‹ Dictionnaire de théologieChapitre 23 sur 170 · VU · texte numérisé non relu

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Origine et progrès de l’incrédulité.

D’où peut donc venir l’irréligion , qui de nos jours s’est répandue dans l’Europe entière? La peste noire, qui au quatorzième siècle ravagea une partie de notre hémisphère , ne fit pas des progrès plus rapides. Les auteurs sacrés ont constamment attribué à l’esprit de ténèbres les erreurs des hérétiques, les superstitions des idolâtres, les artifices malicieux des incrédules * , et ils nous ont appris à connoître les moyens dont il se sert. Disons-le hardiment , nous n’avons que trop de preuves à produire ; l’incrédulité est fille de l’ignorance : dans un siècle qui se croit très-instruit , la religion n’est pas connue. Mais cette ignorance même tient à d’autres causes ; il en est de générales et de particulières j l’histoirç en est tracée dans celle des peuples qui nous ont précédés.

Ce n’est pas la première fois que cette maladie épidémique a paru dans le monde. Les Grecs , parvenus au comble de la prospérité par leurs victoires sur les Perses, se précipitèrent dans l’épicuréisme; Rome, maîtresse du monde, chargée des dépouilles de l’Asie , fit entrer dans ses murs avec le luxe cette odieuse philosophie; les Juifs , délivrés de la persécution des rois de Syrie , et enrichis par le commerce d’Alexandrie, virent éclore le saducéisme, qui n’étoit qu’un épicuréisme grossier. Selon les observations de plusieurs politiques modernes , les mêmes vaisseaux qui ont voituré dans nos ports les trésors du Nouveau-Monde , ont dû y apporter le germe de l’irréligion, avec la maladie honteuse qui empoisonne les sources de la vie.

A la suite du luxe, marche la philosophie, qui n’est elle-même qu’un luxe de connoissances. Une nation qui s’applaudit d’avoir quitté les mœurs agrestes de ses aïeux , se fait presque un point d’honneur de renoncer à leur croyance. Ne seroit-il pas aussi indécent de conserver l’antique religion de nés pères , que de porter les mêmes habits? L’esprit, devenu calculateur , suppute les avantages d’une nouvelle façon de penser , comme il estime le produit d’un nouveau commerce, ou d’une branche d’industrie ; nos philosophes ont porté l’exactitude jusqu’à évaluer la dépense du pain bénit et des cierges ** : bientôt l’on marchande combien coûte la vertu , et l’on juge ordinairement qu’elle est trop chère.

Chez un peuple corrompu par l’amour elïréné des plaisirs, plus la religion est sainte, plus elle doit devenir odieuse ; sa morale se trouve si éloignée du ton général des mœurs , qu’elle ne peut manquer de paroître impraticable : l’esprit, énervé par les foiblesses du cœur, n’envisage plus cette morale qu’avec effroi. On est descendu de sa hauteur par une pente imperceptible; on ne se sent plus assez de force pour regagner le sommet. On argumente pour prouver qu’il est inaccessible, que la tête y tourne , que l’on ne peut y respirer : les philosophes, qui promettent de le démontrer, sont sûrs de trouver des auditeurs dociles. Les uns et les autres s’applaudissent de leur sagacité, vantent les progrès des lumières du siècle, donnent l’irréligion comme le résultat des connoissances qu’ils ont acquises : ce n’est que l’effet des vices qu’ils ont contractés. Si nous pouvions nous flatter d’avoir plus de vertus que nos pères , il nous seroit permis de penser que nous sommes aussi beaucoup plus éclairés.

Les panégyristes même du siècle présent nous font remarquer que « l’âge de » la philosophie annonce la vieillesse des empires, qu’elle s’efforce en vain de

tColoss., 16 cl 17. —9 H. Pel., c. 1, i‘. n. — 3 1. Cor., c. 15, 25.— < Ephes., c. 5,

y. 12. — 5 Encyclop,, Pain bOnil.

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