source que l'institution divine.
Par une suite de cette même puissance législative , les évéques ont toujours été seuls en possession d'interpréter les lois canoniques , à l'effet déjuger des causes spirituelles, et de décerner les peines portées par ces canons : aucun ministre inférieur n'a jamais exercé ce pouvoir qu'en vertu d'une mission reçue des évéques, ou par l'institution canonique, ou par délégation.
Dira-t-on que les prêtres ont concouru dans les conciles, avec les évéques , à la sanction des décrets de doctrine et de discipline? Mais les premiers conciles n'ont été composés que d'évéques. On commença pour la première fois à voir des prêtres dans le concile qu'assembla Démétrius, évèque d'Alexandrie, pour juger Origène. (Phot.,Cod. 118.) Les actes du concile de Carthage ne font mention que d'évéques et de diacres. (Hard., Concil., tom. 1, col. 9G1, 9G9. ) Il ne paroit nulle part , dans les pièces insérées au code de l'Eglise d'Afrique , que les prêtres aient eu séance dans ces assemblées. Ce rang ne fut accordé à deux d'entre eux , au concile tenu à Carthage en 419, que parce qu'ils y assistoient en qualité de députés du saint Siège. Les huit premiers conciles généraux, le second concile de Séville, celui d'Elvire , le second et le troisième de Brague, n'ont été souscrits que par les évéques, quoiqu'il y eût des prêtres présents. ( Hard., Concil., t. î, col. 250. ) Dans les conciles où ceux-ci souscrivent, ils le font souvent en des termes différents. Dans un concile tenu à Constantinople pour la déposition d'Eutychès, les évéq-ues se servent de ces expressions : Ego judicans subscripsi; et les préires y souscrivent en ces termes : Subscripsi in deposilione Eutychcli. Dans le concile d'Ephese, les évéques d'Egypte demandent qu'on fasse sortir ceux qui n'ont pas le caractère épiscopal , alléguant pour motif que le concile est une assemblée d'évéques, non d'ecclésiaa-
tiques : Petimus superfluos foras mittite. Synodus episcoporum est , non clericorum. (ConcU. Labb. t. 4, col. 111. ) Cette maxime n'est point contredite, malgré l'intérêt des ministres inférieurs qui assistent à ce concile. La lettre de saint Avit , évcque de Vienne, pour la convocation aux conciles d'Epaone en 517, porte expressément que les ecclésiastiques s'y rendront autant qu'il sera expédient ; que' les laïques pourront s'y trouver aussi, mais que rien n'y sera réglé que par les évéques. Ubi clericos , prout expedit , compellimus : laicos permittimus interesse , utea quœ à solis pontificibus ordi-
appelés; et de pareils règlements n'ont point infirmé les actes de ces deux conciles. Point de concile où il y ait eu un plus grand nombre de docteurs et de prêtres que celui de Trente. Aucun pourtant n'y eut droit de suffrage que par privilège. Or, si les prêtres avoient eu juridiction , et surtout une juridiction égale à celle des évéques, ou pour juger de la doctrine, ou pour faire des règlements, tous ces conciles, qui remontent jusquesà l'origine de la tradition , eussent donc ignoré les droits des prêtres; ils eussent commis une vexation manifeste , en les privant du droit de suffrage qu'ils avoient dans ces assemblées respectables.
Dira-t-on que les prêtres ont consenti, au moins tacitement, à leur exclusion, en adhérant à ces conciles?
Mais, premièrement, ces conciles auroient donc prévariqué , en privant les ministres inférieurs de leurs droits. Ces ministres auroient donc prévariqué aussi , en se laissant dépouiller d'une puissance dont ils dévoient faire usage, surtout dans les conciles où ils voyoient prévaloir l'erreur et la brigue : et cependant leur exclusion n'est jamais alléguée comme un moyen de nullité.
En second lieu , pour supposer un consentement tacite à la privation du droit acquis, il faut au moins un titre qui établisse ce droit; il faut quelque exemple où il paroisse clairement qu'on l'a exercé comme un droit propre; autremeit la pratique la plus constante et la plus ancienne des siècles mêmes où la discipline ,?toit dans sa première vigueur, ne prouveroit plus rien.
En troisième lieu , cette supposition seroit contraire aux faits. On voit des prêtres assister r.ux conciles, on les y voit en grand nombre; et aucun n'y a droit de suffrage que par privilège. Or il seroit contre la règle , contre la justice et contre la sagesse , contre l'usage établi dans tous les tribunaux , contre la décence , contrs le respect dû au caractère sacerdotal et à la personne des ministres , la plupart si respectables par leurs lumières et leurs vertus, qu'ayant par leur institution la qualité de juges, qu'assistant à un tribunal où ils avoient juridiction et où ils donnoient lecvs avis, on les eût exclus du droit de suffrage.
En quatrième lieu, cette supposition seroit contraire à la nature des choses. Car peut-on supposer en effet que les prêtres qui, au moins dans les siècles postérieurs, ont toujours été en beaucoup plus grand nombre que les évéques, se fussent laissé dépouiller, par une affectation si marquée et si soutenue , de l'exercice d'un pouvoir que Jésus-Christ leur auroit donné ? Peut-on supposer que, pendant cette suite de siècles, ils eussent été aussi peu jaloux de la conservation de leurs droits ? Si les hommes oublient quelquefois leurs devoirs , ils n'oublient jamais constamment leurs intérêts.
Enfin cette supposition seroit contraire à la doctrine de ces mêmes conciles , qui déclarent expressément les prêtres exclus du droit de suffrage , comme dans les conciles d'Ephèse, de Lyon et de Trente.
Les Pères et les historiens s'accordent avec la pratique constante des conciles. Ils ne considèrent , dans ces assemblées saintes , que le nombre et l'autorité des évéques.
Le pape saint Célestin enseigne expressément, en parlant des évéques, que personne ne doit s'ériger en maître de la doctrine, que ceux qui en sont les docteurs , c'est-à-dire les évéques. Les papes Clément VII, Paul IV , Grégoire XIII, déclarent que le droit de suffrage n'appartient qu'aux évéques. Les conciles de Cambrai en 15G3, de Bordeaux en 1583, un autre de Bordeaux en 1624, rappellent la même doctrine. C'est la maxime des cardinaux Bellarmin et d'Aguirre , de M. Hallier, de M. de Marca, du père Thomassin, de Juénin. On peut y ajouter les témoignages des cardinaux Torquemada, (Summa Theol., 1. 3, c. 14,) et d'Osius, ( l. de Confess. Polon., c. 24,) de Stapleton, (Controv.6, de med. jud.Eccles.in causa jidei, q. 3, art. 3,) de Sanderus, {Hist. schùm. Angl.regn,
6iG NOTES.
El isabeth, n. ,5, ) de Suarès, (D^. ff. de concil. sec.t. 1, ) de Dnval. ( Part 4 nu 3 de ComjMi .5umm. Pontif., etc. ) Le clergé de France a déclaré expriment m à eveques ont toujours eu seuls le droit de suffrage pour la doctrine' an " con les et que les prêtres n'en ont joui que par privilège. Par cette même raison il Tut déHbere dans 1 assemblée de 1700, que les députés du second ordre n'auroien Vue vo x consultative en matière de doctrine. auruiem que voix
Concluons donc d'après une tradition si constante, si unanime, si solennelle si an cienne , que non - seulement l'évéque a sur les prêtres une supériorité de Sic ion mais encore que cette supériorité est d'institution divine, puisqu'elle a commencé av^ les apôtres; que les eveques l'exercent comme successeurs ; de "apôtres • que Tes K^
tt "rKÏÏ e/renlG Gn Pa.rticu,ier' «"■»*»* q^lle dérive Tla puisée Jnè Jésus- Christ a donnée aux apôtres , et de la mission que les eveques ont reçue de Je ns-Chnst pour gouverner l'Eglise; puisque enfin dès les premiers siècles ,1e Pères l*> canons , les conciles supposent toujours cette supériorité comme constante comme généralement reconnue , sans qu'on trouve aucune trace de son institution que dan lesljvres saints. - UAutorUé des deux Puissances, part. 3, chap. i. VoyeAZ. l^l
NOTE XLVIlï. — évidence. ( Pag. 554. )
Les axiomes les principes de la science des mathématiques ne sont pas susceptibles dune démonstration proprement dite; la démonstration des vérités mathén a tique en et plutôt l'expose manifeste et méthodique , que la démonstration à priori] ou pa une raison antérieure à toute raison. Cependant on ne révoque point en doute es al orne" fs principes qui servent de base au système des sciences purement humaine ma s siU sont certains, ce l'est pas qu'ils soient démontrés; ils sont au-dessu de' toute d.monstraUon : ce n et pas non plus parce que la démonstration en est impo sible qu ils deviennent cerains pour l'homme. Ils sont certains , parce qu'ils sont avoué, et "wnfUS/r 1S eg"lr-nenl Par t0US les esPrits » ^uico^ue renie cette autorité ÏÏK
s^tskt universel des hommes • n>a pius — -ison *nsx*
On fait quelquefois cette objection , peu digne , il est vrai , de la gravité des questions qui y donnent heu : la simple raison de l'individu ne lui suffît-elle donc po nt p u °f iirmer que de,.x et deux font quatre P et faut-il , pour être certain de cet a^iôn e t ivial consulter la;:oix du genre humain ? II est triste de répondre à dételles puérilité. Deux ©deux for:, quatre cela est sûr ; je veux même, si on le veut , avouer que je levais de moi-même quoiqu une philosophie rigoureuse établisse que je ne le sais que rarce quon me la appris, comme tout le reste , et que sans l'enseignement la parole eut manque A ma langue pour exprimer au dehors cette vérité , et à mon intelligence même pour la concevoir au dedans de soi ; mais enfin , dans l'état de développement : où m\ mis la société je sais et je dis que deux et deux font quatre. Mais quand j"noncêc™te vente, je ne lui donne pas sans doute de moi-même le caractère de certitude nu iî est propre. Je n'ai pas besoin non plus qu'elle se présente à mon esprit aTlVuôrit que pourrait lu, donner une démonstration quelconque , si elle étoit possible. Dan, quel e hypothèse donc est -il permis d'imaginer que je puisse avoir besoin du le?mo'4^du reste des hommes ? dans la supposition que je voulusse me donner une démonatoaUon ph.lo oph.que de cette vérité ; et je dis qu'alors ma conviction ne seroit p^une démonstration, et qu'elle ne seroit une autorité pour ma raison , qu'autant quelle serait confirmée par la conviction des autres hommes
Qu'on reconnusse donc , en fait de vérités primitives , deux sortes de certitudes bien distinctes : une certitude, pour ainsi dire, inhérente à la nature de l'homme qui lat-
ï mnnPelfeTntTti0S '^^^s vérités; et une certitude pZsopli q oU rationnelle dont les fondements sont hors de lui. Par la première je «uis certain comme maigre moi , des principes qui servent de fondement à mes conno sanc p^ la seconde , je donne un motif et une règle à cette conviction qui , sans e a attache
ïment une taï ÏS™* * ^ P,'TipeS mal conçus- P" cette distinction^^ el^! rament que je puis sans consulter le genre humain , donner mon assentiment aux urem, axiomes mais qu'il me faudrait néanmoins recourir à cette gmndTaiorK je voulois motiver par des raisons philosophiques cet assentiment. '
Le* plus profond, géomètres ont clé forcés de reconnoitre la nécessité de l'autcrftf
pour établir les premiers principes de chaque science , et les conséquences qui en dérivent.
Les principes d'où l'on doit partir , dit d'Alembert, « sont des faits simples, bien vus, » bien avoués : en physique , l'observation de l'univers ; en géométrie , les propriétés » principales de l'étendue; en mécanique, l'impénétrabilité des corps. (Encyclopédie, » article Elém. ) »
« Ce seroit , dit le même géomètre, une entreprise chimérique de vouloir chercher » dans la géométrie une rigueur imaginaire. II faut y supposer l'étendue telle que tous » les hommes la conçoivent , sans se mettre en peine des difficultés des sophistes sur l'id dée que nous nous en formons , comme on suppose en mécanique le mouvement, sans » répondre aux objections de Zenon d'Elée. Il faut supposer par abstraction les surfaces » planes et les lignes droites , sans se mettre en peine d'en prouver l'existence. ( Ibid., » art. Géométrie. ) »
Leibnitz, écrivant à Molanus, s'exprime ainsi : « Je croyois fermement, monsieur, que ma dernière lettre seroit capable de faire voir à M. Eckardus en quoi consiste l'imperfection de la méthode dont il s'est servi ; mais j'ai appris plusieurs choses par cette dispute , entre autres celle-ci que je ne croyois pas : c'est qu'il faut un juge de controverses en mathématique aussi bien qu'en théologie. » — M. Laurentie, Introduction à la philosophie , ch. 10, § 3.
L'abbé Lamourette dit que , « c'est une vérité très-sensible pour tous ceux qui sont capables de saisir le résultat exact de toutes les études et de toutes les connoissances humaines, que le genre d'évidence qui manque à la foi ne se trouve absolument nulle part ; et que , s'il n'y a pas de théologien qui soit capable de nous faire concevoir un seul des mystères dont il propose la croyance aux hommes , il n'y a non plus ni physicien, ni géomètre, ni métaphysicien , qui soit en état de nous dévoiler le fond d'un seul être réel; de sorte qu'en philosophie comme en religion , nous n'avons et nous ne saurions jamais avoir d'autre guide que l'évidence de l'expérience ou du témoignage,
» ^6iis n'avons , dit le même auteur , pour éclairer nos pas , soit dans la sphère de la nature, soit dans celle de la religion , qu'un même flambeau , l'attestation.
» jamais la société n'a été solidement éclairée et servie que par les savants qui n'ont jamais abandonné le principe de l'expérience , et qui s'en sont tenus à l'évidence du témoignage.
» Quelle perte en effet c'eût été pour nous , qu'un Copernic, qu'un Galilée, qu'un Cassini , se fussent avisés d'employer leur temps, leurs talents et leurs lumières à disserter sans tin sur la matière universelle , sur le vide, sur les atomes , et sur le mouvement en ligne droite , elliptique et circulaire1, et combien de découvertes utiles et précieuses nous manqueroient encore aujourd'hui , si les Torricelli, les Pascal, les Bayle, les Malpighi, les Réaumur , les Tourne fort , et tant d'autres excellents physiciens , avoient réglé leurs travaux sur les idées d'Aristote , sur les généralités de Gassendi et de Descartes , et qu'ils eussent passé leur vie à la poursuite d'une évidence qui n'est pas faite pour l'homme. [ Pensées sur les vérités de la foi , page 63 et suiv. ) »
NOTE XLIX. — excommunication. ( Pag. 540. )
Si , eu égard aux mœurs des différents siècles , les censures étoient autrefois le seul moyen capable de contenir des princes licencieux et déréglés , si l'usage que l'Eglise en a fait a prévenu plus de maux qu'il n'en a causé , on ne voit pas pourquoi l'on accorde si facilement aux ennemis de l'Eglise , que les papes et les évéques aient abusé de l'excommunication.
NOTE L.— exode, { Pag. 540.)
L'auteur d'un livre impie , intitulé Dieu et les Hommes , pour prouver que Moïse ne peut avoir écrit le Pentateuque , apporte la raison suivante.
« Moïse ne pouvoit ordonner à son peuple de payer un demi-siclc par tête , selon la mesure du temple , (Exode, c. 30, v. 13.) puisque les Juifs n'eurent de temple que plusieurs siècles après lui. »
Cet auteur ajoute ensuite cette note :
« Voyez , mon cher lecteur , si le sceau de l'imposture a jamais été mieux marqué. » Si cet écrivain avoit consulté le texte original et toutes les anciennes versions , à l'es-
ccDtion de notre Vulgate , il auroit reconnu combien est vaine la difficulté qu'il nous oppose.
Le texte hébreu porte, Scekel ha kodesc. Le texte et la version samaritaine portent le $icle du sanctuaire. La paraphrase chaldaïque, la version syriaque , la version arabique, traduisent de même ; la version des Septante , et notre ancienne Vulgate, traduisent diiragme saint, évaluant ainsi le demi-sicle hébreu ,que les Grecs ne connoissoient pas, par une monnoie en usage parmi eux.
Fagius, Vatable , Marin, Pagnin et Mercier, dans leur grand trésor de la langue sainte, la Bible de Genève, la Bible angloise, Leigh, Calmel, Le Clerc, traduisent le texte hébreu par ces mots : le sicle du sanctuaire. Pagnin dans sa version, Mario deCalasio, dans ses Concordances hébraïques, la Bible espagnole, le traduisent par le sicle de sainteté. Ces deux versions ne diffèrent que du mot , puisque Pagnin a employé ces deux termes dans la traduction du même passage. D'ailleurs on voit aisément qu'une monnoie ne peut être appelée monnoie de sainteté , que parce qu'on en gardoit une pièce dans un lieu saint , pour régler le poids de toutes celles qu'on fabriqueroit de même espèce. — Buliet, Réponses critiques, tom. 1.
NOTE LI. — expiation. ( Pag. 54G. )
Les expiations ont été en usage chez tous les peuples. De tant de religions différentes , dit Voltaire , il n'en est aucune qui n'ait pour but les expiations. Oi , quel en est le fondement , la raison ? C'est que l'homme , continue le même philosophe , a toujours senti qu'il avoit besoin de clémence. (Essai sur l'Hist. génér. et sur les mœws et l'esprit des nations , chap. 120. ) Si l'on a répandu le sang, et trop souvent même le sang humain , c'est, dit M. de la Mennais , qu'on a toujours été persuadé que l'homme cîevoit à Dieu une grande satisfaction , qu'il étoit pour lui un sujet de colère. A quoi bon tant d'expiations, s'il n'avoit rien à expier, et tant d'hosties, s'il n'existoit point de coupables? La conscience , éveillée en tous lieux par la tradition , tàchoit par ce9 moyens d'apaiser le ciel irrité , de suspendre des châtiments dont elle senloit la justice. ( Essai sur l'indifférence, etc., tome 3 , chap. 27.) Voyez les articles Péché originel, Purgatoire.