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édition de ses œuvres , promise par un savant bénédictin de la congrégation de Saint-Vannes ; elle sera plus exacte et plus complète que celle d’André Duchesne, en 3 volumes in-fol.
Basnage a voulu persuader quH Alcuin n’étoit pas du sentiment catholique touchant l’Eucharistie ; le contraire est prouvé dans la Perpétuité de la foi , tom. 1 ,1. 8, c. 4.
ALEXANDRIE. Nous n’avons à parler que de l’Eglise fondée dans celte ville célèbre. Selon tous les monuments anciens de l’histoire ecclésiastique, c’est saint Marc , disciple de saint Pierre , qui a prêché l’Evangile dans Alexandrie , et y a fondé une Eglise. M. de Valois pense que ce fut la neuvième année de l’empereur Claude , environ dix-sept ans après la mort de Jésus-Christ : d’autres placent cet événement dix ans plus tard.
Quoi qu’il en soit, l’on ne pouvoit ignorer dans Alexandrie , ville remplie de Juifs , ce qui s’étoit passé en Judée dixsept cents ans auparavant : il y avoit un commerce habituel entre Alexandrie et Jérusalem , et une S}Tiagogue dans cette dernière pour les Alexandrins. Act., c. 6, 9. Si saint Marc avoit raconté des faits imaginaires dans l’Evangile qu’il écrivit pour l’instruction des nouveaux fidèles, il leur auroit été très-aisé d’en constater la fausseté. Apollo , disciple de saint Paul, éioxi 6! Alexandrie. Act., c. J8, 24. Les troubles qui causèrent
la ruine de Jérusalem ne se firent point sentir en Egypte ; l’Eglise naissante put y jouir d’une longue tranquillité. Saint Marc eut une suite non interrompue de successeurs dontEusèbe a donné la liste; la tradition apostolique a dû se conserver longtemps sans altération dans ccttc Eglise patriarcale. On sait qu' Alexandrie étoit une des villes où les sciences étoient le plus cultivées; il y avoit une école de philosophie. Panthænus, Clément d'Alexandrie, Origène, y furent instruits et y donnèrent ensuite des leçons. Ce n’est donc pas dans les ténèbres , ni sous le voile de l’ignorancequele christianisme s’est établi dans Ale.xandrie. Ceux qui ont cru en Jésus-Christ , ne l’ont pas fait sans s’étre informés de la vérité des
faits publiés par les apôtres. R n’est pas douteux que cette Eglise n’ait eu une liturgie qui lui étoit propre , et il est trèsprobable que c’est celle qui a paru dans la suite sous le nom de saint Marc. Nous en parlerons au mot Liturgie.
Il n’est aucune des anciennes Eglises qui ait été aussi agitée que celle d^Alexandrie; cette ville , grande, riche et très-peuplée, étoit partagée en trois religions, le paganisme, le judaïsme et le christianisme, et ses habitants étoient naturellement séditieux et \iolents. Pour cette raison, les empereurs furent obligés d’accorder beaucoup d’autorité à l’évêque; sa juridiction s’étendit bientôt sur toute l’Egypte. La célébrité de l’école d’Alexandrie contribua encore à lui donner beaucoup de considération parmi les autres évêques ; mais plus cette place étoit importante, plus elle étoit exposée à de fréquents orages. Dès le commencement du iii® siècle , l’ordination d’Origène, qui parut irrégulière à deux évêques d'Alexandrie , leur fournit un sujet de troubler le repos de ce grand homme ; d’autres le protégèrent, en particulier Denys, qui occupa ce siège vers l’an 2.50 : mais celuici à son tour fut accusé d’avoir préparé les voies à l’erreur d’Arius. L’an 306, lo schisme de Mélèce divisa cette Eglise, et l’an 320 AriiiS commença d’y publier son hérésie. On sait combien elle causa de désordres dans toute l’Eglise, et à quelles persécutions saint Athanase fut exposé, parce qu’il soutenoit avec zèle la divinité de Jésus-Christ. Théophile , un de ses successeurs en 385, fut ennemi de saint Jean Chrysostome , et augmenta les brouilleries qui régnoient déjà entre les évêques d' Alexandrie et ceux de Constantinople. L’épiscopat de saint Cyrille, neveu et successeur de Théophile, fut très-orageux; Nestorius, qu’il condamna dans le concile d’Ephèse en 451 , et contre lequel il écrivit, eut beaucoup de partisans qui accusèrent saint Cyrille d’eutychianisine.Dioscore, qnilui succéda , embrassa ouvertement le parti d’Eutychès ; il résista aux décisions du concile de Chalcédoinc, tenu l’an 451 , et entraina toute l’Egypte dans son
schisme. Lorsqu’on voulut mettre sur ce siège des évêques catholiques, les Alexandrins en massacrèrent un et en chassèrent un autre. Pendant près d’un siècle, les empereurs employèrent vainement toute leur autorité pour rétablir la paix; leurs efforts n’aboutirent qu’à aigrir les Egyptiens contre le gouvernement. L’an 630, le patriarche Cyrus fut le premier auteur du monothélisme , et quatre ans après , les mahométans conquirent et ravagèrent l’Egypte.
Basnage, dans son Histoire de l’Eglise, liv. 2, s’est beaucoup étendu sur ce tableau ; son dessein éloit de prouver que les évêques à’ Alexandrie n’ont jamais reconnu la juridiction du pontife romain, et ne lui ont jamais été soumis. Ce n’est pas ici le lieu de discuter tous les faits dont il veut tirer avantage ; mais quand l’indépendance de ces évêques seroit encore mieux prouvée , qu’en résulteroit-il? Les tristes effets qu’elle a produits' sulliroient pour démontrer contre les protestants la nécessité d’un centre d’unité dans la foi , et d’un chef dans l’épiscopat ; puisque , faute d’en reconnoitre un, 'les patriarches d’Alexandrie ont vu leur Eglise sans cesse agitée par des schismes et par des hérésies, jusqu’à ce qu’enfinle christianisme y ait été presque entièrement aboli ; il n’y en a plus qu’un foible reste parmi les cophtes , et encore y est-il très-défiguré par l’ignorance et par l’erreur.
Foyez Cophtes, Egypte.
L’abbé Renaudot a donné une histoire des patriarches d’Alexandrie, depuis la fondation de celle Eglise jusqu’au xin* siècle.
ALLÉGORIE, discours dont le sens est détourné, ou qui, sous le sens littéral , cache un autre sens moins facile à saisir. Ce mot vient du grec àyoptüUyje parle autrement; c’est par conséquent une métaphore continuée. La différence entre une allégorie et une parabole, est que la première renferme un s^ns historique ou littéral vrai , au lieu que la seconde est une espèce de fable, dont les personnages ou les faits n’ont jamais existé. Ainsi saint Paul, Galat., c. 4, 22, nous apprend que
ce qui est dit des deux fils d’Abraham , dont l’un étoit né d’une esclave , l’autre d’une épouse , est une allégorie qui signifie les deux alliances que Dieu a faites avec les hommes, dont l’une produisoit des esclaves , l’autre fait naître des enfants libres; que la loi qui défendoit aux Juifs de lier le mufle du bœuf qui fouloit le grain, signifioit que les fidèles dévoient fournir la subsistance aux ouvriers évangéliques, etc.
Cela n’empêche pas que l’histoire des deux enfants d’Abraham ne soit vraie, et que la loi imposée aux Juifs n’ait dû être exécutée à la lettre. Au contraire , les paraboles dont se servoit Jésus- Christ pour instruire le peuple, comme celle de l’enfant prodigue, de la brebis perdue, etc., ne sont point des narrations historiques , mais des fictions , dont le but est de peindre la bonté et la miséricorde de Dieu envers les pécheurs. Foyez Parawole.
Outre le sens allégorique de l’Ecriture sainte , les interprètes y distinguent encore un sens tropologique , qui regarde les mœurs, et un seas anagogique, qui concerne les récompenses que Dieu nous promet dans l’autre vie. Foy. Ecriture sainte, § 5.
De là quelques incrédules ont pris occasion de conclure que les auteurs sacrés ont écrit exprès dans un style énigmatique , afin de tromper les auditeurs et les lecteurs : conséquence très -peu réfléchie. Quand nous disons que l’Ecriture sainte a souventun sens allégorique ou figuratif, nous ne prétendons pas que les écrivains sacrés ont eu toujours en vue un double sens. Il n’est pas certain que Moïse, en parlant des deux enfants d’Abraham , a compris que l’un étoit une figure du peuple juif, l’autre du peuple chrétien; ni qu’en portant la loi dont nous avons parlé, il pensoit à pourvoir à la subsistance des prédicateurs de l’Evangile. Il peut avoir ignoré le dessein que Dieu avoit en lui faisant écrire cette histoire et porter cette loi; et Dieu s’est réservé de le révéler aux écrivains de nouveau Testament. Moïse n’a doue péché ni contre la sincérité d’un historien, ni contre la sagesse d’un législateur. Il
en est de même des prophètes et des antres historiens sacrés ; tous peut-être n’ont eu en vue que le sens littéral; mais cela n’empêche pas que Dieu n’ait pu nous découvrir, sous l’écorce de la lettre, un autre sens , ou par Jésus-Christ, ou par les apôtres, ou par les docteurs de l’Eglise. Il ne s’ensuit pas de là que Dieu a trompé les écrivains sacrés , ni qu’il a voulu induire en erreur les Juifs, dépositaires des Ecritures ; il s’ensuit seulement qu’il n’a pas révélé à ces anciens tout ce qu’il se proposoit de faire dans la suite des siècles.
Nous lisons dans l’Evangile , Joan., c. 11 , ^. 49, que Caïphe dit aux prêtres et aux pharisiens rassemblés , en parlant de Jésus-Christ : « Vous n’y entendez » rien ; vous ne voyez pas qu’il est ex-
pédient pour vous que cet homme ï meure pour le peuple, et pour que toute s la nation ne périsse point. » L’Evangile ajoute : « Caïphe ne dit point cela de ï lui-même ; mais , comme il étoit pon- B tife, il prophétisa que Jésus mourroit B non-seulement pour le peuple, mais B pour rassembler tous les enfants de B Dieu. B Caïphe fit donc une prédiction sans le savoir; son discours fut une allégorie dont il ne comprenoit pas tout le sens. Mais, soit que les écrivains de l’ancien Testament aient compris tout le sens de ce qu’ils disoient, ou qu’ils n’en aient vu qu’une partie , ils n’ont été ni trompeurs ni trompés.
C’est une question de savoir si , dans le dessein de Dieu , toute la loi de Moïse étoit figurative ; si l'on peut et si l’on doit donner à tous les événements de l’ancien Testament un sens allégorique, et les envisager comme autant de types et de figures de ce qui arrive dans le nouveau. Nous examinerons cette question au mot Figuur et Figurisme.
Non-seulement iilusieurs incrédules, mais quelques auteurs chrétiens , ont pensé que les anciennes jiropliéties ne pouvoient être appliquées à Jésus-Christ que dans un sens allégorique ; que dans le sens littéral clics regardoient d’autres personnages et d’autres événements.
Nous prouverons le contraire au mot
PnOI’IlETIE.
De même que les anciens, surtout les Orientaux , aimoient à parler en paraboles, ils avoient aussi du goût pour les allégories; ils se plaisoient à trouver dans un événement quelconque la figure d’un autre événement. Un de nos philosophes, très-appliqué à tourner en ridicule les livres saints, est convenu qu’une ancienne coutume de l’Orient étoit non-seulement de parler en allégones, mais d’exprimer , par des actions singulières, les choses qu’on vouloit signifier, et de peindre aux yeux des auditeurs les objets dont on vouloit leur frapper l’imagination. Rien n’étoit, ditil , plus naturel ; car les hommes n’ayant écrit longtemps leurs pensées qu’en hiéroglyphes, ils dévoient prendre l’habitude de parler comme ils écrivoient.
Nous ne devons donc pas être étonnés de ce que Dieu a souvent ordonné aux prophètes des actions qui sembloient ridicules , mais qui étoient très-capables d’exciter l’attention des spectateurs,, et qui renfermoient beaucoup de sens.
Ainsi, le prophète Isaïe marche au milieu de Jérusalem avec la nudité des esclaves, pour annoncer aux Juifs leur sort futur, Isaï., c. 20; Jérémie met un joug sur ses épaules , pour leur montrer d’avance celui qui leur sera imposé par Nabuchodonosor ; il envoie des chaînes aux rois de l’Idumée , de Moab et de Tyr, symbole de celles dont ils étoient menacés. Dieu ordonne à Osée d’épouser une prostituée, de l’abandonner pendant quelque temps, et de la reprendre ensuite, pour peindre la conduite de Dieu à l’égard de la nation juive, etc. C’étoient des allégories trèsfrappantes , et l’on en trouve quelques exemples dans l’histoire profane.
Puisque telle étoit la tournure des mœurs antiques , il n’est pas surprenant que les Juifs aient souvent donné un sens allégorique aux faits de l’histoire sainte. Saint Paul l’a fait plus d’une fois ; les Pères de l’Eglise les plus anciens l’ont imité, parce que cette manière d’instruire étoit du goût de leurs auditeurs. Mais les protestants leur en font un crime; ils disent que cette méthode, ridicule en elle-même , n’est bonne qu’à pallier l’i-
gnorance du prédicateur, à faire passer desvisions pour des vérités importantes, à donner aux auditeurs un goût faux, à les détourner de la recherche du sens littéral et naturel de l’Ecriture sainte. Tel est le jugement qu’en a porté Barbeyrac , Traité de la morale des Pères, chap. 7, § 6 et suiv. Il soutient que l’exemple des apôtres ne peut pas servir à justifier les Pères.
1° Les apôtres, dit-il, ont fait rarement usage des allégories, et les Pères s’en servent continuellement ; les premiers y ont recours, plutôt pour montrer, dans l’ancien Testament, les mystères de Jésus-Christ, que pour en tirer des leçons de morale ; à peine en trouve-t-on deux ou trois exemples dans saint Paul , au lieu que les Pères n’en donnent presque point d’autres.
, Cependant saint Matthieu a pris dans un sens allégorique au moins vingt prophéties de l’ancien Testament : c’est un reproche que lui font les incrédules ; et Barbeyrac, sans le savoir, a pris la peine de le confirmer. Saint Paul a tourné en leçon de morale, non-seulement la loi du Deutéronome, dont nous avons parlé , et celle qui défendoit de se servir du pain levé dans la célébration de la pûque,mais encore la loi de la circoncision , celle du sabbat , celle des ablutions, celle des abstinences, les promesses faites à Abraham , les reproches et les menaces adressés aux Juifs par Isaïe, etc. Les Juifs modernes en font un crime à saint Paul; ils disent que c’est un expédient imaginé par cet apôtre, pour exempter ses prosélytes de l’observation de la loi cérémonielle. Il est fûcheux que Barbeyrac n’ait pas vu qu’il autorisoit l’entôtement des Juifs.
Saint Pierre, 1, cap. 2,jl. 6, tourne en leçon de morale la prophétie d’Isaïe, c. 8, jî'. 14, concernant la pierre angulaire qui écrase les incrédules ; celle d’Osée , c. 2, ÿ. 24 , qui regarde les Juifs rentrés en grûce avec Dieu; l’exemple des pécheurs exterminés par le déluge, et il compare le baptême à l’arche de Noé, c. 3 , ^. 20 , etc. Ces sortes de leçons ne sont donc pas aussi rares dans les écrits des apôtres que Barbeyrac le prétend.
2“ Il dit que , comme les écrivains sacrés étoient inspirés , nous devons les croire, lorsqu’ils nous découvrent un sens allégorique, dans un fait ou dans une loi, où nous ne l’aurions pas aperçu; mais qu’ils n’ont commandé à personne de faire de même , et qu’ils n’ont donné aucune règle pour découvrir ces sortes de sens; qu’ainsi ce sont des explications arbitraires et de vaines imaginations.
Nouvelle imprudence : comment n’at-il pas vu que les incrédules se prévaudroient encore de cette remarque et la tourneroient contre les apôtres mêmes?
En effet , les incrédules disent que l’inspiration prétendue ne peut pas rendre réel ce qui est imaginaire, ni respectable ce qui est ridicule, ni justifier un sens auquel il est évident que le législateur des Juifs et leurs prophètes n’ont jamais pensé : c’est à Barbeyrac de prouver le contraire. Il s’ensuit seulement de son observation que les explications allégoriques données par les Pères ne sont pas des articles de foi ; et qui l’a jamais prétendu? Les apôtres n’ont pas commandé ces explications, mais ils ne les ont pas défendues non plus , puisque saint Barnabé et saint Clément en ont fait un grand usage ; nous devons présumer que ces deux disciples immédiats des apôtres connoissoient pour le moins aussi bien les intentions de leurs maîtres , que les critiques protestants duxvii® ou du xvm* siècle.
3° Les apôtres , continue le censeur des Pères , ont donné des sens allégoriques à l’Ecriture sainte , par condescendance pour les Juifs qui avoient du goût pour ce genre d’instruction; mais ce n’est pas un exemple à suivre : ce goût est pernicieux en lui-même , parce qu'il nous détourne de la recherche du sens littéral et vrai de la parole de Dieu.
Nous n’avouerons jamais qu’un genre d’instruction duquel les apôtres se sont servis , soit pernicieux en lui-même ; mais nous soutenons que les Pères l’ont mis en usage par le même motif, par condescendance pour leurs auditeurs.
En effet, après saint Barnabé et saint Clément de Rome, les deux Pères do
l’Eglise qui y ont été le plus attachés sont saint Clément d’Alexandrie et Origène; l’un et l’autre instruisoient et écrivoient en Egypte : or, les Juifs d’Alexandrie étaient très-accoutumés aux explications allégoriques de l’Ecriture sainte, témoin les ouvrages de Philon.
Les Egyptiens en général n’y étoient pas moins habitués par l’usage de leurs hiéroglyphes.
Une autre preuve du motif qui a conduit les Pères , c’est qu’ils ne se bornent point au sens mystique ou allégorique de l’Ecriture sainte. Origène , avant d’y avoir recours, donne assez souvent l’explication littérale du texte, et l’on connoît les travaux entrepris par ce savant homme pour confronter le texte hébreu avec les versions. Saint Grégoire de Nysse , après avoir tiré de la loi de Moïse un grand nombre âi allégories, conclut ainsi : « Ce que nous ve- » nons de proposer , se réduit à des con- » jectures ; nous les abandonnons au jus gement des lecteurs : s’ils les rejettent, » nous ne réclamerons point; s’ils les » approuvent, nous n’en serons pas * pour cela plus contents de nous- » mêmes, i L. de Fila Mosis, p. 223.
Saint Augustin , peu de temps après sa conversion , avoit écrit deux livres sur la Genèse contre les manichéens , où il avoit donné des raisons allégoriques de la plupart des faits , parce que je ne voyais pas, dit-il, comment on pouvait les entendre dans le sens propre. Mieux instraitdans la suite, il fit un autre ouvrage sur la Genèse, prise dans le sens littéral , de Genesi ad litteram. La bonne foi auroit exigé que Beausobre fit cette remarque , avant de censurer saint Augustin, Ilist. du Manich., tom. 1 , 1. 1, c. 4, pag. 283.
aC’est donc très-mal ?i propos que l’on blûme les Pères de l’Eglise; voudroiton qu’ils eussent pris une autre méthode d’instruire, qui auroit déplu à leurs auditeurs , et qui n’auroit pas été écoutée ? Juger du goût du ii* et du iii* siècle de l’Eglise par celui du xviii® , c’est une absurdité. En second lieu , les Pères ne pensoient point à former des savants, mais des chrétiens vertueux;
ils vouloient les accoutumer îi chercher dans les livres saints , non de l’érudition ou des connoissances profanes, mais des leçons de morale et des sujets d’édification; nous soutenons qu’ils n’avoient pas tort. Grâces à l’entêtement des hérétiques et des incrédules , ce n’est plus là ce qu’on veut aujourd’hui; il faut des remarques grammaticales, critiques, historiques, philosophiques, de la chronologie, de la géographie , de la physique et de l’histoire naturelle , pour expliquer les livres saints. Nous sommes sans doute , dans tous les genres , plus habiles que nos pères , en sommes-nous meilleurs chrétiens? Ces savantes discussions sont-elles à portée du peuple ?
Or, c’est principalement le peuple que les Pères dévoient et vouloient instruire. L’événement suffit pour nous convaincre qu’ils ont mieux réussi que leurs accusateurs. Les savants commentaires des protestants n’ont abouti qu’à multiplier parmi eux les disputes, les sectes , les erreurs ; ceux des Pères de l’Eglise formoient des hommes vertueux et des saints.
Ce qu’il y a de plus singulier, c’est que les protestants , qui censurent avec tant d’aigreur le goût des anciens Pères pour les allégories, sont cependant très-attentifs à profiter des explications allégoriques quesaintClémentd’ Alexandrie , Origène et Tertullien ont données quelquefois aux paroles de Jésus-Christ touchant l’Eucharistie.
Mais il est bon de voir combien leur prévention contre les Pères a donné d’avantage aux incrédules. C’est mal à propos, dit l’un d’entre eux, que les apologistes du christianisme ont voulu prouver aux païens l’absurdité de leur religion par la nécessité de recourir à des allégories pour dissiper le scandale de leurs fables ; ne sommes-nous pas dans le même cas à l’égard de la plupart des faits de l’aucicn Testament? Les Pères de l’Eglise l’ont senti, puisque tous ont allégorisé , et sont convenus que sans cette méthode il étoit impossible d’entendre l’Ecriture sainte. Il cite en preuve saint Clément d’Alexandrie , Origène ,
Terlullien et saint Augustin. La fureur pour les allégories a fait diviniser le cantique de Salomon ; les mahométans font de même pour pallier les absurdités de l’alcoran.
Vainement nous demanderions aux censeurs des Pères une réponse solide à cette objection ; ce n’est pas chez eux que nous irons la chercher. Les actions infâmes et scandaleuses racontées dans les fables étoient attribuées aux dieux ; pouvoit-on les condamner ou les blâmer? S’il y en a dans l’histoire sainte, elles sont attribuées à des hommes , elles ne sont point approuvées , souvent même elles sont punies ; cela est fort différent. Les hommes ne sont pas impeccables , mais les dieux dévoient l’être ; toutes les actions des premiers ne sont pas des exemples à suivre ; mais pouvoit-on être coupable en imitant les dieux? Nous n’avons donc pas besoin diallégories pour expliquer l’ivresse de Noé , l’inceste de Loth avec ses filles , le mensonge que Jacob dit à son père pour avoir sa bénédiction , l’adultère et l’homicide de David, etc., puisque nous ne sommes pas obligés de les justifier.
Nous avons vérifié les citations des Pères que l’on nous oppose; la plupart sont fausses : voici tout ce qu’il y a de vrai.
Saint Clément d’Alexandrie , Slrom., 1. 2 , c. 19 , pag. 481 , dilque ta manière dont Dieu en a agi à l’égard d’Adam , de Noé, d’Abraham, de Jacob et d’Esaü, étoit prophétique et typique ; c’est aussi le sentiment de saint Paul à l’égard des deux derniers. Saint Clément conclut par les paroles de Jacoh : Parce que Dieu a eu pitié de moi, il m’a donné tout ce que je possède, 1. 6 , c. 15 , pag. 803. 11 observe que, selon l’Evangile, Jésus- Christ ne parloit qu’en paraboles ; il conclut que , puisque Jésus-Christ est aussi l’auteur de la loi et des prophètes , il y a parlé de môme en paraboles. Saint Clément en donne pour raison, 1® que par là Dieu a voulu exciter notre vigilance et notre curiosité ; 2® parce que plusieurs auroient abusé d’un style plus clair ; 3® parce que c’étoit la manière d’enseigner la i>lus ancienne et la plus
générale ; 4® parce que le style des Hébreux est ordinairement figuré. Mais il ajoute que les hommes vraiment intelligents sont ceux qui entendent l’Ecriture sainte selon la règle ecclésiastique. Il n’admettoit donc pas les explications arbitraires , et il ne s’ensuit pas de là que tout est parabole ou allégorie dans l’Ecriture sainte.
Origène , parlant de la distinction des animaux purs et impurs , Homil.
7 in LeviL, n® 5 , dit que si on l’entend comme les Juifs et comme le peuple , les lois que Dieu a portées sur ce sujet paroîtront moins raisonnables et moins respectables que celles des Athéniens , des Spartiates ou des Romains ; mais que si on les entend selon le sens qu’enseigne l’Eglise, elles paroîtront vraiment divines et supérieures à toutes les lois humaines. L. 2 , in Epist. ad Rom., n. 9. Il demande que peuvent avoir de commun avec la loi naturelle celles qui ordonnent la circoncision , qui défendent de faire un tissu de lin et de laine , ou de manger du pain levé à la fête de Pâques. Il dit qu’ayant demandé à des Juifs la raison et Tutilité de ces lois , ils ne lui en ont point donné d’autre que le bon plaisir du législateur. Il ne s’ensuit pas de là qu’Origène vouloit que l’on prît aussi dans un sens allégorique les autres lois dont la raison étoit claire et sensible , et les lois morales contenues dans le Décalogue. Il nous paroît que l’on a jugé ce Père un peu trop sévèrement , quand on a conclu de là qu’il détruisoit souvent le sens littéral de l’Ecriture sainte ; ce n’étoit pas le détruire que d’avouer qu’il ne le voyoitpas.
Terlullien, liv. 5, contre Marcion, c. 5 , dit que rien ne paroît plus ridicule ni plus méprisable que les sacrifices sanglants , les purifications , la loi du talion , la circoncision , les abstinences ; qu’aussi tout hérétique tourne en dérision l’ancien Testament dans son entier; mais que Dieu a voilé sous ces énigmes et sous ces figures une sagesse qui devoit être révélée par Jésus-Christ. Cependant Terlullien , dans ce même ouvrage , donne de très-bonnes raisons des abstinences prescrites aux Juifs, de la
distinction des animaux purs et impurs , de la multitude des sacrifices et des offrandes. Lors donc qu’il a dit que tout cela pris à la lettre étoit ridicule et méprisable , il a entendu que cela paroissoit tel aux hérétiques , et non aux fidèles instruits par Jésus-Christ. Quand même il auroit voulu dire de toute la loi cérémonielle ce que les incrédules lui attribuent , il ne s’ensuivroit pas encore qu’il a pensé de même de tout l’ancien Testament.
Saint Augustin , L. contra Mendacium, ad consent., c. 10 , n. 23 et 24 , soutient qu’ Abraham et Isaac n’ont pas menti, en disant que leurs épouses étoient leurs sœurs , non plus que Jacob, en disant à Isaac qu’il étoit Esaù son aîné , parce que c’étoient des figures , des types ou des métaphores. Nous ne pensons pas que cette excuse soit solide ; parce qu’une équivoque , employée pour tromper quelqu’un, est un vrai mensonge : mais on n’en peut pas conclure que , selon saint Augustin , toute l’histoire sainte est figurative ou allégorique, et que sans le secours des allégories, il seroit impossible de l’entendre.
11 n’a pas été dilTicile de réfuter Woolston , qui prétendoit que les miracles de Jésus-Christ dévoient être pris dans un sens purement allégorique , et qu’ils avoient été ainsi envisagés par les Pères. f^oyez le sens littéral de l’Ecriture sainte défendu par Stakhouse , etc.
Ce n’est point le goût pour les allégories qui a fait diviniser le cantique de Salomon ; c’est au contraire l’habilude du sly\c allégorique, usité de tout temps chez les Orientaux, qui a fait écrire ainsi cet ancien ouvrage, monument original des mœurs simples et innocentes qui régnoient pour lors. L’Eglise ciiréticnne l’a reçu comme un livre divin , sur la foi de la tradition constante des Juifs , transmise par les apôtres , et leur témoignage n’a pas besoin d’un autre garant.
11 n’est pas vrai que les mahométans recoururent aux allégories pour pallier les absurdités et les turpitudes renfermées dans l’alcoran ; ils font profession de les croire à la lettre , telles que leur