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ment que nous appelons le respect. Saint Paul exhorte les fidèles à se sanctifier dans la crainte du Seigneur. //. Cor.,
Mais le même apôtre nous enseigne
que l'esprit du christianisme n'est point,
comme sous l'ancienne loi, la crainte
qui est le caractère des esclaves, mais
l'amour qui est le propre des enfants
de Dieu. Rom., c. 8, j. 15. Saint Jean
j dit que la chariLé parfaite exclut la
crainte, que celle-ci est un sentiment
I pénible. /. Joan., c. 4, f. 18. Il y a
: donc une crainte utile et louable, et il
y en a une qui est vicieuse et répréhen-
sible.
Conséquemment les théologiens distinguent la crainte servilement serviie, par laquelle l'homme évite extérieurement le péché, à cause du châtiment qui y est attaché , mais conserve dans 1 son cœur l'inclination aie commettre, s'il pouvoit éviter la punition ; la crainte simplement servile , qui bannit le péché et toute affection au péché, afin d'éviter la peine; la crainte filiale, qui fait renoncer au péché par amour pour ! Dieu. Celle qu'ils nomment crainte rêvérentielle n'est autre chose que le respect pour la majesté divine.
De l'aveu de tout le monde , la pre- | mière de ces craintes est vicieuse, puisi qu'elle laisse dans le cœur l'affection au ; péché. C'est de celle-là que parle saint j Paul , lorsqu'il dit que c'est le caractère • des esclaves ; elle dominoit chez les : Juifs, dont la plupart ne s'abstenoient du crime qu'à cause des châtiments temporels attachés aux infractions de la loi. La seconde est utile et louable; le concile de Trente décide que la crainte, qui exclut la volonté de pécher et renferme l'espérance du pardon , non-seulement ne rend pas le pécheur hypocrite et plus criminel , comme le soutenoit Luther , mais que c'est un don de Dieu, un mouvement du Saint-Esprit, qui dispose le pécheur à la justification. Sess. 14, c. 4, et can. S. Voyez Attrition. La troisième est inséparable de l'amour de Dieu. Ceux qui ont confondu, ces différentes espèces de craintes, ont raisonné fort mal.
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On a donc condamne avec raison les j ^r. 3. « Dieu dit : que la lumière soit, et la théologiens qui ont enseigné , sans » lumière fut. » C'est ainsi qu'il représestriction et sans distinction, que la \t sente successivement toutes les procrainte n'arrête que la main, laisse dans j ductions de Dieu; elles ne lui coûtent ie cœur rattachement au péché , n'est ] qu'une parole , un seul acte de volonté.
bonne qu'à produire le désespoir, etc.
Cette doctrine est évidemment contraire à celle du concile de Trente. Il est assez singulier que ceux qui ont le plus déclamé contre la crainte, en général, aient travaillé de toutes leurs forces à nous l'inspirer, en représentant toujours Dieu comme un maître beaucoup plus terrible qu'aimable.
La crainte est utile , sans doute, pour toucher des pécheurs ingrats et endurcis, puisque Dieu emploie souvent les menaces pour les effrayer; mais, en général, les motifs de reconnoissance et de confiance sont plus propres à faire impression sur le très-grand nombre des hommes , qui pèchent plutôt par foiblesse que par malice. Pour un passage de l'Ecriture sainte , capable de nous donner de la crainte, il en est dix qui son. destinés à nous inspirer la confiance en la bonté de Dieu, l'espérance en sa miséricorde , l'amour envers un père qui nous menace, parce qu'il ne désire pas de nous punir.
Une infinité d'âmes vertueuses, mais timides, ont été jetées dans le trouble, dans le découragement, dans le désespoir, par la lecture des livres dont les auteurs mélancoliques ne montroient dans la religion que des sujets de crainte; souvent Ton est obligé de défendre ces sortes de lectures aux personnes d'une imagination vive. Mais pourroit-on citer des ûmes qui aient renencé à la vertu par un excès de confiance en la miséricorde et en la bonté de Dieu? Ployez Confiance en Dieu.
Les athées et les matérialistes prétendent que la notion de Dieu et la religion, en général, sont nées de la crainte; nous prouverons le contraire au mot Religion.
CRÉATEUR , CRÉATION. Créer , c'est produire des êtres par le seul vouloir. On ne peut attribuer ce pouvoir à Dieu d'une manière plus énergique et plus sublime que Ta fait Moïse, Gènes. > c. 1.
Selon le psalmiste, Dieu a dit, et tout a été fait; il a commandé, et tout a été créé , Ps. 148, f. 5. Dieu lui-même dit , par la bouche d'Isaïc : « J'ai appelé le » ciel et la terre , et ils se sont pré- » sentes, » c. 45, jL 24; c. 48 , f. 12. Judith parle de même : « Vous avez dit, » Seigneur, et tout a été fait; Vous » avez souillé , et tout a été créé. » Judith, chap. 16, f. 17. La mère des Machabées représente à son fils que Dieu a fait de rien le ciel , la terre, tout ce qu'ils renferment , et la race humaine. II. Machab., c. 7, f. 28. Le dogme de la création a donc été constamment professé chez les Juifs ; a-t-il pu venir d'une autre source que de la révélation primitive ?
En effet, Moïse nous apprend que Dieu bénit et sanctifia le septième jour; pourquoi , sinon afin qu'il servit de monument perpétuel de la création? La semaine ou l'usage de compter les jours par sept a été observé par les patriarches, avant que l'on pût le rapporter à des calculs astronomiques. Noé demeura sept jours avant de sortir de l'arche.
Gen., c. 8, f. 10 et 12. Les noces de Jacob durèrent sept jours, c. 29, fm 27; ses funérailles de même, c. 50, f. 10. La loi de sanctifier le sabbat, ou le septième jour, en mémoire delà création, fut renouvelée dans le désert. Exod., c. 16, f. 23 ; c. 20, ^. 11. De là le respect des Juifs pour le nombre septénaire,,
Si la sanctification du sabbat fut ordonnée sous peine de mort , c'est à cause de l'importance du dogme de la création. II est évident que l'intention de Moïse, en écrivant la Genèse, a été de prémunir les Hébreux contre l'erreur des autres peuples , qui admettoient . plusieurs dieux, qui adoroient les astres et les éléments ; et contre tous les faux systèmes philosophiques qui dévoient éclore dans la suite des siècles. Conséquemment il leur enseigne qu'un seul Dieu a tout créé ; Dieu n'a donc pas eu besoin de
coopérateur , puisqu'il opère par le seul vouloir ; les astres et les éléments ne sont pas des dieux, puisque ce sont des créatures que Dieu a faites pour l'utilité de l'homme; lui seul gouverne tout par sa providence, puisque c'est lui qui a établi , dès le commencement, l'ordre qui règne dans la nature; il est donc le seul distributeur des biens et des maux, et ce seroit une absurdité de les attribuer à d'autres qu'à lui seul. Ainsi , d'un seul trait, Moïse a sapé par la racine les fondements du polythéisme et de l'idolâtrie, le faux système des émanations, qui a été la source de tant d'erreurs, l'hypothèse non moins absurde du destin ou de la fatalité, et toutes les autres rêveries philosophiques, longtemps avant leur naissance.
En second lieu , de la notion de Créateur s'ensuivent tous les attributs de Dieu ; ce dogme seul nous en donne la vraie notion. Dieu est l'Etre nécessaire ou existant de lui-même , puisqu'il est la première cause sans laquelle rien n'auroit pu sortir du néant ; il est éternel, rien n'étoit avant lui , et il est avant tous les temps; il est tout- puissant , rien peut- il résister à celui qui opère par le seul vouloir? Il est infini, aucune cause n'a pu le borner ; par quel espace pouvoit-il être limité avant \à création? Il est pur esprit, puisqu'il a tiré du néant la matière, et qu'il agit avec intelligence ; pour connoître tout ce qui est, tout ce qui sera, tout ce qui peut être, il n'a besoin que de voir l'étendue de son pouvoir : il ne doit pas lui en coûter davantage pour gouverner le monde, qu'il ne lui en a coûté pour le former.
Faute d'avoir connu ce dogme essentiel, les philosophes ont été incapables de démontrer l'unité , la simplicité , la parfaite spiritualité de Dieu : ou ils l'ont conçu comme l'âme du monde , ou ils ont pensé que Dieu avoit laissé à des esprits inférieurs le soin de le fabriquer et de le gouverner. La théologie de Moïse, qui est celle de notre premier père, étoit donc le meilleur préservatif contre les divers égarements du genre humain.
Cependant des écrivains téméraires ont avancé que la création est un dogme nouveau , une idée philosophique; qu'il n'est pas enseigné clairement par Moïse; que plusieurs Pères de l'Eglise l'ont ignoré ; qu'il n'est pas fort essentiel à la théologie, etc. Toutes ces assertions, hasardées et répétées aveuglément par nos incrédules, tombent d'elles-mêmes à la vue de la clarté et de l'énergie du texte sacré.
C'est une grande question entre les plus habiles critiques, de savoir s'il n'est aucun des anciens philosophes qui ait admis le dogme de la création , si tous I l'ont rejeté formellement; si tous ont 'soutenu ou l'éternité du monde, ou | l'éternité de la matière. Cudworth, dans J son Système intellectuel 3 avoit avancé ' que les philosophes plus anciens qu'Ai ristote n'avoient point regardé le prin- ! cipe , rien ne se fait de rien, comme j incontestable ; il avoit cité quelques pas- I sages qui sembloient prouver que Py- | thagore, Platon et quelques-uns de leurs disciples , ont supposé une espèce de création. Mais Beausobre , Le Clerc, Mosheim , Brucker et d'autres , sont d'avis que ces passages ne sont pas décisifs , qu'ils sont contredits par d'autres plus clairs; d'où ils concluent qu'aucun philosophe n'a enseigné la création prise en rigueur. M. Anquetil s'est attaché à faire voir que Zoroastre et ses disciples ont formellement professé celte vérité.
Mémoires de V Académie des Inscriptions, tom. C9 , m-12 , p. 153. (N* VII , p. 555. )
Il faut avouer cependant qu'il est difficile devoir quel a été le vrai sentiment des philosophes, touchant une question qui passoit leur intelligence, à cause des contradictions fréquentes dans lesquelles ils sont tombés. S'ils avoient admis un Dieu créateur, il est à présumer qu'ils auraient tiré de cette notion les conséquences qui en découlent évidemment, qu'ils en auroient conclu l'unité , la simplicité, la spiritualité, la providence de Dieu; que jamais ils ne rauroient pris pour l'âme du monde. Mosheim va jusqu'à prétendre que les platoniciens même, du troisième et du quatrième
siècle , qui connoissoient les dogmes du christianisme , n'ont admis qu'en apparence celui de la création; qu'ils i'enlendoient, non dans un sens réel, mais dans un sens métaphysique , auquel on ne conçoit rien. Cudworth , Syst. intel., tom. 2, p. 287. Quoi qu'il en soit, il demeure incontestable que le dogme de la création est venu , non des raisonnements philosophiques, mais de la révélation primitive , et de la tradition conservée par les patriarches et par leurs descendants. (NeVIII,p. 554. )
C'a donc été une témérité inexcusable de la part de Beausobre , de soutenir , après Burnet, qu'il est incertain si ce dogme r fait partie de l'ancienne théologie juive; qu'il n'y a, dans les livres saints , aucun passage par lequel on puisse le prouver démonstrativement à un esprit prévenu. Hist. du Manich., tome 2 , 1. 5, c. 4. Nous convenons qu'il n'est aucun passage assez clair, ni aucun argument assez démonstratif pour convaincre un esprit prévenu; mais la prévention d'un raisonneur opiniâtre change-t-elle la signification naturelle des termes ? Nous avouons encore que l'hébreu bara, le grec *e«Çeîi», le latin creare, le françois créer, n'expriment pas toujours la création proprement dite ; aucune langue ne peut avoir un terme sacramentel pour la désigner, puisque ce n'est pas une idée qui soit naturellement venue à l'esprit des inventeurs du langage ; mais n'y a-t-il pas d'autre moyen de l'exprimer ? Si nous en croyons Beausobre , les auteurs sacrés, qui disent que Dieu a tout fait de rien, qu'il a tiré toutes choses du néant, qu'il a fait ce qui est de ce qui n'étoit point , n'ont pas enseigné la création assez clairement • parce que les anciens ont appelé rien, néant, ce qui n'étoit pas, la matière et les êtres qui n'a voient pas encore reçu leur forme. N'est-ce pas là se jouer des termes? Beausobre devoit du moins nous dire de quelles expressions les écrivains sacrés dévoient se servir pour enseigner la création assez clairement. En raisonnant comme lui, on prouveroit que lui-même n'admet pas assez clairement ce dogme, malgré
la profession qu'il en fait. Dieu a dit, et tout a été fait; il dit que la lumière soit, et la lumière fut; ainsi parlent les auteurs sacrés : ce langage se trou ve-t-ii chez les profanes?
Par la même prévention , Beausobre doute si saint Justin a vu la création de la matière dans les paroles de Moïse ; parce que, dans sa première ApoL, n° 59 , il pense que Platon a emprunté de Moïse ce qu'il a dit de la formation du monde : or , Platon suppose que Dieu l'a formé d'une matière préexistante.
Mais pour savoir ce qu'a pensé saint Justin , il ne falloit pas se contenter d'un seul passage. Dans son Exhortation aux Grecs , n° 22 , il dit que « la diifé- » rence qu'il y a entre le Créateur et » l'ouvrier consiste en ce que le pre- » mier n'a besoin que de sa propre puis- » sance pour produire des êtres, au » lieu que le second a besoin de matière » pour faire son ouvrage ; » n° 23 ,, il prouve que si la matière étoit incréée, Dieu n'auroit point de pouvoir sur elle , et qu'il ne pourroit pas en disposer. Cela est-il assez clair? Aussi Beausobre avoue que si ce Père a été constant dans ses principes, il faut qu'il ait cru la création de la matière. Tlist. du Manich., 1. 5 , c. 5 , § 5. Or, saint Justin n'a pas puisé ce sentiment dans Platon , puisqu'il le réfute ; ni dans les autres philosophes , puisqu'aucun d'eux n'a enseigné la création. Ce Père déclare qu'il a renoncé à leur doctrine pour étudier les prophètes, Dial. cum Tryph.,n° 7 et 8 ; donc c'est dans les prophètes , ou dans les écrits de Moïse , qu'il a trouvé le dogme de la création.
Au reste , Beausobre n'a point dissimulé son intention , il vouloit justifier les sociniens accusés de nier la création de la matière ; pour les faire paroître moins coupables, il a trouvé bon de soutenir que ce dogme n'est pas assez clairement enseigné dans nos livres saints ; qu'après tout , il n'est pas fort essentiel à la religion , puisqu'il ne conduit pas à l'athéisme ; et quelques déistes l'ont ainsi affirmé sur sa parole. Suivant ce beau raisonnement , il faut excuser toutes les erreurs , dès qu'elles ne dé-