INTRODUCTION. XL
niens viennent fermer la marche, en disant : le matérialisme renferme plus d’absurdités et de contradictions que tous les autres systèmes : donc il ne faut en admettre aucun
Selon un déiste anglois : de même que le calvinisme a produit des enthousiastes dans son origine, il a fait éclore enfin des athées. Un athée n’est qu’une espèce d’enthousiaste , idolâtre de sa raison , qui déclame contre Dieu et sa providence
Ainsi le premier pas dans la carrière de l’erreur a conduit nos raisonneurs téméraires au dernier excès d’aveuglement; ainsi la raison livrée à elle-même ne trouve plus de home où elle puisse s’arrêter ; elle est entraînée par le fil des conséquences beaucoup plus loin qu’elle n’avoit prévu. Tout homme, qui a suivi la naissance et le progrès de différentes opinions , est convaincu, qu’entre la vérité établie par la main de Dieu et le pyrrhonisme absolu , il n’y a point de milieu où l’esprit humain puisse demeurer ferme.
Quiconque se pique de raisonner, doit être chrétien catholique, ou entièrement mcrédule , et pyrrhonien dans toute la rigueur du terme.
Nos adversaires mêmes ont confirmé par leur aveu la vérité de cette théorie : ils disent que le christianisme, une fois détruit, l’existence de Dieu et l’immortalité de l’âme ne tiennent presque plus à rien ; mais que si l’on admet un Dieu, l’on est forcé de dévorer toute la suite des conséquences qu’en tirent les superstitieux , c’est-à-dire , les chrétiens ; que ceux-ci raisonnent plus conséquemment, et sont plus d’accord avec eux-mêmes que les déistes ; que le déisme est un système où l’esprit humain ne peut pas longtemps s’arrêter *. C’est donc uniquement la crainte des conséquences qui conduit les incrédules à l’athéisme; de peur d’être forcés à croire trop , ils prennent le parti de ne rien croire du tout. Leur manière de philosopher , dit un encyclopédiste , n’est au fond que l’art de décroire *. De même que les sociniens ont démontré aux protestants qu’ils n’avoient pas suivi leur principe jusqu’où il peut aller, et s’étoient arrêtés sans savoir pourquoi , un déiste prouve aux sociniens qu’ils sont coupables de la même inconséquence. Mais un athée retombe sur les déistes , et leur montre qu’ils sont eux -mêmes des raisonneurs pusillanimes, et qu’ils se contredisent; enfin un pyrrhonien , à son tour , fait voir aux athées qu’ils déraisonnent , qu’un dogmatique quelconque prête le flanc à ses adversaires , et se trouve bientôt percé de ses propres traits. Nous demandons si , la dispute étant réduite à ce point, le triomphe de la religion peut encore paroître douteux ; pour se débarrasser de ses ennemis ', elle n’a qu’à leur laisser le soin de s’entre-détruire.