INTRODUCTIO??. XXXV
!a vocafi'on d’Abraham et les prédictions qui regardent sa postérité, sont trois grandes époques auxquelles se rappellent les faits intermédiaires, et qui préparent de loin la révélation donnée par Moïse. Celle-ci nous fait envisager la venue du Messie et la conversion des peuples , comme le terme auquel tous ces préparatifs doivent aboutir. Voilà un plan général, un dessein suivi , qui démontre que rien n’est arrivé par hasard , et que rien n’a été écrit sans raison ; ce n’est point ainsi que sont tissues les annales mensongères des autres peuples , auxquelles les philosophes trouvent bon de donner la préférence.
2“ Une chaîne de vérités prouvées par ces faits mêmes , toujours relatives aux besoins actuels et à la situation dans laquelle se trouve le genre humain. Sous la première époque, tout concourt à inculquer ce dogme capital, qu’il y a un seul Dieu créateur , dont la providence dirige tous les événements , et qu’il gouverne en maître absolu le monde qu’il a tiré du néant. Sous la seconde, tout se rapporte à démontrer que ce même Dieu est le fondateur de la société civile , l’arbitre souverain de la destinée des peuples , qu’il les place et les déplace, les élève ou les humilie , les éclaire ou les laisse dans l’aveuglement, comme il lui plaît. Sous la troisième , le but principal de la révélation est de nous convaincre que Dieu est encore l’auteur de la sanctification de l’homme , que le salut n’est point i’ouvrage de la volonté seule, mais de la grâce divine et des mérites du Médiateur.
Ainsi, depuis la notion du Créateur, et la première promesse faite à l’homme pécheur , l’étendue et la clarté de la révélation va toujours en augmentant , à mesure que l’homme devient capable de leçons plus amples et plus parfaites, jusqu’à la manifestation pleine et entière de la grâce et de la vérité par Jésus- Christ. Par la révélation primitive, la loi naturelle ne paroit connue qu’autant qu’il étoit nécessaire pour la prospérité des familles , et pour engager les hommes à se rapprocher. Dieu tolère , dans les patriarches , des abus qui dévoient être retranchés dans la suite des temps , mais qu’il eût été difficile d’arrêter pour lors, et qui ne pouvoient encore produire d’aussi mauvais effets que chez les peuples mieux civilisés. La loi de Moïse supprime ou diminue une partie de ces abus; mais le droit des gens, ou le droit d’une nation à l’égard d’une autre, est encore très-peu connu. 11 étoit nécessaire que les Hébreux demeurassent isolés et dans l’état de séparation dans lequel tous les peuples vivoient pour lors. C’est seulement par l’Evangile , que les grands principes de morale sociale, de charité universelle, d'humanité , ont été enfin développés; les anciens philosophes n’en éloient pas mieux instruits que les autres hommes. Ici on reconnoît encore la sagesse de la Providence, qui ne donne à ses enfants que les leçons dont ils sont susceptibles , et n’exige d’eux des vertus que selon le degré de leurs connoissances.
3® Une chaîne d’erreurs et d’égarements chez les hommes indociles ; erreurs qui viennent toujours de la même source, de leur révolte contre l’autorité divine. Sous la loi de nature, ceux qui se sont écartés de la tradition domestique, sont tombés dans le polythéisme et y ont persévéré; ils ont adoré les ouvrages du Créateur sans l’adorer lui-même ; leur culte n’a été qu’un chaos de profanations. Tel est encore l’étal des peuples chez lesquels le flambeau de la révélation ne s’est point rallumé ; aucun progrès de la raison humaine , pendant soixante siècles, n’a été capable de les en tirer. Sous la loi mosaïque, lorsque les Juifs ont méconnu leur tradition nationale , ils se sont plongés dans l’idolâtrie, comme toutes les nations voisines ; ils ont adoré l’ouvrage de leurs mains , sont devenus aussi aveugles que si Dieu n’avoit jamais daigné les instruire. Dans le sein du christianisme , quiconque abandonne la tradition universelle ou \acatho~ eïcïté, tombe dans l’hérésie qui n’est qu’une philosophie erronée; mais s’il rai-