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Si nous suivons la progression des controverses qui se sont élevées successivement , nous ne verrons pas moins l’eflet que devoit produire le principe d’où l’on est parti , et la chaîne de conséquences qu’il a fallu parcourir. Dès que les réformateurs se furent élevés contre l’aulorilé de l’Eglise, et qu’ils s’arrogèrent le droit déjuger du sens de l’Ecriture, ce livre divin , loin de concilier les opinions et de réunir les esprits, ne servit qu’à les diviser. Les mêmes arguments, par lesquels les calvinistes avoient attaqué le mystère de l’Eucharistie, servirent aux sociniens pour combattre tous les autres mystères. La plus forte objection que les premiers aient cru faire contre la transsubstantiation, a été tournée par David Hume contre tous les miracles". D’autres sont allés plus loin. Si Dieu ne nous a point enseigné d’autres vérités que celles qui paroissenl d’accord avec la lumière naturelle, on ne voit pas pourquoi la révélation étoit nécessaire. Dès que le christianisme nous enseigne des mystères, il y a lieu de penser qu’il n’est pas une religion révélée , cl qu’il n’est pas appuyé sur des preuves sûres. Les ennemis de
« Papin , iur la tolérance des protestants; Bayle, Com. Phil., H. pari., c. 7. Traité sur la tolérance, c. 22 J Hume, Uist. nat. de ta Heliyion, p. 68. — » Dossuel, 6* /Jvert. aux protestants ^ III. part. — J Emile, lom. 3, pag. I72. Lettre à M. de Ucaumont , p. 7<.— < Sy\t. de la nat., t. 2, c. Il, 12,13. — 5 I/aulcur d’Hmilc a très-bien prouvé aux prolestanla, qu’en élabli.want le déisnao il n’avoil fait que suivre les principes fondainculaux Uc la rélorme. Deuxieme lettre de la Montagne , p. 17, 69.
INTRODUCTION. XLîi!
la révélation commencent par les préjuger fausses : il n’est pas oesoin, selon eux, de preuves surnaturelles pour établir des vérités conformes aux lumières de la nature ; preuve, selon eux , qui ne peut nous obliger à croire des dogmes contraires à nos idées surnaturelles. On a donc contesté les prophéties et les miracles; on a soutenu qu’ils sont non-seulement faux, mais impossibles : pour le prouver, on a eu recours au système de la nécessité ou de la faialUé, qui tient au matérialisme. Mais si les preuves du christianisme sont autant de fables , si cette religion qui paroît si sainte n’est qu’une imposture , y a-t-il une Providence qui veille sur la religion, un Dieu qui exige de l’homme un culte, et qui lui impose des lois ? Lorsqu’un pareil doute vient à éclore , on n’est pas loin de l’athéisme.
Les déistes ont encore attaqué la révélation , parce qu’elle n’a pas été donnée à tous les hommes ; on leur a montré que leur prétendue religion naturelle est dans le même cas , qu’elle a été méconnue par les païens , qu’elle est ignorée des peuples barbares : nouvelle objection contre la Providence ; les athées l’ont fait valoir. On a démontré aux déistes, que quiconque admet un Dieu , admet des mystères; que plusieurs attributs de Dieu sont incompréhensibles , et semblent inconciliables. Pour ne pas reculer , nos déistes révoquent en doute tous les attributs de la Divinité que l’on ne conçoit pas. Il n’est pas difficile aux athées de tourner en ridicule un Dieu dont les déistes n’osent rien affirmer.
Ceux-ci fondent leur incréduliié sur l’insuffisance des témoignages de la révélation; les premiers établissent la leur sur l’insuffisance des preuves que fournit la raison. Selon les déistes, la Providence n’a pas assez fait de bien aux hommes dans l’ordre de la grâce ; selon les athées , elle n’en a pas assez fait dans l’ordre de la nature , puisqu’il y a du mal dans le monde. Mais prendrons-nous pour mesure de la bonté divine l’entêtement des esprits opiniâtres et l’ingratitude des mauvais cœurs? En comparant la justice divine à la justice humaine, les déistes et les sociniens ont soutenu que Jésus-Christ n’a pas pu satisfaire pour nous; en comparant la bonté divine 5 la bonté humaine, les athées concluent que l’existence du mal anéantit le dogme de la Providence.