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DE LA THÉRAPEUTIQUE AL XIX‘ SIÈCLE. XXXIII

les choses qui nous entourent, que, dans beaucoup de cas, il suffit d’éloigner ces impressions morbifiques pour faire disparaître une maladie développée sous leur influence. — Un homme est constamment malade dans un appartement exposé au nord ; il le quitte pour habiter au midi, et sa bronchite disparaît : voilà l’effet d’un moyen hygiénique.

De toute antiquité ces moyens ont été appréciés à leur juste valeur et considérés par tous les médecins comme étant de la plus haute importance. Hippocrate, Galien et leurs successeurs les ont toujours placés en première ligne dans le traitement des maladies, et il n’en pouvait être différemment. Ceux qui ont jeté les bases de la science et qui ont institué le principe de la nature médicatrice devaient, par cela même, attendre ses ordres avant d’agir d’une manière active, et placer leurs malades dans les conditions hygiéniques les plus avantageuses. Après avoir vu que la plupart des maladies guérissaient par le repos, le régime et les bains, ces moyens sont devenus la base de leur traitement, et on n’avait recours à d’autres moyens qu’en présence d’une indication formelle. — Nature médicatrice et diététique, — indications et pharmaceutique, tout cela se tient et s’enchaîne dans un ordre logique admirable. En effet, connaissant la marche naturelle heureuse d’une maladie, on ne lui opposait que des moyens hygiéniques ; au contraire, lorsqu’on avait à redouter quelque chose, et quand le travail de la nature avait besoin d’assistance, c’est aux moyens chirurgicaux et pharmaceutiques qu’on s’adressait de préférence. Dans ce cas même, cela va sans dire, les moyens hygiéniques venaient encore prendre place à côté d’eux à titre d’auxiliaire indispensable.

1° De la diététique des maladies aiguës. — La diététique des maladies aiguës proprement dites diffère notablement de la diététique des maladies chroniques. Les préceptes d’hygiène nécessaires et applicables dans un cas ne le sont pas toujours dans l’autre, et il est indispensable de savoir les varier suivant la forme aiguë ou chronique des maladies. A cette question se rattache le régime des malades atteints de maladies aiguës. — C’est encore dans les ouvrages d’Hippocrate que se trouvent les principes les plus complets qui aient jamais été formulés sur celte matière, et ce qui nous reste de lui est certainement ce qu’il y a de plus utile à connaître. Il suffît de lire le Traité du régime datis les maladies aiguës et son Appendice pour apprécier l’importance qu’Hippocrate accordait à l’hygiène dans le traitement des maladies aiguës. Il ne voulait pas qu’on fît aucune thérapeutique active au début des maladies, à cause de V humeur intempérée dont il fallait attendre le mouvement, et il n’agissait qu’à certains jours, considérés par lui comme indicateurs en raison du développement des phénomènes cntiques. C’est en cherchant à deviner la crise qu’il s’appliquait à en diriger l'explosion. Quo natura vergit, eo ducendum. Tout l’esprit de la médecine d’Hippocrate est dans ce précepte.

Après avoir établi en divers endroits que la privation de nourriture est aussi nuisible que son excès, et que la rigueur du médecin ne réussit qu’à compromettre sa réputation et l’avenir des malades, il ajoute : « Si un autre médecin^ ou meme un homme étranger à la médecine^ venant auprès du malade et appreiiant ce qui s’est passé, recommande de hoire et de nmnger ce que lé médecin ordi-

INTRODUCTION

naire aura défendu^ il paraîtra avoir pi^ocuré un soulagement rnanif este. Ce sont surtout ces cas qui, dans le public, font honte aux praticiens] car il semble que le nouveau venu, médecin ou étranger à la médecine, a, pour ainsi dire, ressuscité un mort (1). » Gomme cela est vrai! — Ne dirait-on pas que ces paroles sont écrites d’hier, tant les applications en sont nombreuses? Chaque jour, l’abstinence et une médecine trop active réduisent au marasme des malades qui se raniment et guérissent quelquefois sous l’influence de moyens contraires. C’est là, pour le dire en passant, la raison du succès des homœopathes ou des charlatans, dont le système consiste à simuler l’emploi de drogues mensongères ou à nourrir les malades confiés à leurs soins après avoir été exténués par d’autres médecins.

Voici maintenant quelques aphorismes d’Hippocrate sur ce sujet (2) :

h. Une diète tenue et stricte est dangereuse dans les maladies longues toujours, et, parmi les maladies aiguës, dans celles qui ne s’en accommodent pas. D’un autre côté, la diète, poussée jusqu’à la dernière limite de l’atténuation, est pénible, car les réparations à l’extrême limite sont pénibles.

5. Dans une diète tenue, les malades commettent des écarts, et ils en souffrent davantage ; car tout écart, quel qu’il soit, est proportionnellement plus grand que dans les diètes un peu plus nourrissantes. Aussi, même en état de santé, les diètes très-tenues, réglées et strictes, sont peu sûres, parce qu’on supporte les écarts avec plus de peine. Donc, en général, les diètes tenues et strictes sont moins sûres que les diètes un peu plus nourrissantes.

7. Quand la maladie est très-aiguë, aussitôt elle offre les' souffrances extrêmes, et aussitôt il est urgent de prescrire l’extrême diète ; s’il n’en est pas ainsi, mais qu’il soit loisible d’alimenter plus copieusement, on se relâchera de la sévérité du régime, d’autant plus que la maladie s’éloignera davantage de l’extrémité.

8. Quand la maladie est dans toute sa force, la diète la plus sévère est alors de rigueur.

9. irfaüt examiner le malade pour estimer s’il supportera le régime jusqu’au plus haut période delà maladie, et laquelle des deux alternatives arrivera, ou que le malade s’affaiblisse le premier et ne supporte pas le régime, ou que la maladie cède la première et s’amortisse.

10. Quand donc la maladie arrive tout d’abord à son summum, on prescrira tout d’abord aussi un régime tenu; quand ce moment tarde davantage, il faut, à l’époque du summum, et un peu avant cette époque, retrancher delà nourriture; auparavant, l’alimentation sera plus abondante, afin que le malade puisse résister.

11. Il faut suspendre les aliments pendant les redoublements, car en donner est nuisible : en général, pendant les accès de toutes les affections qui ont des retours périodiques, il faut suspendre les aliments.

(1) Hippocrate, OEuvres, trad. par Littré, t. If, p. 31.

(2) Même ouvrage, trad. par Littré, t. IV.

DE LA thérapeutique AU XIX^ SIÈCLE.

13. Les vieillards supportent le plus aisément le jeûne, puis les hommes faits, et ensuite les jeunes gens; les enfants le supportent le plus difficilement, surtout ceux qui ont le plus de vivacité.

16. Les régimes humides conviennent à tous les fébricitants, surtout aux enfants et à ceux qui sont habitués à un tel genre d’alimentation.

17. Il faut considérer à qui il convient de donner de la nourriture une ou deux fois par jour, en plus grande quantité, en moins grande quantité et par petites portions : on doit accorder quelque chose à l’habitude, à la saison, au pays et à l’âge.

Ce qu’Hippocrate donnait aux malades, dans le cours des maladies aiguës, c’étaient une boisson et une bouillie féculentes désignées sous le nom de ptisane et distinctes de ce qu’on désigne aujourd'hui sous le nom semblable de tisane.

La ptisane était une préparation faite avec de l’orge gonflée dans l'eau, séchée au soleil, battue pour en chasser l’écorce et réduite en farine. On en fabriquait aussi avec du froment, du riz, des lentilles; mais le mot ptisane^ sans épithète, s’appliquait à la ptisane d’orge.

Après avoir fltit bouillir une partie de cette farine avec douze ou quinze parties d’eau, on y ajoutait un peu de vinaigre, d’huile, et de sel. Cette décoction pouvait être plus ou moins épaisse, mais on la faisait prendre d’autant pins claire que la maladie était à sa période la plus élevée. Alors, si les accidents étaient trèsintenses, on supprimait complètement la ptisane pour ne donner que de la pti^ SÆwe/jÆssée au filtre, c’est-à-dire de l’eau d’orge.

On ne donnait de ptisane que deux à trois fois par jour, selon l’habitude antérieure du malade de faire deux ou trois repas, et, dans l’intervalle, de l’eau miellée ou hydromel servait de boisson. Souvent il faisait ajouter quelques gouttes de vinaigre à l’eau miellée, et ce qu’il désignait sous le nom d’oxymel. ,

Tous ces préceptes sont excellents à mettre en pratique aujourd’hui, et, sauf la période la plus grave des maladies aiguës, il est toujours bon de donner aux malades des boissons féculentes, de l’eau panée, des bouillons légers, des gelées de viande, etc. Vient un moment, au commencement de la période de déclin, où ce régime est indispensable, car pour les malades dont le pouls reste fréquent malgré l’amélioration de l’état général et local, c’est le seul moyen de les guérir. En vingt-quatre heures, sous l’influence de l’alimentation, le pouls revient quelquefois à son état naturel, — Soutenir les forces dans le cours des maladies aiguës et nourrir promptement les malades à la convalescence, voilà le principe thérapeutique à l’aide duquel on peut avoir beaucoup de succès et peu de revers.

Les boissons doivent être abondantes, en cas de réaction fébrile, intense, pour atténuer la sécheresse de la peau, faciliter la température cutanée et la sécrétion urinaire. Autrefois, on donnait principalement l’hydromel, c’est-à-dire Teau miellée, de l’oxymel, formé d’eau miellée additionnée de vinaigre, et de Teau d’orge; mais aujourd’hui le nombre des boissons est infiniment plus considérable. — Selon le goût des malades et d’après la nécessité, on fait dissoudre dans Teau différents principes mucilagineux, gommeux, sucrés, doués de qualités nutritives très-réelles.

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INfRODUCÏION.

des principes amers, astringents, aromatiques, calmants, etc., qui remplissent des indications réelles, infiniment utiles.

Il faut donner quelquefois aux malades du vin étendu d’eau, principalement à ceux qui en ont l’habitude et dans toutes les maladies aiguës adynamiques. J’ai vu bien souvent des pneumonies hypostatiques, c’est-à-dire des congestions pulmonaires, disparaître plus vite sous l’influence du bouillon et du vin qu’elles n’eussent fait par les saignées ou d’autres moyens énergiques. C’est là un fait consacré par l’expérience et sur lequel on trouve, dans Hippocrate, différentes considérations qui ne manquent pas d’intérêt.

d Le vin doux cause moins de pesanteur de tête et porte moins au cerveau que le vin fort, et il dispose un peu plus aux évacuations alvines... Il est moins diurétique que le vin blanc fort, mais il facilite davantage l’expectoration. Le vin blanc fort passe plus facilement dans la vessie; étant diurétique et apéritif, il pourra toujours être utile dans les maladies aiguës... Quant aux vins rouges et pailletSj astringents, les maladies aiguës en permettent l’usage dans les circonstances suivantes: s’il n’y a ni pesanteur de tête, ni transport au cerveau, ni arrêt de l’expectoration, ni suppression de l’urine,* et que les selles soient trop fluides, trop abondantes et qu’elles contiennent comme des lavures de chair ; c’est dans ce cas et dans les cas analogues qu’il conviendrait surtout d’abandonner le vin blanc pour celui dont il est ici question. Il faut savoir, au reste, que les vins astringents nuiront d’autant moins à toutes les parties supérieures et aux voies urinaires qu’ils seront plus coupés d’eau, et qu’ils feront d’autant plus de bien à l’intestin qu’ils sont plus purs (1). »

Quelques personnes pensent que les boissons agissent surtout par l’eau qu’elles renferment. Cela n’est pas exact. L’eau a moins d’action que tous les autres breu vages, du moment qu’on en use uniquement, et ce serait un mauvais système que d’en faire emploi sans lui communiquer des propriétés nutritives ou médicamenteuses utiles.

Dansjes maladies chroniques, les boissons sont moins nécessaires que dans les maladies aiguës. Alors, comme l’a déjà signalé Hippocrate, on n’a qu’à se louer de l’usage du lait, et surtout du petit-lait.

Les malades doivent être placés dans un local assez vaste pour jouir d’un air pur suffisamment renouvelé, sans être exposés à une ventilation directe ou indirecte dangereuse. Cependant il vaudrait encore mieux subir ce dernier inconvénient que celui d’un séjour dans une chambre trop rétrécie. L’absence d’air, l’atmosphère viciée par la respiration humaine etqiar des miasmes, senties causes les plus certaines de la terminaison fâcheuse des maladies. Si la mortalité des hôpitaux et des camps est plus grande que celle des villes, si celle de la ville est plus grande que celle des campagnes, cela tient uniquement à l’influence de l’insalubrité de l’air et à son altération par des miasmes, qui ajoutent beaucoup à la fréquence et à la gravité des maladies. Les appartements des malades, comme les salles d’un hôpital, doivent être vastes, percés de nombreuses ouvertures et garnis d’appareils de chauffage et de ventilation suffisants pour y entretenir la tempérant) Hippocrate, OEuvres, t. II, p. 337.

DE LA THERAPELTIQLE AL XIX* SIÈCLE, ture et la pureté convenables. En été, des moyens d’abri doivent être préparés pour empecber la chaleur de devenir incommode, et on peut arroser le sol pour répandre de la fraîcheur dans l’atmosphère.

Le lit est une chose importante pour le malade, mais, à part des circonstances particulières, notre lit habituel doit suffire. Dans certains cas, pour les blessés qu’on ne peut remuer facilement, pour les malades affaiblis qui ont des évacuations fréquentes ou des eschares sur les parties saillantes, il est utile d’avoir un lit mécanique dont le plan supérieur, formé de sangles écartées attachées à un châssis, repose sur le drap, peut s’élever par un mécanisme facile, de manière à soulever le malade et à passer au-dessous de lui les linges ou les vases nécessaires.

Les malades atteints de maladies aiguës n’ont guère besoin de mouvement et d'exercice^ mais, cependant, s’ils ont l’envie de se lever un instant, il faut les y encourager. Tant que les forces le permettent, il n’y a pas d’inconvénient. Sydenham le recommandait d’une manière spéciale pour le traitement de la variole, mais ses conseils n’ont pas été suivis. Dans les maladies adynamiques, on ne peut lever les malades, mais il faut les changer souvent de place et les placer tantôt sur un côté, tantôt sur l’autre. C’est le moyen d’éviter les congestions passives. Chez les enfants, il n’est aucune maladie qui empêche de les sortir du lit pour les prendre dans les bras et pour les promener dans la chambre, en les tenant bien enveloppés. Dans les maladies chroniques fébriles, on peut permettre la promenade en voiture, en litière ou à pied, selon la mesure des forces. Il est toujours nuir sible de condamner ces malades au repos.

Le sommeil des maladies aiguës est une chose tellement rare, et par conséquent si précieuse, qu’il faut le respecter avec scrupule. Il n’y a pas à l’interrompre sous aucun prétexte, pas même pour faire prendre les remèdes opposés à la maladie; à moins que, par sa durée, il n’offre un caractère inquiétant et ne soit rindication de recourir à des moyens particuliers. Dans ce cas, ce n’est plus du sommeil, c’est un état comateux qui doit être interrompu par des moyens stimulants révulsifs.

La liberté du ventre doit être entretenue avec le plus grand soin dans toute la durée des maladies, et, s’il y a de la constipation, il faut recourir à l’emploi de lavements émollients ou purgatifs.

On s’effraye quelquefois à tort des soins de propreté kàowmv aux malades. H ne devrait cependant exister aucune crainte à cet égard. La barbe, les cheveux, la bouche, les mains, doivent être entretenus chez un malade comme chez une personne en bonne santé, à moins que l’affaiblissement des forces ne s’y oppose, et que les malades s’y refusent. Mais, c’est une permission qu’on peut accorder à qui la demande. Il en est de même du linge de corps, qu’il ne faut pas laisser trop longtemps sur les malades, et qu’on peut changer avec précaution en ayant soin de le chauffer et de le pétrir sous les mains pour en faire disparaître la dureté. Un malade affecté de fièvre éruptive et un malade qui transpire peuvent ainsi changer de linge sans inconvénient, lorsqu’on s’y prend de façon à éviter l’impression du froid. — Les bains ne doivent pas être défendus, au contraire, chez les personnes qui en ont l’habitude ; ce moyen affaiblit la fièvre et pousse la maladie vers une terminaison favorable. Tous ceux qui ont la force de les supporter s’en Irouvenl bien.

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INTRODUCTION

Les malades doivent enfin être maintenus à l’abri des impressions désagréables ou douloureuses qui agissent profondément sur les sens. Autour d’eux, point de bruit, point de vive lumière, point d’odeurs fortes de nature à agir sympathiquement sur le cerveau. Point de longues conversations, de préoccupations d’affaires ni de travail intellectuel susceptible de fatiguer la pensée; aucune forte émotion de naturel bouleverser la sensibilité, sous peine de voir se produire un redoublement fébrile, l’aggravation des symptômes locaux et peut-être la mort.

En abordant un malade, le médecin, toujours plein d’affabilité, doit déterminer avec exactitude l’étendue des désordres locaux, sans négliger d’approfondir les troubles de l’état général et moral. La bienveillance et la bonté ne lui sont pas moins nécessaires que la science. Il doit écouter les malades avec attention, afin de pouvoir profiter de tous leurs renseignements, et, lors même qu’il y a dans ces commémoratifs des choses évidemment erronées, son devoir est de discuter sérieusement, avec patience et sans raillerie.

Une fois l’examen terminé et le diagnostic établi, le médecin doit annoncer, en termes un peu vagues, la nature du mal dont il a reconnu l’existence, afin de ne pas impressionner le malade d’une manière fâcheuse. Cette précaution est indispensable lorsqu’on a affaire à une de ces maladies graves dont le danger est bien connu des gens du monde et dont le nom est un effroi pour la société. Le choléra, la fièvre typhoïde, etc., sont des affections dont le nom ne doit jamais être prononcé devant ceux qui en sont pris. On ne doit cette confidence qu’aux plus proches parents, et encore lorsqu’ils sont en état de l’entendre.

Sans déguiser complètement la vérité sur l’issue probable des maladies, le médecin ne doit jamais attrister un malade par l’expression trop peu mesurée d’un pronostic défavorable. — Ceux mêmes qui sollicitent le plus pour savoir la vérité se trompent souvent eux-mêmes sur leur force d’âme et s’irritent de ce qu’on leur a dit. Ou ils n’y croient pas, et le médecin perd leur confiance, ou ils sont moralement anéantis, parce qu’on le leur a fait connaître. Dans l’un et l’autre cas, cet excès ^de franchise est nuisible. Il y a peu d’hommes capables d’entendre les vérités de cette espèce. Cependant il y a des circonstances dans lesquelles on ne peut se dispenser de répondre ; c’est lorsque celui qui interroge veut connaître la gravité de son état pour accomplir des devoirs religieux ou certaines dispositions temporelles. Alors, ma réponse au malade est invariable ; « Oui, votre état est grave et » toute espérance n’est pas perdue; mais, à votre place, et bien qu’il n’y ait pas » lieu de craindre pour votre vie, je ferais ce qu’un homme sage et un chrétien » doivent faire de sang-froid, en parfaite santé et sans y être contraint par la mala- » die; je réglerais ma fortune et ma conscience selon mes affections et d’après nia » foi. Ce sont des choses qu’il faut faire souvent, dans la crainte d’être surpris par » la morti »

De cette façon, le médecin forcé de répondre au malade lui laisse entrevoir le danger qu’il y a de retarder ce dont il parle, sans l’accabler d’une condamnation anticipée qu’un ministre de la religion a seul mission de faire connaître.

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