‹ Dictionnaire de thérapeutique médicale et chirurgicaleChapitre 20 sur 731 · DE LA ÏHÉRAPEUTIQÜE AU XIX*^ SIÈCLE · texte numérisé non relu

DE LA ÏHÉRAPEUTIQÜE AU XIX*^ SIÈCLE

Les impressions morales, l’incilalion, le vertige, les lésions du cerveau, du poumon, de Futérus, du péritoine, etc., ont une telle action réflexe sur ce viscère, que sous leur influence des vomissements se produisent avec une grande facilité. A't-on besoin de faire vomir, rien n’est plus facile : le chatouillement de la luette détermine aussitôt des contractions réflexes vomitives, ou bien l’on fait prendre une substance spéciale, comme l’ipécacuanha et le tartre stibié, qui ont, entre autres propriétés, celles de produire l’impression qui sollicite des efforts de vomissement. L’action des vomitifs est assurément l’une des plus curieuses, quant à la spécialité d’action du remède, et au sensitisme qu’elle met en jeu. En effet, le vomissement ne vient pas seulement de l’estomac qui l’exécute, il vient du cerveau qui l’ordonne, et, à ce titre, je ferai remarquer que l’action d’un vomitif n’est pas exclusivement locale, et qu’il faut absolument tenir compte de l’impression produite par lui sur les centres nerveux. Le vomissement n’est pas une simple évacuation mécanique de Festomac, c’est un acte plus complexe, dans lequel il y a, au-dessus de ce qu’on voit, des effets d’une haute importance, qui méritent d’être appréciés et qui constituent la médication vomitive.

Des malaises, du frisson, de l’anxiété épigastrique et des nausées indiquent le commencement de Faction; la sécrétion gastrique s’effectue, puis arrivent les contractions du diaphragme et du ventre, qui expulsent les matières renfermées dans Festomac. A ce vomissement succède presque toujours un petit mouvement de sueur et un sentiment de bien-être fort agréable.

La médication vomitive est indiquée dans un but mécanique contre les empoisonnements et les indigestions, pour chasser de Festomac les matières toxiques et nuisibles qui s’y trouvent.

Dans les embarras gastriques, au début des fièvres typhoïdes, elle arrête trèssouvent une maladie fort grave. On doit l’employer dans les fièvres intermittentes, dans les angines tonsillaires, dans la coqueluche, dans le croup, dans les maladies aiguës ou chroniques des bronches, et dans toute maladie où il existe ce qu’on appelle Y état sahurral.

Les moyens que la médication vomitive met en usage, sont : la titillation de la luette; l’émétique ou lartrate de potasse et d’antimoine; le kermès; Fipécacuanha; le sulfate de cuivre; le sulfate de zinc; l’ellébore noir et blanc, etc., etc..

La plupart de ces moyens s’administrent à l’intérieur, dans Festomac; mais la preuve que le vomissement est dû, moins à leur action irritante sur la muqueuse gastrique qu’à leur impression sur les centres nerveux, c’est que plusieurs d’entre d’eux, mis sur la peau dépouillée d’épiderme ou injectés dans les veines, produisent le vomissement. C’est une expérience qu’il est facile de faire avec le tartre stibié.

Contre-indications. — La médication vomitive ne convient pas dans les maladies du cerveau, dans les maladies organiques de l’intestin, et lorsqu’il existe une hernie que les efforts de vomissement pourraient étrangler, un anévrysme qu’ils pourraient rompre, ou une grossesse qui pourrait se détruire.

B. Médication purgative. — Les évacuants, dont la propriété est de provoquer l’expulsion des matières intestinales, sont des purgatifs. — La médication qui les emploie est des plus utiles, et son action réflexe se traduit par des effets méca-

INTllOJDUCTIOK.

niques secondaires de la plus haute importance. Elle stimule plus ou moins énergiquement l’irritabilité de la muqueuse, augmente la rapidité des contractions péristaltiques et active la sécrétion des glandes dePeyeret deBrunner, de manière à enlever une quantité plus ou moins considérable de sérum à la masse du sang.

A ce titre elle agit comme révulsive et comme antiphlogistique. Si l’on joint à cela l’immense avantage qu’elle a d’entraîner des fragments alimentaires nuisibles, des calculs biliaires, des matières muqueuses épaisses, des concrétions stercorales ou des entozoaires qui troublent les «fonctions de l’intestin, on verra que l’évacuation purgative rend d’incontestables services.

La médication purgative provoque un peu de malaise, de la faiblesse, du refroidissement, la petitesse et l’irrégularité du pouls, quelquefois des vomissements, des coliques, des borborygmes, et enfin une diarrhée dont l’abondance et les caractères physiques sont en rapport avec la nature du purgatif, sa dose et la nature de la maladie.

Les purgatifs sont rangés, d’après leurs effets, en trois classes : 1° ceux qui purgent doucement, de manière à évacuer les matières stercorales ; ce sont les laxatifs; T ceux qui purgent plus fortement et font en outre rendre des matières bilieuses : on les désigne sous le nom de minoratifs ou cathartiques; et 3° enfin \e.?> drastiques^ ceux dont l’action est très-énergique et rend très-malade, qui agissent surtout sur le gros intestin et font rendre à la fois de la bile, du mucus, des glaires, et tout ce qui se trouve dans l’intestin grêle.

hes, 23iirgatifs ordinaires sont la manne, le miel, les huiles d’olive, d’amande douce, de ricin, la casse, le tamarin, etc.

Parmi les cathartiques se trouvent les purgatifs salins, le tartre stibié en lavage (5 centigrammes pour 1 litre'’d’eau), le sulfate de soude^ la crème de tartre, le sulfate de magnésie, les eaux minérales purgatives de Sedlitz, de Pullna, de Cransac, etc., la magnésie calcinée, le calomel, la rhubarbe, le séné, etc., etc.

Les drastiques comprennent le nerprun, l’aloès, qui agit surtout sur le gros intestin, et qui forme la base de toutes les pilules purgatives dont la formule est tenue secrète, le jalap, la gomme-gutte, la scammonée, la coloquinte, le colchique, l’huile de croton tigliiim, l’huile d’épurge, etc.

Tous ces agents de la médication évacuante s’administrent généralement par la bouche; mais dans quelques circonstances,, lorsqu’une purgation doit beaucoup fatiguer les malades, on peut essayer de la remplacer par des lavements purgatifs, avec le sel gris, le séné, etc. Ce moyen ne remplace l’autre que pour évacuer l’intestin, car il est évident qu’il ne saurait avoir sur l’économie l’action d’une énergique purgation.

La médication purgative est très-usitée; trop peut-être, car on l’emploie sans discernement et souvent sans aucune nécessité. C’est un tort. Elle ne doit être conseillée que d’après une indication précise, dans la constipation, dans les embarras gastriques et intestinaux, dans les obstacles au cours des matières situés dans l’intérieur des intestins; dans les cas d’entozoaires, dans la fièvre typhoïde, dans lesbydropisies à titre de moyen révulsif, dans les maladies de la peau, etc., etc.

I)]i LA THÉRAPEÜTlOtJE AU XlX^ SIECLE. LV

8“ Médication astringente.

La médication astringente a pour but de resserrer et de raffermir les tissus relâchés ou affaiblis de certains organes.

La médication astringente se rapproche un peu de la médication tonique par ses effets secondaires et indirects, mais les impressions qu’elle fait naître sont suivies d’une réaction différente. Ici, l’action est momentanée, passagère, appréciable et caractérisée par le resserrement du calibre des vaisseaux, la diminution des sécrétions et la dureté plus grande de la fibre vivante. On ne peut rien déterminer de semblable dans l’action des toniques.

Beaucoup d’astringents agissent d’une manière chimique par les acides et le tannin qu’ils renferment, mais il faut que cette action soit bien faible pour ne pas empêcher la réaction vitale de se produire, et pour ne pas déterminer la crispation et la destruction des tissus.

Certains flux de la peau ou de la muqueuse digestive, les écoulements muqueux, quelques hémorrhagies, tiennent à la faiblesse de la constitution et à la mollesse ou laxité des tissus. C’est alors que les astringents administrés à l’extérieur ou à l’intérieur, concurremment avec les toniques, sont infiniment utiles au soulagement et à la guérison des malades.

Les astringents les plus en usage sont ; l’eau froide et la glace, les fruits acides et ceux qui contiennent du tannin, tels que citrons, groseilles, coings, sorbes, nèfles, etc.; les acides minéraux étendus, l’eau de Rabel, la limonade hydrochlorique, citrique, etc.; le perchlorure de fer, l’alun, le sulfate de fer, le sulfate de cuivre et le sulfate de zinc ; l’acétate de plomb, le borax, l’eau de chaux, le tannin, le cachou, la monésia, la ratanhia, le sang-dragon, l’écorce de chêne, l’écorce de grenade, les roses rouges, la bistorte, la tormentille, la consoude, la noix de galle, l’eau distillée de pin gemme, etc., etc.

De la médication astringente relève la médication hémostatique^ destinée à combattre les hémorrhagies actives et passives par d’autres moyens que ceux qui dépendent de la chirurgie. Elle emploie les résines pulvérisées, la poudre d’alun, le nitrate d’argent, les acides concentrés, mais surtout le perchlorure de fer à l’extérieur ou à l’intérieur.

9“ Médication antispasmodique.

A côté de la médication hypnotique et sédative troublant les fonctions du système nerveux de manière à apaiser la douleur, à paralyser les muscles ou à détruire la raison, il y a une médication destinée à guérir l’état nerveux ou spasme qui accompagné un grand nombre de maladies, c’est la médication antispasmodique.

En employant cette médication le médecin a pour but de produire, au moyen dés remèdes, une impression intérieure susceptible de contre -balancer l’éréthismCj l’agitation, le spasme et les différents désordres nerveux ou idiopathiques;

LVI INTRODUCTION

Les moyens qu’ elle emploie ne produisent point le sommeil et calment rarement la douleur, car ils n’ont pas de vertu narcotique ni d’effet bien constant chez tous les individus. Leur impression sur le système nerveux est cependant incontestable, car ils en apaisent souvent les désordres. Rapide et passagère, cette action est variable, d’autant plus énergique que les personnes sont plus irritables et plus faibles à la fois. On a besoin de chercher pour savoir quel est l’antispasmodique dont il faut se servir, et à quelle dose il convient de l’administrer. Ainsi l’éther et la valériane, qui impressionnent très-agréablement une personne, produisent ailleurs une vive excitation et des vomissements. Il en est de même des autres antispasmodiques, et c’est à ce point, que leur vertu sédative a été souvent contestée, non sans une apparence de raison.

La médication antispasmodique doit être mise en usage dans la plupart des névroses et des névralgies. Elle produit d’excellents effets dans l’hystérie et dans les névroses bizarres qu’elle traîne à sa suite ; dans l’hypochondrie, dans le nervosisme (1); dans la migraine, dans les convulsions idiopathiques, dans l’épilepsie, dans la chorée, dans les spasmes, tels que le hoquet, la toux nerveuse, l’œsophagisme, etc., etc. Quelquefois certaines maladies aiguës graves ont, à titre de complication, des spasmes, des convulsions ou du délire sympathique, qu’il faut traiter isolément, et, dans cette circonstance encore, la médication antispasmodique doit être employée. C’est ainsi qu’on traite quelquefois le délire aigu de la pneumonie par du musc à haute dose, ou l’éclampsie puerpérale par l’asa fœtida, la valériane, etc.

Les principaux médicaments antispasmodiques sont : les fleurs de tilleul, les fleurs et les feuilles d’oranger, l’éther sulfurique, nitrique ou acétique, le chloroforme, l’oxyde de zinc, le cyanate et le valérianate de zinc, le camphre et l’eau sédative, la valériane, le valérianate d’ammoniaque, le musc, le castoréum, l’ambre gris, le succin, l’asa fœtida, la gomme ammoniaque, le galbanum, le sagapénum et l’opoponax, l’huile de cajeput et l’huile animale de Dippel.

On pourrait regarder les anesthésiques comme appartenant à cette médication, et en effet, à petite dose, ils sont plutôt antispasmodiques que narcotiques; mais comme en les employant à dose plus élevée ils produisent un profond sommeil, j’ai dû les considérer comme appartenant à la classe des hypnotiques.

10° Médication révulsive.

La médication révulsive a pour but, comme je l'ai dit ailleurs (2), de produire sur une partie malade, ou dans son voisinage, ou enfin très-loin d’elle, un phénomène temporaire ou permanent dont l’influence soit de nature à guérir la maladie primitive.

Elle reposes sur le fait de la sympathie qu’ont certains tissus et certains organes les uns pour les autres.

(1) Voyez page 315, De V état nerveux et chroniçue ou nervosisme, parE. Boucliut;\m volume in-8. 1860.

(2) Voyez page 408, Traité de pathologie générale et de séméiologie; 1 volume in-8 de 1100 pages, avec figures intercalées dans le texte.

DE Li THÉRAPEETIQIJE AU XIX“ SIÈCLE.

Dès les premiers temps de la médecine on a constaté, dans l’évolution des maladies et de leurs complications, des phénomènes singuliers formant entre eux des antagonismes physiologiques ou morbides, et produits par l’augmentation de l’activité vitale d’une partie au détriment de celle d’une région plus ou moins éloignée. C’est l’observation de ce fait important qui a permis à l’immortel législateur de la pathologie, à Hippocrate enfin, de dire dans un aphorisme célèbre : Aûo ttôvmv «fxa yfjo[itv(o‘j fjiY) xarà t'ov otyTov ô àfxavpo't tôv etmov (1), que jc traduirai librement de

celte manière : Lorsque deux opérations morbides s’accomplissent simultanément sur des parties éloignées, la plus considérable anéantit l’autre. —Pour Hippocrate ce travail est révulsif, lorsqu’il a lieu dans des parties éloignées du corps,

dérivatif, ^apoxtrsucriç, au contraire, lorsqu’il se produit dans une région voisine du siège du premier mal : Àv-n^Traci?, trr'! toTctiv «vw, xarw, «vw, to^ xazco. La révulsion a lieu dans les affections du haut vers le bas, et dans les affections du bas vers le haut. UxpoxiTtvaiç ri U xttpahrr; , risç zoiTz).(xyt<x, ri p.â\tcTa pimt (2). hSL dérivation, OU sur la tête ou sur les côtés, là où les humeurs tendent le plus.

Sur ces aphorismes repose la doctrine de la révulsion d’Hippocrate vivifiée par le génie de Galien, et venue jusqu’à nous malgré les modifications dont elle a été l’objet.

On pourra discuter sur l’importance du fait, mais il est impossible d’en nier l’existence. La révulsion et la dérivation nous viennent d’Hippocrate, et représentent des choses dont il suffit de faire l’énoncé pour être compris de ceux à qui on s’adresse. — C’est Galien quia développé la doctrine, telle qu’elle est arrivée jusqu’à nous, soit dans ses œuvres, soit dans les livres d’Oribase, de Fernel, de Sennerl, de Barthez, de Sabatier, etc., etc.

Aujourd’hui la révulsion et la dérivation sont deux mots qui sont presque synonymes. En effet, on n’établit pas de différence entre les agents révulsifs et les agents dérivatifs. De plus, révulser une maladie ou la dériver, c’est toujours la même chose relativement à l’organe engagé que l’on veut guérir, et il n’y a pas lieu défaire une différenee entre ces mots, à moins d’en revenir aux idées d’Hippocrate.

Ce qui établit d’une manière péremptoire là possibilité d’une révulsion curative provoquée par le médecin, c’est l’observation journalière de la révulsion spontanée. — L’existence de l’une est une première preuve de la réalité de l’autre. — Les phénomènes sympathiques des organes entre eux, les crises des maladies, les antagonismes morbides, sont autant de motifs qui plaident en faveur de l’idée du déplacement des maladies d’un organe important sur un organe qui l’est moins. Quand on voit l’acte physiologique de la grossesse, et l’afflux du sang qu’il amène dans l’utérus suspendre momentanément la marche de la phthisie pulmonaire, qui reprend son cours après la délivrance, on doit croire aux effets de la révulsion. Si le fait n’est pas constant, il est du moins assez commun pour que tous les médecins l’aient observé plusieurs fois. J’en ai vu quelques exemples, et cela suffit comme preuve de ce que j’avance. J’ai vu aussi deux fois la grossesse faire

(1) Hippocrate, ÜEuvrcs, édition Littré, t. IV, p. 483.

. (2) Loco cilato, t. V, p. 477.

iN'rJioi)U(;rio>.

disparaitre moincnlanémenl ïacne rosacea, aussi appelé couperose, qui reparaissait après l’accouchement. — La lactation chez les nourrices suspend et retarde le tra- T/aildes ovaires relatifs à l’ovulation et empêche les règles de se produire. — Une maladie aiguë, développée chez un individu qui porte une suppuration d’ulcère ou de vésicatoire, arrête momentanément la suppuration, qui revient dès que la phlegraasie commence à disparaître. — Un grand écoulement d’urine a quelquefois guéri Y ascite. — Il en est de même de la diarrhée, et cela est si vrai, qu’on peut, ainsi que je l’ai fait plusieurs fois, à l’aide d’une forte dose d’eau-de-vie allemande (60 grammes environ), guérir pour plusieurs mois et pour plusieurs années une anasarque très-considérable dépendante d’une maladie organique du cœur trèsavancée. Un érysipèle fait souvent disparaître une bronchite, etc., etc.

Chez les animaux, le fait de la révulsion est plus facile à démontrer, car on peut multiplier les expériences d’une façon qu’il serait impossible d’imiter chez l’homme. — Des sétons de 50 centimètres, appliqués à des chevaux, peuvent donner, d’après M. Bouley, 48 grammes de pus en vingt-quatre heures. On en met, suivant les cas, 5 ou 6 à la fois pendant six jours,, ce qui fait une spoliation de près de 2000 grammes de liquide en un assez court espace de temps. — De pareils moyens ne peuvent être sans énergie, et en réalité leur puissance curative est très-grande.

La révulsion a été, de la, part des médecins modernes, l’objet de recherches sérieuses. Baglivi, Fouquet, Barthez, Goupil, Hufeland, Sabatier, Cazenave, Gintrac, se sont particulièrement distingués sous ce rapport, et, parmi eux, je signalerai surtout les considérations élevées de M. Gintrac (de Bordeaux), dans sa Pathologie interne.

Les agents révulsifs sont des moyens susceptibles de détourner le cours du sang d’un organe enflammé, de développer sur une partie saine une activité fonctionnelle plus grande ou une fluxion sanguine et humorale très-considérables. — Ces agents sont hygiéniques, chirurgicaux pharmaceutiques.

Le calorique extérieur, les frictions de toute nature, les bains chauds et froids, l’hydrothérapie, de petites saignées du pied et du bras, suivant la circonstance, les sangsues en petit nombre, les ventouses sèches et scarifiées, le séton, le cautère actuel, le moxa, les irritants de la peau, tels que les sinapismes, les vésicants, les cautères, etc.; les sudorifiques, les stimulants de la muqueuse gastro-intestinale et les stimulants spéciaux de quelques organes, tels que les vomitifs, les purgatifs, les diurétiques, les sialagogues, etc., sont des agents de révulsion très-communément employés.

Les uns attirent, détournent ou enlèvent une certaine quantité de sang; les autres opèrent des congestions plus ou moins étendues, des phlegmasies cutanées plus ou moins profondes, depuis l’érythème jusqu’à la vésication ; des corrosions du derme, suivies de suppuration; des hypersécrétions cutanées, rénales ou gastriques. Mais ces procédés divers, tous évidemment dans la mesure de leur activité propre et de leur dose, stimulent les tissus de manière à y déterminer une réaction vitale, vasculaire ou nerveuse, plus ou moins intense, et c’est cette action qui doit produire l’effet révulsif. ~ Malheureusement cela ne réussit pas toujours, la mé*

DE L\ TIIÉRAPETJTTQTIE Alî X1X« STIÎCLE. UX

dication n’a point d’effets constants; mais il suffit de les avoir observés plusieurs fois pour être autorisé à les considérer comme vrais.

Leur action est immédiate ou lente. Le sinapisme, le vésicatoire ammoniacal, le vésicatoire aux cantharides, agissent rapidement, et quelques heures ou un jour suffisent pour qu’on puisse en apprécier l’effet. La révulsion lente, faite au moyen des cautères et de la stibiation, s’emploie de préférence dans les maladies chroniques, et principalement dans les maladies qui sont l’expression d’une diathèse, comme la scrofule.

Leurs effets consistent : 1“ dans une impression locale de l’organe sur lequel on les applique et qui consiste dans une suractivité vasculaire et nerveuse incontestable ayant un retentissement plus ou moins marqué sur les parties voisines ; 2“ dans un effet généraf indirect, qui peut être, ainsi que Baglivi l’a signalé, une action sympathique ayant pour effet d’accroître la fièvre et d’engendrer des spasmes ou bien une action sédative générale et locale, antagonisme salutaire de l’élat morbide antérieur.

Les agents révulsifs ne produisent donc pas infailliblement la révulsion et ils ont une action différente, plus ou moins favorable, d’après un certain nombre de circonstances que M. Gintrac, en médecin expérimenté, rapporte à l’organe malade, à l’élat général de l’organisme, au révulsif employé et au lieu d’application du révulsif. Les propositions qui suivent sont empruntées à cet auteur.

1“ Conditions relatives à l'organe malade. « Quand un organe est très-vivement irrité, les révulsifs employés seuls risquent d’agir sympathiquement et d’augmenter la maladie. » C’est ce que M. Guérin, de Mamers, a formulé en disant: Toute ré\ulsion dont se ressent l’organe malade est mauvaise.

»Une irritation commençante, ou encore faible, peut être arrêtée ou détruite par Its révulsifs.

» Qiand une affection a perdu de son intensité, mais paraît résister encore ou est devenue chronique, les révulsifs sont d’une grande utilité. »

2“ Conditions relatives à Vétat général de V organisme. «Un état général de vive excitaion dénoté par la fofce, la dureté, la fréquence du pouls, une haute températurtet une coloration animée de la peau, exclut l’emploi des révulsifs énergiques.

» Plus les foces paraissent amoindries dans l’ensemble de l’économie, plus la révulsion doit êr© active.

» Une vive senibilité, une grande irritabilité organique, réclament des ménagements dans l’emioi des révulsifs. »

3° Conditions rcutives aux agents révulsifs eux-mêmes. « Il faut préférer l’agent révulsif dont bffet immédiat a le plus de rapport avec le mode pathologique qu’il s’agit de c^battre. La congestion sera traitée par les révulsifs qui soustraient ce sang, et ^ flux par l’augmentation des sécrétions antagonistes.

» Il faut proportionnepactivité des révulsifs à l’intensité de la maladie.

» Si l’action du révulsiqoit être assez énergique pour dominer l’irritation qu’il s’agit de détruire, il ne faipas cependant qu’ elle soit assez forte pour provoquer dans l’économie une réactif nuisible ou de dangereuses sympalhies.

IA

nXRODÜCTION.

» Un révulsif n’a pas toujours besoin de faire, sur la partie qui en reçoit le contact, une altération aussi grande que celle à laquelle on l’oppose.

3 La persistance de l’action des révulsifs est une condition de leur efficacité.

> Les révulsifs destinés à produire une hypersécrétion ou une sécrétion anomale doivent, pour être efficaces, donner des produits suffisants et de qualité convenable. >

4° Conditions relatives aux surfaces sur lesquelles on applique les révulsifs.

« Il faut que là partie qui reçoit l’application d’un révulsif jouisse d’une vitalité suffisante.

» Les révulsifs ne doivent être appliqués que sur des parties saines et exemptes d’irritation antérieure.

j> Quand on a le choix des parties sur lesquelles doivent être appliqués les révulsifs, on doit en général préférer celles qui remplissent les fonctions les moins importantes.

» Plus la vitalité d’une partie est élevée, plus la révulsion que son excitement détermine est puissante.

5) Quand on veut rappeler une maladie extérieure dont la suppression donne lieu à des accidents graves, c’est sur le siège primitif de l’affection que le révulsif doit être appliqué.

» Quand une affection est récente, très-intense, étendue et disposée à se pro^ pager, à provoquer des réactions ou à se reproduire, les révulsifs doivent être appliqués à une grande distance du lieu malade. » C’est aussi l’opinion de Baglivi, et de Barthez dans son Traité des fluxions,

• « Lorsqu’une affection est légère, circonscrite, sans réaction générale, ou qu’etle

est chronique, opiniâtre, fixe; qu’elle menace de désorganiser les tissus et qu’elle a résisté aux révulsifs éloignés, c’est près du siège même de l’affiction locale qu’il faut agir. »

Toutes ces propositions expriment des vérités cliniques générales, basées sur l’observation des faits ordinaires, et elles constituent, si l’on peut ainsi dire, les lois de la révulsion. — Depuis Barthez, Sabatier et Guérin, on ne les n’ait jamais formulées d’une manière aussi complètement satisfaisante pour ceux qui ont la connaissance des malades. Il reste encore beaucoup à faire et il serait^i'ès-utile de reprendre la question et les différents problèmes qu’elle soulève a^ point de vue de la science moderne, afin de déterminer les cas où la révulsion -st applicable et ceux où il ne faut pas l’employer, pour que le médecin sache efin ce qu’il fait, pourquoi il le fait, et comment il le doit faire. Malheureusemet le problème des impressions révulsives, dans leur rapport avec l’acte curatif, «st aussi obscur que tous les autres problèmes thérapeutiques relatifs aux impresfCïis curatives. Entre les moyens employés et l’effet, bon ou mauvais, qu’ils dé^rniinent, il y a pour intermédiaire Téconomie vivante, c’est-à-dire la vie, qui 'igendre des effets individuels différents pour chaque personne, ce qui rend im^tssible leur comparaison absolue dans le rapprochement qu’on veüt en faire.

En pareil sujet, quelques faits concluants bien obse'^cs peuvent servir de base à un principe, malgré les exceptions réelles tirées de ^ts contraires.

La révulsion, opérée spontanément ou provoquée J^r l’art sur une partie saine,

DE L\ THÉRAPEUTIQUE AU XTX® .STÈCIÆ. LXT

a guéri ou modifié une maladie antérieure, c’est là une chose incontestable pour tous les cliniciens; mais, chacun sait que le fait n’a rien de constant, et qu’il peut ne pas se produire. C’est ce qui arrive dans l’emploi de tous les moyens thérapeutiques.

Nier la révulsion, parce que des agents dits révulsifs ne révulsent pas toujours la maladie qu’on voudrait détourner, ne signifie rien. Autant vaudrait nier les propriétés sédatives de l’opium et les propriétés stimulantes de l’alcool, parce qu’il arrive souvent au premier d’exciter et au second d’endormir. Ce ne sont là que des objections de fantaisie. La révulsion est un fait dynamique supérieur à toutes ces contestations, et c’est parce qu’il relève de la force individuelle, si difficile à déterminer, qu’il offre tant de différence dans ses manifestations et tant d’incertitude dans ses lois. Un jour peut-être serons-nous plus heureux, et saurons-nous pourquoi la révulsion s’opère, et dans quelles circonstances précises il faut l’employer.

Ce n’est pas tout. La révulsion s’opère non-seulement sur des points éloignés ou dans le voisinage d’une partie malade, mais on peut la produire encore sur l’organe malade lui-même en y faisant naître une irritation de bonne nature qui prend la place de l’état morbide antérieur de manière à en faciliter la guérison. C’est une révulsion opérée sur place. Ainsi guérissent beaucoup de phlegmasies locales, scrofuleuses ou atoniques, lorsqu’on les soumet à l’application d’irritants locaux produisant une inflammation thérapeutique qui se substitue à l’irritation primitive. Phlegrnasies cutanées, phlegmasies muqueuses, toutes cèdent facilement à une phlegmasie nouvelle provoquée par l’impression d’un stimulant spécial.

Le nitrate d’argent dans les ophthalmies, sur les ulcérations chroniques de la peau, dans la dysenterie chronique, dans l’angine couenneuse, etc.; les pommades antiophthalmiques, les vomitifs dans la gastrorrhée, les purgatifs dans certaines entérites, le vésicatoire sur l’érysipèle et les articulations enflammées, les bains très-chauds, les bains alcalins et les bains sulfureux dans quelques maladies de la peau ; les lotions d’eau vinaigrée contre la cuisson du prurigo ; les cautérisations d’acide chlorhydrique dans l’angine gangréneuse et dans la diphthérite buccale, etc. , sont des moyens de substituer à des maladies anciennes un état aigu spécial qui change la vitalité des tissus et les dispose à une guérison rapide. Les faits de ce genre sont aujourd’hui si nombreux, qu’ils sont reconnus de tout le monde, bien qu’on ne puisse constamment réussir à les provoquer. Malgré les exceptions, le fait général n’en subsiste pas moins et ne saurait être mis en doute.

La substitution thérapeutique est la conséquence de la mise en œuvre de la sensibilité des tissus malades, et son action est en quelque sorte locale; l’impression produite par le stimulant provoque une réaction qui est moins la conséquence d’une absorption des stimulants que de leur action réflexe sur la sensibilité. Cette action ne doit jamais dépasser certaines limites appréciées d’avance par le médecin. En effet, il faut que la maladie substituée ne soit pas plus grave que celle qu’on a voulu remplacer. C’est là une affaire d’expérience. La marche, la nature et la gravité de la maladie à guérir doivent être déterminées avec soin, afin de pouvoir choisir un moyen substitutif dont l’action ne reste pas en deçà ni au delà de l’effet curatif. On n’emploiera pas, sur un œil atteint de kératite ulcéreuse simple,

INTRODUCTION

le nitrate d’argent à la même dose et de la mêm.e manière que dans une ophLhalmie purulente des nouveau-nés. On ne cautérisera pas une pustule variolique aussi vigoureusement qu’on ferait pour une pustule maligne, etc., etc. Les agents stimulants qu’on emploie dans la médication substitutive doivent donc être proportionnés, dans la nature de leurs effets, à la nature et à la gravité du mal à faire disparaître.

Un second précepte de la médication révulsive locale est d’entretenir la stimulation autant de temps qu’il est nécessaire pour modifier la vitalité des tissus. C’est ainsi qu’on met plusieurs fois par jour une goutte de collyre au nitrate d’argent dans l’œil atteint d’ophthalmie. Dans quelques cas, il faut prolonger l’action substitutive jusqu’au moment de la guérison, de manière à faire perdre au tissu malade l’habitude de l’inflammation première, et quelquefois même il faut continuer le stimulant pendant plusieurs semaines, car c’est à cette condition qu’on peut espérer un succès de quelque durée.

tt® Médication spécifique.

La médication spécifique est celle qui met en œuvre des remèdes ayant pour effet spécial et à peu près constant la disparition d’un symptôme ou la guérison d’une maladie.

La raison n’est pas son guide, et elle ne relève que de l’empirisme. On apprend qu’une substance possède des qualités occultes neutralisantes de tel ou tel état morbide, et on la met en usage en suivant des règles que l’expérience a consacrées. C’est ce qu’on appelait autrefois des antidotes^ mo\. aujourd’hui synonyme de contre-poison. De même que la spécificité morbide représente la nature propre et les qualités occultes des maladies, de même aussi la spécificité d’un médicament indique ses vertus spéciales. C’est un effet direct et mystérieux qu’il nous, faut utiliser sans le comprendre.

11 y a, comme je l’ai dit dans le chapitre de ma pathologie générale (l)consacré à la spécificité, des spécifiques d'organes qui montrent par leurs effets la possibilité des spécifiques curatifs. L’action de l’alcool sur le cerveau, du mercure sur les gencives et sur les glandes salivaires, du plomb sur les muscles extenseurs des doigts, du phosphore sur les os maxillaires, de l’iode sur les glandes et sur la muqueuse pituitaire, de l’aloès sur le rectum, de la belladone et de la fève de Calabar sur la pupille, de la strychnine sur les mouvements volontaires, de la digitale sur le cœur, du seigle ergoté sur l’utérus, etc., etc., sert de preuve à l’existence d’une spécificité d’action des remèdes sur un organe de préférence à un autre. Mais, si un médicament peut exalter ou abolir, en totalité ou en partie, les fonctions d’un organe, comment lui refuser une vertu spécifique contre certaines de ses altérations morbides ? Cela est impossible. De la spécificité organique à la spécificité curative il n’y a qu’un pas, et, bien que l’une ne conduise pas inévitablement à l’autre, elles sont difficiles à séparer et s’éclairent réciproquement.

La médication spécifique a donc pour but d’appliquer à une maladie le remède occulte que l’expérience a démontré prévaloir sur elle. Ses moyens sont les spéci-

(1) Loc. Cd., p. 208.

lAIII

DE LA THÉIlAPELiTIQLE AL Xl\'= SIÈCLE.

fiques tirés de tous les règnes de la nature. — Elle oppose le quinquina et ses préparations à la fièvre intermittente et pernicieuse, aux fièvres rémittentes effluviques, aux fièvres larvées, aux névralgies périodiques et à toutes les maladies dont le principal caractère est X intermittence. — Elle adresse l’ammoniaque à l’ivresse, c’est-à-dire à l’alcoolisme aigu; — la belladone aux impressions morbifiques émanées d’un foyer de scarlatine épidémique afin de préserver ceux qui n’ont pas encore été atteints, — le soufre comme prophylactique de la rougeole, etc. — Elle utilise la vératrine et le sulfate de quinine à haute dose dans le rhumatisme articulaire aigu, qui guérit très-rapidement sous leur influence. C’est enfin à elle qu’il faut rapporter l’emploi, à X\\xe,XLe, spécifiques, de l’iode dans la scrofule et les scrofulides, du mercure et de l’iodure de potassium dans le syphilisrae et ses manifestations, du fer dans la chlorose, du tartrate d’antimoine et de potasse dans la pneumonie aiguë, de l’ergot de seigle dans les bémorrhagies de l’utérus, du vaccin contre la prédisposition à la variole, du semen-contra contrôles ascarides; de l’écorce de grenadier, de la fougère mâle et du kousso contre le tænia, etc., etc.

Je voudrais pouvoir dire que chaque maladie a son spécifique ; malheureusement il n’en est pas ainsi, et le jour de la réalisation de mes désirs est encore bien éloigné. Cependant ce que la science a su conquérir jusqu’ici permet de penser qu’elle pourra dérober de nouveaux secrets à la nature.

Page 1