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DE IA THÉRAPEUTIQUE AU XIX^ SIÈCLE

accuser le gouvernement provisoire de vouloir se débarrasser de ceux qu’il ne voulait pas avoir à nourrir ; des menaces de vengeance se firent entendre et arrivèrent jusqu’à la mairie.Elle était alors dirigée par deux confrères, MM. Dnjardin- Beauraetz et Des Étangs, qui me donnèrent mission d’étudier ces accidents, pour en faire connaître les causes dans un rapport à M. le préfet de police. C’est ce que Je fis aussitôt ; mais je revins pour observer la suite des événements et prendre des notes précises sur les faits que j’avais signalés.

Je ne vis les malades qu’au troisième jour, lorsque cent quinze d’entre elles avaient déjà été affectées. Plusieurs avaient eu peu de chose. Au moment de ma visite, quelques-unes avaient repris l’usage des sens et ne ressentaient plus rien de leur attaque. Quinze étaient encore à peu près sans connaissance, étendues sur le gazon, au milieu d’une foule immense que ce spectacle avait profondément émue et passionnée. Toutes avaient le visage naturel; quelques-unes étaient roides, immobiles, les yeux fermés, avec rigidité des membres, insensibles au bruit, aux odeurs, à la piqûre d’une épingle et le pouls très-ralenti. D’autres avaient des soubresauts du tronc, des secousses musculaires dans les membres, le même ralentissement du pouls et la même insensibilité des organes des sens. Je n’en ai pas vu qui eussent de vraies convulsions, ni les spasmes cyniques de certains cas d’hystérie ; aucune n’eut de pleurs ni de suffocations véritables. Et quand-, après avoir repris leurs sens, elles purent me raconter leurs sensations, elles me dirent qu’elles avaient été prises d’étouffement avec fourmillements des membres, de vertiges avec besoin d’air, crainte d’une mort prochaine, et alors qu’elles étaient tombées sans connaissance dans l’état convulsif que je viens de décrire.

Quelques-unes de ces femmes étaient antérieurement sujettes à des pertes de connaissance ou à des attaques d’hystérie, mais il y en eut un grand nombre, et j’ai le regret de n’avoir pu les compter, qui furent prises pour la première fois de ces accidents nerveux.

. Ne trouvant rien dans le manège qui pût expliquer des accidents ; aucune mauvaise odeur, pas de chaleur excessive, le sol étant fréquemment arrosé ; pas d’insuffisance d’air, puisqu’il y avait 12 mètres d’air par personne en plein jour ; pas d’accumulation d’acide carbonique, puisqu’une allumette brûlait à peu de distance de la terre, je pensai :

1° Que les accidents nerveux observés sur les ouvrières du manège Hope étaient des syncopes convulsives, probablement de nature hystérique ;

2“ Qu’ils étaient le résultat d’une contagion nerveuse due à l’imitation;

3“ Qu’il fallait renvoyer les ouvrières malades pour empêcher la propagation du mal à d’autres personnes ;

4“ Qu’il fallait faire ventiler le manège au moyen d’ouvertures pratiquées dans le has de la muraille.

Ces conclusions furent adoptées, et la peur du renvoi de l’atelier, l’ahsence de tout principe contagieux hystérique, ou la ventilation plus complète, firent immédiatement cesser la manifestation des syncopes convulsives.

Des faits du même genre se sont produits, en 1861, à l’église de Montmartre, le jour de la première communion, et les syncopes convulsives contractées ainsi sous l’influence d’une émotion morale ont été, pour une enfant, le point de

JNRODUCTION.

départ d’une épilepsie fort grave. Ce récit a son importance, comme on va en juger.

Le 9 juin 1861 , les enfants de la paroisse de Montmartre étaient rassemblés pour la retraite de la première communion, qui devait avoir lieu le jeudi suivant, 13 du même mois. Il y avait dans l’église cent cinquante garçons et à peu près cent cinquante filles, ce qui pouvait faire cinq cents personnes avec les assistants.

Dès le premier jour, le sanctuaire n’étant pas encombré et nul exercice de piété n’ayant encore surexcité l’imagination des enfants, trois filles furent prises de perte de connaissance et de mouvements convulsifs généraux qui durèrent quelques instants. C’était une syncope convulsive. Il en fut de même aux offices du lendemain, 10, le matin et le soir. Le jour d’après, 11, les mêmes accidents se reproduisirent sur trois ou quatre autres jeunes filles; le mercredi 12, les convulsions apparurent encore sur quelques jeunes filles. Les ecclésiastiques, craignant alors de trop exalter l’imagination de ces enfants, prièrent le prédicateur, jusquelà toujours réservé, de ne pas se laisser aller à aucun entraînement de paroles capables d’exciter la terreur; il n’y eut là, par conséquent, aucune de ces intimidations morales auxquelles on a l’habitude de se livrer pour inspirer l’horreur du vice en montrant les vengeances du ciel prêtes à punir le pécheur. Malgré ces précautions, le 13; jour de la première communion, au milieu d’une assistance nombreuse, évaluée à trois mille personnes, par une chaleur excessive, bien que toutes les fenêtres fussent ouvertes, douze ou treize jeunes filles furent saisies de convulsions avec perte de connaissance ; on fut obligé de les emporter hors de l’église. Prises çà et là dans l’assemblée sans se voir les unes les autres, elles poussaient un cri, tombaient en syncope, et se tordaient sur le sol. Chez quelques enfants, l’attaque dura peu ; mais il en est d’autres chez lesquelles la perte de connaissance dura une heure et demie, avec les apparences les plus graves.

Aux offices du soir, une vingtaine d’enfants présentèrent les mêmes sytnptômes que le matin, et qui durèrent de quelques minutes à une heure. On remarqua aussi que plusieurs de ces enfants en étaient affectées pour la deuxième ou troisième fois.

On amena à l’hôpital Sainte-Eugénie une de ces enfants, et dans mes salles j’ai pu l’observer avec soin.

Elle était prise, trois ou quatre fois par jour, de céphalalgie, de vertige, de strabisme, suivis de syncope convulsive. Elle tombait n’importe où elle se trouvait, en se frappant avec violence sur le sol et en se faisant de très-fortes contusions. Le visage était rouge, la bouche tordue, écumeuse; il y avait du strabisme, et quelquefois l’enfant se mordait profondément la langue. Elle se débattait avec violence et se roulait comme une possédée, sans connaissance, insensible au bruit et à la douleur ; ses membres roidis se dressaient et s’abaissaient avec violence, puis au bout de dix minutes les accidents se calmaient pour reparaître avec la même force ou cesser définitivement.

Alors l’enfant revenait un peu à elle, restait abasourdie, étonnée et comme endormie pendant une heure. Les yeux troublés ne voyaient que du feu, et, à la fin de chaque attaque, elle disait voir quelque temps devant elle un grand crucifix rouge. Il ne lui restait qu’un peu d’insensibilité aux avant-bras et aux mains. A

DE LA THÉRAPEUTIQUE AU XIX^ SIÈCLE, l’exception de ces accidents, elle mangeait bien et paraissait en très-bonne santé.

Ces attaques convulsives épileptiformes ont duré près de deux mois et ont été guéries par des lavements de chloroforme administrés trois fois par jour.

On pourrait multiplier indéfiniment les exemples de névroses dues à l’imitation. Cela serait inutile ; mais disons, pour compléter, qu’il est aussi un grand nombre de phénomènes organiques normaux qui sont sous l’influence de l’imagination.

Beaucoup de gens ne peuvent voir quelqu’un vomir devant eux sans avoir des nausées ou sans vomir; c’est ce qui arrive fréquemment à l’occasion du mal de mer, dans les traversées pénibles. — La toux de coqueluche est, comme sa cause, contagieuse au même degré, et j’ai vu plusieurs fois, dans mes salles de l’hôpital des Enfants malades, des enfants atteints de coqueluche tousser en même temps, dès que l’un d’eux avait donné le signal. Ce n’est cependant pas là une imitation vaniteuse, semblable à celle qui engendre un certain nombre de névroses mentales. — On ne peut ^ oh' bâiller quelqu’un sans bâiller soi-même. •— Le rire amène le rire, et on a vu le hoquet se reproduire par contagion.

Ainsi, en 1698, à la Nouvelle-France, dans l’hôpital de Villamané, une fille entrée avec le hoquet et les convulsions transmit son mal, au bout de trois autres jours, à quatre filles affectées de maladies différentes.

Des cris, des miaulements, se transmettent-enfin de la même manière. On en verra la preuve dans le récit suivant, dû à M. Nicolle.

e. C’était une communauté très-nombreuse de filles, lesquelles se trouvaient saisies, tous les jours, à la même heure, d’un accès de vapeurs, le plus singulier et pour sa nature et pour son universalité, car tout le couvent y tombait à la fois ; on y entendait un miaulement général par toute la maison, qui durait pendant plusieurs heures, au grand scandale de la religion et du voisinage, qui entendait miauler toutes ces filles. On ne trouva pas de meilleur moyen, plus prompt, ni plus efficace, pour arrêter ces imaginations blessées, qu’en les frappant d’une impression qui les retînt toutes, et toutes à la fois. Ce fut de leur faire signifier, par ordre des magistrats, qu’il y aurait à la porte du couvent une compagnie de soldats qui, au premier miaulement, entreraient dans le couvent, et que sur-le-champ ces soldats fouetteraient chaque fille qui aurait miaulé.

J) Il n’en fallut pas davantage pour faire cesser cette ridicule scène, car l’imagination de ces religieuses, frappée par la honte qu’elles auraient d’être fouettées par des soldats, les réduisit au parfait silence. »

Des faits d’imitation donnant lieu à de véritables névroses s’observent même chez les animaux, ce qui est démontré par la contagion du tic de la mangeoire chez le cheval, et àoY avortement chez les vaches. Ainsi, qu’un cheval prenne l’habitude de serrer convulsivement sa mangeoire avec les dents, et d’avoir des éructations, et d’autres bêtes voisines prendront le même tic.

Il en est de même du tic de tours, lorsqu’un cheval, habitué à remuer sa tête comme l’ours blanc, transmet sa mauvaise habitude à d’autres. — On sait, enfin, que dans une étable où plusieurs vaches sont pleines, celle qui avorte provoque quelquefois l’avortement sur toutes les autres placées dans le voisinage.

(1) Naturalisme des convulsions . Soleure, 1733, t. II, p. 30. Extrait de Tissot, t. III, p. 288.

INTUODUCTION.

Au reste, si l’imitation est quelquefois l’origine de certaines maladies et l’un des moyens de leur propagation, comme on le voit dans les épidémies de névroses convulsives et mentales, elle peut aussi être l’instrument de leur guérison, et c’est en cela qu’elle intéresse la thérapeutique.

§ 3. De rimitation dans la guérison des maladies.

C’est par l’imitation qu’on se guérit dans certains pèlerinages ; et sans contester la réalité des cures de l’épilepsie obtenues à Tain, dans la Drôme, au moyen du Galium album cueilli la nuit de la pleine lune de mai, il y a des cas où la guérison est le fait de l’imagination frappée par le récit de guérisons miraculeuses, et de l’imitation qui dispose à la répétition du même phénomène. Ces mots, où guérito/^? accueillis avec enthousiasme par les malades, sont souvent pour eux un instrument de salut, et dans les névroses que propage l’imitation, c’est aussi l’imitation de la guérison qui peut faire cesser le mal.

D’après cet exposé le médecin doit comprendre tout le parti que la thérapeutique peut tirer des influences morales dont il dispose et qu’il peut faire naître â volonté pour le soulagement et pour la guérison des malades.

Par la foi que le médecin saura inspirer au malade dans le jugement favorable qu’il porte sur l’issue d’une maladie, par la confiance qu’il fera naître dans un remède, fût-il même insignifiant, comme certaines eaux minérales, certains pèlerinages profanes ou sacrés, certaines pratiques de mysticisme ; par son caractère doux et ferme, par l’honnêté de ses mœurs et de sa vie, par la dignité de son langage et de sa personne, par son dévouement, par sa générosité enfin, il acquerra une autorité dont l’effet moral est immense et dont l’influence sur certains phénomènes organiques est incontestable.

C’est par l’effet moral d’un remède très-vanté, d’une eau en vogue, d’une relique respectée, d’un pèlerinage très-suivi, d’une foi sincère quelle qu’en soit la nature, de la réputation d’un lieu ou d’un homme extraordinaire, ou par l’effet d’une joie imprévue, d’un succès inespéré, d’une fortune qu’on n’attendait pas et d’une tranquillité d’esprit depuis longtemps perdue, que des maladies graves, organiques ou nerveuses, ont pu s’améliorer et guérir. Connaître ces ressources et les utiliser, voilà la plus grande partie de la médecine, et avec l’hygiène elles contribuent autant que la pharmacie à faire un bon médecin.

DE L’INFLUENCE DES MOYENS HYGIÉNIQUES OU DIÉTÉTIQUES DANS LA GUÉRISON DES MALADIES.

Ce qui conserve la santé peut la rétablir, et l’observance rigoureuse des préceptes de l’hygiène, déjà si utile à l’homme bien portant, l’est encore bien davantage lorsqu’il vient à être frappé par la maladie. 11 y a tant d’exemples de personnes malades par leur faute et à la suite d’écarts de régime, de veilles, d’excès de travail, d’abus de forces en tout genre, ou d’impressions morbifiques produites par

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