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devenoient plus grands que les autres hommes? 5° Il rapporte que les possédés, ou plutôt les démons tourmentés par ces reliques, confondirent les ariens. 4“ En effet, cet événement servit à humilier et à contenir ces hérétiques. Ce fut donc un stratagème imaginé à propos.
Le Clerc pense qu’il en est de même de toutes les autres inventions de même espèce.
Sont -ce donc là des preuves assez fortes pour accuser de fourberie un personnage aussi respectable que saint broise? S’il avoit parlé de la révélation qu’il avoit eue. Le Clerc lui auroit reproché de l’avoir forgée par orgueil. Ce n’est pas un prodige que deux martyrs aient été de haute stature, tels que les poètes nous peignent les hommes des temps héroïques; il n’y a rien de ridicule dans celle remarque de saint Ambroise.
11 se lit d’autres miracles à cette occasion, que des guérisons de possédés.
Saint Augustin raconte qu’un aveugle recouvra la vue, et il paroît l’attester comme témoin oculaire. Pour commettre une fraude, il auroit fallu avoir un trop grand nombre de complices, les fossoyeurs et les témoins , les miraculés, tout le clergé de Milan, et même tous les catholiques environnés des ariens; croirons-nous qu’aucun de ces derniers ne fût témoin des faits ? Saint Ambroise se seroit exposé à la dérision des hérétiques , au discrédit de la foi catholique, au ressentiment de l’impératrice Justine; il n’étoit pas assez imprudent pour courir un aussi grand danger.
Etoil-il indigne de Dieu de conlirmer par des miracles la foi à la divinité du Verbe, et le culte des reliques contre lequel Vigilance s’éleva pendant ce temps-là?
Mais Le Clerc, qui ne croyoit ni l’un ni raulre de ces dogmes, aime mieux accuser toute l’Eglise catholique de fourberie, que de démordre de scs opinions.
Par un effet du même entêtement, il a reproché à saint Augustin d’avoir feint les iirélendus miracles opérés par les rcli(pies do saint Etienne , et d’avoir ajtoslé les miraculés.
AMDliOSlEN (rit ou olTicc). Manière parliculièro ilc faire rollicc dans l’Egliso
de Milan, qu’on appelle aussi quelquefois {'Eglise Amhrosienne. Ce nom vient de saint Ambroise, docteur de l’Eglise et évêque de Milan , dans le quatrième siècle. Walafrid Slrabon a prétendu que saint Ambroise étoit véritablement l’auteur de roflice qu’on nomme encore aujourd’hui amhrosien, et qu’il le disposa d’une manière particulière , tant pour son église cathédrale que pour toutes les autres de son diocèse. Cependant quelques-uns pensent que l’Eglise de Milan avoit un ollice différent de celui deRome, quelque temps avant ce saint prélat. En effet, jusqu’au temps de Charlemagne, les églises avoient chacune leur office propre ; dans Rome même il y avoit une grande diversité d'offices; et si l’on en croit Abailard , la seule église de Latran conservoit en son entier l’ancien office romain; et lorsque, dans la suite, les papes voulurent faire adopter celui-ci à toutes les Eglises d’Occident, afin d’y établir une uniformité de rit, l’Eglise de Milan se servit du nom du grand Ambroise et de l’opinion où l’on étoit qu’il avoit composé ou travaillé cet office, pour être dispensée de l’abandonner ; ce qui l’a fait nommer rit ambrosien, par opposition au rit romain. La liturgie ambrosienne a été publiée par Pamélius, en 1S60 : le Père Le Brun l’a tirée de divers missels anciens , imprimés ou manuscrits; il note exactement en quoi elle étoit différente de celle de Rome, coque saint Ambroise y avoit ajouté, et ce qui existoil avant lui. Il rapporte les tentatives qui ont été faites, soit par le pape Adrien I sous Cbarlcmagne , soit par les successeurs de ce pontife dans les siècles suivants, pour introduire dans l’Eglise de Milan la liturgie romaine cl le rit grégorien, cl la résistance constante du clergé de Milan. Saint Charles lui-même fjt très-zélé pour la conservation du rit ambrosieii; et ce rit subsiste encore dans la cathédrale cl dans la plupart des églises du diocèse de Milan. Exp l icalion des Cérémonies delà messe, loin. 3, pag. 173.
’-Amiiuosien (chant). Il est parlé dans (es rubricaircs du chant ambrosini , aii.ssi usité dans l’Eglise de Milan cl dans
quelques autres , et qu’on distinguoit du chant romain , en ce qu’il étoit plus fort et plus élevé ; au lieu que le romain éloilplus doux et plusharmonieux. Voy.
Chant et Guégoiiien. Saint Augustin attribue à saint Ambroise d’avoir introduit en Occident le chant des psaumes, à l’imitation des Eglises orientales; cl il est très-probable qu’il en composa ou revit la psalmodie. August., Confess. 9, cap. 7.
AMBROSIENS ou PNEUMATIQUES, nom que quelques-uns ont donné à des anabaptistes disciples d’un certain Ambroise qui vanloit ses prétendues révélations divines, en comparaison desquelles il méprisoit les livres sacrés de l’Ecriture. Gautier , De hœr., au xvi® siècle.
AME , substance spirituelle , qui pense et qui est le principe de la vie dans l’homme. C’est aux philosophes d’exposer les preuves de la spiritualité et de l’immortalité de l’âme humaine, que la lumière naturelle peut fournir ; le devoir des théologiens est de faire voir que ces deux dogmes essentiels ont été révélés aux hommes dès le commencement du monde ; que Dieu n’a pas attendu les spéculations de la philosophie'^ pour leur enseigner ces deux importantes vé*rilés; que les philosophes mêmes n’ont jamais pu les démontrer invinciblement, faute d’avoir été éclairés par la révélation. (N® III, p.488.) Nous ajouterons quelques réflexions touchant l’origine de l’âme.
I. De la spiritualité de l'âme. La première vérité que nous enseigne l’histoire sainte , est que Dieu est créateur, qu’il a tout fait par sa parole ou par un simple acte de sa volonté ; donc il est pur esprit. Au mol Cuéation , nous ferons voir que celle conséquence est incontestable. Or , celle même histoire nous apprend que Dieu a fait l’homme à son image et à sa ressemblance. Gcn., c. I , ji^. 2ü et 27; c. 9, j!'. G. Donc l’homme n’csl pas seulement un corps; il est intelligent , actif, libre dans scs volontés comme Dieu.
11 est dit qii’après avoir formé un corps de terre. Dieu souffia sur le visage de riiommc ; que dès ce moment , ce
corps fut vivant, animé, doué du mouvement et de la parole. En eflfet , c’est sur le visage ou sur la physionomie de l’homme quebrillentlavie, rinlelligence, l’activité , les désirs , les sentiments de son âme. Rien de semblable dans les animaux. L’dme, l’esprit, ne sont point sensibles par eux-mêmes , mais par leurs eiTets ; ils ne peuvent donc être désignés que par là : le plus sensible de ces effets est le souffle ou la respiration; tout ce qui respire est censé vivant. 11 est done naturel d’exprimer parle souffle le principe même de la vie. Mais il est écrit que le soîtfp.e du Tout-Puissant donne l’intelligence. Joi, c. 32, ÿ. 8. Jamais nos autours sacrés n’ont attribué l’intelligence à la matière. Les philosophes qui ont dit que le souffle désigne ici quelque chose de matériel, ont bien peu réfléchi sur l’énergie du langage. (N<= IV,p.489.}
Dieu dit : Faisons l’homme à notre
» image et ressemblance , pour qu’il » préside aux animaux, à tout ce qui » >it sur sur la terre , à toute la terre » elle-même. » Gen., c. 1 , ’j/. 2G. Et Dieu lui donne en effet cet empire,
28; l’homme est donc d’une nature bien supérieure à celle des animaux , puisqu’il est créé pour être leur maitre.
En effet, Dieu ne parle point aux êtres matériels , il n’adresse point la parole aux animaux ; mais il parle à l’homme, il converse avec lui , il lui accorde des droits, lui impose desdevoirs ; il agit avec lui comme avec un être intelligent, libre, maître de ses actions, digne de récompense ou de châtiment : est-ce ainsi que l’on traite un automate ou un animal ? Des spéculations métaphysiques sur la nature de l’esprit et de la matière, des dissertations gi aniinaticales sur la signification des termes, sont bien froides en comparaison des leçons que nous donne l’histoire sainte.
11 n’est donc pas étonnant qu’il ne se soit encore trouvé sur la terre aucun peuple assez stupide pour confondre l’esprit avec la matière , et l’homme avec les animaux; la plupart ont mieux aimé donner une âme intelligente et spirituelle aux animaux que de la refuser à l’homme.
Faudra-t-il parcourir toute la suite do l’histoire et des livres saints , pour montrer la même croyance toujours subsistante chez les Hébreux? Vainement on y chercheroit des vestiges de matérialisme, ou des expressions capables de prouver que les Juifs ont mis l’homme au rang des animaux. Le reproche le plus sanglant que les auteurs sacrés font aux hommes corrompus et livrés à des passions brutales , est de leur dire qu’ils ont oublié leur propre nature , qu’ils se sont dégradés jusqu’au rang des animaux , et se sont rendus semblables aux brutes. Ps. 48, jl. J5et21 ;/saL, c. J , ÿ. 5, etc.
On a voulu tourner Moïse en ridicule, parce qu’en défendant aux Israélites de manger le sang des animaux , il a dit que i'dine de toute chair est dans le sang, et que le sang est Vâme des animaux.
Levit., c. 17 , f. 11 etl4; Deul., c. 12, fl. 23. Et l’on a conclu que les auteurs sacrés , en parlant de \'âme en général , n’ont entendu rien autre chose que le souille ou la respiration.
Quand Moïse auroit voulu donner à entendre que le principe de la vie des animaux est dans leur sang, nous ne voyons pas par quelle raison démonstrative nos plus habiles physiciens pourroient prouver le contraire, et il ne s’ensuivroit pas que Moïse a pensé de mêroe à l’égard de l’dme de l’homme. Mais ce législateur ne faisoitpas une dissertation philosophique sur Yâme des bêles; il donnoit aux Hébreux une raison sensible de la loi qu’il leur imposoil. Il leur défend de manger le sang des animaux, parce que ce sang , sans lequel les animaux ne peuvent vivre , a été donné de Dieu aux Israélites pour expier leurs âmes, lorsqu’il est oft’ert sur l’autel. C’est donc dans ce sens qu’il dit, Levit., c. 17, 11 : «Le sang est pour l’expia-
i> lion de ïdmc, » et Ueut., c. 12, ÿ. 23 : a Leur sang est pour l’cîwic. » Mais cela ne signifie point que le sang tient lieu d’ûme aux animaux.
Comme Vâme signifie en général le principe de la vie , les Hébreux ont pu dire, comme nous, l’dnie des brutes, puisqu’elles ont en effet un principe de vie. Quel est-il? Nous no le savons pas
mieux qu’eux. Mais ils n’ont jamais pensé , non plus que nous, que ce principe fût le nicine en nous et dans les brutes. Ils se servent du mot âme pour désigner l’homme , et non les animaux quand ils disent : toute âme qui ne recevra point la circoncision , toute âme qui péchera mouiYa, toute âme qui ne s’affligera point, etc. Ils attribuent à l’âme et non au corps les fonctions spirituelles. Lorsque David dit : Mon âme se réjouit dans le Seigneur; mon âme est affligée; mon âme bénissez le Seigneur, etc., cela ne peut s’entendre du souille , de la respiration , du principe de vie matérielle.
Nous prouverons dans un moment que les Israélites ont cru constamment l’immortalité de l’âme humaine; il en résultera qu’ils ne l’ont point confondue avec le souffle ou la respiration.
Personne ne no us obligera , sans doute, à montrer que Jésus-Christ a confirmé par ses leçons divines la croyance primitive de la spiritualité de l’ûme, et qu’il a pleinement dissipé les doutes qu’une philosophie contentieuse avoit répandus sur cette importante question. « Dieu est » esprit, dit-il, et ceux qui lui rendent ï un culte doivent l’adorer en esprit et » en vérité, s Joan., c. 4, ÿ. 2k Mais c’est surtout en établissantd’une manière invincible l’immortalité de l’âme, que notre divin Maître en a démontré la spiritualité ; nous le verrons ci-après.
Les incrédules , qui ne savent argumenter que sur des mots, ont cependant objecté (}ue souvent , dans l’Evangile , l’âme ne signifie rien autre chose que la vie. Cela n’est pas étonnant, puisque c’est l’âme qui est le principe de la vie; mais lors(iuc Jésus-Christ a dit : « Celui e qui perdra son âme pour moi, la re- » trouvera ; celui qui hait son âme en » ce monde la garde pour une vie éter- » nelle, » Matth., c. 10, j^. 5!); Joan., c. 1 2 , jt. 2.’); n’cst-il question là que de la vie du corps?
Dans l’impossibilité de faire de Jésus- Christ un malérialistc , nos savants disscrtatcurs ont du moins voulu imprimer cette tache aux Pères de l’Eglise. Us ont soutenu que , comme aucun des anciens
philosophes n'a eu l’idée de la parfaite spiritualité , les Pères de l’Eglise ne l’ont pas mieux conçue; qu’ils ont seulement entendu par X'espril une matière subtile ; que selon leur opinion Dieu, les anges , les âmes humaines, sont foncièrement des corps, mais légers, ignés ou aériens.
Nous n’avons certainement aucun intérêt à justifier les anciens philosophes; mais nous ne pouvons nous résoudre à croire que des hommes, qui ont combattu de toutes leurs forces contre le ma^ térialisme des épicuriens , sont tombés cependantdans la même erreur. Cicéron, dans ses Tusculanes , a prouvé la spiritualité de l’âme aussi solidement que Descartes, et il fait profession de répéter les leçons de Platon, de Socrate et d’Aristote. Nos littérateurs modernes se sont moqués de celui-ci , parce qu’il a dit que l’âme est une entéléchie ; ils n’ont pas vu que £»T£i£;^£fa chez les Grecs signifie la même chose que intelligentia chez les Latins. Voilà des dissertateurs fort en état de juger de la doctrine des anciens philosophes.
Nous croirons encore moins que les Pères de l’Eglise ont préféré les leçons du portique ou de l’académie à celles de l’Ecriture sainte , et qu’en admettant un Dieu créateur , ils ont supposé un Dieu corporel : ces deux dogmes sont incompatibles. La plupart ont insisté sur ce oii’il est dit dans la Genèse, que Dieu a fait l’homme à son image ; et ils n’ont jamais pensé qu’un corps , tant subtil qu’il pût être, pouvoit ressembler à un pur esprit. Enfin, tou-s ont attribué à l’âme humaine l’intelligence, la liberté et fimmortalité : propriétés qui ne peuvent appartenir à un corps.
A la vérité les Pères , obligés de s’assujettir au langage ordinaire, ont été dans le même embarras que les philosophes ; ils ont été forcés d'exprimer la nature, les proj)riétés , les opérations do l’âme par des termes empruntés lies choses corporelles ; parce (ju’aucune langue de l’univers ne peut en fournir d’autres. Ainsi , les uns ont pris le mot de corps dans un sens synonyme à celui de substance, parce que celui-ci n’étoit pas employé chez les Latins dans la meme
signification que chez nous; les autres ont appelé la manière d’être des esprits une forme, et leur action un mouvement; d’autres ont désigné la présence de l’dme dans toutes les parties du corps par le terme de diffusion’, d’égalité ou de quantité ; autant de métaphores sur lesquels il est ridicule d’appuyer des argu ments.^ Au iTi“ siècle de l’Eglise, Plolin , disciple de Platon , dans sa quatrième Ennéade ; saint Augustin , dans son livre De quantitate animœ ; au v', Claudien Mamert, dans son traité De statu animœ, ont démontré l’immatérialité de l’dme par les mêmes preuves que Descartes. Il est donc ridicule de leur attribuer le matérialisme par voie de conséquence , ou sur quelques expressions qui ne sont pas parfaitement exactes , pendant qu’ils font une profession formelle de la doctrine contraire.
Le comble de la témérité a été d’affirmer, comme on l’a fait de nos jours, que saint Augustin est le premier qui, après bien des efforts , est venu à bout de concevoir la spiritualité et l’essence de Yàme; que cependant il a toujours raisonné en parfait matérialiste sur les substances spirituelles. Non-seulement dans l’ouvrage que nous venons de citer, mais dans le livre 10, De Trinitate, c. 10, ce Père donne de la spiritualité de Vâme une démonstration à laquelle aucun matérialiste n’a jamais répondu.
On altribuoit autrefois à saint Grégoire Thaumaturge une dispute dans laquelle l’auteur prouve contre Taticn que Vâme humaine est une substance immatérielle, simple et non composée, par conséquent immortelle. Cet ouvrage est sans doute d’un écrivain plus récent , mais qui raisonne très-solidement. Gérard Vossius observe que la même doctrine est formellement professée par saint Maxime dans une dissertation sur Vâme, par saint Alhanase, par saint Jean Chrysostome et par saint Grégoire de Nazianze. Nous aurons soin (le justifier les autres dans leur article particulier.
Parmi les passages allégués par les incrédules pour calomnier les Pères , il y en a plusieurs qui sont forgés, d’autres que l’on a tirés d’ouvrages qui ne sont
point des auteurs auxquels on les attribue , d’autres dans lesquels on force le sens des expressions; mais nos adversaires ne sont pas scrupuleux sur le choix des armes dont ils se servent.
Ils disent que les anciens éloient fort embarrassés à expliquer l’origine de Vâ,me, surtout Tertullien , 1. De anima, c. 19, et saint Augustin, 1. De origine animœ. Mais avons-nous besoin de l’expliquer mieux que ne fait l’Ecriture sainte? Saint Augustin n’a traité cette question que parce qv’il auroit voulu concevoir comment le péché d’Adam est transmis à ses descendants. Cela n’est pas fort nécessaire ; il suffit de croire le dogme du péché originel tel qu’il est révélé. Tertullien , dans ce livre même, soutient de toutes ses forces la simplicité, l’indivisibilité et l’indissolubilité de Vâme, c. 14. Cependant l’on s’obstine à dire qu’il a cru l’âme corporelle.
II. De l’immortalité de l’âme. (N* V, p.494.) On demande si ce dogme est clairement révélé , s’il a été cru par les patriarches et par les Juifs : il n’en est rien, selon nos philosophes matérialistes - ils disent qu’avant la captivité de Babylone les Juifs n’en ont eu aucune notion, qu’ils l’ont empruntée des Cbaldéens ou des Perses ; mais on ne nousdit pointa quelle école ces derniers en avoient été instruits.
Nous répondons d’abord que le soufllo de la bouche du Seigneur ne meurt point; mais nous ne sommes pas réduits à celte seule preuve. Apres le péché d’Adam, avant de le condamner à la mort.
Dieu lui promet un rédempteur. En quoi cette promesse pouvoil-clle l’intéresser, si elle ne devoit pas être accomplie pendant sa vie , et s’il devoit mourir tout entier? Dieu dit à Caïn : « Si tu fais bien, V n’en recevras-tu pas la récompense ?
» Mais si lu fais mal, ton péché s’élèvera s contre loi. i> Gen., c. 4, ÿ. 7. Cependant Abel, loin de recevoir la récompense de ses vertus eu ce monde , a péri par une mort violenU et prématurée.
Dieu, qui faisoil alors la fonction de législateur et dé jugé, a-t-il pu le permettre, s’il n’y a ni récompenses à espérer, ni chûlimenls h craindre après la mort.
Abraham entend de la bouche de Dieu ces paroles consolantes : u Je serai moij> même ta grande récompense. i Gcn., c. iS, 1. Elle étoit bien foible, si elle devoit se borner à la vie présente. Que faisoient à ce patriarche les bénédictions que Dieu lui promettoit de répandre sur sa postérité? Abraham achète une caverne pour servir de tombeau à Sara son épouse; il la laisse pour héritage à ses enfants. Jacob veut y être enterré et dormir avec ses pères. Gen., c. 47, 30. La mort ne peut être censée un sommeil , qu’autant qu’il y a un réveil à espérer. Ce patriarche, près de mourir, assemble ses enfants : « Je meurs , dit-il; ® enterrez-moi dans le tombeau d’A- » braham et d’Isaac; j> et s’adressant à Dieu, il ajoute : a J’attends devons, Sei- » gneur, ma délivrance et mon salut. »
Gen., c. 48, 21 ; c. 49 , 18 et 29. Il
n’étoit point question là de la guérison ; Jacob sayoit bien qu’il ne relèveroit pas de sa maladie.
Joseph son fils, dans la même circonstance, dit à ses frères : « Après ma » mort. Dieu vous visitera et vous con- » duira dans la terre qu’il a promise à
B nos pères Abraham, Isaac et Jacob
» Transportez mes os avec vous, » c. 50,
23. Cet ordre fut exécuté. Exod., c. 13, ÿ. 19. Si on nous demande où est gravé le dogme de l’immortalité, nous répondrons hardiment : Sur le tombeau des patriarches.
Job, réduit au comble du malheur, ne perd point courage; il dit : « Quand s Dieu m’ôleroit la vie, j’espérerois en- * corc en lui, » c. 13, 15. « Les Ic-
® viers de ma hière porteront mon espé- » rance; elle reposera avec moi dans la T> poussière du tomlieau, » c. 16, 17.
Ilehr. Sur ce sujet. Salomon dit dans les Proverbes, c. 14, f. 32, que le juste espère même dans sa mort. Que peut-il espérer, s’il meurt pour toujours?
Il est incohtestable que les Egyptiens rroyoient non -seulement l’immortalité de rdme, mais encore la résurrection future ; c’est pour cela qu’ils embaumoient les corps. Les Israélites ont demeuré plus de deux cents ans parmi les Egyptiens, cl ils ont imité leur coutume
d’embaumer ; seroit-il possible qu’ils n’eussent pas adopté la même croyance, si déjà ils ne l’avoient pas eue par la tradition dcleurs pères? Mais nous en avons des preuves trop positives pour pouvoir en douter.
1° Moïse leur défend d’interroger les morts , pour apprendre d’eux les choses cachées , comme faisoient les Chana * néens. Deut., c. 18, ÿ. 11. Malgré la défense, cette superstition fut pratiquée.
Saül fitévoquer par une pythonisse Vâme de Samuel , qui lui dit : « Demain vous » et vos fils serez avec moi. » I. Reg., c. 28, ÿ. 11. Isaïe parle encore de cet abus, c. 8, y. 19; c. 65, jt. 4. Iln’auroit pas eu lieu chez une nation persuadée que les morts ne subsistent plus. C’est pour cela même que tout homme qui avoit touché un mort étoit censé impur.
2° En offrant à Dieu les prémices des fruits de la terre, un Israélite étoit obhgé de protester qu’il n’en avoit rien employé à un usage impur , et qu’il n’en avoit rien donné au mort. Veut., c. 26, f. 13. L’usage de faire des offrandes aux mânes, ou aux âmes des morts, de se couper les cheveux et la barbe, et de les mettre dans leur cercueil, de répandre du sang à leur honneur, suppose évidemment la croyance de l’immortalité de l'âme; toutes ces superstitions sont défendues aux Juifs, parce qu’ils éloient enclins à y tomber. Levit., c. 19, i^. 27 ; Dent., c. 1 i, 1. Cela n’auroit pas été nécessaire s’ils n’avoient eu aucune notion d’une autre vie.
3“ Le prophète Balaam dit , AT/m., c. 23 , jl. 10 : ï Que mon âme meure de B la mort des justes , et que mes derniers B moments soientseinblablcs aux leurs, b Quelle différence peut-il y avoir entre la mort des justes et celle des pécheurs, s’il n’y a rien à espérer ni à craindre après la mort. Les premiers, sans doute, sont tranquilles et n’ont point de remords; et pourquoi les seconds en auroicnt-ils , si tout finit avec cette vie?
4» Pour avertir Moïse de sa mort prochaine, Dieu lui dit : « Tu dormiras avec B les pères, b I)cut.,c. 31 ,ÿ. 16. « Monte B sur la montagne de Nébo ; tu y seras B réuni à tes proches, comme ton frère
xm 75 AME
» Aaron est "mort sur la montagne de » Hor, et a élé réuni à son peuple. »
Dent., c. 32, 49. Mais les parents de
Moïse et d’Aaron avoient été enterrés en Egypte; ces deux frères, morts dans le désert, ne pouvoient donc pas être réunis, par la sépulture, à leur famille. Ces expressions nous indiquent évidemment un séjour des morts différent du tombeau.
David , étonné de la prospérité des pécheurs, de leur insolence et de leur impiété, avoit été tenté de désespérer des récompenses de la vertu, et de regarder les justes comme des insensés. « J’ai » voulu, dit-il, comprendre ce mystère; ï j’y ai eu de la peine, jusqu’à ce que je » suis entré dans le secret de Dieu, et ï que j’ai considéré leur dernière lin. ® Ps. 72, ÿ. 16. Ce scandale ne seroit pas dissipé, si les uns et les autres avoient la mort pour dernière fin.
*6® Salomon son lils fait la même chose dans l’Ecclésiaste ; il tient d’abord le langage d’un épicurien, qui juge que tout se termine au tombeau , que les bons et les méchants ont la même destinée. « Qui B sait, dit-il , si l’esprit des enfants d’A- » dam monte en haut, et si celui des B animaux descend dans la terre?....
B Tous meurent de même; les morts ne B sentent ni ne connoissent plus rien ; il B n’y a plus de récompense pour eux , et B leur mémoire tombe également dans B l’oubli : bornons-nous donc à jouir du B présent, etc. b Mais bientôt il réfute ce langage impie, a Neditespoint : Il n'y » a point de Providence , de peur que » Dieu, irrité de ce discours, ne con- B fonde tous vos projets. ..CraignezDieu,
B c. S , jl. S. Il vaut mieux aller dans une B maison où règne le deuil, que dans 3 celle où l’on prépare un festin : dans B la première, l’homme est averti de sa B fin dernière, et quoique plein de vie,
B il pense à ce qui doit'iui arriver, c. 7,
» ÿ. 3. Parce que les méchants ne sont » pas punis d’abord , les enfants des B hommes font le mal sans crainte; ce- B pendant, puisque l’impie a péché cent » fois impunément, je suis certain que B ceux qui craignent Dieu prospéreront » à leur tour, c. 8, ji. 11. lléjouissez-
B vous pendant votre jeunesse , à la B bonne heure; mais sachez que Dieu B sera votre juge sur tout cela, c. U , B f. 9. Souvenez-vous de votre Créateur B dans ce temps-là même, avant que B n’arrive le moment auquel la pous- B sière retombera dans la terre d’où B elle a été tirée, et auquel l’esprit re- B tournera à Dieu qui l’a donné, c. 12, » ÿ. 1 et 7. Craignez Dieu et observez B ses commandements : c’est l’essentiel B pour l’homme ; Dieu entrera en juge- B ment avec lui pour tout le bien et le B mal qu’il aura fait , c. 13. b Comment les épicuriens de nos jours ont-ils osé affirmer que Salomon pensoit comme eux?
7° Elle voulant ressusciter un enfant dit à Dieu : « Seigneur, faites que Vâme B de cet enfant revienne dans son corps, b L’historien ajoute que l’âme de cet enfant revint en lui et qu’il ressuscita.
III. Reg., c. 17, Ÿ. 20. Ce n’est pas le seul prodige de cette espèce rapporté dans les livres saints. Les matérialistes ont-ils jamais cru aux résurrections?
8® Isaïe nous assure que les justes morts se reposent dans le lieu de leur sommeil , parce qu’ils ont marché droit, c. 37, ÿ. 1 et 2. Il suppose, c. 14, ÿ. 9, que les morts parlent au roi de B.ibyIone lorsqu’il va les rejoindre, et lui reprochent son orgueil.
Tous ces écrivains sacrés que nous citons ont vécu avant la captivité de Babylone; ils tiennent cependant le même langage que ceux qui sont venus après, comme Daniel, Esdras, les auteurs des livres de la Sagesse, de l’Ecclésiastique et des Machabées. Cette uniformité d’expressions, do conduite, de lois, d’usages, nous paroi t plus capable de constater le fait de la croyance constante des patriarches et des Juifs, qu’une dissertation philosophique sur la nature et la destinée de l’dme humaine , quand même elle auroit élé faite par l’un des enfants d’Adam.
Les Egyptiens, les Chananéens, les Chaldéens, les Perses , les Indiens, les Chinois, les Scythes, les Celtes, les anciens Bretons, les Gaulois, les Grecs et les Romains, les Sauvages même, ont cru de tout temps l’immortalité de l'dnie.
C’est sur cette tradition universelle que Platon, Cicéron et les autres philosophes fondoient l’opinion qu’ils en avoien t, beaucoup plus que sur leurs démonstrations. Et des dissertateurs modernes avoient entrepris de nous persuader que, par une exception unique sous le ciel , les Juifs ignoroient profondément cette vérité, et qu’il n’en est pas fait mention dans leurs livres!
Nous convenons que chez les païens la croyance de l’immortalité de Yâme n’a jamais fait partie de la religion publique ; aucune loi ne rendoit sacré ce dogme important ; on pouvoit l’admettre ou le nier sans conséquence et sans courir aucun danger. C’est ce qui démontre combien la religion païenne étoit incapable de contribuer à la pureté des mœurs , et combien les peuples avoient besoin d’une religion plus sage et plus sainte.
9 Lorsque Jésus-Christ parut sur la terre , la philosophie épicurienne , les fables des poêles sur les enfers , et la corruption des mœurs, avoient presqu’entièrement détruit chez les païens la croyance de l’immortalité del’flme. Malgré les arguments de Platon et de Cicéron, Juvénal nous apprend que, chez les Romains , personne , excepté les enfants, ne croyoit plus à la fable des enfers. Par une vieille habitude, on honoroit encore les mûnes ou les âmes des morts, et l’on faisoit des apothéoses; mais personne ne savoit ce qu’il falloit penser de l’état de ces âmes. La foi à la vie à venir n’entroit pour rien dans la morale ; il ne restoil à la vertu , pour se soutenir, que l’instinct de la nature et un foihic pressentiment des peines et des récompenses futures. Celle même foi éloit ébranlée cliez les Juifs par les sophismes des saducéens; l’on sentoil le besoin d’un maître ])lns imposant que les docteurs de la loi et que les philosophes.
Le Fils de Dieu annonça la vie éterlicllc [)our les justes, et le feu éternel pour les méchants; il fonda ce dogme, non sur des arguments i>liilosophi(|ucs, mais sur sa parole, qui éloit celle de Lieu son Père; il le prouva non-seule-
ment par les résurrections qu’il opéra, mais par sa propre résurrection ; il assura non-seulement la vie éternelle de rdme, mais la résurrection future des corps. 11 fil de ce dogme capital la base de toute sa morale; par là il consola et encouragea la vertu , il fit trembler le crime, il forma des disciples capables de mourir comme lui en bénissant Dieu, et il imposa plus d’une fois silence aux frivoles objections des saducéens. Lorsqu’ils voulurent argumenter contre le dogme de la résurrection future, il leur dit : I N’avez-vous pas lu ce que Dieu K vous a dit. Je suis le Dieu d'Ahra- » ham, d'Isaacet de Jacob? 11 n’est pas * le Dieu des morts, mais des vivants. i Matth., c. 22, f. 51. En effet, ces patriarches n’ont pas été récompensés dans cette vie de leurs vertus et du culte qu’ils ont rendu constamment à Dieu; il faut done que Dieu les réeompense dans une autre vie ; et s’ils vivent , pourquoi ne ressusciteroient-ils pas ?
Jésus-Christ, dit saint Paul, amis en lumière la vie et l’immortalité par l’Evangile. II. Tim., c. 1 , ^. 10. S’il n’a pas dit de la vie future tout ce que voudroient les philosophes , pour satisfaire leur curiosité, il nous en a suffisamment appris pour confirmer la foi des justes et pour effrayer les pécheurs.
Celse elles aulresphilosophes ennemis du christianisme, ont tourné en ridicule le dogme de la résurrection des corps ; mais ils n’ont osé rien affirmer sur l’état des âmes après la mort : ils ont mieux aimé demeurer dans une ignorance qui favorisoit leurs vices, que d’embrasser une doctrine qui les auroil excités à la vertu. Il est trop lard, après dix-sept cents ans de Lumière, de vouloir ramoner les anciennes ténèbres touchant la nature et la destinée de Pd/tte humaine.
\\\. De l’origine de l’âme. La croyance générale de l’Eglise chrétienne est que les âmes humaines sont l'ouvrage immédiat (le la puissance divine, et que Dieu leur donne l’être par création. Cesentiment est fondé tout à la fois sur l’Ecrilurc sainte, (|ui dit (pie Dieu a créé toutes choses sans exception , et sur la notion claire que nous avons de la nature des esprits.
Puisque ce sont des êtres simples , sans étendue et sans parties, un esprit ne peut être détaché de la substance d’un autre esprit ; il ne peut donc en sortir par émanation, comme un corps sort d’un autre corps dans lequel il étoit renfermé. Ou il faut que les âmes soient éternelles et sans commencement comme Dieu , ou il faut qu’elles aient commencé d’être par création.
Cependant de savants critiques protestants prétendent que ce n’a point été là le sentiment des anciens Pères de l’Eglise ; que la plupart ont cru, comme le grand nombre des philosophes , que les âmes sont une partie de la substance divine, et qu’elles en sont sorties par émanation. Beausobre, en particulier, dans son Histoire du Manichéisme, 1. 6 , c. S, g 9 , s’est attaché à prouver ce fait, et il s’en estservi pour réfuter ou pouréluder les arguments par lesquels les Pères ont attaqué les manichéens. Comme cette erreur seroit grossière et donneroit lieu à des conséquences très-fausses , il est bon de savoir si les Pères y sont réellement tombés.
i° Ilestdifliciltf de croire que les Pères, qui ont formellement enseigné que Dieu a créé les corps ou la matière , aient douté s’il a créé aussi les esprits ; l'un lui a-t-il été plus difficile que l’autre? Les anciens philosophes n’ont admis les émanations que parce qu’ils retenoient le dogme de la création ; dès que les Pères ont professé ce dogme, quelle raison auroient-ils pu avoir de croire l’émanation des esprits. 2“ Beausobre, après avoir cité un passage de Manès, qui porte que la première âme émana du Dieu de la lumière , dit qu’il ne faut pas presser ces mots, qu’ils peuvent signifier seulement que l'âme fut envoyée de la part de Dieu ; mais dans les passages des Pères qu’il cite, il presse tous les mots, ou les prend dans le sens le plus rigoureux. 5" 11 ne veut pas que l’on impute aux manichéens les conséquences qui siiivoient de leur doctrine , parce que ces hérétiques les nioient; mais il a grand soin de relever toutes les conséquences des opinions fausses qu’il attribue aux Pères, quoique ceux-ci ne les aient jamais ad-
mises. Telle est sa méthode dans tout son livre. Mais voyons les passages qui lui servent de preuves.
Dans le dialogue de saint Justin avec Tryphon, n. 4, ce Juif lui demande si l'âme de l’homme est divine et immortelle ; si c’est une partie de l’Esprit souverain, regiœ mentis particula; si, de même que cet Esprit voit Dieu, nous pouvons espérer de voir en esprit la Divinité, et d’être ainsi heureux. Assurément, répond saint Justin. Mais ce qui précède prouve clairement, \° que par l'Esprit souverain qui voit Dieu , saint Justin entend le Saint-Esprit ; 2° que la seule question étoit de savoir si l'âme peut voir Dieu. Ainsi, la réponse affirmative de saint Justin tombe directement sur cette partie de la question , et non sur ce qui précède. Beausobre a tronqué le passage, pour persuader le contraire. 3" Saint Justin déclare, ibid., n. 4, qu’il ne croit point, comme Platon, que l'âme est incréée, àyénr,roi, et indestructible par sa nature, non plus que le monde. » Je ne pense pas néanmoins, ï dit-il, qu’aucune âme périsse. * S’il avoit pensé que l’âme est une portion de Dieu, auroit-il cru qu’elle peut être anéantie?
Dans le fragment d’un ouvrage sur la résurrection future, n° 8, saint Justin reprend ceux qui disoient que l’dmeest incorruptible , parce que c’est une partie et un souffie de Dieu ; mais qu’il n’en est pas de même de la chair. « Seroit-ce B donc, dit ce Père, une preuve de puis- B sance ou de bonté de la part de Dieu , B de sauver ce qui doit être sauvé par sa B propre nature , qui est une portion de B lui-méme et son souille? Ce seroit se B conserver soi-même, b Je croirois, dit Beausobre , que ce raisonnement de Justin est un argument ad hominem, s’il ne s’étoi t pas expliqué clairemen t d ans sa dispute avec Tryphon. Or, nous venons de voir que cette explication estabsol ument contraire au sentiment de Beausobre; donc le seul but de saint Justin, dans le passage que nous examinons , est de prouver que ceux qui nient la résurrection de la chair raisonnent mal.
Talien, son discij)lc, contra Graicos,
n. 7, dit : « Le Verbe divin a fait l’homme » image de l’immortalité ; de manière » que, comme Dieu est immortel , ainsi B l’hommé, fait participant d’une por- B tion de Dieu , a aussi l’immortalité ; » mais avant de créer l’homme , le Ver>,e B a créé les anges, b II est constant que, par celte portion de Tatien, comme saint Justin son maître, entend le Saint- Esprit; si cette portion étoit [’âme de l’homme , il seroit absurde de dire que l’homme en a été fait participant. N° 12. «Nous connoissons, dit Tatien , deux » espèces d’esprit : l’une est appelée B l’âme ; l’autre , plus excellente , est l’i- » mage et la ressemblance de Dieu. Les B premiers hommes avoient l’une et B l’autre, de manière qu’ils étoient en B partie matière et en partie supérieurs B à la matière, b Beausobre, liv. 7, c. 1, n. 1 , conclut de ce passage que les Pères, aussi bien que les manichéens , admettaient deux âmes dans l’homme. Nouvelle fausseté : jamais les Pères n’ont pensé que le Saint-Esprit fût une partie de l’âme humaine.
Saint Clément d’Alexandrie , Strom., liv. 6 , pag. 6G5 , et saint Irénée , liv. 5 , c. 12 , 11. 2 , se sont exprimés de même; tous ont pensé que l’âme est rendue immortelle par la vertu du Saint-Esprit, et non par sa nature , parce qu’elle a été créée : or, si c’étoit une portion de la substance divine, elle seroit immortelle par sa nature même, et seroit incréée.
Saint Méthode, Sympos. Firg., pag.
7 1, dit que la semence humaine contient, pour ainsi dire, une partie divine de la puissance créatrice. Beausobre a supprimé ces mots pour ainsi dire, qui font voir qu’il ne faut jias prendre à la lettre ce passage; il signilie seulement que l’homme a reçu de Dieu le pouvoir de procréer des enfants.
L’auteur des Fausses Clémentines, Ilomil. ir>, n. IG, dit que l’âme jirocédant de Dieu est de même sulistance que lui, quoique les âmes ne soient pas des dieux : c’est-à-dire, que l’âme est esprit comme Dieu ; mais l’auteur ne dit pas qu’elle est une partie de sa substance.
Suivant Laclance , li v. 2 , c. 1 3, « Dieu ,
B ayant formé le corps de l’homme, hti » souffla une âme de la source vivi- B fiante de son esprit qui est immortel... B L’âme par laquelle nous vivons vient B du ciel et de Dieu , au Heu que le corps * vient de la terre, b Si cela prouve que l’âme est une émanation de la nature divine, il faut attribuer celte erreur à Moïse : Lactance ne fait que répéter son expression.
Terlullien est plus obscur : selon sa coutume, en parlant de l’âme il prodigue les métaphores ; si l’on veut tout prendre à la lettre, il n’y a pas d’erreur que l’on ne puisse lui imputer. Lib. de animâ, c. 11, il dit que l’âme n'est pas proprement l’esprit de Dieu , mais le souffle de cet esprit. Il distingue l’esprit ou l’entendement d’avec l’âme; il l’appelle le siège naturel de râme^ ce qu’il y a en elle de principal et de divin , c. 12. « Cet B entendement, dit -il, peut être ob- B scurci, parce qu’il n’est pas Dieu ; mais B il ne peut être éteint ^ parce qu’il vient B de Dieu... Dieu l’a fait sortir de lui par B son propre souffle. » "^di'. Praxeam, c. 5. Il dit que l’animal raisonnable n’a pas seulement été fait par un ouvrier intelligent , mais qu’il a été ani.mé de sa propre substance. Bien n’est plus formel.
Mais il est de l’équité naturelle de juger des sentiments d’un auteur par ses raisonnements plutôt que par ses expressions. Or , Terlullien, dans son livre contre Ilermogènc, qui soulenoil la matière éternelle et incréée, prouve que Dieu est créateur , seul éternel, que tout ce qui existe a été créé de rien ; c’est la conclusion de son ouvrage. Ainsi, parle souffle de l’esprit de Dieu, il entend l’clVet d’un souffle créateur; autrement cet le expression scroi l inintelligible. Dans son livre de animâ, c. 1 , il dit qu’il a traité contre llcrmogène de l’origine de l’âme, de Censu animœ; qu’il a prouvé (|u’ellc n’est point tirée du sein de la matière, mais du souffle de Dieu : puis- (pie ce souffle est créateur, il faut que l’âme ail commencé d’être par création.
C’est aussi ce que prouve Terlullien, c. I. « Puisque nous soutenons, dit-il, B que l’âme vient du souffle de Dieu, B nous devons par conséquent lui altri-
» buer un commencement; aussi ensei- D gnons-uous contre Platon qu’elle est a née et a été faite , parce qu’elle a coma mencé.... Il est permis d’exprimer par » le même terme, être fait, être engen- » dré, recevoir l’être, puisque tout ce » qui a commencé d’être reçoit la nais- » sance ; et l’on peut appeler un ouvrier » le père de ce qu’il a fait. Ainsi , selon a notre foi, qui enseigne que Y âme est a née ou a été faite, l’Ecriture prophéa tique a réfuté le sentiment de Platon. a Or , Platon admettoit les émanations des esprits, parce qu’il rejetoit la création.
Ihid.,cAQ et suiv. Loin de distinguer deux substances , ou deux parties dans l’dme, il réfute cette opinion comme une erreur des philosophes, a Vâme, dit-il, B c. 14, est une et simple, toute entière a en soi, de suo toia est; elle-ne peut pas a plus être composée , que divisible et a destructible, etc. a Après une profession de foi aussi claire, nous ne concevons pas connhent on peut accuser Tertullien d’avoir cru l’dme corporelle, et cependant émanée de la substance de Dieu , et d’avoir distingué l’dme de l’esprit ou de l’entendement. Il a seulement distingué dans l’dme les facultés et les opérations , comme la vie ou la respiration , la puissance de mouvoir ou de sentir, l’intelligence ou l’entendement, et la volonté :
nous faisons encore de même.
Que prouve donc ce qu’il a dit en passant dans le livre contre Praxéas, où il s’agissoit de tout autre chose que de la nature de Vâme? Rien du tout. On peut dire sans erreur que l’homme a été animé par le souffle de Dieu, souflle créateur, émané de la propre substance de Dieu ; mais ce souffle a été la cause cfTiciente de Ydme, et non Y âme ellemême. Cent fois l’on a dit que Yâme est un souffle divin, parce qu’elle en est l’eflct , et non parce que c’est une émanation de la substance de Dieu. Nous lisons dans Job , c. 33 , 4 : « Le souffle
a du Tout-Puissant m’a donné la vie. a Les Pères n’ont rien dit de plus.
Enfin Bcausobre a cité Synésius, qui appelle Y âme de l’homme, la semence de Dieu; une e'tincelle de son esprit, la fille de Dieu, une partie de Dieu : mais
c’est dans des poésies que Synésius s’exprime ainsi, et les métaphores chez les poètes ne sont pas des arguments de métaphysique. Il est absurde de les prendre à la rigueur , pendant que Beausobre ne veut pas que l’on en agisse ainsi à l’égard des hérétiques.
Nous convenons que la question de l’origine de Yâme est très-obscure, surtout lorsqu’on s’en tient aux notions philosophiques : il y a eu sur ce point trois ou quatre opinions différentes chez les anciens. Les uns ont cru la préexistence des âmes, comme Origène, maisilsupposoit que Dieu les a tirées du néant toutes ensemble; les autres ont pensé que Dieu les a créées en détail, à mesure que les corps humains sont engendrés : plusieurs ont imaginé que Yâme d’Adam fut tirée du néant , et que toutes les autres naissent de celle-là par voie de propaption, ex traduce. Quant au système cle l’émanation des âmes hors de la substance de Dieu, c’a été celui des philosophes , et non des docteurs de l’Eglise, qui tous ont admis la création.
Aussi saint Augustin qui, dans sa lettre 143 à Marcellin, et dans sa lettre à Optât, compte quatre opinions touchant l’origine de l’flme, ne fait aucune mention des émanations. Au reste, il est faux que l’une de ces opinions soit plus commode que les autres pour résoudre les difficultés que l’on fait sur l’origine du mal moral. Les critiques protestants ne se sont obstinés à prêter aux Pères de l’Eglise le système des émanations, qui a été celui des philosophes et des anciens hérétiques, que pour avoir la satisfaction de les déprimer, et on diroit qu’ils ont cherdié à faire leur cour aux sociniens. Voyez Emaxation.
Ame du monde. Le système de Pythagore, des stoïciens et d’autres philosophes, étoit que le monde est un grand tout dont Dieu est Yâme, et duquel les dilTérents corps, comme les astres, la terre, la mer, etc., sont les membres; que Dieu est répandu dans toutes ces parties et les anime , comme notre âme vivifie et fait mouvoir toutes les parties de notre corps. Cette opinion supposoil que la matière est éternelle; que Dieu ne l’a
point créée, mais seulement arrangée, et qu’il a ainsi formé son propre corps, qui est le monde. Quelques stoïciens poussoient l’absurdité jusqu’à dire que le monde a une âme, qui s’est faite ellemême et a fait le monde : Habere mentem quœ et se et ii^sum fabricata sit. Cic., Jcad. Quœsi., 1. 2, c. 37. On prétend que c’étoit aussi le sentiment des Egyptiens. Dans celte hypothèse , toutes tes parties de la nature sont animées aussi bien que l’homme et que les brutes ; toutes les âmes particulières sont des portions détachées de la grande âme qui meut le tout ; elles vont s’y réunir , lorsque le corps particulier qu’elles animent vient à se dissoudre. Combien d’erreurs les anciens philosophes ont soutenues, faute d’admettre le dogme de la création !
Les athées modernes et les matérialistes , afin de tourner notre croyance en ridicule, ont dit que, sous le nom de , nous n’entendons rien autre chose que l’dwie du monde, ou l’univers animé ; qu’ainsi nous retombons dans l’erreur des stoïciens; que, comme eux, nous adorons la nature et rien de plus : c’est ce qu’ils appellent le ‘panthéisme.
S’ils vouloient être de bonne foi, ils conviendroient au contraire que la révélation sape cette erreur par le fondement , en nous enseignant que Dieu a créé le monde : le panthéisme est absolument incompatible avec le dogme de la création.
1° Les pythagoriciens et les stoïciens supposent, les uns, l’éternité du monde; les autres, l’éternité de la matière : dans l’hypothèse de la création, rien n’est éternel que Dieu; tous les autres êtres ont commencé, et Dieu les a tirés du nétint par son seul vouloir. Il a dit, et tout a clé fait.
2" Selon la doctrine des stoïciens, Dieu, identifié avec le monde, n’étoit pas libre d’en diriger les mouvements à son gré; il étoil soumis aux lois éternelles et immuables du destin : la providence n’étoit antre chose <iuc la chaîne successive et nécessaire de ces mêmes lois. L’est par là (pie ces [ihilosoplies se flattoient d’ahsouiJrc la providence des
maux de ce monde. Vainement des critiques anciens ou modernes ont cru adoucir la roideur du destin, en disant que Dieu a commandé une fois , qu’ensuite il obéit toujours : semper paret, semel jussit. S’il a commandé librement une fois, il est responsable des conséquences de sa propre loi ; s’il l’a fait nécessairement, c’est plutôt une obéissance qu’un commandement. Suivant la doctrine de nos livres saints , Dieu gouverne le monde aussi librement qu’il l’a créé ; il suspend, quand il veut, l’effet des lois qu’il a lui-même établies ; il pourrait anéantir le monde , sans rien perdre de son être ; et avec un peu de réflexion, il est aisé (le justifier sa providence.
3° Dans l’hypothèse de l’âme du monde.
Dieu n’est point un être simple; nonseulement il est composé d’un corps et d’une âme, mais toutes les âmes des hommes , des animaux , des éléments , ne sont que des parties de la grande âme qui donne la vie au tout. De là il résulte que tous les êtres en mouvement sont autant de dieux particuliers, aussi dignes d’être adorés les uns que les autres. C’est le fondement philosophique de l’idolâtrie. Aussi dans le Traité de Cicéron , de Nat. Deor., 1. 2, le stoïcien Dalbus s’efforce de prouver que chaque partie du monde est Dieu ; qu’elle est animée , douée d’intelligence et de sagesse, adorable par conséquent.
4° De là il s’ensuit que Dieu est corporel , qu’il est le sujet de tous les changements qui surviennent dans la nature, que l’un des membres de Dieu péril lorsqu’un corps se dissout, etc. C’est l’objection que répicurien Velléius fait aux stoïciens, ibid., 1. 1 , et qu’Origène répète contre Celse, 1. 1, n. 20. Vainement Beausobre observe que Pythagore nioit cette conséquence ; qu’il soutenoit que la nature divine est une et indivisible : l’opiniâtreté d’un philosophe à soutenir des contradictions, ne l’excuse point. Aucun de ces inconvénients n’a lieu dans l’hypothèse de la création.
5» Dans celle de Pythagore et des stoïciens, on ne conçoit pas mieux la spiritualité des âmes que celle de Dieu; toutes sont des parties de la grande âme, de
laquelle elles ont été détachées, dont elles sont sorties par émanation , et à laquelle elles doivent se réunir et s’y confondre , comme une goutte d’eau qui retombe dans l’Océan. Les esprits ont-ils donc des parties, etc.? Beausobre emploie inutilement toute son industrie pour sauver encore cette absurdité. Il peut avoir raison de soutenir que ce n’est point là le spinosisme ; mais c’est du moins une erreur qui en approche beaucoup,
6° Les âmes réunies, après la mort du corps , à la grande âme de l’univers, n’ont plus d’existence individuelle et personnelle; elles sont incapables de plaisir et de douleur, de récompense et de punition : supposé le destin, elles sont dans tous les temps privées de la liberté; ce système détruit donc toute morale raisonnée.
Le dogme de la création fait disparoitre toutes ces absurdités. Dieu , pur esprit, est un être simple; il a créé les âmes aussi bj^n que les corps, il les a douées de liberté , et leur a donné des lois; il les punit ou les récompense éternellement , selon leurs mérites.
Vâme du monde est donc une rêverie philosophique qui n’a rien de commun avec la doctrine révélée ; c’est une erreur inévitable, dès que l’on n’admet point la création. Mais le peuple n’a jamais eu connoissance de cette absurdité ; aucun peuple n’a élevé des autels à Vâme du monde. Les païens supposoient autant d'âmes particulières dans l’univers qu’il y a d’êtres qui paraissent animés ; ils adoroient ces intelligences particulières , parce qu’ils les croyaient douées de connoissances et de forces supérieures à celles de l’homme, etilsnommoient ces esprits les immortels. Les patriarches et les Juifs ont adoré le Créateur du monde, et l’ont adoré seul; ils lui ont attribué une providence générale sur tous les êtres, et une providence particulière à l’égard de l’homme ; nous l’adorons comme eux , nous avons la même foi que Dieu a daigné enseigner à notre premier père.
Quelques déistes ont voulu justifier l’opinion des stoïciens : dans ce système, disent-ils, il n’y a qu’un seul Dieu au-
quel se rapportoit tout le culte que les païens rendoientaux différentes parties de la nature ; on a donc tort de les accuser de polythéisme. Fausse réflexion. ,,
En premier lieu , il étoit absurde d'adresser un culte à un être assujetti aux lois suprêmes du destin : lois immuables, auxquelles les bonnes ni les mauvaises actions des hommes ne pouvoient rien changer. Les stoïciens disoient que les dieux d’Epicure étoient absolument nuis; qu’il étoit ridicule de les honorer, puisqu’ils ne se mêloient point des choses d’ici-bas ; mais les épicuriens pouvoient leur rendre le change, en soutenant qu’il étoit ridicule d’adorer des dieux soumis à la fatalité, puisqu’ils ne pouvoient faire de bien ni de mal aux hommes que ce qui étoit déterminé par un immuable destin. Si Dieu n’est pas libre dans les décrets de sa providence , toute religion est superflue.
En second lieu , il n’est pas vrai que le culte rendu aux différentes parties de la nature fût adressé à la grande âme de l’univers. Un païen qui adoroit le soleil et qui le croyoit animé, étoit persuadé que Vâme de cet astre voyoit et connoissoit le culte qu’il lui rendoit , lui en savoitgré, et pouvoit lui faire du bien ou du mal. En général les dieux n’ont été adorés que parce qu’on les supposoit intelligents et puissants, susceptibles d’amitié ou de colère. C’est donc à Vâme ou à l’esprit logé dans le soleil que le culte se terminoit, sans remonter plus haut ni sans aller plus loin. On n’a jamais cru que le soleil ou tel autre dieu attendoit les ordres de la grande âme de l’univers , pour faire du bien ou du mal aux hommes. Il y avoit donc réellement autant de dieux indépendants les uns des autres, qu’il y avoit d’être animés dans la nature. Si ce n’est pas là le polythéisme, comment doit-on nommer cette croyance ?
En troisième lieu , Vâme d’un homme n’étoit pas moins une portion de la grande âme de l’univers , que Vâme du soleil, de la lune, d’un fleuve ou d’une fontaine; on devoit donc lui rendre un culte aussi bien qu’à tous les autres êtres : nous ne voyons pas pourquoi un
hdros , un homme puissant et bienfaisant ne méritoit pas un culte religieux pendant sa vie, aussi bien qu’après sa mort. Ce même système ne tendoit pas à moins qu’à justifier les honneurs divins que les Egyptiens rendoient aux animaux. Il seroit inutile de pousser plus loin le détail des absurdités qui en résultoient. Ce n’est pas sans raison que l’Ecriture sainte condamne avec tant de rigueur \q polythéisme et ^idolâtrie; de quelque côté qu’on les envisage, ils sont inexcusables. Foyez ces deux mots.
Nom. Démonst. évang. de J. Leland , tom. 2, pag. 2S0.
AMEN, mot hébreu, usité dans l’Eglise à la fin de toutes les prières solennelles , dont il est la conclusion; il signifie fiat, ainsi soit-il. Les rêveries des cabalisles sur ce terme ne méritent pas de nous occuper. Le mot amen se trouvoit dans la langue hébraïque, avant qu’il y eût au monde ni cabale ni cabalistes. Deuteronom., c. 27, ÿ. 15.
- La racine du mot amen est le verbe aman, lequel au passif signifie être vrai , fidèle , constant , etc. On en a fait une espèce d’adverbe affirmatif, qui, placé à la fin d’une phrase ou d’une proposition , signifie qu’on y acquiesce , qu’elle est vraie, qu’on en souhaite l’accomplissement, etc. Ainsi dans le passage que nous venons de citer du Deutéronome, Moïse ordonnoit aux lévites de crier à haute voix au peuple : Maudit celui qui taille ou jette en fonte aucune image, etc., elle peu[)lc devoit répondre amen; c’està-dire, oui, qu’il le soit, je le souhaite, j’y consens. Mais au commencement d’une phrase, comme il se trouve dans plusieurs passages du nouveau Testament, il signifie vraiment, vcrilablemenl; quand il est répété deux fois, comme il l’est toujours dans saint Jean, il a l’effet d’un superlatif, conformément au génie de la langue hébraïque et des deux langues dont elle est la mère , la chaldaïque et la syriaque. C’est en ce sens qu’on doit entendre ces paroles : amen, amen, dico vobis. Les évangélistes ont conservé le mol hébreu amen, dans leur grec, excepté saint Luc, qui l’exprime (luclquefois par
«J.-70ÛÎ , vérilablement , OU v«î, certainement.
AMÉRICAINS , AMÉRIQUE. Quelques incrédules avoient soutenu qu’il étoit impossible de concevoir comment l’Amérique s’est peuplée après le déluge ; d’où ils concluoient que ce fléau n’a pas été universel , et qu’il n’a pas submergé celte partie du monde. Mais, depuis les nouvelles découvertes qui ont été faites par les navigateurs , il est démontré que depuis le nord-est de la Tartarie le passage en Amérique n’est ni long ni difficile. La ressemblance que l’on a remarquée entre les habitants de ces deux continents achève de nous convaincre qu’ils ont une origine commune, que les Américains septentrionaux sont venus des extrémités orientales de l’Asie. M. de Guignes , dans son Histoire des Huns , a prouvé qu’au cinquième siècle les Chinois ont commercé avec l’Amérique , et l’on a trouvé des. débris de vaisseaux chinois et japonois sur les côtes de la Californie et de la mer du Sud. Au dixième siècle , les Norwégiens découvrirent l’Amérique septentrionale, et y envoyèrent une colonie qui fut oubliée dans les siècles suivants : ce qui arriva pour lors a pu se faire de même dans les siècles précédents.
L’auteur des Eludes de la Nature, tome 2, p. 621, a rassemblé plusieurs observations qui concourent à prouver que la population de l’Amérique méridionale s’est faite par les îles de la mer du Sud ; que les liabilanls des extrémités méridionales de l’Asie ont pu , d’ile en ile, pénétrer aisément en Amérique. Les Noirs que l’on y a trouvés en petit nombre ne sont donc pas indigènes ; ils y ont été transportés par hasard ou autrement des côtes méridionales de l’.\frique. (N.® VI, p.600.)
La question de la population de l’Amérique n’csl plus une difficulté parmi les savants ; lorsque les incrédules affectent de la renouveler, ils ne font pas honneur à leur érudition.
Ils n’ont pas parlé avec plus de prudence des missions qui ont été faites dans celle partie du monde, et des effets qui en ont résulté. De nos jours on
a peint ces missions sous les couleurs les plus noires ; on a soutenu et l’on a essayé de prouver que le fanatisme ou le zèle aveugle de la religion a été la vraie cause des cruautés que les Espagnols ont exercées sur les Indiens; que douze ou quinze millions ù'Américams ont été égorgés, le crucifix à la main, pour établir le christianisme en Amérique.
Pour réfuter complètement cette calomnie, il suffit d’établir un certain nombre de faits incontestables, et tous avoués par les écrivains mêmes qui Font avancée.
1» U est constant que les premiers Espagnols qui ont découvert VAmérique, et ont commencé à y pénétrer , éloient la lie de leur nation, des aventuriers , des criminels échappés des prisons, des scélérats qui avoient mérité le supplice; ils éloient conduits au delà des mers par la soif de l’or , par l’attrait du brigandage, par l’espoir de l’impunité.
11 est absurde d’attribuer à de pareils hommes un zèle bien ou mal réglé; la plupart n’avoienl pas plus de religion que de mœurs. Quelques moines qui les suivirent en qualité d’aumôniers de vaisseaux, n’étoient, ni assez puissants , ni assez habiles pour réprimer la cruauté de ces malfaiteurs.
2'’ Après avoir exercé leur caractère féroce sur les Américains, les Espagnols ont fini par se faire la guerre, par se déchirer et se dévorer les uns les autres ; ils ont traité les hommes de leur propre nation avec la même barbarie dont ils avoient usé à l’égard des Indiens. Ce n’est donc pas un zèle fanatique de religion qui a été le principe de leurs crimes.
ô" loin d’avoir envie de contribuer à la conversion de ces malheureux peuples, les conquérants ont traversé tant q l’ils ont pu les travaux des missionnaires. Ceux - ci n’avoient pas plutôt rassemblé un certain nombre d’indiens, que les Espagnols venoient les enlever pour les faire travailler aux mines. Ils ont donc tourmenté les Américains, non pour les obliger à se convertir, mais pour les forcer à fouiller les métaux , à découvrir leurs trésors , à fournir de l’or.
4° Le gouvernement d’Espagne a ignoré d’abord ces cruautés; loin de les autoriser par aucun ordre, il avoit recommandé de traiter les Indiens avec douceur; il fut enfin éveillé par les plaintes que Barthélemi de Las Casas , évêque de Chiapa,v1nt porter au nom Aes Américains; l’on envoya des officiers et des magistrats en^menguepourréprimer le brigandage des Espagnols ; mais le mal étoit fait,iln’étoit plus possible de le réparer.
5° Aucun tribunal ecclésiastique n’a justifié , approuvé , ni excusé la conduite des Espagnols. Lorsque le vertueux Las Casas la rendit publique et en informa sa nation, un seul docteur, nommé Sépulveda, payé parles grands qui avoient des possessions en Amérique , osa soutenir que la violence étoit permise contre les Indiens. Son ouvrage fut censuré par les universités de Salamanque et d’Alcala ; le conseil des Indes s’étoit opposé à l’impression , et le roi d’Espagne en fit saisir tous les exemplaires. Il est donc démontré que la soif insatiable de l’or, l’orgueil qui veut tout obtenir par la force , le ressentiment contre les Indiens dont on avoit provoqué la cruauté, l’habitude de répandre le sang, ont été les seules causes des crimes commis en Amérique par les Espagnols , et que le zèle fanatique de religion n’y est entré pour rien. Voyez Histoire d’Amérique, par M. Robertson.
Des voyageurs désintéressés , des militaires , des navigateurs , ont rendu justice dans plusieurs ouvrages aux travaux, à la sagesse, au zèle pur et véritable de ceux qui ont établi les missions (le la Californie, du Paraguay, des Moxes, des Chiquites, du Brésil, du Pérou : les calomnies des protestants et des incrédules , qui les ont copiées , ne feront pas oublier l’éloge qu’en a fait l’auteur de VJSsprit des Lois, l. iv, c. G. Il est fâcheux que la révolution arrivée en Europe, qui a rappelé les missionnaires, ail entraîné la chute de la plupart de CCS établissements aussi honorables à riuunanité qu’à la religion.
Mosbeim, (pioiqne luthérien, «voit parlé des missions faites par les jésuites dans l’intérieur de Y Amérique, avec
une certaine modération ; il avoit môme applaudi au moyen que ces missionnaires employoient pour convertir les Sauvages. Rien, selon lui,n’étoit plus sage que de commencer par les civiliser avant de les instruire , et que d’en faire des hommes avant de vouloir en faire des chrétiens. Il avoit cependant cherché à empoisonner le motif des missionnaires, en disant que ces prétendus apôtres avoient moins pour hut la propagation du christianisme, que le désir de satisfaire leur avarice insatiable et leur ambition démesurée : et il citoit pour preuve les sommes prodigieuses d'or qu’ils tiroient des différentes provinces de Y Amérique. Ilist. ecclés. du dix-septième siècle, sect. 1, § 19. Mais son traducteur , mécontent de cette modération, soutient que Mosheim n’étoit pas assez instruit; que depuis ce temps-là il a été prouvé que les jésuites n’avoient point d’autre dessein que de se former au Paraguay une souveraineté indépendante des cours d’Espagne et de Portugal, de dominer despotiquement sur les Indiens sous prétexte de religion; que ce sont eux qui ont armé les Indiens, et qui les ont engagés à se révolter contre l’échange que ces deux cours avoient fait entre elles d’une partie de ces colonies ; que telle a été l’origine de la disgrâce que les jésuites ont éprouvée en Espagne et en Portugal. Il cite en preuve une relation publiée par la cour de Lisbonne en 1758. Selon lui, Montesquieu, le savant Muratori, et d’autres qui ont fait l’apologie de ces missionnaires, ont trahi la vérité , ou ils étoient mal informés.
Pour rendre croyables les relations publiées contre la conduite des missionnaires, il auroit fallu éclaircir plusieurs doutes qu’elles ont naturellement fait naître ; nous les proposons avec d’autani plus (le confiance , (lue nous en avons puisé la plupart dans l’ouvrage d’un militaire que l’on ne peut pas accuser do prévention , soit en faveur de la religion calholiipic, soit à l’égard des missionnaires et des missions. De l'yiinériquc et des y/mericaivs, par le philosophe laidouceur , IJerlin , 1 771 .
1® Il est difficile de comprendre comment des jésuites allemands avoient le courage de se dévouer aux missions de V Amérique , par l’attrait d’y établir une souveraineté temporelle de laquelle ils ne jouissoient pas, et dont tout l’avantage revenoit à leur ordre ou à leur société en Europe. Car enfin on ne les accuse pas d’avoir eu au Paraguay , ou ailleurs, un train de souverains, d’y avoir étalé le faste, la magnificence , les commodités de la vie, et les plaisirs d’une cour européenne ou asiatique. Ils y étoient pasteurs, catéchistes, pères spirituels et temporels des Indiens; ils supportoient tous les travaux du ministère ecclésiastique; souvent ils s’exposoient à être massacrés par les nouveaux Sauvages qu’ils vouloient apprivoiser. On n’en a vu aucun revenir en Europe , pour y jouir de la récompense que la société devoit accorder par reconnoissance à ceux de ses membres ’qui la rendoient souveraine en Amérique. Les officiers de la compagnie angloise des Indes, après avoir exercé en son nom la souveraineté sur les bords du Gange, se sont empressés de venir dépenser en Angleterre le fruit de leurs concussions ; pas un seul jésuite n’a rapporté en Allemagne , ou ailleurs , la moindre partie des monceaux d’or qu’il avoit amassés en Amérique pour le compte de la société. Ou ces missionnaires étoient conduits par des motifs de religion, ou c’étoient les plus vrais insensés qu’il y eût au monde.
2° Si leur gouvernement étoit absolu, durettyrannique,commentlesSauvages, originairement accoutumés à l’indépendance , conscntoient-ils à le supporter?
Comment ne désertoient-ils pas , comme font les Nègres marrons rebutés de l’esclavage , pour retourner dans les forêts? Les missionnaires n’avoient pas à leurs ordres une armée d’Européens, pour retenir les Indiens sous le joug malgré eux. Si au contraire ce gouvernement étoit doux et paternel, nous ne voyons plus quel crime commcltoicnt les missionnaires, eu tirant les Indiens de l’état sauvage pour leur faire goûter les avantages de la société civile, et en les amc-
nant par ce bienfait au christianisme. 11 n’est défendu nulle part aux prédicateurs de l’Evangile de réunir, quand ils le peuvent , le bien temporel d’un peuple à son salut éternel.
• 5“ Ou ne prouve point le droit qu’avoient les rois d’Espagne et de Portugal d’assujettir à leurs lois des peuplades d'indiens originairement indépendants, de les échanger et d’en disposer comme d’un troupeau de bétail; on ne dit point pourquoi des jésuites allemands étaient obligés en conscience de soumettre à l’un ou à l’autre de ces rois, les Sauvages qu’ils avaient civilisés, et qui n’avoient reçu de Madrid ni de Lisbonne aucun secours, aucun bienfait, aucune marque de protection. La manière dont ces souverains ont traité leurs sujets, dans cette partie du monde, étoit-elle propre à exciter l’ambition de leur appartenir?
En supposant même que ce sont les jésuites qui ont armé les Indiens, et les ont excités à défendre leur liberté , nous ne voyons pas encore en quoi ils se sont rendus coupables de sédition , de révolte, de trahison. Ou il faut accuser de ce crime les peuples des Etats-Unis de r.\mérique, ou il faut en absoudre les Indiens du Paraguay; la cause de ceuxci est même plus favorable, puisque jamais ils n’ont été sujets de l’Espagne ni du Portugal.
4 - Puisque les jésuites , selon l’opinion de leurs accusateurs, ont toujours été aveuglément soumis et dévoués à la cour de Home, nous ignorons pourquoi celles de Lisbonne et de Madrid , mécontentes de ces missionnaires, n’ont pas porté d’abord leurs plaintes au pape, et u’eii ont pas obtenu un ordre positif qui enjoignît à ces derniers de soumettre leurs nouvelles peuplades à la domination de l’un ou de l’autre de ces rois. Ce parti n’eùt-il pas été plus sage que de mettre des armées en campagne , et de dissiper le troupeau en lui ôtant scs pasteurs?
Ou sait que le mémoire publié en 1758 par la cour de Lisbonne, fut l’ouvrage du marquis de Pombal, despote le plus absolu qui fut jamais, et dont la mémoire est aujourd’hui eu exécration.
Cette pièce n’est pas assez respectable