‹ Dictionnaire de théologieChapitre 158 sur 170 · CEL · texte numérisé non relu

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vertueux, sages et intelligents,!. i,n® 27. 14 ne leur reproche point d’autre crime que de s’assembler en secret , contre la défense des magistrats , de détester les simulacres et les autels , et de blasphémer contre les dieux. Nous prions les incrédules modernes d’y faire attention, et de ne pas pousser les calomnies plus loiu que lui.

Tantôt il approuve , et tantôt il blâme la fermeté des martyrs ; mais il convient de la cruauté des supplices qu’oii leur fait subir , 1. 8 , n. 59 , 43 , 48 , etc. C’est cependant un fait que l’on a osé contester de nos jours. Il distingue la grande Eglise d’avec les autres sectes qui se disoient chrétiennes; il ajoute que ces différentes sectes se haïssent et

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ou descendre de la croix , ou se montrer . se déchirent, 1.5,0“ 59 et suiv.

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à tout le monde? Pourquoi le devoit-il?

où sont les raisons qui prouvent ce de-

C’est justement ce qui prouve qu’il n’a pas pu y avoir de collusion entre les

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voir prétendu? Nous soutenons qu’il ne premiers sectateurs du chrisSanisme le devoit pas ; que quand il l’auroit fait , | pour forger des faits , pour les publier, les incrédules n’en seroient pas plus tou- ; pour en imposer aux hommes créchés que du miracle de sa résurrection , ' dules. Les divisions ont commencé dès

prouvé comme il l’est.

le temps des apôtres; ils s’en plaignent.

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Cette résurrection a été publiée , crue ^ et démasquent les faux docteurs; ils ont et professée par des milliers de Juifs,' donc toujours été surveillés par des cinquante jours après, sur le lieu meme ennemis attentifs et jaloux, soit juifs, où elle est arrivée ; Celse n’a pas osé en | soit païens , même par des philosophes disconvenir : donc ses disciples ont soli- j mal convertis. Mais parmi ceux qui ont dement prouvé qu’ils n’avoientni rêvé, j levé l’étendard contre les apôtres, auni menti. 1 cun ne les a jamais accusés d’avoir

Rien n’est plus absurde que de rejeter j forgé, déguisé, dénaturé les faits de

un miracle , parce que Dieu pouvoit en faire un autre , et de contester une preuve , parce que Dieu pouvoit en donner d’autres. Quoi que Dieu fasse, les incrédules sont bien résolus de n’avouer jamais qu’il a bien fait ; et quelques preuves qu’on leur allègue , elles ne suffiront jamais pour vaincre leur opiniâtreté. Plusieurs ont déclaré que quand ils verroient de leurs yeux un mort sortir du tombeau , ils ne le croiroient pas.

Celse convient que le christianisme a été prêché , s’est établi , et a fait des progrès très-peu de tcmjjs après la mort de Jésus-Christ , 1. 2, n" 2 et 4 ; que ceux (jui pohlienl sa doctrine lui font une infinité de disciples , n" 40. 11 avoue (pi'il y a parmi les chrétiens des hommes

l’Evangiler Si les faits sont vrais, le christianisme est invinciblement prouvé.

Il n’est pas aisé de démêler quels étoient les sentiments de Celse touchant la Divinité; sa philosophie est un chaos inintelligible , et son ouvrage un tissu de contradictions. Quelquefois il semble admettre la providence, d’autres fois il la nie ; il joint à l’épicuréisme le dogme de la fatalité ; il croit que les animaux sont d’une nature supérieure à celle de l’homme. Il n’exige point que l’on rende un culte à Dieu , créateur et gouverneur du monde , mais seulement aux génies ou aux dieux des païens ; il vante les oracles , la divination , les prétendus |)rodigcs du paganisme. Tantôt il semble approuver, cl tantôt il blâme le culte des simulacres ou des idoles. A propre-

ment parler, il ne savoit pas lui^jmême ce qu’il croyoit ou ne croyoit pas. C’est assez la philosophie de la plupart des incrédules ; ils se ressemblent dans tous les siècles.

La plupart des reproches qu’il fait aux chrétiens en général , ne pouvoient tomber que sur les gnostiques, qu’il confondoit mal à propos avec les véritables chrétiens.

L’exactitude avec laquelle Origène rapporte les propres paroles de Celse, prouve que nos anciens apologistes n’ont cherché ni à supprimer les ouvrages de .^urs adversaires, ni à déguiser leurs objections, ni à les rendre odieux. Sans les livres d’Origène , qui sauroit aujourd’hui ce que Celse a écrit? Ce philosophe étoit très-voisin des faits, puisqu’il a vécu au milieu du second siècle , cinquante ou soixante ans seulement après la mort du dernier des apôtres. Il pouvoit '“consulter les juifs, vérifier si les disciples de Jésus-Christ avoient été des imposteurs. Il dit qu’il connoît parfaitement le christianisme, qu’il s’est informé de tout ; il fait môme parler un juif; cependant il n’oppose aux chrétiens, ni aucun fait décisif, ni aucun témoignage contradictoire au leur , ni aucun argument fort redoutable. S’il y avoit eu de l’imposture de leur part, il scroit incroyable que Celse ne l’eût pas démasquée. Tout considéré , son ouvrage est un des monuments les plus honorables et les plus avantageux à notre religion. Si l’on veut voir un extrait plus exact des objections de Celse et des réponses d’Origène , on le trouvera dans le Traité historique et dogma tique de la vraie Religion, 1. 10 , 2® édit.

CÉNACLE. Notre Sauveur, la veille de sa passion , dit à ses disciples d’aller préparer le souper de la pûque à Jéru- •salem ; qu’ils y trouveroicnt un cénacle tout prêt , c’est-à-dire , une salle à manger, avec les tables et les lits sur lesquels on se plaçoit pour manger. Dans les siècles postîirieurs , on a montré à Jérusalem une salle qui fut changée en église par l’impératrice Hélène , où l’on prétendoit que notre Sauveur avoit fait ■6on dernier souper, et avoit institué

l’eucharistie ; mais il y a lieu de douter que cette salle ait été garantie de la ruine de Jérusalem , lorsque cette ville fut prise par les Romains ; on pouvoit tout au plus connoître, pr4î tradition, la sol sur lequel le cénacle avoit été placé.

Mais le respect que l’on eut pour le lieu dans lequel on croyoit que Jésus- Christ avoit institué l’eucharistie, prouve assez la haute idée que l’on avoit conçue de cette action de Notre- Seigneur. Si l’on avoit envisagé pour lors la dernière cène du même œil que les protestants, on ne se seroit pas avisé de changer le cénacle en église.

CENDRE. Le mercredi des Cendres est actuellement le premier jour de carême. Il est probable qu’il a été ainsi nommé , à cause de l’usage dans lequel étaient les pénitents , dans les premiers siècles , de se présenter ce jour- là à la porte de l’église, revêtus de cilices et couverts de cendres. <

Mais quel rapport y a-t-il entre la cendre et la pénitence ? C’est un monument des anciennes mœurs. Se laver le corps et les habits , se parfumer la tête, étoit le symbole de la joie et de la prospérité : au contraire , la marque d’une douleur profonde étoit de se rouler dans la poussière , et d’y demeurer couché.

Cela se voit encore quelquefois parmi le peuple des campagnes , qui se livre violemment aux impulsions de la nature.

Un homme qui se montroit avec le corps, les cheveux et les habits couverts de poussière , annonçoit, par cet extérieur négligé , le deuil et l’aftliction. Les exemples en sont fréquents dans l’Ecriture sainte; Job, l’histoire des rois, les prophètes , l’Evangile même en parlent.

David , pour exprimer une douleur amère , dit qu’il mangeoit la cendre comme le pain , ou plutôt avec le pain. Psalm. 101 , 10. Comme les anciens

cuisoient leur pain sous la cendre , ne pas se donner la peine de secouer la cendre dont le pain étoit couvert , étoit une marque d’afiliction.

Aujourd’hui , dans l’Eglise romaine , le jour des Cendres , le célébrant , après avoir récité les psaumes pénitenliaux et

d’autres prières, bénit des cendres, en impose sur la tête du clergé et du peuple, qui les reçoit à genoux, et à chaque personne à laquelle il en donne, il adresse ces paroles : Homme, souviensioi que tu es poussière, et que tu y retourneras. C’est la sentence terrible que Dieu prononça contre le premier pécheur. Gen., c. 5, ÿ. d9. Lorsque la coutume de brûler les morts subsistoit , un peu de cendre tirée du bûcher et appliquée sur le front d’un homme étoit un symbole encore plus énergique ; c’étoit un. arrêt de mort encore plus sensible.

Siiperstition ! disent les protestants ; momerie des prêtres ! s’écrient les philosophes. Nous leur répliquons : Vous ne savez pas seulement ce que signifie le rit que vous blâmez. Dans la bénédiction des cendres, l’Eglise prie Dieu d’inspirer des sentiments de pénitence à ceux qui les recevront, et de leur pardonner leurs péchés ; le fidèle qui se présente, vient ratifier pour lui -même cette prière de l’Eglise, se frapper de l’image de la mort , afin de se détacher du péché. Où est la superstition? Retrancher du culte religieux les symboles les plus naturels et les plus expressifs , c’est étouffer tout à la fois la religion et la nature.

CÈNE , souper , du latin ccena, et du grec z6tv>j , repas commun d’une famille rassemblée. Pourquoi les anciens ont-ils donné ce nom au repas du soir, plutôt qu’à celui du malin, ou à celui du milieu du jour? Parce que la famille d’un laboureur est dispersée pendant tout le jour pour les travaux de l’agriculture, elle prend ses repas au hasard et dans la campagne , elle ne se rassemble que le soir : c’est le souper qui la réunit.

Le nom de cène a été spécialement donné au dernier souper que fit Jésus- Christ avec scs ajiôtrcs rassemblés la veille de sa mort, dans lequel il mangea la pâque avec eux , et après lequel il institua l’eucharistie ; l’Eglise en célèbre la mémoire le jeudi saint. Pour nous remettre sous les yeux l’humilité de Jésus-Christ qui , ajirès la cène, lava les pieds à scs apôtres, il est d’usage dans

chaque église de laver les pieds à douze pauvres. Nos rois renouvellent aussi cette cérémonie touchante et majestueuse , et c’est ce que l’on appelle faire lu cène. Après un Germon convenable au sujet , et après l’absoute faite par un évêque, le roi , accompagné des princes <lu sang et des grands officiers de la couronne , lave et baise les pieds à douze pauvres , les sert à table , et leur fait une aumône. Après midi la reine fait de même à douze pauvres filles.

C’est une question parmi les théologiens et les commentateurs de l’Ecriture sainte , de savoir si dans la dernière cène Jésus-Christ mangea la pâque avec ses apôtres ; quelques auteurs modernes ont soutenu qu’il ne la mangea point : nous prouverons le contraire au mot Paqüe.

Lorsque les protestants ont donné le nom de cène à la manière dont ils célèbrent l’institution de l’eucharistie, ils se sont écartés de l’ancien usagede l’Eglise, et ont abusé du terme par nécessité de système. Ils ont voulu donner à entendre par là que toute l’essence du sacrement consiste dans le repas religieux que font les fidèles en communiant ; mais toute l’antiquité dépose contre eux. Dès le premier siècle de l’Eglise , l’usage a été de nommer eucharistie l’action de consacrer le pain et le vin , et d’en faire le corps et le sang du Seigneur. Aucun des anciens Pères de l’Eglise ne s’est avisé d’appeler cette action la cène ou le souper du Seigneur. Cette cène étoit finie, lorsque Jésus-Christ consacra l’eucharistie pour la donner aux apôtres. Zwc.,c.22, Cor., c. J J , 2K. Il est absurde

de regarder l’action des apôtres , et non celle de Jésus-Christ , comme la partie essentielle et principale de la cérémonie. royez Eucharistie, § 3.

CÉNOBITE, religieux qui vit dans une communauté; sous une règle commune, avec d’autres religieux; ce mot Vient de xohot, commun; et de p'ux, vie. Un cénobite est ainsi distingué d’un ermite ou d’un anachorète qui vit dansla solitude.

L’abbé Piammon parle de trois espèces de moines qui se trouvoienJ en

Egypte dans la Thébaïde ; savoir , les cénobites qui ■vivoient rassemblés en communauté; les anachorètes , qui demeuroient seuls , et les sarabaites , qui étoient vagabonds; ces derniers ont toujours été regardés comme de faux moines. Il rapporte au temps des apôtres l’institution des cénobites : c’est , selon lui, une imitation de la vie commune des fidMes de Jérusalem ; mais ces lidèles étoient des gens mariés qui n’avoient pas renoncé au monde. Saint Pacôme passe pour le premier instituteur de la vie cénobitique , parce qu’il est le premier qui ait fondé des communautés réglées. Avant lui , les moines étoient anachorètes ou solitaires. On prétend cependant que saint Antoine avoit bûti un monastère vingt ans plus tôt que saint Pacôme ; mais celui-ci est le premier qui ait écrit une règle monastique.

Dans le code tbéodosien , l.U, tit. 30, De ApTpellal. Leg. 57, les cénobites sont appélés synobitœ, à la lettre , gens qui marchent ensemble , qui suivent le même chemin ; ce ne sont donc pas les domestiques des moines , comme l’ont imaginé quelques glossateurs, mais les cénobites. Bingham , Orig. eccl., tom.

Quelques écrivains modernes , qui ont considéré les cénobites sous un aspect purement politique, ont conclu qu’il est de l’intérôt public de faire subsister un grand nombre d’hommes à moins de frais qu’il est possible , que la vie commune est beaucoup moins dispendieuse pour chaque individu , que la vie particulière ; qu’à cet égard les couvents sont un moyen d’économie : l’expérience confirme cette observation. Pour nous , qui ne devons envisager cet objet que du côté des mœurs , nous pensons que plusieurs hommes rassemblés , qui vivent sous une règle commune et sont assuiellis aux mêmes devoirs , ont dans l’exemple de leurs frères un puissant moyen déplus pour se soutenir dans la vertu ; que malgré les censures lancées par la malignité contre ce genre de vie , il est utile et louable à tous égards. Foy. Moine , état monastique.

CENSURES ECCLÉSIASTIQUES. Ce

sont les peines que l’Eglise inflige à ceux qui ont désobéi à ses lois. Puisqu’on vertu de l’institution de Jésus-Christ, les pasteurs de l’Eglise ont droit de faire, des lois , ils ont aussi le pouvoir d’infliger des peines, de retrancher aux chrétiens réfractaires les biens spirituels , qui sont accordés aux fidèles soumis et dociles. Voyez Lois ecclésiastiques. Mais comme l’autorité de l’Eglise est celle d’une mère tendre, elle ne se résout à punir que pour des cas graves, et après avoir tâché d’intimider par des menaces ses enfants désobéissants.

On distingue trois espèces de censures, V excommunication , la suspense, Vinterdit. Voyez ces mots en particulier. Il y a des censures réservées, et d’autres non réservées ; tout prêtre approuvé peut absoudre des secondes , et non des premières , pour lesquelles il faut un pouvoir spécial du supérieur ecclésiastique qui les a portées. Dans le tribunal de la pénitence, le prêtre, avant d’absoudre le pénitent de ses péchés , l’absout des censures non réservées qu’il pourroit avoir encourues. Voyez Vancien Sacramentaire par Grandcolas , 1 « partie , p.55i.

Il se peut faire que dans les siècles peu éclairés, lorsque les peuples ne pouvoient être retenus que parla crainte, les supérieurs ecclésiastiques aient quelquefois abusé des censures , surtout en les employant pour des intérêts purement civils , ou pour des cas qui n’étoient pas assez graves; mais cet abus n’est pas une raison de contester à l’Eglise le pouvoir que Jésus-Christ lui a donné , pouvoir nécessaire pour conserver la discipline ecclésiastique.

Censure de livres ou de doctrine.

L’Eglise, qui a reçu de Jésus -Christ la commission et l’autorité d’enseigner les fidèles , a conséquemment le droit de condamner tout ce qui est contraire à la vérité et à la doctrine de son divin maître. Si elle sebornoit à donner à ses enfants les livres propres à les instruire, sans leur ôter ceux qui peuvent les égarer, elle ne rempliroit que la moitié de son objet. Tout homme qui publie

des t’ciits est donc soumis à la censure de TEglise, et s’il refuse de s’y conformer, il est coupable de désobéissance à l’autorité légitime. Dès qu’un ouvrage quelconque est con<Iamné comme pernicieux, il n’est plus permis de le lire , ni de le garder; s’obstiner à en faire l’apologie, c’est se révolter sans raison contre l’autorité de Jésus-Christ même.

Depuis que les livres sont multipliés à l’infini, aucun ouvrage particulier de doctrine, de morale ou de piété, n’est absolument nécessaire aux fidèles; dès qu’il est condamné, il ne peut plus leur être utile.

Sous le nom de censure, on n’entend pas ordinairement la condamnation d’une doctrine portée dans un concile , mais celle qui a été faite , soit par le souverain pontife , soit par un ou plusieurs évêques , soit par des théologiens ; l’on appelle qualifications les notes qu’ils ont imprimées aux propositions qui leur ont paru répréhensibles, soit qu’ils aient appliqué distinctement ces notes à chaque proposition en particulier, soit qu’ils les aient censurées seulement en général ou in globo.

Une proposition peut être condamnée comme impie , blasphématoire , hérétique, sentant l’hérésie, erronée, fausse, scandaleuse , captieuse, téméraire, dangereuse, mal sonnante, offensive des oreilles pieuses ; il est à propos de donner une idée nette et précise de chacune de ces qualHications.

Une doctrine ou une proposition est impie et blasphématoire, lorsqu’elle attribue à Dieu des qualités ou une conduite qui déroge à ses infinies perfections : telle est celle qui exprime que Dieu est l’auteur du péché, conduite contraire à la sainteté de Dieu et à sa justice. Celte note est la plus flétrissante que l’on puisse imprimer à une proposition; elle donne lieu déjuger que l’auteur a méconnu une vérité non-seulement révélée, mais dictée par la droite raison , et qu’il a jierdu tout senlimeut de respect [lour la Divinité.

La doctrine hérétique est celle qui est directement contraire i une décision formelle de l’Eglise. 11 peut arriver à un

écrivain quelconque de contredire une vérité révélée , sans tomber dans l’hérésie, lorsque l’Eglise n’a pas encore expressément décidé que tel est le sens de la révélation ; mais lorsque l’Eglise a prononcé , il y a de l’opiniâtreté , et c’est une hérésie de résister à sa décision.

Quand on dit qu’une proposition sent l'hérésie, ou approche de l'hérésie, on entsnd qu’elle donne lieu déjuger que l’aoteur nie et veut combattre un dogme décidé par l’Eglise. Si un théologien soutenoit que l’eucharistie n’est que la figure du corps et du sang de Jésus- Christ, cette proposition seroit hérétique, puisque l’Eglise a solennellement décidé la présence réelle de Jésus-Christ dans l’eucharistie. S’il se bornoit à dire que c’est la figure ou le signe du corps et du sang de Jésus-Christ, sans faire entendre que c’est quelque chose de plus , cette façon de parler sentiroit l’hérésie ; elle feroit soupçonner q.ue l’auteur n’admet pas la présence réelle, à moins que dans le reste de son ouvrage il n’eût professé distinctement cet article de notre fol.

Lorsqu’une proposition est flétrie comme erronée f\\ semble que c’est quelque chose de plus que si elle étoil condamnée comme fausse. Une fausseté peut être sans conséquence , lorsqu’il n’en résulte rien contre la foi ni contre les mœurs ; mais on appelle erreur une fausseté qui attaque l’une ou l’autre. Cependant toute erreur n’est pas une hérésie formelle. Il est faux, par exemple, que saint Pierre n’ait pas été à Rome ; mais on ne taxeroit pas d’hérésie un homme qui se borneroit à contester ce fait. .S’il afhrmoit que le souverain ponli.‘"e n’est pas le successeur de saint Pierre , ce seroit une doctrine erronée, de laquelle il s’ensuivroit que le souverain pontife n’est pas le chef visible do l’Eslise. Or cette dernière proposition rfcnthoit l’hérésie , parce que c’en est une de soutenir qu’il n’a pas un pouvoir de juridiction sur toute l’Eglise ; le contraire est formellement décidé par lo concile de Trente.

Une doctrine est scqndaleuse ou pernicieuse au salut des âmes , lorsqu'elle tend à diminuer dans les fidèles l’iior-

reur do péché, le respect pour les choses saintes, la soumission à l’Eglise; une proposition fausse en fait de morale est ordinairement dans ce cas. On doit regarder comme scundulcux des eloges prodigués par certains écrivains aux hérétiques et aux ennemis de l’Eglise , dans le dessein de persuader qu’ils ont été condamnés mal à propos , que leur doctrine étoit vraie et innocente ; afl’ectation très-commune chez nos auteurs modernes.

Lorsqu’une opinion est contraire au sentiment du très -grand nombre des théologiens , et à la croyance commune des fidèles , qu’elle n’est fondée que sur des conjectures et sur des raisonnements très- peu solides, elle est téméraire; c’est la note que mériteroit un écrivain qui attaqueroit la conception immaculée de la sainte Vierge. Sa doctrine offenseroit encore les oreilles pieuses, parce que tout chrétien qui fait profession de piété, honore singulièrement la Mère de Dieu , et ne peut soufl'rir que l’on attaque ses augustes privilèges.

On appelle doctrine dangereuse celle dont les hérétiques peuvent abuser pour soutenir leurs erreurs ; mais ce qui est dangereux dans un temps peut cesser de l’étre ; ainsi le mot consubstantiel fut rejeté par un concile d’.Vnlioche , parce que les partisans de Sabellius en abusoient pour confondre les Personnes divines et les réduire à une seule; mais lorsque ce danger n’exista plus, le concile de Nicée consacra ce même terme pour exprimer la divinité de Jésus-Christ.

Si une proposition exprime une vérité en termes durs, indécents, capables de la rendre odieuse, elle est notée comme mal sonnante. Lorsqu’un théologien dit que la grâce a manqué à saint Pierre, il donne à entendre que toute grâce lui a manqué, ce qui est faux. Saint Pierre a manqué d’une grâce efficace , et non d’une grâce sullisante ; autrement sa chute n’auroit été ni libre , ni imputable à péché. Par la même raison, cette même proposition est captieuse, parce que , sous des termes que l’on peut prendre en bonne part , elle cache le venin de l’erreur. Ilolden, de résolut.

fidei, 1. 2 ,c. 8 , lect. 1 ; Canus., de locîs Theol., 1. 12,c. 10.

Dans notre siècle , on a sérieusement mis en question si le souverain pontife et l’Eglise peuvent condamner un nombre de propositions in globo, comme respectivement fausses, scandaleuses, hérétiques, etc., sans appliquer à chacune en particulier la note ou la qualification qui lui convient. On disoit , Que nous apprend une pareille condamnation? Elle nous apprend qu’il n’est aucune des propositions comprises dans la censure qui ne mérite quelqu’une des notes ou qualifications qui leur sont données en général; par conséquent, qu’il n’est permis d’en soutenir aucune telle qu’elle se trouve dans le livre condamné; elle nous apprend que la lecture de ce livre est pernicieuse aux fidèles, et n’est plus permise à aucun. Qu’importe au simple fidèle de savoir si telle proposition est hérétique ; ou seulement erronée et fausse? Quand elle ne seroit que mal sonnante ou captieuse , n’en est - ce pas assez pour qu’il faille s’eu abstenir ? C’est l’affaire des théologiens de voir en quels termes chacune doit cire notée.

Il est très à propos sans doute de recommander l’équilé, la modération , le désintéressement, l’indulgence , la timidité même , aux théologiens chargés de censurer des livres ; il faut les prier de se souvenir que dans cette circonstance ils sont juges et non disputeurs ; qu’ils doivent renoncer à tout système, à toute prévention contre un auteur et contre le corps dont il est membre , à tout esprit de parti; qu’une censure infectée de fun de ces défauts est nulle et sans autorité. Mais il ne faut pas oublier non plus de prêcher aux écrivains la sagesse et la docilité. Lorsqu’un auteur n’â point écrit dans le dessein de dogmatiser , de faire du bruit, d’inquiéter les pasteurs et les théologiens , il mérite de l’indulgence, il consent volontiers à s’expliquer ou à se rétracter; s’il avoit des intentions contraires , il n’a droit d'exiger aucun ménagement. La censure à laquelle un auteur se soumet sans résistance , ne le flétrit point aux yeux de scs contemporains ni de la postérité ; Fénélon s’est

acquis plus de gloire par sa soumission qu'il n’auroit pu faire par une apologie complète. Celui qui résiste et déclame contre ses juges est un plaideur de mau- Taise foi.

Dans un siècle où la plupart des écriyains semblent saisis de l’esprit de vertige, ne respectent aucune religion ni aueune autorité, s’excitent les uns les autres à braver toute censure , ce n’est pas le cas de les ménager. L’intrépidité dont ils se parent ne les mettra point à couvert de l’ignominie qu’ils méritent ; leurs ouvrages tomberont dans l’oubli , la censure subsistera. Cent auteurs qui ont fait autrefois du bruit , ne sont plus connus aujourd’hui que par la flétrissure dont leur nom est chargé ; les attentats de nos premiers incrédules ont été effacés par ceux de leurs successeurs, et déjà on ne se souvient plus de ceux qui ont précédé ; il en sera de même dans tous les temps. Voyez Livres défendus.

CENTURIES DE MAGDEBOURG, corps d’histoire ecclésiastique , composé par quatre luthériens de Magdebourg, qui le commencèrent l’an 1S60. Ces quatre auteurs sont Matbias Flaccius , surnommé Illyricus , Jean Wigand , Matthieu Lejudin, Basile Fabert, auxquels quelques-uns ajoutent Nicolas Gallus , et d’autres André Corvin. Illyricus conduisoit l’ouvrage, les autres travailloient sous lui. On l’a continué jusqu’au treizième siècle.

Chaque centurie contient les choses remarquables qui se sont passées dans un siècle. Cette compilation a demandé beaucoup de travail; mais ce n’est une histoire ni fidèle, ni exacte, ni bien écrite. Le but des centurialeurs étoit d’attaquer l’Eglise romaine, d’établir la doctrine de Luther , de décrier les Pères et les théologiens catholiques. Le cardinal Baronius entreprit ses Annales ecclésiastiques pour les opposer aux centuries.

On a reproché à Baronius d’avoir été trop crédule , et d’avoir manqué de critique : ceux qu’il réfute avoient péché par l’excès contraire; ils avoient rejeté et censuré tout ce qui les inconunodoit.

Le père Pagi, cordelier, IsaacCasaubon, le cardinal Noris , Tillemont, le cardinal Orsi, etc., ont relevé les fautes de Baronius , et on a réuni leurs remarques dans une édition des Annales ecclésiastiques données à Lucques. Au contraire, les erreurs et les calomnies des centuriateurs ont été répétées, commentées, amplifiées par la plupart des écrivains protestants et par les incrédules leurs copistes ; on a beau les réfuter par des preuves invincibles , ceux qui ont intérêt de les accréditer ne se rebutent point, et à force de renouveler les mêmes impostures, ils parviennent aies persuader aux ignorants. Voyez Histoire

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