‹ Dictionnaire de théologieChapitre 27 sur 170 · INTRODUCTION. XLI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XLI

Dans la vue de détruire l’autorité de la tradition dogmatique, les novateurs soutinrent que les pasteurs de l’Eglise avaient changé la doctrine des apôtres , que la plupart de nos dogmes sont de nouvelles inventions de la théologie. Aujourd’hui les incrédules nous apprennent que les apôtres memes ont changé la doctrine de Jésus-Christ ; que le christianisme , tel que nous le professons , a été fabriqué par saint Paul et par ses sectateurs. Julien avoit fait cette rare découverte, il l’a transmise au.x docteurs modernes

Pour décréditer les témoins de la tradition , les critiques protestants se sont déchaînés contre les Pères de l’Eglise ; ils ont suspecté leur doctrine , leur morale , leur capacité , leur conduite , leur bonne foi *. Des anciens Pères aux apôtres, la distance n’est pas longue, les déistes l’ont franchie ; ils ont appliqué aux apôtres les mêmes reproches que l’on avoit faits à leurs successeurs *. Il n’est pas une seule de leurs objections contre les écrits des Pères , qui n’ait été rétorquée contre ceux des apôtres. Les memes arguments que les critiques avoient faits contre l’authenticité de certains livres de l’Ecriture , ont été tournés par les incrédules contre tous les autres livres ; Icç objections que l’on oppose actuellement aux miracles du christianisme , ont été forgées par les protestants contre les miracles opérés dans l’Eglise romaine.

Lorsqu’il fut question d’examiner la mission des prétendus réformateurs , les catholiques objectèrent que des hommes, qui avoient été sujets à toutes les paslions humaines , et à des erreurs dont leurs disciples étoient forcés de rougir, ne pouvoient avoir été suscités de Dieu pour réformer l’Eglise. Pour se tirer de ce mauvais pas, les novateurs répondirent que les apôtres mêmes avoient été sujets aux erreurs et aux passions humaines, et s’efl'orcèrent de le prouver. De ces accusations, quoique fausses, les déistes concluent que les apôtres n’ont point été envoyés de Dieu pour éclairer et corriger les hommes : bientôt celte critique impie s’est jetée sur Jésus -Christ même, a noirci sa doctrine, ses mœurs, scs intentions, ses vertus , cl a tiré contre lui la même conséquence, fœs sociniens , devenus déistes , affectèrent de faire de pompeux éloges de Jésus-Christ; mais ils vomirent des torrents de bile contre Moïse ■* : leurs successeurs, moins hypocrites, ont également blasphémé contre l’un et l’autre. Les manichéens elles marcionites , qui soutenoient que la religion juive étoil trop grossière pour avoir été révélée par un Dieu infiniment sage , prétendoient aussi que ce monde est trop imparfait pour être l’ouvrage d’un Dieu infiniment bon : ainsi s’enchaînent les erreurs.

« Vainement tes déistes disent que les devoirs do la religion naturelle sont fondés sur des rèla- » lions essentielles entre Dieu et nous, entre nous et nos semblables , et qu’ils sont gravés dans lo •• cœur de 1' us les hommes. Si l’éducation, les leçons de nos maîtres, l’exemple de nos concitoyens, » ne nous accoutument point i en lire les caractères, c’est un livre fermé pour nous. Une expéu rience générale , et qui date dcpu's six mille ans , doit nous convaincre que la raison humaine , » privée du secours de la révélation , n’est qu’un aveugle qui marche 5 tâtons dans le plus grand >' jour. » ( Pag. S(T. ) — « Autre chose est de découvrir une vérité par la seule réflexior , autre est » de la démontrer lorsqu’elle est connue. » (Pog. 78 )— Enfin, « l’on n’ôtablil point le pyrrhonisme 1' en SC fixant à la tradition constante , uniforme, universelle, de tous les peuples dans leur origine,

qui atteste une révélation. C’est au contraire, en suivant une route différente , en donnant tout » au raisonnement et rien à la traditinn , que les philosophes ont fait naître le pyrrhonisme. Tous >' ceux qui veulent retenir la mémo méthode , aboutiront au même terme ; Dieu a voulu nous ins- » Iruire par la tradition et par la voie d’autorité , et non par le raisonnement. » ( Tome I, p 5i(i )

Au reste , nous aurons l’occasion de faire remarquer que les plus célèbres docteurs de 1 Eglise ont suivi la même méthode, par laquelle M- llergier combat victorieusement tous ceux qui s’élèvent contre la science de Dieu. A'oj/. les art. CEniiTunE , Foi , Loi, Rei.icion, etc.

I Ili.'it. cril, de J.-C., Table i/c.v .\aiiils. F.xamen crit. de saint Paul , etc. — s Daillé, de usu Patrum, Si les apôtres cux-niémcs n’oiit pas été exi'inpta d’erreurs et de foiblesses, faut-il s’étonner que leurs disciples les [ilus zèles en aient ôté susceptibles ? Barbcyrac , Traité de la morale des Pères, c. 8, $ 39 . etc. — i Première lettre écrite de la AJoJitagne , p. 23 et 29; Troisième lettre, p. 97,98, 118.— 4 T, Morgan , A/oraf. philosopher, etc.

XLii INTRODUCTION.

Si nous disons aux protestants qu’un fidèle doit user de sa raison pour connoître quelle est la véritable Eglise, et pour peser les preuves de son infaillibilité; mais qu’après l’avoir connue , il doit se laisser guider par cette autorité ; absurdité ! s’écrient - ils ; il s’ensuivroit que l’Eglise pourrait enseigner toutes sortes d’erreurs , sans que ses membres aient droit de consulter leur raison , pour savoir s’ils doivent les admettre ou les rejeter. Est -il plus difficile à la raison de juger quelle est la vraie doctrine, que de savoir quelle est la véritable Eglise? Très-bien, ont répliqué les déistes ; selon vous , on ne peut juger de la mission de Jésus-Cbrist et des apôtres, ni de l’inspiration des livres saints , que par la raison; donc c’est encore à elle de voir si leur doctrine est vraie ou fausse : autrement Jésus-Christ, les apôtres , l’Ecriture , pourroient enseigner toutes sortes d’erreurs, sans que nous eussions droit de consulter la raison , pour savoir si nous devons les admettre ou les rejeter.

En vertu de cette rétorsion , il a fallu convenir que c’est à la raison en dernier ressort de juger quelle est , dans l’Ecriture même, la doctrine digne ou indigne de Dieu, par conséquent révélée ou non révélée. Alors l’Ecriture ne nous impose pas plus d’obligation de croire , que tout autre livre. C’est le déisme pur. Dans les ouvrages faits par les protestants contre les déistes, nous n’avons vu aucune réponse à cet argument. •

Les diô'érentes sectes, pour s’établir , demandèrent la tolérance, bien résolues de ne pas l’observer lorsqu’elles auroient acquis des forces. Selon les principes qu’elles posèrent, la tolérance doit être illimitée ; les juifs, les mahométans, les païens , les déistes, les athées, ont autant de droit d’y prétendre qu’un hérétique quelconque. Ce point a été démontré de concert par les catholiques , par les protestants , par les incrédules *. En efl’et toutes les raisons , sur lesquelles les calvinistes avoient exigé la tolérance , ont été rétorquées contre eux-mêmes par les sociniens Les déistes, à leur tour , s’en sont servis pour prouver qu’il leur étoit permis de dogmatiser *. Enfin , les athées les font valoir aujourd’hui en leur faveur, et s’en autorisent pour enseigner impunément le matérialisme*. 11 est ainsi démontré par le fait, aussi bien que par le raisonnement, que la tolérance universellement réclamée est l’aliment de toutes les erreurs et la destruction de toute religion.

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