COT
COSME (saint). Les chanoines réguliers de Saint-Cosme-lez-Tours quittèrent , à ce qu'on dit , la règle trop austère de saint Benoît, pour embrasser celle de saint Augustin ; on ne sait pas en quel temps.
COSMOGONIE, COSMOLOGIE. Voyez- Monde.
COTEREAUX , hérétiques , ou plutôt assassins et malfaiteurs , qui vendoient leurs bras et leur vie pour servir les passions sanguinaires des pétrobrusiens et des albigeois ; on les nommoit encore cathares, courriers et routiers. Ils exercèrent leurs violences en Languedoc et en Gascogne , sous le règne de Louis VII, vers la fin du douzième siècle. Alexandre III les excommunia , accorda des indulgences à ceux qui les attaqueroient , défendit , sous peine de censure , de les [ favoriser ou de les épargner. On dit qu'il y en eut plus de sept mille qui furent exterminés dans le Berri.
Quelques censeurs ont blâmé cette conduite du pape comme contraire à l'esprit du christianisme; saint Augustin , disent-ils , consulté par les juges civils sur ce qu'il falloit faire des circoncellions , qui avoient égorgé plusieurs catholiques , répondit : o Nous avons in- » terrogé là-dessus les saints martyrs , » nous avons entendu une voix s'élever » de leur tombeau , qui nous avertissoit » de prier pour la conversion de nos » ennemis , et d'abandonner à Dieu le » soin de la vengeance. » D'autres critiques ont accusé saint Augustin d'avoir pensé , à l'égard des donatistes et de leurs circoncellions , à peu près de même qu'Alexandre III à l'égard des cotereaux*
Tous ces reproches sont également injustes. Notre religion nous ordonne de pardonner à nos ennemis particuliers et personnels , mais non d'épargner des ennemis publics armés contre la sûreté et le repos de la société ; elle ne défend ni de leur faire la guerre , ni de les exterminer , lorsqu'on ne peut pas autrement les mettre hors d'état de nuire. C'étoit les cas des cotereaux. Par la même raison , saint Augustin fut d'avis d'implorer le secours du bras séculier , pour arrêter le cours du brigandage des circon-
«ellions ; mais lorsque plusieurs d'entre eux furent tombés entre les mains des juges, il ne voulut demander ni leur sang , ni aucune vengeance , parce qu'ils étoient hors d'état de nuire. La conduite des martyrs , à l'égard des persécuteurs , n'est point applicable au cas présent. Les persécuteurs étoient des souverains , ou des magistrats revêtus de la puissance publique , de laquelle ils abusoient ; les circoncellions et les cotereaux étoient des particuliers armés contre les lois.
COULE. Voyez Habit religieux.
COULEUR. Dans les Eglises grecque et latine , l'usage est de distinguer les offices des divers mystères et des différentes fêtes , par des ornements de différentes couleurs. Dans l'Eglise latine, on n'use ordinairement que de cinq couleurs, qui sont le blanc, le rouge, le vert , le violet et le noir ; l'Eglise de Paris y ajoute le jaune et la couleur de cendres. Dans quelques diocèses , on se sert de bleo aux fêtes de la sainte Vierge. L'on peut voir , dans les rubriques du missel et dans les directoires ou ordo , à quels offices chacune de ces couleurs est affectée.
Les Grecs modernes ne font plus guère d'attention à cette distinction de couleurs; le rouge scrvoit, parmi eux, à Noël et aux enterrements. Les anglicans ont seulement retenu le noir pour les obsèques des morts.
COULPE , mot tiré du latin cuîpa , faute, péché. Les théologiens distinguent, dans le péché , la coulpe d'avec la peine. La croyance catholique est que le sacrement de pénitence remet au pécheur la coulpe et la peine éternelle, mais non la peine temporelle ; que la charité parfaite et ardente remet l'une et l'autre. Comme le péché mortel nous rend dignes delà damnation, Dieu peut, sans doute , nous remettre cette peine éternelle, sans nous dispenser de subir une peine temporelle et passagère ; nous en voyons l'exemple dans David et dans la plupart de ceux auxquels Dieu a fait porter en ce monde la peine de leur péché.
Coulpe, se dit encore dans les monastères , pour signifier l'aveu que l'on
fait de ses fautes dans le chapitre assemblé.
COUPE , vase à boire dont on se servoit dans les festins et dans les sacrifices. Dans le style de l'Ecriture sainte ; la coupe de bénédiction est celle que l'on bénissoit dans les repas de cérémonie , et dans laquelle on buvoit à la ronde. Ainsi , dans la dernière cène , Jésus- Christ bénit la coupe de son sang , et en fit boire à tous ses apôtres. Boire dans la même coupe étoit un signe de fraternité.
La coupe de salut est une coupe d'actions de grâces, que l'on buvoit en bénissant le Seigneur de ses bienfaits. Il est dit dans le troisième Livre des Machabées , que les Juifs d'Egypte, après leur délivrance , firent des festins et offrirent des coupes de salut.
Coupe , signifie aussi la portion ou le partage. Voyez Calice.
Lorsqu'on eut trouvé dans le sac de Benjamin la coupe de Joseph , un de ses officiers dit : « La coupe que vous avez » volée est celle dans laquelle mon » maître boit et dont il se sert pour pré- » dire l'avenir. » Gen., c. 44, jr. 5. Joseph se servoit-il réellement d'une coupe pour prédire l'avenir ? Non , sûrement : la cannoissance qu'il avoit de l'avenir n'étoit point un effet de l'art , mais un talent surnaturel que Dieu lui avoit donné. Le texte hébreu peut signifier : a N'est-ce pas la coupe dans laquelle » mon maître boit , et par laquelle il » vous a mis à l'épreuve? »
Dans les disputes des catholiques avec les protestants, la coupe signifie la communion sous l'espèce du vin. V. Communion SOUS LES DEUX ESPÈCES.
COURONNE. On a blâmé , avec beaucoup d'amertume , les Pères de l'Eglise, qui ont soutenu qu'il ne convenoit pas à un chrétien de se couronner de fleurs , comme faisoient les païens dans leurs festins et dans quelques-unes de leurg cérémonies; cette censure tombe sur Minutius-Félix , sur saint Clément d'Alexandrie , et principalement sur Tertullien. Ce Père a fait un livre de Coronâ , dans lequel il s'attache à prouver qu'un chrétien doit absolument s'abstenir de porter des couronnes.
Barbeyrac, Traité de la Morale des Pères, c. 6, g 14, s'est élevé contre «ette décision ; il dit que , suivant le sentiment de Tertullien , se couronner de fleurs est une chose mauvaise en ellemême et contraire à la loi naturelle, mais qu'il le prouve par de pauvres raisons ; les principales sont que l'Ecriture sainte ne permet nulle part cet usage , et que la nature a fait les fleurs pour réjouir l'odorat , et non pour orner la tête. La première , dit Barbeyrac , est un faux principe; la seconde est l'écart d'une imagi-
cou
» lesquelles on porte des couronnes ,
toutes sont étrangères à un chrétien ,
profanes , criminelles , contraires aux
serments du baptême ; ce sont les
pompes du démon et de ses anges :
toutes sont infectées d'idolâtrie , in
omnibus istis idololatria. Un chrc-
» tien ne voudra pas même orner de
» laurier la porte de sa maison , lorsqu'il
» saura combien de divinités le démon
» du paganisme a préposées à la garde
» des portes, Janus, Limentinus, For-
» culus, Carda , etc. »Nous présumons
nation déréglée. Cette critique est fausse | que Tertullien connoissoit mieux qu'un
à tous égards.
critique du dix-huitième siècle, les idées,
1° L'écart prétendu de Tertullien j les mœurs , les folles allusions , les abprouve déjà que les couronnes sont une j surdités du paganisme, les conséquences
superfluilé ; que l'on en use, non par besoin, mais pour quelqu'autre raison, qu'il faut donc examiner par quels motifs on les porte : c'est ce que fait Tertullien dans toute la suite de ce traité. Après avoir recherché , dans les auteurs profanes , l'origine et les motifs de toutes les espèces de couronnes, il fait voir qu'aucun de ces motifs n'est louable. Celles que portoient les ministres d'un sacrifice, et les assistants, étoientune profession d'idolâtrie ; celles des convives d'un festin annoncoient
que les païens tiroient de leurs usages. Quand il auroit poussé trop loin le scrupule et les soupçons d'idolâtrie , ii ne s'ensuivroit pas encore qu'il raisonne mal; dans le fond, il suit la règle tracée par saint Paul, Rom, > c. 14, f. 20.
« Toutes choses sont pures ; mais un » homme fait mal d'en user , lorsqu'il » scandalise les autres. » I. Cor., c. 8 , jh 13. « Si ma nourriture scandalisoit » mon frère , je ne mangerois point de » viande de ma vie. »
2° Barbeyrac n'a pas vu qu'en con-
Fistempérance et la débauche; celles « damnant l'argument négatif que Terdes triomphateurs victorieux sentoient, j tullien tiroit du silence de l'Ecriture pour ainsi dire, le carnage et le sang • sainte, il fait le procès au protestanrépandu ; celles des époux étoient les j tisme. Ce Père disoit : L'usage des coulivrées des dieux de l'hyménée, etc. 11 j ronnes n'est pas formellement approuvé obseive qu'il n'y avoit aucune Heur, j ni permis par l'Ecriture; donc il est dé-
aucun feuillage , aucune plante qui ne fût consacrée à quelque divinité, et qui ne fût le symbole de son culte , de Coronâ , c. 8. Toutes choses , dit-il, sont
fendu. Les protestants nous répètent continuellement : Tel dogme n'est pas formellement enseigné par l'Ecriture , donc il n'est pas révélé; telle pratique
pures, comme créatures de Dieu, et sont ? n'y est pas expressémeni autorisée, destinées à notre usage ; mais c'est la j donc elle est abusive. Quelle différence
nature de l'usage qui décile s'il est bon ou mauvais , c, 10. Il n'est donc pas vrai que Tertullien condamne les couronnes absolument et en elles-mêmes comme contraires à la loi naturelle, mais comme des marques d'idolâtrie. Voilà pourquoi les chrétiens s'en abstenoicnt ; c'est le reproche que leur fait un païen dans iMinutius-Féiix , Octav., c. 12.
«Nous avons détaillé, continue Ter- » tullien, c. 15, toutes les causes pour
y a-t-il entre cet argument et celui de Tertullien ? Nous ne l'approuvons pas absolument : mais ce n'est pas à eux de le blâmer. Tertullien y en ajoutoit un autre, c'est que l'usage des couronnes n'éloit point non plus autorisé par la tradition ; au contraire, il é toi t proscrit par l'usage des bons chrétiens, d'où il concluoit que l'on devoit s'en abstenir, et il avoit raison; mais celte autorité, que Tertullien attribue à la tradition,