‹ Dictionnaire de théologieChapitre 22 sur 170 · S VI · texte numérisé non relu

S VI

Parmi tous ces grands génies qui attaquent aujourd’hui la religion , en est-il quelqu’un qui ait entrepris de renverser le plan général de la révélation, ou qui ait fait de fortes objections pour le détruire? Pas un seul ne s’en est seulement douté. A les entendre, il semble que la religion soit un hors-d’œuvre dans la société , et que l’on ne sache pas d’où elle est venue ; que Jésus-Christ soit arrivé sur la terre sans être prévu ni attendu ; que le christianisme soit le résultat des idées d’un homme singulier , qui a rêvé qu’il étoit destiné à changer la face de l’univers.

Ce n’est point ainsi qu’il est représenté dans nos livres saints. « Jésus-Christ, » disent ses apôtres, n’est pas seulement d’aujourd’hui , il était hier, et le même » pour tous les siècles *. Il étoit dans les décrets éternels avant la naissance du » monde®. C’est l’agneau immolé dès la création®. L’ouvrage qu’il a consommé » développe enfin un mystère caché dans le sein de Dieu , dès le commencement » des siècles, et fait comprendre la sagesse de sa conduite et de ses desseins » éternels ■*. » Jésus-Christ a fait de l’ancien et du nouveau Testament une seule et même alliance®. Conséquemment saint Augustin soutient que le christianisme a existé depuis la création® ; et M. Bossuet, que la religion est la même depuis l’origine du monde

Entreprendre de prouver la vérité et la divinité du christianisme , sans avoir égard aux deux époques de la révélation qui ont précédé, ce seroil lui dérober la plus frappante de ses preuves , juger du coin d’un tableau sans envisager l’ensemble , mettre notre religion de niveau avec celle des Indiens et des Chinois. Non , elle tient à l’origine du monde, et doit durer autant que lui. Les autres ne sont que des excrescences ou des taches qui obscurcissent ou défigurent le plan général , ou tout au plus des ombres qui ne servent qu’à mieux faire sortir les traits de lumière.

De même que la religion domestique des patriarches n’a dû persévérer que jusqu’au moment où les peuplades dispersées se rassembleroient pour former des corps de nation, ainsi la religion nationale des Hébreux n’a dû se maintenir que jusqu’à l’époque à laquelle les peuples mieux civilisés scroient capables de composer une société religieuse universelle . En suivant le fil de l’iiistoire, on voit que celte constitution meme du christianisme a empêché les peuples de l’Europe de retomber dans la barbarie. Une quatrième révélation générale est donc impossible ; elle ne seroil plus analogue à aucun étal de la nature humaine. Tant que l’univers sera policé, il doit clic ebrétien ; il ne peut cire bien civilisé que par l’Evangile. Jésus -Christ a embrassé dans son plan toute la durée du monde, lorsqu’il a promis à son Eglise d’être avec elle jusqu’à la consommation des siècles. Longtemps avant la mission de Moïse , le Messie avo>‘'. été annoncé comme un Icijislatcur qu] dcvoil rassembler les peuples ; aacane prophétie ne nous parle d’un nouvel envoyé : lorsque Dieu lui-même a daigné nous instruire en |icrsonne , quel jiourroil être le maître capable de nous donner de meilleures Ic'.ons?

Jésus-Cbrist a reçu de son Père le souverain domaine sur toutes choses ', tout

1 Ilfb., C. 13, jf. 8. — * 1. l’clr., C. 1 , y. 20. — 3 Apor., C 13, y. 8. — 4 Kplt., C. 3, y. 9 cl 10. — ! Fecil iilraquc ununi. F, pli., c. 2, y, h. — 6 liciiact., 1. i, c. 13, n. 3. Ep. 102, q. 2. — ’ Discours sur Vllisl. unlv., 2. pari. arl. i. — a MalUi., c. il, y. 27.

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