‹ Dictionnaire de théologie (volume 2)Chapitre 113 sur 114 · II · texte numérisé non relu

II

» ditaire, à îa même sollicitude , tous tant que nous sommes , qui en leur place prêchons » le nom du Seigneur. Lorsqu'il leur est dit : Allez , enseignez toutes les nations, votre » fraternité doit reconnoître que c'est un commandement général que nous avons reçu, » il a voulu que nous agissions tous ainsi , celui qui a confié à tous un ministère com- » mun. » ( Concil. Ephes., sess. 11.; Epist. S. Cœlestini papœ, ad concil. ) Il n'y a pas •Je témoignage plus formel que celui-là. D'abord saint Gélestln dit nettement que le Saint-Esprit est présent dans l'assemblée des évéques ; ce ne peut être que pour les préserver d'erreur , que l'Esprit de vérité descend au milieu d'eux ; ensuite , selon lui , le ministère des évoques est le même , leur mission est la même que celle des apôtres , lesquels étoient continuellement assistés et enseignés par leur divin Maître , qui parloit par leur bouche. Les évéques , assemblés en concile , ont donc la même assistance et la même infaillibilité que les apôtres.

Et sur cela j'observerai deux choses : la première, que ce n'est pas la doctrine particulière du pape , mais celle du concile qui l'a adoptée en insérant la lettre dans ses actes; la seconde, que l'autorité du concile d'Ephèse est d'un grand poids vis-à-vis des protestants, qui la reconnoissent et qui professent ses décisions.

Saint Cyrille d'Alexandrie s'exprime ainsi au sujet du concile de Nicée : a II faut » donner son assentiment à ceux qui traitent avec soin la vraie foi , conformément aux » prédications sacrées que nous ont apportées , avec l'assistance du Saint-Esprit , ceux » qui dans le commencement ont vu eux-mêmes , et ont été les ministres de la parole ; » ils ont marché avec zèle sur leurs traces , nos célèbres Pères qui , autrefois assemblés » à Nicée , ont défini le vénérable et universel symbole de la foi ; avec lesquels certaine- » ment Jésus-Christ lui-même a siégé, lui qui a dit : Lorsque deux ou trois seront assem- » blés en mon nom, je suis au milieu d'eux. Car que le Christ ait présidé invisiblement » ce grand et saint concile, comment peut-on le révoquer en doute? Car on y posoit » la base et le fondement ferme dans tout l'univers. On y traçoit même la pure et irré- » prochable confession. » (S. Cyrillus Alex., in symb. Nie. ) Saint Cyrille prononce, dans les termes les plus positifs, l'assistance et la présidence de Jésus-Christ aux conciles généraux ; il fonde cette doctrine sur une promesse du divin Sauveur; il dit que, dans ces assemblées , on pose les fondements inébranlables de la foi , qu'on y trace des professions de foi pures et irréprochables ; il exige qu'on leur donne son assentiment : il n'y a pas une de ces assertions qui n'ait pour conséquence immédiate l'infaillibilité des conciles généraux.

« L'Eglise de Jésus-Christ , dit Vincent de Lérins , gardienne fidèle et attentive des » dogmes dont elle est dépositaire , n'y change jamais rien , n'en retranche rien , n'y » ajoute rien , n'ôte point le nécessaire , n'ajoute point le superflu , ne perd rien du » sien , n'usurpe rien sur autrui. Que s'est-elle efforcée de procurer par les décrets de » ses conciles , sinon que ce qui étoit cru simplement , le fût ensuite plus fortement ; » que ce qui étoit prêché plus lentement , le fût plus vivement ; que ce qui étoit pra- » tiqué avec sécurité, le fût avec plus d'attention? Voilà seulement ce que l'Eglise ca- » tholique , excitée par les innovations des hérétiques , a opéré par les décrets de ses » conciles. C'est ce qu'elle avoit reçu par la seule tradition des ancêtres , qu'elle a

» transmis par écrit à la postérité Toutes les anciennes profanations des hérésies ou

» des schismes , il faut , ou les convaincre par l'autorité des saintes Ecritures, ou les • éviter comme anciennement convaincues et condamnées par les conciles universels » des évoques catholiques. ( Ibid., cap. 28. ) »

Voilà une suite nombreuse de témoignages des cinq premiers siècles, qui établissent contre les hérétiques de ces temps , aussi clairement que nous pouvons l'établir contre ceux du nôtre, le dogme précieux de l'infaillibilité de l'Eglise. Outre l'autorité personnelle des grands et savants docteurs que j'ai cités, outre qu'elle a d'autant plus de poids, qne la plupart d'entre eux ayant écrit contre les hérétiques connoissoient plus parfaitement la nature et l'étendue de la puissance qui condamnoit les erreurs , il résulte de leur réunion , que la doctrine de l'infaillibilité qu'ils professoient étoit celle de toute l'Eglise des premiers siècles; et, par une conséquence ultérieure, qu'elle est celle des apôtres et de Jésus-Christ.

Comment pouvons-nous savoir quelle étoit la doctrine de l'Eglise dans ces premiers siècles, autrement que par les nombreux monuments qui , dans ces temps-là , sont parvenus jusqu'à nous? Si nous voyons, d'une part, un grand nombre de docteurs des plus accrédités proclamer hautement , pendant tout le cours des premiers siècles , le

dogme de l'infaillibilité de l'Eglise ; si , de l'autre côté , nous ne voyons aucun écrivain orthodoxe contester ce point important ; nous ne pouvons pas douter que ce fût alors l'opinion ou plutôt la doctrine de toute l'Eglise. Si les protestants veulent contester cette vérité, qu'ils balancent au moins les suffrages qne nous alléguons par quelques suffrages contraires. L'impuissance où ils sont d'en citer , doit leur faire convenu" que toute l'Eglise des cinq premiers siècles étoit dans la même opinion que l'Eglise catholique actuelle sur son infaillibilité»

Mais dès que l'Eglise de ces premiers siècles se croyoit infaillible, il est certain qu'elle l'étoit. Ce ne sont pas les protestants qui peuvent nier cette conséquence , eux qui reconnoissent que , pendant ces siècles , l'Eglise n'avoit pas altéré sa croyance , et que, durant tout ce temps , elle a professé la pure doctrine de Jésus-Christ. Si d'une part l'Eglise avoit conservé la vraie foi , si de l'autre l'infaillibilité faisoit partie de sa foi , il est évident que le principe de l'infaillibilité est un des dogmes de la vraie foi.

Et que, pour se soustraire à cette conséquence évidente de leurs propres principes , les protestants ne recourent pas à leur distinction familière entre articles de foi fondamentaux ou non fondamentaux. Qu'y a-t-il de plus fondamental dans la religion que ce qui est le fondement de la foi universelle? De la question sur la faillibilité ou l'infaillibilité du juge des controverses , dépend la certitude ou l'incertitude de la croyance de tous les chrétiens. Et pour entrer un moment dans l'idée des protestants, rien n'est plus fonoamental en matière de foi que l'infaillibilité du tribunal qui doit décider ce qui , dans la foi , est ou n'est pas fondamental.

Et il faut considérer encore que l'infaillibilité de l'Eglise est le point sur leque1, il étoit le plus difficile que la doctrine variât, surtout dans ces premiers temps, où l'on étoit si voisin de la source de toute doctrine. C'est que c'est un dogme pratique, si on peut s'exprimer ainsi; un dogme qui fait croire tous les autres; un dogme dont l'usage devoit nécessairement se renouveler très-souvent. Depuis l'origine de l'Eglise, et dès le temps même 4cs apôtres , il s'est élevé successivement des questions , des contestations , des hérésies. 11 étoit impossible que l'on ne connût pas pleinement et clairement quelle étoit la nature et l'étendue de l'autorité qui décidoit ces questions, qui jugeoit ces contestations, qui condamnoit ces hérésies ; qu'on ne sût pas positivement si elle étoit infaillible ou sujette à erreur ; si on devoit à ses jugements un assentiment intérieur de foi , ou seulement une soumission extérieure de respect. On avoit donc nécessairement ,sur l'objet de l'infaillibilité , une idée bien distincte, bien claire, bien assurée.

Or, dans ces temps-là , toute l'Eglise croyoit positivement son infaillibilité; il résulte évidemment que l'infaillibilité de l'Eglise est un dogme transmis par les apôtres, et recueilli par eux de la bouche de Jésus-Christ. Car, ou la doctrine de l'infaillibilité vient de cette source sacrée, ou elle a été introduite postérieurement et dans le cours des cinq premiers siècles. Or, quand et comment auroit-il été possible que se fit cette introduction ? Les premières décisions , les premières condamnations ont été faites par les apôtres eux-mêmes. Elles ont continué à se faire , après eux , de la même manière. Certes, on ne se trompoit pas sur le degré d'autorité des jugements portés par les apôtres qui enseignoient quelle étendue de soumission leur étoit due. La doctrine de l'Eglise , sur son infaillibilité, étoit la leur. Veut-on que ce soit immédiatement après les apôtres que soit née l'innovation? Mais leurs successeurs immédiats avoient été instruits par eux. Auroientils souffert un changement aussi important dans la doctrine ? Auroient-ils permis qu'on attribuât au juge des controverses une infaillibilité contraire à l'enseignement de leur maître? A la mort des apôtres, il y avoit beaucoup d'églises fondées et disséminées dans un grand nombre de pays. Yeut-on que le changement total de croyance , sur la mesure d'autorité du juge des controverses, se soit opéré subitement , en même temps, dans toutes ces églises; qu'il se soit opéré sans aucune réclamation , sans que personne pensât à se plaindre du nouveau joug qu'on imposoit aux fidèles? Veut- on quef s'il y a eu des réclamations, des contestations à ce sujet, il n'en soit resté aucun vestige? Si on imagine de reculer aux générations postérieures le prétendu changement de doctrine au sujet de l'infaillibilité , on le rend plus incroyable encore , plus impossible. Un plus grand nombre d'églises particulières répandues dans un plus grand nombre f'e régions, rend plus impraticable encore le concert pour un changement de doctrine. Un plus grand nombre d'écrivains qui ont fleuri parmi ces générations, rend plus absurde l'hypothèse que l'innovation ait eu lieu sans qu'il soit resté de trace des contestations qu'elle a dû faire nailre. Ajoutons encore une autre considération pareillement décisive. Les

hérésies et les schismes que l'Eglise condamnoit , et qu'elle prétendoit condamner avec infaillibilité, n'auroient pas manqué de s'élever contre cette prétention , d'en marquer l'origine, de fixer l'époque à laquelle elle se seroit formée, de marquer les moyens par lesquels elle se seroit établie. Tout répugne au système que le dogme fondamental de l'infaillibilité ait été introduit depuis les apôtres, surtout dans les premiers siècles. Nous disons au contraire : à la lin des premiers siècles, la doctrine de l'infaillibilité étoU celle de l'Eglise universelle. Toutes les églises particulières dont elle étoit composée , professoient ce dogme. Un effet absolument universel doit avoir une cause commune. On ne peut en assigner d'autre à celui-ci que la prédication des apôtres et la parole de Jésus- ChrisC. — M. de la Luzerne, Dissert, sur les églises, etc., tom. 2.

NOTE XXXIII. — uors de l'église point de salut. ( Pag. 593. )

Hors de l'Eglise point de salut. Est-ce à dire que les catholiques damnent tous les infidèles, tous les hérétiques , tous les schismatiques qui n'appartiennent pas au corps de l'Eglise ? Non : car , comme l'explique très-bien M. Bergier , cette maxime, hors de l'Eglise point de salut, signifie seulement que ceux des infidèles, des hérétiques et des schismatiques qui connoissent l'Eglise, et refusent d'y entrer, ainsi que ceux des chrétiens qui , ayant été élevés dans son sein, s'en séparent par l'hérésie ou parle schisme, se rendent coupables d'une opiniâtreté damnable. On n'encourt les anathèmes de Notre-Seigneur que lorsqu'on est réfractaire à l'Eglise, si Ecclesiamnon audierit, etc~; et qu'on méprise l'autorité de Dieu en méprisant l'autorité de ceux qu'il a établis pour maintenir l'unité ; quivos spernit me spernit. (Luc, c. 10.)

Si la religion catholique enseigne que hors de l'Eglise il n'y a point de salut, elle nous apprend aussi qu'on peut appartenir à TEglise sans être dans sa communion extérieure. Tous les théologiens , après saint Augustin , reconnoissent que l'Eglise a des enfants cachés dans les sectes séparées de l'unité. La grâce du baptême, qui sauve les enfants dans les communions hétérodoxes , ne sera pas perdue pour les adultes qu'y retiennent la bonne foi , les préjugés insurmontables de l'éducation , une ignorance in vincible , et qui d'ailleurs observent la loi de Dieu sur tous les points qui leur sont connus.

« On ne doit pas , dit saint Augustin , ranger parmi les hérétiques ceux qui défendent » un sentiment faux et mauvais sans opiniâtreté , surtout s'ils ne l'ont pas inventé par » une audacieuse présomption , mais s'ils l'ont reçu de leurs parents , séduits et tom- » bés dans l'erreur , et s'ils cherchent la vérité avec soin , prêts à se corriger lorsqu'ils

» l'auront trouvée Supposons qu'un homme soit dans l'opinion de Photin,tou-

» chant Jésus-Christ , croyant que c'est la foi catholique ; je ne l'appelle point encore » hérétique , à moins qu'après avoir été instruit , il n'ait mieux aimé résister à la foi » catholique que de renoncer à l'opinion qu'il avoit embrassée. ( L. 1. de Bapt., contra » Donat. ) » >

Salvien reconnoît aussi dans quelques hérétiques, même parmi les ariens , l'excuse de la bonne foi et de l'ignorance invincible. Ces barbares, dit-il en parlant des Gothset des Vandales , à qui les ariens avoient porté le christianisme, ne savent que ce qu'ils ont appris de leurs maîtres. Ils sont hérétiques sans le savoir; ils errent , mais c'est de bonne foi , et l'erreur même , loin de provenir d'un sentiment de haine ou de mépris pour la divinité , fait partie du culte par lequel ils croient devoir l'honorer. De quelle manière , au jour du jugement , seront-ils punis de cette erreur? Nul ne peut le savoir que le souverain Juge. Qualiter pro hoc falsœ opinionis errore, in diejudicii puniendi sint, nullus potest scire nisi Judex. (De gubern. Dei, lib. 5.) •

Il seroit facile de multiplier les citations; mais rien ne me paroît plus propre à faire connoilre la doctrine de l'Eglise sur cette matière , que les principes développés par la Sorbonne dans sa censure de l'Emile.

« 11 n'en est pas de même des communions séparées de l'Eglise catholique , les faits » qui les concernent suffisent pour les faire abandonner. 11 est vrai que ces faits ne sont » pas connus de tous ceux qui sont du corps de ces communions ; cette connoissance • est même impossible à tous les enfants qui y sont baptisés , et qui n'ont pas encore » atteint l'usage de raison , aussi bien qu'à plusieurs simples qui y vivent , et dont Dieu » seul sait le nombre. Tous ces enfants et ces simples ne participent ni à l'hérésie ni » au schisme; ils en sont excusés par leur ignorance invincible de l'état des choses , et

» l'on ne doit pas les regarder comme n'appartenant pas à l'Eglise , hors de. laquelle il » n'y a point de salut. Ces enfants n'ayant pas encore pu perdre la grâce qu'ils ont re- >» çue dans le baptême , sont indubitablement de l'âme de l'Eglise , c'est-à-dire qu'ils » lui sont unis par la foi, l'espérance et la charité habituelles. Les simples ou ignorants « dont il s'agit peuvent avoir conservé la même grâce ; ils peuvent , dans plusieurs de » ces communions , être instruits de plusieurs vérités de foi qu'on y a retenues, et qui » suffisent absolument au salut ; ils peuvent les croire sincèrement : ils peuvent, avec » le secours de la grâce de Dieu , mener une vie pure et innocente. Dieu ne leur îm- » pute pas les erreurs auxquelles ils ne sont attachés que par une ignorance invin- » cible. Ainsi ils peuvent appartenir aussi à l'âme de l'Eglise , avoir la foi , l'espérance » et la charité. Au reste, tous ces enfants et ces simples doivent leur salut à l'Eglise » catholique , qu'ils ne connoissent pas ; car c'est d'elle que viennent ces vérités sa- » lutaires , aussi bien que le baptême que ces sectes ont conservé en se séparant. Ces » simples et ces enfants les ont reçus de ces sectes immédiatement , mais ces sectes les » tenoient de l'Eglise , à qui Jésus-Christ a confié l'administration des sacrements et le » dépôt de la foi. »

Quant aux infidèles à qui l'Evangile n'a point été annoncé, nous devons croire premièrement que Dieu leur a préparé , dans la profondeur de ses conseils , des moyens suffisants de salut , puisque l'Ecriture enseigne en termes formels que Dieu veut le salut de tous les hommes. Quels sont ces moyens ? comment sont-ils appliqués ? quelle en est la nature , et quel seroit l'effet des grâces offertes à l'entendement et à la volonté de ceux à qui le nom même du Sauveur est inconnu ? C'est ce qui n'est pas facile à déterminer. Cependant plusieurs docteurs pensent avec Bossuet , « qu'en ôtant aux in- » fidèles qui n'ont jamais oui parler de l'Evangile , la grâce immédiatement nécessaire » à croire , rien n'empêche qu'on ne leur accorde celle qui mettroit dans leur cœur des » préparations plus éloignées , dont , s'ils usoient comme ils doivent , Dieu leur trou- » veroit , dans les trésors de sa science et de sa bonté , des moyens capables de les » amener de proche en proche à la connoissance de la vérité. » [Justif. des reflex. mor.) ■— Voy. Duvoisin , Essai sur la tolérance.

D'ailleurs , comme nous l'avons déjà fait observer, nul n'est obligé de croira ce qu'il ne peut connoître , et nul ne peut connoître , à moins d'une révélation spéciale, Jésus- Christ et sa doctrine , s'ils ne lui sont annoncés. (Juomodo credent ex quem non audierunt? quomodo autem audient sine prœdicante ...? ergo fldes ex auditu. ( Rom., c. 10 , 14, 17.) Les infidèles qui n'ont point connoissance de l'Evangile, sont précisément dans l'état où se trouvoient les peuples avant la venue de Jésus-Christ : ils n'ont point d'autres devoirs que ceux qui furent toujours promulgués par la tradition générale, et ils peuvent se sauver comme tous les hommes pouvoient se sauver antérieurement à la rédemption, par une fidèle obéissance à la loi primitivement révélée et universellement reconnue. 11 seroit absurde , dit M. Dergier, de penser que la venue de Jésus-Christ sur la terre ait été un malheur pour aucune créature; que le salut soit aujourd'hui plus difficile à un seul homme qu'il ne l'étoit avant la prédication de l'Evangile. ( Traité de la vraie religion, etc., t. 7, p. 142, édit. in-8°. ) L'infidèle qui croit tous les dogmes que proclame la tradition universelle , et qui désire sincèrement de connoître la vérité , croit par là même implicitement tout ce que nous croyons. Ce n'est pas la foi qui lui manque , mais un enseignement plus développé. Par conséquent , s'il observe la loi de Dieu telle qu'il l'a connoît, il se sauvera , mais il se sauvera dans le christianisme; il appartient à l'Eglise.

11 est vrai qu'on ne peut entrer dans le royaume de Dieu que par le baptême ; mais les théologiens distinguent, comme on sait , trois sortes de baptême , le baptême d'eau, le baptême de désir , et le baptême de sang , ou le martyre. Ceux qui insistent le plus sur la nécessité du baptême d'eau , enseignent en même temps que Dieu feroit plutôt un miracle que de laisser mourir sans baptême un homme qui seroit dans les dispositions supposées ici. Nous inclinons à croire que ces dispositions renferment un désir implicite du baptême , qui suffit dans le cas présent : Quod pro tanlo dicitur sacramentum baptismi esse de necessitate salutis, quia non potest esse homini salus, nisi saltem in volunlate habeatur, quœ apud Deum reputatur pro facto. (Sanct. Thom., 3. part., vol. 2, quaest. 68, art. 2. ) La volonté de faire tout ce que Dieu veut qu'on fasse pour être sauvé, renferme évidemment la volonté de recevoir le baptême, si l'on en connoissoit la nécessité. Le bienheureux Liguori dit positivement « qu'il est de foi que le

t baptême d'esprit est suffisant pour le salut; » et voici la définition qu'il en donne : « Le » bapléme d'esprit est la parfaite conversion à Dieu par la contrition ou l'amour de » Dieu sur toutes choses, avec le vœu explicite ou implicite du vrai baptême d'eau t » qu'il supplée quant à la rémission de la coulpe. » De fide est per baptismum flaminis homines etiam salvari... Baptismus flaminis est perfecta conversio ad Deum , per contritionem vel amorem Dei super omnia, cum voto explicito vel implicito veri baptismï fluminis, cujus vicem supplet quoad culpœ remissionem. (Liguor., lib. 7, Tract. 2, de Sacrament., n. 96. ) — Voyez l'Essai sur l'indifférence , etc., tom. 4, c. 38 ; voyez auss*. la note sur l'article Baptême.

NOTE XXXIV. — égyptiens. ( Pag. 405. )

De l'antiquité des Egyptiens. — Cette nation s'est attribuée une antiquité prodigieuse. Quelques philosophes modernes, établissant leurs systèmes de chronologie sur des raisonnements et des conjectures, sans avoir égard aux historiens, aux faits, aux monuments , se sont efforcés de mettre l'antiquité de quelques peuples en contradiction avec le récit de Moïse. Mais ces différents systèmes ont été réfutés par les plus savants chronologistes , ils en ont tellement démontré l'absurdité, qu'un homme sensé rougiroit de les faire revivre. Voyez Chine, Indiens.

En effet , que peut-on nous objecter en faveur de l'antiquité des Egyptiens ? Les dynasties de Manéthon ? Mais l'autorité de cet historien pourroit-elle contre-balancer l'autorité de Moïse , le plus ancien des historiens ? Manéthon parle d'un monument assez singulier , d'où il auroit tiré son histoire. C'étoit ,à ce qu'il dit , des colonnes qui avoient été érigées dans la terre, qu'il appelle Sériadique , sur lesquelles il y avoit des hiéroglyphes sacrés , que Thout , ou le premier Mercure y avoit gravés , et qui furent expliqués en grec après le déluge, par un Agathodaemon , autre Mercure, père de Tat, et mis parmi les livres des Egyptiens dans les archives de leurs temples. Cette origine sent si fort la fable, qu'on pourroit se dispenser de la discuter. On ne sait où est cette terre Sériadique. Ces colonnes , où tant d'histoires étoient gravées et tant de sciences expliquées , n'ont jamais été connues que des prêtres d'Egypte qui en ont imposé à Manéthon , s'il n'a pas été lui-même l'imposteur.

On fait si peu de fond sur cette prétendue antiquité de l'Egypte, qu'on l'a généralement attribuée à la vanité de cette nation. Strabon remarque qu'on se railloit de l'ignorance et de la vanité de ce peuple , lorsqu'un certain Chérémon leur donnoit l'explication des monuments de l'Egypte , qu'il éfoit allé visiter avec Elius Gallus, le gouverneur de ce pays. Aussi ne voit-on pas qu'aucun philosophe ait objecté cette antiquité aux juifs ni aux chrétiens, quoiqu'ils aient eu souvent dispute ensemble dans la ville d'Alexandrie. On voit, dans Josèphe, qu'Appion lui avoit objecté les contes que Manéthon avoit écrits touchant Moïse et les Juifs , au sujet de la lèpre , pour laquelle il prétendoit qu'on les avoit chassés de l'Egypte ; mais on ne voit pas , dans la réponse de Josèphe , qu'on ait voulu aucunement se prévaloir contre eux de cette prétendue antiquité. Car ni Josèphe, ni Philon , ni Clément d'Alexandrie, ni Origène, ni saint Cyrille, ni aucun autre auteur ecclésiastique , n'a dit un seul mot pour répondre à une semblable objection.

Pourquoi ce profond silence à l'égard d'un argument qui eût été décisif, s'il n'eût manqué de bonnes preuves? C'est parce que cette prétendue antiquité étoit si contraire à la raison et au bon sens , qu'on la regardoit comme une fable et comme l'absurdité même. Car on jugeroit naturellement et sans effort qu'il étoit impossible que l'Egypte eût été habitée , soit par des dieux , soit par des héros ou des hommes , trente-cinq mille ans avant la Grèce , et trente-trois mille ans avant les autres pays habités par les nations les plus antiques. Encore si l'Egypte étoit un pays séparé de tous les autres par une vaste étendue de mer, qu'on l'eût découvert par des voyages , comme on a fait depuis quelques siècles le Nouveau-Monde; on pourroit croire que celte antiquité seroit possible, si on la voyoit soutenue de quelque monument, de quelque argument vraisemblable. Mais qu'on aille s'imaginer que l'Egypte étoit accessible de toutes parts , environnée de tous côtés de terres habitées et de nations qui ont eu leur histoire et leurs monuments , et que néanmoins ces nations voisines de l'Egypte ne donnent que deux ou trois mille ans tout au plus à leurs premiers rois et à leurs fondateurs ; que ces nations nous parlent , pendant ce temps , de leur grossièreté et de leur enfance; qu'on le*

voie se peupler, se policer, qu'on y voie naître les arts et les sciences , pendant qu'un peuple de leur voisinage auroit été sagement gouverné, et auroit exercé les arts et les sciences trente-trois ou trente-quatre mille ans auparavant , ou trois mille ans seulement, si on veut rejeter le règne des dieux et des héros; c'est vouloir, sans contredit, croire l'absurdité même. 11 ne faut donc pas s'étonner, si aucun philosophe ni aucun auteur n'a voulu se prévaloir de cette antiquité contre les juifs et les chrétiens; ils auroient cru se faire tort d'employer un argument si ridicule et si manifestement faux. — Voyez Dissertation sur l'Existence de Dieu , par Jaquelot , tom. 2, chap. 20.

On a découvert de nos jours, en Egypte, deux monuments qui ont fait pousser des cris de victoire aux ennemis de la religion , et qu'ils nous ont annoncés comme renversant de fond en comble , par leur haute antiquité, la chronologie mosaïque, et, par une conséquence naturelle , tout l'édifice de la religion. Voici leur objection :

Dans leur expédition en Egypte, sous Bonaparte, les François ont découvert deux zodiaques , dont l'un est sculpté dans le temple de Denderah , et l'autre dans celui de Henné , cités antiques d'Egypte. Le zodiaque de Denderah montre le solstice d'été dans le lion , à 60 degrés plus loin que le point qu'il occupe actuellement; d'où il s'ensuit que , depuis la construction de ce zodiaque , le solstice a rétrogradé de GO degrés : or , il faut 72 ans pour rétrograder d'un seul degré; le zodiaque de Denderah précède donc notre âge de 4320 ans. L'autre zodiaque découvert dans Henné , par le général Desaix , présente le solstice d'été dans la vierge; il est par conséquent 30 degrés environ plus au delà vers l'orient, que n'est celui de Denderah. Ce solstice a mis 21G0 ans à parcourir 30 degrés. En ajoutant ce nombre d'années aux 4320 du zodiaque de Denderah , il résulte que le zodiaque de Henné a une antiquité de 6480 ans. Si à cette époque les Egyptiens étoient déjà assez savants en astronomie pour tracer des zodiaques qui marquassent les points solsticiaux , il faut conclure que la nation égyptienne est de beaucoup antérieure au déluge de Noé , et à l'époque que Moïse nous a donnée de l'origine du monde.

Réponse. 1° En supposant qu'on pût déduire de ces zodiaques des calculs contraires à la narration de Moïse , il faudroit d'abord prouver que ces zodiaques n'ont point été imaginés par les Egyptiens , peuple très-envieux de passer pour la première des nations, et qui se vantoit d'une antiquité prodigieuse , sans en donner des preuves satisfaisantes ; ce qui fit dire à Diodore de Sicile : Ista annorum mullitudo fidem excedit. Ici, la simple possibilité d'une supposition ou d'une fraude nous suffit. Nous avons droit d'exiger qu'on nous démontre l'authenticité des monuments qu'on nous objecte , sinon l'on ne sauroit les opposer à des faits dont la vérité est établie sur des preuves irréfragables. Je vais plus loin : celui qui, indépendamment de l'autorité de Moïse, penseroit que les zodiaques de Henné et de Denderah ont été placés dans ces temples exprès pour servir à prouver l'antiquité de la science astronomique chez les Egyptiens , celui-là, dis-je, penseroit une chose non-seulement possible , mais raisonnable , eu égard au caractère vain et orgueilleux de cette nation.

2° Le temple de Denderah, où l'on a trouvé un de ces zodiaques , est d'une architecture récente. Pocoke et Lucas , parlant de ce temple , dans leurs Voyages , rapportent que cet édifice est d'une beauté extraordinaire , exquise, que les ornements , les figures qu'on y voit , n'ont pu être exécutés que par des artistes grecs du goût le plus délicat : or , l'architecture grecque n'a passé en Egypte que du temps de l'invasion de Cambyse , ou depuis le voyage de Platon dans cette contrée , 460 ans avant Jésus-Christ ; donc le zodiaque qui a été sculpté dans ce temple , n'est pas si ancien qu'on le prétend.

3° Une autre preuve de la nouveauté du zodiaque de Denderah , c'est que ce zodiaque contient la balance, libra : or , les anciens Egyptiens ne connurent point cette constellation : les Grecs de l'école d'Alexandrie ont été les premiers à la placer dans leur zodiaque. Jusque-là le scorpion occupoit avec ses serres l'espace dans lequel on a depuis placé la balance. Erathosthène , auteur égyptien , dans ses Cataslérismes , décrivant les constellations du zodiaque une à une, ne parle point de la balance; et , en parlant du scorpion, il dit qu'il occupoit deux des douze parties du zodiaque. Même silence d'Eudoxe , d'Aratus , d'Hipparque , et généralement de tous ceux qui ont précédé ce dernier. Ovide dit expressément du scorpion ce qu'en dit Eratosthène : Occupât in spatium signorum membra duorum*

Manéthon , Virgile et Macrobe confondent également la balance avec les serres d* scorpion.

4° Hipparque, le premier qui ait réduit les observations astronomiques en théorie , et qui vivoit environ 150 ans avant l'ère vulgaire, découvrit, ou plutôt soupçonna le mouvement des fixes , dont la connoissance ne devint certaine et incontestable que par les nombreuses observations opérées par Ptolémée 200 ans après. Cependant , la construction des zodiaques de Henné et de Denderah suppose une connoissance exacte du mouvement des fixes.

5° Comme un astronome peut , à volonté , faire la table des éclipses qui auront lieu d'ici à cent mille ans , si le monde existe encore , ou déterminer l'état dans lequel se seroit trouvé le ciel il y a cent mille ans , si le monde eût existé ; il peut de même, après la découverte des équinoxes , former des zodiaques qui montrent le solstice d'été dans le lion, dans la vierge , et même au delà. Mais alors que peut-on en conclure pour ou contre l'antiquité du monde?

6° M. Visconti , un de nos plus savants antiquaires , fait remonter l'origine des monuments dont il s'agit, seulement de l'an 12 à l'an 1 32 de l'ère vulgaire.

M. Testa démontre que les calculs que l'on fait d'après les zodiaques de Henné et de Denderah sont peu fondés; que ces zodiaques n'offrent pas d'indices certains et suffisants pour autoriser et fonder une objection contre le récit de Moïse. Voyez sa Dissertation sur les deux Zodiaques nouvellement découverts en Egypte, traduite de l'italien; Paris, chez Adrien Le Clerc.

7° Les Egyptiens n'eurent connoissance des zodiaques en général que vers l'an 140 avant l'ère vulgaire , comme l'a démontré le chevalier de Jaucourt , dont les preuves se trouvent dans le Dictionnaire encyclopédique , article Zodiaque.

NOTE XXXV. — élus. ( Pag. 412. )

Objection. Les motifs d'espérer le bonheur éternel ne peuvent pas être solides , puisqu'il est décidé qu'un très-petit nombre de chrétiens y parviennent ; l'Evangile assure formellement qu'il y a peu d'élus; les Pères de l'Eglise confirment ce sentiment, et plusieurs théologiens le regardent comme un article de foi.

Voici ce que M. Bergier répond a. cette objection : a La question est de savoir si par les élus on doit entendre ceux qui sont sauvés, ou seulement ceux qui sont dans la voie du salut , les fidèles ; pour le décider , il faut consulter les commentateurs , les Pères , l'Ecriture elle-même , l'analogie de la foi.

» Parmi les commentateurs, point d'uniformité. Pour ne parler que des catholiques, Cajetan , Mariana, Tostat , Luc de Bruges , Maldonat , Corneille de la Pierre, Ménochius, le père de Picquigny, admettent l'une et l'autre explication , entendent par élus, ou les hommes sauvés , ou les fidèles. Jansénius de Gand pense que ce dernier sens est le plus naturel; Stapleton le soutient contre Calvin ; Sacy, dans ses Commentaires , juge que c'est le sens littéral; dom Calmet semble lui donner la préférence. Eulhymius n'en donne point d'autre; il suivoit saint Jean Chrysostome. Le père Hardouin soutient que c'est le seul sens qui s'accorde avec la suite du texte; le père Berruyer exclut aussi tout autre sens; c'est pour cela qu'il a été condamné : mais la faculté de théologie n'a certainement pas voulu censurer les interprètes catholiques que nous venons de citer, et ils sont suivis par beaucoup d'autres. Quel dogme peut -on fonder sur un passage susceptible de deux sens si différents ?

La même variété règne parmi les Pères de l'Eglise : pour rassembler leurs passages, il faudroit un volume entier. Les compilateurs qui vouloient le petit nombre des fidèles sauvés, ont cité soigneusement les textes qui semblent favoriser leur opinion; mais ils ont laissé décote ceux qui y sont contraires. (De paucitate Fidel, salvand., etc.) Quelquefois par les élus, les Pères entendent les fidèles ; d'autres fois ils entendent, non simplement les hommes sauvés, mais ceux qui le sont en vertu de leur innocence, d'une vie sainte et sans tache. Ces derniers , sans doute , sont en très-petit nombre ; mais cela ne conclut rien contre le salut de ceux qui sont moins parfaits. Lorsque Pelage osa décider qu'au jugement de Dieu tous les pécheurs seront condamnés au feu éternel, saint Jérôme et saint Augustin s'élevèrent hautement contre celte témérité. ( Saint Jérôme , Dial. 1. contra Pelag., c. 9 ; saint Augustin , L. de Gestis Pclagii , c. 3 , il. 9.)

» xMais ïe meilleur commentaire de l'Evangile est l'Evangile même. Dans vingt passages du nouveau testament , clccli désigne évidemment les fidèles , ceux qui croient en

Jésus-Christ , par opposition à ceux que Dieu laisse dans l'infidélité ; élection est la même chose que vocation à la foi.

» La maxime ,il y a beaucoup d'appelés et peu d'élus, se trouve deux fois dans saint Matthieu , savoir, c. 20, v. 16, et c. 22, v. 14. Ces deux chapitres , et tout ce qui précède, depuis le c. 19, v. 30, se rapportent au même but , à montrer le petit nombre de Juifs dociles aux leçons de Jésus-Christ ; à leur prédire que les gentils seroient moins incrédules et leur seroient préférés. La comparaison du chameau , les ouvriers de la vigne, les deux enfants du père de. famille, l'héritier tué par les vignerons , le festin des noces, sont autant de paraboles qui confirment la même vérité. La conclusion est que les gentils appelés les derniers, seront élus ou choisis en plus grand nombre que es Juifs appelés les premiers , puisque parmi ceux-ci il y en a très-peu qui répondent là leur vocation. ( Chap. 22, v. 14. )

» Jésus-Christ, interrogé pour savoir s'il y a peu de gens qui soient sauvés, répondit : Tâchez d'entrer par la porte étroite , parce que plusieurs chercheront à entrer et ne le pourront pas. ( Luc. c. 13, v. 24. ) La porte étroite étoit sa morale sévère , peu de gens avoientle courage de l'embrasser. Lorsque la Judée eut été ravagée par les Romains, plusieurs juifs dispersés se repentirent, sans doute, de n'avoir pas ajouté foi aux prédictions et aux leçons de Jésus-Christ ; c'étoit trop tard , ils cherchèrent à entrer et ne le purent.

» Si les paraboles de l'Evangile peuvent servir de preuve , on en doit plutôt conclure le grand nombre que le petit nombre des hommes sauvés. Jésus-Christ compare la séparation des bons d'avec les méchants au jugement dernier, à celle que l'on fait du bon grain d'avec l'ivraie. ( Matth., c. 13, v. 24. ) Or, dans un champ cultivé avec soin , l'ivraie n'a jamais été plus abondante que le bon grain. 11 la compare à la séparation des mauvais poissons d'avec les bons : à quel pêcheur est - il arrivé de prendre moins de bons poissons que de mauvais ? De dix vierges appelées aux noces , cinq sont admises à ïa compagnie de l'époux. Dans la parabole des talents , deux serviteurs sont récompensés, un seul est puni; dans celle du festin , un seul des convives est chassé...

» Mais supposons qu'il faille absolument prendre le mot peu d'élus dans le sens le plus rigoureux ; que s'ensuivra- 1 -il? Que le plus grand nombre est de ceux qui n'ont pas voulu être sauvés , qui ont résisté à la grâce , qui sont morts volontairement dans î'impénitence finale , sans contrition et sans remords. L'tbstination de ces malheureux peut-elle influer en quelque chose sur le sort d'un chrétien qui désire sincèrement de se sauver et de correspondre à la grâce? Si le salut étoit une affaire de chance et de hasard , le grand nombre de ceux qui se perdent seroit capable d'effrayer les autres ; mais c'est l'ouvrage de notre volonté aussi bien que de la grâce , et celle-ci ne nous est point refusée. La réprobation ne vient donc jamais du défaut de la grâce, mais du défaut de volonté dans l'homme. En quel sens la malice des réprouvés peut-elle ébranler la con liance d'un juste ou d'un pécheur pénitent? » — Traité de la vraie Religion, tom. 8 , p. 286, 287, édit. t'n-8.

NOTE XXXV. — EMPÊCHEMENTS DE MARIAGE. (Pag. 419.)

Du pouvoir de l'Eglise sur les empêchements du mariage. — Il est de foi que l'Eglise peut apposer au mariage des empêchements dirimants. Si quis dixerit Ecclesiam non potuisse constiluere impedimenta matrimonium dirimentia, vel in iis constituendis errasse , anathema sit. (Conc. Trid., sess. 24, v. 4. )

Si l'on considère avec attention les décrets du concile de Trente , concernant les empêchements dirimants, on verra que ces empêchements sont devrais obstacles, nonseulement à la confection du sacrement , mais encore à l'existence du contrat naturel. Celui qui est lié par quelque empêchement canonique , n'est pas seulement incapable de recevoir le sacrement; il est de plus, suivant les expressions du concile de Trente, inhabile à contracter , omnino inhabilis ad contrahendum. Ce concile fait tomber les empêchements dirimants sur le contrat comme sur le sacrement. Si quis dixerit clericos in sacris ordinibus constitutos.... posse matrimonium contrahere, contractumque ralidum esse...; anathema sit. ( Sess. 24, etc. ) Aussi la bulle Auctorem fidei , du 28 août 1794, qui a été adressée par Pie VI à tous les fidèles , et qui a été reçue par toutes les églises sans réclamation , condamne comme hérétique et subversive des décrets du concile de Trente, la doctrine du synode de Pistoie, qui prétend que le droit d'apposer des empêchements dirimants au contrat de mariage , n'appartient originairement qu'à la

puissance civile. Cette constitution déclare que l'Eglise a toujours pu et qu'elle peut, en vertu d'un pouvoir qui lui est propre ,jure proprio , établir des empêchements qui rendent le mariage nul , même quant au lien , quoad vinculum.

« Doctrina synodi asserens , ad supremam civilem potestatem duntaxai originariè spectare, contraclui matrimonii apponere impedimenta ejus generis quœ ipsum nullum reddunt , dicuntur dirimentia , quodj'its originarium praetereà dicitur cum jure dispensandi essentialiter connexum , subjungens supposito assensu vel conniventiâ principum , potuisse Ecclesiam juste constituere impedimenta dirimentia ipsum contractum matrimonii; quasi Ecclesia non semper potuerit ac possit, in christianorum matrimoniis t jure proprio impedimenta constituere, quœ matrimonium non solùm impediant, sedet nullum reddant quoad vinculum , quibus christiani obstricti teneantur etiam in terris infidelium , in iisdem dispensare : canonum 3 , 4 , 9, 12, sess. xxiv. concil. Trid., eversiva , hœrclica. »

« Item rogatio synodi ad potestatem civilem , ut è numéro impedimentorum tollat cognationem spiritualem , atque illud quod dicitur publicœ honestalis , quorum origo rcperitur in collectione Justiniani ; tùm ut restringat impedimentum affmitatis et c&gnationis , ex quâcumque licitâ aut illicita conjunctione provenientis , ad quartum gradum.. juxtà civilem computationem per lineam naturalem et obliquam, ita tamen ut spes nulla relinquatur dispensationis obtinendœ .-quatenùs civili potestati jus attribuit sive abolendi , sive restringendi impedimenta Ecclesiae auctoritate constituta vel comprobata ; item quâ parte supponit Ecclesiam per potestatem civilem spoliari posse jure suo dispensandi super impedimentis ab ipsâ constitutis vel comprobatis : libertatis ac potestatis Ecclesiaî subversiva , Tridentino contraria , et hœreticali suprà damnato principio profecta. »

Ainsi, l'on doit regarder comme absolument nuls quant au sacrement et quant au contrat naturel , les mariages de ceux qui , sans en être légitimement dispensés, n'observent pas les formalités prescrites par l'Eglise sous peine de nullité.

NOTE XXXVII. — enfer. ( Pag. 458. )

Le dogme de l'éternité des peines fait partie de la tradition primitive. Avec la croyance d'une autre vie, les anciens admettoient généralement une récompense éternelle pour le juste et des peines éternelles pour les méchants. Ils reconnoissoient trois états dili'érents de l'âme après la mort. Le premier étoit l'état de bonheur dont les âmes saintes jouissoient éternellement dans le ciel ; le second , l'état de souffrance auquel les âmes des méchants, les âmes absolument incurables , selon l'expression de Plutarque, étoient condamnées éternellement aussi dans les enfers. Le troisième état, mitoyen entre les deux autres, étoit celui des âmes qui, sans avoir mérité des châtiments éternels, étoient néanmoins encore redevables à la justice divine. (Plut., De his qui à Numine sera puniuntur.)

Platon , dans le Gorgias , enseigne la même doctrine. « Ceux que les dieux et. les » hommes punissent afin que leur punition soit utile, sont les malheureux qui ont » commis des péchés guérissables : la douleur et les tourments leur procurent un bien » réel , car on ne peut être autrement délivré de l'injustice. Mais pour ceux qui, ayant » atteint les limites du mal, sont tout-à-fait incurables, ils servent d'exemple aux » autres sans qu'il leur en revienne aucune utilité, parce qu'ils ne sont pas susceptibles » d'être guéris : ils souffriront des supplices épouvantables... C'est pourquoi , méprisant » les vains honneurs, et ne regardant que la vérité , je m'efforce de vivre et de mourir » en homme de bien ; et je vous y exhorte , ainsi que tous les autres , autant que je i puis. Je vous rappelle à la vertu , je vous anime à ce saint combat , le plus grand , » croyez-moi , que nous ayons à soutenir sur la terre. Combattez donc sans relâche, car «•vous ne pourrez plus vous être à vous-même d'aucun secours, lorsque présent devant * le Juge , vous attendrez votre sentence tout tremblant , et saisi de terreur. (Plat., » Gorgias ; oper., tom. 4, p. 166 et seq., Ed. Bipont. ) Cette sentence rendue, le Juge » ordonne aux justes de passer à la droite et de monter aux cieux; il commande aux » méchants de passer à la gauche et de descendre aux enfers, (lbid., de Republ., lib, 10, » oper., tom. 7, p. 323, Ed. Bipont.) »

Suivant Virgile , le supplice de Thésée est d'être assis, et de l'être éternellement.

Sedet, œtemùmque sedebit

Jnfelix Thcscus. ( .<Eneid.} lib. 6, v. 617—618.)

NOTES. 6lt>

C'est aussi la croyance des Indiens. L'enfer, qu'ils appellent Patalam , est le lieu de supplice et la demeure des pécheurs. « C'est là que , plongés dans le feu, ils brûlent et » brûleront toute l'éternité. Un peu au - dessus est une ville appelée Chouzomeni, où » Zomo , roi des enfers , fait sa demeure , et d'où il ordonne et préside aux différents » supplices qu'on fait subir à chacun des damnés. Voici un petit abrégé des tourments * qu'on y souffre. On y sera plongé dans une éternelle nuit , pendant laquelle on n'en- » tendra jamais que des gémissements et des cris. On y sera étroitement lié , on y res- » sentira tout ce que peut causer la douleur , l'instrument le plus aigre, dont on se sert » pour percer et pour déchirer. Enfin , insectes , poisons, mauvaises odeurs, et tout ca » qu'on imaginera de plus terrible, ne feront qu'une partie des supplices des damnés ; » ce qui y mettra le comble, et qui les jettera dans le désespoir, sera l'éternité d'un » feu qui les brûlera sans les consumer. ( L'Ezour-Vedam, tom. 1, pag. 302. ) »

VEdda des Islandois contient la même ti^dit'ion. On y distingue deux lieux de supplices; le premier, nommé Nislheim , doit durer jusqu'à la fin du monde ; et le second, nommé Nastroud, doit être éternel. {La Mythologie comparée avec V 'histoire ,par M. l'abbé Tressan , t. 2, p. 243, édit. de 1818. )

Celse, quoique épicurien, n'ose s'élever contre cette doctrine. « Les chrétiens , dit-il , » ont raison de penser que ceux qui vivent saintement seront récompensés après la » mort, et que les méchants subiront des supplices éternels. Du reste, ce sentiment leur » est commun avec tout le monde. » C'est aussi ce qu'avance Sextus Empyricus. — Voy. XEssai sur l'indifférence, etc., tom. 3, ch. 27.

NOTE XXXVIII. — erreurs. (Pag. 454.)

Voyez les articles Calvinisme , Déisme , Eglise.

NOTE XXXIX. — esdras. ( Pag. 4G1. )

Voyez l'article Ecriture sainte.

NOTE XL.— esprit. ( Pag. 465.)

Voyez l'article Ame.

NOTE XLI. — esprit. ( Pag. 477. )

Voyez l'article Certitude , Eglise, Foi, Raison , Révélation.

NOTE XLII. — essence de dieu. ( Pag. 478. )

Moins je conçois l'essence de Dieu , plus je l'adore. Je m'humilie et lui dis : Etre des êtres , je suis parce que tu es ; c'est m'élever à ma source, que de te méditer sans cesse. Le plus digne usage de ma raison est de s'anéantir devant toi : c'est mon ravissement d'esprit, c'est le charme de ma foiblesse , de me sentir accablé de ta grandeur. Esprit et Maximes de J.-J. Rousseau.

NOTE XLIII. — éternité. ( Pag. 485. )

Voyez la note sur l'article Création.

Il se présente sur l'éternité de l'Etre nécessaire une question qu'il n'est pas hors de propos d'examiner ; parce que cette discussion sert à résoudre plusieurs objections au sujet de la création , de la science et de l'immutabilité de Dieu : il s'agit de la nature de l'éternité. Non-seulement les théologiens, mais aussi les philosophes sont partagés sur ce sujet. Plusieurs tiennent que l'éternité est composée d'une multitude infinie de moments qui se succèdent; beaucoup d'autres pensent que dans l'éternité il n'y a point de succession : cette opinion étoit celle de Platon et de toute son école. « Idcircô îmagi- » nem œvi mobilem effingere decrevit : et , dùm cœlum exornaret , fecit œternitatis » in unitate manentis œternam quamdam in numéro fluentem imaglnem , quam nos » tempus vocavimus. Dies porro , et noctes , et menses, et annos , qui ante cœlum non

»» erant , tune nascente mundo nasci jussit, quœ omnia temporis partes sunt. Atqui erat, »» et eiït , quœ nati temporis species sunt , non rectè œternœ substantiœ assignamus. «> Dicimus enim de illà : est , erat et erit. Sed i 11 i reverà solùm esse competit ; fuisse »» verô et fore deinceps ad generationem tempore procedentem referre debemus. Motus »» enim quidam duo illa sunt : alterna autem substantia, cùm eadem semper et immobilis i» perseveret , neque senior se ipsâ fit unquàm , neque junior; neque fuit hactenùs , »> neque erit in posterum; neque recipit eorum quicquam quibus res corporeœ mobi- » lesque ex ipsâ generationis conditione subjiciuntur. Nempè hœc omnia temporis imi- »> tantis œvurn, seque numéro resolventis, species sunt. Sœpè etiam dicimus quod fac- » tum est esse factum ; quod fit in generatione esse; quod fiet esse faciendum; et quod » non est non esse : quorum nihil rectè et exactâ ratione dicimus. (Timœus.) »

Plusieurs Pères de l'Eglise ont adopté ce sentiment; et il est suivi par le plus grand nombre des théologiens. « Quid mihi tempus dividitis , dit Tatien , aliud quidem prœte- » ritum dicentes, aliud prœsens, aliud futurum? Quomodô enim futurum elabi possit, » si prœsens adest? Sed, quemadmodùm navigantes , prœterlabente nave , putant, prœ »> imperitià , montes currere, ità et vos non perspicitis, vos quidem prœtercurrere , » œvum autem stare. ( Contra Grœcos Orat., c. 2G. ) »

Tertullien : « Non habet tempus œternitas. Omne enim tempus ipsa est... Caret .etate » quod non licet nasci. Deus, si est vêtus , non erit : si est novus , non fuit. Novitas » initium testificatur , vetustas finem comminatur. Deus autem tam alienus ab initio et »> fine est, quàm à tempore metatore initii et finis. (Adv. Marcionem , lib. 1, cap. 8.) »

Saint Grégoire de Nazianze : « Deus erat semper , et est, et erit : vel , ut reclius loquar, » semper est. Nam erat et erit nostri temporis, fluxœque naturœ , figmenta sunt. 111e » autem semper est, atque hoc modo se ipsum nominat, cum in monte Moisi oraculum » edit. ( Orat. 38. Vid. ibid., et Orat. 35. ) »

Saint Augustin : « Nec enim aliud anni Dei , et aliud ipse. Sed anni Dei œternitas Dei est : œternitas ipsa Dei substantia est quœ nihil habet mutabile. lbi nihil est prœteri- » tum , quasi jam non sit; nihil est futurum, quod nondum sit. Non est ibi nisi est. » Non est ibi nisi fuit et erit. Quia , et quod fuit jam non est, et quod erit nondum est. » ( Enarr.in Ps. 101, Serm. 2. n. 10, et alibi.) »

Saint Grégoire le Grand : « Fuisse, vel futurum esse , œternitas non habet, cui nimi- » rùm , nec prœterita transeunt , nec quœ futura sunt eveniunt : quia cuncta per prae- » sens videt- ( Moral., lib. 4, c. 29, n. 6G et alibi. ) » ^

Ceux qui soutiennent ce système , reconnoissent un Dieu créateur de tous les autres •êtres, distinguent son éternité de la durée des êtres créés. Lorsque ces êtres n'avoient pas «ncore été produits, et que Dieu existoit seul , rien ne se succédoit, à raison de son immutabilité. Toute succession suppose un changement, soit un être nouveau qui vienne à la place du précédent , soit, dans le même être , une manière d'être substituée à une autre. Ce qui succède n'est pas le même que ce qui existoit auparavant. Or , disent ces docteurs, dans Dieu , qui est nécessairement ce qu'il est, il ne peut donc y avoir aucun changement. 11 ne peut donc y avoir en lui de succession. Ainsi , tant qu'il a été le seul Etre , il n'y en a pas eu. 11 a créé le monde, et a voulu qu'il se perpétuât par'une continuité non interrompue de mouvements. Cette succession de changements dans les parties de l'univers est véritablement ce que nous appelons le temps. Le mot temps n'exprime autre chose que l'idée abstraite de la succession des diverses modifications des créatures ; succession de mouvements dans la matière; succession de pensées dans les esprits. La succession régulière du mouvement des astres a donné l'idée de la mesure du temps et de sa division en jours, en mois et en années. De la mesure du temps est venue l'autre idée abstraite de la durée, qui en elle-même n'est autre chose qu'une révolution de vicissitudes, qu'une comparaison entre une mesure du temps et une autre. Ainsi, disent ces docteurs, le temps a commencé d'être avec le monde. Son origine date <lu premier mouvement , soit spirituel , soit matériel , auquel le Créateur a donné l'impulsion. Mais l'éternité n'a pas cessé d'être dans Dieu ce qu'elle étoit. En dévouant ses créatures aux changements et aux successions, il ne s'y est pas soumis. Toujours le même , il est incapable de recevoir aucune mutation , d'éprouver de la succession. Le temps est une manière d'être des créatures toujours changeantes. L'éternité est un attribut du Créateur; elle n'est pas distincte de lui-même , elle est immuable comme lui. Toute l'éternité est donc essentiellement indivisible. On ne peut la considérer clans sa totalité que comme un seul instant. Pour en donner une idée imparfaite , on la compare

au point central , autour duquel tournent les points sans nombre de la circonférence. Ainsi , tous les moments du temps correspondent au moment unique de l'éternité. De changements en changements , le temps poursuit son cours devant l'éternité qui reste toujours fixe : ce qu'un de nos poètes a exprimé ainsi :

Le temps , cette image mobile De l'immobile éternité.

( J.-B. Rousseau , Ode au prince Eugène. )

Si l'éternité consiste dans une succession de moments et de siècles, il faut dire que le nombre de ces moments et de ces siècles écoulés jusqu'à présent est infini. Mais comment peut-il l'être , puisqu'il s'accroît sans cesse? Un infini qui reçoit de l'accroissement est une évidente contradiction.

On objecte que cette notion de l'éternité est inintelligible et contraire à toutes les idées ordinaires. Mais une éternité successive se comprend-elle plus aisément H Ne nous y trompons point : c'est l'éternité elle-même qui est incompréhensible ; quel que soit son mode , nous ne la comprenons pas : mais nous la concevons , nous en avons l'idée. Et si on ne pouvoit avoir aucune idée de l'éternité non successive , comment seroit-elle venue , même à des philosophes païens? quant à la contrariété de ce système avec les notions communes, elle n'est pas étonnante. Si on veut appliquer à l'Etre nécessaire les notions que l'on a des êtres contingents , on se trouvera continuellement en défaut. Vivant dans le temps, entraînés par le temps, voyant dans tout ce qu? nous entoure, et éprouvant sans cesse en nous-mêmes les vicissitudes du temps, il n'est pas étonnant que nos idées habituelles se rapportent au temps. 11 faut élever sa pensée au delà de l'ordre des choses dans lequel nous sommes , et dont nous faisons partie , pour la transporter dans l'éternité. Observons qu'il s'agit ici non-seulement d'un attribut divin, mais du mode de cet attribut. Nous pouvons nous élever à une idée quelconque des perfections divines : mais une des causes par lesquelles cette connoissance sera toujours imparfaite est que , par notre raison , nous ne pourrons jamais connoitre la manière dont cette perfection est dans Dieu. Par exemple , je ne puis douter qu'il ne possède la science; mais comment sait-il? je l'ignore. Il en est de même de son éternité. — Dissertation sur l'existence de Dieu , par le card. de la Luzerne.

NOTE XLIV. — eucharistie. (Pag. 490.)

La croyance des catholiques au sujet de la présence réelle est fondée sur une tradition générale, constante, qui remonte jusqu'aux apôtres. Les Pères qui ont écrit dans les cinq premiers siècles , les pasteurs de la primitive Eglise , nous oiï'rent des témoignages incontestables de cette tradition.

Saint Ignace d'Antioche , disciple des apôtres , parlant de certains hérétiques qui nioient la réalité du corps de Notre-Seigneur , dit : « Ils s'éloignent de l'eucharistie et » de la prière , parce qu'ils ne confessent pas que l'eucharistie soit la chair de notre » Sauveur Jésus-Christ , celle qui a souffert pour nos péchés, celle que par sa bonté le » Père a ressuscitée. ( Epist. ad Smyrn. )»

Saint Irénée , au livre quatrième contre les hérésies, en. 17, al. 32, parle ainsi: « Jésus-Christ ayant pris ce qui de sa nature étoit pain , le bénit , rendit grâces en

» disant : Ceci est mon corps. Et de même ayant pris le calice il confessa que c'étoit

» son sang : il enseigna la nouvelle oblation de son Testament : l'Eglise l'a reçue des » apôtres , et l'offre à Dieu dans tout l'univers. »

Au même livre , chap. 34 , ce docteur réfute ainsi certains hérétiques qui nioient que Jésus-Christ fût Fils du Créateur: «Et comment donc assureront-ils que ce pain sur » lequel les actions de grâces ont été faites , est le corps de leur Seigneur , et le calice de » son sang , s'ils disent qu'il n'est point Fils du Créateur du monde , c'est-à-dire le Verbe » de celui par qui le bois de la vigne fructifie , les sources découlent , et la terre donne » d'abord l'herbe , puis l'épi , puis le froment dans l'épi. »

Tertullien , dans son livre de l'Idolâtrie, c. 7 , parlant de ceux qui s'approchent indignement de l'eucharistie , compare leur crime à celui des Juifs qui ont porté leurs mains sacrilèges sur le corps de Notre-Seigneur.

Au livre de la Résurrection du corps , chapitre 8 , il dit que notre chair se nourrit du

corps et du sang de Jésus -Christ , en sorte que notre âme s'engraisse de Dieu même.

Noire-Seigneur, dit-il ailleurs , ayant pris du pain , il en fit son corps en disant : Hoc est corpus meum. ( Liv. 4 contre Marcion , c. 40.)

Origène ( hom. 9 sur le Lévitiq., n. 10 ) : « Ne vous attachez point au sang des ani- » maux ; mais plutôt apprenez à connoître le sang du Verbe , et écoutez tout ce qu'il dit » lui-même : Ceci est mon sang. Celui qui est imbu des mystères connoît la chair et le » sang du Verbe-Dieu. N'insistons donc point sur des choses connues des initiés , et qui » ne doivent point l'être de ceux qui ne le sont pas.

» Lorsque vous recevez la sainte nourriture et ce mets incorruptible , lorsque vous » goûtez le pain et la coupe de vie, vous mangez et vous buvez le corps et le sang du » Seigneur: alors le Seigneur entre sous votre toit. Vous devez donc vous humilier, et, » imitant le centurion , dire avec lui : Seigneur, je ne suis pas digne que vous entriez » dans ma maison. »

Saint Cyprien , aux approches d'une persécution , exhortoit ainsi les fidèles : « Tenons- » nous prêts à combattre ; ne nous occupons que d'obtenir la gloire et la couronne d'une » vie éternelle, en confessant le Seigneur.... Le combat qui s'approche sera plus cruel, » plus féroce que jamais ; c'est par une foi inébranlable que les soldats du Christ » doivent s'y préparer, en songeant qu'ils boivent tous les jours le calice de son sang, » afin d'en être mieux disposés à verser le leur pour le Christ. ( Epist. 5G. ) »

Relevant l'indécence d'un chrétien qui, au sortir de l'église, alloit au théâtre: « A » peine congédié du temple du Seigneur , dit-il , et ayant encore l'eucharistie sur son » sein , l'infidèle s'acheminoit vers le théâtre, emportant au spectacle avec lui le corps » sacré de Jésus-Christ.

» 11 s'agit de nous revêtir delà cuirasse de justice, afin que notre cœur soit garanti

» contre les traits de l'ennemi Fortifions nos yeux , afin qu'ils ne fixent pas ces

» idoles détestables; fortifions la bouche, afin que notre langue victorieuse confesse le » Seigneur et son Christ ; armons notre main du glaive spirituel , afin qu'elle repousse » avec intrépidité ces funestes sacrifices; et qu'au souvenir de l'eucharistie, cette main, «> qui a reçu le corps du Seigneur , embrasse son Dieu , et le serre, assurée de recevoir » bientôt de lui le prix de la couronne céleste. ( Liv. sur les spectacles, )»

Firmilien, évéque de Césarée, dans une lettre à saint Cyprien: « Quel délit , s'écrie- » t-il , dans ceux qui admettent et ceux qui sont admis , lorsqu'assez téméraires pour » usurper la communion , avant d'avoir exposé leurs péchés et lavé leurs souillures dans » le bain de l'Eglise , ils touchent le corps et le sang du Seigneur , tandis qu'il est » écrit : Quiconque mangera ce pain , ou boira indignement le calice du Seigneur , sera » coupable du corps et du sang du Seigneur. »

Les Pères du concile de Nicée , le premier œcuménique : « De rechef, il ne faut pas » être bassement attentif au pain et au calice offerts sur cette table divine : mais éle- »> vant notre esprit , comprenons par la foi cet agneau de Dieu gisant sur cette table » sacrée, enlevant les péchés du monde, immolé par les prêtres d'une manière non » sanglante ; et , en prenant véritablement son corps précieux et son sang , croyons qu'ils » sont le gage de notre résurrection. »

Saint Hilaire : « Attachons-nous, dit-il , à ce qui est écrit, si nous voulons accomplir » les devoirs d'une foi parfaite. Car il y a de la folie et de l'impiété à dire ce que nous » disons de la vérité naturelle de Jésus-Christ en nous , à moins que lui-même ne nous » l'ait appris. C'est lui qui nous dit : Ma chair est vraiment viande , et mon sang est » vraiment un breuvage : celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi »> et moi en lui. 11 ne laisse aucun lieu de douter de la vérité de sa chair et de son sang , » puisque la déclaration du Seigneur et notre foi portent que c'est vraiment de la chair » et vraiment du sang ; et que ces choses étant prises et avalées , font que nous sommes » en Jésus-Christ et que Jésus-Christ est en nous. ( Liv. S, de la Trinité. ) »

Saint Ephrem , diacre d'Edesse , écrivant contre la curiosité à sonder la nature , s'exprime ainsi sur le mystère de l'eucharistie : « L'œil de la foi , lorsque, pareil à la » lumière, il brille dans le cœur d'un chrétien , contemple à découvert l'agneau de Dieu, » qui a été immolé pour nous, et qui nous a donné son corps saint et sans tache pour » nous en nourrir continuellement.... Celui qui est doué de cet œil de la foi, aperçoit

* Dieu dans une clarté intuitive , et d'une foi pleine et bien assurée , il mange le corps

* sacré et boit le sang de l'agneau sans tache , sans se livrer , sur cette sainte et divine

* doctrine, à des recherches curieuses Pourquoi sondez-vous ce qui n'a point de

» fond? Si vous sondez avec curiosité, vous ne méritez plus le nom de fidèle, mais celui » de curieux. Soyez donc innocent et fidèle. Participez ;iu corps immaculé et au sang » du Seigneur avec une foi très-pleine, assuré que vous manges l'agneau même tout » entier. Car les mystères du Christ sont un feu immortel. Gardez-vous de les sonder » avec témérité , de peur qu'en y participant vous n'en soyez consumé. Le patriarche » Abraham servit autrefois des aliments terrestres à des anges célestes, qui en mangè- » rent. Ce fut , sans doute , un grand prodige de voir des êtres spirituels prendre sur » terre une nourriture animale. Mais voici ce qui passe vraiment toute admiration, » toute intelligence et tout langage, c'est ce que le Fils unique Notre-Seigneur Jésus- > Christ a fait pour nous. Car nous autres hommes charnels, il nous a fait manger et -* boire le feu et l'esprit même , c'est-à-dire son corps et son sang. Pour moi , mes frères, *> ne pouvant saisir par la pensée les sacrements du Christ, je n'ose m'avancer plus » loin, ni essayer encore d'atteindre à la hauteur de ces mystères profonds et sacrés ; et si » j'en voulois parler audacieusement , je ne les comprendrois pas davantage. Je ne serois » qu'un téméraire , un insensé, battant l'air de mes vains et inutiles ed'orts. Car l'air » échappe à toute prise par sa rareté et sa ténuité ; et ces saints, ces vénérables , ces re- » doutables mystères outrepassent toutes les forces de mon génie. »

Saint Optât , évêque de Milève, reproche aux donatistes leurs attentats en ces termes : « Est-il sacrilège pareil à celui de briser et renverser les autels de Dieu , sur lesquels » vous avez vous-mêmes sacrifié autrefois? Ces autels où ont été portés les vœux des » peuples , et les membres de Jésus-Christ déposés ; où le Tout-Puissant a été invoqué » et son Esprit saint est descendu ; ces autels où tant de fidèles ont reçu le gage de la » vie éternelle , le bouclier de la foi , et l'espoir de la résurrection.... Que vous avoit » donc fait le Christ, dont le corps et le sang ont habité par moment sur ces autels....? » Et pour redoubler encore cet exécrable forfait , vous avez brisé les calices qui conte- » noient le sang de Jésus-Christ : Christi sanguinis portatores. 0 crime abominable ! ô » scélératesse inouïe ! vous avez imité les Juifs : ils percèrent le corps de Jésus-Christ » sur la croix, et vous, vous l'avez frappé sur l'autel. ( Liv. G , cont. Parménion. ) »

Saint Cyrille de Jérusalem ( Catech. Myst. 4 ) : « La doctrine du bienheureux Paul » suffit-elle seule pour vous rendre des témoignages certains delà vérité des divins mys- » tères ? » ( Il cite les passages de saint Paul aux Corinthiens, et continue ainsi : ) « Puis- » que Jésus-Christ , en parlant du pain , a déclaré que c'étoit son corps , et puisque, en » parlant du vin, il a si positivement assuré que c'étoit son sang, qui osera jamais révo- » quer en doute cette vérité ? Autrefois , en Cana de Galilée , il changea de l'eau en vin » par sa seule volonté ; et nous estimerons qu'il n'est pas assez digne pour nous faire » croire sur sa parole , qu'il ait changé du vin en son sang ! Si , ayant été invité à des » noces humaines et terrestres , il y fit ce miracle, sans qu'on s'y attendit , ne devons- » nous pas reconnoître encore plutôt qu'il a donné aux enfants de l'époux céleste, son » corps à manger et son sang à boire , afin que nous le recevions, comme étant indubi- » tablement son corps et son sang ? Car sous l'espèce du pain , il nous donne son corps, et » sous l'espèce du vin, il nous donne son sang, afin qu'étant faits participant de ce corps » et de ce sang , vous deveniez un même corps et un même sang avec lui.... C'est pour- » quoi je vous en conjure , mes frères, de ne plus les considérer comme un pain com- » mun et comme un vin commun , puisqu'ils sont le corps et le sang de Jésus-Christ, »> selon sa parole. Car, encore que les sens nous rapportent que cela n'est pas , la foi » doit vous persuader et vous assurer que cela est. Ne jugez donc pas de cette vérité » par le goût; mais que la foi vous fasse croire , avec une entière certitude , que vous » avez été rendus dignes de participer au corps et au sang de Jésus-Christ... Que votre âme » se réjouisse au Seigneur, étant persuadés comme d'une chose très-certaine, que le pain

• qui paroît à nos yeux, n'est pas du pain , quoique le goût le juge tel , mais que c'est

• le corps de Jésus-Christ ; et que le vin qui paroît à nos yeux n'est pas du vin , quoique » le sens du goût ne le prenne que pour du vin, mais que c'est le sang de Jésus-Christ. »

Saint Grégoire de Nazianze , dans son Discours sur la Pâque , s'adressa nt aux fidèles , leur dit : « Ne chancelez pas dans votre âme , quand vous entendez parler du sang, de » la passion et de la mort de Dieu : mais bien plutôt mangez le corps et buvez le sang » sans hésitation aucune, si vous soupirez après la vie. Ne doutez jamais de ce que » vous entendez dire sur sa chair; ne vous scandalisez point de sa passion, soyez con-

• stants , fermes et stables , sans vous laisser ébranler en rien par les discours de nos » adversaires. »

Saint Grégoire de Nysse : « J'ai donc raison de croire que le pain sanctifié par la » parole de Dieu , est transformé, changé au corps du Verbe-Dieu ; car ce Tjain est sanc- » tifié , comme parle l'apôtre , par la parole de Dieu et par la prière , non pas de telle » sorte qu'en mangeant et en buvant, il devienne Je corps du Verbe , mais il est change ;dans l'instant au corps par la parole, ainsi qu'il a été dit par le Verbe , Ceci est mon c corps. »

11 termine ce chapitre, en observant que « c'est par la vertu de la bénédiction que la i> nature des choses visibles est changée en son corps : Virtute benedictionis in illud » transelem entât â eorum quœ apparent naturâ. ( Orat. Catech., c. 37.) »

Saint Ambroise , Discours aux Néophytes, chap. 9 : « Considérez, je vous prie, ô » vous qui devez bientôt participer aux saints mystères, quel est le plus excellent, ou » de cette nourriture que Dieu donnoit aux Israélites dans le désert , appelée le pain » des anges, ou de la chair de Jésus-Christ, laquelle est le corps même de celui qui est

» la vie ; de la manne qui tomboit du ciel, ou de celle qui est au-dessus du ciel

» L'eau coula du sein d'une rocheen faveur des Juifs; mais pour nous le sang coule de

» Jésus- Christ même Aussi cette nourriture et ce breuvage de l'ancienne loi n'étoient

» que des figures et des ombres ; mais cette nourriture et ce breuvage dont nous par- » Ions , est la vérité. Que si ce que vous admirez n'étoit qu'une ombre , combien grande »> doit être la chose dont l'ombre seule vous paroît si admirable ? Or la lumière est plus » excellente que l'ombre , la vérité que la figure, et le corps du Créateur du ciel , que » la manne qui tomboit du ciel. Mais vous me direz peut-être : comment m'assurez-vous » que c'est le corps de Jésus-Christ que je reçois, puisque je vois autre chose? c'est ce qui » nous reste ici à prouver. Or nous trouvons une infinité d'exemples pour montrer que ce » que l'on reçoit à l'autel n'est point ce qui a été formé par la nature, mais ce qui a été » consacré par la bénédiction, et que cette bénédiction est beaucoup plus puissante que la » nature, puisqu'elle change la nature même. Moïse tenoit une verge à la main ; il la jeta à » terre, et elle fut changée en serpent ; il saisit ensuite la queue du serpent , lequel reprit » aussitôt sa première forme et sa première nature.... que si la simple bénédiction d'un » homme a eu assez de force pour transformer la nature, que dirons-nous de la propre » consécration divine, dans laquelle les paroles mêmes du Sauveur opèrent tout ce qui » s'y fait ? Car ce sacrement que vous recevez est formé par les paroles de Jésus-Christ. » Que si la parole d'Elie a pu faire descendre le feu du ciel, la parole de Jésus-Christ ne » pourra-t-elle pas changer la nature des choses créées ?

» Vous avez lu dans l'histoire de la création du monde, que Dieu ayant parlé, toutes » les choses ont été faites; et qu'ayant commandé, elles ont été créées. Si donc la parole » de Jésus-Christ a pu du néant faire ce qui n'étoit point encore , ne pourra-t-elle poiii: » changer en d'autres natures celles qui étoient déjà ; puisqu'on ne sauroit nier qu'il soit » plus difficile de donner l'être aux choses qui ne l'ont point , que de changer la nature » de celles qui ont déjà reçu l'être. Mais pourquoi nous servons-nous de raison ? Servons- » nous des exemples que Dieu nous fournit , et établissons la vérité de ce mystère de »> l'euchariiitie par l'exemple de l'incarnation du Sauveur. La naissance que Jésus-Christ » a prise de Marie a-t-elle suivi l'usage ordinaire de la nature ? 11 est sans doute que cet » ordre n'y a pas été observé , puisque l'homme n'a eu aucune part à cette naissance. Il » est donc visible que c'a été contre l'ordre de la nature qu'une vierge est devenue » mère. Or ce corps que nous produisons dans ce sacrement , est le même corps qui est d né de la vierge Marie. Pourquoi cherchez-vous l'ordre de la nature dans la production » du corps de Jésus-Christ dans ce sacrement, puisque c'est aussi contre l'ordre de la »> nature que ce même Seigneur est né d'une vierge? C'est la véritable chair de Jésus- » Christ qui a été crucifiée et qui a été ensevelie. C'est donc aussi , selon la vérité , le » sacrement de cette chair. Jésus-Christ dit lui-même : Ceci est mon corps. Avant la •> consécration, qui se fait avec les paroles célestes, on donne à cela un autre nom; » mais après ia consécration , cela est nommé le corps de Jésus-Christ. Il dit aussi : » Ceci est mon sang. Avant la consécration, ce qui est dans le calice s'appelle autre- » ment : après la consécration on le nomme sang de Jésus-Christ. Or vous répondez » amen quand on vous le donne, c'est-à-dire il est vrai. Croyez donc véritablement de » cœur ce que vous confessez de bouche ; et que vos sentiments intérieurs soient con- » formes à vos paroles. Jésus-Christ nourrit son Eglise par ce sacrement, qui fortifie » la substance de notre âme. C'est un mystère que vous devez conserver soigneuse- » ment en vous-mêmes.... de peur de le communiquer à ceux qui n'en sont pas dignes,

»• et d'en publier les secrets devant les infidèles par une trop grande légèreté de parler. » Vous devez donc veiller avec grand soin , pour la conservation de votre foi , afin do » garder toujours ïnviolablement la pureté de votre vie, et la fidélité de votre secret. »

Saint Epiphane, dans son Exposition de la foi: « L'Eglise est le port tranquille de la i» paix , on respire dans son sein une suavité qui rappelle les parfums de la vigne de » Chypre : on y cueille les fruits de bénédiction. Elle nous présente encore tous les jours » ce breuvage si efficace pour dissiper nos afflictions, je veux dire le sang pur et véritable » de Jésus-Christ. »

Saint Jean Chrysostome : « Les statues des souverains ont souvent servi d'asile aux » hommes qui s'étoient réfugiés près d'elles , non parce qu'elles étoient faites d'airain , » mais parce qu'elles représenl oient la figure des princes. Ainsi le sang de l'agneau » sauva les Israélites, non parce qu'il étoit sang, mais parce qu'il figuroit le sang du » Sauveur, et annonçoit sa venue. Maintenant donc, si l'ennemi apercevoit, non le » sang de l'agneau figuratif empreint sur nos portes , mais le sang de la vérité reluisant » dans la bouche des fidèles , il s'en éloigneroit bien davantage. Car , si l'ange a passé à

» la vue de la figure , combien plus l'ennemi seroit-il effrayé à l'aspect de la vérité ?

» Considérez t ajoute-t-il ensuite , de quel aliment il nous nourrit et nous rassasie. Lui- » même est pour nous la substance de cet aliment , lui-même est notre nourriture. Car »> comme une tendre mère , poussée par une affection naturelle , s'empresse de sus- » tenter son enfant de toute l'abondance de son lait; ainsi Jésus-Christ alimente de son. » propre sang ceux qu'il régénère. ( Homélie aux néophytes; Homélie sur saint Jean; * Homélie 67 au peuple d'Antioche. ) »

Ailleurs : « Obéissons donc à Dieu en toutes choses , ne le contredisons pas lors même » que ce qu'il nous dit paroît répugner à nos idées et à nos yeux. Que sa parole soit préférée » à nos yeux et à nos pensées. Appliquons ce principe aux mystères. Ne regardons par ce *. qui est exposé à nos yeux, mais sa parole , car elle est infaillible, et nos sens exposés à ' l'illusion. Puis donc que le Verbe dit : Ceci est mon corps , obéissons , croyons et » voyons ce corps avec les yeux de l'âme , car Jésus-Christ ne nous a rien donné de sen- » sible , mais sous des choses sensibles , des objets qui ne s'aperçoivent que par l'esprit.... » Car si vous étiez sans corps, les dons qu'il vous a faits auroient été simples, ils n'au- » roient eu rien de corporel ; mais parce que votre âme est unie à un corps, sous des » choses sensibles il vous en présente qui ne le sont pas. Combien n'y en a-t-il pas qui » disent à présent : Je voudrois bien voir sa forme , sa figure , ses vêtements , sa chaus- >< sure? Et voici que vous le voyez, que vous le touchez lui-même , que vous le mangez » lui-même. Vous voudriez voir ses vêtements ; mais il se donne à vous lui-même , non-

» seulement pour être vu, mais touché, mangé, reçu intérieurement Si vous ne

» pouvez envisager, sans une indignation extrême , la trahison de Judas et l'ingratitude » de ceux qui le crucifièrent, prenez garde de vouz rendre vous-même coupable de la » profanation de son corps et de son sang. Ces malheureux firent souffrir la mort au très- » saint corps du Seigneur, et vous, vous le recevez avec une âme impure et souillée, » après en avoir reçu tant de biens ! Car , non content de se faire homme, de souffrir » les ignominies , il a voulu encore se mêler et s'unir à vous , de sorte que vous deveniez *> un même corps avec lui, et non-seulement par la foi, mais effectivement et dans la »> réalité même.

» De quelle pureté ne devroit donc pas être celui qui est fait participant d'un tel sa- »> crifice? Combien plus pure que les rayons du soleil ne devroit pas être la main qui » distribue cette chair, la bouche qui se remplit de ce feu spirituel , la langue qui se » teint de ce sang redoutable ? Songez à quel honneur vous êtes élevé , à quelle table » vous êtes admis ! Celui que les anges tremblent d'apercevoir , et qu'ils n'osent con- *> templer sans frayeur , à cause de l'éclat qui rejaillit de sa personne , descend à nous ; »> nous sommes nourris de sa substance, nous mêlons la nôtre à la sienne, et nous ■-> devenons avec lui un même corps , une même chair. Qui racontera les merveilles du •> Seigneur ? qui fera dignement entendre ses louanges? quel pasteur a jamais nourri ses ». brebis de ses propres membres ? Et que parlé-je de pasteur ? Les mères elles-mêmes »> livrent quelquefois leurs enfants à des nourrices étrangères. Mais il ne souffre point » que les siens soient traités ainsi. Lui-même il les nourrit de son propre sang, et se

»• les attache entièrement Jésus-Christ , qui autrefois opéra ces merveilles dans la

» cène qu'il fit avec ses apôtres, est le même qui les opère aujourd'hui. Nous tenons ici la » place de ses officiers et de ses ministres ; mais c'est lui qui sanctifie ces offrandes, et

» les change en son corps et en son sang Ce n'est pas seulement à vous qui parti-

» cipez aux mystères, mais à vous qui en êtes les dispensateurs, que j'adresse mon dis-

» cours Et vous, laïques, lorsque vous vous approchez du corps sacré, croyez que

» vous le recevez de la main invisible de Jésus-Christ. Car celui qui a l'ait pins, c'est- » à-dire qui s'est posé lui-même sur l'autel, ne dédaignera pas de vous présenter son » corps. » Le grand évéque passe ensuite au devoir de la charité , qu'il relève magnifiquement comme la plus belle disposition aux mystères ; et faisant allusion à la cène de Jésus-Christ, il ajoute : « Elle n'étoit point d'argent cette table où il étoit assis ; il n'é- » toit point d'or ce calice duquel il versa son propre sang à ses apôtres : et pourtant p que ce vase étoit précieux , qu'il étoit redoutable , par l'esprit dont il étoit plein....! » ( Homélie 60 au peuple d'Antioche. ) »

Saint Gaudence, évêque de Bresse, s'exprime ainsi : « Dans les ombres et les figures » de l'ancienne pàque , on ne tuoit pas un seul agneau , mais plusieurs , savoir : un » dans cbaque maison ; parce qu'un seul n'eût pas pu suffire à tout le peuple , et que ce » mystère n'étoit que la figure et non pas la réalité de la passion du Seigneur. Car la » figure d'une chose n'en est pas la réalité, mais en est seulement la représentation et » l'image. Or maintenant que dans la vérité de la loi nouvelle , un seul agneau est mort » pour tous , il est certain qu'étant aussi immolé par toutes les maisons , c'est-à-dire » sur tous les autels des églises , il nourrit sous les mystères du pain et du vin ceux qui

» l'immolent C'est là véritablement la chair de l'agneau, c'est là le sang de l'a-

» gneau. Car c'est ce même pain vivant descendu du ciel, qui a dit : Le pain que js » donnerai est ma propre chair. Son sang est fort bien représenté sous l'espèce du vin , » puisqu'on disant dans l'Evangile : Je suis la vraie vigne , il témoigne assez que le vin » que l'on offre dans l'Eglise en figure et en mémoire de sa passion , est son propre

» sang C'est donc ce même Seigneur et souverain créateur de toutes choses , qui de

» la terre ayant formé du pain , forme de nouveau de ce même pain son propre corps ; » parce qu'il le peut faire , et qu'il l'a promis ; et c'est lui-même qui , ayant autrefois » change' l'eau en vin , change maintenant le vin en son propre sang.

» L'Ecriture que l'on a lue , concluant par une fin excellente et mystérieuse ce qu'elle » avoit dit, ajoute: Car c'est la pàque du Seigneur. 0 sublimité desrichesses de la sagesse et » de la science de Dieu ! C'est la pàque du Seigneur, dit l'Ecriture , c'est-à-dire le passage » du Seigneur, afin que vous ne preniez pas pour terrestre ce qui a été rendu tout céleste » par l'opération de celui qui a voulu passer lui-même dans le pain et le vin , en les » faisant devenir son corps et son sang. Car ce que nous avons ci-dessus exposé en » termes généraux touchant la manière de manger la chair de l'agneau pascal , nous le » devons particulièrement observer dans la manière de recevoir les mêmes mystères » de la passion du Seigneur. Vous ne devez pas les rejeter , en considérant cette chair » comme si elle étoit crue, et le sang comme s'il étoit tout cru, ainsi que firent les Juifs, » ni dire avec eux : Comment peut-il nous donner sa chair à manger? Vous ne devez » pas non plus concevoir en vous-mêmes ce sacrement comme une chose commune et » terrestre, mais plutôt vous devez croire avec fermeté que, par le feu du Saint-Esprit . » ce sacrement est en effet devenu ce que le Seigneur assure qu'il est. Car ce que vous » recevez est le corps de celui qui est le pain vivant et céleste , et le sang de celui qui » est la vigne sacrée. Et nous savons que, lorsqu'il présenta à ses disciples le pain et ■ le vin consacrés , il leur dit : Ceci est mon corps, ceci est mon sang. Croyons donc, » je vous prie, à celui auquel nous avons déjà cru ; la vérité est incapable de mensonge. » Comme donc il est ordonné dans l'ancienne loi de manger la tète de l'agneau pascal avec » ses pieds, nous devons maintenant , dans la loi nouvelle .manger tout ensemble la » tête de Jésus-Christ, qui est sa divinité, avec ses pieds qui sont son humanité , les- » quels sont unis et cachés dans les sacrés et divins mystères, en croyant également » toutes choses, ainsi qu'elles nous ont été laissées par la tradition de l'Eglise, et en » nous gardant de briser cet os qui est très-solide , c'est-à-dire cette vérité sortie de sa » bouche : Ceci est mon corps , ceci est mon sang.

d Que si après il reste quelque chose que vous n'ayez pas bien compris dans cette » explication , il faut achever de la consumer entièrement par la chaleur de la foi. Car » notre Dieu est un Dieu qui consume , qui purifie et qui éclaire nos esprits , pour nous » faite concevoir les choses divines , afin que , découvrant les causes et les raisons » mystérieuses du même sacrifice tout céleste institué par Jésus-Christ , nous puissions » lui rendre d'éternelles actions de grâces d'un don si grand et si ineJl'able. Car c'est le

» véritable héritage de son nouveau Testament , qu'il nous laissa dans la nuit même de » sa passion , comme le gage de sa présence. C'est le viatique dont nous nous sommes » nourris et fortifiés dans le pèlerinage de cette vie , jusqu'à ce que nous arrivions dans » le ciel , et que nous jouissions pleinement et à découvert de celui qui , étant sur la » terre , nous a dit : Si vous ne mangez ma chair et ne buvez mon sang , vous n'aurez » point la vie en vous. Il a voulu que nous jouissions toujours de ses grâces et de ses » bienfaits ; il a voulu que son sang précieux sanctifiât continuellement nos âmes par » l'image de sa passion. C'est pourquoi il commanda à ses fidèles disciples qu'il avoit » établis pour être les premiers pasteurs de son Eglise, de célébrer sans cesse ces mys- » tères de la vie éternelle , jusqu'à ce que Jésus-Christ descende de nouveau du ciel ; » afin que les pasteurs et tout le reste du peuple fidèle , ayant tous les jours devant les » yeux l'image de la passion de Jésus-Christ, la portant en leurs mains, et même la » recevant en leur bouche et dans leur estomac , le souvenir de notre rédemption ne » s'effaçât jamais de notre mémoire , et que nous eussions toujours un remède favorable » et un préservatif assuré contre les poisons du diable. Recevez donc , aussi-bien que » nous , avec toute la sainte avidité de votre cœur , ce sacrifice de la pàque du Sauveur » du monde , afin que nous soyons sanctifiés dans le fond de nos âmes et de nos en- » tiailles, par Notre-Seigneur Jésus-Christ, lequel nous croyons être lui-même présent » clans ses sacrements. ( Traité 2 sur la nature des sacrements. J »

Saint Jérôme , dans son Commentaire sur saint Matthieu, dit , « qu'après l'accomplissement de la pâque typique et la manducation de l'agneau pascal , Jésus-Christ passa au vrai sacrement de la pàque , et que comme Melchisédech avoit offert en figure du pain et du vin , Jésus-Christ rendit présente la vérité de son corps et de son sang. »

Et ailleurs : « Qu'il y a autant de différence entre les pains de proposition et le corps de Jésus-Christ , qu'entre l'ombre et le corps, l'image et la vérité, la figure des choses à venir , et ce qui étoit représenté par ces figures. ( Sur l'épître à Tite.) »

« Qui pourroit souffrir , dit- il dans sa lettre 85 àEvagrius , qu'un ministre des tables et des veuves s'élevât avec présomption au-dessus de ceux aux prières desquels le corps et le sang de Jésus-Christ sont formés? »

« Pour nous , écrit-il dans sa lettre à Hédibia, comprenons que le pain que rompit le Seigneur , et qu'il donna à ses disciples, est le corps de Notre-Seigneur , puisqu'il dit luimême , Ceci est mon corps. Moïse ne donna pas le pain véritable , mais bien le Seigneur Jésus , qui étant assis au festin , mange et se donne lui-même à manger. »

« A Dieu ne plaise que je dise quelque chose au désavantage de ceux qui , succédant au degré apostolique, forment le corps de Jésus-Christ par leur bouche sacrée. (Epître à Héliod.) »

Et ailleurs il appelle le prêtre un médiateur entre Dieu et les hommes , qui produit le corps de Jésus-Christ par sa bouche sacrée.

Saint Augustin , sermon 83 , dit aux fidèles : « Vous devez savoir ce que vous avez reçu , ce que vous recevez , et ce que vous devez recevoir chaque jour ; ce pain que vous voyez sur l'autel , étant consacré par la parole de Dieu , est le corps de Jésus-Christ : ce calice , ou plutôt ce qui est dans le calice, ayant été sanctifié par la parole de Dieu , est le sang de Jésus-Christ. »

Ailleurs : « Nous recevons avec un cœur et une bouche fidèle le médiateur de Dieu et des hommes , Jésus-Christ homme , qui nous donne son corps à manger et son sang à boire , quoiqu'il semble plus horrible de manger de la chair d'un homme que de le tuer , et de boire du sang humain que de le répandre. ( Liv. cont. Vadv. de la loi et des prophètes. ) »

Sur le psaume 39 : « Les sacrifices anciens ont été abolis , comme n'étant que de simples promesses , et on nous en a donné qui contiennent l'accomplissement. Qu'est-ce qu'on nous a donné pour accomplissement ? le corps que vous connoissez , mais que vous ne connoissez pas tous ; et plût à Dieu qu'aucun de ceux qui le connoissent , ne le connoisse à sa condamnation ! Vous n'avez point voulu , dit Jésus-Christ , de sacrifice et d'oblation. Quoi donc ! sommes-nous maintenant sans sacrifice ? à Dieu ne plaise ! Mais vous m'avez formé un corps. Vous avez rejeté ces sacrifices , afin de former ce corps ; et avant qu'il fut formé , vous vouliez bien qu'on vous les offrît. L'accomplissement des choses promises a fait cesser les promesses. Car , si ces promesses subsistoient , ce seroit une marque qu'elles ne seroient pas accomplies. Ce corps étoit promis par quelques signes. Les signes qui marquoienl la promesse ont été abolis , parce que la

vérité promise a été donnée. Nous sommes dans ce corps ; nous en sommes participants.»

Au livre 2 , ch. 6, sur les Questions deJanuarius : « Il paroit très-clairement que les disciples, la première fois qu'ils reçurent le corps et le sang du Seigneur, ne le reçurent point à jeun. Faudra-t-il pour cela calomnier l'Eglise universelle de ce que l'on ne les reçoit plus qu'à jeun ! Il a plu au Saint-Esprit, par honneur pour un si grand sacrement , que le corps du Seigneur entrât dans la bouche du chrétien avant toute autre nourriture , et c'est pour cela que cette coutume prévaut dans l'univers entier. »

Et sur ces paroles du titre du psaume 33 : Il étoit porté dans ses mains , voici comme le saint docteur s'est exprimé : « Mais comment ceci peut-il arriver dans un homme ? Et qui pourroit le concevoir, mes frères? Car quel est l'homme qui se porte véritablement dans ses mains? Tout homme peut être porté dans les mains d'un autre : dans les siennes- propres, personne. Nous ne voyons point comment cela peut à la lettre s'entendre de David y mais bien de Jésus-Christ. Car il étoit porté dans ses propres mains, lorsque recommandant son propre corps , il dit : Ceci est mon corps ; car alors il portoit son corps dans ses mains. » Il est impossible à tout homme de faire ce que fit alors Jésus-Christ : or tout homme peut se porter lui-même en ligure et en représentation : ce n'est donc pas ainsi que le savant évêque d'Hippone l'entendoit de Jésus-Christ.

Saint Paulin, qui a écrit la vie de saint Ambroise , raconte la manière dont il reçut la communion avant de mourir. Ce passage est curieux en ce qu'il montre la pratique ancienne de l'Eglise , de donner au mourant la communion sous une seule espèce. « Honorât , évéque de Verceil ( celui qui l'assista à la mort ) , s'étant retiré au haut de la maison pour goûter quelque peu de sommeil et de repos , entendit une voix qui lui disoit pour la troisième fois : Levez-vous , hàtez-vous , parce qu'il rendra bientôt l'esprit. Alors étant descendu , il présenta au saint le corps de Notre-Seigneur ; il le prit , et dès qu'il l'eut avalé ( quo acceplo , ubi glutivit), il rendit l'esprit, emportant avec lui un bon viatique , afin que son àme, fortifiée de cette viande , allât jouir de la compagnie des angt-s. »

Saint Cyrille d'Alexandrie, dans un passage cité par Victor d'Antio , s'exprime comme il suit : « Ne doutez pas de cette vérité, puisque Jésus-Christ nous assure si manifestement que ceci est son corps; mais recevez plutôt avec foi les paroles du Sauveur ; car, étant la vérité , il ne peut mentir. »

Le même patriarche enseigne encore que « celui qui a été mangé figuralivement en Egypte , s'immole volontairement lui-même en cette cène ; et qu'après avoir mangé la figure , parce que c'étoit à lui d'accomplir les figures légales, il en montra la vérité, en se présentant lui-même comme aliment de vie. ( Disc, sur la cène mystique. ) »

« Ce mystère dont nous parlons est terrible : ce qui s'y passe est étonnant. L'agneau de Dieu , qui efface les péchés du monde, y est sacrifié. Le Père s'en réjouit, le Fils y est volontairement immolé, non plus par ses ennemis, mais par lui-même, afin de faire connoître aux hommes que les tourments qu'il a endurés pour leur salut, ont été tout volontaires. (Ibid.) »

« Si Jésus-Christ, dit-il dans le même endroit , n'est qu'un simple homme, comment peut-on dire qu'il donne la vie éternelle à ceux qui approchent de cette table ?et comment pourra-t-il être divisé et ici et en tous lieux sans diminution... ? prenons le corps de la vie elle - même, qui pour nous a déjà habité dans notre corps; buvons le sang sanctifiant de la vie , croyant avec foi que le Christ reste à la fois le prêtre et la victime , celui qui offre et est offert , celui qui reçoit et est donné. »

Dans son Commentaire sur saint Jean : a Afin que nous soyons réduits en unité et avec Dieu et entre nous, quoique séparés d'âme et de corps, par la distinction qui se conçoit entre nous , le Fils unique de Dieu a trouvé un moyen, qui est une invention de sa sagesse et un conseil de son Père. Car unissant dans la communion mystique tous les fidèles par un seul corps, qui est le sien propre , il en fait un même corps et avec lui et entr'eux. Ainsi qui pourroit diviser et séparer de l'union naturelle qu'ils ont entre eux, ceux qui sont liés en unité avec Jésus-Christ par ce corps unique? si nous participons donc tous à un même pain , nous ne faisons tous qu'un corps, parce que Jésus- Christ ne peut être divisé. C'est pour cela que l'Eglise est appelée le corps de Jésus- Christ , et que nous en sommes nommés les membres, selon saint Paul; car nous sommes tous unis à Jésus-Christ par son saint corps, recevant dans nos propres cerps ce corps unique et indivisible, ce qui fait que nos membres lui appartiennent plus qu'à qous. »

Et au douzième livre , expliquant cet endroit de l'Evangile où il est dit que les soldats divisèrent les habits de Jésus -Christ en quatre parties, mais qu'ils ne divisèrent pas sa tunique, il dit : « Que les quatre parties du monde ont obtenu par sort, et qu'elles possèdent sans division le saint vêtement du Verbe, c'est-à-dire son corps ; parce que le Fils unique, quoique divisé dans tous les fidèles particuliers et sanctifiant l'âme et te corps de chacun par sa propre chair , est néanmoins entier et sans division en tous, étant un partout , puisque, comme dit saint Paul, il ne peut être divisé.

» Les Juifs se disputoient entr'eux, en disant, Comment celui-ci peut-il nous donner sa chair à manger? Ce comment est tout-à-fait judaïque, et sera la cause du dernier supplice. Car ceux-là seront justement réputés coupables des crimes les plus graves, qui osent attaquer par leur incrédulité l'excellent et suprême Créateur de toutes choses , et qui , sur ce qu'il veut opérer , ont bien le front d'en chercher le comment... L'esprit brut et indocile , dès que quelque chose le passe , le rejette comme une extravagance , parce qu'il surmonte sa portée : son ignorante témérité le porte à un orgueil extrême. Nous verrons que les Juifs donnèrent dans cet excès , si nous considérons la nature du cas. En effet, ils dévoient, sans hésiter, recevoir les paroles du Sauveur, dont ils avoient admiré plusieurs fois la vertu toute divine, et cette puissance invincible sur la nature, qu'il avoit signalée en plusieurs rencontres sous leurs yeux... Et les voilà qui profèrent encore sur Dieu cet insensé comment, comme s'ils ne sentoient pas tout ce que cette façon de parler enferme de blasphématoire, dès que dans Dieu réside le pouvoir de tout faire sans difficulté.... Que si tu persistes, ô juif , à proférer ce comment, à mon tour je to

demanderai , moi , comment les eaux furent-elles changées en sang ? il convenoit

donc plutôt d'en croire au Christ et d'ajouter foi à ses paroles ; il convenoit de solliciter et d'apprendre le mode de l'eulogie, plutôt que de s'écrier si inconsidérément, si

témérairement : Comment celui-ci peut-il nous donner sa chair à manger ? Pour

nous , en recevant les divins mystères , ayons une foi exempte de toute curiosité : voilà ce qu'il faut , et non point faire entendre de comment aux paroles qui s'y disent. »

Les Pères du concile général d'Ephèse approuvèrent et adoptèrent la lettre que saint Cyrille avoit écrite à Nestorius, et dans laquelle on lit ces paroles : « C'est aussi de même que nous approchons des choses mystiques et bénies , et que nous sommes sanctifiés, étant devenus participants au corps sacré et au précieux sang du Christ, rédempteur de nous tous; non pas en recevant une chair commune, ce qu'à Dieu ne plaise, ni même celle d'un homme sanctifié... mais une chair devenue proprement celle du Verbe lui-même. » Nestorius convenoit avec les catholiques qu'on mangeoit réellement par la bouche dans l'eucharistie la chair de Jésus-Christ, c'est-à-dire , suivant Nestorius , la chair d'un homme sanctifié , et suivant le concile et saint Cyrille, la chair devenue celle du Verbe lui-même, ou de l'Homme-Dieu.

Théodoret , sur la première lettre aux Corinthiens : « L'apôtre fait ressouvenir les Corinthiens de cette très -sainte nuit dans laquelle le Seigneur mettant fin à la pàque typique, montra le vrai original de cette figure, ouvrit les portes du sacrement salutaire, et donna son précieux corps et son précieux sang, non-seulement aux onze apôtres, mais à Judas même. » Et encore sur ces paroles : Quiconque mangera ce pain ou boira ce calice indignement, sera coupable du corps et du sang de Jésus-Christ. « Ici l'apôtre frappe sur les ambitieux ; il frappe aussi sur nous, qui , avec une conscience mauvaise, osons recevoir les divins sacrements. Cet arrêt : sera coupable du corps et du sang , signifie qu'ainsi que Judas le trahit , et les Juifs l'insultèrent , de même ceux-là lo traitent avec ignominie qui reçoivent dans des mains impures son très-saint corps , et le font entrer dans une bouche immonde. »

On peut encore juser de la doctrine du même docteur , par le trait suivant r qu'il rapporte dans son Histoire ecclésiastique, liv. 5, c. 17. « L'empereur Théodose étant venu à Milan , après le meurtre commis par son ordre dans la ville de Thessalonique, et voulant entrer dans l'église , comme il avoit accoutumé , saint Ambroise en sortit pour l'en empêcher; et l'ayant rencontré hors du grand portique , il lui défendit d'entrer , usant à peu près de ces paroles : Avec quels yeux , ô empereur ! pourriez - vous regarder le temple de celui qui est notre commun maître ? avec quels pieds oseriez-vous marcher sur une terre sainte ? comment oseriez-vous étendre vos mains vers Dieu , lorsqu'elles sont encore toutes dégouttantes du sang injustement répandu? comment oseriei-voui toucher le très -saint corps du Sauveur du monde, avec ces mêmes mains qui son! souillées du carnage de Thessalonique? et comment oseriez-vous recevoir ce prêciem

sang dans votre bouche, après qu'elle a prononcé dans la fureur de votre colère les injustes et cruelles paroles , qui ont fait verser le sang de tant d'innocents ? Retirez-vous donc , et gardez -vous bien de vous efforcer d'ajouter un nouveau crime à ce premier crime? souffrez plutôt d'être lié en la manière que l'a ordonné dans le ciel le Dieu qui est le maître des rois et des peuples : et respectez ce sacré lien qui a la force de guérir votre âme de cette mortelle blessure, et de lui donner la santé. L'empereur, touché de ces paroles, retourna au palais impérial, en pleurant et en gémissant ; et longtemps après , savoir au bout de huit mois , le divin Ambroise lui donna l'absolution de son péché. »>

Saint Léon , Discours sixième sur le jeûne du septième mois : « Le Seigneur ayant dit : Si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme et ne buvez son sang , vous n'aurez point la vie en vous ; communiez donc à la table sacrée , de manière que vous n'ayez aucun doute quelconque sur la vérité du corps et du sang de Jésus -Christ : car on y prend par la bouche ce qui est cru par la foi , et c'est en vain qu'on répond amen { il est vrai ), si l'on dispute contre ce qu'on y reçoit. »

Nous aurions pu citer un plus grand nombre d'autorités en faveur de la présence réelle; mais en voilà bien assez pour prouver que ce dogme a été reconnu dès les premiers siècles de l'Eglise, qu'il remonte jusqu'aux apôtres, et par conséquent jusqu'à Jésus-Christ.

NOTE XLV. — évangile. ( Pag. 520. )

Voyez la note sur l'article Ecriture sainte.

Quatre sortes de témoins nous assurent de l'authenticité des Evangiles et des autres livres du nouveau Testament : l'Eglise universelle, les Pères apostoliques, les anciens hérétiques , et les philosophes païens qui ont combattu la religion chrétienne. Voyons d'abord quelle est , sur ce point , l'autorité de l'Eglise.

Il seroit injuste et déraisonnable de prétendre récuser son témoignage , sous prétexte, qu'elle déposeroit dans sa propre cause ; car pourquoi la cause des livres du nouveau Testament est-elle devenue celle de l'Eglise, sinon parce que , dès son origine, l'Eglise a respecté ces livres comme les écrits de ses fondateurs ? Dans la question présente, les chrétiens sont les témoins naturels et nécessaires du fait que nous discutons; ce fait s'est passé chez eux , il leur appartient, eux seuls y sont intéressés ; il est donc juste, il est donc indispensable de les entendre. Chaque peuple doit en être cru sur son histoire, chaque religion sur ses monuments , sauf les restrictions que la critique a droit de mettre à cette confiance. Mais quelles raisons pourroient contre-balancer la foi de l'Eglise, et l'autorité de la tradition ?

Une société immense , répandue dans toutes les contrées de l'univers , respectable par les vertus et le savoir d'une multitude de ses membres qui l'ont illustrée dans tous les âges; une société dont la naissance, les progrès et les différentes révolutions, nous sont connus par une suite continuelle de monuments incontestables, l'Eglise chrétienne nous présente un livre qu'elle dit avoir reçu des mains de ses fondateurs : dans ce livre sont renfermés les titres et les règles de sa croyance, les maximes de sa morale , les cérémonies de son culte , les lois de sa discipline : depuis que le nom de Jésus-Christ est connu dans le monde , ce livre est répandu partout , il est traduit en toutes les langues , les chrétiens le lisent, le méditent , le révèrent comme la parole de Dieu même. S'il s'élève entr'eux quelque dispute sur la foi , c'est à ce livre qu'on en appelle; c'est l'oracle que tous les partis consultent avec un égal respect; son autorité est si bien établie , que, au lieu de la contester, les plus hardis novateurs tachent de se la rendre favorable par des interprétations nouvelles et forcées. Tel est le témoignage solennel que l'Eglise chrétienne rend aux livres du nouveau Testament.

Une possession si ancienne , si constante , si peu contredite , forme au moins un préjugé qui ne pourroit être détruit que par des démonstrations évidentes , une prescription qui ne pourroit être ébranlée que par des titres incontestables. Ce n'est point à nous qu'il faut demander la preuve de l'authenticité de nos Ecritures ; notre possession seule nous tient lieu de titre. C'est à vous qui prétendez troubler cette possession , le nous faire voir ce qu'elle a de vicieux ; c'est à vous de nous dire en quel temps et par qui ces livres ont été supposés; de nous expliquer comment les écrits d'un faussaire ont pu tout à coup inonder l'Eglise entière , et prendre une place qui n'étoit due qu'à ceux des apôires;de nous montrer par quel art, par quel enchantement on a pu tromper la vigilance des pasteurs, surprendre la religion des peuples, étouffer une muiti-

tude ae voix prêtes à réclamer contre l'imposture. Tant que ces questions demeureront sans réponses, nous nous croirons en droit de supposer que les chrétiens du second siècle n'ont admis les livres du nouveau Testament que sur le témoignage unanime de leurs pères, lesquels les tenoient immédiatement de la main des apôtres et de leurs disciples. Cette succession de doctrine est dans l'ordre naturel des choses ; elle rend une raison satisfaisante de la foi des chrétiens par rapport à leurs Ecritures , et l'on ne voit pas, dans toute autre supposition, comment cette même foi pourroit avoir pris naissance et s'être enracinée si profondément dès le premier âge du christianisme.

L'authen>:cité des livres du nouveau Testament étoit un point si bien établi , dès les premiers siecies du christianisme , que l'on regardoit comme des novateurs tous ceux qui osoient la contester. C'est ce qui paroit évidemment par la manière dont Tertullien et saint Augustin ont combattu les marcionites et les manichéens, les seuls d'entre les anciens hérétiques qui aient tenté d'afî'oiblir l'autorité des Ecritures.

« Nous avons , dit Tertullien , chacun notre Evangile : Marcion prétend que le sien est véritable, et que le mien est altéré : moi je soutiens que mon Evangile est authentique , et que celui de Marcion est corrompu. Qui décidera entre nous, sinon la raison prise du temps , en sorte que la plus grande autorité appartienne à celui des deux exemplaires qui se trouvera le plus ancien ? Car , en toutes choses, le vrai doit précéder le faux , puisque le faux est la corruption du vrai : or , il est si constant que notre Evangile est le plus ancien des deux , que Marcion lui-même l'admettoit autrefois , et que depuis il a prétendu le corriger ; ce qui prouve et l'antiquité de notre exemplaire , car toute correction est postérieure à la faute que l'on veut corriger , et la nouveauté du sien, puisque cet Evangile de Marcion n'est autre chose que le nôtre, retouché et corrigé à sa manière. ( Advers. Marcion., lib. 4, cap. 4. ) »

« En deux mots , poursuit Tertullien , on doit regarder comme vrai ce qui est plus ancien, et comme plus ancien ce qui est dès le commencement, et comme étant dès le commencement ce qui vient des apôtres, et comme venant des apôtres, ce que les églises fondées par les apôtres ont toujours respecté. Or, q.u'on s'adresse aux églises de Corinthe, de Galatie , de Philippes , de Thessalonique, d'Ephèse; qu'on s'adresse à l'église de Rome , à laquelle Pierre et Paul ont laissé l'Evangile scellé de leur sang; qu'on s'adresse aux églises fondées et instruites par Jean, où l'ordre et la succession des évéques remontent jusqu'à cet apôtre; enfin qu'on s'adresse à toutes les églises, liées avec ces premiers par une même foi , on y trouvera l'Evangile de Luc tel que nous le défendons; quant à celm de Marcion , ou ces églises ne le connoissent point , ou elles ne le counoissent que pour le condamner. (Cap. 5.) »

« La même autorité des églises apostoliques, continue ce Père, prouve également en faveur des évangiles de Jean , de Matthieu et de Marc. Pourquoi donc Marcion refuse-t-il de les reconnoître, pour s'en tenir uniquement à ^elui de Luc ? Puisque ces églises les reçoivent tous également , ne devoit-il pas ou les corriger , s'il les croyoit corrompus , ou les admettre, s'ils lui paroissoient entiers? (Ibid.) »

« Telles sont , conclut Tertullien , les preuves sommaires par lesquelles nous défentbns l'autorité de l'Evangile contre les hérétiques. Nous leur opposons l'ordre des temps, pour démontrer que leurs exemplaires sont falsifiés, et, par conséquent, postérieurs aux véritables ; et le témoignage des églises où la tradition des apôtres s'est conservée, parce que l'on ne peut apprendre la vérité que de ceux qui l'ont enseignée. (Ibid.) »

Dans le livre des Prescriptions , Tertullien ne se contente pas d'en appeler au témoignage des églises apostoliques; il produit , en faveur de la doctrine de l'Eglise et de la fidélité de ses exemplaires, les lettres originales écrites de la propre main des apôtres : « Eh bien ! dit-il, vous qui désirez vous instruire de ce qui intéresse votre salut , parcourez les églises apostoliques , ces églises où président encore les chaires des apôtres , où l'on croit les voir eux-mêmes et entendre le son de leur voix, en lisant leurs lettres authentiques. Etes-vous proche de l'Achaïe ou de la Macédoine? Vous avez Corinthe , Philippes , Thessalonique. Pouvez - vous passer en Asie ? Vous avez Ephèse. Etes - vous moins éloigné de l'Italie? Vous avez Rome, qui peut aussi nous fournir des preuves incontestables. (Deprœscript., cap. 33. ) »

Saint Augustin établit également l'authenticité de nos Ecritures par la tradition : « Je •commence , dit-il, à vous lire l'Evangile de saint Matthieu , où se trouve le récit de la naissance du Sauveur (c'étoit un des points contestés par les manichéens) : vous me direz que Matthieu n'est pas lenteur de ce récit , malgré le témoignage de l'Église uni-

verselle, qui , par la success'on constante de ses évèques, remonte jusqu'à i'origine des chaires apostoliques ; et qu'opposerez-vous à cet Evangile? Vous citerez peut-être je ne sais quel écrit de Manichée, où il est dit que Jésus n'est pas né de la Vierge. Mais , puisque sur le témoignage de vos chefs, qui ont reçu cet écrit des disciples de Manichée, et qui l'ont transmis à leurs successeurs, je ne doute pas qu'il ne soit effectivement l'ouvrage de Manichée, vous devez aussi convenir que Matthieu est le véritable auteur de l'Evangile que l'Eglise lui a constamment attribué, depuis le temps où il a vécu jusqu'à nos jours. ( Lib. 28, cap. 2. ) »

« Peut-être, ajoute saint Augustin, nous citerez-vous encore quelque écrit qui porte le nom de l'un des apôtres du Sauveur , où il soit dit que le Christ n'est pas né de Marie? Mais si cet écrit prétendu apostolique, et l'Evangile de Matthieu, ne peuvent subsister ensemble , lequel des deux croyez-vous que nous devions admettre, ou celui que l'Eglise fondée par Jésus-Christ, agrandie par les apôtres, répandue dans tout l'univers par les travaux de ceux qui leur ont succédé, a reçu et fidèlement conservé depuis son origine ; ou celui que cette même Eglise rejette, parce qu'elle ne l'a jamais connu ? Certainement, si les livres que vous produisez sous les noms des apôtres étoient leur ouvrage, ils seroient connus et respectés dans cette Eglise, dont la durée, depuis les apôtres, est marquée par la succession suivie des évéques... {Contra adversar. legis et prophet., lib. 1, cap. 20. ) Et comment les manichéens donneroient-ilsà ces livres apocryphes une autorité qui leur est refusée par les églises apostoliques? ( Contra Faust, Manich., lib. 13, c.4. ) »

C'est par une conséquence nécessaire de ces principes que saint Augustin établit ailleurs une maxime qui peut d'abord sembler extraordinaire, et qui néanmoins renferme un sens également exact et profond : « Pour moi , dit-il , je ne croirois pas à l'Evangile, si je n'y étois déterminé par l'autorité de l'Eglise catholique : » Ego veto Evangelio non crederem , nisi me Ecclesiœ catholicœ commoverat auctoritas. 11 ne s'agit pas en cet endroit, ainsi que l'observe très -bien M. Duguet, du témoignage que l'Eglise, considérée comme une société douée du privilège surnaturel de l'infaillibilité, rend à l'inspiration des Ecritures : ce seroit un cercle qui prouveroit l'Ecriture par l'Eglise, et l'Eglise par l'Ecriture, ou plutôt qui ne prouveroit absolument rien. Saint Augustin ne considère ici l'Evangile que comme un livre ordinaire, attribué à un certain auteur que l'on sait avoir vécu dans un temps déterminé; il ne regarde l'Eglise que comme une société humaine, quia commencé en un certain temps, qui fait profession d'une certaine doctrine, qui a été gouvernée par des hommes connus , et qui doit être instruite de sa propre doctrine et de l'origine de ses titres. Sous ce rapport , le témoignage de l'Eglise n'a rien que «l'humain; comme aussi l'authenticité des Ecritures est un fait d'un ordre purement naturel. Mais il est évident que ce fait ne peut être mieux attesté que par l'Eglise, dépositaire des Ecritures; et , dans l'ordre naturel, il n'est rien qui ne soit au-dessus du témoignage que l'Eglise rend à l'authenticité de ses livres; d'où il suit, comme saint Augustin le disoitde lui-même, que si nous croyons aux Evangiles, c'est parce que l'Eglise, en nous les mettant entre les mains, nous assure qu'ils sont l'ouvrage des apôtres ou des disciples de Jésus-Christ.

11. Le témoignage des Pères apostoliques nous offre une seconde preuve de l'authenticité du nouveau Testament. L'auteur de l'Epitie connue sous le nom de saint Barnabe, cite plusieurs passages qui se trouvent en toutes lettres dans nos Evangiles. Prenons garde, dit-il, qu'il ne nous arrive ainsi qu'il est écrit : Plusieurs sont appelés, peu sont élus. Ce mot , ainsi qu'il est écrit, ne permet pas de douter que la maxime rapportée par l'auteur ne soit une citation prise de l'Ecriture sainte : or elle se trouve dans l'Evangile de saint Matthieu, c. 20, v. 10.

11 dit que Jésus-Christ n'est pas venu appeler les justes , mais les pécheurs à la pénitence : ce que nous lisons en propres termes en saint Matthieu , c. 9 , v. 13? en saint Marc, c. 2, v. 17; en saint Luc, c. ô, v. 32.

11 cite une réponse des pharisiens à Jésus-Christ, et la réplique de Jésus -Christ aux pharisiens, telles qu'elles se lisent en saint Matthieu , c. 22, v. 4; enfin il rapporte cette parole du Sauveur , donnez à quiconque vous demande. En saint Luc, c. 6, v. 30.

11 est vrai que l'auteur de cette Epitre ne nomme point les livres dont il emprunte ces citations ; mais il faut observer qu'il en use de même à l'égard des livres de l'ancien Testament.

(fermas ne cite nulle part , au moins d'une manière bien expresse , ni les Evangiles,

ni le* autres livres du nouveau Testament : on ne doit pas s'en étonner ; la nature de son ouvrage ne demandoit pas ces sortes de citations. Le livre du Pasteur est un dialogue divisé en trois parties : les visions, les préceptes et les similitudes. Les interlocuteurs sont des anges, l'Eglise , et différents personnages allégoriques, qui n'ont pas besoin d'appuyer ce qu'ils disent par l'autorité de l'Ecriture , parce qu'Hermas les suppose envoyés et inspirés de Dieu pour le former à la perfection chrétienne. Du reste cet écrivain ne cite pas plus l'ancien Testament que le nouveau ; en conclurons-nous que les livres de l'ancien Testament lui étoient inconnus ?

Saint Clément rapporte plusieurs sentences de Jésus-Christ , et il exhorte les Corinthiens à se les rappeler ; ce qui suppose qu'elles étoient écrites dans des livres connus et répandus parmi les fidèles. Or , ces mêmes sentences se trouvent souvent mot pour mot dans nos Evangiles.

Dans sa première épître, il dit : « Souvenez - vous surtout des discours du Seigneur » Jésus, qui , enseignant la douceur et la patience , a dit : Faites miséricorde, afin que » miséricorde vous soit faite; pardonnez, afin que l'on vous pardonne; on fera pour » vous comme vous ferez pour les autres; comme vous donnez, on vous donnera; comme » vous jugez , on vous jugera , comme vous aurez eu de l'indulgence , on en aura pour » vous; on se servira pour vous de la même mesure dont vous vous serez servis pour » les autres. » Ces maximes du Sauveur se lisent en saint Luc , eh. 6, v. 36, et suiv.

« Souvenez-vous, dit encore saint Clément ,des paroles de Jésus Notre-Seigneur; car » il a dit : Malheur à cet homme , il vaudroit mieux pour lui qu'il ne fût pas né , que » d'avoir scandalisé un de mes élus; il vaudroit mieux qu'on lui eût attaché une meule » et qu'on l'eût jeté dans la mer , que d'avoir scandalisé un de mes petits enfants. » Ce passage est formé de plusieurs textes visiblement empruntés de nos Evangiles- ( Voyez Matth., c. 18, v. G; Marc, c. 9, v. 41; Luc, c. 17, v. 2. )

On peut encore observer, dans cette première épître du pape saint Clément , des allusions manifestes à plusieurs endroits des épitres de saint Paul, de saint Pierre et de saint Jacques. Voyez entr'autres les nombres 30, 35, 36, etc.

Mais voici quelque chose de plus qu'une simple citation : « Prenez en main, dit saint » Clément aux fidèles de Corinthe,l'Epître du bienheureux Paul, apôtre. De quoi vous » parle-t-il au commencement de l'Evangile? C'est l'Esprit de vérité qui lui a dicté ce » qu'il vous écrivoit, de lui-même, de Céphas, d'Apollo, et des schismes qui se formoient » parmi vous. (I.Clem. Epist., n. 47. ) »> La première Epître de saint Paul aux Corinthiens ne pouvoit être mieux caractérisée; puisque, dès les premières lignes, il y est fait mention des troubles excités dans l'Eglise de Corinthe à l'occasion de saint Paul, de Céphas et d'Apollo. Il est donc bien certain que cette Epître aux Corinthiens , telle que nous l'avons , étoit connue et respectée comme l'ouvrage de saint Paul , dès le temps de saint Clément, c'est-à-dire très-peu d'années après la mort de l'apôtre.

Il est vrai que, dans les écrits des Pères apostoliques, les citations ne sont pas toujours aussi précises que celle-ci. Saint Clément avoit une raison particulière de citer nommément l'Epître aux Corinthiens ; il écrivoit à ces mêmes Corinthiens , disciples de saint Paul, pour leur recommander l'union, la paix et la charité; et pouvoit-il le faire d'une manière plus pressante qu'en les rappelant à ce que l'apôtre leur avoit écrit au commencement de l'Evangile , c'est-à-dire pu commencement de son Epître , ou, si l'on veut, dans les premiers temps de son ministère par rapport aux Corinthiens ?

Cette citation nous fournit une preuve incontestable de l'authenticité de nos Evangiles ; car tout ce qu'il y a d'essentiel dans nos Evangiles est ou renfermé, ou supposé dans les différentes Epitres de saint Paul, et en particulier dans la première aux Corinthiens. Tout ceux qui ont admis les Epitres de saint Paul, ont reçu nos Evangiles ; et par conséquent les Evangiles cités sans nom d'auteur par saint Clément et les autres Pères apostoliques , ne diffèrent pas de ceux que la tradition nous a fait passer avec les Epîtres de saint Paul.

Dans la seconde Epître de saint Clément , que nous n'avons pas en entier , et qui n'a pas la même autorité que la première , ainsi que nous l'avons observé , on voit un assez grand nombre de passages manifestement empruntés des Evangiles canoniques. 11 seroit trop long et trop ennuyeux de les transcrire. Comparez N. 2 , et Matth., c. 9, y. 13; N. 3, et Matth., c. 10, v. 32; N. 4, et Matth., c. 7, y. 21, Ibid., et Matth., c. 7, y. 23, et Luc, c. 13, y. 27; N. G, et Matth., c. 6, y. 24, c. 16, y. 26; N. S, et Luc, c. 16 , y. 12, etc.

Au reste , il faut convenir que plusieurs des sentences de Jésus-Christ, rapportées par saint Clément et les autres Pères apostoliques .n'existent pas en toutes lettres dans nos Evangiles ; mais on reconnoit aisément le texte original , malgré le changement ou la transposition de quelques mots. Les anciens, dans leurs citations, s'attachoient plus à rendre le sens que les termes de l'Ecriture : on le voit par les passages qu'ils ont cités rie l'ancien Testament. D'ailleurs le but de saint Clément , dans ses lettres à l'Eglise de ^orinthe , ne demandoit pas cette exacte précision dont on se pique dans un ouvrage de controverse ; il écrivoit à des fidèles nourris de la lecture des Livres saints , à qui il ne falloit qu'un mot ou une simple allusion pour leur rappeler des maximes que la méditation leur avoit rendues familières. Quant aux citations anonymes , outre qu'elles suffisoient à son dessein, il faut encore observer que, dans les premiers temps, les quatre Evangiles étoient regardés comme ne formant qu'un seul ouvrage. On ne disoit pas l'Evangile de saint Matthieu, l'Evangile de saint Jean , mais l'Evangile de Jésus-Christ, c'està-dire la prédication, littéralement la bonne nouvelle annoncée par Jésus-Christ, l'acception du mot évangile a changé depuis que l'on a commencé à distinguer ces quatre histoires par les noms des auteurs. Dans l'origine, tout le nouveau Testament étoit divisé en deux livres, l'Evangélique et l'Apostolique. Ce dernier renfermoit les Actes et les Epîtres des apôtres.

Saint Ignace, dans l'épître aux Ephésiens, rapporte cette maxime du Sauveur : L'arbre se connoîtà son fruit. Matth., c. 12, jK 33.

Dans l'épître à l'Eglise de Smyrne , il dit que Jésus-Christ a voulu être baptisé par saint Jean , afin de remplir toute justice. Matth., c. 3 , y. 16. Et encore, que celui qui comprend, comprenne. Matth., c. 19, y. 12.

Dans l'épître à Polycarpe : Soyez prudent en toutes choses comme le serpent, et simple comme la colombe. Matth., c. 20, y. 16»

Dans l'épître aux Philadelphiens : Recourant à l'Evangile comme à la chaire de Jésus, et aux apôtres comme au sénat de l'Eglise, nous recevons aussi les prophètes, etc. ( Ignat. Episc, n. 26. ) Le saint évêque distingue ici trois livres différents : l'Evangile, lequel prouve que Jésus-Christ a pris un corps véritable; ceci est contre les docètes : Les Epîtres des apôtres, lesquels déterminent la forme du gouvernement ecclésiastique , et l'ancien Testament désigné par les prophètes.

Saint Ignace parle encore de l'Evangile , comme d'un livre qui contenoit le récit de l'incarnation , de la passion et de la résurrection du Sauveur.

Il ne nous reste qu'une seule épitre de saint Polycarpe , où nous trouvons deux passages cités d'après l'Evangile de saint Matthieu : Si nous prions le Seigneur qu'il îious vardonne , nous devons pardonner nous-mêmes. Matth., c. 6, y. 12. Prions Dieu qu'il ne nous induise pas en tentation , comme dit le Seigneur ; car l'esprit est prompt, mais la chair est foible. Matth., c. 6, y. 13, et c. 26, y. 41. On a pu s'apercevoir que l'Evangile de saint Matthieu se trouve cité plus souvent que les trois autres : la raison en est qu'étant plus ancien , il a dû être plus connu dans ces premiers temps.

Papias, évêque d'Hiéraple en Phrygie , avoit composé cinq livres de l'interprétation des discours du Seigneur. Saint Irénée , qui le cite , nous apprend qu'il étoit disciple de l'apôtre saint Jean , et condisciple du bienheureux Polycarpe. Lui-même , dans un fragment qu'Eusèbe nous a conservé , dit qu'il a reçu la règle de la foi, de ceux qui avoient vécu avec les apôtres. Or , Papias a connu nos Evangiles : il en a nommé les auteurs. Il rapportoit, sur le témoignage d'un prêtre nommé Aristion , que saint Marc n'avoit pas été du nombre des disciples de Jésus - Christ , qu'il s'étoit attaché à saint Pierre, et qu'il avoit écrit son Evangile avec le secours et presque sous la dictée de cet apôtre. Il disoit encore que saint Matthieu avoit composé son Evangile en hébreu , et qu'il s'en étoit fait plusieurs traductions. Enfin Eusèbe observe que Papias avoit emprunté quelque chose de la première Epitre de saint Pierre et de la première de saint Jean.

Hégésippe, qui vivoit sous l'empire d'Adrien , avoit écrit ea cinq livres l'histoire de la prédication des apôtres. 11 nous apprend lui-même qu'il étoit venu à Rome sous le pontificat d'Anicet, et qu'il y étoit resté jusqu'à celui d'Eleuthère ; il ajoute que , dans ce voyage de Rome, il avoit conféré avec un grand nombre d'évéques , et qu'il avoit observé que tous faisoient profession de la même doctrine. Dans le petit nombre de fragments qui nous restent de cet ancien écrivain , il ne se trouve rien qui se rapporte expressément à nos livres sacrés : mais nous pouvons conjecturer , avec assez de vraisem-

blance, qu'Eusèbe avoit emprunté de lui ce qu'il nous apprend de Tordre des Evangiles, et du temps où ils furent composés ; car il prévient son lecteur que souvent il suit Hégésippe pour l'histoire des temps apostoliques.

Saint Justin, dans sa première apologie , rapporte un fait bien propre à confirmer co que nous avons dit de l'autorité de la tradition ; savoir , que les chrétiens s'assembloienl ie jour du soleil , pour prier et pour offrir l'eucharistie, et que dans ces assemblées on lisoit publiquement les écrits des prophètes , et les commentaires ou les mémoires des apôtres. ( Just. mart. Apol. 1. ) Par les mémoires des apôtres , on ne peut entendre autre chose que les livres du nouveau Testament, lesquels sont cités une infinité de fois dans les œuvres de saint Justin.

La première apologie de saint Justin fut écrite vers le milieu du second siècle ; et puisqu'il y est parlé de cette lecture solennelle comme d'un usage non moius général que celui de s'assembler le dimanche pour offrir l'eucharistie , ïl faut avouer que les livres du nouveau Testament étoient connus longtemps avant saint Justin. En effet , s'ils n'eussent été composés que sur la fin du premier, ou vers le commencement du second siècle , ils n'auroient pu , dans l'intervalle de quarante à soixante ans , se répandre dans toutes les églises, et s'y accréditer au point que la lecture en fut regardée comme une partie considérable du culte divin. La coutume de lire publiquement les écrits des apôtres est une imitation de ce qui se pratiquoit dans les synagogues, où l'on faisoit toujours une lecture de quelque livre de la loi ; et , par conséquent , elle est aussi ancienne parmi les chrétiens que l'établissement des églises et de la liturgie.

La lettre des églises de Vienne et de Lyon aux églises de l'Asie et de la Phrygie, est un des plus anciens et des plus beaux monuments qui nous restent de l'Eglise gallicane. Elle fut écrite l'an 177 à l'occasion du martyre de saint Pothin, premier évêque de Lyon. On y trouve quelques citations des Evangiles. Par exemple , il est dit de Vettius Epagatus, que semblable à Zacharie, il marchoit dans tous les commandements du Seigneur , sans reproche. Ce qui est pris de saint Luc, c. 1, y. 6. On y rappelle aussi cette parole du Sauveur, en saint Jean, c. 16, y. 2, l'heure vient que ceux quivous mettront àmort, croiront rendre obéissance à Dieu.

Au commencement du troisième siècle, l'an 202, les martyrs scillitains en Afrique, et leurs persécuteurs même, rendent à nos livres saints le témoignage le plus exprès. Le proconsul dit : Quels sont les livres que vous lisez et que vous adorez ? Spe'rat répondit : les quatre Evangiles de Notre-Seigneur Jésus-Christt les Epîtres de l'apôtre saint Paul, et toute l'Ecriture dictée par l'inspiration divine.

Il seroit inutile d'accumuler les citations et les autorités , puisque nous sommes parvenus au temps où les incrédules conviennent que les livres du nouveau Testament étoient admis par toutes les églises du monde. Saint Justin , saint Irénée, Origène, Tertullien, nous montrent quelle étoit , à la tin du second siècle , la foi des églises de Rome, des Gaules, de l'Asie et de l'Afrique. « Voilà, disoit Origène, en parlant des Evangiles de saint Matthieu , de saint Marc , de saint Luc et de saint Jean , ce que j'ai appris par la tradition, des quatre Evangiles, ies seuls qui soient reconnus, sans aucune contradiction , dans toute l'Eglise qui est sous le ciel. ( Ap. Eusèbe, Hist. eccl., lib. 6 , cap. 25. ) » Et dès le temps de saint Irénée la chose étoit si constante , que le saint docteur s'attache à prouver, par des raisons allégoriques , qu'il ne pouvoit y avoir plus de quatre Evangiles.

III. Au témoignage des auteurs apostoliques, on peut joindre le témoignage des hérétiques. « L'autorité de nos Evangiles est si bien établie , disoit saint Irénée, que les hérétiques eux-mêmes leur rendent témoignage , et que chacun d'eux en sortant de l'Eglise, cherche dans l'un ou dans l'autre de quoi appuyer sa doctrine. Les ébionites se servent de l'Evangile selon saint Matthieu ( ou , comme nous l'avons dit plus haut d'après Eusèbe , de l'Evangile selon les Hébreux ), et cet Evangile suffit pour les réfuter. Marcion a corrompu l'Evangile de Luc , et ce qu'il y a laissé détruit ses blasphèmes contre le Dieu unique et souverain. Ceux qui , séparant Jésus d'avec le Christ, soutiennent que le Christ est demeuré impassible pendant que Jésus souffroit , s'en tiennent à l'Evangile de Marc, et s'ils le lisoient avec un amour sincère de la vérité, ils y trouveroient la condamnation de leurs erreurs. Pour les valentiniens , ils se fondent principalement sur l'Evangile de Jean , et c'est aussi par l'autorité de cet Evangile que nous les avons combattus. Notre doctrine est donc bien certaine, conclut saint Irénée , puisqu'elle est appuyée sur les livres auxquels nos adversaires rendent témoignage. ( Lib. 3, cap. 2. ) »

Taticn, disciple de saint Justin, et depuis devenu chef de la secte des encratites, oa abstinents, composa une espèce de concordance des quatre Evangiles, qu'il intitula Din Tessaron (selon les quatre), d'où il retrancha tout ce qui étoit contraire à son hérésie , notamment les généalogies de Jésus-Christ.

Héracléon , Ptolémée , Valentin, établissoient leurs systèmes philosophiques et religieux sur des passages du nouveau Testament , qu'ils interprétoient à leur manière. Ils prétendoient que leur doctrine étoit celle des apôtres, et ne disputoient avec l'Eglise catholique que sur le sens de leurs écrits.

Les ébionites avoient un Evangile qu'ils appeloient l'Evangile selon les Heureux, lequel, au rapport de saint Jérôme qui l'avoit vu , n'étoit autre chose que l'Evangile de saint Matthieu, légèrement altéré. G'étoient des juifs opiniâtrement attachés aux observances mosaïques. Saint Paul, qui avoit enseigné l'inutilité de ces observances, n'étoit à leurs yeux qu'un déserteur de la loi : ils rejetoient ses Epîtres, non comme supposée* ou douteuses , mais comme hétérodoxes.

Au contraire les marcionites qui regardoient la loi de Moïse comme l'ouvrage du mauvais principe, admettoient expressément quelques Epîtres de saint Paul, et l'Evangile de saint Luc, mais avec de prétendues corrections qui , selon la remarque judicieuse de Tertullien , étoient une preuve évidente de l'antiquité des exemplaires catholiques , et de la nouveauté de l'exemplaire de Marcion.

Les différentes sectes, connues sous le nom de gnostiques, ne contestoient nullement l'authenticité des écrits apostoliques. Ces hérétiques étoient moins des chrétiens que des philosophes qui, frappés de l'éclat du christianisme, en adoptoient tout ce qu'ils croyoient pouvoir se lier à leurs systèmes ; et comme il n'y avoit presque rien de commun entre leurs dogmes et la foi que professoient les Eglises apostoliques , ils ne craignoient pas de dire que les apôtres n'avoient pas compris le vrai sens de la doctrine de Jésus-Christ. Ils rejetoient donc l'autorité des livres du nouveau Testament; mais en même temps ils rendoient un témoignage exprès et non suspecta leur authenticité. Accuser les apôtres d'avoir mêlé dans leurs Evangiles des erreurs à la doctrine de Jésus- Christ, c'étoit les reconnoître expressément pour auteurs de ces Evangiles.

C'est d'ailleurs un fait constant , qu'à l'exception de l'Evangile de saint Jean et do l'Apocalypse , tous les livres du nouveau Testament sont plus anciens que les premières hérésies." L'Eglise catholique , formée par l'union de toutes les églises que les apôtres avoient fondées , ne cessoit de les opposer à cette multitude de sectes qu'enfantoit chaque jour le mélange de la philosophie avec le christianisme. Dès son berceau, l'Eglise se prévaloit de l'antiquité de sa doctrine ; elle en montroit la source dans l'enseignement et dans les écrits des apôtres; et armée de ces titres authentiques , elle convainquoit de schisme et de nouveauté tous ceux qui s'élevoient contre sa croyance. Voyez les Prescriptions de Tertullien, où cet argument est présenté avec une force irrésistible. Mais si les livres du nouveau Testament ont précédé la naiisance des premières hérésies, il faut les reconnoître pour l'ouvrage des apôtres, puisque, selon Eusèbe et tous les écrivains de l'antiquité ecclésiastique , les apôtres avoient à peine disparu , que les hérétiques commencèrent à se montrer.

De tous les anciens hérétiques, je ne vois que les manichéens du quatrième siècle qui aient osé disputer contre l'authenticité des Evangiles. Mais outre que cette réclamation tardive ne pouvoit rien contre la foi constante et universelle des trois siècles précédents, il suffit g>, lire leurs objections rapportées par saint Augustin, dans son livre contre Fauste le manichéen, pourvoir qu'ils ne s'appuient sur aucun principe de critique, qu'ils ne citent aucun témoignage de l'antiquité, et qu'ils ne produisent d'autre preuve .jue l'opposition de leur doctrine avec celle des Evangiles.

IV. Enfin nous avons l'aveu des païens en faveur de l'authenticité du nouveau Testament. D'abord il est certain que l'empereur Julien ne parle jamais ni des Evangiles , ni des autres livres du nouveau Testament, sans les attribuer aux apôtres dont ils portent les noms. Tantôt il cite des passages empruntés des Epîtres de saint Paul, ainsi qu'il le dit lui-même : tantôt il rapporte, d'après saint Luc, d'après saint Marc et d'après saint Matthieu, des paroles de Jésus-Christ , ou quelques traits de son histoire. 11 dit quelque part, que ni Paul, ni Matthieu , ni Luc , ni Marc , n'ont osé dire que Jésus-Christ fût Dieu, et que Jean est le premier qui l'ait enseigné. Ailleurs il avoue que Jésus-Christ a guéri des boiteux, des sourds, des aveugles et des démoniaques, dans quelques bourgades de la Judée. Enfin, lorsqu'il défendit aux chrétiens d'enseigner les belles lettres et d'expliquer

les poètes , qu'ils aillent, disoit-il, expliquer Luc et Matthieu dans les assemblées des galile'ens.

Porphyre, qui vivoit un siècle avant l'empereur Julien, écrivît contre la religion chrétienne un traité que les païens regardoient comme un ouvrage divin. Or il est constant que la plupart des objections de ce philosophe étoient puisées dans les livres du nouveau Testament; par exemple, il accusoit Jésus -Christ d'inconstance, parce qu'il se rendit à Jérusalem pour la fête des Tabernacles , quoiqu'il eût déclaré qu'il n'iroit pas, ce qui est pris de saint Jean (chapitre 7.). Il blàmoit l'imprudence et la folie des apôtres qui avoient suivi le Sauveur à sa première invitation. ( Matth., c. 4. ) Il se moquoit des évangélistes , qui ont écrit par l'hyperbole la plus ridicule , disoit-il, que Jésus fit marcher Pierre sur la mer , quoiqu'il ne fût question que du chétif lac de Génésareth. (Matth., c. 14. ) Il prétendoit que les textes des prophètes ne sont pas cités fidèlement dans les Evangiles. Il reprochoit à saint Pierre d'avoir fait mourir injustement Ananie et Saphire (Act., c. 5. ), etc., par où l'on voit que Porphyre convenoit expressément de l'authenticité de nos Ecritures.

Celse vivoit sous l'empire d'Adrien, et par conséquent il n'étoit pas fort éloigné du temps où l'on suppose qu'ont été fabriqués les livres du nouveau Testament. Lorsqu'il écrivoit contre le christianisme, les évangiles apocryphes , si l'on en croit M. Fréret, étoient plus répandus et plus accrédités que les Evangiles canoniques; et dès lors il faut dire , ou que Celse n'a point connu nos Evangiles , ou qu'il ne les a pas distingués des évangiles apocryphes , ou du moins qu'il n'a pas dû les regarder comme des écrits certains et authentiques. Mais si au contraire il est prouvé que ce philosophe n'a pas connu d'autres évangiles que les nôtres , s'il ne paroit pas qu'il ait formé le moindre doute sur leur authenticité, la prétention de M. Fréret est détruite, et l'antiquité du nouveau Testament est démontrée par le témoignage même de nos ennemis. Or il ne faut que parcourir l'ouvrage d'Origène contre Celse, pour être convaincu que celui - ci avoit une parfaite connoissance de nos Evangiles , et que jamais il n'a soupçonné les chrétiens de les avoir supposés sous les noms des apôtres.

Dans les passages du livre de Celse , rapportés et réfutés par Origène , ce philosophe cite plusieurs traits de la vie de Jésus-Christ , tels qu'ils se trouvent dans nos Evangiles. Il parle du baptême du Sauveur , de la colombe qui parut dans les airs , et qu' vola sur lui. 11 dit que Jésus s'est vanté que les Chaldéens , instruits de sa naissance, vinrent pour l'adorer lorsqu'il étoit encore enfant ; qu'ils firent part de leur dessein à Hérode t et que ce prince ordonna que l'on mît à mort tous les enfants nés dans le même temps. 11 rapporte que Jésus s'étant associé dix ou onze hommes diffamés , publicains , nautonniers, chargés de crimes , il menoit avec eux une vie honteuse et vagabonde, pouvant à peine se procurer la nourriture dont il avoit besoin. Il parle de la fuite de Jésus- Christ en Egypte , de l'ange qui l'avoit ordonnée , et de deux autres anges envoyés, l'un à Marie , l'autre aux mages. Il dit que les Juifs avoient demandé à Jésus-Christ , dans le temple , qu'il leur fit voir , par quelque miracle évident , qu'il étoit le Fils de Dieu. 11 rappelle la trahison de Judas , la prédiction que Jésus-Christ en avoit faite, l'abnégation de saint Pierre, la fuite de tous les disciples au moment de la passion. Il se moque des évangélistes , qui font remonter la généalogie de Jesus-Christ jusqu'au premier homme, qui donnent au fils d'un artisan les rois de Juda pour ancêtres. Il dit que les chrétiens croient avoir trouvé un beau dénoûment à leur fable, en disant que Jésus jeta un cri avant d'expirer, que la terre trembla , que le soleil fut obscurci, que Jésus ressuscita trois jours après sa mort , et qu'il fit voir à ses disciples les cicatrices des clous avec lesquels on l'avoit crucifié. Tous ces traits , et plusieurs autres que nous omettons, sont visiblement empruntés de nos Evangiles ; Celse lui-même nous le déclare : car , après avoir rapporté ces diverses circonstances de la vie de Jésus-Christ , il ajoute qu'elles sont tirées de nos livres , et qu'il n'a pas besoin d'employer contre nous d'autre témoignages , puisque nous nous égorgeons de nos propres armes.

Reprenons en peu de mots et concluons. L'authenticité du nouveau Testament esi prouvée par les aveux et par les objections mêmes des païens , qui ont entrepris de réfuter la religion chrétienne : elle est prouvée par la conduite et par la doctrine des anciens hérétiques , dont les uns recevoient nos Ecritures , et les autres ne refusoient de les admettre , que parce qu'ils faisoient profession de ne pas respecter les apôtres, qu'ils en croyoient les auteurs ; elle est prouvée par le témoignage des successeurs immédiats des apôtres, lesquels ont cité la plupart des livres du nouveau Testament comme l'ai-

sant partie de l'Ecriture sainte; enfin elle est prouvée par la tradition ancienne, constante et unanime de toutes les églises chrétiennes. Quelle chaîne! quelle multitude de témoins ! et quels témoins ! Des chrétiens engagés par le plus vif intérêt, l'intérêt du salut éternel, à ne pas souffrir qu'un imposteur se revêtit du nom et de l'autorité d'un apôtre de Jésus-Christ : des hérétiques proscrits, excommuniés par l'Eglise, et qui , en la quittant, emportent avec eux les livres qu'ils y ont trouvés; du reste, altérant, corrompant, défigurant sa doctrine, sa morale et son culte, n'ayant plus avec elle rien de commun que ces livres qui les condamnent : des païens, des philosophes habiles, ennemis irréconciliables du christianisme , attentifs à profiter de tous leurs avantages, versés dans la leclure de nos livres saints, dont ils font le sujet de leurs railleries, d'où ils tirent les difficultés qu'ils nous opposent; placés à la source des faits qui peuvent constater la fraude et la supposition , et néanmoins rendant hommage à l'authenticité de nos Ecritures. Encore une fois quels témoins! est-il, dans toute l'antiquité,, un seul ouvrage dont l'origine soit aussi bien attestée ?

De l'intégrité des livres du nouveau Testament.

L'Eglise a toujours regardé les écrits du nouveau Testament comme l'ouvrage des apôtres, ou plutôt de l'Esprit saint, qui les animoit et qui dirigeoit leur plume. Or , cette foi publique et les effets qu'elle produisoit , suffisent pour écarter jusqu'au moindre soupçon de fraude et d'interpolation.

Premièrement , cette persuasion des chrétiens à l'égard du nouveau Testament leur inspiroit une vénération religieuse pour un livre où ils croyoient trouver les titres assurés et la règle immuable de leur foi. 11 paroît même que cette vénération se manifestait par des actes extérieurs , puisque les païens demandoient aux martyrs quels étoient les livres qu'ils lisoient et qu'ils adoroient , quos adorantes legitis. On ne connoissoit pas de serment plus redoutable que celui qu'on faisoit prêter sur les saints Evangiles. Un soldat chrétien , menacé d'être dégradé s'il n'abjuroit la foi, ayant obtenu trois heures pour délibérer , Théotecne , évéque de Césarée en Palestine , le conduisit à l'église, le fit approcher de l'autel , et lui montrant son épée et le livre des Evangiles , :! lui dit : Choisis l'un ou l'autre ; on ne croyoit pas que l'on pût être chrétien sans admettre les Evangiles. Pendant la persécution de Dioclétien , les idolâtres s'efforcèrent d'anéantir les livres du nouveau Testament. On lit les perquisitions les plus rigoureuses dans les églises et dans les maisons des évêques , des prêtres et des autres ministres : mais les fidèles aimèrent mieux s'exposera la mort, que de livrer les Ecritures : on regarda comme une sorte d'apostasie la foiblesse de ceux qui , pour racheter leur vie ou leurs biens, se laissoient enlever les exemplaires qu'ils avoient entre leurs mains. Lorsque la persécution fut apaisée , les traditeurs, c'étoit ainsi qu'on les appeloit , ne furent admis à la communion , qu'après avoir expié leur faute par une longue et sévèTe pénitence ; et les donatistes se séparèrent de l'Eglise , pour ne pas communiquer avec un évéque de Carthage accusé d'avoir livré les Ecritures avant son ordination. Or ce respect , dont tous les chrétiens étoient pénétrés pour les livres saints , a dû les rendre extrêmement attentifs à la conservation du texte primitif. C'eût été un attentat sacrilège, que d'oser introduire le plus léger changement dans un livre pour lequel on se croyoit obligé de donner sa vie. L'histoire ecclésiastique nous apprend quelle éloit, sur ce point, la délicatesse des peuples. Un évéque de Chypre avoit été chargé par ses collègues , de faire un discours avant la célébration des saints mystères : il cita l'endroit de l'Evangile où Jésus-Christ dit au paralytique : emportez votre grabat et marchez ; mais ayant, par une vaine affectation d'élégance , substitué un mot à un autre, Spiridion, qui depuis assista au concile de Nicée, lui en fit des reproches publics , et l'obligea de réparer le scandale qu'il venoit de causer. Un pareil sujet révolte le peuple d'Hippone : il faut que saint Augustin monte en chaire pour apaiser le tumulte qui commençait à s'élever : cependant il ne s'agissoit encore que d'un mot assez indifférent mis à la place d'un autre. Saint Jérôme , chargé par le pape Damase de la correction des livres saints , craint de soulever contre lui tous les fidèles : Quel est , dit-il, celui qui , prenant mon livre en main, et s' apercevant de la dijférence de ce qu'il lira et de ce qu'il a , pour ains: dire, sucé avec le lait, ne se récrie aussitôt et ne me traite de faussaire et de sacrilège , pour avoir osé faire des changements , des retranchements ou des additions aux livres sacres. (Prcfat. in Evangcl., ad Damas.) Tel éloit le respect des chrétiens pour leurs

Ecritures, qu'ils ne croyoient pas que l'on pût y changer un seul mot, même sous prétexte de réforme, et lorsque le sens ne devoit pas en souffrir.

En second lieu , cette foi publique des chrétiens a dû multiplier à l'infini les copies du nouveau Testament ; non-seulement il s'en trouvoit dans toutes les églises , mais encore chaque fidèle , pour peu qu'il fût instruit, avoit soin de s'en procurer un exemplaire , qu'il méditoit sans cesse comme l'unique règle de sa conduite et de sa croyance. Ceux qui ne pouvoient faire une étude particulière des Ecritures , les connoissoient au moins par l'usage où l'on étoit de les lire publiquement, lorsqu'on s'assembloit pour offrir l'eucharistie. Nous apprenons de saint Justin que cet usage remontoit à la plus haute antiquité, et dès les premiers siècles nous y voyons des clercs chargés particulièrement de cette fonction , sous le nom de lecteurs. A mesure que le christianisme s'étendoit chez les peuples à qui la langue grecque étoit inconnue, on étoit obligé de traduire en leur faveur les livres où étoit contenue la religion qu'on leur annonçoit. De là ce grand nombre de versions , dont quelques-unes ne sont guère moins anciennes que les originaux eux-mêmes. En un mot , on peut dire que jamais livre ne fut plus connu et plus répandu que les écrits du nouveau Testament. Or il est certain , et l'on conçoit aisément qu'un ouvrage est d'autant plus à l'abri de toute altération, que les exemplaires en sont plus multipliés; car, l'interpolation ne pouvantêtre générale, à moins que l'on ne parvienne à changer toutes les copies , la difficulté du succès augmente en raison du nombre des exemplaires. Que seroit-ce , si ce grand nombre d'exemplaires étoit dispersé dans des régions éloignées et parmi des peuples qui n'eussent aucun commerce entr'eux? Supposons que l'on entreprenne aujourd'hui de changer un verset du nouveau Testament , il faudra commencer par anéantir tous les exemplaires imprimés et manuscrits répandus dans le monde , le monarque le plus puissant, tous les princes réunis n'en viendroient pas à bout. Mais si la chose est impossible maintenant , elle l'a toujours été; parce que , depuis le temps des apôtres jusqu'à nous , il y a toujours eu des églises chrétiennes, et par conséquent une multitude d'exemplaires du nouveau Testament , dans les différentes parties du monde connu.

Un troisième effet de la persuasion des chrétiens, relativement à leurs livres sacrés , c'est qu'on les a toujours regardés comme la loi suprême par laquelle on devoit décider les controverses qui s'élevoient dans l'Eglise , soit par rapport au dogme, soit par rapport à la morale. Or les disputes de religion ont commencé dans le christianisme immédiatement après la mort des apôtres ; et depuis cette époque jusqu'au temps où nous vivons, les schismes et les hérésies se sont succédés sans interruption. L enseignement de l'Eglise a toujours été contredit par des sectes nombreuses , qui faisoient profession d'établir leur doctrine sur l'autorité des livres du nouveau Testament. De là naissoient des interprétations différentes du même texte, lesquelles servoient, plus que toute autre chose , à le maintenir dans sa première intégrité. La rivalité des sectes, fanimosité qui se mêle à toutes les disputes de religion , veilloient à la conservation des livres saints. Un plaideur de mauvaise foi, qui auroit en son pouvoir une pièce unique et décisive , ne manqueroit pas de la soustraire ou de l'altérer ; mais s'il voit ce même titre entre les mains de sa partie , il n'ira pas s'exposer inutilement à la honte et au danger d'être convaincu du crime de faux. Les livres du nouveau Testament étoient le titre authentique dont les orthodoxes et plusieurs sectes hérétiques invoquoient également l'autorité. Ce titre étoit antérieur à la naissance des contestations, ni les catholiques , ni les novateurs , ne pouvoient espérer de le corrompre ou de l'anéantir ; car , si les uns l'eussent entrepris , les autres n'auroient eu qu'à produire leurs exemplaires pour couvrir les faussaires de confusion. Qu'a-t-il servi à Lucien et à Hésychius , dit saint Jérôme , d'avoir altéré le nouveau Testament ? Les différentes versions faites avant eux n'ont-elles pas dévoilé la fraude? ( Praef. in Evang. )Ce seroit bien inutilement , par exemple , que les calvinistes tenteroient de supprimer ou d'altérer les passages du nouveau Testament , où nous croyons voir le dogme de la présence réelle. Mais, puisqu'il y a toujours eu dans l'Eglise des sectes ennemies, il faut avouer que le projet de corrompre le texte des Ecritures a toujours été aussi impraticable qu'il le seroit maintenant.

Lorsqu'on s'engage à soutenir qu'un livre important a souffert quelque interpolation considérable, on doit au moins pouvoir proposer quelques conjectures sur le temps, les auteurs et l'objet de cette interpolation. Les incrédules, qui contestent l'intégrité du nouveau Testament, ne peuvent donc se dispenser de répondre aux trois questions suivantes*

1° En quel temps faut-il placer l'interpolation de nos livres saints? Est-ce pendant la vie des apôtres , avant que l'on eût formé le canon ou la collection des livres du nouveau Testament , et lorsque ces écrits étoient répandus et conservés soigneusement <lans les églises qui les avoient reçus ? Les auteurs du nouveau Testament avoient- ils fait eux-mêmes des copies toutes différentes , pour semer le schisme et l'erreur parmi les fidèles ? Est-ce immédiatement après la mort des premiers prédicateurs du christianisme , sous les yeux de leurs disciples ; au milieu de cette multitude de sectes ennemies, qui dès lors commencèrent à déchirer le sein de l'Eglise, et qui réclamoient hautement, en faveur de leurs opinions, l'autorité du nouveau Testament? Est-ce dans le feu des persécutions , lorsque les chrétiens, victimes de la bonne foi , voloient aux supplices qu'un mensonge pou voit leur épargner? Est-ce depuis la paix accordée à l'Eglise , et sous l'empire de Constantin ? Dans ces temps où le nom de traditeur étoit en exécration parmi les chrétiens , et tandis que l'Eglise honoroit d'un culte public ceux qui étoient morts pour la conservation des Ecritures? Comment une entreprise, qui tendoit à renverser les fondements de la religion , auroit-elle pu s'exécuter, sans altérer la doctrine de l'Eglise, sans exciter une révolution générale dans la république chrétienne, sans laisser quelque trace, pas même le plus léger souvenir dans l'histoire ecclésiastique? Ce seroit combattre des chimères, que de vouloir discuter sérieusement de pareilles suppositions.

2° Quels sont les auteurs de cette interpolation ? les juifs ou les païens ? les chrétiens orthodoxes ou les hérétiques ? Mais si les juifs ou les païens eussent altéré quelques exemplaires du nouveau Testament, en haine de la religion chrétienne, l'Eglise auroitelle abandonné ceux qu'elle avoit reçus des apôtres , pour emprunter de ses ennemis des copies infidèles et corrompues? Les chrétiens orthodoxes auroient-ils pu en imposer aux hérétiques , et les hérétiques pouvoient-ils tromper la vigilance des orthodoxes ?La diversité des opinions ne formoit-elle pas , entre les différentes sectes, une barrière que l'imposture n'auroit pu franchir pour passer d'une secte à une autre ? Nous savons que, parmi les anciens hérétiques, il s'en est trouvé d'assez hardis pour entreprendre de réformer , ou plutôt de pervertir les Ecritures; mais qu'est-il arrivé? Tous les chrétiens se sont élevés contr'eux ; les fausbaires ont été confondus par la réclamation unanime de toutes les églises apostoliques : « Nous ne connoissons point vos livres , leur » a-t-on dit. Ce n'est point là ce que les apôtres nous ont laissé. Vous n'êtes que d'hier, »> et vos Ecritures sont encore pius récentes que vous. Dites-nous de qui vous tenez vos » exemplaires, montrez - nous ceux d'après lesquels ils ont été transcrits. Pour nous, » qui sommes les héritiers de la doctrine et des écrits des apôtres , nous prouvons notre r> origine par la suite connue de nos ancêtres, et nous démontrons la vérité de nos titres, « par le témoignage des églises qui ont été gouvernées par les apôtres et par leurs dis- » ciples. » Tel a toujours été le langage de l'Eglise catholique , et les sectes écrasées sous le poids de son autorité , ont entraîné dans leur ruine tous les ouvrages dictés ou dépravés par l'esprit de mensonge.

3° Enfin, quels sont les endroits du nouveau Testament qui peuvent avoir été l'objet de cette prétendue interpolation ? Montrez-nous sur quoi tombe lechangement.que vous soupçonnez dans le texte primitif? Est-ce sur l'histoire, ou sur la doctrine de Jésus- Christ , ou sur l'une et l'autre tout ensemble? Mais ne voyez-vous pas que les différentes parties du nouveau Testament sont liées si étroitement les unes aux autres, qu'il faut ou recevoir tout le livre comme authentique, ou le rejeter entièrement comme supposé ? Que vous serviroit-il de contester le récit de quelques-uns des miracles de l'Evangile, si vous ne prétendez en même temps que tous les récits semblables sont l'ouvrage du faussaire , qui , selon vous, a détiguré les véritables écrits des apôtres? Mais s'il en est ainsi , ne dites plus que nos Ecritures ont été corrompues, tranchez le mot , et dites ouvertement qu'elles sont supposées depuis le commencement jusqu'à la fin : car, si vous en effacez l'histoire des miracles de Jésus-Christ, qu'en restera-t-il que vous puissiez encore attribuer aux apôtres? Est -il une seule page en effet, soit dans les Evangiles , soit dans le livre des Actes , soit dans les Epitres , qui puisse subsister indépendamment des faits merveilleux répandus dans toute l'histoire de Jésus-Christ ? il en est de même de la doctrine, elle se retrouve tout entière dans chacun des livres qui composent le nouveau Testament , tout s'accorde, tout se soutient, tout concourt à présenter un même système. 11 n'y a pas un seul verset qu'on puisse détacher du corps de l'ouvrage, pas un seul mot qui ne convienne parfaitement au siècle , à la doctrine, à la personne des

apôtres. Eu un mot, le nouveau Testamer.t est un livre entièrement supposé, s'il n'est pas authentique dans toutes ses parties. — L'Autorité des livres du nouveau Testament contre les incrédules , par le docteur Duvoisin.

Quanta la vérité des faits évangéliques, voyez Apôtres, Christianisme, Jésus-Christ Miracles , Prophéties.

NOTE XLVI. — évêque. (Pag. 529.)

Un incrédule, qui a composé un ouvrage sous le titre d'Epîlre aux Romains , dit qu'il n'y a point eu d'évêques dans l'Eglise , avant le commencement du deuxième siècle.

Il faut donc, répond le savant Bullet, que cet auteur n'ait jamais lu les deux Epilres de saint Paul à Timothée; car il y auroit vu que cet apôtre avoit établi ce cher disciple, évêque d'Ephèse. 11 y auroit lu, parmi les règles de conduite qu'il lui prescrit, la défense qu'il lui fait de recevoir d'accusation contre un prêtre, que sur le témoignage de deux ou trois personnes : paroles qui montrent évidemment qu'un évêque n'étoit point seulement le premier en rang parmi les prêtres , comme l'ont voulu quelques protestants , mais qu'il avoit autorité et juridiction sur eux. Il y avoit donc dans l'Eglise chrétienne , dès le premier siècle , des évêques , et des évêques établis par les apôtres.

Les plus anciens écrivains ecclésiastiques attestent également cette vérité.

Saint Irénée combat les hérétiques par la tradition, (liv. 3, ch. 3.) et il prouve la tradition par la succession des évêques, depuis les apôtres jusqu'à son temps.

« Ceux qui cherchent la vérité, dit-il, peuvent connoître , dans toutes les églises , la tradition des apôtres qu'ils ont répandue dans tout l'univers ; car nous pouvons compter ceux qui ont été établis évêques par les apôtres dans les églises, de même que leurs successeurs jusques à nous, lesquels n'ont rien enseigné de pareil aux délires de ces nouveaux docteurs : car si les apôtres ont tenu des mystères cachés pour les enseigner aux parfaits , ils ont dû surtout en faire part aux évêques , auxquels ils confioient le soin des églises , puisque ces saints hommes vouloient que ceux qu'ils établissoient pour leurs successeurs , fussent très-parfaits et irrépréhensibles en tout... Mais, parce qu'il seroit trop long de compter les successions de toutes les églises , nous nous contenterons de marquer la tradition de la plus grande et la plus ancienne Eglise, connue de tout le monde, fondée et établie à Rome par les glorieux apôtres Pierre et Paul. Par cette tradition qu'elle a reçue des apôtres, et cette foi annoncée aux hommes et conservée jusqu'à nous par les successions des évêques, nous confondons tous ceux qui font des assemblées illégitimes , de quelque manière que ce soit , par amour-propre , par vaine gloire , par aveuglement ou par malice : car c'est à cette Eglise , à cause de sa puissante primauté , que toute église doit s'accorder , c'est-à-dire ious les fidèles , quelque part qu'ils soient : dans laquelle la tradition des apôtres a été conservée par les fidèles de tout pays. Donc les bienheureux apôtres ayant fondé et édifié l'Eglise , confièrent à Lin la fonction de l'episcopat. C'est ce Lin dont Paul fait mention dans les Epitres à Timothée. Son successeur fut Anaclet ; et après lui , au troisième rang après les apôtres , Clément reçut l'episcopat , lui qui avoit vu les bienheureux apôtres , et avoit conféré avec eux , et qui avoit encore devant les yeux la prédication récente et la tradition des apôtres... Ace Clément succéda Evariste ; à Evariste , Alexandre ; puis le sixième, après les apôtres, fut Sixte; et après lui, Télesphore, qui souffrit un glorieux martyre. Ensuite Hygin, puis Pius; et après lui, Anicet, à qui Soter ayant succédé , maintenant Eleuthère possède l'episcopat au douzième rang après les apôtres. C'est suivant cet ordre et celte succession, que la tradition des apôtres et la prédication de ia vérité est venue dans l'Eglise jusqu'à nous. »

On ne peut rien de plus fort que le témoignage de ce saint docteur. 11 avoit été disciple de saint Polycarpe , qui l'avoit été de saint Jean : il étoit par conséquent bien instruit de l'ordre et de la police établie dans l'Eglise par les apôtres. Or, en combattant des hérétiques artificieux , qui cherchoient tous les moyens d'échapper à ses preuves, il assure comme des vérités dont on ne peut douter, 1° que les apôtres ont établi des évêques dans les églises qu'ils avoient fondées ; 2° que ces évêques se sont perpétués par une succession non interrompue jusqu'à son temps ; 3° qu'on en peut donner une liste exacte; 4° il apporte ensuite, pour preuve et pour exemple de tout cela, la succession des évêques dans l'Eglise de Rome, ajoutant qu'il ne se borne à celle-là que pour éviter la longueur. ô° Saint Irénée met saint Lin et ses successeurs dans un

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