INTRODUCTION
Après plusieurs siècles , un grand nombre d’hommes se réunirent , commencèrent à suivre des lois et des usages communs , à former un peuple , une république, un royaume. Mais ces nations naissantes, toujours en défiaqce les unes à l’égard des autres , demeurèrent dans un état de guerre ; elles ne s’approchoient que pour se dépouiller et s’entre-détruire; tout étranger étoit censé un ennemi. Déjà plongées dans l’erreur, comment pou voient-elles être corrigées? comment faire revivre la révélation donnée à nos premiers pères? Dieu donna aux Hébreux une religion nationale, incorporée aux lois et à la constitution de leur république, ou plutôt destinée à la fonder. Relative au climat, au génie de cette nation , aux dangers dont elle étoit environnée , elle étoit faite non pour un peuple déjà policé , mais qui alloit le devenir. C’est donc relativement à l’intérêt politique , à l’utilité nationale qu’il faut l’envisager , pour en voir la sagesse , et pour estimer le temps de sa durée.
Telle est encore l’idée que nous en donne le même auteur sacré : « Dieu , » dit-il , a préposé un chef à chaque nation ; mais il a réservé pour sa part les » Israélites. Il a éclairé toutes leurs démarches, comme le soleil répand sa lu- » mière sur toute la nature; ses yeux n’ont cessé de veiller sur leurs actions; » leurs iniquités n’ont point effacé l’alliance qu’il avoit faite avec eux '. »
L’homme s’étoit égaré en prenant pour des dieux les différentes parties de la nature ; Dieu frappa de grands coups sur la nature, pour faire sentir aux hommes qu’il en étoit le maître. Il effraya les Egyptiens, les Chananéens, les Assyriens , les Hébreux , par des prodiges de terreur. J’exercerai, dit-il, mes jugements sur les dieux de l’Egypte ; il déclare qu’il fait des miracles , non pour les Hébreux seuls , mais pour apprendre à tous les peuples qu’il est le Seigneur. Il les ût en effet sous les yeux des nations qui jouoient le plus grand rôle dans le monde connu. Dieu ne révéla point de nouveaux dogmes, mais il annonça de nouveaux desseins. La croyance de Moïse et des Hébreux étoit la même que celle d’Adam et de Noé ; le décalogue est le code de morale de la nature : le culte ancien fut conservé ; mais Dieu le rendit plus étendu et plus pompeux : dans une société policée, il falloit un sacerdoce; la tribu de Lévi eu fut chargée à l’exclusiôn des autres. La tradition nationale étoit l’oracle que les Hébreux dévoient consulter; toutes les fois qu’ils s’en écartèrent, ils tombèrent dans Tidolûtrie ; dès qu’ils voulurent fraterniser avec leurs voisins , ils en contractèrent les vices et les erreurs.
Mais Dieu ne laissa point ignorer ce qu’il avoit résolu de faire dans les siècles suivants. Par la bouche de ses prophètes , il annonça la vocation future de toutes les nations à sa connoissance et à son culte. La religion juive n’étoit qu’un préparatif à la révélation plus ample et plus générale , que Dieu vouloit donner, lorsque le genre humain seroit devenu capable de la recevoir.
§ iir.
Ce temps étoit arrivé, quand le Fils de Dieu vint annoncer, sous le nom d’Etangilc ou de boimc nouvelle, une religion universelle. La révélation précédente avoit eu pour but de former un royaume ou une république sur la terre; Jésus-Christ prêcha le royaume des deux. Une grande monarchie avoit englouti toutes les autres ; tous les peuples policés étoient devenus sujets du même souverain. Les arts, les sciences , le commerce, les conquêtes , les communications établies , avoient enlin disposé les |ieuples à fraterniser et à sc réunir dans une seule Eglise. Le Fils de Dieu envoie ses apôtres prêcher l’Evangile à toutes les
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votions. Ten ferai , dit-il , un seul troupeau sous un même pasteur *. Si ce dessein n’avoit pas été conçu dans le ciel , il seroit le plus beau qui eût pu se former sur la terre ; et si Jésus-Christ n’étoit pas Dieu, il seroit encore le meilleur et le plus grand des hommes.
Ceux-ci étoient moins grossiers et moins stupides que dans les siècles précédents; aussi les signes de la mission du Sauveur n’ont point été des prodiges de terreur, mais des traits de bonté. Les mœurs étoient plus douces , mais plus voluptueuses ; il falloit une morale austère pour les corriger. Une philosophie curieuse et téméraire n’avoit laissé subsister aucune vérité ; il falloit des mystères pour la confondre et pour réprimer ses attentats. Les usages de la vie civile avoient acquis plus de décence et de dignité ; il falloit un culte noble et majestueux. Les connoissances circuloient d’une nation à une autre ; ta tradition universelle ou la catholicité étoit donc la base sur laquelle l’enseignement devoit être fondé. Telle est en effet la constitution du christianisme.
Ce n’est pas le connoître que de l’envisager comme une religion nouvelle, isolée, qui ne tient à rien, qui n’a ni titres, ni ancêtres. Ce caractère est l’ignominie de ses rivales; ainsi elles portent sur leur front le signe de leur réprobation. Le christianisme est le dernier trait d’un dessein formé de toute éternité par la Providence, le couronnement d’un édifice commencé à la création ; il s’est avancé avec les siècles , il n’a paru ce qu’il est qu’au moment où l’ouvrier y a mis la dernière main. Aussi les apôtres nous font remarquer que le Verbe éternel qui est venu instruire et sanctifier les hommes , est celui-là même qui les a créés Saint Augustin, dans ses livres de la Cité de Dieu, envisage la vraie religion comme une ville sainte , dont la construction a commencé à la création , et ne doit être finie que quand ses habitants seront tous réunis dans le ciel.
Ce plan sublime n’a pu éclore dans l’esprit d’un homme ; il embrasse toute la durée des siècles; ceux mêmes qui , dans les premiers âges , ont concouru à son exécution, ne le connoissoient pas. C’est Jésus-Christ qui nous l’a révélé. Saint Jean , au commencement de son évangile; saint Paul , dans sa lettre aux Galates, et dans le premier chapitre de l’épitre aux Hébreux , l’ont clairement développé. Le christianisme est la religion du sage, de l’homme parvenu à l’âge viril et à la maturité parfaite *.
L’auteur de l’Ecclésiastique , qui a si bien présenté les deux premières époques de la révélation , ne pouvoit peindre la troisième ; il l’a précédée de plus de deux cents ans ; mais il prie Dieu d’accomplir ses promesses et les prédictions des anciens prophètes ; « afin, dit-il , que l’on reconnoisse la fidélité de ceux qui ont » parlé en votre nom , et pour apprendre à toutes les nations que tous 'es siècles » sont présents à vos yeux ■*. »
Un signe non équivoque de l’opération divine est la constance et l’uniformité ; ce caractère brille dans la nature , il n’éclate pas moins dans la religion. Dieu n’a point enseigné aux hommes dans un temps le contraire de ce qu’il leur avoit dit dans un autre; mais à certaines épocpics il leur a révélé des vérités, dont il ne les avoit pas encore instruits auparavant. La croyance des patriarches n’a point été changée par les leçons de Moïse; le symbole des chrétiens, quoique plus étendu, n’est point opposé à celui des Hébreux. Le code de moral donné à Adam se retrouve dans le décaloguc; <'clui-ci a été renouvelé , expliqué cl confirmé par Jésus - Christ ; mais la religion i)arlaile et immuable dès sa naissanec , parce qu’elle est l’ouvrage de la sagesse divine, a souvent été défigurée par l’aveugle-
‘ Fiel uninn ovilc et unus p.isior. ./cran. ^ c 10,^. 16. — *Joan.,c, 1 lleb., c. i. — ’Ephcs.jC.t. J. 13. — 4 v;ccll., c. 30, 'f. 16.
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ment et par les passions de l’homme. Dieu ne change point ; l’homme varie continuellement. Plus il oublie et méconnoît les leçons de son Créateur , plus il est nécessaire que ce père sage et bon les renouvelle , les rende plus étendues et plus frappantes.
Dans les égarements de l’homme , rien d’uniforme ; la vérité est une , les erreurs changent à l’infini * ; un peuple nie ce que l’autre affirme , les opinions d’un siècle sont effacées par celles du siècle suivant. Tantôt les philosophes ont enseigné qu’il y a autant de dieux que d’êtres dans la nature; tantôt, qu’il n’y en a point du tout. Dans un temps, ils ont confondu la Divinité avec l’âme du monde; dans un autre, ils ont cru que Dieu étoit l’artisan du monde, mais qu’il ne se mêloit point de le gouverner. Les uns nous ont accordé une âme, les autres nous l’ont refusée; ceux-là combattoient pour la liberté humaine, ceux-ci pour la fatalité; telle secte croyoit à la vie future, telle autre n’y ajoutoit point de foi. Les plus anciens enseignèrent une morale assez pure ; leurs successeurs la corrompirent , ou la sapèrent par les fondements. Dans tous les lieux du monde on raisonnoit sur la religion ; dans aucun l’on n’osoit y toucher , de peur de la rendre pire. Le peuple suivoit à l’aveugle les leçons de ses conducteurs et la tradition de ses ancêtres : fables, contradictions, déréglement partout.
Au milieu de cette nuit profonde , un rayon de vérité brille dans un coin de l’univers, une religion pure y subsiste; elle descend en droite ligne du premier homme, par conséquent du Créateur; elle s’est perpétuée dans une seule branche de familles successives. Lorsqu’elle est prête à s’éteindre. Dieu paroit de nouveau et se fait entendre : il parle en maître souverain de la nature ; les Hébreux étonnés tremblent, écoutent dans le silence. Il faut les séparer de toutes les nations livrées à l’erreur , les assujettir par une loi sévère. Vingt fois ils veulent en secouer le Joug , autant de fois ils sont forcés de le reprendre. Lors même qu’ils y paroissent le plus soumis, ils en prennent les dogmes de travers, en corrompent la morale, allèrent le sens des promesses divines. Dieu cependant est fidèle à les accomplir ; au moment qu’il a marqué d’avance, son Verbe incarné paroit parmi les hommes, revêtu de tous les caractères de la Divinité. Annoncé par les prophètes , attendu par les justes , précédé par des prodiges , né du sang le plus noble qu’il y eût dans l’univers , il reçoit le nom de Sauveur; admirable par sa doctrine, étonnant par ses miracles , respectable par scs vertus, aimable par ses bienfaits , il prêche le royaume dos deux. Mais cette lumière luit dans les ténèbres ; il est méconnu , rejeté , condamné par la nation même qu’il venoil instruire et sauver. Il meurt, ressuscite , monte au ciel, ordonne et prédit la conversion du monde : elle s’accomplit ; le christianisme est établi, il subsiste depuis dix-huit cents ans , malgré les efl’orls renaissants des incrédules de tous les siècles. Voilà le tableau de la religion. On ne peut y méconnoîtrc la main de l’intelligence toute-puissante et éternelle, qui d’un coup d’œil embrasse tous les siècles *, voit toutes les révolutions que doivent subir ses créatures, trace dès le premier instant le plan qu’elle suivra dans toute la durée des temps.
Pour en saisir l’ensemble, nous avons trois signes qu’il ne faut pas séparer. Dans l’histoire de la religion que nous présentent les écrivains sacrés , nous voyons : •
■1° Une chaîne de faits qui se succèdent , qui ne laissent aucun vide , où l’on ne peut rien déplacer. L’ordre des générations cl des événements nous conduit d'Adam à Noé, de Noé à Abraham , de celui-ci à Moïse, de Moïse à Jésus-Christ. |.a création cl la chute de riionime, le déluge universel et la dispersion des peuples,
1 Theod., de Prov., oral, i, pag. 321. — » Tu es ücus conspcclor stcculoruni. Eccl., c. 36, jf. i».